{"id":9824,"date":"2018-01-19T17:25:29","date_gmt":"2018-01-19T16:25:29","guid":{"rendered":"http:\/\/www.skolo.org\/?p=9824\/"},"modified":"2020-11-04T23:01:23","modified_gmt":"2020-11-04T22:01:23","slug":"suffira-t-dallonger-tronc-commun","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/2018\/01\/19\/suffira-t-dallonger-tronc-commun\/","title":{"rendered":"Suffira-t-il d\u2019allonger le tronc commun ?"},"content":{"rendered":"<p><strong>Beaucoup de d\u00e9bats en Belgique, cette semaine, sur l&#8217;allongement du tronc commun pr\u00e9vu par le Pacte d&#8217;excellence. L&#8217;occasion pour nous de faire le point. Pourquoi il faut un tronc commun allong\u00e9. Et pourquoi celui qui est propos\u00e9 nous inspire de grosses r\u00e9serves&#8230;<\/strong><\/p>\n<p>On ne peut que se r\u00e9jouir de voir le principe d\u2019une prolongation du tronc commun adopt\u00e9 dans le Pacte d\u2019excellence et mis sur les rails par le gouvernement de la FWB. C\u2019est une d\u00e9cision courageuse parce qu\u2019elle proclame, contre tous les d\u00e9fenseurs de l\u2019\u00e9cole in\u00e9gale, cette v\u00e9rit\u00e9 fondamentale\u00a0: tous capables ! Tous les enfants, \u00e0 de tr\u00e8s rares exceptions pr\u00e8s, disposent des capacit\u00e9s intellectuelles qui permettent d\u2019aborder et de ma\u00eetriser les savoirs scolaires. La division pr\u00e9coce des \u00e9l\u00e8ves en fili\u00e8res hi\u00e9rarchis\u00e9es d\u2019enseignement g\u00e9n\u00e9ral et qualifiant ne repose aucunement sur leurs capacit\u00e9s ou leurs envies, encore moins sur de pr\u00e9tendues intelligences th\u00e9oriques ou manuelles ; elle n\u2019est que le reflet et la reproduction de la division sociale du travail dans nos soci\u00e9t\u00e9s in\u00e9galitaires.<\/p>\n<p>Ceci \u00e9tant dit, il ne faudrait tout de m\u00eame pas balayer d\u2019un revers de la main les objections de ceux qui s\u2019interrogent sur la faisabilit\u00e9 de ce tronc commun allong\u00e9. Les professeurs qui enseignent aujourd\u2019hui dans les premi\u00e8res ann\u00e9es du secondaire expriment souvent leur d\u00e9couragement face \u00e0 des classes terriblement h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes, o\u00f9 certains \u00e9l\u00e8ves ont \u00e0 peine acquis les bases de la lecture, de l\u2019\u00e9criture ou du calcul, alors qu\u2019il faudrait commencer \u00e0 leur faire travailler l\u2019alg\u00e8bre, \u00e0 leur faire d\u00e9couvrir les richesses de la litt\u00e9rature et les subtilit\u00e9s de la r\u00e9daction de textes ou \u00e0 les initier \u00e0 la rigueur m\u00e9thodologique des sciences.<\/p>\n<p>Certes, comme le rappelle opportun\u00e9ment Dominique Lafontaine (ULg) dans Le Soir du 15 janvier, la prolongation du tronc commun peut d\u00e9j\u00e0 \u00eatre, en soi, un facteur qui diminue les in\u00e9galit\u00e9s entre \u00e9l\u00e8ves. S\u2019agissant des tests PISA c\u2019est une \u00e9vidence : les \u00e9carts de performance en math\u00e9matiques entre \u00e9l\u00e8ves belges du g\u00e9n\u00e9ral et du qualifiant sont forc\u00e9ment plus \u00e9lev\u00e9s que les \u00e9carts entre des \u00e9l\u00e8ves norv\u00e9giens qui suivent tous le m\u00eame programme de math. D\u2019autre part, il est \u00e9tabli que la simple perspective d\u2019une s\u00e9lection hi\u00e9rarchisante agit d\u00e9j\u00e0 sur les \u00e9l\u00e8ves et les enseignants, comme facteur g\u00e9n\u00e9rateur d\u2019in\u00e9galit\u00e9, plusieurs ann\u00e9es avant l\u2019orientation. Comme \u00e9l\u00e8ve, je peux bien diminuer mes efforts dans les cours g\u00e9n\u00e9raux puisque, dans un an ou deux, je m\u2019orienterai vers le professionnel. Comme instituteur, je peux bien accepter une certaine in\u00e9galit\u00e9 de ma\u00eetrise des savoirs entre mes \u00e9l\u00e8ves de 5e ou 6e primaire, puisque les uns et les autres n\u2019iront pas dans les m\u00eames \u00e9coles secondaires.<\/p>\n<p>Tout ceci explique assur\u00e9ment en partie pourquoi les comparaisons internationales concluent \u00e0 une forte corr\u00e9lation entre la dur\u00e9e du tronc commun et l\u2019\u00e9quit\u00e9 des syst\u00e8mes \u00e9ducatifs. Mais en partie seulement. Il se trouve en effet que les pays qui affichent les meilleurs r\u00e9sultats en mati\u00e8re d\u2019\u00e9quit\u00e9 scolaire ne se caract\u00e9risent pas seulement par une orientation tardive.<\/p>\n<p>Dans ces pays, la tr\u00e8s grande majorit\u00e9 des enfants fr\u00e9quentent l\u2019\u00e9cole qui leur est propos\u00e9e (plus rarement impos\u00e9e) par les autorit\u00e9s. De leur c\u00f4t\u00e9, celles-ci utilisent souvent ce levier en vue d\u2019assurer une certaine mixit\u00e9 sociale. Chez nous, au contraire, l\u2019obligation faite aux parents de trouver eux-m\u00eames une \u00e9cole pour leur enfant conduit \u00e0 des comportements o\u00f9 domine la recherche de l\u2019entre-soi social. En FWB, 49% des \u00e9l\u00e8ves fr\u00e9quentent des \u00e9coles qui sont des \u00ab\u00a0ghettos\u00a0\u00bb de riches ou de pauvres. A Bruxelles cette ghetto\u00efsation touche plus de 40% des \u00e9l\u00e8ves d\u00e8s l\u2019\u00e9cole primaire. Les r\u00e9seaux concurrents renforcent encore ces m\u00e9canismes. Le libre march\u00e9 scolaire produit de la s\u00e9gr\u00e9gation sociale et acad\u00e9mique d\u00e8s l\u2019\u00e9cole maternelle. Et cette s\u00e9gr\u00e9gation engendre de l\u2019in\u00e9galit\u00e9, peu importe la dur\u00e9e du tronc commun.<\/p>\n<p>Les syst\u00e8mes \u00e9ducatifs les plus \u00e9quitables partagent \u00e9galement des taux d\u2019encadrement tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9reux dans les premi\u00e8res ann\u00e9es d\u2019enseignement et des conditions mat\u00e9rielles radicalement diff\u00e9rentes de celles o\u00f9 nous devons oeuvrer en FWB. Un quart des enfants belges vit dans la pauvret\u00e9. Pour leur faire aimer les savoirs et le travail scolaires il faut y mettre les moyens. Il faut des classes peu nombreuses, dans des b\u00e2timents agr\u00e9ables, bien s\u00fbr. Mais surtout, il faut du temps, du soutien, de l\u2019aide individualis\u00e9e, bref, toute cette attention dont chacun a besoin pour apprendre et \u00eatre heureux d\u2019apprendre, et que seuls quelques uns trouvent en dehors de l\u2019\u00e9cole.<\/p>\n<p>Ajoutons enfin que dans aucun des pays ayant introduit avec succ\u00e8s un tronc commun de longue dur\u00e9e on n\u2019a eu l\u2019id\u00e9e saugrenue de le maintenir en partie dans des \u00e9coles secondaires qui, ensuite, n\u2019offrent que de l\u2019enseignement g\u00e9n\u00e9ral ou seulement du qualifiant. Cela n\u2019a aucun sens d\u2019affirmer que le tronc commun va retarder le choix d\u2019orientation \u00e0 15 ans, alors qu\u2019on oblige les enfants (ou leurs parents) \u00e0 choisir, d\u00e8s 12 ans, le type d\u2019\u00e9cole secondaire, g\u00e9n\u00e9rale ou professionnelle.<\/p>\n<p>Il en va de la s\u00e9lection pr\u00e9coce comme du redoublement. Il ne suffit pas d\u2019en d\u00e9cr\u00e9ter la fin pour les rendre caducs. Encore faut-il se donner les moyens mat\u00e9riels (locaux et \u00e9quipements), humains (encadrement et formation) et structurels (moins de march\u00e9 scolaire et un premier cycle secondaire s\u00e9par\u00e9 du secondaire sup\u00e9rieur) pour assurer que les enfants de toutes origines puissent effectivement y r\u00e9ussir. Sans quoi on se verra contraint de choisir entre la peste et le chol\u00e9ra : abandonner des masses d\u2019enfants au d\u00e9crochage ou se r\u00e9soudre au nivellement par le bas. On aurait alors donn\u00e9 raison \u00e0 ceux qui, pour des raisons id\u00e9ologiques, refusent toute tentative de d\u00e9mocratisation de l\u2019enseignement.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Beaucoup de d\u00e9bats en Belgique, cette semaine, sur l&#8217;allongement du tronc commun pr\u00e9vu par le Pacte d&#8217;excellence. L&#8217;occasion pour nous de faire le point. 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