{"id":833,"date":"2008-09-14T16:13:16","date_gmt":"2008-09-14T15:13:16","guid":{"rendered":"http:\/\/www.asblonweb.be\/APED\/CM\/?p=833"},"modified":"2017-02-20T18:27:09","modified_gmt":"2017-02-20T17:27:09","slug":"bilan-de-laction-gouvernementale-et-propositions-de-la-plate-forme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/2008\/09\/14\/bilan-de-laction-gouvernementale-et-propositions-de-la-plate-forme\/","title":{"rendered":"Bilan de l&#8217;action gouvernementale et propositions de la plate-forme"},"content":{"rendered":"<p><strong>Dossier de presse<\/strong><\/p>\n<p><strong> L\u2019\u00e9chec scolaire : bilan du Gouvernement de la Communaut\u00e9 Fran\u00e7aise <\/strong><\/p>\n<p><strong>Introduction<\/strong><\/p>\n<p>Le 1er septembre 2003, une dizaine de citoyens issus des mondes associatif et acad\u00e9mique se r\u00e9unissaient autour, \u00e0 la fois d\u2019un constat et d\u2019un projet commun : l\u2019\u00e9normit\u00e9 de l\u2019\u00e9chec scolaire en Communaut\u00e9 fran\u00e7aise et le respect des droits de tous les enfants.<br \/>\nCe constat aujourd\u2019hui est bien connu gr\u00e2ce, entre autres, aux enqu\u00eates internationales. Un rapide rappel n\u2019est jamais de trop : chaque ann\u00e9e, 40 000 \u00e9l\u00e8ves redoublent en Communaut\u00e9 fran\u00e7aise. Le redoublement n\u2019est jamais qu\u2019un indicateur de l\u2019\u00e9chec scolaire. L\u2019\u00e9chec scolaire touche beaucoup plus d\u2019enfants chaque ann\u00e9e\u2026 je dirais m\u00eame chaque jour. Mais pour se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 cet indicateur, sur une scolarit\u00e9 de 12 ans, cela fait 480 000 redoublants. Pr\u00e8s d\u2019un enfant sur deux sera touch\u00e9 par le redoublement.<br \/>\nSi cela ne suffisait pas, 34 % des enfants quittent l\u2019enseignement avant la fin du secondaire, sans dipl\u00f4me, hypoth\u00e9quant leur int\u00e9gration sociale et influen\u00e7ant leur vie enti\u00e8re mais aussi la vie de leurs propres enfants. En effet, l\u2019Ecole reproduit et amplifie les in\u00e9galit\u00e9s sociales. Avant d\u2019\u00eatre n\u00e9s, ces futurs enfants sont d\u00e9j\u00e0 condamn\u00e9s\u2026 Aujourd\u2019hui, sur les 1 060 000 \u00eatres humains qui entrent dans la cat\u00e9gorie \u00ab enfants \u00bb en Wallonie et \u00e0 Bruxelles, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e2g\u00e9s de z\u00e9ro \u00e0 18 ans, 360 400 d\u2019entre eux sont d\u2019hors et d\u00e9j\u00e0 condamn\u00e9s \u00e0 devenir les futurs pr\u00e9caris\u00e9s de la soci\u00e9t\u00e9 de demain.<br \/>\nC\u2019est clairement un d\u00e9ni de droits. La CIDE (Convention Internationale pour les Droits de l\u2019Enfant, 1989), ratifi\u00e9e par la Belgique il y a 17 ans d\u00e9j\u00e0 stipulait, dans son article 28, que : \u00ab Les Etats parties reconnaissent le droit de l\u2019enfant \u00e0 l\u2019\u00e9ducation, et en particulier, en vue d\u2019assurer l\u2019exercice de ce droit progressivement et sur la base de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des chances. Nous en sommes encore loin\u2026 (\u2026) (\u00a7 e) : Ils prennent des mesures pour encourager la r\u00e9gularit\u00e9 de la fr\u00e9quentation scolaire et la r\u00e9duction des taux d\u2019abandon scolaire.<br \/>\nJusqu\u2019en 1989 l\u2019Ecole \u00e9tait un devoir de l\u2019enfant. Il devait r\u00e9ussir. Ou, en tous cas, tout faire pour r\u00e9ussir. L\u2019Ecole avait une obligation de moyens, mais non de r\u00e9sultats. L\u2019obligation de r\u00e9sultats \u00e9tait report\u00e9e sur l\u2019enfant et sa famille. Depuis 19 ans et la CIDE, c\u2019est une v\u00e9ritable r\u00e9volution culturelle qui a balay\u00e9 l\u2019Ecole. Malheureusement celle-ci ne le sait toujours pas : aujourd\u2019hui l\u2019\u00e9l\u00e8ve n\u2019a plus le devoir, mais le DROIT de r\u00e9ussir. Par ce texte, l\u2019obligation de r\u00e9sultat n\u2019est plus port\u00e9e par l\u2019enfant mais c\u2019est bien l\u2019Etat (donc l\u2019Ecole) qui a, aujourd\u2019hui, une obligation de r\u00e9ussite. C\u2019est ce que le Droit International dit et la Belgique, donc aussi la Communaut\u00e9 Fran\u00e7aise, s\u2019est engag\u00e9e \u00e0 le respecter. Le d\u00e9cret mission va clairement dans ce sens. Il d\u00e9cr\u00e8te le principe d\u2019\u00e9galit\u00e9 tel que d\u00e9fini par la CIDE. Tous les enfants sont \u00e9gaux devant l\u2019acquisition des comp\u00e9tences. C\u2019est la Loi. Mais nous sommes encore loin de cette r\u00e9alit\u00e9.<br \/>\nEn 2005, nous avons \u00e9t\u00e9 rejoints par les syndicats enseignants. L\u2019int\u00e9r\u00eat des \u00e9l\u00e8ves est aussi l\u2019int\u00e9r\u00eat des profs. Une Ecole sans \u00e9checs \u2013 donc sans d\u00e9crochage, sans \u00e9l\u00e8ves bris\u00e9s, cass\u00e9s, d\u00e9go\u00fbt\u00e9s, d\u00e9croch\u00e9s, \u2026 &#8211; serait un vrai bonheur pour tous les enseignants. Chacun a droit \u00e0 une vie professionnelle de qualit\u00e9. Construire cette Ecole de la r\u00e9ussite est non seulement l\u2019int\u00e9r\u00eat des enfants, mais aussi celui des enseignants, des parents (on sait ce que vivent les familles lorsque l\u2019\u00e9chec scolaire les touche), des mondes \u00e9conomique et politique. Bref, cela concerne tous les pans de la soci\u00e9t\u00e9.<br \/>\nEn 2005, notre plate-forme a r\u00e9dig\u00e9 un m\u00e9morandum. Il s\u2019agit d\u2019un texte revendicatif fort, explorant tous les dysfonctionnements de l\u2019Ecole (cela va de la mixit\u00e9 sociale au financement de celle-ci en passant par la gratuit\u00e9, l\u2019exigence d\u2019un v\u00e9ritable tronc commun ou encore par la formation des enseignants). Il est l\u2019heure, aujourd\u2019hui, de faire le bilan de l\u2019action du gouvernement de la Communaut\u00e9 Fran\u00e7aise \u00e0 la lumi\u00e8re de nos revendications.<br \/>\nDans la farde de presse que vous avez re\u00e7ue, nous reprenons la liste des progr\u00e8s qui ont \u00e9t\u00e9 accomplis. M\u00eame s\u2019ils sont clairement insuffisants, ceux-ci sont ind\u00e9niables. Pour la premi\u00e8re fois, un gouvernement d\u00e9cide de s\u2019attaquer \u00e0 l\u2019\u00e9chec scolaire. Pour la premi\u00e8re fois, un gouvernement constate l\u2019in\u00e9galit\u00e9 de notre enseignement et affiche la volont\u00e9 d\u2019y rem\u00e9dier.<br \/>\nNotre plate-forme salue, bien \u00e9videmment les progr\u00e8s engrang\u00e9s. Mais ils sont encore par trop insuffisants. En clair, ils font \u00e9voluer trop lentement l\u2019Ecole vers plus d\u2019\u00e9quit\u00e9. Trop d\u2019enfants, de familles et d\u2019enseignants restent en souffrance. Cela doit cesser. Et le plus rapidement sera le mieux.<br \/>\nNous voulons donc rappeler aujourd\u2019hui quelques-unes de nos priorit\u00e9s pour la fin de la l\u00e9gislature. Nous ne demandons \u00e9videmment pas que celles-ci se voient enti\u00e8rement rencontr\u00e9es mais qu\u2019une dynamique soit mise en mouvement afin d\u2019indiquer la marche \u00e0 suivre au futur gouvernement d\u2019apr\u00e8s juin 2009.<br \/>\nJe vais maintenant passer la parole \u00e0 mes \u2018coll\u00e8gues\u2019 qui vont vous d\u00e9tailler ce que nous estimons \u00eatre les priorit\u00e9s de cette fin de l\u00e9gislature.<\/p>\n<p><strong>Le financement diff\u00e9renci\u00e9 : une mesure indispensable\u2026 \u00e0 bien doser<\/strong><\/p>\n<p>Les dispositifs de discrimination positive ou de financement diff\u00e9renci\u00e9 s\u2019\u00e9cartent du principe d\u2019\u00e9galit\u00e9 de traitement (\u00ab un \u00e9l\u00e8ve \u00e9gale un \u00e9l\u00e8ve \u00bb) et s\u2019inscrivent dans une perspective d\u2019\u00e9galit\u00e9 des r\u00e9sultats. Ils visent, selon l\u2019expression consacr\u00e9e, \u00e0 donner plus \u00e0 ceux qui ont moins.<br \/>\nL\u2019in\u00e9gale distribution des moyens entre \u00e9coles ne se limite cependant pas \u00e0 ces deux dispositifs : depuis longtemps, les subventions de fonctionnement sont plus \u00e9lev\u00e9es dans le secondaire que dans le fondamental, l\u2019encadrement est plus \u00e9lev\u00e9 dans le sp\u00e9cialis\u00e9 que dans l\u2019ordinaire, ou dans le professionnel que dans le g\u00e9n\u00e9ral. A ces diff\u00e9renciations voulues par le l\u00e9gislateur pour diverses raisons, s\u2019ajoutent celles d\u00e9cid\u00e9es par les PO et les \u00e9coles au moment o\u00f9 ils affectent en leur sein leurs subventions et leurs personnels. Ces d\u00e9cisions locales ne visent pas toujours l\u2019objectif d\u2019\u00e9galit\u00e9 de r\u00e9sultats, et l\u2019on sait les combats men\u00e9s par plusieurs gouvernements pour r\u00e9duire l\u2019autonomie de d\u00e9cision des \u00e9coles en mati\u00e8re d\u2019affectation des ressources, surtout au niveau du 1er degr\u00e9 de l\u2019enseignement secondaire, car certaines \u00e9coles, \u00e0 rebours des objectifs \u00e9galitaires, tendent \u00e0 donner plus \u00e0 ceux qui ont d\u00e9j\u00e0 plus.<br \/>\nLes dispositifs de discrimination et de diff\u00e9renciation positives se r\u00e9f\u00e8rent quant \u00e0 eux explicitement aux objectifs d\u2019\u00e9galit\u00e9. Leurs concepteurs les ont justifi\u00e9s par la pr\u00e9sence manifeste de s\u00e9gr\u00e9gations et par l\u2019existence d\u2019une relation statistique entre les performances des \u00e9coles et la composition sociale de leur public. Derri\u00e8re cette communaut\u00e9 d\u2019objectif, les diff\u00e9renciations positives se distinguent sur deux points des discriminations positives : elles \u00e9vitent l\u2019effet de seuil et, jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, ne concernent que les subventions de fonctionnement. Mais l\u2019actuel gouvernement envisage d\u2019\u00e9tendre \u00e0 l\u2019encadrement les m\u00e9canismes de diff\u00e9renciation des ressources et promet d\u2019augmenter l\u2019enveloppe globale consacr\u00e9e \u00e0 ces politiques.<br \/>\nNotre plateforme de lutte contre l\u2019\u00e9chec scolaire encourage cette politique, mais demande une r\u00e9flexion approfondie \u00e0 propos de la conception pratique de ce dispositif, de mani\u00e8re \u00e0 ce que cette politique volontariste contribue efficacement \u00e0 la lutte contre l\u2019\u00e9chec scolaire.<br \/>\nLes politiques de diff\u00e9renciation du financement peuvent \u00eatre envisag\u00e9es dans une logique compensatoire ou dans une logique de promotion de la mixit\u00e9. La premi\u00e8re logique consiste \u00e0 prendre acte des s\u00e9gr\u00e9gations existantes et \u00e0 tenter d\u2019assurer aux \u00e9l\u00e8ves qui la subissent de meilleures conditions d\u2019apprentissage. La seconde logique tente de lutter contre la s\u00e9gr\u00e9gation.<br \/>\nSur ce second plan, il ne faut pas trop esp\u00e9rer que la diff\u00e9renciation puisse avoir \u00e0 elle seule un impact important en mati\u00e8re de mixit\u00e9. Il sera difficile, politiquement et budg\u00e9tairement, d\u2019atteindre un niveau de diff\u00e9renciation tel qu\u2019il incite un grand nombre d\u2019\u00e9coles \u00e9litistes \u00e0 troquer leur confort p\u00e9dagogique contre des ressources suppl\u00e9mentaires. On peut craindre en outre que les \u00e9l\u00e8ves permettant \u00e0 ces \u00e9coles d\u2019avoir droit \u00e0 des avantages financiers soient s\u00e9lectionn\u00e9s sur des crit\u00e8res acad\u00e9miques. Enfin, une trop nette diff\u00e9renciation pourrait avoir des effets pervers : en restreignant les moyens des \u00e9coles \u00e9litistes, celles-ci pourraient \u00eatre enclines \u00e0 l\u00e9gitimer leur impuissance \u00e0 aider les \u00e9l\u00e8ves en difficult\u00e9 et le renvoi de ces \u00e9l\u00e8ves vers des \u00e9coles mieux dot\u00e9es en ressources.<br \/>\nLa vertu compensatoire des dispositifs de diff\u00e9renciation para\u00eet plus fond\u00e9e. Mais, l\u00e0 aussi, la dotation en ressources ne suffit pas \u00e0 garantir une \u00e9galit\u00e9 de r\u00e9sultats. Il n\u2019est pas garanti que les moyens suppl\u00e9mentaires soient utilis\u00e9s efficacement, ni que les caract\u00e9ristiques du public n\u2019am\u00e8nent le corps enseignant, f\u00fbt-ce inconsciemment, \u00e0 \u00ab brader \u00bb les exigences scolaires. Surtout, il faut \u00e9viter que l\u2019\u00e9tiquette d\u2019\u00e9coles aid\u00e9es ne stigmatise celles-ci aux yeux des enseignants et les place tout en bas du sch\u00e9ma hi\u00e9rarchis\u00e9 des mobilit\u00e9s enseignantes.<br \/>\nDans cet esprit de recherche d\u2019un dispositif r\u00e9ellement efficace, il faut \u00eatre notamment attentif \u00e0 trois \u00e9l\u00e9ments.<br \/>\nLes indicateurs sur la base desquels les \u00e9coles sont class\u00e9es. Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, il s\u2019agit des indices socio-\u00e9conomiques des quartiers de r\u00e9sidence des \u00e9l\u00e8ves. Outre le fait que des indicateurs individuels seraient plus pr\u00e9cis que des indicateurs de quartier, il conviendrait de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 l\u2019introduction d\u2019indicateurs rendant compte de certaines caract\u00e9ristiques acad\u00e9miques du public (retard ou r\u00e9sultats aux tests externes) ou d\u2019indicateurs permettant de soutenir les \u00e9coles qui d\u00e9veloppent la mixit\u00e9 de leur public<br \/>\nL\u2019\u00e9chelon organisationnel auquel les moyens sont octroy\u00e9s. Depuis que les ZEP (zones d\u2019\u00e9ducation prioritaire) ont \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9es par la discrimination et la diff\u00e9renciation positives, l\u2019\u00e9chelon d\u2019attribution des moyens est l\u2019\u00e9cole. Bien que, dans ce cadre, des projets communs soient possibles et qu\u2019une petite part de l\u2019affectation du financement diff\u00e9renci\u00e9 puisse \u00eatre d\u00e9cid\u00e9e au niveau zonal, on peut se demander si cette focalisation sur l\u2019\u00e9cole n\u2019est pas un frein \u00e0 la coop\u00e9ration et au d\u00e9veloppement d\u2019actions int\u00e9gr\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9chelle d\u2019un espace local. Or, nombre de facteurs g\u00e9n\u00e9rant l\u2019\u00e9chec scolaire ne peuvent \u00eatre combattus efficacement \u00e0 l\u2019\u00e9chelle d\u2019une \u00e9cole isol\u00e9e.<br \/>\nL\u2019articulation entre ces dispositifs et d\u2019autres mesures. Pour que le financement diff\u00e9renci\u00e9 ait un effet compensatoire r\u00e9el, il faut le combiner \u00e0 des mesures de soutien qualitatif aux \u00e9quipes enseignantes. Il faut aussi marquer des points dans la lutte contre la p\u00e9nurie d\u2019enseignants, qui touche particuli\u00e8rement ce type d\u2019\u00e9cole, et se demander comment faire en sorte que les m\u00e9canismes d\u2019affectation des enseignants aux \u00e9coles ne conduisent pas les \u00e9coles concentrant les publics d\u00e9favoris\u00e9s \u00e0 \u00eatre les premi\u00e8res touch\u00e9es par la p\u00e9nurie et le turn-over des enseignants et \u00e0 concentrer les professionnels moins chevronn\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Mixit\u00e9 sociale et tronc commun<\/strong><\/p>\n<p>La Communaut\u00e9 Fran\u00e7aise a la variance entre \u00e9coles la plus consid\u00e9rable de tous les pays ou r\u00e9gions de l\u2019OCDE. Cette situation est identifi\u00e9e comme une des causes majeures des \u00e9normes in\u00e9galit\u00e9s entre \u00e9l\u00e8ves qui r\u00e8gnent chez nous. Cette dualisation des \u00e9tablissements est malheureusement concomitante \u00e0 la dualisation sociale qui y r\u00e8gne. Et ceci peut parfaitement se comprendre. Les petits \u00e9carts qui peuvent exister au d\u00e9part entre \u00e9l\u00e8ves d\u2019origine sociale diff\u00e9rente (qui peuvent \u00eatre dus \u00e0 des diff\u00e9rences dans les conditions mat\u00e9rielles d\u2019apprentissage ou \u00e0 une plus grande capacit\u00e9 de soutien parental dans certains milieux) s\u2019accentuent in\u00e9vitablement si on concentre dans les m\u00eames \u00e9tablissements les jeunes qui b\u00e9n\u00e9ficient de tous les avantages et dans les autres ceux qui cumulent les difficult\u00e9s. Plusieurs \u00e9tudes montrent d\u2019ailleurs que l\u00e0 o\u00f9 r\u00e8gne la mixit\u00e9 sociale \u00e0 l\u2019\u00e9cole, les in\u00e9galit\u00e9s sont beaucoup moins grandes. Sans d\u2019ailleurs que le niveau moyen s\u2019en ressente n\u00e9gativement dans la plupart des cas. Bien au contraire. Or, la cause principale de l\u2019absence de l\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 sociale est bien identifi\u00e9e. C\u2019est le syst\u00e8me d\u2019affectation des \u00e9l\u00e8ves ultra-lib\u00e9ral que nous connaissons. En effet, les parents ne disposent pas tous des m\u00eames armes pour intervenir dans ce qu\u2019il faut bien appeler ce march\u00e9. Comme souvent, l\u2019\u00e9galit\u00e9 formelle se transforme alors en in\u00e9galit\u00e9. C\u2019est pourquoi nous \u00e9crivions dans notre m\u00e9morandum qu\u2019il fallait \u00ab oser un d\u00e9bat soci\u00e9tal sur la concurrence entre \u00e9coles \u00bb. Nous avons eu la satisfaction de constater que le gouvernement partageait notre diagnostic sur la mixit\u00e9 sociale. Pour cela, le fameux d\u00e9cret inscriptions a \u00e9t\u00e9 mis en place. Il aura au moins eu le m\u00e9rite de r\u00e9v\u00e9ler \u00e0 ceux qui en doutaient l\u2019ampleur du ph\u00e9nom\u00e8ne de s\u00e9gr\u00e9gation (les files \u00e9taient limit\u00e9es \u00e0 quelques \u00e9tablissements hupp\u00e9s). Une nouvelle version sera d\u2019application cet automne. Elle nous semble aller dans le bon sens puisque les files seront \u00e9vit\u00e9es et que, parmi les crit\u00e8res de s\u00e9lection d\u2019\u00e9l\u00e8ves, on retrouve la volont\u00e9 de tenir compte \u2013certes indirectement \u2013 de l\u2019origine sociale. Ceci afin d\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9iser les publics. Nous estimons n\u00e9anmoins qu\u2019il faudra beaucoup plus pour atteindre la mixit\u00e9 sociale. Ceci parce que ce qui est propos\u00e9 ne s\u2019attaque pas (ou tr\u00e8s peu) aux m\u00e9canismes de march\u00e9. M\u00eame si toutes les associations membres ne partagent pas n\u00e9cessairement un m\u00eame point de vue sur ce qu\u2019il faudrait faire, nous estimons tous qu\u2019il faut aller beaucoup plus loin. Le syst\u00e8me dit du \u00ab traitement collectif des pr\u00e9f\u00e9rences \u00bb, pratiqu\u00e9 dans de nombreux pays, nous para\u00eet \u00eatre un minimum vers lequel il faudra bien se diriger si on veut vraiment prendre ce probl\u00e8me \u00e0 bras le corps.<br \/>\nDe m\u00eame, nous \u00e9crivions dans notre m\u00e9morandum qu\u2019il fallait instaurer \u00ab un vrai tronc commun \u00bb. Il nous semble en effet \u00e9vident qu\u2019on ne peut obliger des jeunes \u00e0 faire des choix d\u00e9j\u00e0 d\u00e9terminants pour leur carri\u00e8re professionnelle d\u00e8s 12 ou 13 ans. Par ailleurs, il est clair que l\u2019existence de fili\u00e8res aux objectifs tr\u00e8s diff\u00e9rents ne peut que creuser les in\u00e9galit\u00e9s. Une association membre de la plate-forme a d\u2019ailleurs d\u00e9montr\u00e9 dans une \u00e9tude[1] qu\u2019il existe une forte corr\u00e9lation entre la dur\u00e9e du tronc commun et le degr\u00e9 d\u2019in\u00e9galit\u00e9s scolaires d\u2019un pays. Autrement dit, plus le tronc commun est long, plus le pays lutte avec efficacit\u00e9 contre les in\u00e9galit\u00e9s. L\u00e0 encore, nous avons constat\u00e9 que le gouvernement partageait cette analyse. La r\u00e9forme qui se met en route dans le 1er degr\u00e9 du secondaire montre n\u00e9anmoins qu\u2019on est loin d\u2019un vrai tronc commun, m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 14 ans. Ceci parce que les \u00e9l\u00e8ves qui sortent de primaire ont des niveaux tr\u00e8s diff\u00e9rents. Certains n\u2019ont pas le CEB et n\u00e9cessitent donc une prise en charge particuli\u00e8re. Mais il nous para\u00eet intol\u00e9rable que, dans un pays riche, de nombreux \u00e9l\u00e8ves n\u2019obtiennent pas le CEB ! Et ceci nous ram\u00e8ne \u00e0 la question de la mixit\u00e9 sociale. Car au niveau du fondamental aussi, il faut prendre des mesures pour \u00e9viter la dualisation entre \u00e9tablissements. On le voit, tronc commun et mixit\u00e9 sociale sont en r\u00e9alit\u00e9 indissociables. On ne peut viser l\u2019un sans l\u2019autre. C\u2019est pourquoi nous attendons de la part du gouvernement qu\u2019il initie des mesures plus volontaristes afin de s\u2019attaquer \u00e0 ces probl\u00e8mes.<\/p>\n<p><strong>Revoir la formation initiale !<\/strong><\/p>\n<p>La question de la formation initiale en Communaut\u00e9 fran\u00e7aise conna\u00eet une r\u00e9currence remarquable depuis plus de 25 ans. Les lignes qui suivent ambitionnent d\u2019en montrer le cheminement, d\u2019en souligner la n\u00e9cessit\u00e9 et d\u2019apporter quelques \u00e9l\u00e9ments de maturation des perspectives.<br \/>\nBref historique.<br \/>\nJusque dans les ann\u00e9es 80, la question ne fut gu\u00e8re \u00e0 l\u2019honneur. Jusqu\u2019en 1962, la formation des instits se fit en 4 ans d\u2019\u00e9cole normale apr\u00e8s 3 ans d\u2019enseignement moyen ; en 1974, elle passa de 1 \u00e0 2 ann\u00e9es d\u2019\u00e9cole normale apr\u00e8s 6 ans d\u2019enseignement secondaire. Parall\u00e8lement, la formation des r\u00e9gents n\u00e9cessitait deux ann\u00e9es apr\u00e8s l\u2019\u00e9cole secondaire. 1984 connut une premier tournant, plus cosm\u00e9tique que substantiel lorsqu\u2019une r\u00e9forme prolongea la dur\u00e9e des \u00e9tudes des instits et des r\u00e9gents de 2 \u00e0 3 ans. Objectifs officiels : amplification des stages et renforcement des connaissances dans les mati\u00e8res enseign\u00e9es. Parall\u00e8lement, la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00e9toffer l\u2019agr\u00e9gation des enseignants du secondaire sup\u00e9rieur et du sup\u00e9rieur se fit jour, tant \u00e9tait \u00e9troit le parcours des exigences qui fondait la d\u00e9livrance de l\u2019aess (agr\u00e9gation de l\u2019enseignement secondaire sup\u00e9rieur).<br \/>\nC\u2019est dans un contexte de rationalisation de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur que fut revue la formation initiale des ma\u00eetres. La cr\u00e9ation des Hautes Ecoles et des d\u00e9partements p\u00e9dagogiques fut suivie par une refonte de la formation initiale des instits et des r\u00e9gents applicable aupr\u00e8s de tous les r\u00e9seaux (d\u00e9cret du 12 d\u00e9cembre 2000) \u2013 ce d\u00e9cret fut ensuite \u00ab corrig\u00e9 \u00bb pour y r\u00e9duire le contenu de la formation sociologique des ma\u00eetres -. Dans la foul\u00e9e, la formation initiale des aess fut aussi remise sur le m\u00e9tier (d\u00e9cret du 8 f\u00e9vrier 2001) pour \u00eatre ensuite soumise aux exigences de Bologne. Et compl\u00e9mentairement, le d\u00e9cret du 17 juillet 2002 d\u00e9finit le certificat d\u2019aptitudes p\u00e9dagogiques \u00e0 l\u2019enseignement sup\u00e9rieur.<br \/>\nPas de r\u00e9volution copernicienne depuis pr\u00e8s de plus de 50 ans mais une \u00e9volution surtout dict\u00e9e par les circonstances, nonobstant le fait que l\u2019action politique apr\u00e8s les ann\u00e9es 2000 fait \u00e9cho \u00e0 l\u2019expression du besoin de plus en plus criant de r\u00e9vision de la formation initiale, \u00e9cho qui ne put trouver un v\u00e9ritable envol eu \u00e9gard au contexte budg\u00e9taire (et qui se solda m\u00eame par une r\u00e9gression sociale aupr\u00e8s de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur).<br \/>\nA noter que durant toute cette p\u00e9riode, la formation p\u00e9dagogique des professeurs de cours technique et\/ou de pratique professionnelle a fait du \u00ab sur place \u00bb ; le CAP (Certificat d\u2019Aptitudes P\u00e9dagogiques) et CNTM (Certificat de Cours Normaux Techniques et Moyens) sont rest\u00e9s intangibles \u2026<br \/>\nPourquoi ?<br \/>\nNombreuses sont les consid\u00e9rations qui justifient une r\u00e9vision fondamentale de la formation des ma\u00eetres. Et c\u2019est la prise en compte de ces consid\u00e9rations de mani\u00e8re solidaire et indissociable qui conduit \u00e0 un plaidoyer pour l\u2019allongement de la dur\u00e9e des \u00e9tudes. Cet allongement vers une formation de niveau universitaire aurait en sus le m\u00e9rite de casser les hi\u00e9rarchies existant encore entre les diff\u00e9rentes fili\u00e8res.<br \/>\nPour (re)lancer le d\u00e9bat, citons ainsi parmi les comp\u00e9tences \u00e0 attendre \u00e0 tout niveau :<br \/>\nla ma\u00eetrise r\u00e9flexive ad\u00e9quate des disciplines enseign\u00e9es,<br \/>\nla connaissance approfondie des processus de d\u00e9veloppement psychologique et physiologique des enfants et adolescents tout comme des sciences de l\u2019\u00e9ducation, le tout associ\u00e9 \u00e0 une culture g\u00e9n\u00e9rale large ;<br \/>\nla capacit\u00e9 d\u2019analyse des m\u00e9canismes sociaux en \u0153uvre au sein de l\u2019Ecole et les r\u00e9ponses de structure ainsi que pratiques p\u00e9dagogiques \u00e0 construire pour y r\u00e9pliquer ;<br \/>\nla ma\u00eetrise de la langue fran\u00e7aise pour enseigner et communiquer ;<br \/>\nla capacit\u00e9 d\u2019analyser les situations d\u2019apprentissage, ses propres pratiques et leurs r\u00e9sultats ;<br \/>\nla prise en compte de la diversit\u00e9 des \u00e9l\u00e8ves et la capacit\u00e9 de mettre en \u0153uvre une p\u00e9dagogie diff\u00e9renci\u00e9e ;<br \/>\nl\u2019aptitude \u00e0 d\u00e9pister les difficult\u00e9s sp\u00e9cifiques d\u2019apprentissage en lien avec une intervention corrective imm\u00e9diate ;<br \/>\nla capacit\u00e9 d\u2019\u00e9valuer les diverses dimensions de cette op\u00e9ration et plus particuli\u00e8rement les activit\u00e9s de rem\u00e9diation imm\u00e9diate qui en d\u00e9coulent ;<br \/>\nla ma\u00eetrise des technologies de l\u2019information et de la communication ;<br \/>\nla capacit\u00e9 d\u2019assurer une coop\u00e9ration avec les parents et les partenaires de l\u2019\u00e9cole ;<br \/>\nla ma\u00eetrise du fonctionnement des structures scolaires et des r\u00f4les des acteurs ;<br \/>\nla formation au monde \u00e9conomique et \u00e0 la vie associative ;<br \/>\nle travail en \u00e9quipe qui fonde une culture professionnelle prenant en compte r\u00e9ciproquement les qualifications et les exp\u00e9riences des uns et des autres;<br \/>\nla capacit\u00e9 de saisir de mani\u00e8re critique ou r\u00e9flexive les r\u00e9sultats de la recherche scientifique, de ses r\u00e9sultats et de ses applications \u00e0 l\u2019enseignement ;<br \/>\nla capacit\u00e9 de conduire un processus de formation en cours de service et tout au long de la carri\u00e8re.<\/p>\n<p>Les perspectives.<br \/>\nOutre le fait que la Communaut\u00e9 fran\u00e7aise fait office de vestige historique dans le cadre europ\u00e9en de la formation des ma\u00eetres (mais la construction europ\u00e9enne n\u2019est pas garante de progr\u00e8s social, loin s\u2019en faut !), il nous para\u00eet que la prochaine d\u00e9cennie devra imp\u00e9rativement revoir fondamentalement, en fonction des objectifs mentionn\u00e9s ci-dessus, le r\u00e9gime de formation initiale. L\u2019entreprise devra \u00eatre conduite dans un contexte difficile (la p\u00e9nurie frappe nombre de fonctions) et s\u2019\u00e9taler sur plus d\u2019une l\u00e9gislature. Elle n\u00e9cessitera des apports budg\u00e9taires car l\u2019ajustement \u00e0 tous niveaux sur une formation de niveau universitaire doit conduire aussi \u00e0 l\u2019existence d\u2019un grand bar\u00e8me de r\u00e9f\u00e9rence (le 501 revisit\u00e9) ; la revalorisation de la fonction int\u00e8grera aussi cet \u00e9l\u00e9ment.<br \/>\nLe monde politique francophone semble avoir compris la n\u00e9cessit\u00e9 de conduire une op\u00e9ration d\u2019envergure sur ce dossier. Le chantier a \u00e9t\u00e9 entrouvert \u00e0 l\u2019occasion de la conclusion d\u2019un accord sectoriel gouvernement-organisations syndicales en juin dernier ; un des points d\u2019accord valorise l\u2019obtention d\u2019une licence ou d\u2019un master au b\u00e9n\u00e9fice des instits et des r\u00e9gents exer\u00e7ant leurs fonctions \u00e0 ces niveaux (\u00ab valoriser au bar\u00e8me 501, avec effet au 1er janvier 2009, les instituteurs ou r\u00e9gents ayant obtenu un master (second cycle) en lien avec leur fonction dans l\u2019enseignement fondamental ou secondaire inf\u00e9rieur).<br \/>\nPar ailleurs, le Ministre de l\u2019enseignement obligatoire est aussi sorti clairement du bois en souhaitant que la formation initiale des instits et des r\u00e9gents passe progressivement \u00e0 cinq ans en proc\u00e9dant aux adaptations salariales cons\u00e9quentes. Nous avons la faiblesse de croire que cette position trouvera rapidement une place de choix dans les programmes des formations politiques et en 2009, dans la future d\u00e9claration de politique communautaire.<\/p>\n<p><strong>L\u2019externalisation de la rem\u00e9diation<\/strong><\/p>\n<p>La prise en charge des difficult\u00e9s d\u2019apprentissage des enfants doit se faire tout au long du parcours scolaire, dans l\u2019\u00e9cole : l\u2019\u00e9cole est l\u2019institution mandat\u00e9e pour assurer aux \u00e9l\u00e8ves savoirs et comp\u00e9tences de base. L\u2019enseignant reste le premier \u00abrem\u00e9diateur\u00bb.<br \/>\nPetites annonces dans la presse locale ou dans les commerces de proximit\u00e9, l\u2019offre et la recherche de cours particuliers sont loin d\u2019\u00eatre r\u00e9centes! Ce qui semble plus r\u00e9cent, par contre, c\u2019est l\u2019amplification de cette offre et la marchandisation accrue et revendiqu\u00e9e d\u2019un secteur en pleine expansion. Or, l\u2019\u00e9cole, \u00e0 l\u2019inverse de l\u2019offre priv\u00e9e, est l\u2019institution mandat\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9 pour mettre en oeuvre les valeurs d\u2019\u00e9galit\u00e9! Elle devrait donc garantir \u00e0 chacun des \u00e9l\u00e8ves les savoirs et comp\u00e9tences de base qui leur permettent de comprendre le monde et d\u2019y prendre place. Dans bien des cas, c\u2019est davantage d\u2019une externalisation des apprentissages qu\u2019il s\u2019agit!<br \/>\nAccepter la d\u00e9l\u00e9gation de missions aussi importantes qui incombent \u00e0 l\u2019\u00e9cole \u00e0 des services ext\u00e9rieurs payants ne peut que nous \u00e9loigner des aspirations \u00e9galitaires de celle-ci. L\u2019acte d\u2019apprendre doit retrouver la place qui lui revient dans l\u2019\u00e9cole. Le contexte social et \u00e9conomique actuel a instaur\u00e9 un climat de crainte par rapport \u00e0 l\u2019avenir et tout particuli\u00e8rement par rapport \u00e0 l\u2019emploi, cela a exacerb\u00e9 la demande de r\u00e9ussite scolaire quel qu\u2019en soit le prix. Des parents consacrent une part non n\u00e9gligeable de leur budget aux divers soutiens et accompagnements scolaires de leurs enfants, d\u2019autres s\u2019orientent vers les \u00e9coles de devoirs, des initiatives qui ne cessent de se d\u00e9velopper et qui se voient rapidement oblig\u00e9es de refuser des enfants et des jeunes par manque de place, etc. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019externalisation, qui consiste paradoxalement \u00e0 chercher en dehors de l\u2019\u00e9cole les cl\u00e9s de la r\u00e9ussite scolaire, doit nous mettre en garde contre une comp\u00e9tition accrue entre \u00e9tablissements et la poursuite d\u2019une dualisation d\u00e9j\u00e0 tellement pr\u00e9sente. L\u2019Ecole doit rester le lieu garant de la transmission et de la construction des savoirs pour tous.<br \/>\nLe Gouvernement de la Communaut\u00e9 fran\u00e7aise et les partenaires ayant particip\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9laboration du Contrat pour l\u2019Ecole sont bien conscients de cet enjeu lorsqu\u2019ils soulignent la place fondamentale qu\u2019occupe l\u2019enseignement dans le d\u00e9veloppement de toute soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, l\u2019Ecole constituant en effet pour de nombreux jeunes l\u2019outil essentiel de leur \u00e9mancipation citoyenne, sociale, culturelle et solidaire. Tenant compte des constats pos\u00e9s sur la situation actuelle de notre syst\u00e8me scolaire, dont celui d\u2019une non ma\u00eetrise suffisante par tous les \u00e9l\u00e8ves des apprentissages de base, les signataires de la D\u00e9claration commune du 29 novembre 2004 se fixaient 6 objectifs. Parmi ceux-ci, l\u2019am\u00e9lioration des performances de chaque enfant et l\u2019augmentation du nombre d\u2019\u00e9l\u00e8ves \u00e0 l\u2019heure ne peuvent faire l\u2019impasse sur la question de la prise en charge des \u00e9l\u00e8ves d\u00e8s que les difficult\u00e9s se manifestent. Il est pr\u00e9cis\u00e9, concernant ces objectifs, que d\u2019autres outils que le redoublement permettent de g\u00e9rer les difficult\u00e9s d\u2019apprentissage et d\u2019adapter la p\u00e9dagogie aux rythmes des \u00e9l\u00e8ves et qu\u2019il convient de d\u00e9velopper des outils p\u00e9dagogiques pour r\u00e9soudre les difficult\u00e9s d\u2019apprentissage d\u00e8s qu\u2019elles se pr\u00e9sentent et de garantir des r\u00e9sultats tout en s\u2019adaptant aux rythmes d\u2019apprentissage.<br \/>\nLa question de la rem\u00e9diation est transversale aux 10 priorit\u00e9s du Contrat pour l\u2019\u00e9cole.<br \/>\nAinsi, le renforcement de l\u2019encadrement dans les deux premi\u00e8res ann\u00e9es du primaire vise \u00e0 assurer une rem\u00e9diation d\u00e8s que les difficult\u00e9s apparaissent que ce soit par un nombre moins \u00e9lev\u00e9 d\u2019\u00e9l\u00e8ves par classe ou l\u2019engagement d\u2019un ma\u00eetre de rem\u00e9diation. A ce propos, nous ne pouvons que contester le saupoudrage op\u00e9r\u00e9 en d\u00e9but de l\u00e9gislature (20 \u00e9l\u00e8ves par classe dans les 2 premi\u00e8res ann\u00e9es primaires) qui semble non seulement inefficace mais qui dilapide des moyens. Il aurait fallu d\u00e9cr\u00e9ter un r\u00e9el plan d\u2019urgence pour les \u00e9coles les plus d\u00e9favoris\u00e9es.<br \/>\nLa volont\u00e9 de conduire chaque jeune \u00e0 la ma\u00eetrise des comp\u00e9tences de base met l\u2019accent sur la transition entre le primaire et le secondaire par l\u2019accentuation de la rem\u00e9diation selon trois m\u00e9canismes : la rem\u00e9diation imm\u00e9diate au sein du cours normal de la classe, l\u2019organisation d\u2019une ann\u00e9e suppl\u00e9mentaire au sein du 1er degr\u00e9 du secondaire et un parcours diff\u00e9renci\u00e9 pour les \u00e9l\u00e8ves n\u2019ayant pas obtenu le CEB. La volont\u00e9 de mieux pr\u00e9parer les enseignants touche \u00e9galement \u00e0 cette question puisqu\u2019on nous parle de les former \u00e0 la d\u00e9tection rapide des difficult\u00e9s, aux techniques de rem\u00e9diation ainsi qu\u2019aux m\u00e9canismes sociologiques ou psycho-affectifs qui peuvent expliquer les difficult\u00e9s d\u2019apprentissage d\u2019un \u00e9l\u00e8ve et \u00e0 la gestion de groupes h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes. La r\u00e9forme des services d\u2019inspection et l\u2019animation p\u00e9dagogique propre \u00e0 chaque r\u00e9seau devra quant \u00e0 elle aider \u00e0 ce que les rem\u00e9diations \u00e0 apporter aux difficult\u00e9s relev\u00e9es s\u2019int\u00e8grent dans la pratique quotidienne des enseignants.<br \/>\nSi les enseignants sont les premiers \u00ab rem\u00e9diateurs \u00bb, il ne faudrait pas n\u00e9gliger la place que d\u2019autres professionnels tels les logop\u00e8des, les sp\u00e9cialistes de la dyscalculie, \u2026pourraient occuper aux c\u00f4t\u00e9s de ceux-ci au sein m\u00eame de l\u2019\u00e9cole.<br \/>\nPermettre aux enfants et aux jeunes d\u2019oser dire leur difficult\u00e9s sans risque de jugements h\u00e2tifs sur leur comportement, leur attention, leur motivation, leur effort, leurs parents\u2026 et de trouver un soutien au sein m\u00eame de l\u2019\u00e9tablissement est une condition importante de leur r\u00e9ussite au risque de les voir perdre confiance en eux et se d\u00e9courager. Replacer cette prise en charge au sein m\u00eame de l\u2019\u00e9cole ne peut qu\u2019am\u00e9liorer le rapport des jeunes \u00e0 leurs enseignants, \u00e0 leur \u00e9tablissement, \u00e0 l\u2019Ecole.<br \/>\nGarantir aux parents une \u00e9cole o\u00f9 la plupart des difficult\u00e9s scolaires de leurs enfants puisse \u00eatre prise en charge ne peut \u00e9galement qu\u2019am\u00e9liorer leur relation avec l\u2019\u00e9tablissement scolaire de leur enfant mais aussi avec leur enfant en leur rendant la place de parent qui leur revient.<br \/>\nPrendre en charge la rem\u00e9diation au sein de l\u2019\u00e9cole, c\u2019est aussi rendre au secteur de l\u2019accueil extra scolaire sa place sp\u00e9cifique entre l\u2019\u00e9cole et la famille et permettre \u00e0 l\u2019\u00e9l\u00e8ve qui quitte l\u2019\u00e9cole de devenir enfant.<br \/>\nTant la formation initiale des enseignants qu\u2019un r\u00e9el accompagnement dans leurs pratiques quotidiennes devraient contribuer \u00e0 assurer un r\u00e9el enseignement diff\u00e9renci\u00e9 tel que soutenu par le D\u00e9cret Mission. Mais, au-del\u00e0 de la formation, ce dont les enseignants ont besoin, c\u2019est d\u2019\u00eatre reconnus dans leur m\u00e9tier et valoris\u00e9s. Ils ne pourront pas y arriver seul si une majorit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 continue de privil\u00e9gier un enseignement frontal avan\u00e7ant au rythme des \u00ab plus forts \u00bb. Il ne s\u2019agit donc pas uniquement de proposer des r\u00e9formes structurelles mais \u00e9galement culturelles et de transformations des repr\u00e9sentations.<br \/>\nA l\u2019heure o\u00f9 certains envisagent d\u2019\u00e9largir les titres services \u00e0 l\u2019engagement d\u2019accompagnants scolaires \u00e0 domicile et o\u00f9 certains parlent d\u2019exon\u00e9ration fiscale\u2026 nous ne pouvons accepter que la prise en charge de la rem\u00e9diation par l\u2019ext\u00e9rieur n\u2019occulte l\u2019urgence de repenser le syst\u00e8me s\u00e9lectif \u00e0 outrance que nous connaissons aujourd\u2019hui et rappeler avec force les points de notre m\u00e9morandum relatifs \u00e0 cette question.<br \/>\n\u00ab Faire en sorte que les difficult\u00e9s d\u2019apprentissage soient anticip\u00e9es et, le cas \u00e9ch\u00e9ant, d\u00e9cel\u00e9es et trait\u00e9es rapidement, prioritairement au fondamental qui commence d\u00e8s la premi\u00e8re maternelle. L\u2019enseignant devant rester l\u2019interm\u00e9diaire entre l\u2019\u00e9l\u00e8ve et les savoirs.<br \/>\nTout en respectant l\u2019autonomie des \u00e9quipes p\u00e9dagogiques, il faut veiller \u00e0 r\u00e9duire progressivement le nombre d\u2019\u00e9l\u00e8ves par classe dans les deux premi\u00e8res ann\u00e9es du primaire pour arriver au chiffre optimal de 15 et sans d\u00e9passer 20 pour les autres ann\u00e9es.<br \/>\nMettre en place des dispositifs de rem\u00e9diations multiples (sp\u00e9cialistes des difficult\u00e9s d\u2019apprentissage, professionnels pr\u00e9sents dans l\u2019\u00e9cole: logop\u00e8des, sp\u00e9cialistes de la dyslexie, dyscalculie, ma\u00eetres d\u2019adaptation \u00e0 la langue, valoriser les innovations p\u00e9dagogiques des enseignants de terrain et en particulier les travaux d\u2019\u00e9quipes, \u2026) en \u00e9vitant toute forme de stigmatisation. Quoiqu\u2019il en soit, l\u2019enseignant doit rester au centre.<br \/>\nAugmenter l\u2019encadrement logistique (secr\u00e9tariat, \u00e9quipements, \u2026) afin de faire en sorte que les directeurs d\u2019\u00e9cole jouent un r\u00f4le d\u2019animateur p\u00e9dagogique \u00bb.<\/p>\n<p><strong>Conclusions<\/strong><\/p>\n<p>2009 sera une ann\u00e9e \u00e9lectorale. L\u2019enseignement sera au centre des d\u00e9bats. On le voit d\u00e9j\u00e0, certains partis politiques tiennent des tables rondes ou pr\u00e9voient des colloques sur l\u2019Ecole. Nous allons, de notre c\u00f4t\u00e9, veiller \u00e0 ce que ce d\u00e9bat ne soit pas que politique, mais fondamentalement citoyen. Regroupant des associations de seconde ligne ET de terrain, les syndicats enseignants et le monde de la recherche universitaire, notre plate-forme repr\u00e9sente tous les pans de la soci\u00e9t\u00e9 en rapport avec l\u2019Ecole.<br \/>\nNous allons donc investir le d\u00e9bat tout au long de la campagne \u00e9lectorale. L\u2019objectif est de faire caisse de r\u00e9sonance, mais aussi de mettre une pression sur les partis politiques et leurs programmes. Aussi nous avons besoin du dernier pilier social qui nous manque : vous\u2026 la presse. Non pour \u00e9pouser nos th\u00e8ses &#8211; il est important de garder votre ind\u00e9pendance \u2013 mais pour informer le citoyen. Nombre d\u2019entre eux n\u2019ont pas id\u00e9e des enjeux sociopolitiques qui se jouent \u00e0 l\u2019Ecole. Il est important de les conscientiser.<br \/>\nDe notre c\u00f4t\u00e9, nous avons \u00e9tabli un \u2018plan de campagne\u2019. Nous allons porter le d\u00e9bat dans toutes les provinces, en nous appuyant sur nos r\u00e9seaux (nos associations sont pr\u00e9sentes sur le terrain, via leurs sections locales). En octobre prochain, nous profiterons de l\u2019\u00e9poque du salon de l\u2019\u00e9ducation pour lancer la dynamique. Nous avons invit\u00e9 les pr\u00e9sidents des 4 partis \u00e0 d\u00e9battre de notre m\u00e9morandum. Ensuite, nous organiserons des tables-rondes dans chaque province wallonne ainsi qu\u2019\u00e0 Bruxelles. Cela nous m\u00e8nera \u00e0 la veille des \u00e9lections. Notre objectif est de permettre \u00e0 chaque citoyen de s\u2019informer et de comprendre la probl\u00e9matique de l\u2019\u00e9chec scolaire mais aussi et surtout les enjeux sociopolitiques que cela sous-tend et d\u2019emp\u00eacher le politique d\u2019escamoter ou de biaiser le d\u00e9bat. Au-del\u00e0 des enjeux europ\u00e9ens ou r\u00e9gionaux, l\u2019avenir de tous nos enfants \u2013 et donc de toute notre Communaut\u00e9 \u2013 passe avant tout.<\/p>\n<p><strong>Membres de la plate-forme<\/strong><\/p>\n<p>Les associations :<br \/>\nL\u2019APED (Appel Pour une Ecole D\u00e9mocratique),<br \/>\nL\u2019APEPA (Association de Parents pour l\u2019Epanouissement des Personnes avec Autisme),<br \/>\nCG\u00e9 (Changement pour l\u2019Egalit\u00e9 &#8211; mouvement socio-p\u00e9dagogique),<br \/>\nLa CEDD( Coordination des Ecoles de Devoirs de Bruxelles),<br \/>\nLa FAPEO (F\u00e9d\u00e9ration des Associations de Parents de l\u2019Enseignement Officiel),<br \/>\nLa FFEDD (F\u00e9d\u00e9ration francophone des \u00e9coles de devoirs),<br \/>\nLa Ligue des Droits de l\u2019Enfant,<br \/>\nLire-et-Ecrire,<br \/>\nLe Moc (Mouvement ouvrier Chr\u00e9tien)<\/p>\n<p>Les acad\u00e9miques :<br \/>\nVincent Carette (ULB),<br \/>\nMarcel Crahay (ULG et Gen\u00e8ve),<br \/>\nVincent Dupriez (UCL et Girsef),<br \/>\nBeno\u00eet Galand (UCL),<\/p>\n<p>Les Syndicats secteur enseignement :<br \/>\nLa CSC secteur enseignement,<br \/>\nLa CGSP secteur enseignement,<br \/>\nLe SEL<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier de presse L\u2019\u00e9chec scolaire : bilan du Gouvernement de la Communaut\u00e9 Fran\u00e7aise Introduction Le 1er septembre 2003, une dizaine de citoyens issus des mondes associatif et acad\u00e9mique se r\u00e9unissaient autour, \u00e0 la fois d\u2019un constat et d\u2019un projet commun : l\u2019\u00e9normit\u00e9 de l\u2019\u00e9chec scolaire en Communaut\u00e9 fran\u00e7aise et le respect des droits de tous [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-833","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/833","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=833"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/833\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=833"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=833"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=833"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}