{"id":815,"date":"2008-08-18T14:06:53","date_gmt":"2008-08-18T13:06:53","guid":{"rendered":"http:\/\/www.asblonweb.be\/APED\/CM\/?p=815"},"modified":"2008-08-18T14:06:53","modified_gmt":"2008-08-18T13:06:53","slug":"la-science-du-pedagogue-et-le-coeur-du-jardinier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/2008\/08\/18\/la-science-du-pedagogue-et-le-coeur-du-jardinier\/","title":{"rendered":"La science du p\u00e9dagogue&#8230; et le coeur du jardinier"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Les enfants en \u00e9chec doivent passer par les \u00e9tapes qui leur ont \u00e9chapp\u00e9 ou qui ne leur ont pas \u00e9t\u00e9 propos\u00e9es. Avant d&#8217;en venir au &#8220;programme&#8221;, aux rem\u00e9diations, il est n\u00e9cessaire de mettre en place les <strong>comp\u00e9tences premi\u00e8res<\/strong> et les <strong>app\u00e9tences psychologiques<\/strong> qui permettent d&#8217;acc\u00e9der \u00e0 la pens\u00e9e et au savoir.<\/p>\n<p>Pour faire face au probl\u00e8me tr\u00e8s pr\u00e9occupant &#8211; mais qui n&#8217;est pas nouveau &#8211; de l&#8217;\u00e9chec scolaire, de nombreuses r\u00e9formes ont \u00e9t\u00e9 propos\u00e9es, mais jamais \u00e9valu\u00e9es ni m\u00eame, semble-t-il, massivement appliqu\u00e9es par les enseignants. Une querelle entre <em>modernistes<\/em> et <em>traditionalistes<\/em> s&#8217;est d\u00e9velopp\u00e9e, avec une &#8220;victoire&#8221; r\u00e9cente de ces derniers. On ne peut attendre des miracles de ce retour en arri\u00e8re, car les m\u00e9thodes propos\u00e9es produisaient d\u00e9j\u00e0 un lourd \u00e9chec l\u00e0 et quand elles \u00e9taient (ou quand elles sont encore) mises en &#339;uvre.  Christian Montelle tente d&#8217;explorer d&#8217;autres voies pour lutter contre le fl\u00e9au de l&#8217;\u00e9chec scolaire. Il rejette les approches m\u00e9canistes qui ne tiennent pas compte de la nature de l&#8217;enfant et appliquent des &#8220;rem\u00e8des&#8221; scientistes et technologiques \u00e0 des \u00e9l\u00e8ves qui n&#8217;en sont que plus meurtris et humili\u00e9s. La violence engendr\u00e9e par cette incompr\u00e9hension empoisonne tout le monde scolaire. Un \u00eatre humain n&#8217;est pas une machine dont on pourrait noter les sympt\u00f4mes de dysfonctionnement afin de les r\u00e9parer de fa\u00e7on norm\u00e9e. Les m\u00e9thodes employ\u00e9es pour dresser des rats, ou conditionner des hommes \u00e0 un travail d\u00e9shumanis\u00e9, montrent leur inefficacit\u00e9 : le taylorisme, le fordisme n&#8217;ont pas leur place dans l&#8217;\u00e9cole r\u00e9publicaine.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-813\" src=\"http:\/\/www.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2008\/08\/arton481.jpg\" width=\"500\" height=\"333\" srcset=\"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2008\/08\/arton481.jpg 500w, https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2008\/08\/arton481-300x200.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2008\/08\/Echec.pdf\">Version imprimable au format pdf<\/a><\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9chec scolaire est un probl\u00e8me qui pr\u00e9occupe grandement les soci\u00e9t\u00e9s dites d\u00e9velopp\u00e9es. Alors que toutes les conditions de r\u00e9ussite dont les enseignants r\u00eavaient nagu\u00e8re sont apparemment r\u00e9alis\u00e9es, un grand nombre d&#8217;enfants fr\u00e9quentent l&#8217;\u00e9cole \u00e0 reculons &#8220;parce qu&#8217;il le faut bien&#8221; et un nombre consid\u00e9rable d&#8217;\u00e9l\u00e8ves ne profitent que peu ou pas du tout des cours qui leur sont dispens\u00e9s. En France, on  parle de 150 000[[Chiffre \u00e0 prendre avec des pincettes car il a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 de fa\u00e7on pol\u00e9mique. Lanc\u00e9 durant la campagne pr\u00e9sidentielle de 2007, il demande \u00e0 \u00eatre pr\u00e9cis\u00e9. Mais 10 000 enfants sans avenir repr\u00e9sentent d\u00e9j\u00e0 un scandale.]] laiss\u00e9s-pour-compte, qui sortent du cursus scolaire en sachant \u00e0 peine parler, lire et \u00e9crire, ou m\u00eame penser de fa\u00e7on rationnelle, ce qui provoque des difficult\u00e9s humaines et des co\u00fbts sociaux exorbitants. D&#8217;autre part, beaucoup d&#8217;enfants de milieux dits privil\u00e9gi\u00e9s se r\u00e9fugient dans une bulle de gadgets technologiques ou de &#8220;paradis&#8221; dangereux, et sabotent leur cursus scolaire.<\/p>\n<p> L&#8217;\u00c9tat et la soci\u00e9t\u00e9 civile ont mis en place des dispositifs innombrables pour tenter d&#8217;am\u00e9liorer cette situation d\u00e9plorable, mais les succ\u00e8s sont minces selon l&#8217;estimation des adultes engag\u00e9s dans ces actions. La strat\u00e9gie des structures de &#8220;rem\u00e9diation&#8221; consiste le plus souvent \u00e0 permettre aux enfants de b\u00e9n\u00e9ficier de structures all\u00e9g\u00e9es &#8211; fort on\u00e9reuses, au demeurant &#8211; et \u00e0 tenter de leur faire absorber le programme scolaire de leur  niveau d&#8217;\u00e2ge. Mais ont-ils r\u00e9ellement les comp\u00e9tences n\u00e9cessaires pour absorber cette potion ? Des officines \u00e0 but lucratif se sont ru\u00e9es sur le fromage de l&#8217;aide aux \u00e9l\u00e8ves en difficult\u00e9, mais leurs pr\u00e9occupations clairement financi\u00e8res ne concernent pas le probl\u00e8me. On peut imaginer que leur objectif de d\u00e9part fut louable, mais le fait d&#8217;\u00eatre lucratives pour l&#8217;investisseur les a rendues inabordables pour un grand nombre. Ce sont les familles les plus nanties, qui, persuad\u00e9es que pour r\u00e9ussir il faut savoir avant l&#8217;\u00e9cole et plus qu&#8217;\u00e0 l&#8217;\u00e9cole, se sont appropri\u00e9 ces officines. En vacances, combien d&#8217;enfants au parcours irr\u00e9prochable, scolaris\u00e9s dans des \u00e9coles de renomm\u00e9e, se voient inscrits d&#8217;office dans des stages non pas de remise \u00e0 niveau, mais d&#8217;anticipation sur le niveau \u00e0 venir ! Ainsi, l&#8217;\u00e9cart se creuse : ceux qui sont en difficult\u00e9 le restent et ceux qui r\u00e9ussissent plut\u00f4t bien deviennent excellents ! Les dispositifs de lutte contre l&#8217;\u00e9chec scolaire, qu&#8217;ils soient publics, associatifs ou priv\u00e9s, parviennent, \u00e0 force de contrainte \u00e0 faire accomplir quelques progr\u00e8s dans le maniement des savoirs \u00e9l\u00e9mentaires, appel\u00e9 aussi &#8220;socle commun&#8221;.  Mais ces proc\u00e9dures ne me semblent pas ad\u00e9quates et peu rentables par rapport au capital humain (et financier) engag\u00e9.  Pour tenter de mieux cerner ce qui explique ce demi, quart ou trois-quarts d&#8217;\u00e9chec du soutien scolaire, je vais utiliser une comparaison avec le monde du jardinage.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 donc un jardinier d\u00e9butant et peu avis\u00e9 qui entreprend de cultiver les 2000 m2 de la maison qu&#8217;il vient d&#8217;acqu\u00e9rir. En bon rurbain tout neuf, il pense que dame Nature est g\u00e9n\u00e9reuse et qu&#8217;il suffit de lui confier quelques graines arros\u00e9es copieusement pour qu&#8217;elle donne de beaux fruits et de beaux l\u00e9gumes. Las ! il doit d\u00e9chanter au mitan de l&#8217;\u00e9t\u00e9 ; il y a belle lurette que ses fraises ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9vor\u00e9es par les limaces, ses choux par les pi\u00e9rides, ses pommes de terre ruin\u00e9es par le mildiou. Les plantes \u00e9pargn\u00e9es sont malingres, les petits pois microscopiques, les poireaux \u00e9tiques et les salades chlorotiques. Notre gaillard se lance alors dans la rem\u00e9diation. La chimie agro-alimentaire lui offre un \u00e9ventail suffisant de poisons pour qu&#8217;il ach\u00e8ve les rescap\u00e9s du d\u00e9sastre. Son erreur ? Ne pas avoir &#8211; bien avant de planter ou de semer, &#8211; analys\u00e9 son sol, d\u00e9sherb\u00e9, d\u00e9fonc\u00e9 le sol, b\u00each\u00e9, bin\u00e9, r\u00e2tel\u00e9, fum\u00e9, \u00e9limin\u00e9 les vers blancs et autres voraces, introduit des antiparasites naturels, install\u00e9 un r\u00e9seau commode d&#8217;irrigation.<\/p>\n<p> Il me semble que notre \u00e9cole commet le m\u00eame type d&#8217;erreurs, avec la complicit\u00e9 involontaire des parents et celle plus d\u00e9termin\u00e9e de certains m\u00e9decins et des g\u00e9ants de l&#8217;industrie phamaceutique[[Voir par exemple L.H. Diller, Coca-Cola, MacDonald&#8217;s et Ritaline : http:\/\/www.google.fr\/search?hl=fr&#038;q=diller+ritaline&#038;btnG=Recherche+Google&#038;meta=]]. On veut &#8220;forcer le l\u00e9gume&#8221; sans trop se pr\u00e9occuper du terrain. On saute les \u00e9tapes, on oublie totalement les exigences d&#8217;un d\u00e9veloppement naturel et harmonieux. On fait appel \u00e0 la science et \u00e0 la technologie pour r\u00e9parer les d\u00e9g\u00e2ts, en pensant que ce sont des rem\u00e8des-miracles : fatale illusion qui masque les vrais probl\u00e8mes. Moins l&#8217;enfant absorbe, plus on tente de le gaver. On ne per\u00e7oit pas les erreurs qui le d\u00e9traquent. On n\u00e9glige le d\u00e9sarroi provoqu\u00e9 par une telle pression psychologique, par une telle exigence de r\u00e9ussite dans des domaines si sp\u00e9cifiques.<\/p>\n<p> Les parents et les enseignants de terrain invoquent fr\u00e9quemment une origine unique \u00e0 l&#8217;\u00e9chec scolaire : les &#8220;conditions socioculturelles&#8221; que connaissent les enfants et qui expliqueraient \u00e0 elles seules les in\u00e9galit\u00e9s constat\u00e9es. Ces param\u00e8tres sociaux donnent l&#8217;impression de relever d&#8217;un domaine qui \u00e9chappe \u00e0 l&#8217;\u00e9cole et la tentation est forte d&#8217;en prendre acte et d&#8217;effectuer un tri social en contradiction compl\u00e8te avec les objectifs que devrait se donner l&#8217;\u00e9cole : offrir des chances \u00e9gales de r\u00e9ussite \u00e0 tous les enfants. Cela \u00e9vite de proc\u00e9der \u00e0 une analyse plus pr\u00e9cise des causes de l&#8217;\u00e9chec, analyse qui permettrait de pratiquer la pr\u00e9vention n\u00e9cessaire.  Je vais tenter, dans les lignes qui suivent, de pointer quelques insuffisances et proposer, quand cela est en mon pouvoir, quelques pistes susceptibles d&#8217;am\u00e9liorer la situation. Bri\u00e8vement, car mon propos n&#8217;est pas d&#8217;\u00e9crire un ouvrage qui se voudrait exhaustif. J&#8217;aborderai quelques domaines &#8211; et il en existe d&#8217;autres &#8211; dans lesquels j&#8217;ai pu noter des oublis ou des carences causant de grands dommages. Je proposerai de travailler dans ces domaines pour aider les enfants \u00e0 surmonter leurs difficult\u00e9s, et je sugg\u00e9rerai quelques pratiques issues de mon exp\u00e9rience.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re partie \u00e9voquera la socialisation, la transmission, l&#8217;acquisition des habitus sociaux, et aussi les valeurs qui nous permettent de vivre harmonieusement avec nos semblables. Je parlerai ensuite des insuffisances linguistiques, obstacle essentiel auquel j&#8217;ai consacr\u00e9 un ouvrage[[Christian Montelle, La parole contre l&#8217;\u00e9chec scolaire, La haute langue orale, l&#8217;Harmattan, Paris, 2005]] ; ce livre aborde aussi d&#8217;autres domaines qui seront \u00e9voqu\u00e9s ici. Une troisi\u00e8me partie sera consacr\u00e9e \u00e0 la construction des notions li\u00e9es au temps et \u00e0 l&#8217;espace, ces rep\u00e8res qui sont indispensables \u00e0 tout projet d&#8217;apprendre, de faire ou de vivre. Dans une quatri\u00e8me partie, je tenterai de pointer ce qui est n\u00e9cessaire pour entrer dans le domaine des sciences : esprit d&#8217;observation, connaissance du milieu, accession \u00e0 l&#8217;abstraction, comp\u00e9tences de classement et de hi\u00e9rarchisation, et aussi capacit\u00e9 d&#8217;\u00e9merveillement, curiosit\u00e9, acquisition des d\u00e9marches scientifiques. Une cinqui\u00e8me partie parlera du monde de la technique. Viendra alors l&#8217;\u00e9tude des domaines artistiques : la musique avec ses rythmes et ses m\u00e9lodies, les arts graphiques qui enseignent la composition, l&#8217;harmonie des formes et des couleurs, la joie du beau[[A thing of beauty is a joy for ever, John Keats &#8211; Endymion. &#8220;Rencontrer la beaut\u00e9 nous emplit d&#8217;une joie \u00e9ternelle.&#8221; \u00c0 condition que nous sachions la reconna\u00eetre, bien s\u00fbr !]]. La derni\u00e8re partie sera consacr\u00e9e \u00e0 tous les probl\u00e8mes li\u00e9s au d\u00e9veloppement corporel : alimentation, hygi\u00e8ne de vie, pratique de sports collectifs et d&#8217;activit\u00e9s sportives douces  permettant de s&#8217;\u00e9panouir dans le plaisir du corps d\u00e9couvert.<\/p>\n<h2>Identit\u00e9 et socialisation<\/h2>\n<p><strong> <em>Il ne s&#8217;agit pas de tuer la libert\u00e9 individuelle, mais de la socialiser.<\/em> <\/strong> P.J. Proudhon<\/p>\n<p>L&#8217;identit\u00e9 est un concept \u00e0 double face. D&#8217;une part, l&#8217;identit\u00e9 d\u00e9signe un individu dans ce qu&#8217;il a d&#8217;unique, dans son physique, sa psychologie : ce que Paul Ric&#339;ur nomme <em>l&#8217;ipse<\/em>. D&#8217;autre part, l&#8217;identit\u00e9 contient l&#8217;id\u00e9e de m\u00eamet\u00e9, ce qui est identique dans tous les membres de tel ou tel groupe humain, l&#8217;identit\u00e9 citoyenne : ce que Paul Ric&#339;ur nomme <em>l&#8217;idem<\/em>. Les enseignants jouent un r\u00f4le important, m\u00eame s&#8217;il est souvent ignor\u00e9 ou sous-estim\u00e9, dans le d\u00e9veloppement de ces deux aspects de l&#8217;identit\u00e9. Par les exemples de comportements qu&#8217;ils donnent, par la philosophie qu&#8217;ils exposent consciemment ou inconsciemment, par la p\u00e9dagogie qu&#8217;ils pratiquent, par les textes qu&#8217;ils proposent, et en particulier les r\u00e9cits. Ils peuvent enthousiasmer, indigner, r\u00e9vulser, passionner les enfants qui r\u00e9agiront diff\u00e9remment selon leur milieu familial, leur origine. La la\u00efcit\u00e9 doit s&#8217;exercer sans concession, non dans des choix restrictifs, mais dans une information neutre de tout ce qu&#8217;offre le monde aux jeunes intelligences. Paul Ric&#339;ur[[On l&#8217;aura remarqu\u00e9, je cite abondamment Paul Ric&#339;ur qui nous a quitt\u00e9s r\u00e9cemment. Bien que ce soit pas pr\u00e9cis\u00e9ment son propos, il traite dans ses ouvrages  de nombreux sujets int\u00e9ressant l&#8217;enseignement : l&#8217;interpr\u00e9tation, l&#8217;identit\u00e9, le temps et le r\u00e9cit, la po\u00e9sie (La m\u00e9taphore vive), la m\u00e9moire, la responsabilit\u00e9&#8230;]] parle de cette responsabilit\u00e9 subtile et d\u00e9terminante dans son ouvrage : <em>Soi-m\u00eame comme un autre<\/em>, Seuil, Paris, 1996. Je laisse le lecteur accompagner ce grand philosophe dans cette r\u00e9flexion complexe. Je suis persuad\u00e9 que les professeurs sont aussi des ma\u00eetres qui aident les enfants \u00e0 se construire, et que cette fondation de ce qu&#8217;il y a d&#8217;humain dans l&#8217;homme doit s&#8217;effectuer dans le respect de la libert\u00e9 de chacun.  C&#8217;est un euph\u00e9misme de dire que les rapports entre adultes et enfants sont peu am\u00e8nes. Grossi\u00e8ret\u00e9, agressivit\u00e9 sont de mise, bizarrement m\u00eal\u00e9es \u00e0 des manifestations exag\u00e9r\u00e9es d&#8217;amiti\u00e9 factice : baisers (bisous, dit-on) distribu\u00e9s \u00e0 l&#8217;encan, marques incessantes de compassion convenue, manifestations envahissantes de convivialit\u00e9 qui trouvent rarement leur aboutissement. Les mod\u00e8les m\u00e9diatiques donn\u00e9s par les \u00e9missions comiques, les talk-shows, les \u00e9missions de t\u00e9l\u00e9-r\u00e9alit\u00e9, les s\u00e9ries, les films, les hommes politiques (&#8220;Casse-toi, pauvre con !&#8221;) sont d\u00e9solants. Les enfants adoptent les mod\u00e8les que les adultes leur donnent quels que puissent \u00eatre les efforts de certaines familles pour donner encore un peu d&#8217;\u00e9ducation \u00e0 leurs rejetons. Cette d\u00e9liquescence des rapports sociaux est sensible dans le milieu scolaire. De petits ca\u00efds se taillent des &#8220;territoires&#8221;, terrorisent et rackettent les plus faibles. Des violences physiques ou sexuelles &#8211; verbales ou avec passage \u00e0 l&#8217;acte &#8211;  sont monnaie courante, y compris envers des adultes. Cela fait partie de l&#8217;\u00e9chec scolaire. On constate aussi un esprit de d\u00e9fi permanent, de challenge, pour utiliser un anglicisme qui masque la violence de l&#8217;affrontement. D\u00e9fis dans le n\u00e9gatif, et des \u00e9missions comme <em>Jackass<\/em> en donnent l&#8217;exemple : <em>happy slapping[[On filme subrepticement (avec son portable) une sc\u00e8ne d&#8217;agression brutale et on la place sur le Net.]]<\/em>, paris stupides, absorption de substances vari\u00e9es, paroxysmes de conduites aberrantes. D\u00e9fis dans la course au r\u00e9sultat, certains \u00e9l\u00e8ves \u00e9tant class\u00e9s ou se classant comme surdou\u00e9s et \u00e9crasant les autres, quitte \u00e0 recevoir des racl\u00e9es comme &#8220;intellos&#8221;. La soci\u00e9t\u00e9 du spectacle fabrique \u00e0 la cha\u00eene du &#8220;sauvageon&#8221; comme Chev\u00e8nement nomma ces enfants perdus. Il est certain que Etat devrait agir aupr\u00e8s des m\u00e9dias pour prot\u00e9ger les enfants mais l&#8217;\u00e9cole a aussi vocation de donner des habitudes d&#8217;urbanit\u00e9 et de solidarit\u00e9. Les adultes peuvent utiliser un langage irr\u00e9prochable, \u00e9viter toute grossi\u00e8ret\u00e9, faire montre d&#8217;une correction totale envers leurs pairs ou envers tous les \u00e9l\u00e8ves. Cela leur permettrait de bannir de l&#8217;\u00e9cole les &#8220;cons&#8221;,  &#8220;encul\u00e9s &#8220;, &#8220;nique ta m\u00e8re&#8221;, &#8220;p\u00e9tasses&#8221;, qui fleurissent (fleurs de latrines, j&#8217;entends) d\u00e8s la maternelle. J&#8217;en passe et de plus raides !<\/p>\n<p> Plus important : on peut tenter de fonder le groupe de la classe. Mon exp\u00e9rience me sugg\u00e8re de donner deux pistes pour ce faire. Premi\u00e8rement, pr\u00e9senter le groupe-classe (qui devrait rester stable plusieurs ann\u00e9es cons\u00e9cutives) comme une \u00e9quipe : &#8220;Cette classe est une \u00e9quipe de foot. Dans une \u00e9quipe, il n&#8217;y a pas des perdants d&#8217;un c\u00f4t\u00e9 et des gagnants de l&#8217;autre. Tout le monde gagne ou tout le monde perd, selon que l&#8217;\u00e9quipe a su se montrer solidaire ou non. C&#8217;est pourquoi nous ne laisserons personne sur le bord du chemin. Chaque fois qu&#8217;un condisciple sera en difficult\u00e9, un &#8220;sauveteur lui viendra en aide, lui &#8220;passera la balle&#8221;. Ceux qui sont le plus \u00e0 l&#8217;aise dans telle ou telle mati\u00e8re seront les &#8220;tuteurs&#8221; (les entra\u00eeneurs) de ceux qui \u00e9prouvent des difficult\u00e9s dans ce domaine. Tout le monde peut \u00eatre tuteur car chacun poss\u00e8de un domaine d&#8217;excellence. Le bon slameur, guidera le fort en maths et vice versa. L&#8217;angliciste dou\u00e9 aidera de ses conseils l&#8217;acteur-n\u00e9, qui lui donnera ses techniques. Et ainsi nous jouerons notre partie, chacun apprenant autant en partageant qu&#8217;en recevant.&#8221;.  On est \u00e9tonn\u00e9 de constater comme les enfants entrent volontiers dans cette solidarit\u00e9, reconnaissent des comp\u00e9tences qui fondent des hi\u00e9rarchies estim\u00e9es. Le ma\u00eetre est le chef d&#8217;orchestre qui coordonne l&#8217;ensemble.<\/p>\n<p> En second lieu, la classe peut aussi \u00eatre soud\u00e9e par le partage culturel si elle re\u00e7oit des textes tr\u00e8s forts qui suscitent des \u00e9motions et d&#8217;intenses jouissances intellectuelles d&#8217;interpr\u00e9tation. Les r\u00e9cits oraux ou \u00e9crits, les po\u00e8mes, les extraits de th\u00e9\u00e2tres, les \u00e9nigmes, les merveilles de la nature, les &#8220;exploits&#8221; sportifs, les c\u00e9l\u00e9brations, les sorties et tant d&#8217;autres \u00e9v\u00e9nements peuvent \u00eatre magnifi\u00e9s pour devenir des r\u00e9f\u00e9rences qui soudent un ensemble d&#8217;enfants en communaut\u00e9. Pour renforcer cette sp\u00e9cificit\u00e9, la classe peut adopter le nom d&#8217;un h\u00e9ros dont elle se baptisera. La 5e Berlioz, la 4e Courbet, la 6e Marie Curie ont plus de sens que 6e1 ou 3e2 ! Ce h\u00e9ros sera l&#8217;objet de travaux divers qui seront \u00e9chang\u00e9s et expos\u00e9s \u00e0 l&#8217;occasion des journ\u00e9es &#8220;portes ouvertes&#8221;, en m\u00eame temps que les chefs-d&#8217;&#339;uvre r\u00e9alis\u00e9s par les \u00e9l\u00e8ves. Ils pourront aussi \u00eatre diffus\u00e9s dans un journal scolaire, ou un cyberjournal, ce qui leur permettra d&#8217;\u00eatre soumis \u00e0 une critique externe. Le but est que les enfants cessent de d\u00e9nigrer leur \u00e9tablissement, soient fiers de leur classe et de leur \u00e9cole, de leur coll\u00e8ge ou de leur lyc\u00e9e. Pour qu&#8217;ils apprennent la vie avec autrui, le respect de l&#8217;autre, l&#8217;urbanit\u00e9 qui fait le charme des rapports sociaux, il est important de prendre tr\u00e8s au s\u00e9rieux les proc\u00e9dures d\u00e9mocratiques d&#8217;\u00e9lections, de ne pas manquer une occasion de donner une illustration d&#8217;\u00e9ducation civique. Non pas dans des &#8220;journ\u00e9es de&#8230;&#8221; , mais de fa\u00e7on beaucoup plus proche, en traitant des exemples locaux. Intervenir toute les fois que cela est possible, au lieu de se contenter de yaka-ci ou yaka-\u00e7a. D&#8217;une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, la socialisation se r\u00e9alise quand on la vit plus que lorsqu&#8217;on en parle. Comme le dit si justement Ostiane Mathon : &#8220;Il vaut mieux FAIRE ensemble plut\u00f4t que de DIRE aux autres de FAIRE ceci ou cela.&#8221;<\/p>\n<h2>La fracture linguistique<\/h2>\n<p><strong> <em>Les limites de mon langage signi&#64257;ent les limites de mon propre monde.<\/em> <\/strong>  Ludwig Wittgenstein (<em>Tractatus logico-philosophicus<\/em>, 1918)<\/p>\n<p> Je vous demande de bien vous p\u00e9n\u00e9trer de ce que signifie cette citation de Wittgenstein et d&#8217;envisager les cons\u00e9quences qu&#8217;elle induit sur le plan p\u00e9dagogique : <strong> <em>Les limites de mon langage signifient les limites de mon propre monde.<\/em> <\/strong> Autrement dit, je ne peux conna\u00eetre de fa\u00e7on intellectuelle que ce que je peux nommer[[En fait, si on ne peut les nommer, il y a beaucoup de choses que l&#8217;on ne per\u00e7oit m\u00eame pas. Ainsi, on peut marcher des heures dans une for\u00eat sans voir ni entendre les m\u00e9sanges, les pipits, les rouges-gorges qui pourtant sont bien l\u00e0 et se manifestent constamment.]]. De fa\u00e7on intellectuelle, c&#8217;est-\u00e0-dire non pas dans un contact sensoriel ou seulement \u00e9motionnel avec tel ou tel objet de connaissance, mais en ayant dans mes r\u00e9serves linguistiques son repr\u00e9sentant oral et\/ou \u00e9crit dans ma langue : le mot qui le d\u00e9signe en fran\u00e7ais. Ainsi, je rencontre le mot &#8220;vanel&#8221;. Le signe linguistique \u00e9tant arbitraire, ce substantif ne peut me &#8220;parler&#8221;, me r\u00e9v\u00e9ler son sens. Le contexte va commencer \u00e0 m&#8217;\u00e9clairer : &#8220;La truite s&#8217;emm\u00eala dans le vanel qui barrait la rivi\u00e8re.&#8221; Je suppute &#8211; \u00e0 raison &#8211; que le vanel est une sorte de filet plac\u00e9 en barrage.  Mais il serait miraculeux que le mot soit aussi facilement engrang\u00e9 dans mes neurones. Il faudra d&#8217;autres rencontres pour que le sens de &#8220;filet fixe \u00e0  nappe simple employ\u00e9 pour la p\u00eache des truites&#8221; soit valid\u00e9 et enregistr\u00e9. Si je connais l&#8217;acteur Charles Vanel, cela m&#8217;aidera peut-\u00eatre \u00e0 mieux me souvenir de ce mot. Apr\u00e8s de nombreuses auditions ou lectures, le mot &#8220;vanel&#8221; sera disponible et utilisable dans mes propres interventions orales ou \u00e9crites. Il fera partie de mon vocabulaire actif, utilisable, le vocabulaire passif \u00e9tant celui que je comprends \u00e0 peu pr\u00e8s dans un contexte.<\/p>\n<p> Les noms propres, les structures syntaxiques, les tours stylistiques doivent aussi \u00eatre entendus ou lus de nombreuses fois pour \u00eatre compris, retenus et utilis\u00e9s. Ce n&#8217;est pas en regardant TF1 que les milliers de mots qui sont les briques de la culture vont \u00eatre donn\u00e9s \u00e0 l&#8217;enfant. Ce sont d&#8217;abord les proches qui vont remplir son <em>r\u00e9servoir de langue<\/em>, l&#8217;aider \u00e0 constituer ses &#8220;stocks s\u00e9mantiques&#8221; ;   l&#8217;\u00e9cole continuera ce nourrissage, si elle se donne ce but en priorit\u00e9. Ensuite, la lecture d&#8217;ouvrages litt\u00e9raires et scientifiques lui servira de source linguistique pendant toute son existence. S&#8217;il sait et peut lire ! Le probl\u00e8me se complique par le fait que les mots peuvent avoir de nombreux sens selon le contexte dans lequel ils sont employ\u00e9s. Il faut donc conna\u00eetre les emplois et les sens des mots et ne pas se contenter d&#8217;une vague intuition de ce qu&#8217;ils signifient. Pour donner une id\u00e9e de l&#8217;importance de cette question du lexique, des chercheurs am\u00e9ricains estiment de 80 000 \u00e0 120 000 le nombre de mots qu&#8217;un bon \u00e9l\u00e8ve de Terminale ma\u00eetrise, au moins de fa\u00e7on passive (compr\u00e9hension). Mots dans le sens que leur donnent les linguistes <em>: va, vas,<\/em> sont des mots diff\u00e9rents ; <em>cure<\/em> : logemen<em>t, cure<\/em> : th\u00e9rapie aussi. C&#8217;est l&#8217;ordre de grandeur qui est int\u00e9ressant car il montre que l&#8217;enseignement du lexique devrait \u00eatre une pr\u00e9occupation constante et centrale. Dans l&#8217;enseignement du fran\u00e7ais comme dans celui des autres langues, et dans celui des vocabulaires sp\u00e9cialis\u00e9s : scientifiques, techniques ou artistiques. Un enseignement lexical extr\u00eamement pr\u00e9cis avec un contr\u00f4le rigoureux de l&#8217;acquisition effective dans le vocabulaire actif des enfants. L&#8217;accumulation de mots inconnus ou mal compris emp\u00eache tout simplement les \u00e9l\u00e8ves de comprendre ce qui est \u00e9crit dans leurs manuels ou ce que disent leurs professeurs.<\/p>\n<p> C&#8217;est dans le domaine de la langue que se produit la premi\u00e8re fracture entre les enfants qui ont \u00e9t\u00e9 nourris d&#8217;une langue tr\u00e8s riche et ceux qui sont rest\u00e9s sur leur faim. Fracture d\u00e9terminante pour l&#8217;avenir scolaire, fracture que l&#8217;\u00e9cole a le devoir de combler, fracture que l&#8217;on doit inlassablement tenter de r\u00e9duire quand un enfant est en \u00e9chec. Cette fracture s&#8217;\u00e9largit au fil des ans, car les enfants nantis de langue peuvent lire et augmenter leurs stocks de mots, de structures, de tours stylistiques, de connaissance des contextes alors que les autres ne peuvent pas lire et ne sont aliment\u00e9s que par de ch\u00e9tives sources orales car ils ne manipulent couramment et avec pertinence que quelques centaines de mots. Des centaines de fois, leur compr\u00e9hension de ce qu&#8217;ils lisent ou de ce que dit le professeur est nulle ou vague. Les \u00e9nonc\u00e9s et consignes sont vaguement per\u00e7us. Oublis, erreurs, punitions d\u00e9couragent vite ces enfants d\u00e9munis de langue.  Mais comment donner aux enfants ces outils linguistiques indispensables ? Puisqu&#8217;ils ne peuvent pas lire des textes nourrissants, faute de mots pour les comprendre, il faut chercher une autre porte et passer d&#8217;abord par l&#8217;oreille. Alain Bentolila ou Christian Jaconimo proposent  de lire des textes litt\u00e9raires aux enfants, d\u00e8s la maternelle,  afin de les nourrir de riche langue. Je ne suis pas convaincu par cette proposition qui devrait \u00eatre appliqu\u00e9e plus tard, car la lecture auditive d&#8217;un texte litt\u00e9raire est encore plus difficile \u00e0 d\u00e9chiffrer  et interpr\u00e9ter que sa lecture visuelle sur papier. On ne peut interrompre le flux oral, revenir en arri\u00e8re, poser des questions. Les enfants d\u00e9munis auront de grandes difficult\u00e9s \u00e0 faire leur miel de cette pratique, \u00e0 moins de choisir des textes tr\u00e8s pauvres, ce qui rend l&#8217;exercice peu utile.<\/p>\n<p> Depuis la nuit des temps, il existe quatre autres supports, autrement efficaces, pour transmettre ce que je nomme la &#8220;haute langue orale&#8221; aux enfants : les textes de la tradition orale, la po\u00e9sie, le th\u00e9\u00e2tre, les chansons. Ces textes, redits ou chant\u00e9s par les enfants, induisent une r\u00e9tention remarquable des contenus linguistiques, culturels, symboliques qu&#8217;ils portent. Ils doivent \u00eatre r\u00e9it\u00e9r\u00e9s pour \u00eatre efficaces, donc r\u00e9p\u00e9t\u00e9s soit par l&#8217;enfant, soit par l&#8217;adulte. Les textes de la tradition orale sont tr\u00e8s riches de langue, de grammaire, de figures stylistiques et de symboles. Leur caract\u00e8re polys\u00e9mique appelle l&#8217;interpr\u00e9tation qui laisse la libert\u00e9 \u00e0 chacun d&#8217;en tirer ce qu&#8217;il veut. La capacit\u00e9 d&#8217;interpr\u00e9tation est une des comp\u00e9tences indisp[[Les textes de la tradition orale sont en g\u00e9n\u00e9ral assez mal utilis\u00e9s. Les crit\u00e8res d&#8217;\u00e2ge ne sont pas connus, la parodie remplace souvent le contage, quand on ne se limite pas \u00e0 l&#8217;\u00e9tude de LA structure du r\u00e9cit, comme s&#8217;il n&#8217;existait qu&#8217;une seule structure narrative !]]ensables pour des lectures intelligentes et c&#8217;est l&#8217;une de celles qui manquent le plus cruellement. Souvent, le m\u00e9diocre auditeur ou lecteur r\u00e9cup\u00e8re un mots ou deux et transforme compl\u00e8tement le propos \u00e9mis. Loin de l&#8217;interpr\u00e9tation, on est en pleine incompr\u00e9hension ce qui provoque des conflits constants. <\/p>\n<p>Le corpus de ces textes de <em>l&#8217;orature<\/em> comprend : les proverbes, les dictons, les devinettes, les contes, les l\u00e9gendes, les \u00e9pop\u00e9es, les mythes, les chansons. Chacun des ces textes poss\u00e8de une fonction particuli\u00e8re dans le d\u00e9veloppement des enfants ou des adultes qui les \u00e9coutent ou les disent. Un ouvrage cit\u00e9 plus haut indique les fonctions et le mode d&#8217;emploi de tous ces textes de l&#8217;orature. Je ne m&#8217;y attarderai donc pas ici.<\/p>\n<p> Ces tr\u00e9sors du patrimoine, donn\u00e9s dans une belle[[Je sais combien cet adjectif :  belle, pose probl\u00e8me. Le mot : fondateur, peut le remplacer s&#8217;il signifie  : qui vise \u00e0 \u00e9lever le r\u00e9cepteur, en l&#8217;opposant \u00e0 tous les messages \u00e0 vis\u00e9e mercantile.]] langue orale, procurent un vif plaisir aux auditeurs et provoquent l&#8217;addiction \u00e0 une drogue douce : la litt\u00e9rature, dans laquelle les enfants iront chercher \u00e0 renouveler ce plaisir quand la source orale deviendra insuffisante. Ces textes ne doivent pas \u00eatre r\u00e9duits, pastich\u00e9s, transform\u00e9s, mais \u00eatre donn\u00e9s dans une langue riche, pr\u00e9cise et po\u00e9tique, avec le respect absolu de ce corpus fabuleux dont la voix nous transmet la sagesse accumul\u00e9e de nos anc\u00eatres. Avantage suppl\u00e9mentaire : les contes, les l\u00e9gendes, les mythes s&#8217;inscrivent dans un d\u00e9roulement narratif fictionnel ce qui permet \u00e0 l&#8217;enfant de prendre de la distance par rapport au r\u00e9el, de fa\u00e7on \u00e0 mieux l&#8217;organiser et le ma\u00eetriser. Ils sont \u00e9galement riches d&#8217;\u00e9motions profondes, relevant du symbolique, qui permettent \u00e0 l&#8217;enfant de plonger &#8220;corps et \u00e2me&#8221; dans le r\u00e9cit. <\/p>\n<h2>Le temps, l&#8217;espace<\/h2>\n<p><strong> <em>Je passe tout mon temps \u00e0 comprendre le temp<\/em> <\/strong><em>s. <\/em>Alain Bosquet (extrait de : <em>Avoir emp\u00eache d&#8217;\u00eatre<\/em>)<\/p>\n<p><strong>Ce qui diff\u00e9rencie l&#8217;\u00eatre humain de l&#8217;animal c&#8217;est qu&#8217;il ma\u00eetrise le temps : gr\u00e2ce \u00e0 sa m\u00e9moire qui garde le pass\u00e9, sa pens\u00e9e\/parole qui organise le pr\u00e9sent et son imagination qui permet d&#8217;imaginer le futur.<\/strong> Un \u00eatre qui subit le temps n&#8217;a pas d&#8217;essence humaine, mais seulement une existence. Une cause importante du retard ou de l&#8217;\u00e9chec scolaire provient de l&#8217;incapacit\u00e9 de certains enfants \u00e0 sortir du chaos existentiel v\u00e9cu dans un pr\u00e9sent racorni au v\u00e9cu de l&#8217;ici et maintenant. Ils n&#8217;ont aucun sens de la chronologie, tiennent Jules C\u00e9sar et Napol\u00e9on pour contemporains.<\/p>\n<p> Le probl\u00e8me du temps se pr\u00e9sente sous deux aspects : <\/p>\n<p>&#8211; analyser les \u00e9l\u00e9ments qui compromettent la construction du temps chez l&#8217;enfant dans la soci\u00e9t\u00e9 moderne ;<br \/>\n&#8211; trouver des strat\u00e9gies et des p\u00e9dagogies qui vont permettre \u00e0 l&#8217;enfant d&#8217;organiser le temps. Pour le premier point, je vois quelques pistes possibles :<br \/>\n&#8211; le manque d&#8217;obscurit\u00e9 dans les villes, en raison de l&#8217;\u00e9clairage urbain et des habitudes d&#8217;\u00e9clairement des chambres d&#8217;enfant,<br \/>\n&#8211; l&#8217;effacement des saisons par manque de contact sensoriel avec des milieux naturels,<br \/>\n&#8211; la fragmentation du temps v\u00e9cu, aggrav\u00e9e par l&#8217;irruption des \u00e9crans divers qui induisent un va-et-vient constant entre t\u00e9l\u00e9, ordinateur, t\u00e9l\u00e9phone portable, consoles et&#8230; la vie r\u00e9elle, elle-m\u00eame \u00e9clat\u00e9e entre parents, \u00e9cole, copains, d\u00e9placements ;<br \/>\n&#8211; le floutage des fronti\u00e8res entre r\u00e9el et fiction, r\u00e9el et virtuel, vu \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision et v\u00e9cu concr\u00e8tement ;<br \/>\n&#8211; l&#8217;explosion du temps en raison de la possibilit\u00e9 d&#8217;\u00eatre constamment dans toutes les parties du monde, dans tous les moments de l&#8217;histoire ; &#8211; le discr\u00e9dit de la narration, qui nous apprend \u00e0 apprivoiser le temps, dans certaines approches linguistiques (nouveau roman, distanciation th\u00e9\u00e2trale, nouvelle histoire, normalisation en sch\u00e9ma unique des structures narratives sur le mod\u00e8le proppien&#8230; ), alors que, pour l&#8217;\u00eatre humain, il n&#8217;est de temps que racont\u00e9 ;<br \/>\n&#8211; le peu d&#8217;attention apport\u00e9 \u00e0 la m\u00e9moire (remplac\u00e9e par la comm\u00e9moration qui est un d\u00e9placement du pass\u00e9 dans le pr\u00e9sent et non un voyage dans le pass\u00e9) et \u00e0 la vis\u00e9e t\u00e9l\u00e9onomique (se projeter dans le futur pour d\u00e9cider le pr\u00e9sent), pourtant essentielles dans tout projet ou acte p\u00e9dagogique ; &#8211; l&#8217;insuffisance de l&#8217;exploration spatiale des milieux proches, espace et temps \u00e9tant intimement li\u00e9s ;<br \/>\n&#8211; le syst\u00e8me de consommation du &#8220;pr\u00eat \u00e0 jeter&#8221; instantan\u00e9, quel que soit le secteur envisag\u00e9. <\/p>\n<p>Ce d\u00e9r\u00e8glement du temps est aggrav\u00e9 par le peu de consid\u00e9ration accord\u00e9e aux rythmes scolaires et parascolaires. Les cons\u00e9quences en sont lourdes pour nombre d&#8217;enfants. Beaucoup sont signal\u00e9es mais on peut insister sur l&#8217;une d&#8217;entre elles : la confusion dans la perception du d\u00e9roulement temporel rend difficile la ma\u00eetrise de l&#8217;analyse, de la synth\u00e8se, de l&#8217;appr\u00e9hension des rapports de cause et de cons\u00e9quence, ce qui entra\u00eene des difficult\u00e9s majeures dans le domaine des apprentissages scientifiques.  Dans un premier temps, analysons tr\u00e8s bri\u00e8vement les \u00e9l\u00e9ments qui ont chang\u00e9 l&#8217;appr\u00e9ciation du temps chez l&#8217;\u00eatre humain moderne, isol\u00e9 du milieu qui lui \u00e9tait familier, celui de la nature. Un premier \u00e9l\u00e9ment est la &#8220;peur du noir&#8221;. La <em>f\u00e9e \u00e9lectricit\u00e9<\/em>, apparue \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle, a inond\u00e9 de clart\u00e9 nos nuits, en tentant de les rendre semblables aux jours. Non seulement des milliards de lampes brillent du cr\u00e9puscule \u00e0 l&#8217;aube, mais les enfants exigent tr\u00e8s souvent qu&#8217;une lampe soit allum\u00e9e en permanence dans leur chambre, ou \u00e0 proximit\u00e9. Les citadins sont pour la plupart incapables de se d\u00e9placer dans un milieu d\u00e9pourvu de lumi\u00e8re. Ils sont pris de panique \u00e0 l&#8217;id\u00e9e de marcher la nuit dans une for\u00eat. Le &#8220;passage au noir&#8221; est cependant une suspension du temps indispensable pour les rythmes biologiques et les reconstructions psychologiques ; il doit s&#8217;accompagner d&#8217;un passage au silence profond. La mise en veille compl\u00e8te des interfaces sensorielles du corps permet un repos total au cours duquel le soma se r\u00e9g\u00e9n\u00e8re et la psych\u00e9 se reconstruit. L&#8217;encre de la nuit laisse la libert\u00e9 au cerveau de rappeler dans le r\u00eave ce qui est advenu et d&#8217;\u00e9crire ce qui doit \u00eatre retenu par la m\u00e9moire, avec les ratures et les interpr\u00e9tations n\u00e9cessaires. M\u00eame un disque dur a besoin de d\u00e9fragmentation et de mise en ordre ! A fortiori un cerveau humain. Trop de clart\u00e9 nuit : beaucoup de processus biologiques et psychologiques ont besoin de l&#8217;obscurit\u00e9  et du silence pour s&#8217;accomplir.  Un second bouleversement subi par l&#8217;homme urbain est l&#8217;effacement des saisons qui sont moins per\u00e7ues par les sens. L&#8217;enfant est tenu au chaud, transport\u00e9 au chaud, constamment plong\u00e9 dans un bain de lumi\u00e8re. Les changements de teinte et d&#8217;aspect de la v\u00e9g\u00e9tation, les variations d&#8217;\u00e9clairement et de temp\u00e9ratures sont beaucoup moins perceptibles en ville et m\u00eame \u00e0 la campagne o\u00f9 l&#8217;on ne voit plus un gamin dehors, attach\u00e9 qu&#8217;il est \u00e0 ses \u00e9crans. Or les changements saisonniers d\u00e9terminent des cycles hormonaux, des \u00e9volutions corporelles et aussi une perception du caract\u00e8re cyclique du temps[[Alors, promis ? Plus de fraises \u00e0 No\u00ebl ni de poires en ao\u00fbt !]].  Un troisi\u00e8me facteur qui nous fait percevoir le temps de fa\u00e7on diff\u00e9rente est la fragmentation du temps v\u00e9cu. Finies les longues p\u00e9riodes de labeur, de loisirs et de repos. Notre existence est un patchwork de mini-\u00e9v\u00e9nements qui se chevauchent sans interruption. A l&#8217;\u00e9cole, puisque ce sont les enfants qui nous int\u00e9ressent ici, les cours ne sont plus de longues s\u00e9quences silencieuses, mais un zapping continuel d&#8217;interventions magistrales, de prises de paroles d&#8217;\u00e9l\u00e8ves, d&#8217;activit\u00e9s constamment renouvel\u00e9es. A la maison, les t\u00e9l\u00e9visions, les MP3, les t\u00e9l\u00e9phones, les ordinateurs, les consoles de jeux, les activit\u00e9s de loisirs, les copains alternent avec les parents, souvent divis\u00e9s en parent de la semaine et parent du week-end. Certains enfants sont agend\u00e9s comme des ministres pour des activit\u00e9s extrascolaires excessivement nombreuses. Il ne faut pas oublier les d\u00e9placements en transports scolaires ou pour des week-ends parfois ext\u00e9nuants. La notion de dur\u00e9e s&#8217;efface peu \u00e0 peu, celle de projet devient insaisissable. L&#8217;enfant est ballott\u00e9 sur les vagues d&#8217;un chaos existentiel qui lui laisse peu de r\u00e9pit pour entreprendre des synth\u00e8ses, des mises au point, pour vivre tranquillement la saveur du monde, pour r\u00eaver des ailleurs personnels et non imagin\u00e9s par des adultes.<br \/>\n<em>Maman, ch&#8217;ais pas quoi faire &#8230;<\/p>\n<p>Tant mieux, mon enfant ! R\u00eave aux nuages, aux merveilleux nuages !<\/em><\/p>\n<p> Une quatri\u00e8me approche du temps est celle de l&#8217;ubiquit\u00e9 spatiale et temporelle. L&#8217;enfant moderne n&#8217;est plus cantonn\u00e9 dans un espace-temps limit\u00e9, celui de son village ou de son quartier. Le t\u00e9l\u00e9phone, la t\u00e9l\u00e9vision lui permettent de voir et d&#8217;entendre d&#8217;autres lieux et d&#8217;autres temps. Nagu\u00e8re  les r\u00e9cits oraux ou \u00e9crits permettaient \u00e0 chacun de voyager autour de sa chambre, dans le pass\u00e9 ou l&#8217;avenir. D\u00e9sormais, c&#8217;est une pr\u00e9sence beaucoup plus pr\u00e9gnante de l&#8217;ailleurs, du pass\u00e9  du futur ou de la fiction. Il faut de solides rep\u00e8res pour s&#8217;orienter dans ce nouveau monde qui est si passionnant, mais dont les amers de navigation ne sont pas toujours mis en place.  Cinqui\u00e8me point tr\u00e8s li\u00e9 au pr\u00e9c\u00e9dent : la d\u00e9gradation du statut du r\u00e9cit dans l&#8217;enseignement et dans l&#8217;\u00e9ducation. Les r\u00e9cits peuvent servir \u00e0 influencer les opinions des publics ou lecteurs et ce pouvoir est largement utilis\u00e9 de fa\u00e7on n\u00e9gative, aujourd&#8217;hui, par les publicistes et les politiques gr\u00e2ce aux techniques du <em>storytelling[[Les textes de la tradition orale sont en g\u00e9n\u00e9ral fort mal utilis\u00e9s. Les crit\u00e8res d&#8217;\u00e2ge ne sont pas connus, la parodie remplace souvent le contage, quand on ne se limite pas \u00e0 l&#8217;\u00e9tude de LA structure du r\u00e9cit, comme s&#8217;il n&#8217;existait qu&#8217;une seule structure narrative !]]<\/em>. Des fables antiques aux <em>exempla[[L&#8217;exemplum est un r\u00e9cit, une historiette  ou une fable donn\u00e9 comme v\u00e9ridique et destin\u00e9 \u00e0 \u00eatre ins\u00e9r\u00e9 dans un discours, en g\u00e9n\u00e9ral un sermon, pour convaincre un auditoire par une le\u00e7on salutaire qui a valeur d&#8217;exemple. Les contes populaires ont longtemps \u00e9t\u00e9 r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s en exempla par les pr\u00e9dicateurs et les moralistes (la Fontaine, Perrault, d&#8217;Aulnoy, Disney&#8230;).]]<\/em> m\u00e9di\u00e9vaux en passant par les paraboles des religions, cette utilisation a \u00e9t\u00e9 constante dans l&#8217;histoire, qu&#8217;elle ait eu pour but la transmission de valeurs ou l&#8217;ali\u00e9nation des individus. Une r\u00e9action contre ce pouvoir des r\u00e9cits s&#8217;est d\u00e9velopp\u00e9e &#8211; n\u00e9cessaire <em>distanciation<\/em> de Brecht &#8211; et a abouti \u00e0 un d\u00e9sir de lib\u00e9rer les romans des parures de la narration. Constat, rapport du strict r\u00e9el, ont \u00e9clos dans la litt\u00e9rature, puis au cin\u00e9ma. H\u00e9las, on a aboutit, au final, \u00e0 la t\u00e9l\u00e9r\u00e9alit\u00e9 ou au documentaire en lieu et place du r\u00e9cit fictionnel, qui est pollu\u00e9 \u00e0 son tour et perd ses fronti\u00e8res avec le r\u00e9el. Or, la narration imagin\u00e9e est utile pour structurer le temps, car le r\u00e9cit fictionnel \u00e9chappe au chaos du temps v\u00e9cu, tout en organisant un temps du r\u00e9cit. Depuis les Grecs, on sait que seul le <em>logos<\/em> permet d&#8217;organiser le <em>chaos<\/em>. Cette \u00e9vasion permet \u00e0 chacun de se r\u00e9fugier dans  un espace-temps imaginaire qui nous donne une perspective, un recul nous permettant de nous lib\u00e9rer de l&#8217;impr\u00e9visibilit\u00e9 du pr\u00e9sent et d&#8217;imaginer l&#8217;\u00e0 venir. Paul Ric&#339;ur, dans les trois tomes de Temps et r\u00e9cit (Seuil), montre ce r\u00f4le essentiel des textes narratifs  fictionnels. Fran\u00e7ois Hartog dans : R\u00e9gimes d&#8217;historicit\u00e9. Pr\u00e9sentisme et exp\u00e9riences du temps, Le Seuil, Paris, 2002, r\u00e9v\u00e8le comment notre \u00e9poque tend \u00e0 tout ramener au pr\u00e9sent, \u00e0 faire table rase du pass\u00e9, au besoin en l&#8217;\u00e9touffant par les exc\u00e8s de la comm\u00e9moration, ce qui bloque la capacit\u00e9 de se projeter dans l&#8217;avenir.  En un sixi\u00e8me point, je tenterai d&#8217;exposer en quoi consiste cette n\u00e9cessaire m\u00e9moire et cette capacit\u00e9 t\u00e9l\u00e9onomique[[t\u00e9l\u00e9onomique dans le sens que lui donne Jacques Ellul (La technique ou l&#8217;enjeu du si\u00e8cle, Armand Colin, Paris, 1954) : projection subjective dans l&#8217;avenir avant de d\u00e9cider le pr\u00e9sent.]] de se projeter dans le futur pour agir le pr\u00e9sent. Dans les textes et surtout les r\u00e9cits oraux de la tradition populaire, chansons, proverbes, dictons, contes de toutes sortes, l\u00e9gendes, \u00e9pop\u00e9es, mythes, et dans les r\u00e9cits fondateurs de la litt\u00e9rature et de l&#8217;histoire sont accumul\u00e9s des si\u00e8cles de sagesse que nos anciens ont voulu nous transmettre. V\u00e9ritables maquettes de vie, ces textes appellent une interpr\u00e9tation personnelle, un travail de d\u00e9codage qui aboutit \u00e0 une appropriation de savoirs, de sagesse et de valeurs qui rassemblent les membres des diff\u00e9rentes soci\u00e9t\u00e9s de tout ordre. Ils permettent de juger la validit\u00e9 des d\u00e9cisions pr\u00e9sentes en se projetant dans l&#8217;avenir pour en pr\u00e9voir les cons\u00e9quences. Cette vision du futur, qui est aussi une condition de la pens\u00e9e scientifique, est indispensable si l&#8217;on ne veut pas vivre au gr\u00e9 des caprices de ceux qui savent accaparer le pouvoir.  Le septi\u00e8me point nous ram\u00e8ne \u00e0 des explorations plus proches. S&#8217;il est indispensable d&#8217;explorer le pass\u00e9 pour pr\u00e9voir l&#8217;avenir, on ne peut n\u00e9gliger l&#8217;\u00e9tude de l&#8217;environnement spatial et temporel imm\u00e9diat. Mon gendre, qui s&#8217;occupe des jeunes d&#8217;une cit\u00e9, a d\u00e9couvert que beaucoup d&#8217;entre eux n&#8217;ont aucune notion de l&#8217;endroit o\u00f9 ils vivent. Sortant rarement du ghetto o\u00f9 on les a confin\u00e9s, ils ont grand besoin qu&#8217;on leur pr\u00e9sente le pays o\u00f9 ils vivent. Un animateur de MJC que je connais s&#8217;y emploie gr\u00e2ce \u00e0 des promenades dans la nature environnante, des raids \u00e0 pied, \u00e0 bicyclette, \u00e0 ski, en cano\u00eb. Et aussi \u00e0 des visites \u00e0 des entreprises de toutes sortes, \u00e0 des artisans, \u00e0 des mus\u00e9es, \u00e0 tout ce qui constitue le substrat g\u00e9ographique, humain et culturel de notre r\u00e9gion.  Cette exploration spatiale doit \u00eatre compl\u00e9t\u00e9e par une initiation au temps qui rythme la vie de chacun. Et cela d\u00e8s la maternelle. En sus de la prise de conscience du temps consid\u00e9r\u00e9 dans sa g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 comme nous l&#8217;avons vu plus haut, on a tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 pr\u00e9senter l&#8217;histoire locale, y compris le l\u00e9gendaire, \u00e0 expliquer le sens et les rituels des f\u00eates et c\u00e9l\u00e9brations. C&#8217;est gr\u00e2ce \u00e0 ce bain dans les lieux et la culture de la r\u00e9gion qui les accueille que de jeunes Turcs ou de jeunes Marocains peuvent devenir Francs-Comtois, Picards ou Franciliens. Il faut d&#8217;abord s&#8217;int\u00e9grer \u00e0 un village, un quartier, un canton, une r\u00e9gion, avant de s&#8217;int\u00e9grer \u00e0 une nation.  Ces sept points \u00e9tant rep\u00e9r\u00e9s, que pouvons-nous proposer pour la formation des enfants pr\u00e9sentant des lacunes dans l&#8217;appr\u00e9hension du temps ?  On sent tout de suite qu&#8217;un outil essentiel sera constitu\u00e9 par les textes et r\u00e9cits fondateurs, qu&#8217;ils soient issus de la tradition orale ou  des patrimoines litt\u00e9raires, th\u00e9\u00e2traux, filmiques, etc. Je pense que la mise au m\u00eame niveau de tous les textes propos\u00e9s aux enfants est une lourde erreur. Mettre sur le m\u00eame plan un r\u00e9cit policier ordinaire, une bande dessin\u00e9e d\u00e9magogique, un article de journal, un conte merveilleux et un po\u00e8me de Ronsard a pour cons\u00e9quence d\u00e9plorable de priver les enfants d\u00e9munis, chez eux, de textes riches et symboliques, de les priver justement de ces r\u00e9cits porteurs de langue et de symboles de ce patrimoine qui fonde les \u00eatres humains. Loin d&#8217;aider les enfants en difficult\u00e9, cette erreur qui va jusqu&#8217;\u00e0 la faute, aggrave la fracture linguistique et culturelle, quelque excellentes que soient les intentions des promoteurs de ce nivellement. Le nivellement est si massif qu&#8217;il a touch\u00e9 tous les enfants \u00e0 des degr\u00e9s divers, quels que soient leurs milieux sociaux ou culturels. Le minist\u00e8re r\u00e9agit depuis quelques ann\u00e9es pour r\u00e9introduire les hi\u00e9rarchies n\u00e9cessaires, mais il faut des d\u00e9cades pour inverser une telle tendance.<\/p>\n<p> Il est tout \u00e0 fait souhaitable que parents et enseignants racontent abondamment aux petits des contes qui leur sont destin\u00e9s : en particulier, des contes de randonn\u00e9e, et des contes d&#8217;animaux. Je dis bien raconter et non lire comme le pr\u00e9conisent certains, car avant sept ans, l&#8217;enfant a besoin d&#8217;une parole t\u00e9moin, dite par un adulte qui est l\u00e0 et qui parle avec sa propre po\u00e9tique et sa propre exp\u00e9rience. Une pratique massive d&#8217;un oral de qualit\u00e9 nourrit les enfants de lexique, de style, de grammaire, de connaissances, de valeurs et leur permet de construire une parole &#8211; donc une pens\u00e9e &#8211; riche et pr\u00e9cise. Elle leur permet de prendre le sens du temps chronologique dans ses d\u00e9roulements lin\u00e9aires, dans ses anticipations, dans ses retours en arri\u00e8re. De bien s\u00e9parer le temps r\u00e9el et le temps du r\u00e9cit. D&#8217;acqu\u00e9rir, dans les contes \u00e9tiologiques par exemple, le sens des temps cycliques des saisons, des astres et des organismes vivants.  La prise de conscience des temps calendaires, des temps comm\u00e9moratifs est une pr\u00e9occupation dans la majorit\u00e9 des classes de maternelle. Elle doit devenir g\u00e9n\u00e9rale et syst\u00e9matique ; \u00e9largie \u00e0 tous les types de temps, y compris le temps m\u00e9t\u00e9orologique, les variations saisonni\u00e8res, les temps de la vie, le temps historique, le temps du souvenir, etc. Il faudrait aussi faire la guerre au zapping, \u00e0 l&#8217;inachev\u00e9, au b\u00e2cl\u00e9. Trouver le temps de s\u00e9quences de travail ou de repos longues, calmes, sans cette agitation factice qui envahit la vie des enfants dans leur vie en-dehors de l&#8217;\u00e9cole. Le recours au yoga ou \u00e0 la sophrologie est d&#8217;un grand secours pour instaurer ce calme int\u00e9rieur qui permet la maturation.  On arrive alors \u00e0 vivre le moment pr\u00e9sent dans sa r\u00e9alit\u00e9 et non dans l&#8217;impatience f\u00e9brile de l&#8217;\u00e0 venir. A voir vraiment, \u00e0 savourer les bruits, les odeurs, les saveurs, les contacts, la lumi\u00e8re, les vibrations, les rythmes, la beaut\u00e9,  l&#8217;harmonie, toute la joie d&#8217;\u00eatre l\u00e0 et vivant. Non pas dans une carapace de gadgets technologiques, mais dans un rapport sensuel et amoureux au monde et \u00e0 ses merveilles, dans une empathie avec l&#8217;autre qui peut nous enrichir de ses diff\u00e9rences. Cette initiation \u00e0 l&#8217;exploration de l&#8217;int\u00e9riorit\u00e9 est essentielle car elle est reli\u00e9e au besoin fondamental d&#8217;intimit\u00e9. Les effets positifs en sont aussi imm\u00e9diats que spectaculaires. L&#8217;\u00e9cole doit \u00eatre apais\u00e9e et d\u00e9fragment\u00e9e, en antidote \u00e0 l&#8217;hyst\u00e9rie et l&#8217;\u00e9clatement de la vie moderne. D&#8217;o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 de mettre en place de vrais projets qui demandent anticipation, engagement, temps, construction, dur\u00e9e, effort.  Une information des parents est n\u00e9cessaire. Leur r\u00f4le est d\u00e9cisif dans les premi\u00e8res ann\u00e9es de la vie de leur enfant. Ce sont eux qui doivent d&#8217;abord nourrir leurs b\u00e9b\u00e9s d&#8217;amour et de r\u00e9cits merveilleux, qui doivent leur apprendre le monde et le temps. Il n&#8217;est pas admissible que des parents rejettent massivement sur les ma\u00eetres la responsabilit\u00e9 de l&#8217;\u00e9chec scolaire de leur enfant. C&#8217;est se d\u00e9fausser un peu trop facilement. Mais les ma\u00eetres ne doivent pas non plus se contenter d&#8217;ent\u00e9riner les in\u00e9galit\u00e9s et trier les &#8220;bons&#8221; et les &#8220;mauvais&#8221;. Leur devoir est de se substituer au milieu parental &#8211; compl\u00e9ter le bagage re\u00e7u, si vous pr\u00e9f\u00e9rez ce verbe &#8211; quand il y a eu des carences, de fa\u00e7on \u00e0 ce que tous les enfants puissent acqu\u00e9rir les comp\u00e9tences qui leur permettront de d\u00e9velopper au mieux leur propre potentiel de capacit\u00e9s <\/p>\n<h2>Le monde des sciences<\/h2>\n<p> <strong> <em>La connaissance s&#8217;acquiert par l&#8217;exp\u00e9rience, tout le reste n&#8217;est que de l&#8217;information.<\/em> <\/strong> Albert Einstein<\/p>\n<p> Il ne suffit pas de poss\u00e9der une exquise culture litt\u00e9raire pour affronter la complexit\u00e9 du monde moderne.  Il faut aussi ma\u00eetriser au mieux les math\u00e9matiques, les sciences de la vie et de la terre, la physique, l&#8217;\u00e9conomie. La ma\u00eetrise du domaine scientifique ne s&#8217;acquiert pas au moyen d&#8217;un empilement de notions apprises par c&#339;ur, de th\u00e9or\u00e8mes appliqu\u00e9s machinalement. L\u00e0 aussi des comp\u00e9tences de base doivent \u00eatre mises en place pour que les sciences puissent \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9es dans leur dynamique continuelle, puisque ses axiomes ne sont que des v\u00e9rit\u00e9s provisoires, remises en question d&#8217;ann\u00e9e en ann\u00e9e. Ne voulant ni ne pouvant traiter le sujet de mani\u00e8re compl\u00e8te, je me contenterai de donner quelques exemples qui indiquent ce que j&#8217;entends par comp\u00e9tences scientifiques de base, puis je proposerai quelques pistes pouvant susciter l&#8217;int\u00e9r\u00eat pour ce monde r\u00e9put\u00e9 abstrait qui rebute de plus en plus les jeunes.  Prenons d&#8217;abord la reine des disciplines, celle qui fournit son langage \u00e0 la science : les math\u00e9matiques. Consid\u00e9rons deux de ses piliers, : les nombres et le raisonnement. Le d\u00e9go\u00fbt des maths s&#8217;\u00e9tablit parfois tr\u00e8s t\u00f4t parce que les ma\u00eetres n&#8217;ont pas conscience de la difficult\u00e9 que l&#8217;on peut \u00e9prouver &#8211; qu&#8217;ils ont certainement \u00e9prouv\u00e9e eux-m\u00eames \u00e9tant enfant, mais qu&#8217;ils ont oubli\u00e9e &#8211; \u00e0 comprendre certains concepts qui paraissent simples. Stella Baruk[[Stella Baruk, L&#8217;\u00e2ge du capitaine, Seuil, 1998, et Dico de math\u00e9matiques, Seuil, 2008]] a accompli un travail admirable pour combattre l&#8217;\u00e9chec en math\u00e9matique. : je lui emprunte un exemple ancien, mais frappant.<\/p>\n<p>On demande \u00e0 un enfant de CP ou de CE1 d&#8217;\u00e9crire 33. Facile ! Il conna\u00eet 30 et 3 et il \u00e9crit ces deux chiffres c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te : 303. L&#8217;adulte s&#8217;exclame : Mais non ! tu as \u00e9crit trois cent trois ! Fais attention ! Comment \u00e7a ! se dit l&#8217;enfant in petto, j&#8217;ai bien \u00e9crit 30 et 3 ! Et je me fais disputer ! C&#8217;est du chinois, ce calcul ! Je renonce \u00e0 y comprendre quelque chose. <\/p>\n<p>Le syst\u00e8me d\u00e9cimal n&#8217;est pas une chose simple et il a fallu des si\u00e8cles aux hommes pour inventer le z\u00e9ro ! Voil\u00e0 un enfant qui risque d&#8217;\u00eatre perdu pour les maths s&#8217;il rencontre d&#8217;autres difficult\u00e9s de ce genre sans recevoir d&#8217;explications ! Les comp\u00e9tences requises en ce moment p\u00e9dagogique sont doubles. Que le ma\u00eetre apprenne \u00e0 utiliser l&#8217;\u00e9valuation formative, \u00e0 d\u00e9celer l&#8217;origine de la confusion et qu&#8217;il explique \u00e0 l&#8217;enfant l&#8217;origine de son erreur de fa\u00e7on \u00e0 ce qu&#8217;il puisse la corriger. Que l&#8217;enfant, de son c\u00f4t\u00e9, apprenne \u00e0 poser des questions quand il n&#8217;a pas compris et cela sans l\u00e2cher le morceau, jusqu&#8217;\u00e0 satisfaction. Pour d\u00e9velopper cette capacit\u00e9, il existe un moyen traditionnel (parmi d&#8217;autres)  que nous retrouverons plus loin : les devinettes. <\/p>\n<p> En l&#8217;occurrence, une vari\u00e9t\u00e9 particuli\u00e8re connue sous le nom de portrait : &#8211; un enfant, le meneur de jeu, choisit dans sa t\u00eate un objet sans le dire aux autres ; &#8211; les autres enfants lui posent \u00e0 tour de r\u00f4le des questions permettant de d\u00e9finir l&#8217;objet, et ils n&#8217;a le droit de r\u00e9pondre que par oui ou par non  &#8211; quand un enfant pense avoir trouv\u00e9 il \u00e9met une hypoth\u00e8se. On n&#8217;a pas le droit d&#8217;\u00e9mettre une hypoth\u00e8se avant que le groupe n&#8217;ait pos\u00e9 au moins deux questions. <\/p>\n<p>Il est int\u00e9ressant de demander aux enfants de justifier leurs hypoth\u00e8ses dans tous les jeux de devinettes. Cela leur apprend \u00e0 manier les outils linguistiques de la causalit\u00e9 et aussi \u00e0 prouver ce qu&#8217;ils avancent, ce qui barre la route au n&#8217;importe quoi comme r\u00e9ponse. En sus du maniement intellectuel et linguistique de la causalit\u00e9, les \u00e9nigmes, charades, devinettes permettent d&#8217;entrer dans le monde de la logique hypoth\u00e9tico-d\u00e9ductive. Soit une devinette traditionnelle : <strong>Tant plus frais, tant plus chaud.<\/strong> L&#8217;auditeur doit explorer des champs conceptuels dans lesquels il y a des objets chauds et aussi garder \u00e0 l&#8217;esprit l&#8217;id\u00e9e de fra\u00eecheur. Il travaille sur le mod\u00e8le des tables de v\u00e9rit\u00e9 : Si p&#8230; alors q&#8230; mais ici cela ne fonctionne pas, donc (et on est dans la cons\u00e9quence) je ne peux accepter cette solution. Il va explorer ainsi le champ du frais car le champ du chaud est trop vaste et ne donne rien. &#338;uf frais : peut-\u00eatre, mais un &#339;uf peut \u00eatre tr\u00e8s chaud sans \u00eatre frais.  Le pain : bien ! \u00e0 la boulangerie, il est bien chaud quand il sort du four et on dit : c&#8217;est du pain frais ! Et plus il est chaud, plus il est frais. On voit que l&#8217;enfant accomplit un intense travail hypoth\u00e9tico-d\u00e9ductif dont la ma\u00eetrise sera d\u00e9terminante quand il affrontera des probl\u00e8mes scientifiques d&#8217;un autre ordre. Les devinettes ont toujours servi \u00e0 rendre les enfants malins ! Elles sont infiniment sup\u00e9rieures aux jeux \u00e9ducatifs qui sont vendus au prix du caviar aux \u00e9coles, car elles fonctionnent dans la convivialit\u00e9 de la vie r\u00e9elle. Bien plus int\u00e9ressant et formateur que de classer des petits morceaux de plastique selon leur forme ou leur couleur, ce qui a plut\u00f4t comme r\u00e9sultat de former de bons r\u00e9assortisseurs de gondoles de grands magasins au lieu de fins observateurs des mondes physique, math\u00e9matique, v\u00e9g\u00e9tal ou animal. Bien s\u00fbr, on peut imaginer diff\u00e9rents stades hypoth\u00e9tico-d\u00e9ducteurs et le tri permet une premi\u00e8re approche, un point de d\u00e9part parmi d&#8217;autres chez les tout-petits. Mais ce type d&#8217;exercice est loin d&#8217;\u00eatre suffisant ! Ces capacit\u00e9s de raisonnement seront utiles dans toutes les sciences exp\u00e9rimentales qui demandent une autre comp\u00e9tence : le sens taxinomique, mot savant pour d\u00e9signer le classement. Il existe beaucoup de jeux qui visent \u00e0 d\u00e9velopper cette comp\u00e9tence : Jacques a dit, le portrait chinois ou pas, dont je parlais plus haut. Mais je veux continuer sur les devinettes qui permettent des approches plus subtiles. Quand les auditeurs ne trouvent pas la devinette, le poseur doit donner des traits nouveaux pour les aider. Ces traits doivent \u00eatre parfaitement pertinents, mais aussi ambigus, sinon la solution est trouv\u00e9e imm\u00e9diatement. C&#8217;est une excellente \u00e9cole pour comprendre que les syst\u00e8mes de classement ne sont pas absolus, mais arbitraires, et demandent, pour \u00eatre efficaces, une tr\u00e8s grande pr\u00e9cision. Traits discriminants sans ambigu\u00eft\u00e9, pertinence des crit\u00e8res, exploration allant du g\u00e9n\u00e9ral au sp\u00e9cifique, on est en bonne voie pour acqu\u00e9rir d&#8217;excellentes comp\u00e9tences taxinomiques ! Une autre comp\u00e9tence indispensable, dans la vie comme dans les sciences, est la capacit\u00e9 d&#8217;observation. On conna\u00eet les jeux de Kim et autres, mais il y a un merveilleux champ naturel sur lequel exercer cette qualit\u00e9, celui de la nature.  Je me souviens d&#8217;un ma\u00eetre de maternelle de premi\u00e8re ann\u00e9e (deux-trois ans) qui usait et abusait du magn\u00e9toscope. Un jour, il me raconta avec fiert\u00e9 qu&#8217;il avait pass\u00e9 aux bambins dont il avait la charge un documentaire sur les fourmis. Les mioches voyaient de grosses b\u00eates terrifiantes grouiller sur l&#8217;\u00e9cran, et toutes les explications \u00e9taient donn\u00e9es dans un commentaire qui leur \u00e9tait \u00e9videmment inaccessible.  Et pourtant, \u00e0 quelques dizaines de m\u00e8tres de la classe (on \u00e9tait en milieu rural), il y avait des fourmili\u00e8res de fourmis noires (celles qui ne piquent pas !) qui ne demandaient qu&#8217;\u00e0 \u00eatre examin\u00e9es, touch\u00e9es, senties. Faire d\u00e9couvrir les diff\u00e9rences et les ressemblances entre les insectes ou les fleurs (pr\u00e9f\u00e9rer le petit avec les petits), faire voir, \u00e9couter, toucher, go\u00fbter, sentir pour apprendre \u00e0 se servir de tous les sens, ne pas se contenter d&#8217;un survol rapide, mais rester longtemps sur le motif, quelle splendide pr\u00e9paration pour aborder plus tard les sciences ! La nature est une merveille absolument incroyable. Le miracle y est quotidien. La beaut\u00e9 omnipr\u00e9sente. Ces qualit\u00e9s du spectacle de la nature suscitent chez celui qui sait se pencher au ras du sol un \u00e9merveillement accompagn\u00e9 d&#8217;une curiosit\u00e9 intense. Cette curiosit\u00e9  est l&#8217;une des plus grandes qualit\u00e9s qu&#8217;un enfant peut poss\u00e9der, car elle l&#8217;am\u00e8ne \u00e0 s&#8217;int\u00e9resser \u00e0 la vie et au monde. Cet \u00e9merveillement, que le ma\u00eetre doit exprimer et donner \u00e0 vivre pour qu&#8217;il soit contagieux, est le d\u00e9but de la conscience dans la science, du respect de la vie, ce miracle immens\u00e9ment improbable, mais toujours renouvel\u00e9.<\/p>\n<p>Pour beaucoup d&#8217;enfant, tout ce qui rel\u00e8ve de la nature rel\u00e8ve du concept, de l&#8217;abstraction. Aujourd&#8217;hui, la nature est devenue un \u00ab objet \u00bb d&#8217;\u00e9tude plus qu&#8217;une source de vie. La nature s&#8217;\u00e9tudie et se d\u00e9crit l\u00e0 o\u00f9 il faudrait d&#8217;abord la go\u00fbter, l&#8217;\u00e9couter, la toucher, la sentir. L&#8217;\u00e9veil des sens permettra une meilleure approche scientifique. Les ma\u00eetres disposent de bien peu de temps en classe pour cela. C&#8217;est pourquoi les classes vertes et autres jardins potagers doivent \u00eatre r\u00e9implant\u00e9s dans nos \u00e9coles.<\/p>\n<p> Tous les adultes peuvent aider les enfants \u00e0 porter leurs regards sur les merveilles de la nature ! Pour cela, il est efficace de doter les objets d&#8217;\u00e9tude &#8211; quels qu&#8217;ils soient &#8211; d&#8217;une &#8220;identit\u00e9 narrative&#8221;, d&#8217;une histoire. D\u00e8s que nous connaissons une histoire sur un individu, sur un animal, sur quoi que ce soit, cet \u00e9l\u00e9ment devient int\u00e9ressant car il \u00e9veille nos sentiments. Comme nous l&#8217;avons not\u00e9, les utilisateurs peu scrupuleux des techniques du <em>storytelling<\/em>, politiques ou publicistes, utilisent ce moyen pour se donner du pouvoir sur autrui, pour l&#8217;ali\u00e9ner. Le p\u00e9dagogue peut tr\u00e8s bien l&#8217;utiliser pour attacher les enfants \u00e0 un objet d&#8217;\u00e9tude. Le professeur commencera son cours par une courte anecdote, un conte, une l\u00e9gende, une courte biographie, un document visuel et cette accroche servira de rep\u00e8re \u00e0 l&#8217;enfant qui reconvoquera beaucoup plus facilement le th\u00e9or\u00e8me de Pythagore si on lui raconte bri\u00e8vement des \u00e9l\u00e9ments de la vie de ce fameux math\u00e9maticien : <\/p>\n<p>Pythagore \u00e9tait un math\u00e9maticien grec de la fin du VIe si\u00e8cle avant J.-C. N\u00e9 dans l&#8217;\u00eele de Samos, il partit fonder une \u00e9cole proche d&#8217;une secte \u00e0 Crotone, dans le sud de l&#8217;actuelle Italie. Pythagore y \u00e9tudiait les math\u00e9matiques, la musique, ou la philosophie. Les disciples rapportaient toutes leurs d\u00e9couvertes scientifiques au ma\u00eetre, de sorte qu&#8217;on ne peut plus distinguer \u00e0 ce jour les inventions de Pythagore de celles de ses disciples. L&#8217;\u00e9cole avait \u00e9galement une activit\u00e9 politique, en faveur du r\u00e9gime aristocratique, ce qui finit par d\u00e9clencher une \u00e9meute populaire au cours de laquelle l&#8217;\u00e9cole fut d\u00e9truite. On connaissait la propri\u00e9t\u00e9 de Pythagore &#8220;<em>Dans un triangle rectangle, le carr\u00e9 de l&#8217;hypoth\u00e9nuse est \u00e9gal \u00e0 la somme des carr\u00e9s des deux autres c\u00f4t\u00e9s.<\/em>&#8221; bien avant cette \u00e9poque. On a en effet d\u00e9couvert des tablettes d&#8217;argile grav\u00e9es par les Babyloniens, probablement vers 1800 av J-C, donnant les longueurs des c\u00f4t\u00e9s de 15 triangles rectangles diff\u00e9rents. Ce serait du vivant de Pythagore que son nom serait associ\u00e9 \u00e0 la fameuse relation, et la l\u00e9gende rapporte que Pythagore en fut si fier qu&#8217;il sacrifia aux dieux une h\u00e9catombe, c&#8217;est-\u00e0-dire 100 boeufs. L&#8217;\u00e9cole de Pythagore a peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 la premi\u00e8re \u00e0 donner une preuve du th\u00e9or\u00e8me. Depuis, les Chinois, les Hindous, les Arabes, les Occidentaux (parmi lesquels L\u00e9onard de Vinci) ont imagin\u00e9 des centaines de d\u00e9monstrations. Dans un livre, <em>The Pythagorean proposition<\/em>, Elisha Scott Loomis en a r\u00e9uni 370.<\/p>\n<p>Pour les objets, il existe un type de contes, les contes des &#8220;pourquoi ?&#8221;,  ou contes \u00e9tiologiques, qui attachent un r\u00e9cit \u00e0 des plantes, des animaux, des astres, des ustensiles&#8230; On peut demander aux enfants d&#8217;en inventer si aucun n&#8217;existe et c&#8217;est un excellent exercice \u00e9crit. Des indications d&#8217;usage, des jeux, des activit\u00e9s de fabrication d&#8217;objet ou de modes d&#8217;emploi peuvent aussi cr\u00e9er ces liens affectifs qui pr\u00e9c\u00e8dent l&#8217;\u00e9tude, la motivent et permettent une bien meilleure r\u00e9tention. On conna\u00eet la p\u00e9dagogie de la &#8220;main \u00e0 la p\u00e2te&#8221; de Charpak. Il est utile d&#8217;y adjoindre une part de r\u00e9cit, de symbolique, voire de po\u00e9sie. Donner du sens aux choses, sans les cantonner \u00e0 leur aspect technique ou purement scientifique. Apr\u00e8s vient l&#8217;abstraction, la loi, la r\u00e8gle, l&#8217;algorithme.<\/p>\n<p> Beaucoup de nos concitoyens, y compris les enseignants, ont perdu leur confiance dans le progr\u00e8s et dans la science. Ils ne font plus la distinction entre les  &#8220;bons&#8221; scientifiques, soucieux du bien commun et les ambitieux sans scrupules qui sont la honte de cette profession. Pourtant, personne ne peut nier que notre existence a \u00e9t\u00e9 prodigieusement am\u00e9lior\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 la science, depuis deux si\u00e8cles, et il est grotesque de faire l&#8217;impasse sur ces progr\u00e8s immenses. Comment se passionner pour une discipline dont les acteurs sont pr\u00e9sent\u00e9s comme des criminels en puissance et les applications susceptibles de faire dispara\u00eetre l&#8217;esp\u00e8ce humaine de la surface du globe ? Le d\u00e9samour manifest\u00e9 par les nouvelles g\u00e9n\u00e9rations envers les fili\u00e8res scientifiques trouve peut-\u00eatre l\u00e0 une de ses origines. Il est urgent de remotiver les enfants dans ce domaine car l&#8217;avenir de notre pays en d\u00e9pend. La chute des prises de brevet fran\u00e7ais est tr\u00e8s pr\u00e9occupante. Les techniciens ne sauraient suffire ; il nous faut aussi des chercheurs et des ing\u00e9nieurs.<\/p>\n<h2>Le monde technique<\/h2>\n<p>  <strong> <em>L&#8217;homme qui veut dominer ses semblables suscite la machine andro\u00efde.<br \/>\nIl abdique alors devant elle et lui d\u00e9l\u00e8gue son humanit\u00e9.<br \/>\nIl cherche \u00e0 construire la machine \u00e0 penser,<br \/>\nr\u00eavant de pouvoir construire la machine \u00e0 vouloir, la machine \u00e0 vivre.<\/em> <\/strong><br \/>\nGilbert Simondon, <em>Du mode d&#8217;existence des objets techniques<\/em> (1958)<\/p>\n<p>Le travail manuel a tr\u00e8s mauvaise presse dans notre \u00e9cole et dans notre soci\u00e9t\u00e9. Les orientations vers le technique sont consid\u00e9r\u00e9es comme un pis-aller, une voie de secours pour les cancres. Ce m\u00e9pris s&#8217;est aggrav\u00e9 avec la parcellisation tayloriste du travail qui \u00f4te \u00e0 ce dernier la presque totalit\u00e9 de sa dignit\u00e9 et de son int\u00e9r\u00eat. On a bien tent\u00e9 de lutter contre cette tendance en cr\u00e9ant des fili\u00e8res technologiques nobles, mais il faut bien dire que la r\u00e9mun\u00e9ration du travail manuel est sans commune mesure avec celle du travail intellectuel. Et pourtant, le travail manuel a tout autant de noblesse que son rival, ne demande pas moins de comp\u00e9tences m\u00eame si elles sont autres pour partie d&#8217;entre elles. L&#8217;habilet\u00e9 \u00e0 imaginer la t\u00e2che \u00e0 accomplir, l&#8217;intelligence du geste \u00e9conomique et efficace, la ruse pour r\u00e9soudre toutes les difficult\u00e9s qui se dressent in\u00e9vitablement au cours de l&#8217;accomplissement de la t\u00e2che. Le travail de l&#8217;ouvrier ou du technicien ne joue par sur des mots mais sur une r\u00e9alit\u00e9 impitoyable qui sanctionne imm\u00e9diatement toutes les erreurs. Voil\u00e0 pourquoi le travail concret sur la mati\u00e8re a &#8211; ou devrait avoir &#8211; autant de valeur, autant de noblesse que le travail intellectuel. Certains enfants montrent un go\u00fbt et une habilet\u00e9 ind\u00e9niables dans ces domaines mais il n&#8217;en est pas suffisamment tenu compte dans l&#8217;appr\u00e9ciation que l&#8217;\u00e9cole porte sur eux. La technique est l&#8217;enfant pauvre, remplac\u00e9e par la &#8220;technologie&#8221; bien diff\u00e9rente. Apr\u00e8s la seconde guerre mondiale, dans le cadre du plan Langevin-Wallon, des classes exp\u00e9rimentales avaient \u00e9t\u00e9 mises en place dans certains lyc\u00e9es classiques. En plus des programmes de fran\u00e7ais, de latin ou de math\u00e9matiques, les \u00e9l\u00e8ves allaient quatre heures par semaine dans une \u00e9cole technique avec de vrais ma\u00eetres de travail manuel pour r\u00e9aliser de vrais objets industriels sur de vraies machines. Ils apprenaient \u00e0 scier, d\u00e9gauchir, raboter, tourner, assembler, polir le bois ; \u00e0 dresser, percer, tourner, fraiser, forger le fer. H\u00e9las, ces classes dites <em>Nouvelles<\/em>, puis <em>Pilotes<\/em>, ont \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9es, laissant la place \u00e0 des travaux manuels ou m\u00e9nagers, abandonn\u00e9 \u00e0 leur tour. Et pourtant, elles enseignaient \u00e0 certains de ces fils de professeurs, de notaires ou de m\u00e9decins qui fr\u00e9quentaient les lyc\u00e9es de cette \u00e9poque qu&#8217;il est plus facile de dire que de faire, que les choses r\u00e9sistent et sanctionnent, qu&#8217;il faut beaucoup de soin et d&#8217;habilet\u00e9 pour r\u00e9aliser un objet irr\u00e9prochable, qu&#8217;il peut y avoir une grande dignit\u00e9 et beaucoup de satisfaction dans la r\u00e9alisation d&#8217;un camion, d&#8217;un s\u00e9choir, d&#8217;un support de fer \u00e0 repasser.<\/p>\n<p> Je pense qu&#8217;il est n\u00e9cessaire d&#8217;\u00eatre en contact direct avec la mati\u00e8re avant de passer \u00e0 l&#8217;abstraction de la technique moderne. Si beaucoup d&#8217;enfants se d\u00e9tournent du monde scientifique et technique, c&#8217;est peut-\u00eatre parce que maintenant on ne voit plus rien de ce qui se passe dans un moteur ou un poste de radio. Il est int\u00e9ressant de repasser par les m\u00eames \u00e9tapes que la science et la technique dans ce domaine comme dans beaucoup d&#8217;autres : l&#8217;ontog\u00e9n\u00e8se suit le chemin de la phylog\u00e9n\u00e8se. Les exercices propos\u00e9s par Charpak sont tout \u00e0 fait pertinents, \u00e0 condition qu&#8217;ils ne se limitent pas au bricolage et visent l&#8217;abstraction g\u00e9n\u00e9ralisante, qui seule est scientifique. Dans ce cas, la technique est le marchepied de la science.<\/p>\n<p> La technique est un bon moyen pour r\u00e9cup\u00e9rer des enfants en difficult\u00e9 scolaire, non pas en leur permettant d&#8217;acc\u00e9der imm\u00e9diatement \u00e0 des robots, mais en leur demandant de limer, de raboter, d&#8217;\u00eatre en contact physique avec le bois, le fer, le plastique et aussi de tisser, coudre, cuisiner, jardiner. En exigeant des normes de pr\u00e9cision et de soin tr\u00e8s s\u00e9v\u00e8res. Quand l&#8217;objet fabriqu\u00e9 est r\u00e9ussi, quand le projet est r\u00e9alis\u00e9, on en est fier et cette fiert\u00e9 donne l&#8217;\u00e9lan de de vivre, d&#8217;entreprendre, \u00e9tablit la confiance. <\/p>\n<h2>Arts<\/h2>\n<p><strong> <em>L&#8217;art est la magie d\u00e9livr\u00e9e du mensonge d&#8217;\u00eatre vrai. <\/em> <\/strong>T.W. Adorno (<em>Minima Moralia<\/em>, 1980)<\/p>\n<p>Schopenhauer a d\u00e9velopp\u00e9 une conception esth\u00e9tique originale. Loin de focaliser son attention sur le Beau et le Bien, il rappelle que la fonction principale de la contemplation d&#8217;une &#339;uvre d&#8217;art est de nous lib\u00e9rer du monde dans lequel nous vivons en nous faisant p\u00e9n\u00e9trer dans un univers non soumis aux d\u00e9terminations causales et utilitaires. Il donne \u00e0 l&#8217;art le r\u00f4le que je reconnais au r\u00e9cit fictionnel. <\/p>\n<p>Lorsqu&#8217;il contemple un tableau, l&#8217;homme \u00e9chappe pour quelques instants aux fatalit\u00e9s de son existence terrestre, il se s\u00e9pare du principe de r\u00e9alit\u00e9 pour acc\u00e9der \u00e0 un univers d&#8217;id\u00e9es o\u00f9 r\u00e8gne une forme de calme apaisant. L&#8217;art devient un moyen d&#8217;\u00e9chapper \u00e0 l&#8217;intol\u00e9rable, une solution pour lutter contre la duret\u00e9 de l&#8217;existence. C&#8217;est que &#8221; la vie humaine est une affaire qui ne recouvre pas ses frais &#8221; et il faut bien par cons\u00e9quent trouver des moyens coh\u00e9rents pour se soustraire \u00e0 son empire. Pour Schopenhauer, l&#8217;art est la seule justification qui puisse justifier notre d\u00e9sir de continuer \u00e0 vivre. J&#8217;y ajoute volontiers le merveilleux et l&#8217;amour, mais l\u00e0 n&#8217;est pas mon propos. Je voulais simplement souligner l&#8217;importance de l&#8217;art et de la fr\u00e9quentation du beau. Curieusement, l&#8217;\u00e9cole semble \u00eatre pour beaucoup, une machine \u00e0 vacciner contre l&#8217;art.<\/p>\n<p>La po\u00e9sie ? Pouah ! Casse-pieds !  Les Beaux-Arts ? Non mais ! C&#8217;est nul[[La palette de jugement est souvent tr\u00e8s rustique.]] !  La musique ? Okay ! House, hard rock, rap, hip hop&#8230;  Mozart ? Vous rigolez ! C&#8217;est pour les blaireaux.<\/p>\n<p> Le portrait semble caricatural, mais il contient pourtant une bonne part de r\u00e9alit\u00e9. La <em>rave<\/em> remplace le concert symphonique, la BD remplace le mus\u00e9e, le slam remplace Rimbaud. <\/p>\n<p>Comment \u00e9duquer l&#8217;&#339;il \u00e0 l&#8217;harmonie des formes, des couleurs de la composition, comment ouvrir l&#8217;oreille aux subtilit\u00e9s de la m\u00e9lodie et du rythme ? Comment cultiver cette \u00e9motion jouissive intense de la communion avec l&#8217;artiste de fa\u00e7on \u00e0 ce qu&#8217;elle ne se limite pas \u00e0 des <em>trips<\/em> rustiques avec des \u00e9motions brutales et dangereuses qui ne laissent que cendres dans le c&#339;ur ? On ne peut pas faire grand-chose, sinon informer, pour les d\u00e9g\u00e2ts commis dans le milieu familial : &#8211; t\u00e9l\u00e9vision continuelle, avec ses ultrasons destructeurs et son flux ininterrompu ;  &#8211; musiques brutales ;  &#8211; bruits de fond permanents ;  &#8211; cris et chamailleries ; &#8211; paroles agressives envers l&#8217;enfant. <\/p>\n<p> Mais d\u00e8s l&#8217;arriv\u00e9e \u00e0 la cr\u00e8che, puis en maternelle, on peut cr\u00e9er une ambiance sonore douce et agr\u00e9able de musiques de toutes sortes. L&#8217;enfant y \u00e9duquera son oreille. On peut inscrire dans le corps de l&#8217;enfant des rythmes vari\u00e9s et subtils. Lorsque l&#8217;\u00e9l\u00e8ve est plus grand et en \u00e9chec, il est plus difficile de l&#8217;amener \u00e0 d&#8217;autres musiques que celles de son MP3. On peut passer par des musiques comme le flamenco, le reggae, la musique classique chinoise, les gamelans. Des musiques rythm\u00e9es qui d\u00e9paysent l&#8217;enfant, mais sont tr\u00e8s riches de m\u00e9lodies et de rythmes. Dans le r\u00e9pertoire classique, on peut aussi trouver des &#339;uvres pour accrocher les oreilles, en, les faisant pr\u00e9c\u00e9der de r\u00e9cits qui en facilitent l&#8217;acc\u00e8s et qui leur donnent sens. Tel enfant rebelle se montre passionn\u00e9 par la <em>Cinqui\u00e8me<\/em> de Beethoven ; tel autre est fascin\u00e9 par la <em>Pastorale<\/em> de Berlioz ; une autre fond \u00e0 l&#8217;\u00e9coute de Mendelssohn ou de C\u00e9sar Franck ; une derni\u00e8re vibre \u00e0 <em>Carmen<\/em>. Il y faut beaucoup de doigt\u00e9, mais la musique peut \u00eatre un agent efficace de reconstruction des vibrations positives, de rapprochement de l&#8217;harmonie int\u00e9rieure. Faire beaucoup travailler sur les rythmes en pratiquant des percussions, des marches rythm\u00e9es, de la danse, du travail sur le corps. Faire utiliser des instruments non-conventionnels : rhombes, lithophones, bendirs,  avant de laisser l&#8217;enfant choisir un instrument plus traditionnel qui peut aller de l&#8217;harmonica au piano. Le chant est tr\u00e8s socialisant et le r\u00e9pertoire est immense. Certains airs de chanteurs de qualit\u00e9 sont accessibles aux enfants.<\/p>\n<p>En ce qui concerne les arts graphiques, la d\u00e9marche est similaire. Couvrir les murs de la maternelle, non de dessins d&#8217;enfants exclusivement, mais d&#8217;&#339;uvres d&#8217;art souvent renouvel\u00e9es. Demander aux enfants de dessiner avec des contraintes fortes et apr\u00e8s un bain d&#8217;images. Par exemple, limiter \u00e0 une couleur en cama\u00efeu, travailler sur la ligne ou le trait, en partant des <em>Tournesols<\/em> de Van Gogh, dans le premier cas, en s&#8217;impr\u00e9gnant de Matisse ou de Hartung dans le second. Pour l&#8217;enfant en \u00e9chec,  passer par le biais de l&#8217;Art brut qui \u00e9chappe aux sch\u00e9mas habituels. Puis proposer des &#339;uvres fortes, jusqu&#8217;\u00e0 ce que l&#8217;on obtienne un d\u00e9clic. Expliquer les gen\u00e8ses, les techniques, le sens. D\u00e9cortiquer la composition, les harmonies. Les enfants aiment beaucoup l&#8217;aspect technique qui les am\u00e8ne \u00e0 une tentative d&#8217;imitation puis de cr\u00e9ation. Peinture au doigt, au couteau, au pinceau large, puis acquisition de techniques plus fines. Il est vrai que ces pratiques sont souvent vues dans les classes de maternelle, mais ensuite, elles disparaissent.<br \/>\n Loin d&#8217;\u00eatre un luxe ou un d\u00e9rivatif r\u00e9cr\u00e9atif, le monde des arts est une oasis dans laquelle l&#8217;enfant peut rencontrer des \u00e9motions et des plaisirs qui le r\u00e9g\u00e9n\u00e8rent. Sa cr\u00e9ativit\u00e9 peut trouver \u00e0 s&#8217;y exercer dans une libert\u00e9 conquise en surmontant la difficult\u00e9 des contraintes et non dans une &#8220;expression&#8221; de je ne sais quelles forces int\u00e9rieures. Cette force cr\u00e9atrice s&#8217;applique sur des travaux qui trouvent un catalyseur dans les &#339;uvres des grands artistes, apr\u00e8s une \u00e9tude minutieuse de leurs techniques et une approche de leur g\u00e9nie particulier. Elle passe toujours par le geste, le geste ma\u00eetris\u00e9 auquel tout l&#8217;intellect et tout le corps participent.<\/p>\n<h2>Mens sana in corpore sano<\/h2>\n<p><strong> <em>Aime ton corps, ton corps t&#8217;aimera&#8230; <\/em> <\/strong>Anonyme <strong>mais&#8230; Mon corps n&#8217;en fait qu&#8217;\u00e0 sa t\u00eate ! <\/strong>(Marcel Achard)<\/p>\n<p> La paup\u00e9risation de masses de plus en plus importantes de la population fran\u00e7aise pose les probl\u00e8mes de l&#8217;alimentation et ceux de de l&#8217;hygi\u00e8ne de vie. Des carences graves dans les r\u00e9gimes alimentaires de la m\u00e8re et du nourrisson peuvent entraver certains d\u00e9veloppements conditionn\u00e9s par des apports essentiels. Plus tard, des menus tr\u00e8s d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9s, trop riches en graisses et en sucre provoquent des accumulations graisseuses traumatisantes aussi bien pour le corps que pour le psychisme. L&#8217;\u00e9cole \u00e9prouve des difficult\u00e9s pour faire face \u00e0 ces probl\u00e8mes et des palliatifs ne sont possibles que par des initiatives locales, en liaison avec les services sociaux. J&#8217;en donne un exemple. Des mamans issues de l&#8217;immigration \u00e9taient suivies par les services sociaux de Nancy. Il apparut que beaucoup \u00e9taient dans un \u00e9tat d\u00e9pressif et n\u00e9gligeaient consid\u00e9rablement la pr\u00e9paration des repas de leurs enfants. Elles achetaient d&#8217;immenses sacs de frites, de carr\u00e9s de poisson, d&#8217;ailes de poulet, de barres de mars ou autres produits chocolat\u00e9s et cela constituait un ordinaire sans fruits ni l\u00e9gumes. On leur d\u00e9montra, calculette en main, que l&#8217;on pouvait \u00e9tablir des menus autrement app\u00e9tissants et sains en d\u00e9pensant moins d&#8217;argent. Mini-action, grands effets !<\/p>\n<p> L&#8217;hygi\u00e8ne de vie pose aussi probl\u00e8me dans certains cas. L&#8217;\u00e9cole d&#8217;autrefois s&#8217;en pr\u00e9occupait ; pourquoi celle d&#8217;aujourd&#8217;hui ne le ferait-elle pas. R\u00e9duire la t\u00e9l\u00e9vision au profit de promenades familiales. Se coucher assez t\u00f4t pour se lever \u00e0 sept heures, m\u00eame le dimanche. Pratiquer un ou plusieurs sports. Se d\u00e9tendre avec des jeux de soci\u00e9t\u00e9 plut\u00f4t qu&#8217;avec des consoles. Veiller soigneusement \u00e0 sa propret\u00e9 corporelle et \u00e0 celle de ses v\u00eatements. Tout cela change le rapport \u00e0 la vie et aux autres des enfants qui, se respectant mieux, respectent mieux les autres. Il est plus facile d&#8217;inculquer ces habitudes \u00e0 des enfants qui sont en institution, mais cela n&#8217;emp\u00eache pas d&#8217;\u00e9voquer fr\u00e9quemment ces probl\u00e8mes en classe. Certains contes d&#8217;idiots (<em>beotiana<\/em>) parlent de ces th\u00e8mes. Venons-en \u00e0 la pratique des activit\u00e9s sportives. Une jeune fille de ma connaissance excellait \u00e0 la course de fond. D\u00e8s le coll\u00e8ge, elle s&#8217;\u00e9tait class\u00e9e en t\u00eate des cross et autres courses d&#8217;endurance. Pour le bac, elle avait donc choisi cette discipline. Le jour de l&#8217;\u00e9preuve, il fallait qu&#8217;elle annonce d&#8217;avance le temps qu&#8217;elle allait r\u00e9aliser. Cela l&#8217;inqui\u00e9tait \u00e9norm\u00e9ment. Le jour du bac, elle a perdu plusieurs points parce qu&#8217;elle \u00e9tait all\u00e9e trop vite. Elle n&#8217;a plus jamais couru.  Certains professeurs d&#8217;\u00e9ducation physique et sportive font pratiquer ces activit\u00e9s sous l&#8217;aspect exclusif du challenge et de la haute comp\u00e9tition. Cela ne me semble pas judicieux, sauf \u00e0 consid\u00e9rer l&#8217;\u00e9cole comme une p\u00e9pini\u00e8re de futurs champions. Certes, la comp\u00e9tition signifie le d\u00e9passement de soi dans le respect de soi et le d\u00e9passement des autres dans le m\u00eame respect des autres. C&#8217;est l\u00e0 toute la valeur \u00e9ducative du d\u00e9fi sportif. <\/p>\n<p>Mais, il est un objectif autrement important : que tous les enfants \u00e9prouvent dans leur corps la joie de l&#8217;exercice physique, sans se pr\u00e9occuper le moins du monde de leurs performances. Les s\u00e9ances de gymnastique dans la nature, en communion avec le milieu, sont un excellent cadre pour pratiquer des courses, des escalades d&#8217;arbres ou de rochers, des travers\u00e9es de rivi\u00e8res, en utilisant tous les accidents de terrain pour des exercices de musculation ou de relaxation. Etirements, respirations diverses, exercices collectifs de confiance en l&#8217;autre, voil\u00e0 la tonalit\u00e9 pour que les enfants go\u00fbtent les charmes d&#8217;un corps qui se fait plaisir. Si certains veulent se torturer dans les extr\u00eames, qu&#8217;ils le fassent dans d&#8217;autres cadres et d&#8217;autres moments, en groupes motiv\u00e9s. La sophrologie, le yoga, le tai-chi peuvent venir en aide \u00e0 cette recherche de la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 physique. Il me semble aberrant d&#8217;enseigner des sports de combat \u00e0 des enfants en r\u00e9volte et en rupture scolaire. Leur agressivit\u00e9 est un gros probl\u00e8me et on les voit exercer leurs nouveaux talents \u00e0 affronter des bandes rivales ou \u00e0 cabosser des CRS. Est-ce l\u00e0 le but recherch\u00e9 ? Je ne vise pas ici des sports comme le judo ou le karat\u00e9 pratiqu\u00e9s selon les r\u00e8gles de l&#8217;art. Mais, quand on voit ce qu&#8217;en font les commandos dans l&#8217;instruction militaire, on sait trop combien certains sports nobles peuvent \u00eatre d\u00e9tourn\u00e9s vers des vis\u00e9es meurtri\u00e8res. Et certains films en persuadent des esprits faibles. <\/p>\n<h2>Conclusion<\/h2>\n<p> <strong> <em>C&#8217;est le r\u00f4le essentiel du professeur d&#8217;\u00e9veiller la joie de travailler et de conna\u00eetre. <\/em> <\/strong>Albert Einstein (<em>Comment je vois le monde<\/em>)<\/p>\n<p> Pour reprendre ma comparaison horticole du d\u00e9but, je pourrais dire que : &#8211; la sp\u00e9cificit\u00e9 organique du corps correspond \u00e0 la nature du terrain du jardin : siliceux, calcaire, volcanique, montagnard, maritime ? Chaque enfant \u00e0 sa morphologie, ses hormones, un certain d\u00e9veloppement  des syst\u00e8mes musculaires et perceptifs. L&#8217;interface est importante : l&#8217;enfant voit-il bien ? Entend-il correctement ? Se sent-il apais\u00e9 ou nerveux ? Est-il capable d&#8217;une attention soutenue ? Est-il fatigable ? On ne peut consid\u00e9rer une classe comme un groupe de clones identiques et interchangeables. Ce qui diff\u00e8re :<br \/>\n&#8211; le profil psychologique correspond aux pr\u00e9f\u00e9rences de chaque plante, rustique ou d\u00e9licate, avide de soleil ou mieux \u00e0 l&#8217;ombre, aimant la fra\u00eecheur et l&#8217;humidit\u00e9 ou pr\u00e9f\u00e9rant le torride de la rocaille. Un groupe d&#8217;enfants est un kal\u00e9idoscope de caract\u00e8res : l&#8217;audacieuse, la timide, le coq, le poussin, la coquette, la studieuse, l&#8217;intr\u00e9pide, le timor\u00e9, l&#8217;entreprenant, la bricoleuse, le gnafron, la g\u00e9n\u00e9reuse, la caqueteuse, le muet.  Il est n\u00e9cessaire de chercher \u00e0 conna\u00eetre chaque individu pour proposer \u00e0 chacun des strat\u00e9gies adapt\u00e9es et des possibilit\u00e9s d&#8217;\u00e9volution, de transformation par mim\u00e9tisme ou par rejet.  Les soins donn\u00e9s \u00e0 la culture et \u00e0 l&#8217;\u00e9panouissement des enfants qui correspondent \u00e0 l&#8217;ensoleillement, \u00e0 l&#8217;arrosage, aux soins raisonn\u00e9s et respectueux quand il s&#8217;av\u00e8rent malgr\u00e9 tout n\u00e9cessaires. Evaluation formative et non exclusivement normative. Politesse absolue et langage parfait avec tous les enfants. Justice totale pour distribuer compliments et reproches, (plus de compliments que de reproches). Enthousiasme sans faille pour aborder le travail avec les \u00e9l\u00e8ves. Variation des approches et des m\u00e9thodes de fa\u00e7on \u00e0 ce que chacun trouve sa voie vers le savoir et sa voix pour le partager.<\/p>\n<p>&#8211; l&#8217;acquisition des comp\u00e9tences de base n\u00e9cessaires \u00e0 un d\u00e9veloppement physique et psychologique heureux, \u00e0 la poursuite harmonieuse d&#8217;\u00e9tudes et \u00e0 une int\u00e9gration r\u00e9ussie dans la soci\u00e9t\u00e9 correspond au minutieux travail de pr\u00e9paration du sol : analyse chimique, b\u00eachage, sarclage, ratissage, trac\u00e9 des planches, enrichissement organique et hormonal par des engrais biologiques, choix des emplacements de plantation&#8230;<\/p>\n<p><strong> Quelques propositions :<\/strong>Transmettre dans des r\u00e9cits oraux, puis \u00e9crits le plus de mots qu&#8217;il est possible, de tournures grammaticales et stylistiques, de contenus de toutes sortes. Etre chaque jour un professeur de langue, un professeur de mots, donn\u00e9s dans des contextes qui permettent leur r\u00e9tention. Aider les enfants de construire leur parole qui est leur interface principale avec autrui.  D\u00e9velopper sans rel\u00e2che les capacit\u00e9s logiques, de raisonnement, taxinomiques, heuristiques. Faire pratiquer des d\u00e9marches d&#8217;observation rigoureuse, d&#8217;exp\u00e9rimentations s\u00e9rieuses et men\u00e9es selon des proc\u00e9dures scientifiques.  Ouvrir les portes du symbolique et de l&#8217;interpr\u00e9tation du monde et des mots.  Initier au monde de la technique, y compris les techniques modernes de communication : en particulier apprendre aux enfants \u00e0 taper \u00e0 dix doigts, \u00e0 utiliser les logiciels de base, \u00e0 explorer intelligemment Internet et \u00e0 tirer profit des la formidable base de donn\u00e9es qu&#8217;il offre Parcourir avec les enfants les champs infinis et si jouissifs de tous les arts, avec des vis\u00e9es aussi bien vers le patrimoine classique que vers l&#8217;art contemporain afin de leur permettre de devenir de vrais amateurs, ceux qui aiment plus que ceux qui connaissent.  Par des r\u00e9cits leur permettre d&#8217;acqu\u00e9rir les valeurs humaines essentielles qui nous diff\u00e9rencient des animaux : la solidarit\u00e9 et non le challenge, l&#8217;amour de la justice, le respect de la vie et du faible, l&#8217;accueil de l&#8217;\u00e9tranger ou du diff\u00e9rent, dans le respect et l&#8217;hospitalit\u00e9 amicale. La liste est longue : elle constitue l&#8217;\u00e9thique d&#8217;une religion la\u00efque. Religion \u00e9tant pris dans son sens de ce qui relie les \u00eatres humains. Respecter et renforcer son corps dans des activit\u00e9s physiques de plaisir en accord avec les rythmes cosmiques et naturels, non dans des courses \u00e0 la performance traumatisantes pour certains enfants. Exiger le fair-play et le respect de l&#8217;adversaire dans les sports de combats ou collectifs. Faire r\u00e9aliser des travaux d&#8217;\u00e9quipe, pour apprendre aux enfants que rien de valable ne peut se faire contre les autres et que l&#8217;union est la force des groupes humains. <\/p>\n<p>La meilleure fa\u00e7on de lutter contre l&#8217;\u00e9chec scolaire n&#8217;est pas de programmer des proc\u00e9dures de type skinn\u00e9rien pour faire entrer de force le contenu d&#8217;un programme dans des t\u00eates r\u00e9tives, mais de rechercher les failles psychologiques, les insuffisances langagi\u00e8res, les blessures intimes qui rendent impossible l&#8217;entr\u00e9e dans le monde de la culture, du savoir, du vivre-ensemble.  Si l&#8217;on ne pr\u00e9pare ni ne r\u00e9pare ce terrain-l\u00e0, les efforts entrepris pour aider l&#8217;enfant demeurent soit vains soit de peu d&#8217;effet ; on s\u00e8me sur des cailloux et on ne r\u00e9colte que vent et temp\u00eate. Les enfants se recroquevillent sur eux-m\u00eames ou cherchent des exutoires dans la violence puisqu&#8217;on leur demande des t\u00e2ches impossibles. Souvent l&#8217;ironie, les sanctions non formatives sont utilis\u00e9es face au refus de la r\u00e9alisation de t\u00e2ches dont les enfants ne peuvent pas s&#8217;acquitter parce qu&#8217;en fait on ne leur a pas donn\u00e9 les outils n\u00e9cessaires.  Ces erreurs entra\u00eenent l&#8217;humiliation des enfants, leur col\u00e8re, leur r\u00e9volte ce qui ne tarde pas \u00e0 emp\u00eacher tout travail s\u00e9rieux. On assiste \u00e0 un retour d&#8217;un autoritarisme qui ne peut qu&#8217;envenimer les rapports entre ma\u00eetres et \u00e9l\u00e8ves en difficult\u00e9, au pr\u00e9judice de l&#8217;efficacit\u00e9. L&#8217;autoritarisme, cela s&#8217;impose : l&#8217;autorit\u00e9, cela se m\u00e9rite !  Tout ne d\u00e9pend pas du milieu scolaire, bien s\u00fbr, et la responsabilit\u00e9 de la d\u00e9gradation des conditions d&#8217;enseignement doit beaucoup \u00e0 l&#8217;id\u00e9ologie de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation qui d\u00e9truit les valeurs du travail, de l&#8217;effort, du m\u00e9rite, qui  vise \u00e0 transformer tous les \u00eatres humains, en consommateurs effr\u00e9n\u00e9s, en pousse-caddies d\u00e9cervel\u00e9s. Certains croient pouvoir r\u00e9sister \u00e0 cette glissade vers le n\u00e9ant par un retour en arri\u00e8re magique dans un pass\u00e9 id\u00e9alis\u00e9 de discipline rigide et d&#8217;objectifs cadr\u00e9s. R\u00e9duire l&#8217;enseignement aux  apprentissages de bases selon les m\u00e9thodes d&#8217;antan est une pure illusion qui ne fera que renforcer les fractures et les \u00e9checs.<\/p>\n<p> Il est peut-\u00eatre plus op\u00e9rationnel d&#8217;unir toutes les forces au-del\u00e0 des querelles st\u00e9riles pour aborder les probl\u00e8mes sans a-priori. J&#8217;ai indiqu\u00e9 quelques pistes qui s&#8217;int\u00e9ressent au terrain \u00e0 pr\u00e9parer pour que la culture s&#8217;enracine, sans mettre en cause tous les progr\u00e8s qui ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s dans les domaines didactiques, p\u00e9dagogiques, psychologiques, sociologiques, cognitifs et autres.  Je pense simplement que toutes ces d\u00e9marches ne peuvent trouver une efficacit\u00e9 r\u00e9elle qu&#8217;\u00e0 la condition que l&#8217;on consid\u00e8re chaque enfant comme un individu unique et que l&#8217;on s&#8217;emploie, avant de tenter de lui remplir la t\u00eate, de laider \u00e0 se fonder en tant qu&#8217;\u00eatre humain. De d\u00e9velopper aussi un faisceau de comp\u00e9tences premi\u00e8res indispensables pour affronter des cursus scolaires de plus en plus charg\u00e9s, en raison des progr\u00e8s immenses que l&#8217;humanit\u00e9 a accompli dans les sciences et dans les techniques. De penser au bonheur dispens\u00e9 par les jouissances artistiques, dans le d\u00e9veloppement harmonieux et serein des possibilit\u00e9s corporelles. De lui transmettre les valeurs qui permettent une vie avec autrui conviviale et exempte de conflits. Je n&#8217;ai qu&#8217;\u00e9gratign\u00e9 ces diff\u00e9rentes d\u00e9marches et \u00e9bauch\u00e9 des propositions d&#8217;interventions. J&#8217;en ai omis certainement et des plus importantes. Je propose une orientation diff\u00e9rente, une orientation moins technocratique ou scientiste et plus humaniste, plus humaine pourrais-je dire plus simplement. Egalement des approches pluridirectionnelles afin d&#8217;\u00e9viter le travers de beaucoup de chercheurs qui ne voient midi qu&#8217;\u00e0 leur porte.  Que ce soit en application pr\u00e9ventive, d\u00e8s le plus jeune \u00e2ge, ou en urgence curative pour les enfants en \u00e9chec, cette pr\u00e9paration du terrain, ce travail sur le fond sont indispensables si l&#8217;on veut r\u00e9ellement et sinc\u00e8rement lutter contre le fl\u00e9au de l&#8217;\u00e9chec scolaire.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les enfants en \u00e9chec doivent passer par les \u00e9tapes qui leur ont \u00e9chapp\u00e9 ou qui ne leur ont pas \u00e9t\u00e9 propos\u00e9es. Avant d&#8217;en venir au &#8220;programme&#8221;, aux rem\u00e9diations, il est n\u00e9cessaire de mettre en place les <strong>comp\u00e9tences premi\u00e8res<\/strong> et les <strong>app\u00e9tences psychologiques<\/strong> qui permettent d&#8217;acc\u00e9der \u00e0 la pens\u00e9e et au savoir.<\/p>\n<p>Pour faire face au probl\u00e8me tr\u00e8s pr\u00e9occupant &#8211; mais qui n&#8217;est pas nouveau &#8211; de l&#8217;\u00e9chec scolaire, de nombreuses r\u00e9formes ont \u00e9t\u00e9 propos\u00e9es, mais jamais \u00e9valu\u00e9es ni m\u00eame, semble-t-il, massivement appliqu\u00e9es par les enseignants. Une querelle entre <em>modernistes<\/em> et <em>traditionalistes<\/em> s&#8217;est d\u00e9velopp\u00e9e, avec une &#8220;victoire&#8221; r\u00e9cente de ces derniers. On ne peut attendre des miracles de ce retour en arri\u00e8re, car les m\u00e9thodes propos\u00e9es produisaient d\u00e9j\u00e0 un lourd \u00e9chec l\u00e0 et quand elles \u00e9taient (ou quand elles sont encore) mises en &#339;uvre.  Christian Montelle tente d&#8217;explorer d&#8217;autres voies pour lutter contre le fl\u00e9au de l&#8217;\u00e9chec scolaire. Il rejette les approches m\u00e9canistes qui ne tiennent pas compte de la nature de l&#8217;enfant et appliquent des &#8220;rem\u00e8des&#8221; scientistes et technologiques \u00e0 des \u00e9l\u00e8ves qui n&#8217;en sont que plus meurtris et humili\u00e9s. La violence engendr\u00e9e par cette incompr\u00e9hension empoisonne tout le monde scolaire. Un \u00eatre humain n&#8217;est pas une machine dont on pourrait noter les sympt\u00f4mes de dysfonctionnement afin de les r\u00e9parer de fa\u00e7on norm\u00e9e. Les m\u00e9thodes employ\u00e9es pour dresser des rats, ou conditionner des hommes \u00e0 un travail d\u00e9shumanis\u00e9, montrent leur inefficacit\u00e9 : le taylorisme, le fordisme n&#8217;ont pas leur place dans l&#8217;\u00e9cole r\u00e9publicaine.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":813,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-815","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/815","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=815"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/815\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/813"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=815"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=815"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=815"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}