{"id":804,"date":"2008-06-27T12:08:12","date_gmt":"2008-06-27T11:08:12","guid":{"rendered":"http:\/\/www.asblonweb.be\/APED\/CM\/?p=804"},"modified":"2020-11-05T07:59:17","modified_gmt":"2020-11-05T06:59:17","slug":"le-liberalisme-trois-fois-critique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/2008\/06\/27\/le-liberalisme-trois-fois-critique\/","title":{"rendered":"Le lib\u00e9ralisme trois fois critiqu\u00e9"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Autant dire que j\u2019attendais avec impatience le nouveau Mich\u00e9a, tant les pr\u00e9c\u00e9dents (&#8220;Impasse Adam Smith&#8221;, &#8220;L\u2019enseignement de l\u2019ignorance et ses conditions modernes&#8221;) m\u2019avaient enthousiasm\u00e9. &#8220;L\u2019empire du moindre mal&#8221; est une sorte de synth\u00e8se de ceux-ci o\u00f9 le philosophe expose clairement les origines historiques et id\u00e9ologiques du lib\u00e9ralisme, et ses cons\u00e9quences d\u00e9plorables dans les relations sociales aujourd\u2019hui. Pour lui, il n\u2019y a pas lieu de faire une distinction entre lib\u00e9ralisme politique (le \u00ab bon lib\u00e9ralisme \u00bb aux yeux d\u2019une certaine gauche) et lib\u00e9ralisme \u00e9conomique (le \u00ab mauvais \u00bb aux yeux des m\u00eames).<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-803\" src=\"http:\/\/www.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2008\/06\/arton475.jpg\" width=\"190\" height=\"230\" \/><\/p>\n<p>Au d\u00e9part, le lib\u00e9ralisme avait un objectif louable : \u00e9viter \u00ab la guerre de tous contre tous \u00bb. En m\u00eame temps, il a \u00e9mis des postulats : la nature humaine est intrins\u00e8quement mauvaise, l\u2019individu prime sur la collectivit\u00e9, la poursuite de son int\u00e9r\u00eat personnel \u00e0 travers les relations marchandes est l\u00e9gitime et doit \u00eatre encourag\u00e9e, le &#8220;rational choice&#8221; doit op\u00e9rer en toutes circonstances, les m\u0153urs et les choix moraux rel\u00e8vent exclusivement de la sph\u00e8re priv\u00e9e, etc. Bref, il s\u2019est con\u00e7u comme \u00ab le moins mauvais des syst\u00e8mes politiques \u00bb ; m\u00eame en regard de cet objectif minimal, son \u00e9chec aujourd\u2019hui est patent. O\u00f9 est la porte de sortie ? L\u2019auteur plaide pour une collectivit\u00e9 qui referait toute sa place \u00e0 la \u00ab d\u00e9cence commune \u00bb (la &#8220;common decency&#8221; de George Orwell), contrepoids indispensable aux deux seules instances r\u00e9gulatrices du monde moderne, le March\u00e9 et le Droit. Mich\u00e9a n\u2019est cependant pas tendre avec la Gauche (de gouvernement comme radicale) qu\u2019il accuse d\u2019avoir abandonn\u00e9 la lutte anticapitaliste pour se rallier \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie du Progr\u00e8s, de la Croissance et de la Science toute-puissante, \u00e9pousant par l\u00e0 m\u00eame le projet progressiste des lib\u00e9raux. Il inverse ainsi les termes du probl\u00e8me : la vraie solidarit\u00e9 et la d\u00e9cence commune consistent, au contraire, \u00e0 se montrer conservateur de ce que le capitalisme n\u2019a eu de cesse de d\u00e9truire, symboliquement et pratiquement, pour \u00e9tendre son emprise : la pr\u00e9disposition naturelle de l\u2019\u00eatre humain \u00e0 la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, \u00e0 l\u2019altruisme, \u00e0 la droiture, \u00e0 l\u2019autolimitation des besoins.<\/p>\n<p><em>MICHEA Jean-Claude, &#8220;L\u2019empire du moindre mal. Essai sur la civilisation lib\u00e9rale&#8221;, \u00e9d. Climats, 2007, 208 p.<\/em><\/p>\n<h2>L\u2019homme \u00e9conomique<\/h2>\n<p>Le philosophe et sociologue Christian Laval a opt\u00e9 pour une approche historique encore plus d\u00e9taill\u00e9e : celle des id\u00e9es qui, \u00e0 partir du 18\u00e8me si\u00e8cle, ont accouch\u00e9 de l\u2019\u00e9conomie politique, puis du lib\u00e9ralisme, et enfin du n\u00e9olib\u00e9ralisme de nos jours. Il se montre original en ne commen\u00e7ant pas son \u00e9tude \u00e0 partir des \u00e9conomistes classiques, mais en remontant plus loin dans le 17\u00e8me si\u00e8cle, et m\u00eame \u00e0 Saint Augustin, pour traquer les premiers signes de l\u2019\u00e9mergence, en opposition avec la religion et la tradition, de l\u2019utilitarisme, concept qu\u2019il voit comme un fait social total : pr\u00f4nant l\u2019augmentation constante des plaisirs et la diminution des peines, la doctrine utilitariste ne se r\u00e9duit pas aux seules relations \u00e9conomiques, car elle pr\u00e9tend concerner l\u2019ensemble de l\u2019humain. \u00ab L\u2019homme \u00e9conomique \u00bb en est donc la figure r\u00e9sultante, \u00eatre d\u00e9sirant et calculateur toujours en qu\u00eate de la maximisation de son int\u00e9r\u00eat personnel, et ne sachant pas quoi faire avec sa morale, quand il ne l\u2019ignore pas purement et simplement. Le r\u00f4le de l\u2019\u00c9tat, du Droit, de la monnaie et de la langue, la d\u00e9ontologie, la \u00ab main invisible \u00bb du march\u00e9, le contr\u00f4le de tous par tous, la recherche de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des citoyens, autant d\u2019aspects \u00e9tudi\u00e9s au travers de dizaines d\u2019exemples et de citations tir\u00e9es des \u0153uvres de Bentham (le fondateur de l\u2019utilitarisme, sur lequel, logiquement, Laval s\u2019attarde), Mandeville, Smith, Hume, Locke, Hobbes, Helv\u00e9tius, Jevons, Stuart Mill, Beccaria, Condillac, Rousseau, Tocqueville, etc., ce qui, au final, rend la lecture assez laborieuse et \u00ab universitaire \u00bb. C\u2019est seulement dans la conclusion que l\u2019auteur se d\u00e9voile v\u00e9ritablement en essayiste. Selon lui, davantage que les modes de production, c\u2019est la pr\u00e9dominance des rapports utilitaristes qui \u00e9claire la (malheureuse) situation actuelle. Il rejoint ainsi la th\u00e8se du sociologue Alain Accardo dans &#8220;Le petit bourgeois gentilhomme&#8221; : le \u00ab mal \u00bb se loge tout autant en nous et entre nous qu\u2019autour de nous.<\/p>\n<p><em>LAVAL Christian, &#8220;L\u2019homme \u00e9conomique. Essai sur les racines du n\u00e9olib\u00e9ralisme&#8221;, \u00e9d. Gallimard, 2007, 396 p.<br \/>\n<\/em><\/p>\n<h2>Le divin march\u00e9<\/h2>\n<p>Dans une approche psychanalytique, le philosophe Dany-Robert Dufour convoque Freud et Lacan pour expliquer pourquoi la qu\u00eate de l\u2019individualisme issue des Lumi\u00e8res \u2014 positive selon lui \u2014 s\u2019est entre-temps retourn\u00e9e en son avatar postmoderne : le \u00ab troupeau schizo\u00efde \u00e9go-gr\u00e9gaire \u00bb, qui, en plus de ses trois tares, est aussi consum\u00e9riste, proc\u00e9durier, ignorant et fier de l\u2019\u00eatre, constituant par l\u00e0 m\u00eame une grave menace pour la poursuite du proc\u00e8s civilisateur. Dans &#8220;On ach\u00e8ve bien les hommes&#8221; (Deno\u00ebl, 2005), Dufour avait d\u00e9j\u00e0 montr\u00e9 en quoi l\u2019effondrement de la transcendance au 18\u00e8me si\u00e8cle avait aussit\u00f4t fait place \u00e0 une nouvelle religion, celle du March\u00e9, qui enclencha un processus de d\u00e9sinstitutionnalisation. Car pour \u00eatre capable de contr\u00f4ler ses passions et d\u2019user librement de sa raison, autrement dit pour se constituer en tant que \u00ab Sujet kantien \u00bb, l\u2019homme a besoin de la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un mythe fondateur, \u00e0 un \u00ab Grand Signifiant \u00bb, que celui-ci recouvre l\u2019image du P\u00e8re, du Ma\u00eetre d\u2019\u00e9cole ou de l\u2019\u00c9tat. Rassurons-nous, l\u2019auteur, ath\u00e9e, ne rappelle pas Dieu \u00e0 ses anciennes pr\u00e9rogatives ; il constate que c\u2019est le rapport au transcendental (et non \u00e0 la transcendance) qui fonde la libert\u00e9 du Sujet et permet l\u2019\u00e9closion de l\u2019esprit critique. L\u2019essai se pr\u00e9sente sous la forme des \u00ab dix commandements \u00bb illustrant cette \u00ab r\u00e9volution culturelle lib\u00e9rale \u00bb qui se loge dans le rapport \u00e0 soi, \u00e0 l\u2019autre, \u00e0 l\u2019Autre, au transcendental, au politique, au savoir, \u00e0 la langue, \u00e0 la loi, \u00e0 l\u2019art et \u00e0 l\u2019inconscient. Dans le champ philosophique, Dufour marque naturellement sa pr\u00e9f\u00e9rence pour les transcendentalistes (Rousseau, Kant, Hegel) contre les d\u00e9constructionnistes (Nietzsche, Foucault, Deleuze) et m\u00eame contre Bourdieu, \u00e0 qui il reproche d\u2019avoir contribu\u00e9 lui aussi, par ses th\u00e9ories de la reproduction et de la distinction, \u00e0 la consolidation de ce \u00ab petit sujet \u00bb seul face \u00e0 lui-m\u00eame. L\u2019\u00e9criture est franche, parfois humoristique, et Dufour n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 choisir ses exemples dans l\u2019actualit\u00e9 br\u00fblante.<\/p>\n<p><em>DUFOUR Dany-Robert, &#8220;Le divin march\u00e9. La r\u00e9volution culturelle lib\u00e9rale&#8221;, \u00e9d. Deno\u00ebl, 2007, 337 p.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Autant dire que j&#8217;attendais avec impatience le nouveau Mich\u00e9a, tant les pr\u00e9c\u00e9dents (&#8220;Impasse Adam Smith&#8221;, &#8220;L&#8217;enseignement de l&#8217;ignorance et ses conditions modernes&#8221;) m&#8217;avaient enthousiasm\u00e9. &#8220;L&#8217;empire du moindre mal&#8221; est une sorte de synth\u00e8se de ceux-ci o\u00f9 le philosophe expose clairement les origines historiques et id\u00e9ologiques du lib\u00e9ralisme, et ses cons\u00e9quences d\u00e9plorables dans les relations sociales aujourd&#8217;hui. Pour lui, il n&#8217;y a pas lieu de faire une distinction entre lib\u00e9ralisme politique (le \u00ab bon lib\u00e9ralisme \u00bb aux yeux d&#8217;une certaine gauche) et lib\u00e9ralisme \u00e9conomique (le \u00ab mauvais \u00bb aux yeux des m\u00eames). <\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":803,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-804","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/804","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=804"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/804\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/803"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=804"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=804"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=804"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}