{"id":743,"date":"2007-12-22T15:11:27","date_gmt":"2007-12-22T14:11:27","guid":{"rendered":"http:\/\/www.asblonweb.be\/APED\/CM\/?p=743"},"modified":"2017-02-21T15:34:41","modified_gmt":"2017-02-21T14:34:41","slug":"strategie-neoliberale-education-et-connaissance-ou-en-est-la-recherche","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/2007\/12\/22\/strategie-neoliberale-education-et-connaissance-ou-en-est-la-recherche\/","title":{"rendered":"Strat\u00e9gie n\u00e9olib\u00e9rale, \u00e9ducation  et connaissance : o\u00f9 en est la recherche ?"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Le texte qui suit cherche \u00e0 faire appara\u00eetre les lignes de force des analyses et enqu\u00eates qui ont \u00e9t\u00e9 jusqu\u2019ici produites sur les politiques n\u00e9olib\u00e9rales dans le domaine \u00e9ducatif. Il insiste sur le caract\u00e8re multiple voire disparate des travaux, des approches et des objets. Il tient que ces travaux se partagent encore entre deux mod\u00e8les d\u2019interpr\u00e9tation \u00ab classiques \u00bb : le mod\u00e8le \u00ab marxiste \u00bb et le mod\u00e8le \u00ab w\u00e9b\u00e9rien \u00bb. Ce qui veut dire que, sur le plan th\u00e9orique, \u00ab le paradigme de l\u2019\u00e9cole n\u00e9o-lib\u00e9rale \u00bb n\u2019est pas encore enti\u00e8rement construit. Notre travail collectif veut y contribuer, t\u00e2che \u00e9videmment ins\u00e9parable des enqu\u00eates empiriques indispensables sur lesquelles nous nous appuierons.<\/p>\n<p>Ce texte de bilan se veut aussi un rappel de nos positions en mati\u00e8re de recherche syndicale. Si nous sommes plus que jamais conscients de l\u2019\u00e9norme retard de l\u2019analyse sur les \u00e9volutions en cours, il n\u2019y aura de \u00ab rattrapage \u00bb possible qu\u2019\u00e0 la condition de produire collectivement un cadre d\u2019analyse suffisamment large et solide permettant aux acteurs de la lutte sociale de disposer des outils de compr\u00e9hension les plus pertinents pour l\u2019action. La mobilisation collective d\u00e9pend plus que jamais de l\u2019intelligence de la situation g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<h2>Introduction<\/h2>\n<p>Il s\u2019agit ici de soumettre \u00e0 la discussion un premier bilan critique des travaux existants sur le sujet de notre programme. Ce bilan est indispensable si nous voulons aller plus loin, syst\u00e9matiser nos travaux, les \u00e9tendre \u00e0 l\u2019\u00e9tude des politiques n\u00e9olib\u00e9rales appliqu\u00e9es au champ de la connaissance scientifique et de la culture.<\/p>\n<p>Qu\u2019en est-il du programme que nous lan\u00e7ons aujourd\u2019hui et autour duquel nous souhaiterions constituer une v\u00e9ritable communaut\u00e9 de travail ? Ce \u00ab programme \u00bb existe d\u00e9j\u00e0, mais de fa\u00e7on informelle, r\u00e9unissant depuis presque une dizaine d\u2019ann\u00e9es des chercheurs d\u2019horizons diff\u00e9rents. Si on le prend par son c\u00f4t\u00e9 le plus ambitieux, il s\u2019est agi de rendre compte du changement de \u00ab mod\u00e8le d\u2019\u00e9ducation scolaire \u00bb, de \u00ab r\u00e9gime de scolarisation \u00bb, de \u00ab forme d\u2019\u00e9cole \u00bb, peu importent ici les termes choisis, en tenant le n\u00e9olib\u00e9ralisme pour une dimension d\u00e9cisive, non pas unique, mais d\u00e9cisive de l\u2019explication \u00e0 apporter aux changements observ\u00e9s .<\/p>\n<p>Ce programme de recherche est rest\u00e9 centr\u00e9 sur l\u2019\u00e9cole et l\u2019\u00e9ducation. Ce programme a \u00e9t\u00e9 bien r\u00e9sum\u00e9 par le titre du livre d\u2019Yves Careil, De l\u2019\u00e9cole publique \u00e0 l\u2019\u00e9cole lib\u00e9rale, paru en 1998. Il a certes abord\u00e9 la question de la recherche, de la connaissance scientifique, de la culture en g\u00e9n\u00e9ral, mais de fa\u00e7on collat\u00e9rale et sans doute insuffisamment. Ce programme informel donne \u00e0 la dimension politique des mutations en cours un r\u00f4le cl\u00e9, supposant que l\u2019\u00e9cole rel\u00e8ve du politique, qu\u2019elle renvoie fondamentalement aux ph\u00e9nom\u00e8nes de pouvoir, d\u2019assujettissement, d\u2019\u00e9mancipation. Le paradoxe \u00e9tant \u00e9videmment que les politiques n\u00e9olib\u00e9rales sont des \u00ab politiques de d\u00e9politisation \u00bb, qui tendent en l\u2019occurrence \u00e0 \u00ab d\u00e9politiser l\u2019\u00e9cole \u00bb, \u00e0 casser le lien de l\u2019\u00e9cole avec la logique institutionnelle des d\u00e9mocraties lib\u00e9rales telles que nous les connaissions, pour les soumettre \u00e0 des logiques sociales et \u00e9conomiques suppos\u00e9es spontan\u00e9es, irr\u00e9versibles, \u00e9chappant \u00e0 toute prise d\u2019une volont\u00e9 citoyenne .<\/p>\n<p>Cette d\u00e9marche de recherche sur les politiques n\u00e9olib\u00e9rales n\u2019est pas seulement fran\u00e7aise, et elle n\u2019est pas venue seule. Elle a une dimension mondiale, et l\u2019on peut m\u00eame dire que les chercheurs fran\u00e7ais sont venues tard au regard de ce qui s\u2019est d\u00e9j\u00e0 fait dans nombre d\u2019autres pays, en particulier anglophones. Il y a comme on sait un certain isolationnisme de la r\u00e9flexion en France, en ce domaine comme dans d\u2019autres. Cette recherche a \u00e9videmment accompagn\u00e9, m\u00eame si elle n\u2019en a pas suivi les rythmes, la contestation sociale, les refus des politiques n\u00e9olib\u00e9rales sur le plan \u00e9conomique, les premiers pas de l\u2019altermondialisme. C\u2019est ce qui explique qu\u2019elle ait \u00e9t\u00e9 largement men\u00e9e par des chercheurs engag\u00e9s syndicalement et\/ou politiquement. C\u2019est aussi ce qui a fait parfois la difficult\u00e9 de son accueil dans des milieux acad\u00e9miques plus ou moins hostiles aux formes de la contestation sociale depuis 1995, plus ou moins r\u00e9ticents \u00e0 accorder une place aussi importante \u00e0 la dimension politique dans la recherche, et souvent peu dispos\u00e9s \u00e0 recevoir avec bienveillance des travaux trop peu inscrits dans des cadres disciplinaires \u00e9tablis.<\/p>\n<p>Cette th\u00e9matique de \u00ab l\u2019\u00e9cole lib\u00e9rale \u00bb ou de \u00ab l\u2019\u00e9cole n\u00e9olib\u00e9rale \u00bb a eu un certain mal \u00e0 faire sa place, en France en tout cas. Elle a d\u00fb d\u00e9placer un certain nombre de clivages et de d\u00e9bats qui dominaient jusque-l\u00e0 avant de pouvoir acqu\u00e9rir une certaine l\u00e9gitimit\u00e9. C\u2019est ainsi qu\u2019elle a d\u00fb faire bouger les termes de la sociologie de la \u00ab d\u00e9mocratisation \u00bb de l\u2019\u00e9cole \u00e0 l\u2019\u00e2ge de sa massification. Elle a \u00e9galement d\u00fb faire bouger le vieux d\u00e9bat entre \u00ab p\u00e9dagogues \u00bb et \u00ab r\u00e9publicains \u00bb, ou en tout cas le contourner. Elle n\u2019a pas \u00ab d\u00e9pass\u00e9 \u00bb ou \u00ab annul\u00e9 \u00bb ces clivages, bien entendu, car trop de raisons et trop d\u2019investissements de toute nature militent pour que survivent sans changement les discours anciens, mais elle a commenc\u00e9 \u00e0 les replacer, et donc \u00e0 les relativiser, dans le nouveau contexte politique et social, qui n\u2019est plus exactement celui des d\u00e9bats caract\u00e9ristiques du grand cycle de massification des ann\u00e9es 50 aux ann\u00e9es 80. Il est symptomatique qu\u2019aussi bien du c\u00f4t\u00e9 des \u00ab p\u00e9dagogues \u00bb que des \u00ab r\u00e9publicains \u00bb, on commence, par des voies diff\u00e9rentes, \u00e0 prendre en compte le fait n\u00e9olib\u00e9ral.<br \/>\nEn quoi le terrain change-t-il ? La r\u00e9flexion classique en sciences sociales, comme celle qui avait lieu parmi les associations syndicales et p\u00e9dagogiques, \u00e9tait centr\u00e9e sur l\u2019\u00e9cart entre une \u00e9cole qui s\u2019affirmait lib\u00e9ratrice sur le plan des principes mais qui \u00e9tait r\u00e9ellement reproductrice des in\u00e9galit\u00e9s professionnelles et sociales. La probl\u00e9matique progressiste \u00e9tait en somme de passer de l\u2019\u00e9cole publique in\u00e9galitaire \u00e0 l\u2019\u00e9cole publique d\u00e9mocratique, c\u2019est-\u00e0-dire de r\u00e9aliser les buts id\u00e9aux qui \u00e9taient officiellement ceux de l\u2019institution r\u00e9publicaine. Recherche et r\u00e9forme d\u00e9mocratique \u00e9taient ainsi \u00e9troitement associ\u00e9es, au moins tacitement, dans l\u2019\u00e9lan progressiste qui a caract\u00e9ris\u00e9 le XX\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Les param\u00e8tres changent quand l\u2019\u00e9cole publique r\u00e9ellement in\u00e9galitaire que l\u2019on contestait semble muter en une forme d\u2019\u00e9cole encore inconnue, et d\u2019abord dans le discours officiel que les autorit\u00e9s comp\u00e9tentes tiennent \u00e0 son propos. Ce discours \u00ab modernisateur \u00bb, v\u00e9ritable strat\u00e9gie discursive, d\u00e9stabilise les r\u00e9f\u00e9rences anciennes, r\u00e9cup\u00e8re les critiques, pr\u00f4ne la rupture, promeut le changement des principes, des modes d\u2019organisation et des r\u00e8gles de fonctionnement. Il ne s\u2019agit plus, pour les \u00ab r\u00e9formateurs \u00bb de d\u00e9fendre la vieille \u00e9cole r\u00e9publicaine traditionnelle, mais de la \u00abmoderniser \u00bb. Mais pour aller o\u00f9 ? Pour faire quoi ?<\/p>\n<p>C\u2019est l\u00e0 qu\u2019intervient l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019un changement de r\u00e9gime de scolarisation ou de forme d\u2019\u00e9cole. On pourrait la reformuler ainsi : m\u00eame si la mutation s\u2019op\u00e8re dans le brouillage le plus complet, selon des formes hybrides, parfois contradictoires, entra\u00eenant le d\u00e9sarroi et la perte de rep\u00e8res chez les militants aussi bien que chez de nombreux chercheurs, la \u00ab r\u00e9forme de l\u2019\u00e9cole \u00bb qui proc\u00e8de officiellement de la \u00ab modernit\u00e9 \u00bb est d\u00e9sormais domin\u00e9e par une nouvelle rationalit\u00e9 politique : le n\u00e9olib\u00e9ralisme.<\/p>\n<p>Cela ne signifie pas que les anciens probl\u00e8mes, clivages, contradictions sont abolis, cela ne signifie pas non plus que tout change imm\u00e9diatement, au m\u00eame rythme, dans un temps lin\u00e9aire et homog\u00e8ne, dans tous les pays et dans tous les segments de l\u2019institution, cela signifie que le terrain a chang\u00e9. Cela signifie que pour penser la transformation des syst\u00e8mes scolaires et des institutions en g\u00e9n\u00e9ral, le sens dans lequel il change, il faut comprendre cette nouvelle rationalit\u00e9 n\u00e9olib\u00e9rale pour bien comprendre et pour bien agir.<\/p>\n<h2>I) Quelques lignes de force<\/h2>\n<p>Sans pr\u00e9tendre \u00e0 l\u2019inventaire complet, je voudrais d\u00e9gager quelques grandes directions qui ont \u00e9t\u00e9 explor\u00e9es. Nous ne partons pas de rien. Nous disposons d\u2019un ensemble de travaux qui ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9s par un grand nombre de chercheurs, stock auquel nous avons ajout\u00e9 nos propres \u00e9tudes et r\u00e9flexions. Ce bref inventaire mettra en \u00e9vidence aussi la fragmentation et les lacunes des recherches.<br \/>\nPar souci de simplification, on peut d\u00e9gager un certain nombre de p\u00f4les des travaux et des r\u00e9flexions qui ont eu cours et qui ont encore cours. On peut distinguer cinq p\u00f4les.<\/p>\n<p>1- Les politiques n\u00e9olib\u00e9rales \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale<br \/>\n2- La constitution d\u2019un \u00ab march\u00e9 mondial de l\u2019\u00e9ducation \u00bb<br \/>\n3- Une nouvelle r\u00e9gulation des syst\u00e8mes d\u2019enseignement<br \/>\n4- Un pilotage manag\u00e9rial des \u00ab organisations \u00bb<br \/>\n5- Une conception utilitariste du savoir<\/p>\n<p><strong>1- Les politiques n\u00e9olib\u00e9rales \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale et leurs applications nationales ou r\u00e9gionale<\/strong>s<\/p>\n<p>Une r\u00e9forme mondiale de l\u2019\u00e9ducation est en cours. Ou plus exactement une orientation globale de la r\u00e9forme est en train de s\u2019imposer, visant \u00e0 constituer ce que nous avons appel\u00e9 \u00ab un nouvel ordre mondial de l\u2019\u00e9ducation \u00bb. Malgr\u00e9 les variantes nationales li\u00e9es \u00e0 des syst\u00e8mes diff\u00e9rents, l\u2019axe normatif est commun : on retrouve partout les m\u00eames composantes utilitariste et individualiste, articul\u00e9e de diverses mani\u00e8res \u00e0 la logique du march\u00e9 et au mod\u00e8le de l\u2019entreprise. Les vis\u00e9es politiques nationales d\u2019int\u00e9gration \u00e0 un espace commun d\u00e9mocratique sont devenues secondes par rapport \u00e0 une logique g\u00e9n\u00e9rale d\u2019int\u00e9gration \u00e9conomique sur le march\u00e9 mondial.<br \/>\nC\u2019est ce point de vue que nous avons d\u00e9velopp\u00e9 dans tous nos travaux, c\u2019est ce qui unifie nos perspectives. Nous y avons rattach\u00e9 un certain nombre d\u2019observations de ph\u00e9nom\u00e8nes qui rel\u00e8vent de plusieurs registres : \u00e9conomiques, sociologiques, id\u00e9ologiques, organisationnels.<\/p>\n<p><strong>2-La constitution d\u2019un \u00ab march\u00e9 mondial de l\u2019\u00e9ducation \u00bb<br \/>\n<\/strong><br \/>\nA cette r\u00e9forme mondiale de l\u2019\u00e9ducation qui d\u00e9finit un ensemble d\u2019objectifs et d\u2019indicateurs normatifs ax\u00e9s sur la performance, est associ\u00e9e la constitution progressive d\u2019un \u00ab march\u00e9 mondial de l\u2019\u00e9ducation \u00bb, concernant sp\u00e9cialement certains segments de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur, \u00e9troitement li\u00e9 aux modifications de la division internationale du travail, \u00e0 une certaine internationalisation des \u00e9lites et \u00e0 \u00ab l\u2019\u00e9conomie de la connaissance \u00bb. Ce ne sont plus directement les grands organismes ou les \u00c9tats qui sont moteurs mais des entreprises universitaires ou para-univesitaires. L\u2019effet sur les syst\u00e8mes universitaires et de recherche commence \u00e0 \u00eatre assez sensible. On assiste \u00e0 la fois \u00e0 des ph\u00e9nom\u00e8nes de concurrence accrue entre \u00e9tablissements et entre pays, \u00e0 la transformation de certaines institutions universitaires en entreprises multinationales, \u00e0 la modification des \u00ab valeurs \u00bb acad\u00e9miques et des relations au savoir.<br \/>\nCe march\u00e9 mondial de l\u2019\u00e9ducation a un double aspect : il est connect\u00e9 d\u2019un c\u00f4t\u00e9 \u00e0 la formation d\u2019une \u00e9lite \u00e9conomico-politique trans- ou internationale, \u00ab nouvelle classe dirigeante mondiale \u00bb li\u00e9e \u00e0 la lib\u00e9ration des flux commerciaux et financiers ; il est li\u00e9 d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9 \u00e0 la lutte pour la captation des cerveaux et \u00e0 l\u2019appropriation priv\u00e9e des connaissances en vue d\u2019un contr\u00f4le des rentes issues de l\u2019innovation.<\/p>\n<p><strong>3- Une nouvelle r\u00e9gulation des syst\u00e8mes d\u2019enseignement fond\u00e9e sur la concurrence des \u00e9tablissements et le libre choix des \u00ab acteurs \u00bb<\/strong><\/p>\n<p>A l\u2019\u00e9chelle nationale, une logique g\u00e9n\u00e9rale de concurrence suppos\u00e9e engendrer une plus grande efficacit\u00e9 se met en place.<br \/>\nCette logique passe par le d\u00e9veloppement de la privatisation effective de certains pans de l\u2019enseignement, avant ou apr\u00e8s la fin des \u00e9tudes secondaires.<br \/>\nPlus g\u00e9n\u00e9ralement, les \u00e9tablissements d\u2019enseignement dans leur ensemble sont soumis \u00e0 des ph\u00e9nom\u00e8nes d\u2019\u00e9lection et d\u2019\u00e9vitement qui ne sont pas seulement dus \u00e0 la r\u00e9partition r\u00e9sidentielle des diff\u00e9rentes classes sociales mais aussi \u00e0 l\u2019exercice (plus ou moins strat\u00e9gique) par les \u00ab acteurs \u00bb de leur \u00ab libre choix \u00bb, ce qui conduit \u00e0 des polarisations sociales et ethniques qui ont fait parler \u00ab d\u2019apartheid scolaire \u00bb. Ces ph\u00e9nom\u00e8nes de polarisation sociale ont des cons\u00e9quences p\u00e9dagogiques et sociales qui commencent \u00e0 \u00eatre de mieux en mieux connues.<\/p>\n<p><strong>4- Un pilotage manag\u00e9rial des \u00ab organisations \u00bb<br \/>\n<\/strong><br \/>\nLes formes de direction et de gestion, ce que l\u2019on appelle le \u00ab pilotage \u00bb des \u00ab organisations \u00bb universitaires, scientifiques, scolaires se modifient selon des principes et des proc\u00e9dures de management dont le mod\u00e8le est l\u2019entreprise, et dont le crit\u00e8re est \u00ab l\u2019efficacit\u00e9 \u00bb directement mesurable par des outils d\u2019\u00e9valuation suppos\u00e9s inattaquables. Ces nouvelles formes de \u00ab pilotage \u00bb stimulent les logiques concurrentielles et les strat\u00e9gies des \u00ab acteurs \u00bb (familles, \u00e9tudiants, enseignants, entreprises, etc) tout en \u00e9tant de plus en plus sous le contr\u00f4le des instances politiques. L\u2019esprit g\u00e9n\u00e9ral de ces r\u00e9formes d\u2019organisation est de diminuer l\u2019autonomie de travail des enseignants et des chercheurs en d\u00e9veloppant des d\u00e9pendances nouvelles vis-\u00e0-vis des usagers, clients, financeurs,etc.<\/p>\n<p><strong>5- Une conception utilitariste du savoir<br \/>\n<\/strong><br \/>\nLes objectifs imm\u00e9diats et pr\u00e9valents de l\u2019enseignement et de la recherche sont de nature \u00e9conomique et marchande. La connaissance ne vaut que par son utilit\u00e9 \u00e9conomique, la formation n\u2019a de valeur et de l\u00e9gitimit\u00e9 que par l\u2019emploi qu\u2019elle permet d\u2019occuper. Cela vaut pour les contenus autant que pour les m\u00e9thodes p\u00e9dagogiques. Les conceptions \u00e9conomiques n\u00e9o-classiques de la connaissance et de l\u2019\u00e9ducation sous-tendent les analyses et les orientations de la r\u00e9forme : capital humain, comp\u00e9tence, employabilit\u00e9.<br \/>\nL\u2019\u00e9ducation est regard\u00e9e comme un bien priv\u00e9, somme de comp\u00e9tences individuelles, source de rendement essentiellement individuel. Ce qui l\u00e9gitime le recours au financement priv\u00e9. La recherche est soumise \u00e0 un m\u00eame syst\u00e8me d\u2019analyse : la production de savoir est \u00e9valu\u00e9e en fonction de son rendement \u00e9conomique.<\/p>\n<p>Ces lignes de force des recherches ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9es dans un grand nombre de travaux.<br \/>\nElles restent encore \u00e0 articuler les unes aux autres. La recherche est encore fragmentaire et dispers\u00e9e, sp\u00e9cialement entre \u00e9conomistes, sociologues, philosophes politiques et historiens de l\u2019\u00e9ducation. L\u2019un des apports des travaux que nous avons r\u00e9alis\u00e9s jusqu\u2019ici est peut-\u00eatre d\u2019avoir commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9passer les points de vue partiels et les cloisonnements disciplinaires. Et lorsque nous avons travaill\u00e9 sur des objets sp\u00e9cifiques de les avoir reli\u00e9s \u00e0 une perspective d\u2019ensemble. Je n\u2019en citerai que deux ou trois. L\u2019Europe ; la r\u00e9forme de l\u2019universit\u00e9 ; l\u2019emploi et la formation ; l\u2019enseignement de l\u2019\u00e9conomie.<br \/>\nNous devrons r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 d\u2019autres objets ou \u00e0 des approfondissements. C\u2019est \u00e9videmment \u00e0 travers l\u2019\u00e9tude de certains \u00ab analyseurs \u00bb que nous pourrons progresser dans notre compr\u00e9hension g\u00e9n\u00e9rale, mais \u00e0 condition de ne pas oublier la probl\u00e9matique centrale.<br \/>\nMais cette probl\u00e9matique est-elle suffisamment \u00e9tay\u00e9e, structurante, \u00e9labor\u00e9e ? C\u2019est ce que nous allons discuter maintenant.<\/p>\n<h2>II) Deux grands mod\u00e8les de lecture<\/h2>\n<p>Deux mod\u00e8les ou grilles d\u2019analyse se disputent la lecture des \u00e9volutions. Appelons-les par commodit\u00e9 l\u2019interpr\u00e9tation \u00ab marxiste \u00bb et l\u2019interpr\u00e9tation \u00ab w\u00e9b\u00e9rienne \u00bb. Si les guillemets indiquent que la distance aux pens\u00e9es de r\u00e9f\u00e9rence est plus ou moins l\u00e2che selon les cas, la d\u00e9signation renvoie \u00e0 des accentuations assez typiques de l\u2019explication :l\u2019une peut \u00eatre rattach\u00e9e \u00e0 une th\u00e9orie du capital, l\u2019autre \u00e0 une th\u00e9orie de la rationalisation.<br \/>\nPour ce qui est de l\u2019interpr\u00e9tation de type \u00ab marxiste \u00bb, les probl\u00e9matiques altermondialistes et \u00ab antilib\u00e9rales \u00bb courantes en donnent l\u2019exemple. Leur th\u00e8me principal, leur foyer, est la critique de la politique de lib\u00e9ralisation des \u00e9changes \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale et le passage des services publics, dont l\u2019\u00e9ducation, dans le champ du commerce des services men\u00e9e par l\u2019OMC. Elles se concentrent sur la critique de la \u00ab marchandisation de l\u2019\u00e9ducation \u00bb et de la \u00ab privatisation de l\u2019\u00e9cole \u00bb, slogans qui \u00ab parlent \u00bb \u00e0 tous, mais ne constituent pas n\u00e9cessairement les outils th\u00e9oriques les mieux adapt\u00e9s \u00e0 la compr\u00e9hension des tendances en cours. Ce sont m\u00eame peut-\u00eatre, \u00e0 un certain moment, des obstacles \u00e0 la compr\u00e9hension de ce qui se passe.<br \/>\nCes slogans ob\u00e9issent \u00e0 un sch\u00e9ma explicatif qui rel\u00e8ve de la vulgate \u00ab marxiste \u00bb : le capital ne supporte aucune limite et veut acc\u00e9der \u00e0 ce march\u00e9 fabuleux de l\u2019\u00e9ducation pour y r\u00e9aliser des profits substantiels. Le moteur de l\u2019histoire dans le domaine qui nous concerne serait essentiellement cet app\u00e9tit des multinationales d\u00e9sireuses d\u2019absorber les institutions d\u2019\u00e9ducation, de les transformer en entreprises priv\u00e9es ou, au moins, de leur vendre des marchandises et services r\u00e9mun\u00e9rateurs. Pour conforter ce mode explicatif, on peut mettre en s\u00e9rie toutes sortes d\u2019observations : la pression des lobbies d\u2019entreprises, la p\u00e9n\u00e9tration des marchands dans l\u2019\u00e9cole, la commercialisation croissante de services \u00e9ducatifs parascolaires ou post-secondaires.<br \/>\nCes tendances (\u00ab marchandisation \u00bb et \u00ab privatisation \u00bb) sont r\u00e9elles. Mais forment-elles le tout des mutations en cours ? Ce qui \u00e9chappe ici, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment que l\u2019\u00e9cole (mais c\u2019est la m\u00eame chose pour la recherche, ou la justice, ou la police ) n\u2019a pr\u00e9cis\u00e9ment pas besoin de devenir une entreprise \u00e0 capitaux priv\u00e9s, de vendre des produits marchands, d\u2019ob\u00e9ir aux pressions des multinationales pour devenir une sorte d\u2019entreprise, pour \u00eatre r\u00e9gie par des valeurs, des proc\u00e9dures, des modes organisationnels qui ressemblent de plus en plus \u00e0 ce qui a lieu dans l\u2019univers des entreprises priv\u00e9es ou publiques.<\/p>\n<p>Ce fait \u00ab entrepreneurial \u00bb, \u00ab concurrentiel \u00bb, \u00ab manag\u00e9rial \u00bb est sans doute mieux pris en compte par une autre grille d\u2019interpr\u00e9tation, de r\u00e9f\u00e9rence \u00ab w\u00e9b\u00e9rienne \u00bb . On sait que la probl\u00e9matique de la \u00ab rationalisation \u00bb domine le champ sociologique depuis les ann\u00e9es 60 et qu\u2019elle s\u2019accorde particuli\u00e8rement bien avec les politiques de \u00ab modernisation \u00bb qui en sont comme les doublons pratiques. Une grande partie de la recherche est aujourd\u2019hui command\u00e9e par l\u2019id\u00e9e selon laquelle nous aurions affaire \u00e0 des programmes de rationalisation li\u00e9s au monde industriel et technique, une application sectorielle de cette grande tendance \u00e0 la rationalisation d\u00e9senchant\u00e9e, laquelle ne serait d\u2019ailleurs pas seulement n\u00e9gative en termes humains, puisqu\u2019elle aurait partie li\u00e9e \u00e0 la \u00ab d\u00e9mocratisation \u00bb de l\u2019\u00e9cole. C\u2019est peut-\u00eatre aujourd\u2019hui l\u2019id\u00e9ologie dominante dans le monde de l\u2019expertise.<br \/>\nIl y a beaucoup \u00e0 prendre dans ces analyses de la \u00ab rationalisation \u00bb et de la \u00ab r\u00e9gulation \u00bb, lesquelles se saisissent d\u2019un grand nombre de ph\u00e9nom\u00e8nes que la premi\u00e8re approche ne prend pas suffisamment en compte, mais elles pr\u00e9sentent une sorte de biais inaugural qui consiste \u00e0 ne pas voir que les voies de la \u00ab rationalisation \u00bb ou de la \u00ab r\u00e9gulation \u00bb sont multiples et que celles qui sont aujourd\u2019hui privil\u00e9gi\u00e9es sont gouvern\u00e9es par une rationalit\u00e9 politique tr\u00e8s sp\u00e9cifique. L\u2019illusion porte sur la neutralit\u00e9 technique des outils de gestion et des modes de r\u00e9gulation. Le raisonnement tenu veut que \u00ab l\u2019efficacit\u00e9 n\u2019a pas de couleur politique \u00bb ; que les outils manag\u00e9riaux sont neutres et bons en eux-m\u00eames. C\u2019est au nom de cette interpr\u00e9tation qu\u2019une partie des experts, des administrateurs et des chercheurs, qui se veulent \u00ab d\u00e9mocrates \u00bb, soutiennent certains des aspects de la r\u00e9forme n\u00e9olib\u00e9rale, en tant qu\u2019ils combattraient le vieux mod\u00e8le r\u00e9publicain bureaucratique, corporatiste, \u00e9litiste, etc . Evidemment, la question est de savoir si le n\u00e9olib\u00e9ralisme n\u2019est pas en train d\u2019infl\u00e9chir les aspirations sociales et politiques \u00e0 la d\u00e9mocratisation de la culture dans un sens particulier, comme on le voit avec les programmes de la Banque mondiale dans les pays sous-d\u00e9velopp\u00e9s ou ceux de la Commission europ\u00e9enne. La \u00ab d\u00e9mocratisation \u00bb en question est en r\u00e9alit\u00e9 suspendue \u00e0 l\u2019efficacit\u00e9 \u00e9conomique de l\u2019\u00e9ducation.<\/p>\n<p>Il ne s\u2019agit ici que de p\u00f4les de l\u2019analyse, dont l\u2019existence ne doit pas cacher la gamme des positions possibles. Cette division des modes d\u2019explication est peut-\u00eatre aujourd\u2019hui un frein \u00e0 la compr\u00e9hension de la nature concr\u00e8te des politiques men\u00e9es, frein qui s\u2019ajoute aux difficult\u00e9s li\u00e9es aux cloisonnements disciplinaires.<\/p>\n<p>Si l\u2019on regarde le parcours d\u00e9j\u00e0 effectu\u00e9, ce qui caract\u00e9rise les travaux men\u00e9s dans le cadre de l\u2019institut de la FSU est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019essai de surmonter aussi bien les divisions disciplinaires que la polarisation finalement st\u00e9rilisante des modes explicatifs. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la strat\u00e9gie n\u00e9olib\u00e9rale qui nous l\u2019a permis.<\/p>\n<h2>III) Le sens du \u00ab n\u00e9olib\u00e9ralisme \u00bb<\/h2>\n<p>Nous avons besoin d\u2019un cadre g\u00e9n\u00e9ral d\u2019analyse plus int\u00e9grateur, d\u2019une th\u00e9orie plus g\u00e9n\u00e9rale nous permettant de comprendre la diversit\u00e9 de ces mutations. Le manque le plus criant tient \u00e0 un d\u00e9ficit conceptuel qui nous emp\u00eache de relier suffisamment les observations que nous pouvons faire &#8211; et surtout que beaucoup de chercheurs peuvent faire dans leurs domaines et sur leurs objets propres- et le cadre th\u00e9orique global que nous avons commenc\u00e9 de poser.<\/p>\n<p>Les travaux ne trouveront \u00e0 s\u2019articuler que si nous parvenons \u00e0 donner aux concepts de \u00ab n\u00e9olib\u00e9ralisme \u00bb et de \u00ab politiques n\u00e9olib\u00e9rales \u00bb leur plein d\u00e9veloppement. Pour ce faire, il convient de les int\u00e9grer dans une structure plus large, de d\u00e9passer les interpr\u00e9tations partielles et sur certains plans oppos\u00e9s qui se partagent aujourd\u2019hui le terrain des explications de la r\u00e9forme en cours.<\/p>\n<p>Que veut dire \u00ab n\u00e9olib\u00e9ralisme \u00bb, que signifient l\u2019expression \u00ab politiques n\u00e9olib\u00e9rales \u00bb ? En quoi la prise en compte d\u2019une strat\u00e9gie et d\u2019une politique n\u00e9olib\u00e9rale sp\u00e9cifique permet-elle de d\u00e9passer l\u2019explication \u00ab marxiste \u00bb qui ne veut y voir qu\u2019une politique \u00e9conomique visant \u00e0 favoriser le capital priv\u00e9 ou l\u2019explication \u00ab w\u00e9b\u00e9rienne \u00bb qui ne veut voir qu\u2019une rationalisation administrative, gestionnaire, p\u00e9dagogique, au service de l\u2019efficacit\u00e9 plus grande du syst\u00e8me organisationnel ?<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce donc que le n\u00e9olib\u00e9ralisme ? C\u2019est la question matricielle, la question d\u00e9cisive pour notre programme.<\/p>\n<p>Il y a deux grands types de lecture du n\u00e9olib\u00e9ralisme. La lecture des \u00e9conomistes et la lecture des sociologues Les \u00e9conomistes dominent la r\u00e9flexion critique sur le n\u00e9olib\u00e9ralisme. Ils soulignent la rupture op\u00e9r\u00e9e autour de 1979 avec le keyn\u00e9sianisme et le fordisme. Ils mettent en \u00e9vidence le retour \u00e0 la \u00ab main invisible \u00bb et le retrait de l\u2019\u00c9tat, th\u00e8mes typiques du lib\u00e9ralisme classique.<\/p>\n<p>Les principes de ce n\u00e9olib\u00e9ralisme regard\u00e9 comme politique \u00e9conomique seraient en fait ceux que l\u2019on pr\u00eate \u00e0 Adam Smith. Selon cette conception, l\u2019\u00e9conomie est un domaine \u00e0 part gouvern\u00e9 par des lois naturelles que les gouvernements doivent respecter. Le march\u00e9 est la seule coordination possible des int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s qui permet une allocation optimale des ressources. La concurrence accrue entre pays et entre entreprises \u00e0 l\u2019\u00e9chelle plan\u00e9taire implique la baisse des imp\u00f4ts et la r\u00e9duction des d\u00e9penses publiques, surtout celles qui sont consacr\u00e9es au social et \u00e0 l\u2019\u00e9ducation. Cette politique viserait \u00e0 ouvrir partout la porte aux int\u00e9r\u00eats capitalistes, dans l\u2019\u00e9ducation comme ailleurs. Ce que nous appelons les \u00ab attaques lib\u00e9rales contre l\u2019\u00e9cole \u00bb seraient compos\u00e9es de ce double processus de \u00ab marchandisation \u00bb et de \u00ab privatisation \u00bb.<\/p>\n<p>Il existe une lecture plus sociologique qui n\u2019est pas contradictoire avec la premi\u00e8re, mais qui insiste plus sur la forme comme sur le contenu social des politiques n\u00e9olib\u00e9rales. Pierre Bourdieu tient le n\u00e9o-lib\u00e9ralisme pour une philosophie sociale int\u00e9grale ayant pour caract\u00e9ristique de se pr\u00e9senter comme une \u00ab r\u00e9volution conservatrice \u00bb. R\u00e9cup\u00e9rant les th\u00e8mes de la \u00ab rupture \u00bb ou de la \u00ab r\u00e9forme \u00bb, les politiques n\u00e9olib\u00e9rales d\u00e9font ce qui constituaient le \u00ab compromis \u00bb social d\u2019apr\u00e8s 1945 et imposent syst\u00e9matiquement des r\u00e9gressions sociales \u00e0 la plupart des salari\u00e9s, lesquelles mesures vont permettre l\u2019accumulation plus rapide des richesses \u00e0 l\u2019autre bout de la soci\u00e9t\u00e9. La politique n\u00e9olib\u00e9rale est regard\u00e9e comme une politique de renouvellement de la domination des classes dominantes. Ces conceptions \u00e9conomiques et sociologiques sont incontestablement justes, mais elles ne permettent pas de comprendre suffisamment bien la nature de la politique n\u00e9olib\u00e9rale quand elle touche l\u2019\u00e9ducation, la recherche, la culture, la justice ou la police.<\/p>\n<p>Michel Foucault avait peut-\u00eatre propos\u00e9 une conception plus op\u00e9ratoire du n\u00e9olib\u00e9ralisme en 1979 en le regardant comme une rationalit\u00e9 politique g\u00e9n\u00e9rale et pas seulement comme une politique mon\u00e9taire ou budg\u00e9taire, ou comme une politique de classe. La politique n\u00e9olib\u00e9rale s\u2019attaque en r\u00e9alit\u00e9 aux institutions, elle modifie leur fonctionnement, leur impose des principes nouveaux dont les termes de \u00ab concurrence \u00bb et \u00ab d\u2019efficacit\u00e9 \u00bb sont les ma\u00eetres-mots. Ce mode de gouvernement a pour r\u00e8gle d\u2019action de faire fonctionner toutes les institutions, tous les champs comme s\u2019il s\u2019agissait de \u00ab march\u00e9s \u00bb, non pas forc\u00e9ment des march\u00e9s r\u00e9els, non pas seulement des lieux d\u2019\u00e9changes en vue de profits mon\u00e9taires, mais comme des quasi-march\u00e9s, des simili-march\u00e9s, c\u2019est-\u00e0-dire de gouverner des groupements humains selon des principes de fonctionnement d\u2019un march\u00e9 o\u00f9 chacun poursuit des finalit\u00e9s priv\u00e9es, en concurrence avec les autres, sans autre lien que celui de l\u2019accord entre des int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s. Cette rationalit\u00e9 de l\u2019action gouvernementale qui concerne tous les secteurs de la vie sociale a pour principe et pour horizon la fabrication de l\u2019homme \u00e9conomique, du sujet de l\u2019int\u00e9r\u00eat.<\/p>\n<p>Le n\u00e9olib\u00e9ralisme ainsi con\u00e7u se pr\u00e9sente comme une orientation beaucoup plus radicale que ce que nous donnent \u00e0 voir les points de vue classiquement \u00ab marxiste et \u00ab w\u00e9b\u00e9rien \u00bb. Ce n\u2019est ni un simple retrait de l\u2019\u00c9tat devant la mar\u00e9e montante du capital priv\u00e9, ni un simple changement de degr\u00e9 de la rationalisation pour accro\u00eetre l\u2019efficacit\u00e9, c\u2019est une transformation sociale par cr\u00e9ation de situations de march\u00e9, par multiplication des relations de concurrence, par diffusion de \u00ab l\u2019esprit d\u2019entreprise \u00bb et des valeurs du march\u00e9.<\/p>\n<p>Les politiques n\u00e9olib\u00e9rales ne sont donc pas seulement des politiques de d\u00e9mant\u00e8lement des r\u00e9gulations \u00e9tatiques dans l\u2019\u00e9conomie et dans le domaine de l\u2019emploi, ce sont des politiques qui, partout, dans tous les domaines, mettent en place des modes de r\u00e9gulation fond\u00e9s sur l\u2019autonomie suppos\u00e9e du calculateur int\u00e9ress\u00e9, sur l\u2019accumulation priv\u00e9e des avantages de toutes natures, sur la culpabilisation et la criminalisation du mauvais calculateur. Le calcul priv\u00e9, la recherche et l\u2019exploitation des opportunit\u00e9s pour soi-m\u00eame, la conception que chacun est une entreprise, sont de plus en plus regard\u00e9s comme les ressorts du fonctionnement de la machine sociale.<br \/>\nLes cons\u00e9quences sont importantes tant sur le plan politique que sur le plan moral et intellectuel. Toutes les valeurs, les vertus, les crit\u00e8res de jugement, qui fondaient les institutions de la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale sont disqualifi\u00e9s et remplac\u00e9s par des logiques d\u2019efficacit\u00e9 et de rentabilit\u00e9. L\u2019autonomie des institutions n\u2019a plus aucune raison d\u2019\u00eatre, elles sont regard\u00e9es comme de purs instruments politiques, des relais tactiques au service des objectifs gouvernementaux. L\u2019ensemble institutionnel \u00e0 vrai dire est pens\u00e9 sur le mode de l\u2019entreprise r\u00e9gie par des r\u00e8gles du management. Tout est entreprise. Ce que les explications \u00ab w\u00e9b\u00e9riennes \u00bb justement per\u00e7oivent mieux que les probl\u00e9matiques \u00ab marxistes \u00bb. Certes, dira-t-on, nous connaissions d\u00e9j\u00e0 le mensonge et la fausse autonomie, l\u2019instrumentalisation. La nouveaut\u00e9, c\u2019est la disparition des valeurs r\u00e9gulatrices de v\u00e9rit\u00e9 ou d\u2019honn\u00eatet\u00e9, des principes formels de libert\u00e9 et d\u2019\u00e9galit\u00e9, qui permettaient de les condamner et de les combattre. Ce qui n\u2019est pas rien.<\/p>\n<p>Comme on le voit, consid\u00e9rer le n\u00e9olib\u00e9ralisme comme un ensemble de politiques visant \u00e0 modifier la normativit\u00e9 n\u2019invalide en rien la th\u00e9orie marxiste du capital et la th\u00e9orie w\u00e9b\u00e9rienne de la rationalisation instrumentale, dans leur pleine rigueur. Elles constituent les instruments de base pour comprendre les transformations que nous observons : la logique continu\u00e9e de l\u2019accumulation du capital ; l\u2019extension des proc\u00e9dures de rationalisation bureaucratique. Mais elles ne suffisent pas \u00e0 fournir la cl\u00e9 de la phase sp\u00e9cifique dans laquelle nous sommes. Cette phase est marqu\u00e9e par la crise profonde de la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale et du r\u00e9gime normatif d\u00e9doubl\u00e9 qu\u2019elle maintenait (l\u2019int\u00e9r\u00eat sur le march\u00e9, les devoirs envers la cit\u00e9) . Ce n\u2019est pas la \u00ab marchandisation \u00bb effective, la \u00ab privatisation \u00bb effective qui est le ph\u00e9nom\u00e8ne dominant, car le march\u00e9 au sens strict du terme garde jusqu\u2019\u00e0 un certain point sa sp\u00e9cificit\u00e9, c\u2019est plut\u00f4t l\u2019universalisation de la r\u00e9f\u00e9rence anthropologique du march\u00e9 et de la concurrence \u00e0 toutes les sph\u00e8res de l\u2019existence et \u00e0 toutes les institutions. C\u2019est plut\u00f4t \u00e0 partir de cette universalisation de la r\u00e9f\u00e9rence marchande et entrepreneuriale que les ph\u00e9nom\u00e8nes de marchandisation et de privatisation effectifs prennent sens et non l\u2019inverse.<br \/>\nLe n\u00e9olib\u00e9ralisme peut donc se d\u00e9finir comme une politique de transformation des normes, et m\u00eame du fondement des normes par dissolution des fronti\u00e8res entre institutions politiques et logique de march\u00e9, entre principes moraux et crit\u00e8res d\u2019int\u00e9r\u00eat. Cela permet de comprendre que les institutions publiques en g\u00e9n\u00e9ral, et les instances de la culture et du savoir en particulier, sont d\u00e9sormais priv\u00e9es de toute r\u00e9f\u00e9rence propre, de tout fondement sp\u00e9cifique. Elles perdent l\u2019autonomie relative qu\u2019elles avaient acquises par les fonctions sp\u00e9cialis\u00e9es qu\u2019elles accomplissaient (justice, \u00e9cole, sant\u00e9, etc) selon deux modalit\u00e9s compl\u00e9mentaires : leur mise au service explicite des march\u00e9s ; leur transformation fonctionnelle et organisationnelle par des principes marchands et entrepreneuriaux .<\/p>\n<h2>Conclusion<\/h2>\n<p>\u00c9tablir un bilan, ce n\u2019est pas faire un inventaire des travaux, c\u2019est consid\u00e9rer ce qui a \u00e9t\u00e9 fait \u00e0 la lumi\u00e8re de ce qui s\u2019est pass\u00e9. Les outils ont-ils \u00e9t\u00e9 adapt\u00e9s, les pronostics ont-ils \u00e9t\u00e9 v\u00e9rifi\u00e9s ou invalid\u00e9s ? Henri Lefebvre disait \u00ab l\u2019hypoth\u00e8se anticipe \u00bb. Avons-nous eu raison au milieu des ann\u00e9es 90 d\u2019avancer l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019un passage d\u2019un mod\u00e8le scolaire \u00e0 un autre ? Si oui, il faut sans doute aller plus loin dans le travail d\u2019\u00e9laboration th\u00e9orique.<br \/>\nOn nous a beaucoup dit depuis dix ans \u00ab vous exag\u00e9rez \u00bb, \u00ab vous ne voyez qu\u2019une seule face de l\u2019\u00e9volution \u00bb, \u00ab vous faites une th\u00e9orie du complot n\u00e9olib\u00e9ral \u00bb, ou m\u00eame \u00ab vous insistez sur l\u2019emprise des logiques marchandes pour mieux d\u00e9fendre l\u2019\u00e9cole traditionnelle et in\u00e9galitaire dont vous \u00eates des partisans honteux \u00bb. Face \u00e0 toutes ces critiques, nous n\u2019avons pas trop \u00e0 rougir de ce qui a \u00e9t\u00e9 fait.<\/p>\n<p>Certes, toutes les transformations des syst\u00e8mes scolaires et de recherche ne rel\u00e8vent pas du n\u00e9olib\u00e9ralisme comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une explication autosuffisante, comme si nous tenions l\u00e0 une sorte de th\u00e9orie ou d\u2019id\u00e9ologie d\u00e9miurgique. Ce qui nous importe est la fa\u00e7on dont les politiques n\u00e9olib\u00e9rales orientent, infl\u00e9chissent, renforcent certaines tendances sociales et \u00e9conomiques. Le fait, par exemple, que la connaissance et l\u2019\u00e9ducation tendent \u00e0 devenir des \u00ab biens privatifs \u00bb s\u2019explique par de multiples facteurs sociologiques et \u00e9conomiques, mais ces tendances sont exploit\u00e9es, syst\u00e9matis\u00e9es, institutionnalis\u00e9es par les politiques n\u00e9olib\u00e9rales. Ce n\u2019est pas \u00ab l\u2019id\u00e9ologie lib\u00e9rale \u00bb qui est donc la cible, mais une certaine rationalit\u00e9 politique qui s\u2019appuie sur des logiques sociales et \u00e9conomiques qui lui sont pour une part ind\u00e9pendantes.<\/p>\n<p>C\u2019est, en r\u00e9fl\u00e9chissant \u00e0 la nature des politiques n\u00e9olib\u00e9rales, que nous pourrons avancer dans la compr\u00e9hension du premier objet que nous nous sommes donn\u00e9s, celui de la transformation de l\u2019\u00e9cole publique en \u00e9cole n\u00e9olib\u00e9rale, un mod\u00e8le d\u2019\u00e9cole qui n\u2019a de l\u00e9gitimit\u00e9 que par rapport au march\u00e9 ; dont le co\u00fbt ne se justifie que pour le service rendu au march\u00e9 ; dont les m\u00e9canismes de fonctionnement, les ressorts humains et subjectifs, les r\u00e9gulations internes empruntent au march\u00e9 leur principe et \u00e0 l\u2019entreprise leur principe et leurs modalit\u00e9s pratiques, dont les objectifs explicites ou implicites sont la diffusion des valeurs de march\u00e9 et de l\u2019entreprise, la conformation des sujets au march\u00e9 et d\u2019abord au march\u00e9 de l\u2019emploi flexible.<br \/>\nEn sens inverse, mais cela demanderait de plus amples d\u00e9veloppements, c\u2019est par la question de l\u2019\u00e9cole et de sa transformation, c\u2019est par l\u2019examen des rapports du n\u00e9olib\u00e9ralisme \u00e0 la connaissance que nous approcherons le mieux la dimension anthropologique du n\u00e9olib\u00e9ralisme, dont l\u2019enjeu principal, en changeant la configuration du lien social, est le changement de la figure du sujet humain.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u2019une des questions cl\u00e9s. L\u2019\u00e9cole est-elle de plus en plus destin\u00e9e \u00e0 jouer ce r\u00f4le strat\u00e9gique de formation, de conformation du sujet de l\u2019int\u00e9r\u00eat, qui est la r\u00e9f\u00e9rence des politiques n\u00e9olib\u00e9rales ?<\/p>\n<p><strong>Un certain nombre de lignes de recherche s\u2019imposeront dans notre travail.<br \/>\n<\/strong><br \/>\nEn premier lieu, il faudra rappeler que ces politiques ne s\u2019imposent pas facilement, dans la parfaite coh\u00e9rence et sans conna\u00eetre de r\u00e9sistance. Elles d\u00e9finissent plut\u00f4t des terrains et des enjeux de lutte. C\u2019est bien d\u2019ailleurs pourquoi, leur analyse est ins\u00e9parable des combats \u00e0 mener. Ces politiques s\u2019appliquent \u00e0 des institutions qui ont une histoire, qui se sont construites dans des phases ant\u00e9rieures \u00e0 la p\u00e9riode n\u00e9olib\u00e9rale. Elles visent des agents sociaux qui sont tr\u00e8s loin de tous adh\u00e9rer aux objectifs, au lexique, aux proc\u00e9d\u00e9s de ces politiques. Elles entrent en contradiction avec des principes et des objectifs consid\u00e9r\u00e9s encore largement comme l\u00e9gitimes : d\u00e9mocratisation de l\u2019\u00e9ducation, citoyennet\u00e9, \u00ab \u00e9galit\u00e9 des chances \u00bb, etc. D\u2019o\u00f9 l\u2019importance pour nous d\u2019examiner les fa\u00e7ons dont ces politiques s\u2019appliquent et les r\u00e9sistances et dysfonctionnements qu\u2019elles rencontrent.<br \/>\nEn deuxi\u00e8me lieu, il faut ouvrir notre angle de vue sur la question du savoir en g\u00e9n\u00e9ral. On peut faire l\u2019hypoth\u00e8se que les mutations que l\u2019on constate dans le domaine de la recherche et de la culture ont les plus \u00e9troits rapports avec ce qui affecte l\u2019\u00e9ducation et rel\u00e8vent d\u2019un m\u00eame \u00ab paradigme \u00bb du savoir.<br \/>\nUn troisi\u00e8me pan de la r\u00e9flexion concernera sans doute l\u2019articulation entre n\u00e9olib\u00e9ralisme et n\u00e9oconservatisme, articulation que l\u2019on voit partout \u00e0 l\u2019oeuvre et d\u2019abord aux Etats-Unis. N\u00e9olib\u00e9ralisme et n\u00e9oconservatisme sont \u00e0 la fois compl\u00e9mentaires et en tension. Nous pouvons faire l\u2019hypoth\u00e8se que l\u2019on assiste au d\u00e9veloppement d\u2019un n\u00e9oconservatisme \u00e0 la fran\u00e7aise, dont l\u2019\u00e9cole est en train de devenir un terrain privil\u00e9gi\u00e9 d\u2019application depuis au moins Luc Ferry. Il s\u2019agit de r\u00e9injecter de fa\u00e7on autoritaire une morale patriotique, nationaliste, traditionaliste, reposant sur le spectacle et l\u2019\u00e9motion, pour recr\u00e9er artificiellement du sens et de la coh\u00e9sion dans une soci\u00e9t\u00e9 atomis\u00e9e par les politiques n\u00e9olib\u00e9rales, en laissant croire que tout le \u00ab mal \u00bb qui affecte la soci\u00e9t\u00e9 et l\u2019\u00e9ducation vient de la contre-culture (Etats-Unis) ou de 68 (France).<\/p>\n<p>Le travail que nous avons encore \u00e0 mener est destin\u00e9 \u00e0 \u00ab \u00e9clairer l\u2019action syndicale \u00bb. Les consid\u00e9rations qui viennent d\u2019\u00eatre faites pourront sembler un peu abstraites au regard des urgences de l\u2019heure. Cependant notre conviction, et le pass\u00e9 ne nous a pas donn\u00e9 enti\u00e8rement tort sur ce point, est que la lutte suppose plus que jamais un cadre d\u2019analyse d\u2019ensemble. Ce dont ont besoin des \u00ab acteurs collectifs \u00bb, c\u2019est d\u2019abord d\u2019une conception la plus compl\u00e8te et solide des \u00e9volutions en cours, d\u2019une compr\u00e9hension des relations entre ce qu\u2019ils vivent et per\u00e7oivent sur le terrain professionnel et social et les tendances g\u00e9n\u00e9rales de la transformation des soci\u00e9t\u00e9s.<br \/>\nC\u2019est en produisant ce cadre g\u00e9n\u00e9ral d\u2019analyse \u00e0 partir de nos travaux respectifs que nous pourrons apporter une aide pratique aux acteurs syndicaux de terrain. C\u2019est d\u2019autant plus vrai que les changements en cours s\u2019op\u00e8rent par \u00ab tranches \u00bb successives , que les r\u00e9formes ou mesures n\u2019apparaissent pas toujours ob\u00e9ir \u00e0 un plan d\u2019ensemble, que l\u2019objectif final au fond reste dans le plus grand flou.<\/p>\n<p><em>24 Octobre 2007<\/em><\/p>\n<p><strong>Notes<\/strong><\/p>\n<p>1. Non pas unique car le n\u00e9olib\u00e9ralisme ne se con\u00e7oit pas sans rapport avec les nouvelles formes du capitalisme, avec la mondialisation, mais aussi avec les transformations des rapports sociaux, du lien social, des subjectivit\u00e9s.<\/p>\n<p>2. Cf. sur ce point l\u2019analyse de Pierre Bourdieu, \u00ab Contre la politique de d\u00e9politisation \u00bb, in Contre-feux 2, Raisons d\u2019agir, 2000.<\/p>\n<p>3. L\u2019expression est plac\u00e9e entre guillemets. Il va de soi que la rationalisation de type instrumental, ob\u00e9issant \u00e0 des logiques d\u2019efficacit\u00e9 et de rentabilit\u00e9, \u00e9tait ins\u00e9parable pour Weber de \u00ab l\u2019esprit du capitalisme \u00bb.<\/p>\n<p>4. Les partisans de cette optique \u00ab w\u00e9b\u00e9rienne \u00bb, soucieux de \u00ab d\u00e9mocratie \u00bb, de \u00ab complexit\u00e9 \u00bb, de \u00ab diversit\u00e9 \u00bb autant que de \u00ab neutralit\u00e9 axiologique \u00bb, semblent croire parfois que l\u2019application du paradigme n\u00e9olib\u00e9ral va contribuer \u00e0 l\u2019av\u00e8nement de l\u2019\u00e9cole d\u00e9mocratique. On trouvera une bonne illustration de cette pente chez Denis Meuret, dans son introduction \u00e0 Gouverner l\u2019\u00e9cole, PUF, 2007.<\/p>\n<p>5. Il suffit de renvoyer ici aux passages c\u00e9l\u00e8bres de Hegel dans la Philosophie du droit, ou de Marx dans La question juive ou encore de Weber sur l\u2019\u00e9thique de la bureaucratie dans \u00c9conomie et soci\u00e9t\u00e9. Dans le \u00ab vieux monde \u00bb du XIXe si\u00e8cle, existait une division entre l\u2019Etat et le march\u00e9 (ou \u00ab soci\u00e9t\u00e9 civile bourgeoise \u00bb), qui fondait la dualit\u00e9 entre logique du citoyen et logique du marchand. Cette dualit\u00e9 s\u2019effondre quand toute l\u2019action gouvernementale est r\u00e9gie par une logique d\u2019efficacit\u00e9 productive mesur\u00e9e selon des proc\u00e9dures d\u00e9calqu\u00e9es du management de l\u2019entreprise et lorsque le sujet de r\u00e9f\u00e9rence n\u2019est plus le citoyen mais le client ou l\u2019entrepreneur.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le texte qui suit cherche \u00e0 faire appara\u00eetre les lignes de force des analyses et enqu\u00eates qui ont \u00e9t\u00e9 jusqu&#8217;ici produites sur les politiques n\u00e9olib\u00e9rales dans le domaine \u00e9ducatif.  Il insiste sur le caract\u00e8re multiple voire disparate des travaux, des approches  et des objets. 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