{"id":68,"date":"2002-07-25T00:00:00","date_gmt":"2002-07-24T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.asblonweb.be\/APED\/CM\/?p=68"},"modified":"2002-07-25T00:00:00","modified_gmt":"2002-07-24T23:00:00","slug":"linstit-sous-un-vernis-humaniste","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/2002\/07\/25\/linstit-sous-un-vernis-humaniste\/","title":{"rendered":"&#8220;L&#8217;Instit&#8221; : sous un vernis humaniste &#8230;"},"content":{"rendered":"<p><strong>Premier acte : logorrh\u00e9e sarcastique<\/strong><\/p>\n<p>Alors voil\u00e0, c&#8217;est l&#8217;histoire d&#8217;un instituteur, la cinquantaine s\u00e9millante, qui sillonne, d&#8217;int\u00e9rim en int\u00e9rim, la douce France des cartes postales. Plus comp\u00e9tent et motiv\u00e9 que lui, tu meurs. A-t-il commis une faute professionnelle dans sa pr\u00e9c\u00e9dente carri\u00e8re de juge de la jeunesse ? Que sont devenues sa femme et sa fille ? Toujours est-il que Victor Novak &#8211; c&#8217;est son nom &#8211; vit seul, porte en son coeur une sourde douleur et semble en qu\u00eate de r\u00e9demption. De la vraie bonne \u00e9paisseur psychologique, \u00e7a madame. Psychologie de comptoir, certes, mais indispensable dans ce genre de s\u00e9rie t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e.<br \/>\nNe posant jamais longtemps ses valises, r\u00e9duites au strict n\u00e9cessaire &#8211; il se d\u00e9place \u00e0 moto -, l&#8217;Instit vole de probl\u00e8me de soci\u00e9t\u00e9 en probl\u00e8me de soci\u00e9t\u00e9. Ici, le p\u00e8re d&#8217;un de ses prot\u00e9g\u00e9s est SDF, l\u00e0, il sort de prison. Ici, il compte parmi ses \u00e9l\u00e8ves des enfants de la Ddass. L\u00e0, ils se font racketter. Ailleurs, c&#8217;est le pass\u00e9 &#8211; collaboration, r\u00e9sistance &#8211; qui fait peser un lourd climat. Mais rassurez-vous, citoyens \u00e0 l&#8217;\u00e2me sensible, notre Superman p\u00e9dagogique va vous r\u00e9gler tout \u00e7a vite fait. Novak va se multiplier, interc\u00e9der, jouer entre les lignes, aller au charbon, au four et au moulin. D&#8217;abord, sans conteste, c&#8217;est un instit comp\u00e9tent, \u00e0 l&#8217;aise dans toutes les mati\u00e8res, p\u00e9dagogue acquis aux m\u00e9thodes actives, of course, excursions, \u00e9tude du milieu, pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre, tout y passe. Et puis, il est \u00e0 l&#8217;\u00e9coute des enfants &#8211; et des parents, et de tout le village -, comme dirait un de mes chers coll\u00e8gues &#8220;au service de la jeunesse 24 heures sur 24&#8221;, avec le sourire s&#8217;il vous pla\u00eet, trouvant toujours le mot juste, celui qui fait mouche.<br \/>\nFinies les pr\u00e9sentations, passons aux choses s\u00e9rieuses.<\/p>\n<p><strong>Deuxi\u00e8me acte : critique id\u00e9ologique<\/strong><\/p>\n<p>Les afficionados de l&#8217;Instit, Victor Novak, et de son interpr\u00e8te, G\u00e9rard Klein, vous diront que j&#8217;ai tout faux avec ma critique. Que leur s\u00e9rie ch\u00e9rie rend un vibrant hommage \u00e0 la glorieuse profession d&#8217;enseignant, si injustement malmen\u00e9e ces derniers temps. Que l&#8217;Instit, c&#8217;est vraiment un chic type, profond\u00e9ment humain. Que la s\u00e9rie fait un v\u00e9ritable travail d&#8217;\u00e9ducation \u00e0 la citoyennet\u00e9 humaniste. Qu&#8217;elle exalte les vertus de la tol\u00e9rance et de la fraternit\u00e9.<br \/>\nA y regarder de plus pr\u00e8s, pourtant, permettez-moi d&#8217;insister, il lui rend un bien mauvais service, \u00e0 notre noble m\u00e9tier comme \u00e0 la perception que l&#8217;on doit avoir du monde dans lequel nous vivons. Voici en effet une s\u00e9rie t\u00e9l\u00e9 qui cr\u00e9e et entretient dans l&#8217;esprit du grand public &#8211; diffus\u00e9e en prime time (apr\u00e8s le journal), elle est rediffus\u00e9e \u00e0 de nombreuses reprises &#8211; l&#8217;id\u00e9e qu&#8217;il suffit, pour r\u00e9soudre les probl\u00e8mes dont souffre la soci\u00e9t\u00e9, que les enseignants y mettent un peu de bonne volont\u00e9. Enseignants, vous vous plaignez du manque de moyens, vous revendiquez des hausses de salaire, un all\u00e9gement de votre charge, des classes moins nombreuses ? Vous pr\u00e9tendez que les probl\u00e8mes que connaissent les enfants qui vous sont confi\u00e9s sont plus complexes qu&#8217;on ne le croit ? Que les causes profondes du malaise qui taraude l&#8217;Ecole pourraient bien \u00eatre sociales, \u00e9conomiques et politiques ? Eh bien non ! Voyez l&#8217;Instit ! Il obtient des r\u00e9sultats remarquables ! Sans j\u00e9r\u00e9miades ! Il s&#8217;adapte, lui ! Il mord sur sa chique ! Et gningningnin et gningningnin &#8230; Comme sa consoeur Madame la Proviseur, ou, dans d&#8217;autres &#8220;services au public&#8221;, le docteur Sylvestre, les commissaires Julie Lescaut et Navarro, une Femme d&#8217;honneur, la Kin\u00e9, les Monos, la Juge-est-une femme, et j&#8217;en passe, l&#8217;Instit apporte de l&#8217;eau au moulin des &#8220;n&#8217;y-a-qu&#8217;\u00e0-faut-qu&#8217;on&#8221; qui croient qu&#8217;il suffirait aux travailleurs sociaux &#8211; et aux parents de nos ch\u00e8res t\u00eates blondes &#8211; de se secouer un peu et d&#8217;\u00e9couter les jeunes pour qu&#8217;automatiquement ceux-ci (re)trouvent le chemin lumineux de l&#8217;\u00e9panouissement, de la curiosit\u00e9 de savoir et du go\u00fbt de l&#8217;\u00e9tude. C&#8217;est oublier un peu vite que pour travailler comme Novak, il faudrait au bas mot des journ\u00e9es de 48 heures &#8230; et qu&#8217;il n&#8217;est pas donn\u00e9 \u00e0 tout le monde d&#8217;\u00eatre \u00e0 la fois brillant p\u00e9dagogue, \u00e9ducateur, animateur, m\u00e9diateur, psychologue, sportif, etc. Et que m\u00eame si par miracle c&#8217;\u00e9tait le cas, les difficult\u00e9s rencontr\u00e9es par les enseignants ont des sources tellement multiples qu&#8217;elles ne se r\u00e8glent pas d&#8217;un coup de cuiller \u00e0 pot. Qu&#8217;elles ne peuvent en tout cas pas se r\u00e9gler sans remettre en question, ne serait-ce que partiellement, la structure de la soci\u00e9t\u00e9 et de l&#8217;Ecole. La lecture strictement psychologisante que fait cette s\u00e9rie des crises de l&#8217;enfance &#8211; les probl\u00e8mes sont syst\u00e9matiquement pr\u00e9sent\u00e9s comme relevant d&#8217;un manque de communication &#8211; refl\u00e8te bien la pens\u00e9e actuellement dominante, mais ne r\u00e9siste pas \u00e0 la moindre \u00e9tude s\u00e9rieuse. G\u00e9rard Klein lui-m\u00eame, d&#8217;ailleurs, n&#8217;est pas dupe puisqu&#8217;il reconna\u00eet que &#8220;depuis le d\u00e9but de la s\u00e9rie en 1993, les instituteurs (lui) \u00e9crivent que cela ne se passe pas comme \u00e7a en r\u00e9alit\u00e9. Evidemment, l&#8217;Instit, ce n&#8217;est pas la r\u00e9alit\u00e9. C&#8217;est une fiction d&#8217;une heure et demie. Comme Zorro en quelque sorte.&#8221; (1) Mais alors, pourquoi accepte-t-il de jouer dans une s\u00e9rie qui, pour pr\u00e9senter un chatoyant vernis d&#8217;humanisme r\u00e9publicain &#8211; il se chuchote que l&#8217;id\u00e9e aurait \u00e9t\u00e9 souffl\u00e9e par Mitterrand himself, via son beauf&#8217; Roger Hanin, tous deux &#8220;progressistes&#8221;, au r\u00e9alisateur de la s\u00e9rie Navarro &#8211; n&#8217;en est pas moins radicalement conservatrice. Je m&#8217;explique : cet instit, c&#8217;est quand m\u00eame une sorte d&#8217;incarnation du fantasme de tout patron qui se respecte. Un travailleur sans attache, disponible, flexible, qui compense par son abn\u00e9gation de bon petit soldat les ravages sociaux d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 scandaleusement duale sans jamais mettre ses responsables en cause. Un r\u00eave pour le pouvoir, cet Instit, je vous dis.<\/p>\n<p><strong>Troisi\u00e8me acte : une autre optique<\/strong><\/p>\n<p>Une suggestion : si ce n&#8217;est d\u00e9j\u00e0 fait, osez quelque chose de diff\u00e9rent. Par exemple, nous avons pr\u00e9f\u00e9r\u00e9, et de loin, un autre instituteur, celui que campe un Philippe Torreton \u00e9patant dans &#8220;Ca commence aujourd&#8217;hui&#8221;, le film de Tavernier. M\u00eame si la fin nous d\u00e9\u00e7oit &#8211; quelques pots de couleur, une f\u00eate multiculturelle et tout resplendit, ben tiens -, l&#8217;instituteur-directeur se coltine les difficult\u00e9s insolubles d&#8217;une \u00e9cole maternelle de la banlieue de Valenciennes, en plein marasme \u00e9conomique et social. Il essaie, r\u00e9ussit des choses, en rate d&#8217;autres, pousse des coups de gueule, c\u00e8de au d\u00e9couragement. Ici, sans la moindre ambigu\u00eft\u00e9, dans l&#8217;urgence, le cin\u00e9aste met son art au service d&#8217;un cri d&#8217;alarme lanc\u00e9 au public, en g\u00e9n\u00e9ral, et aux politiques, en particulier : les ravages des politiques &#8220;n\u00e9olib\u00e9rales&#8221; men\u00e9es depuis 1980 sont insoutenables d\u00e8s l&#8217;\u00e9cole maternelle, chapeau aux enseignants qui tentent de prendre les probl\u00e8mes \u00e0 bras le corps, mais, sans un renversement des priorit\u00e9s \u00e9conomiques, sociales et scolaires, \u00e7a ne suffira pas. Et \u00e7a commence aujourd&#8217;hui &#8230;<\/p>\n<p>(1) Le Matin, 07\/04\/00<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Premier acte : logorrh\u00e9e sarcastique Alors voil\u00e0, c&#8217;est l&#8217;histoire d&#8217;un instituteur, la cinquantaine s\u00e9millante, qui sillonne, d&#8217;int\u00e9rim en int\u00e9rim, la douce France des cartes postales. Plus comp\u00e9tent et motiv\u00e9 que lui, tu meurs. 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