{"id":668,"date":"2007-07-28T20:20:03","date_gmt":"2007-07-28T19:20:03","guid":{"rendered":"http:\/\/www.asblonweb.be\/APED\/CM\/?p=668"},"modified":"2020-11-15T20:48:17","modified_gmt":"2020-11-15T19:48:17","slug":"de-steinbeck-a-mordillat","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/2007\/07\/28\/de-steinbeck-a-mordillat\/","title":{"rendered":"De Steinbeck &#8230; \u00e0 Mordillat"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Plus de soixante-cinq ans s\u00e9parent les deux romans dont il sera question ici. Mais c&#8217;est une m\u00eame col\u00e8re qui s&#8217;y exprime, celle de travailleurs face \u00e0 l&#8217;injustice qui leur est faite. Des travailleurs priv\u00e9s de leur gagne-pain et qui luttent pour survivre. Deux lectures utiles \u00e0 plus d&#8217;un titre pour nous-m\u00eames comme pour les \u00e9tudiants.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-667\" src=\"http:\/\/www.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2007\/07\/arton404.jpg\" width=\"500\" height=\"500\" srcset=\"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2007\/07\/arton404.jpg 500w, https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2007\/07\/arton404-150x150.jpg 150w, https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2007\/07\/arton404-300x300.jpg 300w, https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2007\/07\/arton404-420x420.jpg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/p>\n<h2>John Steinbeck<\/h2>\n<p>A tout seigneur, tout honneur. Steinbeck signe, en 1939, un authentique chef-d&#8217;\u0153uvre, devenu depuis lors un classique de la litt\u00e9rature (apr\u00e8s avoir fait scandale dans les milieux bien-pensant) : <em>Les raisins de la col\u00e8re<\/em> (disponible en Folio n\u00b083, 639 p.). Il y raconte la descente aux enfers de la famille Joad, chass\u00e9e de sa ferme par la volont\u00e9 de propri\u00e9taires bien d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 rentabiliser au maximum leurs terres en acc\u00e9l\u00e9rant la m\u00e9canisation des cultures. C&#8217;en est fini des petites exploitations tenues par de modestes m\u00e9tayers. Les Joad s&#8217;en vont rejoindre sur la route les milliers de familles qui partagent leur sort.<br \/>\nAlternant des chapitres d\u00e9crivant la \u00ab grande d\u00e9pression \u00bb am\u00e9ricaine des ann\u00e9es &#8217;30 et le sort d&#8217;une famille en particulier, Steinbeck rend un vibrant hommage au courage et \u00e0 la solidarit\u00e9 des travailleurs et dresse un portrait f\u00e9roce des grands propri\u00e9taires et autres capitalistes.<br \/>\nL&#8217;\u00e9criture et la construction du roman sont remarquables. Aussi bien les descriptions minutieuses que les dialogues plongent le lecteur au c\u0153ur de cette terrible \u00e9poque (pour compl\u00e9ter la lecture, pensez au film \u00e9ponyme de John Ford, r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 peine un an plus tard, et aux photos de Dorothea Lange, qui a fix\u00e9 sur la pellicule cette page de l&#8217;histoire am\u00e9ricaine avec beaucoup d&#8217;humanit\u00e9).<br \/>\nLe roman de Steinbeck est bien s\u00fbr sous-tendu par les convictions de l&#8217;auteur, sa critique du capitalisme et sa foi en la solidarit\u00e9 et en l&#8217;organisation collective.<\/p>\n<p>Vous retrouverez ces qualit\u00e9s dans un roman fran\u00e7ais tout r\u00e9cent. Son auteur, G\u00e9rard Mordillat, ne fait d&#8217;ailleurs pas myst\u00e8re de cette filiation : \u00ab <em>Je voulais saluer la grande tradition populaire du roman fran\u00e7ais, de Hugo \u00e0 Zola. M\u00eame si je me sens plus proche du roman social am\u00e9ricain, de Steinbeck \u00e0 Dos Passos. Dans Les Vivants et les Morts, comme dans leurs romans, tout passe \u00e0 travers ce que font les personnages. Je ne suis pas sur le terrain de l&#8217;introspection psychologique, mais sur le terrain de l&#8217;action. C&#8217;est mon c\u00f4t\u00e9 am\u00e9ricain.<\/em>\u00bb (T\u00e9l\u00e9rama, 22 janvier 2005).<\/p>\n<h2>G\u00e9rard Mordillat<\/h2>\n<p><em>Les Vivants et les Morts<\/em>, Calmann-L\u00e9vy, 2004 (disponible en Livre de Poche, n\u00b0 30497, 829 pages)<\/p>\n<p>\u00c7a d\u00e9marre sur les chapeaux de roues : dans une petite ville du Nord de la France, les \u00e9l\u00e9ments se d\u00e9cha\u00eenent et les pluies diluviennes menacent l&#8217;usine Plastikos, une usine de fibre plastique, plus famili\u00e8rement appel\u00e9e la Kos. C&#8217;est l&#8217;usine de Rudi. Avec ses coll\u00e8gues de l&#8217;\u00e9quipe de maintenance, il se bat contre les flots et fr\u00f4le la mort pour \u00ab sauver l&#8217;outil \u00bb. Car la Kos, c&#8217;est le c\u0153ur de la ville, c&#8217;est elle qui fait vivre presque tout le monde ici. Et il y a de la restructuration dans l&#8217;air.<\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9paisseur de l&#8217;ouvrage ne doit effaroucher personne : Mordillat a d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment choisi un registre d\u00e9pouill\u00e9 (on dirait que \u00e7a rel\u00e8ve d&#8217;un parti pris, \u00e9crire un roman-fleuve populaire). Les chapitres, tr\u00e8s brefs, se succ\u00e8dent \u00e0 un rythme effr\u00e9n\u00e9 et vous tiennent en haleine de bout en bout. Les personnages sont particuli\u00e8rement attachants et l&#8217;intensit\u00e9 dramatique de leur histoire va crescendo jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;\u00e9pique affrontement final.<br \/>\nVous l&#8217;aurez compris, voil\u00e0 un roman social, \u00e0 des ann\u00e9es-lumi\u00e8re des canons de la mode litt\u00e9raire nombriliste actuelle. Une fen\u00eatre ouverte sur un monde ouvrier confront\u00e9 \u00e0 un capitalisme insaisissable et \u00e0 ses acolytes industriels, politiques, m\u00e9diatiques et policiers. Une \u00ab classe ouvri\u00e8re \u00bb escamot\u00e9e par les actualit\u00e9s, qui parlent d\u00e9sormais de \u00ab partenaires sociaux \u00bb, et par les patrons, qui pr\u00e9f\u00e8rent &#8211; et l&#8217;on comprend le profit qu&#8217;ils en tirent- parler de leurs \u00ab collaborateurs \u00bb. A contre-courant, Mordillat s&#8217;int\u00e9resse \u00ab aux voix tues, aux voix \u00e9touff\u00e9es, aux voix interdites \u00bb. Pour lui, la classe ouvri\u00e8re existe toujours bel et bien, et son rapport conflictuel avec les d\u00e9tenteurs du capital et le patronat tout autant. L&#8217;Histoire n&#8217;est pas finie, contrairement \u00e0 ce que voudraient croire (et nous faire croire) ceux \u00e0 qui profite le crime.<br \/>\nCe n&#8217;est pourtant pas un ouvrage militant que je vous recommande. Du moins pas au sens p\u00e9joratif du terme. Rien de pontifiant, de dogmatique ou de manich\u00e9en, ici.<br \/>\nAu c\u0153ur de l&#8217;histoire, il y a un jeune couple, Rudi et Dallas. De l&#8217;amour, beaucoup d&#8217;amour. De la passion, des trahisons et des l\u00e2chet\u00e9s aussi. Ils ont un enfant, bient\u00f4t deux, ils viennent d&#8217;acheter une maison dans un nouveau lotissement \u00e0 la lisi\u00e8re de la ville et vont \u00eatre plong\u00e9s dans des difficult\u00e9s qui ressemblent de plus en plus \u00e0 une noyade. Pas moins d&#8217;une cinquantaine de personnages gravitent autour d&#8217;eux. Tous parfaitement camp\u00e9s par l&#8217;\u00e9crivain. Une communaut\u00e9. Avec ses solidarit\u00e9s. Ses luttes. Ses doutes. Ses conflits.<br \/>\nComme son illustre mod\u00e8le am\u00e9ricain, Mordillat r\u00e9ussit \u00e0 mettre deux fers au feu. D&#8217;une part, il passe au vitriol ceux qui se trouvent du c\u00f4t\u00e9 o\u00f9 il fait bon vivre, celui du profit. Il d\u00e9crit avec minutie leurs strat\u00e9gies manipulatrices et la \u00ab m\u00e9canique \u00bb qui conduit la ville au sinistre : restructuration, concentration, d\u00e9localisation, rachat, fermeture &#8230; Au c\u0153ur du conflit, les diff\u00e9rentes positions syndicales, des plus radicales aux plus dociles, en passant par les pragmatiques, sont parfaitement rendues. D&#8217;autre part, l&#8217;\u00e9crivain nous fait vivre l&#8217;histoire au travers de quelques destins particuliers pris dans la tourmente.<br \/>\nEn interview, il nous livre encore cette cl\u00e9 : \u00ab <em>Je suis parti de la r\u00e9flexion suivante : l&#8217;\u00e9cart est de plus en plus grand entre riches et pauvres. Gr\u00e2ce aux luttes sociales men\u00e9es jusqu&#8217;ici, il est \u00ab acceptable \u00bb en France. Mais jusqu&#8217;\u00e0 quand ? Les \u00ab vivants \u00bb, m\u00eame s&#8217;ils sont de plus en plus minoritaires, sont pour moi ceux qui sont capables de dire non au capitalisme, au lib\u00e9ralisme galopant ; car il n&#8217;y a pas qu&#8217;une seule lecture possible de l&#8217;\u00e9conomie et du social&#8230; Ceux qui ne disent pas non sont morts&#8230; Les Vivants et les Morts se termine par : \u00ab Ils endurent \u00bb. J&#8217;aime ce verbe \u00ab endurer \u00bb ; il dit la duret\u00e9 de la situation, mais il dit aussi la dur\u00e9e. Autrement dit, c&#8217;est dur, mais il ne faut pas renoncer. On peut dire non \u00e0 la mondialisation. Ce n&#8217;est pas parce que les choses sont in\u00e9luctables qu&#8217;il faut renoncer \u00e0 lutter contre.<\/em> \u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Plus de soixante-cinq ans s\u00e9parent les deux romans dont il sera question ici. 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