{"id":666,"date":"2007-06-21T22:38:39","date_gmt":"2007-06-21T21:38:39","guid":{"rendered":"http:\/\/www.asblonweb.be\/APED\/CM\/?p=666"},"modified":"2007-06-21T22:38:39","modified_gmt":"2007-06-21T21:38:39","slug":"en-finir-avec-le-professionnel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/2007\/06\/21\/en-finir-avec-le-professionnel\/","title":{"rendered":"En finir avec le professionnel"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Et si, au lieu de chercher comment les cours g\u00e9n\u00e9raux pourraient accomplir des miracles dans les sections professionnelles, la question \u00e0 poser \u00e9tait plut\u00f4t : quand va-t-on enfin se d\u00e9cider \u00e0 supprimer cette fili\u00e8re d&#8217;enseignement ? Certes, le propos para\u00eetra provocant, mais laissez au moins un d\u00e9j\u00e0 vieux \u00ab pro \u00bb du \u00ab pro (fessionnel) \u00bb (1) vous exposer le \u00ab pourquoi \u00bb d&#8217;une telle conviction &#8230; et l&#8217;alternative qu&#8217;il propose avec son association, l&#8217;APED (2).<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-665\" src=\"http:\/\/www.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2007\/06\/arton403.jpg\" width=\"135\" height=\"111\" \/><\/p>\n<h2>Le professionnel, pour quoi faire ?<\/h2>\n<p>Tout, dans ce d\u00e9bat, d\u00e9pend de ce que vous attendez de l&#8217;\u00e9cole professionnelle. Si vous lui demandez de faire -des jeunes exclus des fili\u00e8res g\u00e9n\u00e9rales et techniques- des ex\u00e9cutants (au boulot) et des consommateurs lobotomis\u00e9s (hors boulot), alors, surtout, ne changez rien : la Belgique peut s&#8217;enorgueillir de tr\u00f4ner sur la plus haute marche du classement des pays industrialis\u00e9s (OCDE) en mati\u00e8re d&#8217;in\u00e9galit\u00e9 scolaire, et bon nombre des jeunes fr\u00e9quentant le professionnel r\u00e9pondent \u00e0 vos attentes.<br \/>\nSi, par contre, comme l&#8217;auteur de ces lignes, vous voulez voir ces jeunes devenir des adultes capables de comprendre le monde &#8211; de plus en plus complexe &#8211; dans lequel ils vivent, et aptes \u00e0 participer, comme citoyens \u00e0 part enti\u00e8re, aux choix cruciaux auxquels ce monde est confront\u00e9, alors, il est urgent d&#8217;arr\u00eater de se voiler la face&#8230;<br \/>\nLes enqu\u00eates internationales ont suffisamment mesur\u00e9 ce que nous savions d\u00e9j\u00e0 : les \u00e9l\u00e8ves sortant du professionnel &#8211; et pensons aussi \u00e0 ceux qui en d\u00e9crochent &#8211; n&#8217;ont ni les connaissances ni les comp\u00e9tences qui permettent de comprendre le monde (compr\u00e9hension \u00e0 la lecture et \u00e0 l&#8217;audition, connaissances math\u00e9matiques, scientifiques, polytechniques, linguistiques, historiques, g\u00e9ographiques, artistiques et philosophiques). Pas plus qu&#8217;ils ne peuvent se d\u00e9fendre individuellement et collectivement (penser de mani\u00e8re coh\u00e9rente, synth\u00e9tiser, prendre position, se r\u00e9unir, s&#8217;organiser, s&#8217;exprimer, communiquer et cr\u00e9er).<\/p>\n<h2>La catastrophe scolaire belge et ses causes<\/h2>\n<p>Une statistique, une seule, en exemple : au test en lecture de l&#8217;enqu\u00eate PISA 2000, en Communaut\u00e9 fran\u00e7aise de Belgique, 12,3 % des jeunes se situent en dessous du niveau 1 (ils r\u00e9ussissent moins de 50 % des t\u00e2ches de lecture de niveau 1). Si l&#8217;on y ajoute les 15,9 % de jeunes relevant de ce niveau 1 (textes courts, simples, familiers, ne requ\u00e9rant pas de processus de compr\u00e9hension exigeant), cela nous fait &#8211; au bas mot, car le niveau 2 (20 % des jeunes) est aussi d\u00e9pourvu de v\u00e9ritable complexit\u00e9 &#8211; un bon tiers de la population test\u00e9e incapable de tirer profit de l&#8217;\u00e9crit. Tout qui a fr\u00e9quent\u00e9 une classe de 3e ou 4e professionnelle (parfois m\u00eame du troisi\u00e8me degr\u00e9) aura v\u00e9rifi\u00e9 cette r\u00e9alit\u00e9 : des \u00e9l\u00e8ves qui en sont encore \u00e0 une laborieuse lecture de d\u00e9chiffrement, sans v\u00e9ritable compr\u00e9hension. Dans le domaine des math\u00e9matiques, ces m\u00eames jeunes butent sur la moindre d\u00e9cimale dans les quatre op\u00e9rations ou ne parviennent pas \u00e0 \u00e9tablir le rapport entre fractions et pourcentages. Comment, dans de telles conditions, comprendre ne fut-ce que les informations -pourtant bien pauvres- d&#8217;un journal, fut-il \u00e9crit ou t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 ?<br \/>\nLa comparaison des donn\u00e9es statistiques internationales nous \u00e9claire sur les causes de ce que l&#8217;on peut appeler la catastrophe scolaire belge (3) : les pays qui pr\u00e9sentent la plus grande in\u00e9galit\u00e9 sociale \u00e0 l&#8217;\u00e9cole sont ceux qui organisent cette s\u00e9gr\u00e9gation par des fili\u00e8res hi\u00e9rarchis\u00e9es, par la mise en place de m\u00e9canismes de march\u00e9 scolaire et par un sous-financement de l&#8217;enseignement fondamental. Notre pays cumule ces trois \u00ab qualit\u00e9s \u00bb et ne doit donc pas s&#8217;\u00e9tonner de ses r\u00e9sultats. Autrement dit, les \u00e9carts abyssaux, entre les \u00e9l\u00e8ves les plus \u00ab performants \u00bb et les plus \u00ab faibles \u00bb, se creusent de trois fa\u00e7ons. Un. La Belgique consacre trop peu de moyens \u00e0 son enseignement fondamental : il y a trop peu d&#8217;enseignants pour accompagner les premiers pas des enfants dans les apprentissages de base, les classes sont surpeupl\u00e9es, bon nombre d&#8217;enfants d\u00e9crochent d\u00e8s le plus jeune \u00e2ge. Deux. Les enfants sont s\u00e9par\u00e9s tr\u00e8s t\u00f4t en fili\u00e8res tr\u00e8s in\u00e9gales. Alors que certains passent plus de 30 heures\/semaine \u00e0 approfondir les cours g\u00e9n\u00e9raux, d&#8217;autres en sont r\u00e9duits \u00e0 revoir p\u00e9niblement le b.a.-ba dans des classes de laiss\u00e9s-pour-compte. Trois. Les \u00e9coles belges forment une sorte de march\u00e9, puisqu&#8217;elles sont en concurrence. Les subsides et les emplois d\u00e9pendant directement du nombre d&#8217;\u00e9l\u00e8ves inscrits, les parents \u00e9tant \u00ab libres \u00bb de choisir l&#8217;\u00e9cole o\u00f9 ils inscrivent leur enfant, nous assistons \u00e0 une stratification des \u00e9tablissements, certains devenant des ghettos pour riches, et d&#8217;autres des ghettos pour pauvres.<br \/>\nC&#8217;est la conjonction de ces trois m\u00e9canismes, et non un seul d&#8217;entre eux, qui fait de notre pays celui qui rel\u00e8gue et exclut le plus durement les jeunes qui n&#8217;ont pas eu la chance de \u00ab bien \u00bb na\u00eetre, ceux pour qui, justement, l&#8217;\u00e9cole devrait \u00eatre le lieu privil\u00e9gi\u00e9 de l&#8217;\u00e9mancipation.<\/p>\n<h2>Vers l&#8217;\u00e9cole commune<\/h2>\n<p>Ce que nous proposons, ce n&#8217;est rien d&#8217;autre que de rompre radicalement avec le syst\u00e8me actuel, de prendre le contre-pied de chacune de ses tares. Sans nous perdre dans le d\u00e9tail d&#8217;un programme que vous pouvez lire par ailleurs (4), en voici les grandes lignes, ou du moins celles qui r\u00e9pondent \u00e0 l&#8217;aberration du secondaire professionnel.<br \/>\nNous voulons aller vers une \u00e9cole commune, pour tous les enfants, de 6 \u00e0 15 ans. Une \u00e9cole \u00e0 la fois g\u00e9n\u00e9rale et polytechnique. Toute forme de sp\u00e9cialisation professionnelle en est exclue. Elle se fera apr\u00e8s 16 ans, dans de bien meilleures conditions, avec des jeunes plus m\u00fbrs et ma\u00eetrisant les bases g\u00e9n\u00e9rales (les professeurs de cours techniques et pratiques n&#8217;observent-ils pas que le principal handicap de leurs \u00e9l\u00e8ves r\u00e9side dans des lacunes math\u00e9matiques et linguistiques ?).<br \/>\nBien entendu, cette \u00ab r\u00e9volution \u00bb ne peut \u00eatre g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e du jour au lendemain : les jeunes qui fr\u00e9quentent aujourd&#8217;hui le premier degr\u00e9 diff\u00e9renci\u00e9 ne peuvent pas suivre un tronc commun. Il faut donc d&#8217;abord \u00ab mettre le paquet \u00bb dans le fondamental : r\u00e9duction de la taille des classes, engagement vraiment massif d&#8217;instituteurs, syst\u00e8mes de rem\u00e9diation et d&#8217;aide scolaire, etc. La r\u00e9forme avance d&#8217;ann\u00e9e en ann\u00e9e pour se mettre en place en dix ans.<br \/>\nOn l&#8217;a vu plus haut, la mixit\u00e9 sociale est une des trois conditions pour atteindre nos objectifs. Il s&#8217;agit d\u00e8s lors de casser les m\u00e9canismes de s\u00e9gr\u00e9gation. Par cons\u00e9quent, de briser deux tabous typiquement belges : la libert\u00e9 de choix des parents et la concurrence entre r\u00e9seaux. Nous proposons d&#8217;affecter les \u00e9l\u00e8ves \u00e0 une \u00e9cole d\u00e9termin\u00e9e selon leur domicile et -diff\u00e9rence par rapport \u00e0 la carte scolaire fran\u00e7aise- le revenu de leurs parents. Ce qui implique un d\u00e9coupage g\u00e9ographique du territoire en zones socialement mixtes, assez r\u00e9alisable en Belgique, vu sa densit\u00e9 de population. Par ailleurs, nous en appelons \u00e0 un r\u00e9seau unique, forc\u00e9ment public.<br \/>\nHormis ces r\u00e9formes de structure, nous voulons rendre l&#8217;\u00e9cole plus humaine par une  ouverture aux activit\u00e9s artistiques, sportives et associatives ; par une lib\u00e9ration de l&#8217;initiative p\u00e9dagogique (\u00e0 condition d&#8217;atteindre les objectifs) ; par une guidance et une aide scolaire plus proches de chaque enfant (rattrapages, \u00e9tudes dirig\u00e9es, centres de documentation, cours acc\u00e9l\u00e9r\u00e9s pour les enfants primo arrivants, etc.).<\/p>\n<h2>Mais vous \u00eates fous !<\/h2>\n<p>Oh  non ! Nos propositions n&#8217;ont rien de r\u00e9volutionnaire : la plupart des pays europ\u00e9ens ont des syst\u00e8mes bien moins lib\u00e9raux et in\u00e9galitaires que le n\u00f4tre. Et les pays scandinaves atteignent des r\u00e9sultats qui parlent d&#8217;eux-m\u00eames. Qu&#8217;est-ce qui nous interdit d&#8217;\u00e9valuer leurs exp\u00e9riences et de les am\u00e9liorer ? Et puis, a contrario, qu&#8217;y a-t-il de r\u00e9aliste \u00e0 croire que le dispositif belge actuel a la moindre chance de \u00ab pr\u00e9parer tous les \u00e9l\u00e8ves \u00e0 \u00eatre des citoyens responsables, capables de contribuer au d\u00e9veloppement d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, solidaire, pluraliste et ouverte aux autres cultures \u00bb, pour ne citer que cet objectif-l\u00e0 du d\u00e9cret Missions ?  Dans cette histoire, les \u00ab utopistes \u00bb ne seraient-ils pas les plus r\u00e9alistes, et les \u00ab r\u00e9alistes \u00bb d&#8217;irresponsables utopistes ?<br \/>\nAlors, aux orties, les exp\u00e9riences men\u00e9es dans le professionnel, plus particuli\u00e8rement dans le premier degr\u00e9 diff\u00e9renci\u00e9 ? Non, bien s\u00fbr ! Des classes ateliers et autres innovations des pionniers du professionnel, il faut absolument garder et \u00ab r\u00e9investir \u00bb le meilleur : le travail d&#8217;\u00e9quipe, la p\u00e9dagogie institutionnelle, l&#8217;interaction entre activit\u00e9 de production et th\u00e9orie, l&#8217;ouverture sur l&#8217;environnement local, les actions de solidarit\u00e9, la cr\u00e9ation artistique &#8230;<br \/>\nMais, de gr\u00e2ce, finissons-en de la politique de l&#8217;autruche. Pensons que, pour un \u00e9l\u00e8ve qui s&#8217;en sort -notamment gr\u00e2ce \u00e0 des professeurs admirables d&#8217;abn\u00e9gation et de cr\u00e9ativit\u00e9-, il s&#8217;en trouve tant et tant qui sortent de l&#8217;\u00e9cole d\u00e9sarm\u00e9s. Une autre \u00e9cole est possible. Elle existe dans des pays comparables au n\u00f4tre. C&#8217;est juste une question de conscience et de choix politiques.<\/p>\n<h2>Notes<\/h2>\n<p>1. D\u00e9buts en 2P en 1981.<br \/>\n2. Cet article a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit pour &#8220;TRACES de changements&#8221; (anciennement &#8220;Echec \u00e0 l&#8217;\u00e9chec&#8221;), le magazine du mouvement sociop\u00e9dagogique CG\u00e9, en avril dernier. Nous le publions ici avec leur aimable autorisation.<br \/>\n3. En 2003, l&#8217;APED avait stigmatis\u00e9 la catastrophe scolaire belge, suite au classement de l&#8217;UNICEF sur base des enqu\u00eates PISA et TIMMS.<br \/>\n4. Programme en dix points de l&#8217;Aped &#8220;Vers l&#8217;\u00e9cole commune&#8221;.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Et si, au lieu de chercher comment les cours g\u00e9n\u00e9raux pourraient accomplir des miracles dans les sections professionnelles, la question \u00e0 poser \u00e9tait plut\u00f4t : quand va-t-on enfin se d\u00e9cider \u00e0 supprimer cette fili\u00e8re d&#8217;enseignement ? Certes, le propos para\u00eetra provocant, mais laissez au moins un d\u00e9j\u00e0 vieux \u00ab pro \u00bb du \u00ab pro (fessionnel) \u00bb (1) vous exposer le \u00ab pourquoi \u00bb d&#8217;une telle conviction &#8230; et l&#8217;alternative qu&#8217;il propose avec son association, l&#8217;APED (2).<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":665,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-666","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/666","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=666"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/666\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/665"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=666"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=666"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=666"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}