{"id":558,"date":"2007-04-17T20:56:00","date_gmt":"2007-04-17T19:56:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.asblonweb.be\/APED\/CM\/?p=558"},"modified":"2017-02-23T19:07:08","modified_gmt":"2017-02-23T18:07:08","slug":"vers-lecole-commune","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/2007\/04\/17\/vers-lecole-commune\/","title":{"rendered":"Vers l&#8217;\u00e9cole commune"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Au terme de plusieurs mois de discussions internes, l&#8217;Aped a adopt\u00e9 un &#8220;programmme en dix points&#8221; en vue d&#8217;une r\u00e9forme de l&#8217;enseignement en Belgique. Nous vous le livrons ici en avant-premi\u00e8re, afin de susciter des r\u00e9actions. Ce programme sera pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la presse d\u00e9but 2007 et fera aussi l&#8217;objet d&#8217;une journ\u00e9e d&#8217;\u00e9tude.<\/p>\n<p>&#8211; <em>Lisez \u00e9galement notre <a href=\"360\">FAQ<\/a>, qui reprend plus de soixante questions et r\u00e9ponses relatives \u00e0 ce programme<\/em><\/p>\n<p>&#8211; <em><a href=\"351\">Journ\u00e9e d&#8217;\u00e9tude du 3 mars 2007 : programme, d\u00e9tails pratiques, incriptions<\/a><\/em><\/p>\n<h2>AVANT-PROPOS<\/h2>\n<p><em>&#8220;Ce n&#8217;est pas parce que les choses sont difficiles<br \/>\nque nous n&#8217;osons pas.<br \/>\nC&#8217;est parce que nous n&#8217;osons pas<br \/>\nqu&#8217;elles semblent difficiles.&#8221;<br \/>\n(S\u00e9n\u00e8que)<\/em><\/p>\n<p>L&#8217;APED vient de f\u00eater ses dix ans d&#8217;existence. Dix ann\u00e9es \u00e0 d\u00e9noncer, entre autres, la catastrophe scolaire belge : une in\u00e9galit\u00e9 record, caus\u00e9e principalement par un cruel manque de moyens dans le fondamental, une s\u00e9lection pr\u00e9coce en fili\u00e8res hi\u00e9rarchis\u00e9es et un syst\u00e8me d&#8217;enseignement d&#8217;essence lib\u00e9rale (puisque fond\u00e9 sur la double libert\u00e9 de l&#8217;offre et de la demande et sur le dogme de la concurrence).<br \/>\nSi nous sommes largement reconnus pour nos analyses critiques, nos interlocuteurs nous interrogent avec une insistance croissante : \u00ab Vous critiquez le syst\u00e8me. Tr\u00e8s bien. Mais que proposez-vous ? \u00bb<br \/>\nLe programme qui suit a pour ambition de r\u00e9pondre \u00e0 cette question. Sans tabou. Au risque de \u00ab secouer le cocotier \u00bb. En effet, si l&#8217;on veut vraiment r\u00e9duire la fracture scolaire et permettre \u00e0 chaque jeune de s&#8217;approprier les savoirs et les comp\u00e9tences qui donnent force pour comprendre le monde et le rendre plus juste, alors il faudra bien \u00e9branler quelques-unes des \u00ab contraintes historiques \u00bb de l&#8217;\u00e9cole belge.<br \/>\nLes grands axes de nos propositions sont indispensables et indissociables. Par contre, nous ne sommes ni exhaustifs ni omniscients dans le d\u00e9tail de leur mise en \u0153uvre.<\/p>\n<h2>DES CONSTATS QUI HEURTENT DE FRONT NOTRE VISION DE L&#8217;ECOLE<\/h2>\n<p>A nos yeux, l&#8217;\u00e9cole obligatoire peut \u00eatre un formidable levier pour comprendre le monde, pour le rendre plus juste, elle est un instrument d&#8217;\u00e9mancipation collective. Il s&#8217;agit, comme disait C\u00e9lestin Freinet d&#8217;\u00ab aider \u00e0 la naissance d&#8217;un homme qui saura lutter pour une soci\u00e9t\u00e9 dont la libert\u00e9, la justice, la fraternit\u00e9 et le travail d\u00e9sali\u00e9n\u00e9 seront les fondements, une soci\u00e9t\u00e9 d&#8217;o\u00f9 aura \u00e9t\u00e9 bannie l&#8217;exploitation de l&#8217;homme par l&#8217;homme. \u00bb<br \/>\nL&#8217;\u00e9cole doit aussi \u00eatre un lieu d&#8217;\u00e9mancipation individuelle, d&#8217;\u00e9ducation et de socialisation. Chaque enfant doit y d\u00e9velopper ses talents tout en devenant un \u00eatre social. Nous avons l&#8217;intime conviction que, mis \u00e0 part le tr\u00e8s faible pourcentage d&#8217;enfants souffrant de handicaps mentaux particuliers, tous sont capables d&#8217;acc\u00e9der aux savoirs et aux comp\u00e9tences de l&#8217;enseignement g\u00e9n\u00e9ral et polytechnique de base que nous pr\u00f4nons. Moyennant, bien s\u00fbr, une r\u00e9forme progressive de l&#8217;\u00e9cole.<br \/>\nTous capables, pas tous les m\u00eames, bien s\u00fbr.<br \/>\nCe qui pr\u00e9c\u00e8de suppose que l&#8217;\u00e9cole respecte les droits de l&#8217;enfant, les droits de l&#8217;\u00e9l\u00e8ve. Le droit d&#8217;apprendre, le droit aux explications, \u00e0 l&#8217;aide, \u00e0 l&#8217;\u00e9coute, mais aussi celui de vivre, de s&#8217;exprimer, de jouer, d&#8217;avoir du temps pour soi, sans \u00eatre soumis \u00e0 un stress permanent; le droit d&#8217;\u00eatre assis sur des bancs confortables, dans des locaux agr\u00e9ables, d&#8217;avoir des repas convenables, etc.<\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9cole actuelle est loin d&#8217;atteindre tous ces objectifs.<br \/>\nNon seulement, elle ne \u00ab sort \u00bb pas beaucoup de citoyens aptes \u00e0 comprendre le monde et \u00e0 s&#8217;y engager, mais aussi, pire, c&#8217;est l&#8217;id\u00e9e inverse qui s&#8217;y impose: les jeunes devraient, para\u00eet-il, accepter le monde tel qu&#8217;il est et apprendre \u00e0 s&#8217;y adapter. Accepter l&#8217;in\u00e9galit\u00e9 toujours plus scandaleuse entre une minorit\u00e9 de nantis et une majorit\u00e9 de populations r\u00e9duites \u00e0 survivre ? Accepter des conditions de travail de plus en plus d\u00e9r\u00e9gul\u00e9es ? Accepter le saccage de l&#8217;environnement ? Tol\u00e9rer l&#8217;intol\u00e9rable ? A nos yeux, l&#8217;\u00e9cole ne peut \u00eatre complice d&#8217;un tel d\u00e9sastre.<\/p>\n<p>Si nous centrons notre attention sur les enfants des milieux populaires, force est de constater que l&#8217;in\u00e9galit\u00e9 sociale dont ils sont victimes se prolonge et se renforce \u00e0 l&#8217;\u00e9cole. D\u00e8s l&#8217;enseignement maternel, il en est ainsi, dans chaque classe, entre les classes au sein d&#8217;un m\u00eame \u00e9tablissement, ou encore entre diff\u00e9rentes \u00e9coles. Dans le secondaire, la s\u00e9gr\u00e9gation est structurellement organis\u00e9e et amplifi\u00e9e par les fili\u00e8res (g\u00e9n\u00e9ral, technique, professionnel). Cette injustice est renforc\u00e9e par le lib\u00e9ralisme de notre syst\u00e8me scolaire (son organisation en quasi-march\u00e9 et la concurrence entre \u00e9coles et r\u00e9seaux). En d&#8217;autres termes, ce sont les tares du capitalisme qui se voient appliqu\u00e9es et reproduites par l&#8217;\u00e9cole. Il y a aussi ces pratiques p\u00e9dagogiques qui font la part belle \u00e0 un rapport au savoir typique des classes sociales et\/ou intellectuelles ais\u00e9es. Et ce n&#8217;est pas tout : trop d&#8217;enfants d&#8217;origine populaire sont orient\u00e9s vers l&#8217;enseignement sp\u00e9cial. On parle de surcro\u00eet de jeunes r\u00e9put\u00e9s \u00ab non scolarisables \u00bb. Ne jetons pas la pierre aux enseignants : ils sont trop peu nombreux et manquent de temps pour permettre \u00e0 tous les jeunes de r\u00e9ussir et d&#8217;int\u00e9grer dans leur vie et leur pratique ce qu&#8217;ils ont appris \u00e0 l&#8217;\u00e9cole.<\/p>\n<p>Chez un nombre non n\u00e9gligeable d&#8217;enfants, l&#8217;\u00e9chec scolaire ou le redoublement (ou la crainte de l&#8217;\u00e9chec et du redoublement) provoquent une r\u00e9elle souffrance. La pression de l&#8217;\u00e9valuation, la pression \u00e0 la \u00ab r\u00e9ussite scolaire \u00bb, est parfois excessive. Trop d&#8217;\u00e9l\u00e8ves viennent \u00e0 l&#8217;\u00e9cole avec des pieds de plomb, s&#8217;interrogent sur le sens de ce qu&#8217;ils viennent y faire, manquent de \u00ab motivation \u00bb. La taille moyenne des \u00e9tablissements, en augmentation constante depuis vingt ans, n&#8217;arrange rien : les \u00e9coles-mammouths deviennent des \u00e9coles-casernes. Et les enseignants, particuli\u00e8rement dans les \u00e9coles o\u00f9 se concentrent les difficult\u00e9s, voient leur m\u00e9tier devenir de plus en plus p\u00e9nible. Une lourdeur amplifi\u00e9e par des programmes trop souvent incoh\u00e9rents, illisibles et -paradoxalement- peu ambitieux (surtout dans le qualifiant). Il n&#8217;est pas inutile de noter combien la souffrance des \u00e9l\u00e8ves participe de celle des professeurs &#8230; et inversement.<br \/>\nPour clore ce r\u00e9quisitoire, soulignons le co\u00fbt social &#8211; et financier &#8211; de tous ces jeunes qui d\u00e9crochent d&#8217;un syst\u00e8me scolaire aussi catastrophique !<br \/>\nMais restons-en l\u00e0 des constats n\u00e9gatifs. D&#8217;autres publications de l&#8217;Aped les ont suffisamment analys\u00e9s. T\u00e2chons plut\u00f4t d&#8217;imaginer une autre \u00e9cole possible.<\/p>\n<h2>1. Une \u00e9cole de base commune de 6 \u00e0 15 ans<\/h2>\n<p>Apr\u00e8s un enseignement maternel distinct, obligatoire \u00e0 partir de 3 ans, avec des objectifs clairement d\u00e9finis &#8211; acquisition de la langue parl\u00e9e, spatialisation et autonomie -, nous proposons une seule structure d&#8217;enseignement de base commune, de 6 \u00e0 15 ans. Donc, la rupture entre \u00ab primaire \u00bb et \u00ab secondaire \u00bb dispara\u00eet. Concr\u00e8tement, cette r\u00e9forme se mat\u00e9rialise par la redistribution des entit\u00e9s scolaires. Dans cette \u00e9cole commune, les enfants passent progressivement d&#8217;un instituteur unique \u00e0 des ma\u00eetres sp\u00e9cialis\u00e9s par branche. De 16 \u00e0 18\/19 ans, les jeunes fr\u00e9quentent des lyc\u00e9es pr\u00e9paratoires \u00e0 l&#8217;enseignement sup\u00e9rieur ou des lyc\u00e9es qualifiants. Mais, dans tous les cas, un socle commun de formation g\u00e9n\u00e9rale y est organis\u00e9. Une formation g\u00e9n\u00e9rale exigeante, \u00e9valu\u00e9e en termes d&#8217;acquis.<br \/>\nLa mise en \u0153uvre de l&#8217;\u00e9cole commune devra se r\u00e9aliser progressivement, soit en dix ans. En effet, il est impossible de supprimer la s\u00e9lection au d\u00e9but du secondaire du jour au lendemain : en l&#8217;\u00e9tat actuel, les \u00e9carts de niveaux au sortir du primaire sont trop importants. Par contre, d\u00e8s maintenant, il faut renforcer la formation g\u00e9n\u00e9rale dans les premiers degr\u00e9s de l&#8217;enseignement qualifiant. Enfin, pr\u00e9cisons que l&#8217;\u00e9cole commune ne signifie \u00e9videmment pas la disparition d&#8217;un enseignement sp\u00e9cialis\u00e9 pour les enfants et les jeunes souffrant de handicaps particuliers.<\/p>\n<h2>2. Une formation g\u00e9n\u00e9rale et polytechnique pour tous<\/h2>\n<p>Nous voulons que tous atteignent les comp\u00e9tences et savoirs de base (math, lecture, langues \u00e9trang\u00e8res), que tous acqui\u00e8rent une culture commune de haut niveau (histoire, g\u00e9ographie, sciences, litt\u00e9rature, arts, philosophie, etc.), que tous soient initi\u00e9s aux technologies de la production et de la vie quotidienne (TIC, sant\u00e9, \u00e9lectricit\u00e9 domestique, agriculture, industrie&#8230;), que tous re\u00e7oivent une \u00e9ducation physique et une formation sportive. Nous sommes attach\u00e9s enfin \u00e0 une d\u00e9couverte et \u00e0 une valorisation de l&#8217;acte productif, pas seulement les divers m\u00e9tiers, mais aussi l&#8217;activit\u00e9 associative, le jardinage, etc. Bref, autre chose que regarder la t\u00e9l\u00e9.<br \/>\nCette formation g\u00e9n\u00e9rale et polytechnique pour tous entre 6 et 15 ans implique bien l&#8217;abandon de toute sp\u00e9cialisation professionnelle avant l&#8217;\u00e2ge de 16 ans.<\/p>\n<h2>3. Une affectation des \u00e9l\u00e8ves aux \u00e9coles<\/h2>\n<p>Pour \u00e9viter les \u00e9coles \u00ab ghettos \u00bb, autrement dit pour garantir une mixit\u00e9 sociale dans chaque \u00e9tablissement, une \u00e9cole est attribu\u00e9e \u00e0 chaque \u00e9l\u00e8ve d\u00e8s la premi\u00e8re ann\u00e9e et pour une dur\u00e9e de 10 ans, sauf accident ou d\u00e9m\u00e9nagement. Cette affectation se fait selon le domicile et le revenu. Ce syst\u00e8me n\u00e9cessite un d\u00e9coupage g\u00e9ographique du territoire en zones socialement mixtes. Jusqu&#8217;\u00e0 une date avanc\u00e9e, les \u00e9coles doivent admettre en priorit\u00e9 les \u00e9l\u00e8ves qui leur sont affect\u00e9s. En d&#8217;autres mots, jusqu&#8217;\u00e0 cette date, on a la garantie d&#8217;avoir une place dans cet \u00e9tablissement. Le nombre de places dans chaque \u00e9cole est d\u00e9termin\u00e9 selon ses capacit\u00e9s d&#8217;accueil et ne peut \u00eatre d\u00e9pass\u00e9. Apr\u00e8s la date butoir (du 15 ao\u00fbt par exemple), les inscriptions redeviennent libres, mais selon la disponibilit\u00e9 de places. Ce syst\u00e8me implique \u00e9videmment la suppression des examens de passage. Des d\u00e9rogations motiv\u00e9es sont possibles, sur avis de l&#8217;\u00e9quipe \u00e9ducative de l&#8217;\u00e9tablissement et\/ou du PMS.<\/p>\n<h2>4. Une fusion des r\u00e9seaux<\/h2>\n<p>La mixit\u00e9 sociale et l&#8217;utilisation rationnelle des infrastructures ne pourront se faire vraiment qu&#8217;avec une fusion des r\u00e9seaux. C&#8217;est la fonction m\u00eame d&#8217;associations comme la n\u00f4tre de soulever ce genre de li\u00e8vre et d&#8217;oser fixer des objectifs que la majorit\u00e9 consid\u00e8re encore comme \u00ab tabous \u00bb. La fusion est le prix \u00e0 payer si l&#8217;on veut r\u00e9ellement r\u00e9duire l&#8217;in\u00e9galit\u00e9 sociale et cr\u00e9er une \u00e9cole d\u00e9mocratique. La suppression du caract\u00e8re confessionnel nous semble \u00e9galement souhaitable pour \u00e9viter la mont\u00e9e des communautarismes religieux.<br \/>\nAlors, osons.<br \/>\nL&#8217;\u00e9cole commune sera celle d&#8217;un seul r\u00e9seau, forc\u00e9ment public. Elle impliquera un immense chamboulement dans l&#8217;affectation des enseignants et des b\u00e2timents scolaires. Toutes les structures actuelles se verront modifier, aucun \u00e9tablissement ne subsistant dans sa forme actuelle.<br \/>\nLes b\u00e2timents du r\u00e9seau libre, s&#8217;ils appartiennent \u00e0 une asbl, seront mis sous statut public. Lou\u00e9s, les anciens contrats emphyt\u00e9otiques seront reconduits au nom de l&#8217;Etat et aux m\u00eames conditions.<\/p>\n<h2>5. Un encadrement suffisant pour z\u00e9ro d\u00e9crochage<\/h2>\n<p>L&#8217;id\u00e9e-cl\u00e9 : qu&#8217;un groupe\/classe progresse ensemble, surtout dans les premi\u00e8res ann\u00e9es de l&#8217;\u00e9cole commune. Les enfants sont 15 par classe dans les trois premi\u00e8res ann\u00e9es (de 6 \u00e0 9 ans), maximum 20 au-del\u00e0 de ces ann\u00e9es primordiales. L&#8217;essentiel du travail se passe dans cette classe, mais il faut imaginer diverses strat\u00e9gies pour soutenir les \u00e9l\u00e8ves qui en ont besoin, d\u00e8s qu&#8217;ils en ont besoin : \u00e9tude dirig\u00e9e apr\u00e8s les cours, rattrapage collectif et\/ou individuel &#8211; peut-\u00eatre dirig\u00e9 par des enseignants sp\u00e9cialis\u00e9s -, cours de langue acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 pour les \u00e9l\u00e8ves issus de l&#8217;immigration, guidances individualis\u00e9es, mise \u00e0 disposition de tous les \u00e9l\u00e8ves d&#8217;un centre de documentation dans chaque \u00e9cole.<\/p>\n<h2>6. Une \u00e9cole ouverte<\/h2>\n<p>Si nous voulons r\u00e9concilier les enfants des milieux populaires avec l&#8217;\u00e9cole, celle-ci doit devenir leur principal lieu de vie, o\u00f9 l&#8217;on pr\u00e9pare et partage des repas, des jeux, des soir\u00e9es cin\u00e9ma ou d&#8217;autres activit\u00e9s culturelles, sportives ou techniques. Certaines de ces activit\u00e9s doivent pouvoir se d\u00e9rouler le soir, le week-end et pendant les cong\u00e9s. C&#8217;est l\u00e0 que s&#8217;exerce la citoyennet\u00e9 : l&#8217;instruction et l&#8217;\u00e9ducation sont intimement li\u00e9es \u00e0 la vie sociale et \u00e0 la pratique productive. On y d\u00e9veloppe les valeurs de coop\u00e9ration, de solidarit\u00e9, de cr\u00e9ativit\u00e9, l&#8217;amour des sciences, des techniques, des arts, de l&#8217;activit\u00e9 physique, de la nature, etc. L&#8217;\u00e9cole commune s&#8217;ouvre sur les autres lieux d&#8217;\u00e9ducation : les associations citoyennes et culturelles, les mouvements de jeunesse, les clubs de sport, les festivit\u00e9s locales &#8230; L&#8217;\u00e9cole peut s&#8217;ouvrir aussi \u00e0 la participation des parents dans des projets. En effet, lib\u00e9r\u00e9e de la logique concurrentielle li\u00e9e au quasi-march\u00e9 scolaire actuel, la relation parents-\u00e9cole n&#8217;est plus commerciale, mais citoyenne, b\u00e2tie sur une base d\u00e9mocratique autrement int\u00e9ressante. Il va de soi que, si l&#8217;on ne veut pas qu&#8217;elle se r\u00e9alise au d\u00e9triment des apprentissages, l&#8217;\u00e9cole ouverte signifie passer plus de temps dans une \u00e9cole \u00e0 taille plus humaine, b\u00e9n\u00e9ficiant d&#8217;un encadrement suppl\u00e9mentaire.<\/p>\n<h2>7. Retrouver un \u00e9quilibre dans les pratiques<\/h2>\n<p>Pour ce qui est des pratiques p\u00e9dagogiques, nous voulons surtout \u00e9viter les \u00e9cueils du dogmatisme (une seule m\u00e9thode serait privil\u00e9gi\u00e9e) et du relativisme (toutes les m\u00e9thodes se vaudraient). Nous pr\u00e9conisons une large autonomie p\u00e9dagogique pour les enseignants, \u00e0 condition que les objectifs d&#8217;apprentissage soient strictement d\u00e9finis et contr\u00f4l\u00e9s.<br \/>\nNous observons n\u00e9anmoins que certaines pratiques \u00ab marchent \u00bb mieux que d&#8217;autres, permettent mieux d&#8217;atteindre les objectifs fix\u00e9s, et\/ou sont plus respectueuses du rapport au savoir des enfants d&#8217;origine populaire. Les sciences p\u00e9dagogiques ont \u00e0 cet \u00e9gard une grande importance, comme la connaissance des diff\u00e9rentes caract\u00e9ristiques psychologiques des enfants. Il faut \u00e9galement privil\u00e9gier les p\u00e9dagogies qui donnent du sens aux apprentissages, celles qui assurent l&#8217;acc\u00e8s \u00e0 la compr\u00e9hension et pas uniquement \u00e0 la m\u00e9morisation ou au savoir-faire. C&#8217;est sans doute en int\u00e9grant dans nos pratiques des approches vari\u00e9es que nous am\u00e9liorerons notre enseignement sans tomber dans le pi\u00e8ge des trajectoires individualis\u00e9es.<br \/>\nNous ne voulons pas imposer \u00e0 toute force ces pratiques, mais bien les valoriser et les diffuser (sites internet, livres, formations). Faciliter et favoriser les \u00e9changes prend ici tout son sens, car trop d&#8217;enseignants r\u00e9alisent les m\u00eames outils, emploient la m\u00eame documentation chacun dans leur coin.<br \/>\nNous n&#8217;insisterons jamais assez sur la n\u00e9cessit\u00e9 d&#8217;une formation des enseignants &#8211; initiale et continu\u00e9e &#8211; solide et en coh\u00e9rence avec les quelques principes que nous venons d&#8217;\u00e9noncer.<\/p>\n<h2>8. Des programmes rigoureux, lisibles et coh\u00e9rents<\/h2>\n<p>Les programmes devront exposer clairement et par le d\u00e9tail les connaissances, les savoir-faire, les attitudes et les niveaux de ma\u00eetrise attendus des \u00e9l\u00e8ves. Ils devront insister sur les savoirs-cl\u00e9s, ceux qu&#8217;il faut r\u00e9activer r\u00e9guli\u00e8rement. En appui des programmes, les enseignants doivent disposer gratuitement de manuels, r\u00e9f\u00e9rentiels, recueils de documents, mat\u00e9riel audio-visuel, logiciels, listes de sites internet &#8230;<br \/>\nSans imposer de m\u00e9thodes, les programmes pourront en recommander.<\/p>\n<h2>9. Une \u00e9valuation centralis\u00e9e pour mieux piloter l&#8217;\u00e9cole<\/h2>\n<p>Notre syst\u00e8me scolaire manque cruellement de donn\u00e9es statistiques. Nous pr\u00e9conisons des \u00e9preuves centralis\u00e9es r\u00e9guli\u00e8res. Non pour juger les \u00e9l\u00e8ves (ces \u00e9preuves ne seraient pas certificatives) ou classer les \u00e9coles, mais pour \u00e9valuer et garantir les niveaux des acquis, les pratiques p\u00e9dagogiques et le syst\u00e8me dans son enti\u00e8ret\u00e9. L&#8217;analyse de ces donn\u00e9es guiderait les \u00e9tablissements et les enseignants.<\/p>\n<h2>10. Refinancer l&#8217;\u00e9cole \u00e0 hauteur de 7% du PIB<\/h2>\n<p>Pour financer notre projet, assurer une authentique gratuit\u00e9 de l&#8217;\u00e9cole et de ses activit\u00e9s annexes, il faudra que l&#8217;Etat consacre de nouveau 7% de son PIB \u00e0 l&#8217;enseignement (comme \u00e0 la fin des ann\u00e9es \u201870). Sans doute plus durant la p\u00e9riode de transition (10 ans), mais on pourra en r\u00e9cup\u00e9rer progressivement une partie sur le co\u00fbt de l&#8217;\u00e9chec scolaire, des fili\u00e8res, des options et des r\u00e9seaux, et gr\u00e2ce \u00e0 une utilisation plus rationnelle des infrastructures.<br \/>\nCe refinancement ne peut se faire que via une r\u00e9vision de la loi de financement des communaut\u00e9s ou via un retour de l&#8217;\u00e9cole dans le giron f\u00e9d\u00e9ral. Et certainement pas au d\u00e9triment d&#8217;autres besoins de la soci\u00e9t\u00e9 (notamment des autres services publics) et des revenus modestes. Une taxation plus ad\u00e9quate des b\u00e9n\u00e9fices des entreprises et du patrimoine des plus privil\u00e9gi\u00e9s d&#8217;entre les Belges devrait largement suffire.<\/p>\n<h2>11. Deux mises au point<\/h2>\n<p>Les dix points de ce programme constituent un tout indissociable, sans quoi le lib\u00e9ralisme scolaire et ses in\u00e9galit\u00e9s reviendraient en force.<br \/>\nL&#8217;\u00e9cole commune, ses \u00e9preuves centralis\u00e9es et sa p\u00e9dagogie de la r\u00e9ussite ne peuvent se mettre en place sans les pr\u00e9alables suivants : la fin de la concurrence entre \u00e9coles, la r\u00e9vision des programmes, l&#8217;injection de moyens et, surtout, la r\u00e9duction des in\u00e9galit\u00e9s de r\u00e9sultats dans les premi\u00e8res ann\u00e9es d&#8217;enseignement.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au terme de plusieurs mois de discussions internes, l&#8217;Aped a adopt\u00e9 un &#8220;programmme en dix points&#8221; en vue d&#8217;une r\u00e9forme de l&#8217;enseignement en Belgique. Nous vous le livrons ici en avant-premi\u00e8re, afin de susciter des r\u00e9actions. Ce programme sera pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la presse d\u00e9but 2007 et fera aussi l&#8217;objet d&#8217;une journ\u00e9e d&#8217;\u00e9tude.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":557,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-558","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/558","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=558"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/558\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/557"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=558"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=558"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=558"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}