{"id":534,"date":"2006-06-22T20:16:42","date_gmt":"2006-06-22T19:16:42","guid":{"rendered":"http:\/\/www.asblonweb.be\/APED\/CM\/?p=534"},"modified":"2021-12-12T22:52:23","modified_gmt":"2021-12-12T21:52:23","slug":"pisa-2003-et-les-resultats-des-eleves-issus-de-limmigration-en-belgique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/2006\/06\/22\/pisa-2003-et-les-resultats-des-eleves-issus-de-limmigration-en-belgique\/","title":{"rendered":"PISA 2003 et les r\u00e9sultats des \u00e9l\u00e8ves issus de l&#8217;immigration en Belgique"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">En Belgique, les tests PISA r\u00e9v\u00e8lent des \u00e9carts entre \u00e9l\u00e8ves autochtones et allochtones qui sont plus \u00e9lev\u00e9s qu&#8217;ailleurs. Une \u00e9tude r\u00e9alis\u00e9e par l&#8217;Aped d\u00e9montre que cette situation d\u00e9coule principalement du statut social des \u00e9l\u00e8ves issus de l&#8217;immigration et que les facteurs proprement ethniques, culturels ou linguistiques sont faibles (en Flandre) ou n\u00e9gligeables (en Communaut\u00e9 fran\u00e7aise de Belgique). Ceci a des implications cruciales quant aux politiques \u00e0 mettre en oeuvre pour s&#8217;attaquer \u00e0 la position peu enviable de notre pays dans les statistiques internationales.<\/p>\n<p><strong>T\u00e9l\u00e9chargez l&#8217;article complet au format PDF ou lisez en une pr\u00e9sentation et les conclusions ci-dessous<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2006\/06\/pisa_immig_fr.pdf\">pisa_immig_fr.pdf<\/a><\/p>\n<p>Dans un rapport publi\u00e9 \u00e0 la mi-mai 2006, l&#8217;OCDE s&#8217;est pench\u00e9e sur les comp\u00e9tences scolaires des \u00e9l\u00e8ves issus de l&#8217;immigration, telles qu&#8217;elles ressortent de la vaste \u00e9tude internationale PISA 2003. Ce document montre que \u201cde nombreux pays d\u00e9velopp\u00e9s ne parviennent pas \u00e0 aider les enfants issus de l&#8217;immigration \u00e0 s&#8217;int\u00e9grer dans la soci\u00e9t\u00e9 par l&#8217;instruction. (&#8230;) Ces enfants accusent (souvent) un retard scolaire de plus de deux ans par rapport \u00e0 leurs camarades autochtones\u201d. Certains pays sont sp\u00e9cialement montr\u00e9s du doigt dans le rapport de l&#8217;OCDE et parmi eux la Belgique. En effet, nous faisons partie des r\u00e9gions du monde o\u00f9, \u201cparmi les enfants immigr\u00e9s de la deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration qui ont effectu\u00e9 toute leur scolarit\u00e9 dans le pays d&#8217;accueil, plus d&#8217;un tiers affiche des performances inf\u00e9rieures au niveau d&#8217;aptitude de base (en) math\u00e9matiques\u201d. Il appara\u00eet aussi que, de tous les pays de l&#8217;OCDE, c&#8217;est en Belgique que l&#8217;\u00e9cart entre les r\u00e9sultats des enfants allochtones et celui des enfants autochtones est le plus \u00e9lev\u00e9. Avec cependant une subtile diff\u00e9rence selon les communaut\u00e9s : la Flandre est \u201cchampionne\u201d pour les \u00e9carts entre autochtones (n\u00e9s en Belgique et ayant au moins un parent \u00e9galement n\u00e9 en Belgique) et enfants de \u201cdeuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration\u201d (n\u00e9s en Belgique, de parents \u00e9trangers), alors que nos deux communaut\u00e9s partagent le record mondial pour les \u00e9carts entre enfants autochtones et enfants de \u201cpremi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration\u201d (n\u00e9s \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger).<\/p>\n<p>Si ce rapport est pass\u00e9 relativement inaper\u00e7u en Communaut\u00e9 fran\u00e7aise &#8211; o\u00f9 la classe politique dominante semble davantage pr\u00e9occup\u00e9e par l&#8217;avenir des courses de Formule 1 et par les scandales politico-financiers que par les probl\u00e8mes d&#8217;enseignement &#8211; ils ont en revanche fait grand bruit au nord de notre pays, o\u00f9 le ministre Vandenbroucke a m\u00eame fait diffuser, le jour de la publication du rapport OCDE, une note reprenant l&#8217;essentiel des le\u00e7ons qui s&#8217;en d\u00e9gagent pour la Flandre.<\/p>\n<p>Dans certains milieux flamands de gauche, boulevers\u00e9s par la r\u00e9cente s\u00e9rie de meurtres et d&#8217;agressions racistes, le rapport de l&#8217;OCDE a \u00e9t\u00e9 accueilli comme une nouvelle preuve d&#8217;une \u201cx\u00e9nophobie typiquement flamande\u201d. Au contraire, dans les milieux proches du gouvernement, ces r\u00e9sultats semblaient venir conforter l&#8217;id\u00e9e que les importants \u00e9carts de r\u00e9sultats aux tests PISA s&#8217;expliqueraient au moins en partie par les mauvais scores des \u00e9l\u00e8ves issus de l&#8217;immigration. Ceux-ci souffriraient d&#8217;un \u201chandicap culturel et linguistique\u201d, r\u00e9sultat de leur \u201cmauvaise int\u00e9gration\u201d dans la soci\u00e9t\u00e9 flamande. Ainsi, le ministre et les autorit\u00e9s \u00e9ducatives de Flandre continuent-ils d&#8217;affirmer que \u201cl&#8217;enseignement flamand est l&#8217;un des meilleurs du monde\u201d4, puisque les r\u00e9sultats moyens y sont excellents. Pour r\u00e9duire les \u00e9carts entre les meilleurs et les moins bons, il suffirait donc d&#8217;assurer une meilleure \u201cint\u00e9gration culturelle\u201d des populations immigr\u00e9es : par exemple en conditionnant l&#8217;octroi d&#8217;aides sociales ou l&#8217;acc\u00e8s aux logements sociaux \u00e0 l&#8217;apprentissage pr\u00e9alable du n\u00e9erlandais.<\/p>\n<p>Dans ce concert de silences (au Sud) et d&#8217;accablements feints ou sinc\u00e8res (au Nord), personne n&#8217;a estim\u00e9 devoir s&#8217;interroger sur la pertinence des conclusions de l&#8217;OCDE. Or, le rapport du centre de r\u00e9flexion strat\u00e9gique du capitalisme mondial souffre pourtant d&#8217;importantes lacunes. Malgr\u00e9 son caract\u00e8re volumineux (234 pages), ce document se contente en effet d&#8217;effectuer des comparaisons globales entre les \u00e9l\u00e8ves autochtones et ceux issus de l&#8217;immigration.<\/p>\n<p>Le principal d\u00e9faut de cette m\u00e9thode, c&#8217;est que l&#8217;on compare deux populations (autochtones et immigr\u00e9s), sans se demander si une telle comparaison est pertinente pour le caract\u00e8re \u00e9tudi\u00e9 (les r\u00e9sultats en math ou en lecture par exemple). Les diff\u00e9rences observ\u00e9es sont-elles r\u00e9ellement li\u00e9es \u00e0 l&#8217;origine nationale ou ne sont-elles que le reflet de variables cach\u00e9es, li\u00e9es par exemple au statut social ? Prenons un exemple, pour mieux faire comprendre le probl\u00e8me : si l&#8217;on comparait les r\u00e9sultats aux tests PISA des \u00e9l\u00e8ves qui poss\u00e8dent un co\u00fbteux iPod Apple dernier cri avec ceux des \u00e9l\u00e8ves qui utilisent un vulgaire lecteur MP3 de fabrication ta\u00efwanaise, on observerait sans aucun doute de meilleurs r\u00e9sultats, en math et en lecture, pour les premiers. Est-ce \u00e0 dire que la qualit\u00e9 sonore du mat\u00e9riel \u00e0 la pomme favoriserait le fonctionnement des neurones ? Non bien s\u00fbr. Mais il se fait que le co\u00fbt de l&#8217;iPod le r\u00e9serve g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 des jeunes d&#8217;un certain niveau social. Ceux-l\u00e0 m\u00eame qui, par des m\u00e9canismes de s\u00e9gr\u00e9gation que nous avons d\u00e9j\u00e0 longuement expliqu\u00e9s dans d&#8217;autres articles, sont aussi les plus enclins \u00e0 obtenir de bons r\u00e9sultats scolaires. Ne pourrait-il pas en \u00eatre ainsi avec les r\u00e9sultats des enfants issus de l&#8217;immigration ? En lisant le rapport de l&#8217;OCDE, nous avions en tout cas des raisons d&#8217;\u00eatre prudent puisque, suite \u00e0 notre enqu\u00eate de 1996 en province du Hainaut5, nous avions d\u00e9j\u00e0 montr\u00e9 que les in\u00e9galit\u00e9s de r\u00e9ussite scolaire entre enfants autochtones et enfants issus de l&#8217;immigration m\u00e9diterran\u00e9enne ou du tiers-monde disparaissaient lorsqu&#8217;on comparait les \u00e9l\u00e8ves \u00e0 origine sociale \u00e9gale.<\/p>\n<p>Enfin, le groupe des immigr\u00e9s est trait\u00e9, dans le rapport OCDE, comme un groupe homog\u00e8ne. Les seules ventilations op\u00e9r\u00e9es concernent les \u00e9l\u00e8ves de premi\u00e8re et de seconde g\u00e9n\u00e9ration. A une petite exception pr\u00e8s, aucun des multiples tableaux et graphiques propos\u00e9s par l&#8217;OCDE ne fait de distinction selon la nationalit\u00e9 des populations immigr\u00e9es.<\/p>\n<p>Nous avons effectu\u00e9 cette analyse. En voici les principales conclusions.<\/p>\n<p>Dans un premier temps, notre \u00e9tude a confirm\u00e9 le constat du rapport de l&#8217;OCDE. En moyenne, les r\u00e9sultats scolaires des \u00e9l\u00e8ves allochtones sont syst\u00e9matiquement moins bons que ceux des \u00e9l\u00e8ves autochtones et ce, quel que soit l&#8217;indicateur utilis\u00e9 pour mesurer la r\u00e9ussite scolaire : scores aux tests de math\u00e9matique ou de lecture PISA, taux de redoublement ou de retard scolaire, taux de maintien dans l&#8217;enseignement g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>Cependant, notre \u00e9tude r\u00e9v\u00e8le aussi ce que chacun pressentait: les \u00e9l\u00e8ves allochtones appartiennent aux couches sociales les plus d\u00e9munies. D\u00e8s lors, on s&#8217;interroge : leur r\u00e9sultats sont-ils plus que la cons\u00e9quence in\u00e9vitable d&#8217;un syst\u00e8me \u00e9ducatif caract\u00e9ris\u00e9 par une forte s\u00e9gr\u00e9gation sociale ? La question pertinente devient donc : peut-on d\u00e9terminer la part respective des facteurs socio-\u00e9conomiques d&#8217;une part, linguistiques, culturels ou ethniques d&#8217;autre part, dans la discrimination scolaire des allochtones ? Pour r\u00e9pondre affirmativement \u00e0 cette question, il nous a fallu entrer dans le d\u00e9tail des nationalit\u00e9s d&#8217;origine des \u00e9l\u00e8ves.<br \/>\nNotre \u00e9tude montre, premi\u00e8rement, qu&#8217;il faut se garder d&#8217;amalgamer les allochtones. L&#8217;analyse de la situation des \u00e9l\u00e8ves n\u00e9erlandais en Flandre, des \u00e9l\u00e8ves fran\u00e7ais en Wallonie, doit \u00eatre dissoci\u00e9e de celle des jeunes d&#8217;origine turque ou maghr\u00e9bine. Les premiers constituent un \u00e9chantillon biais\u00e9; ils sont souvent scolaris\u00e9s chez nous pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu&#8217;ils ont des difficult\u00e9s scolaires (et non l&#8217;inverse), mais leur grand nombre tend \u00e0 faire chuter fortement les scores moyens des allochtones. La prise en compte de l&#8217;origine nationale pr\u00e9cise permet aussi d&#8217;expliquer l&#8217;apparente anomalie des r\u00e9sultats de Flandre, o\u00f9 les allochtones de deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration r\u00e9ussissent moins bien que ceux de premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, nous observons une diff\u00e9rence sensible entre les deux communaut\u00e9s linguistiques de Belgique. En Communaut\u00e9 fran\u00e7aise, la situation relative des \u00e9l\u00e8ves d&#8217;origine turque ou maghr\u00e9bine n&#8217;est gu\u00e8re diff\u00e9rente de celle des allochtones appartenant au m\u00eame niveau socio-\u00e9conomique. En d&#8217;autres mots, dans l&#8217;enseignement francophone, les d\u00e9terminants socio-\u00e9conomiques suffisent \u00e0 rendre compte pleinement des r\u00e9sultats scolaires des enfants issus de l&#8217;immigration, sans qu&#8217;il soit n\u00e9cessaire d&#8217;imaginer l&#8217;action suppl\u00e9mentaire de facteurs sp\u00e9cifiquement li\u00e9s \u00e0 l&#8217;origine nationale. Ceci confirme pleinement la conclusion que nous avions d\u00e9j\u00e0 formul\u00e9e, voici dix ans, sur base de notre enqu\u00eate en province du Hainaut.<\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 n\u00e9erlandophone, il faut nuancer ce constat. En Flandre, il subsiste manifestement un effet propre \u00e0 l&#8217;origine nationale et ind\u00e9pendant de l&#8217;origine sociale. Mais on observe aussi que cet effet est tr\u00e8s variable, selon les nationalit\u00e9s. Pour les jeunes Flamands d&#8217;origine maghr\u00e9bine, les facteurs li\u00e9s \u00e0 l&#8217;origine nationale expliquent 10 \u00e0 20 % de leur \u00e9cart par rapport \u00e0 la moyenne flamande aux tests PISA. Les 80 \u00e0 90% restants s&#8217;expliquent par leur appartenance sociale21. Chez les jeunes d&#8217;origine turque, l&#8217;effet propre \u00e0 cette origine grimpe \u00e0 30 ou 40%. L&#8217;explication de cette diff\u00e9rence entre Turcs et Maghr\u00e9bins doit peut-\u00eatre \u00eatre cherch\u00e9e dans une analyse plus fine de l&#8217;origine sociale. Les jeunes Flamands d&#8217;origine turque sont souvent les enfants de travailleurs immigr\u00e9s venus (se faire) exploiter (dans) les mines de charbon limbourgeoises. Ces charbonnages sont d\u00e9sormais ferm\u00e9s, faisant de la province du Limbourg la plus pauvre de Flandre. On peut donc s&#8217;interroger : les r\u00e9sultats des jeunes d&#8217;origine turque restent-ils proportionnellement aussi mauvais lorsqu&#8217;on les compare \u00e0 ceux de jeunes autochtones limbourgeois ? En d&#8217;autres mots, est-ce bien l&#8217;origine turque qui agit ici ou est-ce plut\u00f4t l&#8217;origine limbourgeoise ? La base de donn\u00e9es PISA ne permet malheureusement pas de r\u00e9pondre \u00e0 cette question puisque l&#8217;on ignore o\u00f9 sont implant\u00e9es les \u00e9coles ayant particip\u00e9 \u00e0 l&#8217;enqu\u00eate. Il est donc impossible de s\u00e9lectionner les \u00e9l\u00e8ves autochtones limbourgeois.<\/p>\n<p>Enfin, troisi\u00e8me constatation importante, l&#8217;impact des facteurs d&#8217;origine culturelle et ethnique est tr\u00e8s sensible au choix des indicateurs de r\u00e9ussite scolaire, particuli\u00e8rement en Flandre. Pour les allochtones de Flandre, cet impact est maximal lorsqu&#8217;on mesure la r\u00e9ussite scolaire au moyen du niveau de comp\u00e9tence PISA en math\u00e9matique. Il est moins important et\/ou plus focalis\u00e9 sur certaines origines nationales lorsqu&#8217;on utilise les comp\u00e9tences PISA en lecture ou les taux de retard scolaire. En revanche, l&#8217;impact net du statut d&#8217;immigration (hors origine sociale) dispara\u00eet, m\u00eame en Flandre, lorsqu&#8217;on mesure le niveau de r\u00e9ussite scolaire au moyen du taux de maintien dans l&#8217;enseignement g\u00e9n\u00e9ral. Peut-\u00eatre ces constats s&#8217;expliquent-ils en partie par la nature tr\u00e8s particuli\u00e8re des tests PISA. L&#8217;approche par \u201ccomp\u00e9tences\u201d qui y est privil\u00e9gi\u00e9e conduit, particuli\u00e8rement dans les tests de math\u00e9matique, \u00e0 une sur\u00e9valuation du niveau de compr\u00e9hension du contexte par rapport \u00e0 la mobilisation de r\u00e9elles comp\u00e9tences disciplinaires. Une question de math\u00e9matique PISA, ce sont d&#8217;abord trois ou quatre paragraphes de \u201cmise en situation\u201d, de description laborieuse d&#8217;un contexte concret, avant d&#8217;en arriver \u00e0 la question proprement dite, o\u00f9 il faudra mettre en oeuvre quelques (modestes) savoirs math\u00e9matiques. La r\u00e9ponse correcte est donc conditionn\u00e9e par des comp\u00e9tences en compr\u00e9hension de la lecture, mais aussi par le courage de lire ces longues explications avant d&#8217;envisager m\u00eame de r\u00e9pondre. On peut donc raisonnablement se demander si les tests de math\u00e9matique ne mesurent pas davantage ces comp\u00e9tences en lecture et cette assiduit\u00e9, cette volont\u00e9 de \u201cbien faire le test\u201d, plut\u00f4t qu&#8217;un v\u00e9ritable niveau en math\u00e9matique.<\/p>\n<p>Quoi qu&#8217;il en soit, notre \u00e9tude a clairement \u00e9tabli que les facteurs propres \u00e0 l&#8217;origine ethnique, culturelle, nationale, linguistique&#8230; des \u00e9l\u00e8ves allochtones sont toujours secondaires &#8211; et souvent n\u00e9gligeables &#8211; par rapport aux facteurs socio-\u00e9conomiques. Ceci ne signifie nullement qu&#8217;il n&#8217;y aurait pas de discrimination \u00e0 l&#8217;\u00e9gard des jeunes allochtones. Au contraire, ils en subissent au moins deux. Premi\u00e8rement, les jeunes issus de l&#8217;immigration (et leurs parents) sont discrimin\u00e9s sur le plan social et \u00e9conomique : dans l&#8217;acc\u00e8s au logement, dans l&#8217;acc\u00e8s \u00e0 l\u2018emploi, dans l&#8217;acc\u00e8s \u00e0 certaines aides sociales,&#8230; Deuxi\u00e8mement, ils subissent, tout comme les jeunes autochtones issus des familles les plus pauvres, une discrimination \u00e0 l&#8217;\u00e9cole. Par ses structures, son mode de fonctionnement, ses moyens d&#8217;encadrement insuffisants, ses programmes souvent peu lisibles&#8230; l&#8217;enseignement tend \u00e0 reproduire les in\u00e9galit\u00e9s sociales en les transformant en in\u00e9galit\u00e9s de niveau et d&#8217;orientation scolaires.<\/p>\n<p>Enfin, il n&#8217;est pas exclu que, dans le cas de la Flandre, une discrimination scolaire propre aux immigr\u00e9s, mais de moindre importance, vienne s&#8217;ajouter aux deux pr\u00e9c\u00e9dentes. Pour l&#8217;explication de cet impact culturel ou ethnique net r\u00e9siduel, on en est r\u00e9duit aux conjectures. L&#8217;explication courante et trop facile de la singularit\u00e9 flamande r\u00e9side dans l&#8217;invocation du foss\u00e9 linguistique : il est \u00e9videmment plus difficile pour un jeune d&#8217;origine marocaine d&#8217;apprendre le n\u00e9erlandais que le fran\u00e7ais. Mais cette th\u00e8se ne tient que difficilement la route pour un jeune d&#8217;origine turque&#8230; Sans doute faut-il plut\u00f4t aller chercher l&#8217;explication dans le comportement des chefs d&#8217;\u00e9tablissement : dans l&#8217;enqu\u00eate PISA, deux tiers d&#8217;entre eux reconnaissent en effet pratiquer une certaine \u201cs\u00e9lection\u201d des \u00e9l\u00e8ves \u00e0 l&#8217;inscription \u201csur base de la religion\u201d.<\/p>\n<p>Les jeunes allochtones ne sont ni des handicap\u00e9s linguistiques, ni des d\u00e9ficients culturels. Ils souffrent avant tout, comme tous les enfants du peuple, d&#8217;un manque cruel d&#8217;encadrement \u00e0 l&#8217;\u00e9cole, d&#8217;une s\u00e9gr\u00e9gation syst\u00e9matique vers des \u00e9coles ghettos et d&#8217;une orientation massive vers des fili\u00e8res de rel\u00e9gation d\u00e8s les premi\u00e8res ann\u00e9es de l&#8217;enseignement secondaire. La solution \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 inadmissible mise en lumi\u00e8re par le rapport de l&#8217;OCDE ne r\u00e9side donc certainement pas dans le renforcement de politiques dites \u201cd&#8217;int\u00e9gration\u201d, qui stigmatisent injustement les racines culturelles des allochtones; elle ne r\u00e9side pas non plus exclusivement, ni m\u00eame principalement, dans des politiques d&#8217;apprentissage de la langue locale. La solution doit \u00eatre cherch\u00e9 \u00e0 deux niveaux. D&#8217;abord hors de l&#8217;\u00e9cole, dans des politiques qui garantissent les droits sociaux fondamentaux, comme le droit au logement d\u00e9cent et \u00e0 l&#8217;emploi stable. Deuxi\u00e8mement \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur de l&#8217;\u00e9cole, en s&#8217;attaquant courageusement aux facteurs qui expliquent le tr\u00e8s haut niveau d&#8217;in\u00e9galit\u00e9 et de s\u00e9gr\u00e9gation sociale dans l&#8217;enseignement belge, qu&#8217;il soit francophone ou flamand : le sous-financement de l&#8217;enseignement primaire, la s\u00e9lection hi\u00e9rarchisante et trop pr\u00e9coce dans l&#8217;enseignement secondaire et l&#8217;organisation de l&#8217;enseignement en un vaste libre march\u00e9, domin\u00e9 par la concurrence et la s\u00e9gr\u00e9gation sociale.<\/p>\n<p><strong>T\u00e9l\u00e9chargez l&#8217;\u00e9tude compl\u00e8te au format PDF :<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2006\/06\/pisa_immig_fr.pdf\">pisa_immig_fr.pdf<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En Belgique, les tests PISA r\u00e9v\u00e8lent des \u00e9carts entre \u00e9l\u00e8ves autochtones et allochtones plus \u00e9lev\u00e9s qu&#8217;ailleurs. Une \u00e9tude r\u00e9alis\u00e9e par l&#8217;Aped d\u00e9montre que cette situation d\u00e9coule principalement du statut social des \u00e9l\u00e8ves issus de l&#8217;immigration et que les facteurs proprement ethniques, culturels ou linguistiques sont secondaires (en Flandre) voire n\u00e9gligeables (en Communaut\u00e9 fran\u00e7aise de Belgique).<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":532,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-534","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/534","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=534"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/534\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/532"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=534"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=534"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=534"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}