{"id":52,"date":"1999-03-11T00:00:00","date_gmt":"1999-03-10T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.asblonweb.be\/APED\/CM\/?p=52"},"modified":"2017-02-23T17:44:51","modified_gmt":"2017-02-23T16:44:51","slug":"de-la-massification-a-lemployabilite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/1999\/03\/11\/de-la-massification-a-lemployabilite\/","title":{"rendered":"De la massification \u00e0 l&#8217;employabilit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Pour l&#8217;observateur privil\u00e9gi\u00e9 qu&#8217;est l&#8217;enseignant, la politique \u00e9ducative des vingt derni\u00e8res ann\u00e9es semble n&#8217;\u00eatre qu&#8217;une interminable succession de mesures d&#8217;aust\u00e9rit\u00e9. De fait, la qu\u00eate de rationalisation fut bien l&#8217;une des orientations directrices de cette p\u00e9riode. Mais \u00e0 mesure que la crise \u00e9conomique prit clairement les allures d&#8217;une crise profonde, durable et mondiale, alors que s&#8217;am\u00e9liorait un peu la situation financi\u00e8re de l&#8217;Etat belge, la politique d&#8217;aust\u00e9rit\u00e9 se mit \u00e0 poursuivre d&#8217;autres objectifs que les seules \u00e9conomies budg\u00e9taires.<\/p>\n<p>Pour comprendre les d\u00e9terminants complexes de la politique d&#8217;enseignement de ces ann\u00e9es de crise, il faut d&#8217;abord situer en quoi elle fut une rupture par rapport \u00e0 la p\u00e9riode pr\u00e9c\u00e9dente. Il nous faut donc remonter un peu le temps, jusqu&#8217;\u00e0 cette p\u00e9riode que les \u00e9conomistes ont baptis\u00e9e les &#8216;trente glorieuses&#8217;, les ann\u00e9es 1945-1975.<\/p>\n<p>Les trente ann\u00e9es qui ont suivi la deuxi\u00e8me guerre mondiale furent d&#8217;abord des ann\u00e9es de forte croissance \u00e9conomique. En Belgique, le PNB a cr\u00fb de 4,8% par an en termes r\u00e9els entre 1962 et 1974. Ce sont \u00e0 vrai dire des ann\u00e9es exceptionnelles, comme les \u00e9conomies capitalistes n&#8217;en connaissent que tr\u00e8s rarement, conjonction de lendemains de guerre o\u00f9 tout est \u00e0 reconstruire, de progr\u00e8s technologiques fulgurants et de rapports de forces particuli\u00e8rement favorables au progr\u00e8s social.<\/p>\n<h2>La massification de l&#8217;enseignement secondaire<\/h2>\n<p>Sur le plan de l&#8217;emploi, la p\u00e9riode est caract\u00e9ris\u00e9e par une double \u00e9volution. D&#8217;une part, une croissance globale du volume de l&#8217;emploi; d&#8217;autre part, un glissement vers une main d&#8217;\u0153uvre toujours plus hautement qualifi\u00e9e. Il y a de moins en moins de mineurs et de carriers, mais on r\u00e9clame des m\u00e9caniciens, des soudeurs, des \u00e9lectriciens, des ing\u00e9nieurs, des r\u00e9dacteurs\u2026 Cette demande de main d&#8217;\u0153uvre qualifi\u00e9e, avant tout quantitative, induit une volont\u00e9 de massification de l&#8217;enseignement secondaire, jusque l\u00e0 r\u00e9serv\u00e9 aux \u00e9lites. En 1956, seuls 41% des jeunes de 16-17 ans fr\u00e9quentaient encore l&#8217;\u00e9cole. Vingt ans plus tard, ils sont 81%: deux fois plus\u00a0!<\/p>\n<p>Cette prolongation de la scolarit\u00e9 est soutenue par un discours sur la &#8216;d\u00e9mocratisation de l&#8217;enseignement&#8217;, les &#8216;chances \u00e9gales&#8217;. Mais en fait de d\u00e9mocratisation, l&#8217;ancienne s\u00e9lection qui s&#8217;op\u00e9rait \u00e0 l&#8217;entr\u00e9e de l&#8217;\u00e9cole secondaire se d\u00e9place seulement \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur de ce niveau d&#8217;enseignement. Les enfants du peuple n&#8217;entrent \u00e0 l&#8217;\u00e9cole secondaire que pour y \u00eatre orient\u00e9s massivement vers les fili\u00e8res techniques et professionnelles. En France et en Belgique, cette s\u00e9lection sociale s&#8217;op\u00e8re par le truchement de l&#8217;\u00e9chec scolaire, sanctionn\u00e9 par la r\u00e9orientation. La massification de l&#8217;\u00e9cole inaugure aussi la massification de l&#8217;\u00e9chec et des redoublements\u2026<\/p>\n<h2>Des syst\u00e8mes \u00e9ducatifs centralis\u00e9s\u00a0, dot\u00e9s des moyens n\u00e9cessaires<\/h2>\n<p>Une deuxi\u00e8me caract\u00e9ristique de l&#8217;\u00e9poque est la forte demande d&#8217;interventions de l&#8217;Etat, qui \u00e9mane des entreprises priv\u00e9es. Les investissements directement li\u00e9s \u00e0 la croissance mobilisent tous les capitaux. Pourtant, le d\u00e9veloppement \u00e9conomique et technologique n\u00e9cessite la mise en place d&#8217;infrastructures collectives tr\u00e8s co\u00fbteuses: \u00e9lectrification, autoroutes, chemins de fer, voies de communications fluviales, ports, a\u00e9roports. Et, bien s\u00fbr, l&#8217;enseignement. C&#8217;est \u00e0 l&#8217;Etat qu&#8217;il appartient de r\u00e9aliser ces investissements. L&#8217;Etat peut d&#8217;autant mieux r\u00e9pondre \u00e0 cette demande des milieux \u00e9conomiques qu&#8217;il jouit, lui-m\u00eame, d&#8217;une situation budg\u00e9taire relativement favorable. Les recettes fiscales et parafiscales connaissent une croissance rapide, li\u00e9e \u00e0 la croissance \u00e9conomique, et semblent donc autoriser une politique d&#8217;emprunts pour financer de grands projets.<\/p>\n<p>Les syst\u00e8mes \u00e9ducatifs qui naissent ou se d\u00e9veloppent durant ces ann\u00e9es-l\u00e0 refl\u00e8tent cette r\u00e9alit\u00e9. Il s&#8217;agit de syst\u00e8me d&#8217;enseignement fortement centralis\u00e9s. M\u00eame l&#8217;\u00e9cole catholique se retrouve, au terme d&#8217;une br\u00e8ve guerre scolaire, sous un contr\u00f4le renforc\u00e9 de l&#8217;Etat (en \u00e9change, il est vrai, d&#8217;une g\u00e9n\u00e9reuse subsidiation). D&#8217;ailleurs, on ne regarde gu\u00e8re \u00e0 la d\u00e9pense. Pour r\u00e9pondre aux besoins en main d&#8217;\u0153uvre qualifi\u00e9e, la massification doit \u00eatre men\u00e9e tambour battant, co\u00fbte que co\u00fbte. Et quand l&#8217;enseignement g\u00e9n\u00e9ral poussi\u00e9reux, longtemps habitu\u00e9 \u00e0 ne travailler qu&#8217;avec les fils et les filles de la bourgeoisie, commence \u00e0 s&#8217;av\u00e9rer inad\u00e9quat pour conduire le pourcentage voulu d&#8217;enfants du peuple au rang d&#8217;employ\u00e9s ou d&#8217;\u00e9tudiants de l&#8217;enseignement sup\u00e9rieur, on n&#8217;h\u00e9site pas \u00e0 se lancer dans la r\u00e9forme profonde et co\u00fbteuse de l&#8217;enseignement r\u00e9nov\u00e9. Au cours de ces ann\u00e9es, les d\u00e9penses publiques consacr\u00e9es \u00e0 l&#8217;\u00e9ducation grimpent all\u00e8grement de 3% du PIB \u00e0 la fin des ann\u00e9es 50 \u00e0 7% fin des ann\u00e9es 70.<\/p>\n<h2>Puis vint la crise<\/h2>\n<p>La crise \u00e9conomique qui survient alors n&#8217;aura, dans un premier temps, qu&#8217;un impact essentiellement budg\u00e9taire sur la politique \u00e9ducative. Pour deux raisons. Premi\u00e8rement, on pense tout d&#8217;abord que la r\u00e9cession sera de courte dur\u00e9e; qu&#8217;une fois le\u00a0&#8216;coup de tabac&#8217; derri\u00e8re le dos, on renouera avec une longue p\u00e9riode de forte croissance comme celle des &#8216;trente glorieuses&#8217;. Il n&#8217;y a donc pas de raison de remettre en cause les options fondamentales des ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes: la massification devra se poursuivre; apr\u00e8s l&#8217;enseignement secondaire, elle devra toucher maintenant le sup\u00e9rieur. Deuxi\u00e8mement, le d\u00e9ficit budg\u00e9taire de l&#8217;Etat belge, provoqu\u00e9 par la hausse des taux d&#8217;int\u00e9r\u00eat et la stagnation des recettes fiscales, est tellement catastrophique qu&#8217;il mobilise toutes les \u00e9nergies. Il faut \u00e9conomiser, peu importe comment.<\/p>\n<p>C&#8217;est le temps des \u00e9conomies &#8216;lin\u00e9aires&#8217;, des &#8216;coefficients r\u00e9ducteurs&#8217;, des sauts d&#8217;index, de tout ce qui permet de d\u00e9penser moins sans pour autant changer un iota aux objectifs politiques affich\u00e9s.<\/p>\n<p>Ce n&#8217;est qu&#8217;\u00e0 la fin des ann\u00e9es 80 que s&#8217;impose petit \u00e0 petit une r\u00e9alit\u00e9 que quelques esprits plus \u00e9clair\u00e9s avaient relev\u00e9e depuis longtemps: cette crise \u00e9conomique n&#8217;est pas une crise comme les autres. Il s&#8217;agit d&#8217;une crise profonde, durable et plan\u00e9taire. Un contexte \u00e9conomique totalement nouveau s&#8217;impose petit \u00e0 petit aux esprits et dicte d\u00e9sormais ses contraintes au monde de l&#8217;enseignement.<\/p>\n<h2>Comp\u00e9tences et flexibilit\u00e9<\/h2>\n<p>Qui dit crise, dit concurrence aviv\u00e9e. Le patronat r\u00e9clame donc de l&#8217;Etat qu&#8217;il r\u00e9oriente ses d\u00e9penses en fonction des n\u00e9cessit\u00e9s de la comp\u00e9titivit\u00e9. Cela concerne particuli\u00e8rement l&#8217;\u00e9cole, appel\u00e9e \u00e0 concentrer ses efforts sur les savoirs et les comp\u00e9tences cruciaux pour engager la lutte concurrentielle. Cette demande ne manque d&#8217;ailleurs pas de conduire \u00e0 des attentes contradictoires. A court terme, le patronat r\u00e9clame une ad\u00e9quation maximale entre les savoirs enseign\u00e9s et les besoins du march\u00e9 de l&#8217;emploi. D&#8217;o\u00f9, par exemple, la mise en place d&#8217;une Commission des Professions et des Qualifications pour r\u00e9former les programmes de l&#8217;enseignement professionnel et technique; d&#8217;o\u00f9 \u00e9galement les pressions visant \u00e0 remplacer des heures de cours par des stages pratiques.<\/p>\n<p>Mais d&#8217;autre part, la fraction du patronat qui regarde \u00e0 plus long terme met surtout l&#8217;accent sur le besoin de flexibilit\u00e9. En effet, par la double action de la crise et des mutations technologiques, la vie industrielle est d\u00e9sormais marqu\u00e9e par une incroyable instabilit\u00e9. L&#8217;obsolescence rapide des savoirs enseign\u00e9s par l&#8217;\u00e9cole conduit les d\u00e9cideurs \u00e0 sugg\u00e9rer que le syst\u00e8me d&#8217;enseignement se contente d&#8217;apporter aux jeunes quelques savoirs fondamentaux (en math et en litt\u00e9rature essentiellement) et qu&#8217;il leur inculque, pour le reste, les comp\u00e9tences qui leur permettront de s&#8217;adapter facilement aux changements de postes de travail. Ils devront \u00eatre flexibles, autonomes, capables d&#8217;apprendre par eux-m\u00eames et souples sur le plan des relations sociales. Les savoirs c\u00e8dent la place aux &#8216;comp\u00e9tences&#8217;; \u00e0 la vieille notion de qualification, avec tout ce qu&#8217;elle impliquait de r\u00e9glementation et de protections sociales, se substitue le concept flou d&#8217; &#8217;employabilit\u00e9&#8217;.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, les \u00e9tablissements scolaires eux-m\u00eames sont appel\u00e9s \u00e0 devenir plus flexibles, afin de s&#8217;adapter plus rapidement et plus \u00e9troitement aux \u00e9volutions rapides du march\u00e9 de l&#8217;emploi. La vieille \u00e9cole centralis\u00e9e, h\u00e9rit\u00e9e des ann\u00e9es de massification, est devenue une machine trop lourde \u00e0 man\u0153uvrer. A la demande expresse des milieux \u00e9conomiques, les d\u00e9cideurs politiques s&#8217;att\u00e8lent \u00e0 la r\u00e9former: d\u00e9centralisation (on dit communautarisation en Belgique), autonomie, d\u00e9r\u00e9gulation et, au bout de la route, une privatisation croissante de l&#8217;enseignement.<\/p>\n<h2>S\u00e9lection renforc\u00e9e<\/h2>\n<p>Certes, la d\u00e9r\u00e9gulation conduit au d\u00e9veloppement in\u00e9gal, donc au renforcement des in\u00e9galit\u00e9s sociales \u00e0 l&#8217;\u00e9cole. Certes, l&#8217;abandon des objectifs cognitifs au profit des seules comp\u00e9tences li\u00e9es \u00e0 l&#8217;employabilit\u00e9 privera surtout les enfants d&#8217;origine populaire de l&#8217;acc\u00e8s aux savoirs g\u00e9n\u00e9raux. Car ils ne pouvaient les acqu\u00e9rir qu&#8217;\u00e0 l&#8217;\u00e9cole. Certes, l&#8217;ad\u00e9quation \u00e9cole-entreprise signifie davantage de s\u00e9lection et un foss\u00e9 croissant entre les fili\u00e8res d&#8217;enseignement. Certes, tout cela va brutalement \u00e0 l&#8217;encontre du discours officiel sur la &#8216;d\u00e9mocratisation de l&#8217;enseignement&#8217;, donc \u00e0 l&#8217;encontre des objectifs de massification poursuivis pendant plus de trente ann\u00e9es. Mais qu&#8217;\u00e0 cela ne tienne, on peut bien abandonner les beaux discours puisque on n&#8217;a plus besoin de la massification. Pourquoi donc\u00a0? Parce que la situation et l&#8217;\u00e9volution de l&#8217;emploi ont totalement chang\u00e9. D&#8217;une part, l&#8217;Europe conna\u00eet un taux de ch\u00f4mage officiel qui n&#8217;a gu\u00e8re de chances de descendre sous la barre des 10% avant longtemps (le taux r\u00e9el, \u00e9pur\u00e9 des falsifications statistiques, est sans doute 5 \u00e0 8% plus \u00e9lev\u00e9). D&#8217;autre part, et sans doute est-ce plus important encore, la crise et la d\u00e9r\u00e9gulation du travail qui l&#8217;accompagne ont donn\u00e9 naissance \u00e0 une foule de &#8216;petits boulots&#8217;, d&#8217;emplois pr\u00e9caires ne n\u00e9cessitant ni une qualification pointue, ni un niveau de savoirs g\u00e9n\u00e9raux tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9. Un minimum de comp\u00e9tences de base &#8211;\u00a0lire, \u00e9crire, calculer et se servir d&#8217;une interface informatique simple &#8211;\u00a0suffisent. Apr\u00e8s trente ann\u00e9es d&#8217;\u00e9l\u00e9vation g\u00e9n\u00e9rale, le monde industrialis\u00e9 est entr\u00e9 dans une \u00e8re d&#8217;\u00e9tirement des niveaux d&#8217;instruction requis par le march\u00e9 du travail. Oui, on r\u00e9clame des ing\u00e9nieurs et des techniciens aux qualifications toujours plus \u00e9lev\u00e9es et plus pointues, mais en m\u00eame temps, on r\u00e9clame aussi une masse croissante de main d&#8217;\u0153uvre \u00e0 tout faire: assez comp\u00e9tente et flexible pour \u00eatre productive; assez nombreuse et priv\u00e9e d&#8217;instruction pour \u00eatre peu exigeante.<\/p>\n<h2>Marchandisation de l&#8217;\u00e9cole<\/h2>\n<p>Un dernier point doit \u00eatre soulign\u00e9. La crise signifie aussi une formidable qu\u00eate de nouveaux march\u00e9s. Le tiers-monde \u00e9puis\u00e9, les pays de l&#8217;Est conquis et an\u00e9antis, les t\u00e9l\u00e9communications, les transports publics, l&#8217;\u00e9nergie aval\u00e9s par le capital priv\u00e9, que reste-t-il encore pour assouvir la soif du d\u00e9mon\u00a0? L&#8217;enseignement\u00a0! Pour l&#8217;ensemble des pays membres de l&#8217;OCDE, celui-ci repr\u00e9sente un march\u00e9 fabuleux de 875 milliards d&#8217;euros, autant que le march\u00e9 de l&#8217;automobile. Un march\u00e9 d&#8217;autant plus tentant qu&#8217;il est le dernier grand march\u00e9 \u00e0 conqu\u00e9rir.<\/p>\n<h2>L&#8217;aust\u00e9rit\u00e9 comme pr\u00e9texte<\/h2>\n<p>Ad\u00e9quation \u00e9cole-entreprise, s\u00e9lection renforc\u00e9e, marchandisation: cette triple strat\u00e9gie est adroitement accompagn\u00e9e par la poursuite d&#8217;une politique d&#8217;aust\u00e9rit\u00e9. La pression constante sur l&#8217;emploi contribue \u00e0 stimuler la concurrence entre \u00e9coles, entre r\u00e9seaux, donc leur adaptation aux exigences du march\u00e9. Le manque de moyens financiers pousse les \u00e9tablissements \u00e0 recourir au sponsoring externe. Le poids du co\u00fbt salarial encourage le remplacement des enseignants par des ordinateurs et des didacticiels. La contrainte de rationalisation conduit \u00e0 abandonner les cours &#8216;moins importants&#8217;, c&#8217;est-\u00e0-dire ceux qui ne r\u00e9pondent pas directement aux demandes du march\u00e9 de l&#8217;emploi, donc des employeurs. Le &#8216;co\u00fbt excessif&#8217; des redoublements stimule les politiques de s\u00e9lection (numerus clausus, certification par degr\u00e9s\u2026). La baisse de qualit\u00e9 de l&#8217;enseignement, cons\u00e9cutive au d\u00e9financement, pousse les parents \u00e0 chercher pour leurs enfants des formes d&#8217;apprentissage alternatives: \u00e9coles priv\u00e9es mais aussi CD-ROM, livres, didacticiels, cours \u00e0 distance sur Internet, etc. C&#8217;est aussi cela la privatisation de l&#8217;enseignement.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 80, l&#8217;aust\u00e9rit\u00e9 \u00e9tait le fruit de la l\u00e2chet\u00e9 fiscale (il aurait suffi de moins de 0,5% d&#8217;imp\u00f4t sur la fortune pour \u00e9viter les dizaines de milliards d&#8217;\u00e9conomies dans l&#8217;enseignement). Aujourd&#8217;hui, elle est devenue l&#8217;alibi d&#8217;une politique \u00e9ducative r\u00e9actionnaire, qui abandonne les objectifs de massification et vend l&#8217;\u00e9cole au capital priv\u00e9 afin qu&#8217;il puisse en soutirer un double profit: en vendant du savoir et des comp\u00e9tences aux \u00e9tudiants et en leur inculquant ceux qui feront d&#8217;eux des travailleurs productifs et soumis. Joli coup\u00a0!<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour l&#8217;observateur privil\u00e9gi\u00e9 qu&#8217;est l&#8217;enseignant, la politique \u00e9ducative des vingt derni\u00e8res ann\u00e9es semble n&#8217;\u00eatre qu&#8217;une interminable succession de mesures d&#8217;aust\u00e9rit\u00e9. De fait, la qu\u00eate de rationalisation fut bien l&#8217;une des orientations directrices de cette p\u00e9riode. 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