{"id":481,"date":"2005-12-30T20:57:25","date_gmt":"2005-12-30T19:57:25","guid":{"rendered":"http:\/\/www.asblonweb.be\/APED\/CM\/?p=481"},"modified":"2021-08-26T07:04:10","modified_gmt":"2021-08-26T06:04:10","slug":"belgique-finlande-le-cout-exorbitant-du-liberalisme-scolaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/2005\/12\/30\/belgique-finlande-le-cout-exorbitant-du-liberalisme-scolaire\/","title":{"rendered":"Belgique &#8211; Finlande : le co\u00fbt exorbitant du lib\u00e9ralisme scolaire"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Nul ne l&#8217;ignore plus d\u00e9sormais et nous l&#8217;avons amplement illustr\u00e9 dans le <a href=\"261\">premier article<\/a> de cette s\u00e9rie consacr\u00e9e aux r\u00e9sultats de l&#8217;enqu\u00eate PISA 2003 : les syst\u00e8mes \u00e9ducatifs belges (tant francophone que n\u00e9erlandophone) ont le triste privil\u00e8ge de figurer parmi les plus in\u00e9galitaires au sein des pays membres de l&#8217;OCDE.<\/p>\n<p>Il est temps maintenant de d\u00e9passer ce constat et d&#8217;en analyser les causes. L\u00e0 encore, l&#8217;enqu\u00eate PISA nous livre un foisonnement de mat\u00e9riel statistique particuli\u00e8rement r\u00e9v\u00e9lateur . Le pr\u00e9sent article se propose de comparer quelques caract\u00e9ristiques du syst\u00e8me d&#8217;enseignement belge avec celui de la Finlande, en nous concentrant sur les pratiques de r\u00e9gulation plus ou moins lib\u00e9rales dans ces deux syst\u00e8mes \u00e9ducatifs : affectation des \u00e9l\u00e8ves aux \u00e9coles, importance de l&#8217;enseignement priv\u00e9, modes d&#8217;\u00e9valuation, etc. La Finlande est en effet (avec les autres pays scandinaves) l&#8217;un de ceux o\u00f9 les in\u00e9galit\u00e9s sociales \u00e0 l&#8217;\u00e9cole sont les plus faibles.<\/p>\n<p>Nous vous proposons de d\u00e9couvrir le contraste s\u00e9v\u00e8re entre deux pays aux syst\u00e8mes \u00e9ducatifs diam\u00e9tralement oppos\u00e9s : d&#8217;un c\u00f4t\u00e9 l&#8217;\u00e9cole belge, diverse, multiple, concurrentielle, qui s&#8217;offre aux parents comme une marchandise ; de l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9, l&#8217;\u00e9cole commune finlandaise, que l&#8217;on fr\u00e9quente sans la choisir, naturellement, un peu comme l&#8217;on fr\u00e9quente l&#8217;\u00e9glise de son village ou le stade de foot de son quartier. D&#8217;un c\u00f4t\u00e9, un syst\u00e8me ultra-lib\u00e9ral, o\u00f9 toute tentative de r\u00e9gulation est v\u00e9cue comme une ing\u00e9rence bureaucratique et combattue au nom de l&#8217;autonomie et de la libert\u00e9 philosophique ; de l&#8217;autre, une \u00e9cole jouissant d&#8217;une autonomie consid\u00e9rable, mais dans un cadre strictement r\u00e9gul\u00e9.<\/p>\n<p>Pour un plus grand confort de lecture, vous pouvez t\u00e9l\u00e9charger cet article au format PDF<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2005\/12\/Bel_Fin.pdf\">Bel_Fin.pdf<\/a><\/p>\n<h2>Une mesure de la s\u00e9gr\u00e9gation sociale<\/h2>\n<p>Pour mesurer le degr\u00e9 de s\u00e9gr\u00e9gation sociale, nous avons divis\u00e9 les \u00e9coles en trois cat\u00e9gories, selon leur composition sociale. La premi\u00e8re cat\u00e9gorie est constitu\u00e9e d&#8217;\u00e9tablissements comptant plus de 70% d&#8217;\u00e9l\u00e8ves appartenant aux deux quartiles socio-\u00e9conomiques sup\u00e9rieurs. Ce sont donc des \u00e9coles avec une forte concentration sociale d&#8217;\u00e9l\u00e8ves des classes sup\u00e9rieures. Nous les appellerons \u00ab \u00e9coles socialement s\u00e9gr\u00e9gatives riches \u00bb. Pareillement, la deuxi\u00e8me cat\u00e9gorie est constitu\u00e9e d&#8217;\u00e9tablissements comptant plus de 70% d&#8217;\u00e9l\u00e8ves issus des deux quartiles inf\u00e9rieurs. Nous les appellerons \u00ab \u00e9coles socialement s\u00e9gr\u00e9gatives pauvres \u00bb. Les autres \u00e9tablissements constituent le groupe des \u00e9coles dites \u00ab socialement mixtes \u00bb.<\/p>\n<p><strong>Tableau 1<br \/>\n: Degr\u00e9 de concentration sociale dans l&#8217;enseignement<br \/>\nen Belgique et en Finlande<\/strong><\/p>\n<p>| |Belgique|Finlande|<br \/>\n|\u00e9coles s\u00e9gr\u00e9gatives \u00ab pauvres \u00bb|26,0%|13,2%|<br \/>\n|\u00e9coles socialement mixtes|53,4%|73,1%|<br \/>\n|\u00e9coles s\u00e9gr\u00e9gatives \u00ab riches \u00bb|20,6%|13,7%|<\/p>\n<p>Comme le montre le tableau 1, la Belgique compte beaucoup plus d&#8217;\u00e9coles \u00e0 concentration sociale que la Finlande. Pr\u00e8s de la moiti\u00e9 de nos \u00e9tablissements scolaires sont des \u00e9coles socialement s\u00e9gr\u00e9gatives. Alors qu&#8217;en Finlande les trois quarts des \u00e9tablissements sont socialement mixtes.<\/p>\n<p>Qui plus est les \u00e9coles s\u00e9gr\u00e9gatives qui subsistent en Finlande sont dues, pour l&#8217;essentiel, \u00e0 leur implantation dans une zone \u00e0 concentration sociale g\u00e9ographique. En Finlande, il subsiste des poches de pauvret\u00e9 dans des r\u00e9gions rurales recul\u00e9es \u00e0 faible densit\u00e9 de population. C&#8217;est l\u00e0, essentiellement, que l&#8217;on trouve les \u00e9coles \u00e0 s\u00e9gr\u00e9gation sociale \u00ab pauvre \u00bb (voir figure 1). Dans les grandes villes finlandaises, o\u00f9 vivent bien \u00e9videmment aussi des personnes appartenant aux couches socio-\u00e9conomiques les moins favoris\u00e9es, leurs enfants ne sont pourtant pas regroup\u00e9s dans des \u00e9coles s\u00e9gr\u00e9gatives : celles-ci y sont presque inexistantes (par contre, on y observe des \u00e9coles \u00ab de riches \u00bb, li\u00e9es sans doute \u00e0 l&#8217;existence de quartiers bourgeois g\u00e9ographiquement tr\u00e8s \u00e9tendus et d\u00e8s lors peu ouverts \u00e0 la mixit\u00e9 sociale).<\/p>\n<p><strong>Figure 1 &#8211;<br \/>\nFinlande : s\u00e9gr\u00e9gation sociale entre \u00e9coles selon l&#8217;entit\u00e9 g\u00e9ographique<\/strong><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-477\" src=\"http:\/\/www.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2005\/12\/Fig1.jpg\" alt=\"Fig1.jpg\" width=\"327\" height=\"202\" align=\"middle\" srcset=\"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2005\/12\/Fig1.jpg 327w, https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2005\/12\/Fig1-300x185.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 327px) 100vw, 327px\" \/><\/p>\n<p>En Belgique, le tableau est radicalement diff\u00e9rent. Comme nous le verrons plus loin, la proximit\u00e9 g\u00e9ographique n&#8217;est, chez nous, qu&#8217;un facteur secondaire, voire n\u00e9gligeable, dans le choix (des \u00e9l\u00e8ves) ou le recrutement (des \u00e9coles). Dans nos grandes villes, o\u00f9 les courtes distances ne justifient pourtant en rien la concentration sociale dans des \u00e9coles ghettos, on observe que la grande majorit\u00e9 des \u00e9tablissements scolaires sont des \u00e9coles s\u00e9gr\u00e9gatives.<\/p>\n<p><strong>Figure 1-bis<br \/>\n: Belgique : s\u00e9gr\u00e9gation sociale entre \u00e9coles selon l&#8217;entit\u00e9 g\u00e9ographique<\/strong><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-478\" src=\"http:\/\/www.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2005\/12\/fig1b.jpg\" alt=\"fig1b.jpg\" width=\"273\" height=\"198\" align=\"middle\" \/><\/p>\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, on peut dire que, dans le cas de la Finlande, il n&#8217;y a pas de s\u00e9gr\u00e9gation scolaire qui viendrait s&#8217;ajouter \u00e0 la s\u00e9gr\u00e9gation g\u00e9ographique. En d&#8217;autres mots, il n&#8217;y a pas d&#8217;\u00e9coles per\u00e7ues comme \u00ab \u00e9coles-ghettos \u00bb. Au contraire, en Belgique, les \u00e9coles \u00e0 concentration sociale sont presque toujours des \u00e9coles \u00ab d&#8217;\u00e9lite \u00bb ou des \u00e9coles de rel\u00e9gation. Elles sont nettement per\u00e7ues &#8211; et se consid\u00e8rent d&#8217;ailleurs souvent elles-m\u00eames &#8211; comme des voies de s\u00e9lection (positive ou n\u00e9gative).<br \/>\nCe qui pr\u00e9c\u00e8de explique sans doute pour une grande partie la premi\u00e8re ligne du tableau 2 : nous y indiquons l&#8217;\u00e9cart entre les r\u00e9sultats moyens en math\u00e9matiques des deux types d&#8217;\u00e9coles s\u00e9gr\u00e9gatives. En Belgique, les \u00e9coles s\u00e9gr\u00e9gatives \u00ab riches \u00bb se situent, en moyenne, 32,4% au-dessus du niveau des \u00e9coles \u00ab pauvres \u00bb. En Finlande, cet \u00e9cart est huit fois plus petit : 4% seulement !<\/p>\n<p><strong>Tableau 2 :<br \/>\nIn\u00e9galit\u00e9s de r\u00e9sultats entre \u00e9coles et entre \u00e9l\u00e8ves<\/strong><\/p>\n<p>| |Belgique|Finlande|<br \/>\n|Ecart entre \u00e9coles s\u00e9gr\u00e9gatives \u00ab riches \u00bb et \u00e9coles s\u00e9gr\u00e9gatives \u00ab pauvres \u00bb pour les scores en math\u00e9matiques|32,4%|4,0%|<br \/>\n|Ecart entre \u00e9l\u00e8ves des quartiles socio-\u00e9conomiques extr\u00eames pour les scores en math\u00e9matiques|28,4%|13,7%|<\/p>\n<p>Ceci ne signifie \u00e9videmment pas qu&#8217;il n&#8217;y aurait pas d&#8217;in\u00e9galit\u00e9 sociale dans l&#8217;enseignement finlandais. Mais, premi\u00e8rement, cette in\u00e9galit\u00e9 n&#8217;est pas li\u00e9e \u00e0 des \u00e9carts entre \u00e9tablissements. Et deuxi\u00e8mement, comme le montre la seconde ligne du tableau 2, cette in\u00e9galit\u00e9 est aussi beaucoup plus faible en Finlande qu&#8217;en Belgique. L&#8217;\u00e9cart entre les r\u00e9sultats moyens (en math\u00e9matiques) des \u00e9l\u00e8ves du quartile inf\u00e9rieur (25% les plus pauvres) et ceux du quartile sup\u00e9rieur (25% les plus riches) est deux fois plus \u00e9lev\u00e9 en Belgique qu&#8217;en Finlande.<\/p>\n<p><strong>Figure 2 :<br \/>\nR\u00e9partition des \u00e9coles selon l&#8217;indice socio-\u00e9conomique moyen des \u00e9l\u00e8ves<br \/>\net selon le score moyen en math\u00e9matiques<\/strong><br \/>\nA gauche, la Belgique. A droite, la Finlande<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-479\" src=\"http:\/\/www.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2005\/12\/fig2.jpg\" alt=\"fig2.jpg\" width=\"428\" height=\"185\" align=\"middle\" srcset=\"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2005\/12\/fig2.jpg 428w, https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2005\/12\/fig2-300x130.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 428px) 100vw, 428px\" \/><\/p>\n<p>Les deux graphiques de la figure 2 r\u00e9sument cette diff\u00e9rence essentielle entre la Belgique et la Finlande. Chaque \u00e9cole y est repr\u00e9sent\u00e9e par un point, selon deux axes. L&#8217;axe horizontal est l&#8217;indice socio-\u00e9conomico-culturel moyen de l&#8217;\u00e9tablissement scolaire : plus une \u00e9cole est \u00e0 droite sur cette \u00e9chelle, plus ses \u00e9l\u00e8ves proviennent de familles \u00ab riches \u00bb. L&#8217;axe vertical est le niveau moyen obtenu en math\u00e9matiques par les \u00e9l\u00e8ves de cette \u00e9cole.<\/p>\n<p>Que voit-on ? A gauche (en Belgique), un nuage de points nettement align\u00e9s le long d&#8217;une diagonale ascendante : plus l&#8217;\u00e9cole recrute dans les milieux sociaux sup\u00e9rieurs, plus les r\u00e9sultats (en math) sont bons. A droite (en Finlande) nous avons des points qui semblent dispos\u00e9s beaucoup plus al\u00e9atoirement, sans qu&#8217;on puisse y distinguer une tendance nette : la d\u00e9termination sociale des r\u00e9sultats des \u00e9coles est faible.<\/p>\n<p>Il importe aussi de regarder les axes. A gauche (en Belgique), les \u00e9coles s&#8217;\u00e9tirent entre les valeurs -1,0 et +1,0 de l&#8217;indice socio-\u00e9conomique (axe horizontal). A droite, les \u00e9coles sont beaucoup plus regroup\u00e9es autour des valeurs centrales (entre -0,3 et 0,7). Cela montre qu&#8217;il y a beaucoup moins de s\u00e9gr\u00e9gation sociale parmi les \u00e9coles finlandaises ; qu&#8217;elles sont donc davantage h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes sur le plan social.<br \/>\nEnfin, la dispersion selon les r\u00e9sultats moyens en math\u00e9matiques est nettement plus faible en Finlande que chez nous : quelle que soit l&#8217;origine sociale des \u00e9l\u00e8ves des \u00e9tablissements finlandais, les prestations moyennes de ces \u00e9tablissements aux tests PISA sont \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e9quivalentes.<\/p>\n<p><strong>Figure 2-bis :<br \/>\nR\u00e9partition des \u00e9coles selon leur indice socio-\u00e9conomique et les r\u00e9sultats en math<\/strong><\/p>\n<p>A gauche, la Communaut\u00e9 flamande. A droite la Communaut\u00e9 fran\u00e7aise<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-480\" src=\"http:\/\/www.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2005\/12\/fig2b.jpg\" alt=\"fig2b.jpg\" width=\"414\" height=\"178\" align=\"middle\" srcset=\"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2005\/12\/fig2b.jpg 414w, https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2005\/12\/fig2b-300x129.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 414px) 100vw, 414px\" \/><\/p>\n<p>Afin que certains n&#8217;aillent pas pr\u00e9tendre que la dispersion belge serait due aux \u00e9carts entre communaut\u00e9s fran\u00e7aise et flamande, nous reproduisons \u00e9galement (figure 2-bis) les graphiques correspondants pour ces deux communaut\u00e9s : on constate que la tendance est bien identique \u00e0 celle observ\u00e9e pour l&#8217;ensemble de la Belgique.<br \/>\nQuelles sont donc les particularit\u00e9s communes aux deux syst\u00e8mes d&#8217;enseignement belges et qui les distinguent de celui de la Finlande ? La r\u00e9ponse tient en trois grands points : fili\u00e8res, quasi-march\u00e9s et modes de r\u00e9gulation. Nous avons d\u00e9j\u00e0 largement abord\u00e9 l&#8217;impact de la s\u00e9lection sociale par le m\u00e9canisme de fili\u00e8res hi\u00e9rarchis\u00e9es dans le premier article de cette s\u00e9rie. En Finlande, les \u00e9l\u00e8ves sont scolaris\u00e9s jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;\u00e2ge de 16 ans dans un tronc commun (Grundl\u00e4ggande Utbildung). En Belgique, on se h\u00e2te de rel\u00e9guer &#8211; d\u00e8s l&#8217;\u00e2ge de 12 ans &#8211; les \u00e9l\u00e8ves en difficult\u00e9 vers des fili\u00e8res o\u00f9 leur formation g\u00e9n\u00e9rale sera r\u00e9duite \u00e0 la portion congrue. On creuse donc les \u00e9carts au lieu de tenter de les combler.<br \/>\nMais dans cet article, nous souhaitons nous concentrer sur d&#8217;autres aspects et en particulier sur l&#8217;organisation plus ou moins lib\u00e9rale des syst\u00e8mes \u00e9ducatifs.<\/p>\n<h2>March\u00e9s et libert\u00e9s<\/h2>\n<p>L&#8217;une des particularit\u00e9s essentielles de l&#8217;enseignement belge, inscrite en lettres d&#8217;or dans la constitution de notre pays, c&#8217;est la \u00ab libert\u00e9 d&#8217;enseignement \u00bb. En r\u00e9alit\u00e9, il convient de parler d&#8217;une double libert\u00e9 : la libert\u00e9 d&#8217;organiser de l&#8217;enseignement et la libert\u00e9 de choisir son \u00e9cole.<br \/>\nA priori, on pourrait se dire qu&#8217;il n&#8217;y a rien de mal \u00e0 cela. N&#8217;est-ce pas une bonne chose que de disposer de cette libert\u00e9 ? Ne sommes-nous pas tous heureux d&#8217;\u00eatre libres de choisir notre voiture, notre lieu de vacances, nos plats pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s et notre musique favorite ?<br \/>\nLe probl\u00e8me vient de ce qu&#8217;une trop grande libert\u00e9 engendre une organisation de l&#8217;enseignement sur le mode de ce que les sp\u00e9cialistes appellent un \u00ab quasi-march\u00e9 \u00bb. L&#8217;\u00e9cole fonctionne, en Belgique, comme si les clients (parents et \u00e9l\u00e8ves) achetaient un service \u00e0 un fournisseur (une \u00e9cole) qu&#8217;ils choisissent en toute libert\u00e9 sur un march\u00e9.<br \/>\nMais, direz-vous, nous n&#8217;achetons pas notre enseignement, il est gratuit.<br \/>\nD&#8217;abord, il n&#8217;est pas tout \u00e0 fait gratuit, et nous verrons plus loin que les barri\u00e8res financi\u00e8res peuvent constituer un obstacle consid\u00e9rable pour l&#8217;acc\u00e8s \u00e0 certaines \u00e9coles. Mais surtout, il est inexact de pr\u00e9tendre que l&#8217;\u00e9cole ne serait pas pay\u00e9e pour le service \u00e9ducatif qu&#8217;elle rend. Du point de vue de l&#8217;\u00e9tablissement scolaire, chaque \u00e9l\u00e8ve apporte un capital en traitements et en subsides de fonctionnement, exactement comme si cet \u00e9l\u00e8ve payait ses \u00e9tudes \u00e0 l&#8217;\u00e9cole. Simplement, ce n&#8217;est pas lui qui paie directement ; c&#8217;est le contribuable collectif qui paie via l&#8217;intervention de l&#8217;Etat. En fait, tout se passe comme si les parents recevaient pour chacun de leurs enfants un ch\u00e8que, avec lequel ils peuvent lui acheter de l&#8217;enseignement dans l&#8217;\u00e9tablissement de leur choix (en ce sens, les propositions de certains politiciens lib\u00e9raux visant \u00e0 introduire un ch\u00e8que scolaire en Belgique sont totalement d\u00e9nu\u00e9es de sens puisqu&#8217;un tel ch\u00e8que existe d\u00e9j\u00e0 dans les faits). Evidemment, pour qu&#8217;il y ait vraiment un \u00ab libre march\u00e9 \u00bb, il faut que le client dispose effectivement de la possibilit\u00e9 de choisir son fournisseur ; il faut que l&#8217;offre soit vari\u00e9e. Et en Belgique, avec quelque 350 habitants au kilom\u00e8tre carr\u00e9, nous disposons de l&#8217;une des plus grandes densit\u00e9s d&#8217;\u00e9coles au monde. D\u00e8s lors, les \u00ab lois du march\u00e9 \u00bb vont pouvoir se d\u00e9velopper pleinement.<\/p>\n<p>Or, sur le \u00ab march\u00e9 \u00bb scolaire comme sur tous les march\u00e9s, les clients ne sont pas \u00e9gaux. Premi\u00e8rement, les parents n&#8217;ont pas tous les m\u00eames opportunit\u00e9s de choix. Nous l&#8217;avons d\u00e9j\u00e0 dit, en d\u00e9pit de la gratuit\u00e9 th\u00e9orique, il existe de v\u00e9ritables barri\u00e8res financi\u00e8res \u00e0 l&#8217;acc\u00e8s de certains \u00e9tablissements : droits d&#8217;inscription d\u00e9guis\u00e9s, co\u00fbt des livres et autre mat\u00e9riel scolaire, frais de d\u00e9placement, frais de logement \u00e9ventuel si l&#8217;\u00e9l\u00e8ve doit aller en pension, co\u00fbt des activit\u00e9s dites parascolaires (th\u00e9\u00e2tres, cin\u00e9mas, voyages scolaires, visites&#8230;). Mais l&#8217;opportunit\u00e9 de choix peut \u00e9galement d\u00e9pendre de facteurs non financiers : par exemple, si une \u00e9cole est situ\u00e9e loin du domicile parental et que les transports en commun font d\u00e9faut, il faut qu&#8217;un parent dispose du temps n\u00e9cessaire pour y conduire l&#8217;\u00e9l\u00e8ve.<br \/>\nDeuxi\u00e8mement, tous les parents n&#8217;ont pas la m\u00eame connaissance du \u00ab march\u00e9 scolaire \u00bb. Ceux qui ont eux-m\u00eames effectu\u00e9 des \u00e9tudes de haut niveau savent mieux s&#8217;y retrouver dans la structuration complexe de notre syst\u00e8me d&#8217;enseignement, de ses r\u00e9seaux, de ses fili\u00e8res. Ils sont donc plus \u00e0 m\u00eame de choisir une \u00e9cole correspondant aux ambitions qu&#8217;ils placent dans leurs enfants.<br \/>\nOr, troisi\u00e8mement, ces ambitions sont elles-m\u00eames tr\u00e8s diff\u00e9rentes et fortement marqu\u00e9es par l&#8217;appartenance sociale des parents. Dans les familles bourgeoises et celles des classes moyennes sup\u00e9rieures, on aura tendance \u00e0 anticiper, d\u00e8s la prime enfance, une trajectoire scolaire passant par une \u00ab bonne \u00bb \u00e9cole primaire, puis un enseignement g\u00e9n\u00e9ral de haut niveau, pour aboutir \u00e0 une formation universitaire \u00e9lev\u00e9e. Que cette vision idyllique de la carri\u00e8re scolaire soit souvent d\u00e9mentie par les faits, importe peu ici. Ce qui compte, c&#8217;est qu&#8217;elle d\u00e9termine fortement les strat\u00e9gies de choix scolaires. Au contraire, dans les familles populaires, on se garde bien, en g\u00e9n\u00e9ral, de nourrir de telles ambitions pr\u00e9matur\u00e9ment et l&#8217;on tend donc \u00e0 accorder moins d&#8217;importance aux choix de l&#8217;\u00e9tablissement scolaire ou de la fili\u00e8re scolaire de son enfant. Cela ne signifie \u00e9videmment pas qu&#8217;il y aurait, dans les familles populaires, moins d&#8217;attention ou d&#8217;affection pour les enfants. Mais seulement que celles-ci s&#8217;expriment \u00e0 travers des ambitions sociales plus modestes.<br \/>\nEnfin, quatri\u00e8mement, les \u00e9tablissements scolaires eux-m\u00eames participent souvent activement au jeu du march\u00e9 scolaire : en entrant en concurrence pour le recrutement d&#8217;\u00e9l\u00e8ves, en excluant des \u00e9l\u00e8ves sur base de leurs r\u00e9sultats ant\u00e9rieurs ou de leur comportement, en dissuadant certaines inscriptions au moyen de barri\u00e8res psychologiques, en ouvrant pr\u00e9cocement leur p\u00e9riode d&#8217;inscription afin d&#8217;\u00e9liminer les \u00e9l\u00e8ves en difficult\u00e9 (qui ne pourront s&#8217;inscrire qu&#8217;apr\u00e8s avoir obtenu leurs r\u00e9sultats, c&#8217;est-\u00e0-dire parfois seulement en septembre, quand il ne restera plus de place dans les \u00ab meilleures \u00bb \u00e9coles).<\/p>\n<p>Bref, le quasi-march\u00e9 scolaire c&#8217;est simplement &#8230; le march\u00e9 : la loi de la jungle, la loi du plus fort. Ceux qui ont la chance d&#8217;\u00eatre bien n\u00e9s et qui, pour cela, sont d\u00e9j\u00e0 avantag\u00e9s sur le plan scolaire, auront de surcro\u00eet le privil\u00e8ge de se retrouver dans les \u00e9coles o\u00f9 l&#8217;on place la barre tr\u00e8s haut, les \u00e9coles les mieux cot\u00e9es (ce qui ne signifie pas forc\u00e9ment que la p\u00e9dagogie pratiqu\u00e9e y soit meilleure, au contraire : plus on y enseigne mal, mieux on garantit que seuls y r\u00e9ussiront ceux qui peuvent trouver \u00e0 la maison le soutien scolaire qui leur fait d\u00e9faut \u00e0 l&#8217;\u00e9cole et mieux on garantit donc le \u00ab niveau \u00bb de cette \u00e9cole). A l&#8217;inverse, les enfants du peuple, qui affrontent d&#8217;embl\u00e9e la scolarit\u00e9 avec un handicap social par rapport aux autres \u00e9l\u00e8ves, se voient confin\u00e9s dans des \u00e9coles-ghettos, o\u00f9 l&#8217;accumulation des difficult\u00e9s contraint les enseignants \u00e0 rabaisser leurs exigences, fut-ce \u00e0 leur corps d\u00e9fendant.<br \/>\nEn Belgique, ces m\u00e9canismes se trouvent renforc\u00e9s par une politique \u00e9ducative extr\u00eamement d\u00e9r\u00e9gulatrice : des programmes formul\u00e9s de fa\u00e7on tellement vague (en particulier en Communaut\u00e9 fran\u00e7aise depuis la r\u00e9forme de \u00ab l&#8217;approche par comp\u00e9tences \u00bb) qu&#8217;ils offrent une grande marge de manoeuvre \u00e0 l&#8217;interpr\u00e9tation personnelle des enseignants et donc aux \u00e9carts de niveau entre \u00e9tablissements ; la libert\u00e9 accord\u00e9e \u00e0 l&#8217;enseignement catholique d&#8217;avoir ses propres programmes et ses propres syst\u00e8mes d&#8217;inspection ; la faiblesse des syst\u00e8mes d&#8217;inspection (dans les deux r\u00e9seaux) ; l&#8217;absence de toute \u00e9valuation externe qui laisse, l\u00e0 encore, la bride sur le cou du d\u00e9veloppement in\u00e9gal ; la mise en place des conseils de participation qui, dans le contexte actuel, contribuent \u00e0 \u00ab marquer \u00bb les \u00e9coles de l&#8217;empreinte sociale de leur public d&#8217;\u00e9l\u00e8ves ; etc.<\/p>\n<p>L&#8217;antith\u00e8se de l&#8217;\u00e9cole de march\u00e9, c&#8217;est l&#8217;\u00e9cole commune, o\u00f9 tous les enfants d&#8217;une m\u00eame communaut\u00e9, d&#8217;une m\u00eame entit\u00e9 g\u00e9ographique, vivent et \u00e9tudient ensemble, quelle que soit leur origine sociale ou leur appartenance ethnique ou philosophique. Parmi les pays capitalistes industrialis\u00e9s, la Finlande est sans doute l&#8217;un de ceux qui se rapprochent le plus de cette conception de l&#8217;enseignement. Or, il se fait que la s\u00e9gr\u00e9gation sociale est beaucoup plus faible dans l&#8217;enseignement finlandais que dans l&#8217;enseignement belge.<\/p>\n<h2>Comment on choisit son \u00e9cole<\/h2>\n<p>Dans l&#8217;enqu\u00eate PISA, nous trouvons une question qui permet de cerner d&#8217;embl\u00e9e la profonde diff\u00e9rence entre le quasi-march\u00e9 belge et l&#8217;\u00e9cole commune finlandaise. Il a \u00e9t\u00e9 demand\u00e9 aux \u00e9l\u00e8ves (tous \u00e2g\u00e9s de 15 ans) d&#8217;indiquer, parmi une liste de motifs, celui ou ceux qui avaient pr\u00e9sid\u00e9 au choix de leur \u00e9cole. En Finlande, 81% des \u00e9l\u00e8ves ont coch\u00e9 la r\u00e9ponse \u00ab Parce que c&#8217;est l&#8217;\u00e9cole locale \u00bb. Par contre, en Belgique n\u00e9erlandophone, ce pourcentage tombe \u00e0 32% et en Communaut\u00e9 fran\u00e7aise seuls 20% des \u00e9l\u00e8ves disent avoir choisi leur \u00e9cole pour des raisons de proximit\u00e9.<br \/>\nChez nous, les premiers motifs invoqu\u00e9s sont la \u00ab tradition familiale \u00bb et la \u00ab qualit\u00e9 \u00bb de l&#8217;\u00e9cole, dont l&#8217;un au moins est retenu par 54% des \u00e9l\u00e8ves, contre 30% seulement en Finlande. Mais sans doute la notion de \u00ab tradition familiale \u00bb n&#8217;a-t-elle pas le m\u00eame sens dans un pays o\u00f9 l&#8217;on choisit son \u00e9cole et dans un pays o\u00f9 l&#8217;on fr\u00e9quente l&#8217;\u00e9cole locale et o\u00f9 obligation et tradition tendent d\u00e8s lors \u00e0 se confondre. Les 54% de r\u00e9ponses \u00ab tradition et\/ou qualit\u00e9 \u00bb en Belgique sont donc, probablement, plut\u00f4t \u00e0 comparer avec les 9,8% obtenus en Finlande par la seule option \u00ab qualit\u00e9 de l&#8217;\u00e9cole \u00bb.<\/p>\n<p><strong>Tableau 3 :<br \/>\nParmi les motifs suivants, lesquels ont inspir\u00e9 votre choix d&#8217;\u00e9cole ?<\/strong><\/p>\n<p>| |Belgique|France|Finlande|<br \/>\n|Ecole locale|26,6%|51,7%|81,1%|<br \/>\n|&#8221;Tradition &amp; qualit\u00e9&#8221;|53,7%|48,7%|30,0%|<br \/>\n|<em>Tradition familiale<\/em>|33,8%|31,8%|23,3%|<br \/>\n|<em>Qualit\u00e9 de l&#8217;\u00e9cole<\/em>|31,5%|25,3%|9,8%|<br \/>\n|Motif religieux|4,6%|3,2%|0,7%|<br \/>\n|Pr\u00e9sence de l&#8217;option souhait\u00e9e|29,9%|21,9%|10,3%|<\/p>\n<p>Bref, nous avons, \u00e0 gauche du tableau, un syst\u00e8me \u00e9ducatif fond\u00e9 sur un (quasi-)march\u00e9 scolaire, un syst\u00e8me o\u00f9 l&#8217;on peut &#8211; et o\u00f9 l&#8217;on doit ! &#8211; choisir son \u00e9cole selon des crit\u00e8res \u00ab librement \u00bb d\u00e9termin\u00e9s ; et \u00e0 droite, l&#8217;\u00e9cole commune, \u00e0 laquelle on appartient essentiellement sur base de son lieu de r\u00e9sidence. Entre les deux, nous avons ajout\u00e9 la France. Ce pays dispose d&#8217;un syst\u00e8me contraignant, la \u00ab carte scolaire \u00bb, qui oblige les parents \u00e0 inscrire leurs enfants dans l&#8217;\u00e9cole qui leur est d\u00e9sign\u00e9e. Mais ce syst\u00e8me souffre de deux d\u00e9fauts. Premi\u00e8rement, il ne concerne que l&#8217;enseignement public, ce qui permet probablement \u00e0 l&#8217;enseignement \u00ab priv\u00e9 sous contrat \u00bb (en Belgique nous dirions \u00ab libre subventionn\u00e9 \u00bb) de jouer le r\u00f4le de r\u00e9ceptacle privil\u00e9gi\u00e9 des familles de couches sociales sup\u00e9rieures (malheureusement, ce point est impossible \u00e0 mettre en \u00e9vidence \u00e0 partir de l&#8217;enqu\u00eate PISA : pour une raison que nous n&#8217;avons pas encore pu \u00e9claircir, les donn\u00e9es PISA pour la France occultent toute information sur la nature publique ou priv\u00e9e des \u00e9coles &#8211; en fait, c&#8217;est tout le questionnaire \u00ab \u00e9coles \u00bb qui semble n&#8217;avoir pas \u00e9t\u00e9 compl\u00e9t\u00e9). D&#8217;autre part, ce syst\u00e8me de carte scolaire fran\u00e7ais souffre de nombreuses lacunes. On le qualifie souvent de \u00ab passoire \u00bb parce que ceux qui connaissent bien les arcanes du syst\u00e8me peuvent facilement contourner l&#8217;obligation, en jouant sur les exceptions l\u00e9gales ou par des choix d&#8217;option judicieux. Mais malgr\u00e9 ces r\u00e9serves, force est d&#8217;observer que, gr\u00e2ce \u00e0 la carte scolaire, la France occupe une place m\u00e9diane entre la Belgique et la Finlande en mati\u00e8re de choix scolaires. Avec une \u00e9tonnante r\u00e9gularit\u00e9, les r\u00e9ponses des jeunes Fran\u00e7ais aux questions relatives au choix d&#8217;\u00e9cole, se situent syst\u00e9matiquement \u00e0 mi-chemin entre les r\u00e9ponses belges et les r\u00e9ponses finlandaises. Or, dans le classement des pays europ\u00e9ens selon le degr\u00e9 d&#8217;in\u00e9galit\u00e9 sociale dans leur syst\u00e8me d&#8217;enseignement, la France se classe \u00e9galement \u00e0 une position m\u00e9diane entre la Belgique (champion de l&#8217;in\u00e9galit\u00e9 aux c\u00f4t\u00e9s de l&#8217;Allemagne) et les pays scandinaves.<\/p>\n<p>Pour la Belgique, nous livrons ci-dessous un deuxi\u00e8me tableau, o\u00f9 les r\u00e9ponses ont \u00e9t\u00e9 ventil\u00e9es d&#8217;une part selon la communaut\u00e9 linguistique et d&#8217;autre part selon l&#8217;origine sociale des \u00e9l\u00e8ves (nous n&#8217;avons retenu que les deux quartiles extr\u00eames selon l&#8217;indice socio-\u00e9conomico-culturel des tests PISA : les 25% les plus \u00ab pauvres \u00bb et les 25% les plus \u00ab riches \u00bb).<\/p>\n<p><strong>Tableau 4 :<br \/>\nParmi les motifs suivants, lesquels ont inspir\u00e9 votre choix d&#8217;\u00e9cole ?<\/strong><\/p>\n<p>| |Communaut\u00e9 flamande| Communaut\u00e9 fran\u00e7aise|Quartile<br \/>\ninf\u00e9rieur|Quartile sup\u00e9rieur|<br \/>\n|Ecole locale|32,2%|19,7%|21,6%|30,7%|<br \/>\n|&#8221;Tradition &amp; qualit\u00e9&#8221;|52,5%|56,7%|46,8%|64,8%|<br \/>\n|Tradition familiale|31,5%|35,6%|31,6%|39,2%|<br \/>\n|Qualit\u00e9 de l&#8217;\u00e9cole|31,0%|32,1%|22,6%|42,7%|<br \/>\n|Motif religieux|5,4%|3,5%|4,7%|6,1%|<br \/>\n|Pr\u00e9sence de l&#8217;option souhait\u00e9e|31,2%|27,8%|31,1%|25,8%|<\/p>\n<p>Premier constat : il n&#8217;existe pas de diff\u00e9rences majeures entre la Flandre et la Communaut\u00e9 fran\u00e7aise, mis \u00e0 part le taux plus \u00e9lev\u00e9 en Flandre de choix d&#8217;une \u00e9cole locale (mais toujours tr\u00e8s loin des taux fran\u00e7ais et surtout finlandais). Ceci s&#8217;explique probablement par le fait que le Nord de la Belgique compte de nombreuses communes semi-rurales, \u00e0 densit\u00e9 de population relativement \u00e9lev\u00e9e mais de taille moyenne, o\u00f9 il n&#8217;existe souvent qu&#8217;une seule \u00e9cole secondaire, d&#8217;ailleurs souvent catholique. Ces communes comptent peu d&#8217;immigration, peu de classe ouvri\u00e8re et l&#8217;\u00e9cole locale s&#8217;impose d\u00e8s lors comme un choix naturel pour la bourgeoisie et la petite bourgeoisie locales. La Wallonie et Bruxelles sont en revanche beaucoup plus partag\u00e9es entre des zones urbaines \u00e0 tr\u00e8s forte densit\u00e9 (donc avec une offre scolaire importante) et des zones rurales peu denses o\u00f9 n&#8217;existent souvent pas d&#8217;\u00e9coles secondaires (n&#8217;oublions pas que l&#8217;enqu\u00eate porte sur des \u00e9l\u00e8ves de 15 ans) et dont les enfants se retrouvent donc \u00e9galement, loin de leur domicile, sur les march\u00e9s scolaires urbains.<br \/>\nPar contre, comme nous nous y attendions, le tableau nous montre des diff\u00e9rences de strat\u00e9gies de choix marqu\u00e9es selon l&#8217;origine sociale. De mani\u00e8re frappante, tous les motifs possibles, \u00e0 l&#8217;exception de la \u00ab pr\u00e9sence de l&#8217;option souhait\u00e9e \u00bb, sont mentionn\u00e9s nettement plus souvent dans le quartile sup\u00e9rieur que dans le quartile inf\u00e9rieur. Ceci traduit sans doute une motivation de choix plus explicite et plus positive dans le chef des classes sup\u00e9rieures. Dans les classes inf\u00e9rieures en revanche, il n&#8217;y a souvent pas de choix, mais l&#8217;acceptation contrainte de la rel\u00e9gation, en ce compris l&#8217;obligation de trouver une \u00e9cole proposant telle ou telle formation qualifiante particuli\u00e8re, que l&#8217;on a \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 de \u00ab choisir \u00bb parce qu&#8217;on a \u00e9t\u00e9 exclu de l&#8217;enseignement g\u00e9n\u00e9ral ou de l&#8217;enseignement de transition.<\/p>\n<p>Remarquons encore, pour clore ce point, les taux de r\u00e9ponse syst\u00e9matiquement tr\u00e8s faibles (y compris en Flandre) pour l&#8217;option \u00ab motif religieux \u00bb. Ainsi, la libert\u00e9 religieuse, qui se trouve historiquement \u00e0 la base de la libert\u00e9 d&#8217;enseignement en Belgique, et au nom de laquelle on brandit encore, \u00e0 intervalle r\u00e9gulier, les menaces d&#8217;une nouvelle guerre scolaire, n&#8217;est en r\u00e9alit\u00e9 qu&#8217;un pr\u00e9texte. Presque personne ne choisit une \u00e9cole catholique parce qu&#8217;elle est catholique. D&#8217;ailleurs, \u00e9trangement, la fr\u00e9quence de ce choix est identique dans l&#8217;enseignement \u00ab libre \u00bb (4,6%) et dans l&#8217;enseignement officiel (4,5%).<br \/>\nIl y a peu, un \u00e9minent professeur d&#8217;une universit\u00e9 flamande nous demandait pourquoi, en d\u00e9pit de la communautarisation, l&#8217;Aped continuait \u00ab d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment \u00bb de proposer des pistes dans un cadre belge, alors qu&#8217;il \u00e9tait clair, selon lui, que \u00ab les mentalit\u00e9s en mati\u00e8re d&#8217;enseignement sont totalement diff\u00e9rentes entre le nord et le sud \u00bb. Du tableau qui pr\u00e9c\u00e8de, nous conclurons au contraire que ces quinze ann\u00e9es de division communautaire n&#8217;ont gu\u00e8re permis \u00e0 l&#8217;une des communaut\u00e9s d&#8217;entamer un tant soit peu les pratiques de march\u00e9s scolaires. Et que s&#8217;il faut chercher une ligne de partage dans le domaine des mentalit\u00e9s en mati\u00e8re d&#8217;enseignement, et particuli\u00e8rement en mati\u00e8re de choix d&#8217;\u00e9cole, ce n&#8217;est pas entre le nord et le sud de la Belgique qu&#8217;il faut la tracer, mais entre la classe des riches et celle des pauvres : les premiers ont un rapport positif et une attitude agressive face au \u00ab march\u00e9 scolaire \u00bb, les seconds le subissent ou s&#8217;y r\u00e9signent.<\/p>\n<h2>La s\u00e9lection par l&#8217;\u00e9cole<\/h2>\n<p>En Belgique, les \u00e9coles ont, en principe, l&#8217;obligation d&#8217;inscrire tout \u00e9l\u00e8ve qui en fait la demande (pour autant bien s\u00fbr qu&#8217;il y soit autoris\u00e9 par la d\u00e9cision du conseil de classe de l&#8217;ann\u00e9e ant\u00e9rieure, sans quoi la question ne se pose m\u00eame pas). Les refus d&#8217;inscription ne sont autoris\u00e9s que pour motif de manque de place d\u00fbment constat\u00e9. Or, en pratique, lorsque l&#8217;enqu\u00eate PISA interroge ing\u00e9nument les directeurs et pr\u00e9fets d&#8217;\u00e9coles sur les \u00ab facteurs pris en consid\u00e9ration pour l&#8217;admission d&#8217;\u00e9l\u00e8ves \u00bb, voici ce que cela donne&#8230;<\/p>\n<p><strong>Tableau 5 :<br \/>\nQuels facteurs sont pris en consid\u00e9ration<br \/>\npour l&#8217;admission d&#8217;\u00e9l\u00e8ves dans votre \u00e9tablissement ?<\/strong><\/p>\n<p>| |Belgique | |Finlande| |<br \/>\n| |Pris en compte|&#8230;dont exig\u00e9|Pris en compte|&#8230;dont exig\u00e9|<br \/>\n|R\u00e9sultats ant\u00e9c\u00e9dents de l&#8217;\u00e9l\u00e8ve|58,8%|17,1%|12,9%|0,4%|<br \/>\n|Recommandation d&#8217;une autre \u00e9cole|97,7%|6,0%|19,8%|2,0%|<br \/>\n|Religion des parents|57,8%|16,3%|26,6%|3,0%|<br \/>\n|Demande d&#8217;une option particuli\u00e8re|63,5%|19,2%|43,6%|1,9%|<br \/>\n|Pr\u00e9sence d&#8217;autres membres famille|97,8%|3,5%|100,0%|4,4%|<br \/>\n|Lieu de r\u00e9sidence de l&#8217;\u00e9l\u00e8ve|8,0%|0,8%|69,8%|30,7%|<\/p>\n<p>Dans l&#8217;anonymat d&#8217;une enqu\u00eate, pr\u00e8s de 60% des chefs d&#8217;\u00e9tablissements belges admettent qu&#8217;ils \u00ab prennent en compte \u00bb le niveau des r\u00e9sultats ant\u00e9rieurs de l&#8217;\u00e9l\u00e8ve avant d&#8217;admettre son inscription. Plus d&#8217;un sur six reconna\u00eet m\u00eame qu&#8217;il s&#8217;agit l\u00e0 d&#8217;une condition pr\u00e9alable . Ces taux varient quelque peu selon les communaut\u00e9s : 50% en Communaut\u00e9 fran\u00e7aise, contre 66% en Flandre o\u00f9 la l\u00e9gislation \u00e9tait un peu moins stricte au moment de l&#8217;enqu\u00eate (mais elle a chang\u00e9 depuis). De m\u00eame, ces comportements de s\u00e9lection sur base des r\u00e9sultats semblent un peu plus fr\u00e9quents dans l&#8217;enseignement libre (65%) que dans l&#8217;officiel (52%). Le sommet \u00e9tant atteint dans l&#8217;enseignement catholique flamand, dont 73% des directeurs reconnaissent effectuer une s\u00e9lection \u00e0 l&#8217;entr\u00e9e sur base du niveau des \u00e9l\u00e8ves.<br \/>\nIl s&#8217;agit l\u00e0 d&#8217;une irr\u00e9gularit\u00e9 grave. La majorit\u00e9 des directeurs et pr\u00e9fets admettent contribuer activement et sciemment &#8211; et de mani\u00e8re parfaitement ill\u00e9gale &#8211; \u00e0 entretenir les in\u00e9galit\u00e9s de niveau entre les \u00e9coles belges.<\/p>\n<p>Encore plus inqui\u00e9tant, pour ne pas dire effarant : le fait que 58% des chefs d&#8217;\u00e9tablissement disent effectuer une certaine s\u00e9lection sur base de la religion des parents. Et 16,3% vont jusqu&#8217;\u00e0 avouer qu&#8217;ils font de la religion des parents une exigence au moment de l&#8217;inscription. Cette fois, c&#8217;est l&#8217;enseignement libre francophone qui bat les records de l&#8217;intol\u00e9rance puisque 93% (!) de ses directeurs admettent pratiquer peu ou prou ce type de s\u00e9lection religieuse et plus d&#8217;un tiers (36%) en font m\u00eame une barri\u00e8re stricte lors de l&#8217;inscription. Rappelons qu&#8217;il s&#8217;agit l\u00e0 d&#8217;un comportement qui est non seulement contraire aux r\u00e9glementations relatives aux inscriptions, mais qui rel\u00e8ve de la l\u00e9gislation sur les d\u00e9lits de racisme.<\/p>\n<p>Qu&#8217;en est-il en Finlande? Si certains chiffres ne manquent pas, l\u00e0 aussi, de susciter des inqui\u00e9tudes (puisque 27% des chefs d&#8217;\u00e9tablissement disent tenir compte de la religion des parents et 13% des r\u00e9sultats ant\u00e9rieurs), on est cependant tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9 du lib\u00e9ralisme scolaire \u00e0 la belge.<\/p>\n<p>Mais la grande diff\u00e9rence, essentielle, entre la Belgique et la Finlande r\u00e9side dans le taux de mention d&#8217;un motif que nous n&#8217;avons pas encore \u00e9voqu\u00e9 et qui figure en derni\u00e8re ligne de notre tableau : le lieu de r\u00e9sidence de l&#8217;\u00e9l\u00e8ve. En Finlande, 70% des chefs d&#8217;\u00e9tablissement disent tenir compte de ce facteur pour l&#8217;admission des \u00e9l\u00e8ves et 31% d\u00e9clarent qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;un \u00e9l\u00e9ment d\u00e9terminant. En Belgique, rien de tel. Seuls 8% des directeurs et pr\u00e9fets tiennent compte du lieu de r\u00e9sidence et moins d&#8217;un pourcent consid\u00e8rent cet \u00e9l\u00e9ment comme d\u00e9terminant. C&#8217;est l\u00e0 qu&#8217;appara\u00eet le plus clairement la diff\u00e9rence entre un enseignement organis\u00e9 sur la base du march\u00e9 et une \u00e9cole int\u00e9gr\u00e9e dans une communaut\u00e9 g\u00e9ographique donn\u00e9e.<\/p>\n<h2>Ecole \u00ab Grand Bazar \u00bb ou \u00e9cole de quartier ?<\/h2>\n<p>Dans notre syst\u00e8me scolaire belge, les \u00e9coles sont en concurrence permanente et cherchent \u00e0 attirer un maximum d&#8217;\u00e9l\u00e8ves. M\u00eame lorsque les locaux deviennent exigus, on se r\u00e9jouit de voir gonfler les effectifs, jugeant que l&#8217;on a ainsi fait \u00ab une bonne rentr\u00e9e \u00bb. Au contraire, chaque r\u00e9duction du nombre d&#8217;\u00e9l\u00e8ves est per\u00e7ue comme une catastrophe par les directeurs et, parfois, par des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s syndicaux qui confondent d\u00e9fense de l&#8217;emploi et d\u00e9fense corporatiste de \u00ab leur \u00bb entreprise. Bref, nos \u00e9coles tendent \u00e0 prendre de l&#8217;embonpoint, et ce d&#8217;autant plus que les politiques \u00e9ducatives des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies ont syst\u00e9matiquement favoris\u00e9 &#8211; au nom des \u00e9conomies d&#8217;\u00e9chelles &#8211; la fusion des \u00e9tablissements en grandes entit\u00e9s.<br \/>\nLe nombre moyen d&#8217;\u00e9l\u00e8ves, dans les \u00e9coles ayant particip\u00e9 aux tests PISA 2003, est de 573 en Belgique, contre 326 en Finlande. Cela signifie qu&#8217;une \u00e9cole belge compte en moyenne 60% d&#8217;\u00e9l\u00e8ves de plus qu&#8217;une \u00e9cole Finlandaise.<br \/>\nOn pourrait croire que ceci r\u00e9sulte essentiellement de la faible densit\u00e9 de population de la Finlande. Le tableau 4 confirme bien s\u00fbr que les entit\u00e9s g\u00e9ographiques (villes, villages) finlandaises sont plus petites que celles de Belgique . Plus de la moiti\u00e9 des \u00e9coles finlandaises sont situ\u00e9es dans des villes ou villages de moins de 15.000 habitants, ce qui n&#8217;est le cas, en Belgique, que pour 30% des \u00e9tablissements. Mais on constate \u00e9galement que les \u00e9coles situ\u00e9es dans des entit\u00e9s de m\u00eame dimension sont syst\u00e9matiquement plus petites en Finlande qu&#8217;en Belgique.<\/p>\n<p><strong>Tableau 6 :<br \/>\nNombre d&#8217;\u00e9l\u00e8ves par \u00e9cole, selon la taille de l&#8217;entit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>|Taille de l&#8217;entit\u00e9 (ville ou village) en milliers|de 0 \u00e0 3|de 3 \u00e0 15|de 15 \u00e0 100|de 100 \u00e0 1000|plus de 1000|TOTAL|<br \/>\n|<strong>Belgique<\/strong>| | | | | | |<br \/>\n|R\u00e9partition des \u00e9coles|6%|23%|49%|12%|8%|100%|<br \/>\n|Nombre d&#8217;\u00e9l\u00e8ves par \u00e9cole|278|514|610|470|665|573|<br \/>\n|<strong>Finlande<\/strong>| | | | | | |<br \/>\n|R\u00e9partition des \u00e9coles|22%|31%|28%|18%|0%|100%|<br \/>\n|Nombre d&#8217;\u00e9l\u00e8ves par \u00e9cole|154|325|412|400|-|326|<\/p>\n<p>Par exemple, dans les villes de taille moyenne (15 \u00e0 100 mille habitants), les \u00e9coles finlandaises ne comptent que 412 \u00e9l\u00e8ves en moyenne, contre 610 en Belgique. Qui plus est, pour les raisons d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9es plus haut, les petites \u00e9coles rurales sont souvent, en Finlande, des \u00e9coles o\u00f9 se concentrent les enfants des classes sociales les plus populaires. Il en r\u00e9sulte une forte variation du nombre d&#8217;\u00e9l\u00e8ves par \u00e9cole, selon le niveau social de recrutement de l&#8217;\u00e9tablissement.<\/p>\n<p><strong>Tableau 7 :<br \/>\nNombre d&#8217;\u00e9l\u00e8ves par \u00e9cole, selon le type social de l&#8217;\u00e9cole<\/strong><\/p>\n<p>| |\u00e9coles s\u00e9gr\u00e9gatives \u00ab pauvres \u00bb|\u00e9coles mixtes|\u00e9coles s\u00e9gr\u00e9gatives \u00ab riches \u00bb|<br \/>\n|Belgique|575|558|612|<br \/>\n|Finlande|197|345|415|<br \/>\n|Rapport|2,9|1,6|1,5|<\/p>\n<p>En Finlande, les \u00e9coles s\u00e9gr\u00e9gatives pauvres sont donc non seulement moins nombreuses qu&#8217;en Belgique, elles comptent aussi en moyenne presque trois fois moins d&#8217;\u00e9l\u00e8ves. La petite taille de ces \u00e9tablissements contribue bien \u00e9videmment \u00e0 expliquer pourquoi, malgr\u00e9 leur recrutement homog\u00e8ne extr\u00eamement modeste, ils parviennent \u00e0 obtenir des r\u00e9sultats tout \u00e0 fait similaires \u00e0 ceux des \u00e9coles mixtes ou des \u00e9coles urbaines \u00ab de riches \u00bb.<\/p>\n<h2>Enseignement priv\u00e9, enseignement public<\/h2>\n<p>L&#8217;un des facteurs qui, en Belgique, contribue fortement \u00e0 entretenir les m\u00e9canismes de quasi-march\u00e9 (et \u00e0 les justifier id\u00e9ologiquement) est la pr\u00e9sence d&#8217;un important r\u00e9seau d&#8217;enseignement priv\u00e9 confessionnel. Pr\u00e8s de 69% des \u00e9l\u00e8ves de 15 ans appartiennent \u00e0 ce r\u00e9seau dit \u00ab libre \u00bb, alors qu&#8217;en Finlande plus de 93% fr\u00e9quentent une \u00e9cole publique.<br \/>\nOr, la concurrence entre r\u00e9seaux alimente \u00e9videmment la comp\u00e9tition g\u00e9n\u00e9rale dans l&#8217;enseignement belge et l&#8217;autonomie dont jouit le r\u00e9seau \u00ab libre \u00bb contribue \u00e0 \u00e9lever le niveau de d\u00e9r\u00e9gulation de notre syst\u00e8me \u00e9ducatif.<\/p>\n<p>Une question vient imm\u00e9diatement \u00e0 l&#8217;esprit : existe-t-il encore, aujourd&#8217;hui, une s\u00e9gr\u00e9gation sociale entre l&#8217;enseignement catholique (qui constitue l&#8217;essentiel de l&#8217;enseignement \u00ab libre \u00bb) et l&#8217;enseignement officiel ? La r\u00e9ponse est malheureusement positive, m\u00eame s&#8217;il faut la nuancer quelque peu selon les communaut\u00e9s. Dans le tableau 7, nous avons, pour chaque communaut\u00e9, r\u00e9parti nos trois types d&#8217;\u00e9coles (s\u00e9gr\u00e9gatives riches, mixtes et s\u00e9gr\u00e9gatives pauvres) selon le r\u00e9seau auquel elles appartiennent. S&#8217;il n&#8217;y avait pas de diff\u00e9rence entre r\u00e9seaux, chacun devrait s&#8217;attribuer une part constante d&#8217;\u00e9coles de chaque type et nous devrions donc trouver, sur une m\u00eame ligne, \u00e0 peu pr\u00e8s trois fois le m\u00eame nombre. Or, que voyons-nous ? En Communaut\u00e9 fran\u00e7aise, les \u00e9coles \u00e0 s\u00e9gr\u00e9gation sociale \u00ab riche \u00bb sont largement surrepr\u00e9sent\u00e9es dans l&#8217;enseignement libre et sous-repr\u00e9sent\u00e9es dans l&#8217;enseignement officiel. En Communaut\u00e9 flamande, la diff\u00e9rence majeure se situe au niveau des \u00e9coles de rel\u00e9gation (s\u00e9gr\u00e9gation sociale \u00ab pauvre \u00bb) : elles sont surrepr\u00e9sent\u00e9es dans l&#8217;enseignement officiel et sous-repr\u00e9sent\u00e9es dans l&#8217;enseignement catholique.<\/p>\n<p><strong>Tableau 8 :<br \/>\nS\u00e9gr\u00e9gation scolaire et r\u00e9seaux<\/strong><\/p>\n<p>| |\u00e9coles s\u00e9gr\u00e9gatives &#8220;pauvres&#8221;|\u00e9coles socialement &#8220;mixtes&#8221;|\u00e9coles s\u00e9gr\u00e9gatives &#8220;riches&#8221;|<br \/>\n|Communaut\u00e9 fran\u00e7aise| | |<br \/>\n|r\u00e9seau(x) officiel(s)|45,7%|41,6%|13,7%|<br \/>\n|r\u00e9seau libre|54,3%|58,4%|86,3%|<br \/>\n| |100,0%|100,0%|100,0%|<br \/>\n|Communaut\u00e9 flamande| | |<br \/>\n|r\u00e9seau(x) officiel(s)|43,5%|21,7%|21,8%|<br \/>\n|r\u00e9seau libre|56,5%|78,3%|78,2%|<br \/>\n| |100,0%|100,0%|100,0%|<\/p>\n<p>Le r\u00e9seau le moins \u00ab s\u00e9gr\u00e9gateur \u00bb, celui qui compte proportionnellement le plus d&#8217;\u00e9coles \u00ab mixtes \u00bb, est le r\u00e9seau officiel francophone. Cela est d\u00fb essentiellement au fait qu&#8217;il compte tr\u00e8s peu d&#8217;\u00e9coles \u00ab de riches \u00bb (6%). Le r\u00e9seau apparemment le plus \u00ab s\u00e9gr\u00e9gateur \u00bb est le r\u00e9seau officiel n\u00e9erlandophone, mais cela provient de ce qu&#8217;il compte proportionnellement \u00e9norm\u00e9ment d&#8217;\u00e9coles \u00ab de pauvres \u00bb (37%).<\/p>\n<p>L&#8217;explication de cette diff\u00e9rence entre \u00e9coles officielles et \u00ab libres \u00bb, sur le plan social du recrutement, est forc\u00e9ment multiple. On pourra sans doute invoquer les diff\u00e9rences de niveaux de pratique religieuse selon les classes sociales, mais n&#8217;oublions pas que nous avons vu (tableau 4) que le choix d&#8217;une \u00e9cole se fait tr\u00e8s peu souvent sur base des convictions philosophiques. Ce sont beaucoup plus probablement les \u00e9l\u00e9ments \u00ab tradition \u00bb et \u00ab qualit\u00e9 \u00bb (r\u00e9elle ou suppos\u00e9e) qui expliquent le choix de l&#8217;\u00e9cole libre par les classes sociales privil\u00e9gi\u00e9es. Encore ne faut-il pas n\u00e9gliger compl\u00e8tement des facteurs plus bassement mat\u00e9riels, comme le co\u00fbt des \u00e9tudes. Celles-ci ont beau \u00eatre th\u00e9oriquement gratuites, m\u00eame dans les \u00e9coles catholiques subventionn\u00e9es, la pratique est tout autre. Les \u00e9coles du r\u00e9seau libre continuent en effet de r\u00e9clamer une participation importante aux parents, ainsi que le montre le tableau 9, bas\u00e9 sur les r\u00e9ponses des chefs d&#8217;\u00e9tablissements au questionnaire PISA.<\/p>\n<p><strong>Tableau 9 :<br \/>\nSources de financement des \u00e9tablissements scolaires<\/strong><\/p>\n<p>| |Belgique, r\u00e9seau officiel|Belgique, r\u00e9seau \u00ab libre \u00bb|Finlande| |<br \/>\n|Financement public|96, %|86,9 %|99,4 %|<br \/>\n|Financement parents|2,9 %|8,9 %|0,4 %|<br \/>\n|Financement dons|0,2 %|2,4 %|0,1 %|<br \/>\n|Autres|1,3 %|4,3 %|0,1 %|<\/p>\n<p>On observe qu&#8217;\u00e0 c\u00f4t\u00e9 des subsides re\u00e7us de l&#8217;Etat, les \u00e9coles \u00ab libres \u00bb puisent encore 13% de financement suppl\u00e9mentaire aupr\u00e8s des parents, via des dons ou par d&#8217;autres moyens &#8211; f\u00eates scolaires et autres activit\u00e9s commerciales &#8211; qui ne sont tr\u00e8s souvent, l\u00e0 encore, que des ponctions indirectes aupr\u00e8s des parents (quand il ne s&#8217;agit pas de l&#8217;exploitation du travail \u00ab b\u00e9n\u00e9vole \u00bb des professeurs et des \u00e9l\u00e8ves). Dans l&#8217;enseignement officiel, \u00ab seulement \u00bb 3 \u00e0 4% du financement provient des parents. En Finlande, en revanche, ces ponctions aupr\u00e8s des parents sont n\u00e9gligeables.<\/p>\n<h2>Evaluation : beaucoup et n&#8217;importe quoi<\/h2>\n<p>Certains auteurs insistent souvent sur la tr\u00e8s grande autonomie p\u00e9dagogique dont jouissent les \u00e9tablissements et les enseignants dans les pays scandinaves. Mais \u00e0 y regarder de plus pr\u00e8s, il s&#8217;agit l\u00e0 d&#8217;une autonomie parfaitement cadr\u00e9e : des programmes clairement formul\u00e9s et des \u00e9valuations externes r\u00e9guli\u00e8res permettent de garantir que tous les \u00e9tablissements soient bien sur la m\u00eame longueur d&#8217;onde.<br \/>\nAu contraire, l\u00e0 encore, le lib\u00e9ralisme scolaire belge permet toutes les d\u00e9rives. En mati\u00e8re d&#8217;\u00e9valuation, par exemple, il conduit \u00e0 une surench\u00e8re qui s&#8217;av\u00e8re \u00e0 la fois dommageable et inefficace. Voyons cela en d\u00e9tail. Lorsqu&#8217;on interroge les chefs d&#8217;\u00e9tablissement sur la fr\u00e9quence et le mode des pratiques d&#8217;\u00e9valuation en vigueur dans leur \u00e9cole, voici (tableau 10) ce que cela donne.<\/p>\n<p><strong>Tableau 10 :<br \/>\nModes et fr\u00e9quences d&#8217;\u00e9valuation en Belgique et en Finlande<\/strong><\/p>\n<p>| |Jamais|1 \u00e0 2 fois par an|3 \u00e0 4 fois par an|Une fois par mois|Plusieurs fois par mois|<br \/>\n|Tests standardis\u00e9s| | | | | |<br \/>\n|Belgique|69,1%|17,5%|5,1%|1,8%|1,3%|<br \/>\n|Finlande|1,6%|82,0%|15,6%|0,0%|0,0%|<br \/>\n|Test d\u00e9velopp\u00e9s par les professeurs| | | | | |<br \/>\n|Belgique|0,8%|7,2%|13,9%|11,0%|64,0%|<br \/>\n|Finlande|0,0%|0,1%|45,7%|37,8%|15,5%|<\/p>\n<p>La diff\u00e9rence entre la Belgique et la Finlande est \u00e0 nouveau frappante. Le niveau des \u00e9l\u00e8ves belges est \u00e9valu\u00e9 beaucoup plus souvent, par leurs propres enseignants, que ce n&#8217;est le cas en Finlande. Dans 64% des cas, ce type d&#8217;\u00e9valuation par l&#8217;enseignant a lieu plusieurs fois par mois en Belgique, alors que la plupart des \u00e9l\u00e8ves finlandais sont \u00e9valu\u00e9s moins d&#8217;une fois tous les deux mois ou seulement une fois par mois. En revanche, l&#8217;\u00e9valuation externe, au moyen de tests standardis\u00e9s est, au dire des chefs d&#8217;\u00e9tablissement, une pratique courante en Finlande, sans pour autant occuper une place excessive dans la vie scolaire : elle a lieu partout mais, habituellement, seulement une fois par an. Rien de tel en Belgique puisque 70% des \u00e9coles \u00e9chappent \u00e0 toute forme d&#8217;\u00e9valuation standardis\u00e9e. En d&#8217;autres mots, les \u00e9l\u00e8ves belges sont soumis \u00e0 une pression d&#8217;\u00e9valuation constante, mais qui pr\u00eate le flanc \u00e0 l&#8217;arbitraire (puisque rien ne vient garantir que les crit\u00e8res d&#8217;\u00e9valuation soient similaires d&#8217;un \u00e9tablissement \u00e0 l&#8217;autre). Alors que les \u00e9l\u00e8ves finlandais sont \u00e9valu\u00e9s beaucoup moins souvent, mais selon des crit\u00e8res qui, \u00e0 d\u00e9faut d&#8217;\u00eatre forc\u00e9ment objectifs, sont au moins comparables.<br \/>\nL&#8217;existence d&#8217;\u00e9preuves standardis\u00e9es est un \u00e9l\u00e9ment essentiel pour garantir qu&#8217;un syst\u00e8me \u00e9ducatif ne fonctionnant pas sur le mode du quasi-march\u00e9 &#8211; c&#8217;est-\u00e0-dire o\u00f9 il n&#8217;existe pas ou peu de comp\u00e9tition entre \u00e9tablissements scolaires &#8211; parvienne \u00e0 garantir un niveau d&#8217;instruction qui soit \u00e0 la fois \u00e9lev\u00e9 et tr\u00e8s \u00e9gal. Ainsi, 52% des chefs d&#8217;\u00e9tablissement finlandais d\u00e9clarent-ils utiliser les r\u00e9sultats des \u00e9valuations \u00e0 des fins de comparaison avec les standards fix\u00e9s par le gouvernement, 37% les utilisent pour comparer le niveau de leur \u00e9tablissement \u00e0 celui d&#8217;autres \u00e9coles (non pour les concurrencer, puisqu&#8217;il n&#8217;y a pas de march\u00e9 scolaire, mais pour s&#8217;auto-\u00e9valuer) et 32% s&#8217;en servent pour \u00e9valuer leurs enseignants. En Belgique, l&#8217;\u00e9valuation a beau \u00eatre fr\u00e9quente et peser lourdement sur l&#8217;emploi du temps des \u00e9l\u00e8ves et des professeurs, elle n&#8217;est pourtant d&#8217;aucune utilit\u00e9 quand il s&#8217;agit de r\u00e9guler le syst\u00e8me : 80 \u00e0 90% des directeurs et pr\u00e9fets disent ne jamais se servir de ces \u00e9valuations, ni pour juger du niveau de leur \u00e9tablissement, ni pour contr\u00f4ler le travail de leurs enseignants. Le lib\u00e9ralisme comp\u00e9titif \u00e0 la belge parvient certes parfois (en Flandre, mais pas en Communaut\u00e9 fran\u00e7aise) \u00e0 assurer un niveau moyen \u00e9lev\u00e9, mais, comme nous l&#8217;avons vu, cela se fait toujours au prix d&#8217;une in\u00e9galit\u00e9 de niveaux extr\u00eame entre \u00e9tablissements scolaires.<\/p>\n<h2>Conclusions et perspectives<\/h2>\n<p>Ce que montre cette \u00e9tude, c&#8217;est que les diff\u00e9rences g\u00e9ographiques (densit\u00e9 de population) et sociales (rapports ville-campagne, in\u00e9galit\u00e9s sociales globales) ne peuvent \u00e0 elles seules expliquer les diff\u00e9rences profondes entre un enseignement belge fortement in\u00e9galitaire et un enseignement finlandais qui parvient \u00e0 concilier un haut niveau moyen avec un degr\u00e9 d&#8217;in\u00e9galit\u00e9 et de s\u00e9gr\u00e9gation sociale tr\u00e8s faible. Nous savions d\u00e9j\u00e0 que l&#8217;\u00e2ge pr\u00e9coce auquel s&#8217;op\u00e8re, en Belgique, la s\u00e9lection des \u00e9l\u00e8ves en fili\u00e8res hi\u00e9rarchis\u00e9es \u00e9tait un \u00e9l\u00e9ment essentiel qui permettait de comprendre pourquoi, dans des tests r\u00e9alis\u00e9s \u00e0 l&#8217;\u00e2ge de 15 ans, soit 3 ans apr\u00e8s le d\u00e9but de cette s\u00e9lection, les \u00e9carts de r\u00e9sultats \u00e9taient tellement \u00e9lev\u00e9s chez nous alors que le tronc commun finlandais jusqu&#8217;\u00e0 16 ans apportait la garantie d&#8217;une plus grande uniformit\u00e9 de r\u00e9sultats. Mais ce facteur ne peut tout expliquer. Les in\u00e9galit\u00e9s entre \u00e9l\u00e8ves belges sont pr\u00e9sentes bien avant l&#8217;\u00e2ge de 15 ans, \u00e0 tel point qu&#8217;il serait vain, aujourd&#8217;hui, d&#8217;esp\u00e9rer prolonger le tronc commun sans s&#8217;attaquer d&#8217;abord aux m\u00e9canismes structurels qui g\u00e9n\u00e8rent cette in\u00e9galit\u00e9 bien avant que ne se pose la question de l&#8217;orientation vers l&#8217;une des fili\u00e8res du secondaire.<br \/>\nLes donn\u00e9es statistiques issues de l&#8217;enqu\u00eate PISA nous montrent d\u00e9sormais que, parmi ces m\u00e9canismes, l&#8217;organisation lib\u00e9rale de l&#8217;enseignement belge, sur le mode d&#8217;un quasi-march\u00e9 scolaire faiblement r\u00e9gul\u00e9, est bien un facteur crucial de s\u00e9gr\u00e9gation sociale. Et que, a contrario, un syst\u00e8me \u00e9ducatif essentiellement public, o\u00f9 les \u00e9coles s&#8217;inscrivent r\u00e9solument dans un tissu social et culturel local, o\u00f9 la fr\u00e9quentation d&#8217;un \u00e9tablissement scolaire se fait sur base de crit\u00e8res de proximit\u00e9 et non de \u00ab libre \u00bb choix, o\u00f9 une grande autonomie s&#8217;inscrit dans un cadre fortement r\u00e9gulateur, qu&#8217;un tel syst\u00e8me offre des garanties effectives pour une plus grande \u00e9galit\u00e9 de r\u00e9sultats.<br \/>\nLe mod\u00e8le finlandais doit-il, pour autant, \u00eatre \u00ab transplant\u00e9 \u00bb en Belgique. Non, sans doute. Mais il nous appartient de trouver, dans le contexte g\u00e9ographique, social et culturel sp\u00e9cifique de notre pays, les voies qui permettront d&#8217;en finir avec l&#8217;ultra-lib\u00e9ralisme scolaire actuel. Si les rapports de force ne permettent gu\u00e8re d&#8217;imaginer, \u00e0 court terme, une suppression de la libert\u00e9 de choix, il ne saurait \u00eatre question non plus de se contenter de vagues proc\u00e9dures de concertation non contraignantes entre \u00e9tablissements, dans le cadre par exemple d&#8217;une cr\u00e9ation de \u00ab bassins scolaires \u00bb.<br \/>\nDes mesures peuvent \u00eatre imagin\u00e9es qui, sans toucher au principe du libre choix, en att\u00e9nueraient cependant fortement les effets s\u00e9gr\u00e9gateurs. On peut par exemple obliger les \u00e9tablissements d&#8217;enseignement \u00e0 accorder une priorit\u00e9 d&#8217;inscription aux \u00e9l\u00e8ves appartenant \u00e0 une zone g\u00e9ographique donn\u00e9e (et d\u00e9termin\u00e9e de fa\u00e7on \u00e0 assurer une h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 sociale maximale). On peut \u00e9galement, en lien avec la mesure pr\u00e9c\u00e9dente, fixer une date butoir (par exemple le 25 ao\u00fbt), avant laquelle les \u00e9tablissements ne seraient pas autoris\u00e9s \u00e0 inscrire d&#8217;\u00e9l\u00e8ves en dehors de leur \u00ab zone prioritaire de recrutement \u00bb. Les parents qui le souhaitent auraient toujours la possibilit\u00e9 d&#8217;opter pour une autre \u00e9cole, s&#8217;il y reste de la place. Mais au moins d\u00e9placerait-on les difficult\u00e9s. Aujourd&#8217;hui ce sont les parents, souvent de milieux populaires et\/ou d&#8217;\u00e9l\u00e8ves en difficult\u00e9, les parents qui privil\u00e9gient une \u00e9cole locale, qui sont en bute \u00e0 des difficult\u00e9s extr\u00eames et des choix corn\u00e9liens lorsqu&#8217;il s&#8217;agit de trouver une \u00e9cole pour leurs enfants. Alors que ce sont les parents d&#8217;\u00e9l\u00e8ves sans probl\u00e8mes scolaires &#8211; donc souvent issus des classes sociales privil\u00e9gi\u00e9es &#8211; qui jouissent du privil\u00e8ge de choisir leur \u00e9cole ais\u00e9ment et pr\u00e9cocement. Les mesures propos\u00e9es &#8211; zone prioritaire de recrutement et date tardive pour l&#8217;inscription des \u00e9l\u00e8ves hors de leur zone &#8211; ne suppriment pas le libre choix. Mais elles rendraient la vie plus facile \u00e0 ceux qui aujourd&#8217;hui souffrent des quasi-march\u00e9s scolaires et sans doute un peu plus difficile \u00e0 ceux qui souhaitent s&#8217;accrocher aux privil\u00e8ges qu&#8217;ils croient pouvoir retirer de ce syst\u00e8me lib\u00e9ral.<br \/>\nDe telles mesures, parce qu&#8217;elle r\u00e9duisent fortement le jeu de la concurrence entre \u00e9tablissements, pourraient alors s&#8217;accompagner d&#8217;une r\u00e9elle autonomie locale, d&#8217;une participation accrue des parents et des \u00e9l\u00e8ves, tout en permettant une plus forte r\u00e9gulation centrale sur le plan des programmes et des modes d&#8217;\u00e9valuation.<br \/>\nReste le probl\u00e8me des r\u00e9seaux. Mais \u00e0 l&#8217;heure o\u00f9 l&#8217;ex-parti chr\u00e9tien francophone a abandonn\u00e9 toute r\u00e9f\u00e9rence explicite \u00e0 la religion, \u00e0 l&#8217;heure aussi o\u00f9 les communautarismes et les int\u00e9grismes religieux menacent de plus en plus la coh\u00e9sion sociale, n&#8217;est-il pas temps pour l&#8217;\u00e9cole libre belge d&#8217;oser faire le pas que r\u00e9clame la justice sociale et la d\u00e9mocratie : abandonner ses r\u00e9f\u00e9rences religieuses et s&#8217;int\u00e9grer dans un syst\u00e8me public d&#8217;enseignement o\u00f9 ses r\u00e9elles et sinc\u00e8res traditions d&#8217;humanisme et d&#8217;ouverture pourront \u00eatre un levier de progr\u00e8s, au lieu d&#8217;\u00eatre, comme aujourd&#8217;hui, un vulgaire instrument de marketing scolaire ? J&#8217;ose croire qu&#8217;il se trouvera en tout cas, au sein de ce r\u00e9seau, d&#8217;importantes forces de progr\u00e8s qui, d\u00e8s aujourd&#8217;hui, seront pr\u00eates \u00e0 engager ce d\u00e9bat et ce tournant historique.<\/p>\n<p>Vous pouvez \u00e9l\u00e9charger cet article au format PDF :<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2005\/12\/Bel_Fin.pdf\">Bel_Fin.pdf<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le pr\u00e9sent article se propose de comparer quelques caract\u00e9ristiques du syst\u00e8me d&#8217;enseignement belge avec celui de la Finlande, en nous concentrant sur les pratiques de r\u00e9gulation plus ou moins lib\u00e9rales dans ces deux syst\u00e8mes \u00e9ducatifs : affectation des \u00e9l\u00e8ves aux \u00e9coles, importance de l&#8217;enseignement priv\u00e9, modes d&#8217;\u00e9valuation, etc.<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":475,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-481","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/481","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=481"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/481\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/475"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=481"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=481"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=481"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}