{"id":454,"date":"2005-11-28T20:59:17","date_gmt":"2005-11-28T19:59:17","guid":{"rendered":"http:\/\/www.asblonweb.be\/APED\/CM\/?p=454"},"modified":"2017-02-20T18:33:14","modified_gmt":"2017-02-20T17:33:14","slug":"les-damnes-de-la-terre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/2005\/11\/28\/les-damnes-de-la-terre\/","title":{"rendered":"Les damn\u00e9s de la Terre"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Douze longues nuits illumin\u00e9es de feu, t\u00e2ch\u00e9es de sang. Pendant ce temps-l\u00e0, sans doute paralys\u00e9s par la trouille, les t\u00e2cherons du concept, toujours pr\u00eats \u00e0 voler au secours de ceux qui les paient, rattachaient leurs godasses en tremblant ;  effray\u00e9s, incapables de fourbir ne serait-ce qu&#8217;un embryon de r\u00e9flexion, les journalistes vedettes comptaient et recomptaient le nombre de voitures br\u00fbl\u00e9es en s&#8217;emm\u00ealant les doigts dans leurs calculettes ; tous les amis des grandes causes humanitaires, d&#8217;autant plus proches de la mis\u00e8re humaine qu&#8217;elle se trouve tr\u00e8s loin d&#8217;eux, se retrouvaient bec clou\u00e9. Tous les m&#8217;as-tu-vu, beaux parleurs et bavards s&#8217;\u00e9taient mis en vacances universitaires. La grande peur des classes dirigeantes et de leurs valets, les pr\u00e9tendues \u00e9lites intellectuelles&#8230; <\/p>\n<p>Il aura fallu plus de douze longues nuits pour qu&#8217;enfin un homme se l\u00e8ve et ait le courage d&#8217;appeler un chat un chat. Aussi bien eu \u00e9gard aux mesures \u00e0 caract\u00e8re politique qu&#8217;aux mesures \u00e0 coloration sociale qu&#8217;il annonce, sans aucun doute \u00e0 son insu, Dominique de Villepin proclame la v\u00e9rit\u00e9, -nomm\u00e9ment celle-ci , h\u00e9g\u00e9lienne, que \u00ab L&#8217;esclave est la v\u00e9rit\u00e9 du ma\u00eetre. \u00bb En effet, quoi qu&#8217;on en pense, le discours tenu par le Premier ministre Dominique de Villepin lundi 7 novembre aura d\u00e9cisivement contribu\u00e9 \u00e0 objectiver ce grand charivari en conf\u00e9rant une vraie dignit\u00e9 au cri qui secoue la France ces derniers jours, celui d&#8217;un \u00e9v\u00e9nement politique consid\u00e9rable. <\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-453\" src=\"http:\/\/www.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2005\/11\/arton293.jpg\" width=\"144\" height=\"82\" \/><\/p>\n<p><em>Hormis le temps, il y a encore un autre moyen de<br \/>\n produire de grands changements, et celui-ci est<br \/>\n la force. Lorsque le premier est trop lent,<br \/>\n le second anticipe souvent la chose.<br \/>\nG .C. Lichtenberg<\/p>\n<p>L&#8217;homme aux \u00e9cus ne conna\u00eet \u00ab la r\u00e9alisation<br \/>\ndes forces essentielles de l&#8217;homme [&#8230;] que<br \/>\n comme la r\u00e9alisation de sa monstruosit\u00e9, de son<br \/>\n caprice et de ses lubies arbitraires et bizarres. \u00bb<br \/>\nK.Marx<\/em><\/p>\n<h2>ZONES FRANCHES URBAINES<\/h2>\n<p>Sans savoir vraiment ce qu&#8217;il disait, on entendit r\u00e9cemment un juge du parquet du tribunal de Bobigny d\u00e9clarer : \u00ab Nous sommes dans une situation proche de la jungle dont ce d\u00e9partement est victime depuis des jours. \u00bb A une r\u00e9serve pr\u00e8s (\u00ab depuis des jours \u00bb), ce juge ne croyait pas si bien dire. Ordinairement, la loi de la jungle d\u00e9signe \u00ab tout endroit, tout milieu humain o\u00f9 r\u00e8gne la loi des fauves, de la s\u00e9lection naturelle. \u00bb (Petit Robert), autrement dit, la loi du plus fort. <\/p>\n<p>Prenons un exemple parmi cent possibles. Ce n&#8217;est sans doute pas sans ironie qu&#8217;Alain Jupp\u00e9, alors Premier ministre, promulgua en 1997 une loi dite de \u00ab redynamisation urbaine \u00bb en cr\u00e9ant des zones franches urbaines. Celle-ci comprenait trois volets principaux : exon\u00e9ration d&#8217;imp\u00f4t sur le revenu ou d&#8217;imp\u00f4t sur les soci\u00e9t\u00e9s dans une limite annuelle de 400 000 francs ; exon\u00e9ration de plein droit de la taxe professionnelle au profit des entreprises de moins de 50 salari\u00e9s ; exon\u00e9ration de taxe fonci\u00e8re des locaux professionnels situ\u00e9s sur le territoire de la ZFU. A l&#8217;\u00e9poque, L&#8217;Humanit\u00e9 \u00e9crivait \u00e0 propos de la Corse devenue zone franche : \u00ab Les patrons, qui cumulent, depuis Raffarin ces dispositions avec le cr\u00e9dit d&#8217;imp\u00f4t pour investissement, ont avou\u00e9 que leur chiffre d&#8217;affaires avait augment\u00e9 en moyenne de 30 %, pour un score de 14 % du PIB insulaire [&#8230;] gr\u00e2ce aux effets des mesures d&#8217;all\u00e9gements de charges de la zone franche. \u00bb <\/p>\n<p>Ainsi, non seulement le gouvernement d&#8217;alors accentuait encore une fois l&#8217;injustice fiscale, mais il cr\u00e9ait ce que l&#8217;on pourrait nommer de nouveaux espaces de libert\u00e9s dans lesquels chacun &#8211; chef d&#8217;entreprise &#8211; pouvait s&#8217;engouffrer ; ce fut la ru\u00e9e vers l&#8217;or. Chacun, chef d&#8217;entreprise, s&#8217;exon\u00e9rant de se soumettre \u00e0 la loi commune, s&#8217;installait dans une zone de non-droit l\u00e9galis\u00e9. En m\u00eame temps, cette loi contribuait essentiellement \u00e0 continuer \u00e0 d\u00e9truire le droit du travail, le droit social, le droit syndical&#8230; Cette loi d\u00e9liait les liens qui faisaient obligation aux uns et aux autres de se soumettre \u00e0 la loi commune. Elle contraignait donc chacun, dont plus une loi n&#8217;assurait l&#8217;int\u00e9grit\u00e9, \u00e0 vivre dans ces nouveaux espaces de libert\u00e9. Perdant toute s\u00e9curit\u00e9, chacun \u00e9tait contraint \u00e0 recouvrer sa libert\u00e9. Cette loi, donnant un statut juridique de l\u00e9galit\u00e9 \u00e0 l&#8217;ill\u00e9gitimit\u00e9, l\u00e9galisait \u00ab la loi de la jungle \u00bb. Le pacte de la communaut\u00e9 rompu unilat\u00e9ralement, qui pouvait et devait encore s&#8217;y soumettre ? Ceci est absolument impossible. <\/p>\n<p>Car \u00ab la vie en commun [n&#8217;est] possible que lorsqu&#8217;une pluralit\u00e9 parvient \u00e0 former un groupement plus puissant que ne l&#8217;est lui-m\u00eame chacun de ses membres, et \u00e0 maintenir une forte coh\u00e9sion en face de tout individu en particulier. La puissance de cette communaut\u00e9 en tant que \u2018Droit&#8217; s&#8217;oppose \u00e0 celle de l&#8217;individu, fl\u00e9trie du nom de force brutale. En op\u00e9rant cette substitution de la puissance collective \u00e0 la force individuelle, la civilisation fait un pas d\u00e9cisif. Son caract\u00e8re essentiel r\u00e9side en ceci que les membres de la communaut\u00e9 limitent leurs possibilit\u00e9s de plaisir alors que l&#8217;individu isol\u00e9 ignorait toute restriction de ce genre. Ainsi donc, la prochaine exigence culturelle est celle de la \u2018justice&#8217;, soit l&#8217;assurance que l&#8217;ordre l\u00e9gal d\u00e9sormais \u00e9tabli ne sera jamais viol\u00e9 au profit d&#8217;un seul. [&#8230;] Le r\u00e9sultat final doit \u00eatre l&#8217;\u00e9dification d&#8217;un droit auquel tous &#8211; ou du moins tous les membres susceptibles d&#8217;adh\u00e9rer \u00e0 la communaut\u00e9 &#8211; aient contribu\u00e9 en sacrifiant leurs impulsions instinctives personnelles, et qui d&#8217;autre part ne laisse aucun d&#8217;eux devenir la victime de la force brutale. \u00bb <\/p>\n<p>On n&#8217;en finirait plus d&#8217;\u00e9grener la liste des truands du patronat, racailles de la politique, bandes de la finance, bandes organis\u00e9es et tous leurs sbires appoint\u00e9s qui se sont arrog\u00e9s le droit de piller l&#8217;argent public pour leur propre plaisir alors qu&#8217;ils en \u00e9taient comptables. Et, par un singulier renversement des causes et des effets, ce sont les m\u00eames qui, apr\u00e8s avoir jet\u00e9 tout le monde des pauvres dans la jungle des villes qu&#8217;ils ont fabriqu\u00e9e pour assouvir leur seule soif d&#8217;or, leur seul profit, leurs seuls plaisirs, jusqu&#8217;\u00e0 leur \u00f4ter le pain, le droit de vivre, le droit de travailler&#8230;, s&#8217;\u00e9tonnent et sont pris d&#8217;effroi que ce monde des pauvres soit pris du m\u00eame syndrome de folie furieuse ? Aussi violents soient-ils, ils ne font que montrer en miroir de fa\u00e7on att\u00e9nu\u00e9e, l&#8217;arrogance et la monstruosit\u00e9 des puissants. <\/p>\n<h2>UN VENT DE FOLIE ?<\/h2>\n<p>Quel que soit le nom dont on pare les feux qui \u00e9clairent le ciel de ces nuits de novembre, violences urbaines, situation de guerre, vandalisme, crise des banlieues, guerre civile, tr\u00e8s grave malaise social, etc. ; quel que soit le nom dont on habille les acteurs de cet \u00e9v\u00e9nement, jeunes r\u00e9volt\u00e9s, racaille, \u00e9meutiers, jeunes issus de l&#8217;immigration, sauvageons, ordre des bandes, jeunes des quartiers sensibles, laiss\u00e9s pour compte, casseurs, etc. ; il n&#8217;en demeure pas moins vrai qu&#8217;ils sont d\u00e9sormais, dans des conditions tout \u00e0 fait sp\u00e9cifiques, qu&#8217;on le veuille ou non, les acteurs politiques majeurs du pr\u00e9sent et de l&#8217;avenir. Dans un grand fracas, ce moment marque \u00e0 la fois la fin d&#8217;une \u00e9poque et le d\u00e9but d&#8217;une \u00e8re nouvelle. Certes, si l&#8217;on s&#8217;en tient aux formes de luttes pr\u00e9sentes, cette appr\u00e9ciation pourra para\u00eetre scandaleuse tant elle contredit toute une tradition syndicale ou politique. Or, nous sommes oblig\u00e9s de constater que ces formes de luttes traditionnelles ont fait faillite. Cette faillite est si consid\u00e9rable, si massive, si r\u00e9dhibitoire qu&#8217;elle oblige \u00e0 tout recommencer depuis le d\u00e9but. Les nouvelles g\u00e9n\u00e9rations ne b\u00e9n\u00e9ficient d&#8217;aucune sorte d&#8217;h\u00e9ritage, sinon celui de l&#8217;\u00e9chec de leurs a\u00een\u00e9s. Et pourtant, \u00e0 lire les inqui\u00e9tudes des dirigeants des pays de la Sainte Alliance europ\u00e9enne craignant l&#8217;effet de contagion, il est difficile d&#8217;imaginer qu&#8217;un tel d\u00e9cha\u00eenement de forces ait pu se produire ailleurs que dans ce pays qui fut celui des jacqueries et de la R\u00e9volution fran\u00e7aise. Il sera facile, trop facile, \u00e0 tous ceux qui ont transform\u00e9 la France en d\u00e9sert politique et en d\u00e9sert culturel de ne pas vouloir discerner le sens profond\u00e9ment politique de ces nuits de novembre. Les m\u00eames puristes pourront toujours dire : \u00ab Mais quoi, o\u00f9 sont les mots d&#8217;ordre ? o\u00f9 sont les repr\u00e9sentants de ce mouvement ? o\u00f9 sont les chefs ? \u00bb Nous savons qu&#8217;ils ont peur. Cela suffit. D\u00e9sormais, la jeunesse est entr\u00e9e dans l&#8217;histoire par la seule porte laiss\u00e9e entrouverte. <\/p>\n<p>Maintenant, si l&#8217;on consid\u00e8re les conditions r\u00e9elles et concr\u00e8tes de la lutte politique, alors on peut raisonnablement consid\u00e9rer cet \u00e9v\u00e9nement comme la plus pure expression de la lutte des classes au moment o\u00f9 toute conscience de classe fait d\u00e9faut ; par exemple, dans le meilleur des cas les ci-devant r\u00e9volutionnaires ne sont plus que des bureaucrates sold\u00e9s&#8230; Ce mouvement semble contredire toute rationalit\u00e9, cependant nous dirons qu&#8217;il est plut\u00f4t l&#8217;effet d&#8217;une destruction pr\u00e9alable de toute pens\u00e9e rationnelle ; par exemple, nous vivons une \u00e9poque d&#8217;effondrement de la parole, de d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence de l&#8217;instruction&#8230;Cette pers\u00e9v\u00e9rance dans la destruction peut bien d\u00e9courager tout effort de compr\u00e9hension empathique, pourtant elle n&#8217;est que la r\u00e9ponse d\u00e9fensive, \u00e9perdue, \u00e0 la rage destructrice du capitalisme ; par exemple, destruction des emplois et des m\u00e9tiers, course folle \u00e0 l&#8217;argent, corruption g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e&#8230; Mais il y a plus encore. Le caract\u00e8re principal de cet \u00e9v\u00e9nement politique majeur porte la marque de la folie, voire, dans ses formes exacerb\u00e9es, celle d&#8217;une folie criminelle, c&#8217;en est m\u00eame le caract\u00e8re le plus d\u00e9concertant. Mais cette folie est programm\u00e9e par des scientistes fous. Des apprentis sorciers ont d\u00e9cid\u00e9 de s&#8217;en prendre \u00e0 l&#8217;un des fondements de l&#8217;humanit\u00e9, la diff\u00e9rence sexuelle. Il y a plus de vingt ans, Pierre Legendre \u00e9crivait : \u00ab Des op\u00e9rations sociales meurtri\u00e8res d&#8217;un genre nouveau [&#8230;] font leur apparition en ouvrant de plus en plus grandes les portes de la folie, en rendant de plus en plus scabreuse l&#8217;entr\u00e9e dans la parole. On ne touche pas inconsid\u00e9r\u00e9ment \u00e0 la logique du d\u00e9sir. \u00bb Ne serait-il pas urgent de m\u00e9diter cette remarque de Freud : lorsqu&#8217;il manie le transfert, \u00ab le psychanalyste sait bien qu&#8217;il manipule les mati\u00e8res les plus explosives.\u00bb L&#8217;explosion est l\u00e0, il faut donc l&#8217;affronter pour ce qu&#8217;elle est en r\u00e9alit\u00e9. <\/p>\n<p>Quel est le fond de cette grande affaire politique ? L&#8217;accus\u00e9 principal du Livre noir de la psychanalyse \u00e9crivait : <em>\u00ab&#8230; quand une civilisation n&#8217;a pas d\u00e9pass\u00e9 le stade o\u00f9 la satisfaction d&#8217;une partie de ses participants a pour condition l&#8217;oppression des autres, peut-\u00eatre de la majorit\u00e9, ce qui est le cas de toutes les civilisations actuelles, il est compr\u00e9hensible qu&#8217;au c\u0153ur des opprim\u00e9s grandisse une hostilit\u00e9 intense contre la civilisation rendue possible par leur labeur mais aux ressources de laquelle ils ont une trop faible part. On ne peut s&#8217;attendre \u00e0 trouver une interdiction des interdictions culturelles chez ces opprim\u00e9s ; ils sont bien plut\u00f4t pr\u00eats \u00e0 ne pas reconna\u00eetre ces interdictions, ils tendent \u00e0 d\u00e9truire la civilisation elle-m\u00eame, voire \u00e0 nier \u00e9ventuellement les bases sur lesquelles elle repose. Ces classes sont si manifestement hostiles \u00e0 la culture que l&#8217;hostilit\u00e9 latente des classes sociales mieux partag\u00e9es est par comparaison pass\u00e9e inaper\u00e7ue. Inutile de dire qu&#8217;une civilisation qui laisse insatisfaits un aussi grand nombre de ses participants et les conduit \u00e0 la r\u00e9bellion n&#8217;a aucune perspective de se maintenir et ne le m\u00e9rite pas. \u00bb<\/em> <\/p>\n<h2>DOMINIQUE DE VILLEPIN L\u00c2CHE DU LEST<\/h2>\n<p>Consid\u00e9rons les mesures sociales annonc\u00e9es par le Premier ministre. Pris par la peur, apr\u00e8s un moment o\u00f9 l&#8217;h\u00e9sitation et le calcul froid se le disputaient, le gouvernement n&#8217;eut pas d&#8217;autre choix que de l\u00e2cher du lest. \u00ab Nous allons restaurer les contributions pour les associations dans les quartiers. \u00bb d\u00e9clarait Dominique de Villepin. D&#8217;autres mesures d&#8217;urgence furent annonc\u00e9es, de telle sorte qu&#8217;on cr\u00fbt qu&#8217;il y en avait beaucoup. Toujours est-il qu&#8217;il aura fallu casser quelque 10 000 voitures pour que le gouvernement entende quelque chose qu&#8217;une tradition syndicale appelle revendication. En cet endroit, nous avons un ph\u00e9nom\u00e8ne tout \u00e0 fait nouveau. <\/p>\n<p>2003. Pour mieux comprendre ce dont il s&#8217;agit, il faut remonter \u00e0 la fin du printemps 2003. Le mouvement syndical entendait d\u00e9fendre des acquis historiques en mati\u00e8re de maintien des droits \u00e0 la retraite. Des semaines durant, des millions de salari\u00e9s manifest\u00e8rent dans les rues des villes de France. Rien n&#8217;y fit. Jean-Pierre Raffarin, alors Premier ministre, s&#8217;ent\u00eata avec succ\u00e8s dans son \u00ab sauvetage \u00bb des retraites. Ce sauvetage correspondait exactement en une atteinte \u00e0 la vie. Il est vrai qu&#8217;il b\u00e9n\u00e9ficia de soutiens syndicaux inesp\u00e9r\u00e9s, le premier, celui de Ch\u00e9r\u00e8que de la CFDT qui fut plus royaliste que le roi ; le second fut le fait de divisions et d&#8217;h\u00e9sitations calcul\u00e9es de dirigeants syndicaux de FO et de la CGT. Si bien qu&#8217;\u00e0 la fin, M. Raffarin remercia chaleureusement les dirigeants syndicaux, notamment ceux de la CGT, pour leur \u00ab grand esprit de responsabilit\u00e9 \u00bb. Glissant sur cette pente douce de la d\u00e9mission, il \u00e9tait clair que le mouvement s&#8217;acc\u00e9l\u00e8rerait. <\/p>\n<p>La preuve par 2005. Nous apprenions r\u00e9cemment que sept organisations syndicales,  la FSU, la CGT, la CFDT, FO, l&#8217;UNSA, la CGC, la CFTC&#8230; ont d\u00e9cid\u00e9 de si\u00e9ger au sein du conseil d&#8217;administration de l&#8217;ERAPF (Retraite additionnelle de la Fonction Publique), autrement dit de participer \u00e0 la gestion des fonds de pension des fonctionnaires. On ach\u00e8ve ainsi, ou peu s&#8217;en faut, le d\u00e9mant\u00e8lement des retraites par r\u00e9partition mises en place \u00e0 la Lib\u00e9ration. M\u00eame si cette participation est assortie de pr\u00e9cautions oratoires  en d\u00e9clarant \u00ab ne cautionner aucune politique de placements dont l&#8217;objectif serait la recherche d&#8217;un rendement financier ignorant les d\u00e9g\u00e2ts sociaux caus\u00e9s par de telles orientations, comme le met encore en \u00e9vidence l&#8217;actualit\u00e9 \u00bb, toutes les d\u00e9rives sp\u00e9culatives sur les retraites des fonctionnaires sont d\u00e9sormais possibles. <\/p>\n<p>Cette d\u00e9faite retentissante de la d\u00e9fense des retraites sonna le glas d&#8217;une certaine forme d&#8217;action syndicale. Bien plus, elle condamnait historiquement cette forme de lutte syndicale, voire la forme m\u00eame de l&#8217;organisation syndicale. Quelles que soient ses limites, et elles sont s\u00e9v\u00e8res, le mouvement de d\u00e9but novembre 2005 montre une nouvelle voie possible, celle du couteau.  N&#8217;est-ce pas Eric Hobsbawm qui \u00e9crivait : \u00ab Le XXI\u00e8me si\u00e8cle sera le si\u00e8cle de la violence ?<\/p>\n<h2>UN CONSENSUS INCREVABLE<\/h2>\n<p>Effet de la grande peur. De tous c\u00f4t\u00e9s, on en appelle \u00e0 la restauration \u00ab de l&#8217;ordre r\u00e9publicain \u00bb, \u00e0 celle \u00ab de la paix dans les quartiers \u00bb, \u00e0 \u00ab la d\u00e9fense de la loi r\u00e9publicaine \u00bb, \u00e0 un \u00ab sursaut r\u00e9publicain \u00bb, au \u00ab r\u00e9tablissement de l&#8217;ordre \u00bb, \u00e0 \u00ab l&#8217;esprit de responsabilit\u00e9 \u00bb, au \u00ab retour \u00e0 la normale \u00bb&#8230;  En fran\u00e7ais : \u00ab Laissez-nous continuer \u00e0 faire nos affaires ! \u00bb<\/p>\n<p>La principale mesure politique pr\u00e9sent\u00e9e par le Premier ministre consiste \u00e0 mettre en \u0153uvre les dispositions de  la loi n\u00b055-385 du 3 avril 1955 qui instituait l&#8217;\u00e9tat d&#8217;urgence en Alg\u00e9rie, alors  fran\u00e7aise, en proie aux troubles ind\u00e9pendantistes, \u00ab un choix qui t\u00e9moigne que Dominique de Villepin n&#8217;a pas encore les nerfs d&#8217;un homme d&#8217;Etat \u00bb \u00e9crit Jean-Marie Colombani dans l&#8217;\u00e9ditorial du Monde. Nous consid\u00e9rons, bien au contraire qu&#8217;au-del\u00e0 des difficult\u00e9s que sa mise en \u0153uvre concr\u00e8te ne manquera pas de faire appara\u00eetre, le Premier ministre a su trouver un angle d&#8217;attaque imparable parce que tr\u00e8s largement consensuel. Et ceci ne constitue pas le moindre des avantages de cette mesure. Le ministre de l&#8217;Int\u00e9rieur d\u00e9clarait que \u00ab Les difficult\u00e9s relatives aux banlieues constituent un probl\u00e8me qui [&#8230;] n&#8217;entre pas dans un clivage gauche-droite. \u00bb <\/p>\n<p>Comment le parti socialiste, auteur de la loi de 1955, pourrait-il la critiquer ? Rappelons que les mesures qu&#8217;elle contient ont \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9es d\u00e8s 1956 par Guy Mollet puis par Maurice Papon en 1961 avant de l&#8217;\u00eatre en janvier 1985 par Fran\u00e7ois Mitterrand en Nouvelle Cal\u00e9donie. N&#8217;est-ce pas Fran\u00e7ois Hollande qui d\u00e9clare : \u00ab Nous serons vigilants sur l&#8217;application de cette mesure, qui ne peut \u00eatre qu&#8217;exceptionnelle, limit\u00e9e dans le temps et dans l&#8217;espace&#8230; \u00bb ? Comment le Front national qui l&#8217;appelait de ses v\u0153ux &#8211; \u00ab Couvre-feu et instauration de l&#8217;\u00e9tat d&#8217;urgence ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9clam\u00e9s par Philippe de Villiers et Marine Le Pen d\u00e8s la semaine derni\u00e8re&#8230; \u00bb &#8211; pourrait-il se d\u00e9rober ? M\u00eame les fossoyeurs de la lutte des classes s&#8217;\u00e9chinent \u00e0 cr\u00e9er les contours d&#8217;une fausse opposition : \u00ab &#8230; un front commun semblait se dessiner chez les syndicats, le PCF et le PS, entre critique de l&#8217;action gouvernementale et tentative d&#8217;\u00e9chapper \u00e0 la surench\u00e8re. \u00bb Le Figaro ne s&#8217;y est pas tromp\u00e9 en titrant : \u00ab La gauche g\u00ean\u00e9e aux entournures \u00bb. <\/p>\n<p>En m\u00eame temps, l&#8217;avantage marqu\u00e9 creuse le contenu de son inconv\u00e9nient car, au lieu de contribuer \u00e0 d\u00e9tendre l&#8217;atmosph\u00e8re, cette mesure ne peut que concourir, \u00e0 terme, \u00e0 la figer davantage ; tout se passe comme si le gouvernement ne comprenait rien et voulait verser de l&#8217;huile sur le feu. Est-ce une illustration du dernier exploit de la Haute Autorit\u00e9 de lutte contre les discriminations ? Par cet appel \u00e0 ce texte indigne d&#8217;une indigne \u00e9poque coloniale, le gouvernement vient de rappeler aux Indig\u00e8nes de la r\u00e9publique qu&#8217;ils sont des \u00e9trangers dans la cit\u00e9 et doivent \u00eatre trait\u00e9s comme tels, comme leur p\u00e8res le furent il y a cinquante ans. Rien de nouveau  sous le soleil de France. L&#8217;Afrique \u00e9tend sa corne jusqu&#8217;au nord de Paris. Mais il y a plus. Cette mesure politique a aussi une dimension symbolique. Elle marque une double filiation, celle des dirigeants de la droite d&#8217;aujourd&#8217;hui et de la gauche d&#8217;hier, celle aussi des colonis\u00e9s d&#8217;hier et des immigr\u00e9s d&#8217;aujourd&#8217;hui. Les damn\u00e9s de la terre restent les damn\u00e9s de la terre. On le leur fait savoir avec l&#8217;\u00e9l\u00e9gance et la fraternit\u00e9 habituelles.   <\/p>\n<h2>DROGUE ET SUICIDE<\/h2>\n<p>\u00ab Nous sommes en train de perdre nos enfants. En Am\u00e9rique et dans le monde, c&#8217;est eux qui sont fauch\u00e9s par la violence urbaine, la drogue, la mis\u00e8re, la guerre. Nos enfants meurent et nous laissons faire. \u00bb Avec 1 000 d\u00e9c\u00e8s par an, le suicide est, derri\u00e8re les accidents de la route, la seconde cause de mortalit\u00e9 chez les adolescents. On compte environ un d\u00e9c\u00e8s pour 80 tentatives&#8230; <\/p>\n<p>L&#8217;an dernier, le ministre Fran\u00e7ois Fillon avait choisi de faire sa pr\u00e9rentr\u00e9e au lyc\u00e9e Jacques Brel de La Courneuve situ\u00e9 dans le d\u00e9partement de la Seine-Saint-Denis, d\u00e9partement sinistr\u00e9. Il y \u00e9voquait la situation dramatique dans laquelle se trouve le d\u00e9partement et les conditions tr\u00e8s difficiles dans lesquelles les professeurs continuent \u00e0 exercer leur m\u00e9tier : \u00ab Plus qu&#8217;ailleurs, les difficult\u00e9s et les blocages de notre soci\u00e9t\u00e9 se r\u00e9percutent sur votre \u00e9tablissement. Face au d\u00e9litement social, face \u00e0 la violence, face \u00e0 l&#8217;absence de rep\u00e8res qui caract\u00e9rise certaines familles, face aux enjeux de l&#8217;int\u00e9gration, vous \u00eates, en quelque sorte, plus que d&#8217;autres, en mission. [&#8230;] Encadrer, \u00e9duquer, socialiser au quotidien : l&#8217;affaire de tous ! Cette devise que vous vous \u00eates choisie, r\u00e9sonne comme un superbe mot d&#8217;ordre ! \u00bb<\/p>\n<p>Certes, il ne savait pas et ne pouvait pas savoir qu&#8217;en se rendant \u00e0 La Courneuve, il anticipait un \u00e9v\u00e9nement extraordinaire qui cependant passa curieusement inaper\u00e7u. En effet, il d\u00e9clarait, et je ne pense pas qu&#8217;il s&#8217;agissait d&#8217;une litote : \u00ab Il reste que nous devons rester tr\u00e8s vigilants devant les nombreuses formes de divertissement qui peuvent d\u00e9tourner les adolescents des belles-lettres. \u00bb Pendant qu&#8217;il d\u00e9jeunait avec les professeurs du lyc\u00e9e Jacques Brel, un transport s&#8217;acheminait en direction de La Courneuve. Le 8 septembre, 9 Heures 58, une d\u00e9p\u00eache d&#8217;agence (AP) tombait : \u00ab Saisie de 4,5 tonnes de cannabis pr\u00e8s de Paris.<br \/>\nPr\u00e8s de quatre tonnes et demie de r\u00e9sine de cannabis ont \u00e9t\u00e9 saisies mardi soir \u00e0 La Courneuve en banlieue parisienne, a-t-on appris mercredi de source polici\u00e8re. Dix suspects, \u00e2g\u00e9s de 30 \u00e0 60 ans, ont \u00e9t\u00e9 plac\u00e9s en garde vue dans les locaux de la brigade des stup\u00e9fiants. La marchandise, qui aurait transit\u00e9 par l&#8217;Espagne, a \u00e9t\u00e9 d\u00e9couverte dans des cartons empil\u00e9s dans la remorque d&#8217;un 40 tonnes cens\u00e9 transporter des v\u00eatements. \u00bb L&#8217;arriv\u00e9e de toute cette drogue \u00e0 ce moment peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme celle du nouveau mat\u00e9riel p\u00e9dagogique de divertissement. <\/p>\n<p>On aurait raisonnablement pu s&#8217;attendre \u00e0 ce que, face \u00e0 l&#8217;\u00e9normit\u00e9 de l&#8217;\u00e9v\u00e9nement, la communaut\u00e9 des journalistes saisisse la conjonction de sa visite et celle de la mortelle livraison dans le d\u00e9partement de la Seine-Saint-Denis au moment de la rentr\u00e9e des classes. Il n&#8217;en fut rien. Les m\u00eames auraient pu s&#8217;interroger sur la destination de cette cargaison et tirer la modeste conclusion qu&#8217;elle n&#8217;\u00e9tait destin\u00e9e ni \u00e0 nourrir les poissons rouges ou les lapins du canton ni destin\u00e9e \u00e0 la d\u00e9coration des \u00e9clairs au chocolat ou des religieuses au caf\u00e9. Il n&#8217;en fut rien. L&#8217;exploit des policiers aurait pu \u00eatre honor\u00e9 \u00e0 sa hauteur. Il n&#8217;en fut rien. Et pourtant, c&#8217;\u00e9tait \u00ab une belle prise et l&#8217;une des plus grosses enregistr\u00e9es en France depuis dix ans, orchestr\u00e9e par les enqu\u00eateurs de la brigade parisienne des stup\u00e9fiants [&#8230;] 155 cartons de 30 kilos chacun \u00bb. Et pourtant, cela repr\u00e9sente un paquet de fric ! \u00ab Au tarif de 1800 euros le kilo chez les semi-grossistes, la valeur marchande de la cargaison saisie est estim\u00e9e \u00e0 8,5 millions d&#8217;euros. Sa valeur marchande atteindrait les 25 millions au d\u00e9tail. \u00bb Mais les plumes se fig\u00e8rent, les objectifs se brouill\u00e8rent, les cam\u00e9ras s&#8217;obscurcirent. Les champions olympiques de la citoyennet\u00e9, les pr\u00eacheurs de chapelets de vertus, les ap\u00f4tres de la restauration des valeurs s&#8217;\u00e9clips\u00e8rent. Et pourtant, quatre tonnes et demi de cannabis, ce n&#8217;est pas rien ! Aujourd&#8217;hui, dans Lib\u00e9ration, Jean-Michel Th\u00e9nard ose \u00e9crire : \u00ab &#8230; la fracture sociale s&#8217;est \u00e0 ce point \u00e9largie que cohabitent aux  portes des grandes villes deux  mondes : l&#8217;un ghetto\u00efs\u00e9 tent\u00e9 par l&#8217;autodestruction, l&#8217;autre effray\u00e9 qui peine \u00e0 r\u00e9aliser l&#8217;ampleur de la rupture. \u00bb \u00ab L&#8217;immense oubli des autres. \u00bb disait Victor Hugo.<\/p>\n<p>Lorsqu&#8217;on sait que le cannabis se dose comme le poivre dans la salade, par once, dixi\u00e8me de gramme, on doit compter 4 500 000 grammes pour avoir une id\u00e9e approximative de la quantit\u00e9 de joints qui peuvent \u00eatre roul\u00e9s, soit environ 12 millions. A peine plus que la population scolaire ?! \u00ab \u2018Cette saisie montre l&#8217;ampleur du d\u00e9sastre, commente un policier de Seine-Saint-Denis. Pour un camion arr\u00eat\u00e9, combien passent ?&#8217; \u00bb Le Figaro ajoutait : \u00ab Pourtant les sp\u00e9cialistes savent que cette p\u00e9riode de disette ne sera que temporaire et que de nouveaux convois sont peut-\u00eatre d\u00e9j\u00e0 en route. \u00bb Admettons que, par hypoth\u00e8se, la police, malgr\u00e9 ses efforts, intercepte 10 % du cannabis \u00e0 destination de La Courneuve. Il faut donc convenir que, bon an mal an, 45 tonnes sont d\u00e9charg\u00e9es ici ou l\u00e0 dans des entrep\u00f4ts de La Courneuve ou d&#8217;Aubervilliers, de Pantin ou de Saint-Ouen&#8230;  <\/p>\n<p>Admettons que, par hypoth\u00e8se, cette cargaison de r\u00eaves ait \u00e9t\u00e9 r\u00e9serv\u00e9e en priorit\u00e9 \u00e0 la population de la Seine-Saint-Denis. \u00ab Les policiers n&#8217;excluent pas que les malfaiteurs s&#8217;appr\u00eataient \u00e0 \u00e9couler la drogue dans les cit\u00e9s de Seine-Saint-Denis et peut-\u00eatre du Val-d&#8217;Oise. Les dealers de la banlieue nord attendaient avec impatience l&#8217;arriv\u00e9e de ce chargement marocain. Sa confiscation provoque depuis hier une r\u00e9elle p\u00e9nurie dans les quartiers sensibles. \u00bb Autant dire qu&#8217;elle atteint la population scolaire de plein fouet. Admettons encore que cette consommation soit \u00e9galement r\u00e9partie (\u00e9galit\u00e9 des chances ?) entre ch\u00f4meurs et fumeurs occasionnels, jeunes ch\u00f4meurs de la Seine-Saint-Denis (15-25 ans) et \u00e9l\u00e8ves des coll\u00e8ges et lyc\u00e9es (13-19 ans). La population scolaire de la Seine-Saint-Denis (coll\u00e8ges, lyc\u00e9es professionnels et lyc\u00e9es d&#8217;enseignement g\u00e9n\u00e9ral et technique) compte 117 000 \u00e9l\u00e8ves. Un simple calcul montre que si seulement 10% des \u00e9l\u00e8ves consument leur vie au cannabis (estimation basse), on obtient (1 500 000 grammes : 11700 = 128 grammes). Si mes conjectures ont quelque pertinence (c&#8217;est-\u00e0-dire, renseignement pris), un bon consommateur de cannabis consomme environ 7 grammes par semaine. Allez, en comptant large, au terme de trois semaines, il faut se r\u00e9approvisionner !  Et les camions roulaient, roulaient&#8230; Et les jeunes mouraient, mouraient. <\/p>\n<p>On conviendra, dans les circonstances, qu&#8217;il est pr\u00e9f\u00e9rable de casser une voiture que de se suicider. Casser des voitures ? Compter les voitures cass\u00e9es ? Mais pourquoi donc ? Autod\u00e9fense ? 25% des morts sur les routes sont des jeunes de 18 \u00e0 25 ans&#8230; Le grand minist\u00e8re de l&#8217;Education nationale pourra r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ceci. Dans son souci de d\u00e9truire l&#8217;instruction et de promouvoir la transdisciplinarit\u00e9 \u00e9ducative, il a promulgu\u00e9 un d\u00e9cret dit de l&#8217;enseignement des r\u00e8gles de s\u00e9curit\u00e9 routi\u00e8re (d\u00e9cret 93-204 du 12 f\u00e9vrier 1993). Quelques ann\u00e9es plus tard \u00ab Les pouvoirs publics et les banques r\u00e9fl\u00e9chiss[ai]ent \u00e0 la mise en place d&#8217;un livret bancaire r\u00e9serv\u00e9 aux jeunes pour les aider \u00e0 payer leur permis de conduire. \u00bb Nous proposerons l&#8217;hypoth\u00e8se raisonnable suivante : et si, en cassant des centaines de voitures par jour pendant deux semaines, les jeunes disaient quelque chose au grand minist\u00e8re de l&#8217;Education nationale ? Quelque chose qu&#8217;Alphonse Allais pointait comme suit : \u00ab On n&#8217;est jamais trahi que par les chiens. \u00bb <\/p>\n<h2>AUTO ET ECOLE ?<\/h2>\n<p>Du minist\u00e8re aux banques, des syndicats aux grandes entreprises, des partis politiques aux associations de parents, depuis des d\u00e9cennies, on s&#8217;accorde \u00e0 d\u00e9velopper les th\u00e8mes lancinants de la r\u00e9ussite scolaire, de l&#8217;\u00e9galit\u00e9 des chances, de l&#8217;int\u00e9gration dans un Etat de droit, telle est la base id\u00e9ologique du consensus scolaire. Mais sa base objective, sa base r\u00e9elle est l&#8217;argent. Le grand tournant des ann\u00e9es quatre-vingt a consist\u00e9 \u00e0 transformer chaque \u00e9l\u00e8ve en pompe \u00e0 fric pour la plus grande joie des banques&#8230; <\/p>\n<p>A tous ceux qui, comme le Premier ministre, en appellent \u00e0 un \u00ab retour \u00e0 la normale \u00bb, nous rappellerons ceci : le 13 d\u00e9cembre 2000, Le Monde titrait : \u00ab \u00cele-de-France : les preuves de la corruption \u00bb , et il ajoutait : \u00ab De 1990 \u00e0 1995, le RPR, le PR et le PS se sont entendus pour se financer avec l&#8217;argent de l&#8217;\u00e9norme march\u00e9 des lyc\u00e9es d&#8217;Ile-de-France. Cette entente droite et gauche est post\u00e9rieure aux premi\u00e8res lois de financement des partis. \u00bb Quant au Figaro, il faisait le r\u00e9cit de l&#8217;affaire des lyc\u00e9es d&#8217;Ile-de-France : \u00ab La vraie histoire de l&#8217;enqu\u00eate qui fait peur aux politiques \u00bb. Opposition de fa\u00e7ade, accord sur le fond. La plupart des partis politiques s&#8217;\u00e9taient entendus comme larrons en foire pour se partager quelque 200 millions d&#8217;euros dus aux \u00e9l\u00e8ves de l&#8217;Ile-de-France. On annon\u00e7ait un proc\u00e8s historique, le proc\u00e8s du si\u00e8cle&#8230; Nous d\u00fbmes attendre sept longues ann\u00e9es d&#8217;instruction avant que le proc\u00e8s historique n&#8217;ait lieu. Le Figaro titrait : \u00ab Corruption. Le proc\u00e8s du financement politique occulte entre 1989 et 1997 s&#8217;est ouvert hier devant le tribunal correctionnel de Paris. March\u00e9s publics : l&#8217;heure du lever de rideau. \u00bb<\/p>\n<p>Apr\u00e8s un lever de rideau en fanfare, les journalistes devinrent d&#8217;une timidit\u00e9 digne de midinettes. Cette pi\u00e8ce ne contint aucun acte, les journalistes avaient tous d\u00e9sert\u00e9 le pr\u00e9toire ; et pourtant, cette affaire \u00e9tait \u00ab Une des plus grandes affaires politico-financi\u00e8res des ann\u00e9es 1990 \u00bb. Nous d\u00fbmes attendre l&#8217;\u00e9pilogue pour en savoir plus. C&#8217;est tout juste si l&#8217;on rappela qu&#8217;\u00ab Un seul &#8211; grand &#8211; absent \u00e0 ce proc\u00e8s et dans le jugement : Jacques Chirac, dont l&#8217;ombre a constamment plan\u00e9 sur les quatre mois de d\u00e9bat. Maire de Paris et pr\u00e9sident du RPR \u00e0 l&#8217;\u00e9poque des faits, il ne pouvait pas ignorer ce syst\u00e8me, ce que l&#8217;accusation a relev\u00e9 en soulignant que Michel Roussin, alors directeur de cabinet \u00e0 la mairie de Paris, s&#8217;\u00e9tait censur\u00e9 en ne mettant pas en cause son patron de l&#8217;\u00e9poque. Jacques Chirac est au moins jusqu&#8217;en 2007 prot\u00e9g\u00e9 par le bouclier que repr\u00e9sente son immunit\u00e9 pr\u00e9sidentielle. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Michel Roussin, ancien bras droit de Jacques Chirac \u00e0 la mairie de Paris et \u00e0 Matignon, a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9, mercredi 26 octobre, \u00e0 quatre ans de prison avec sursis, 50 000 euros d&#8217;amende et cinq ans de privation des droits civiques dans l&#8217;affaire des march\u00e9s publics d&#8217;Ile-de-France. [&#8230;] Guy Drut, champion olympique du 110 m\u00e8tres haies en 1976 et ministre des sports entre 1995 et 1997, a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 quinze mois de prison avec sursis et 50 000 euros d&#8217;amende. [&#8230;] Contre l&#8217;avis du parquet, G\u00e9rard Longuet  ancien ministre de l&#8217;industrie (1993-1994), a \u00e9t\u00e9 relax\u00e9. [&#8230;]&#8230;  \u00bb Nous dirons que le tribunal fut cl\u00e9ment comme il l&#8217;est avec les puissants. <\/p>\n<p>Ces derniers jours, \u00ab Les pr\u00e9sum\u00e9s \u00e9meutiers sont condamn\u00e9s \u00e0 la cha\u00eene. Jug\u00e9s en comparution imm\u00e9diate, leur dossier est souvent b\u00e2cl\u00e9. [..] En comparution imm\u00e9diate, habituellement, la proc\u00e9dure est d\u00e9j\u00e0 ultrarapide, l\u00e0 elle est exp\u00e9ditive.\u00bb Le Parisien indiquait que \u00ab Depuis le d\u00e9but des \u00e9meutes, il a \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9 106 condamnations \u00e0 de la prison ferme. [&#8230;] Du c\u00f4t\u00e9 du minist\u00e8re de la Justice, les consignes sont tr\u00e8s clairement \u00e0 la fermet\u00e9. \u00bb  Lib\u00e9ration ajoutait : \u00ab Du c\u00f4t\u00e9 du parquet, le langage est guerrier. \u00bb Nous dirons que les tribunaux furent impitoyables comme ils le sont avec les pauvres.<\/p>\n<p> Les \u00e9l\u00e8ves ne manqueront pas de mettre ces forfaits en balance, ils ne manqueront pas de mettre ces jugements en balance&#8230; Car on n&#8217;emp\u00eache pas plus la mer de revenir au rivage que les hommes de penser. A l&#8217;\u00e9ducation nationale, chaque ann\u00e9e est marqu\u00e9e par des gr\u00e8ves que ce grand minist\u00e8re s&#8217;applique \u00e0 d\u00e9courager . Celles-ci trahissent un d\u00e9sespoir qui est aussi un signe d&#8217;alarme. Le feu couve. Un jour ou l&#8217;autre, si rien  n&#8217;est fait, il faudra payer l&#8217;addition. Elle sera lourde. Il y a cinq ans, dans un essai consacr\u00e9 \u00e0 la gestion des stocks lyc\u00e9ens, je pr\u00e9sentais \u00ab quelques-unes des prouesses techniques r\u00e9alis\u00e9es par des technocrates emport\u00e9s par leur d\u00e9sir d&#8217;une folle tentative de ma\u00eetrise gestionnaire de la jeunesse, gigantesque entreprise de d\u00e9structuration psychique, l&#8217;institution scolaire est devenue une machine folle \u00e0 rendre les jeunes fous. \u00bb Cela n&#8217;emp\u00eachera pas des millions d&#8217;\u00e9l\u00e8ves de continuer \u00e0 se demander, mais dans des conditions nouvelles, si \u00ab une civilisation qui laisse insatisfaits un aussi grand nombre de ses participants et les conduit \u00e0 la r\u00e9bellion [a une] perspective de se maintenir et [&#8230;] le m\u00e9rite. \u00bb <\/p>\n<p>Paris, le 9 novembre 2005<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Douze longues nuits illumin\u00e9es de feu, t\u00e2ch\u00e9es de sang. Pendant ce temps-l\u00e0, sans doute paralys\u00e9s par la trouille, les t\u00e2cherons du concept, toujours pr\u00eats \u00e0 voler au secours de ceux qui les paient, rattachaient leurs godasses en tremblant ;  effray\u00e9s, incapables de fourbir ne serait-ce qu&#8217;un embryon de r\u00e9flexion, les journalistes vedettes comptaient et recomptaient le nombre de voitures br\u00fbl\u00e9es en s&#8217;emm\u00ealant les doigts dans leurs calculettes ; tous les amis des grandes causes humanitaires, d&#8217;autant plus proches de la mis\u00e8re humaine qu&#8217;elle se trouve tr\u00e8s loin d&#8217;eux, se retrouvaient bec clou\u00e9. Tous les m&#8217;as-tu-vu, beaux parleurs et bavards s&#8217;\u00e9taient mis en vacances universitaires. La grande peur des classes dirigeantes et de leurs valets, les pr\u00e9tendues \u00e9lites intellectuelles&#8230; <\/p>\n<p>Il aura fallu plus de douze longues nuits pour qu&#8217;enfin un homme se l\u00e8ve et ait le courage d&#8217;appeler un chat un chat. Aussi bien eu \u00e9gard aux mesures \u00e0 caract\u00e8re politique qu&#8217;aux mesures \u00e0 coloration sociale qu&#8217;il annonce, sans aucun doute \u00e0 son insu, Dominique de Villepin proclame la v\u00e9rit\u00e9, -nomm\u00e9ment celle-ci , h\u00e9g\u00e9lienne, que \u00ab L&#8217;esclave est la v\u00e9rit\u00e9 du ma\u00eetre. \u00bb En effet, quoi qu&#8217;on en pense, le discours tenu par le Premier ministre Dominique de Villepin lundi 7 novembre aura d\u00e9cisivement contribu\u00e9 \u00e0 objectiver ce grand charivari en conf\u00e9rant une vraie dignit\u00e9 au cri qui secoue la France ces derniers jours, celui d&#8217;un \u00e9v\u00e9nement politique consid\u00e9rable. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":453,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-454","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/454","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=454"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/454\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/453"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=454"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=454"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=454"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}