{"id":442,"date":"2005-11-07T13:05:21","date_gmt":"2005-11-07T12:05:21","guid":{"rendered":"http:\/\/www.asblonweb.be\/APED\/CM\/?p=442"},"modified":"2005-11-07T13:05:21","modified_gmt":"2005-11-07T12:05:21","slug":"le-mouvement-de-1996","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/2005\/11\/07\/le-mouvement-de-1996\/","title":{"rendered":"Le mouvement de 1996"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Ce 19 novembre 2005, outre les dix ans de l&#8217;Appel Pour une Ecole D\u00e9mocratique, nous c\u00e9l\u00e9brerons le dernier grand mouvement social dans l&#8217;enseignement francophone belge. Cette gr\u00e8ve, longue et mouvement\u00e9e, men\u00e9e par les enseignants et les \u00e9tudiants contre les mesures d&#8217;aust\u00e9rit\u00e9 de Laurette Onkelinx (PS) et de Jean-Pierre Graf\u00e9 (PSC), est sans doute m\u00e9connue de bon nombre de nos amis flamands et des plus jeunes d&#8217;entre les francophones. Le rappel qui suit comblera ces lacunes (1).<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-441\" src=\"http:\/\/www.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2005\/11\/arton287.jpg\" width=\"220\" height=\"268\" \/><\/p>\n<h2>95-96 : deux ann\u00e9es scolaires dans la tourmente<\/h2>\n<p>D\u00e8s le printemps 95, la ministre Onkelinx lance un plan de rationalisation de l&#8217;enseignement secondaire. Les \u00e9coles de moins de 400 \u00e9l\u00e8ves doivent fusionner ou dispara\u00eetre. Et 2800 \u00e0 3000 emplois passer \u00e0 la trappe. En raison de nombreuses actions de protestation, le volume des pertes d&#8217;emploi est ramen\u00e9 \u00e0 800. Mais Onkelinx refait ses comptes : il lui faut encore trouver 3 milliards de francs belges, ce qui \u00e9quivaut, \u00e0 ses yeux, \u00e0 sacrifier 3000 emplois ! L&#8217;enseignement francophone conna\u00eet alors, d\u00e9but 96, la plus longue gr\u00e8ve de son histoire : de fin f\u00e9vrier \u00e0 d\u00e9but mai, les arr\u00eats de travail, manifestations, actions se suivent sans interruption. En vain, malheureusement. Les 3000 emplois disparaissent et une \u00e9cole sur cinq se voit absorb\u00e9e par une entit\u00e9 plus grande.<br \/>\nSur le plan social, une maigre consolation : les mesures de pr\u00e9pension soulageront les a\u00een\u00e9s et pr\u00e9serveront les emplois des jeunes. Mais la r\u00e9duction de l&#8217;encadrement est bien l\u00e0 &#8230; et, depuis lors, se paie chaque jour dans chaque \u00e9tablissement. C&#8217;est ainsi qu&#8217;Anne-Marie Pirard  peut titrer dans le Ligueur du 18 d\u00e9cembre 96 : \u00ab Secondaire : apr\u00e8s la pluie, le mauvais temps \u00bb.<br \/>\nDans le sup\u00e9rieur, c&#8217;est la m\u00eame logique d&#8217;\u00e9conomie qui frappe : Lebrun puis Graf\u00e9 regroupent les 113 \u00e9coles sup\u00e9rieures en 30 Hautes Ecoles de plus de 2000 \u00e9tudiants en moyenne. Ces \u00e9coles re\u00e7oivent d\u00e9sormais des enveloppes fixes et globales pour payer leur personnel et faire face \u00e0 leurs frais de fonctionnement. Et le budget est gel\u00e9 ! A ce niveau-l\u00e0 aussi, on en mesure encore les funestes cons\u00e9quences aujourd&#8217;hui (qui provoquent d&#8217;ailleurs des pouss\u00e9es de fi\u00e8vre sporadiques chez les enseignants et les \u00e9tudiants).<\/p>\n<h2>Pourquoi un mouvement d&#8217;une telle ampleur ?<\/h2>\n<p>Si la r\u00e9sistance aux mesures Onkelinx-Graf\u00e9 fut si farouche, il faut certainement en chercher la raison dans deux directions. D&#8217;une part, les enseignants se r\u00e9voltent face \u00e0 une \u00e9ni\u00e8me agression : depuis la fin des ann\u00e9es 70, \u00e7a n&#8217;arr\u00eate pas. Qu&#8217;il s&#8217;agisse des derniers ministres nationaux ou de leurs premiers homologues communautaires, tous n&#8217;ont qu&#8217;un mot \u00e0 la bouche : restriction ! Les moyens de l&#8217;enseignement sont sans cesse rabot\u00e9s, et les conditions de travail \u00e0 chaque fois rendues plus dures : suppression des heures de titulariat et de conseil de classe, augmentation des normes d&#8217;ouverture et de maintien des options, \u00e9conomies sur les constructions scolaires, augmentation de la charge hebdomadaire des enseignants, remplacement des normes par un capital-p\u00e9riodes bien moins favorable, etc. Les d\u00e9cisions prises \u00e0 Val Duchesse en 1986, \u00e0 elles seules, ont co\u00fbt\u00e9 15 000 emplois, selon les organisations syndicales.<br \/>\nAutre raison de la col\u00e8re de 96, le sentiment &#8211; aussi bien des enseignants que des \u00e9tudiants &#8211; que ce d\u00e9cret-ci, venant ajouter ses effets d\u00e9vastateurs aux mesures d&#8217;aust\u00e9rit\u00e9 ant\u00e9rieures, va vraiment porter un coup fatal \u00e0 la qualit\u00e9 de l&#8217;enseignement en Communaut\u00e9 fran\u00e7aise de Belgique, notamment parce qu&#8217;il r\u00e9duit l&#8217;encadrement et constitue de grandes \u00e9coles, forc\u00e9ment moins humaines. La dualisation de l&#8217;enseignement et de la soci\u00e9t\u00e9 sera encore aggrav\u00e9e. <\/p>\n<h2>Une gr\u00e8ve \u00e0 la fois tr\u00e8s riche et &#8230; perdue<\/h2>\n<p>Il faut insister sur cet aspect de la gr\u00e8ve de 96. Il y est vraiment question de la qualit\u00e9 de l&#8217;enseignement. Les insultes prof\u00e9r\u00e9es envers les professeurs durant le mouvement, par exemple quand ils participaient \u00e0 des piquets de gr\u00e8ve, avaient beau \u00eatre toujours du m\u00eame tonneau (\u00ab Qu&#8217;est-ce qu&#8217;ils veulent encore, les profs ? Deux mois de vacances, c&#8217;est pas assez ? Leurs salaires ne sont-ils pas suffisants pour 20 heures par semaine ? \u00bb), l&#8217;enjeu est clairement ailleurs : il faut sauver l&#8217;emploi, c&#8217;est-\u00e0-dire l&#8217;encadrement des jeunes et le r\u00f4le de l&#8217;\u00e9cole comme lieu d&#8217;\u00e9mancipation sociale. Le d\u00e9bat, au sein du mouvement, s&#8217;av\u00e8re tr\u00e8s riche, \u00e9tablissant le rapport \u00e9troit entre l&#8217;\u00e9cole et la soci\u00e9t\u00e9, et vice-versa. <\/p>\n<p>Alors, pourquoi cette gr\u00e8ve a-t-elle \u00e9chou\u00e9 ? On peut se risquer \u00e0 quelques explications.<br \/>\nIl y a, surtout &#8211; ne l&#8217;oublions pas -, l&#8217;attitude inflexible du gouvernement Onkelinx, soutenu par sa majorit\u00e9 et par les pouvoirs \u00e9conomiques. Une attitude inflexible au point de faire donner la troupe. On se souvient encore de ces moments o\u00f9 des enseignants et des \u00e9tudiants essuyaient les coups de matraques, les jets des  autopompes, les charges des chevaux et autres bombes lacrymog\u00e8nes. Face \u00e0 l&#8217;histoire, les gouvernants sont &#8211; et resteront &#8211; les responsables du terrible g\u00e2chis que leurs mesures entra\u00eenent. Le rapport de forces n&#8217;est pas non plus des plus favorables. Dans l&#8217;enseignement, l&#8217;arr\u00eat du travail ne fait pas mal au portefeuille du patron. Quand survient, le 2 avril 1996, le vote du d\u00e9cret, malgr\u00e9 le feu continu des actions de protestation, le d\u00e9couragement gagne du terrain.<br \/>\nDu c\u00f4t\u00e9 des militants les plus d\u00e9termin\u00e9s, m\u00eame si le trio syndical Anciaux (CGSP) &#8211; Dohogne (CSC) &#8211; Lacroix (SEL) tient bon jusqu&#8217;au bout (le premier nomm\u00e9 n&#8217;est-il pas surnomm\u00e9 \u00ab monsieur non \u00bb ?), le sentiment de n&#8217;\u00eatre pas assez soutenus par les organisations syndicales gagne du terrain. Sans doute ce sentiment est-il d\u00fb en grande partie au manque d&#8217;unit\u00e9 avec le monde du travail et \u00e0 l&#8217;absence de soutien v\u00e9ritable de la part des structures syndicales au niveau interprofessionnel.<br \/>\nUn \u00e9v\u00e9nement inattendu vient \u00e9galement en d\u00e9sar\u00e7onner plus d&#8217;un : la contre-proposition lanc\u00e9e sans concertation par la CEMNL (une des centrales chr\u00e9tiennes). L&#8217; \u00ab id\u00e9e \u00bb ? Que les enseignants subsidient eux-m\u00eames une partie des \u00e9conomies r\u00e9clam\u00e9es par les ministres, en acceptant une r\u00e9duction de salaire en \u00e9change du maintien de l&#8217;emploi. Cette initiative cr\u00e9e bien \u00e9videmment des tensions suppl\u00e9mentaires au sein de la CSC comme au sein du front commun.<br \/>\nBeaucoup de militants ne comprennent pas pourquoi l&#8217;id\u00e9e d&#8217;un moratoire n&#8217;est pas mieux soutenue. Cette id\u00e9e-l\u00e0 \u00ab passe \u00bb en effet tr\u00e8s bien dans toutes les assembl\u00e9es et f\u00e9d\u00e8re beaucoup d&#8217;enseignants et d&#8217;\u00e9tudiants de la base. Le moratoire en question consistait \u00e0 geler toute d\u00e9cision sur l&#8217;enseignement pendant un an et \u00e0 profiter de cette ann\u00e9e pour mettre toutes les donn\u00e9es \u00e0 plat.<br \/>\nAutre source de tension dans le mouvement : l&#8217;approche des examens, et la question de savoir si on va sacrifier l&#8217;ann\u00e9e scolaire ou rentrer dans les \u00e9coles. La coh\u00e9sion manquant sur ce point, les profs se retrouvent abandonn\u00e9s \u00e0 la pression que l&#8217;on imagine. Avec le r\u00e9sultat que l&#8217;on sait.<br \/>\nEnfin, ce qui aura \u00e9galement pes\u00e9 lourd dans la balance, ce sont les ponctions sur les salaires des gr\u00e9vistes. On peut regretter que n&#8217;aient pu se mettre en place des \u00ab pots de solidarit\u00e9 \u00bb quand les retenues commen\u00e7aient \u00e0 faire mal&#8230; Le mouvement aurait alors pu se prolonger.<\/p>\n<h2>Mais le feu couve<\/h2>\n<p>La seule sortie honorable de la crise que conna\u00eet l&#8217;enseignement est de replacer l&#8217;\u00e9cole dans un contexte de soci\u00e9t\u00e9. L&#8217;\u00e9cole est frapp\u00e9e durement, comme les autres services publics et comme la plupart des travailleurs du priv\u00e9. Pour la m\u00eame raison : d\u00e9gager toujours plus de profit pour une minorit\u00e9 de nantis. Une seule issue : unir les luttes. Ce n&#8217;est que dans un tel cadre que l&#8217;enseignement pourra \u00eatre r\u00e9ellement refinanc\u00e9 et devenir plus juste. C&#8217;est ce que clamait une minorit\u00e9 tr\u00e8s active au sein du mouvement de 96. Ces enseignants n&#8217;ont jamais cess\u00e9 d&#8217;agir : certains d&#8217;entre eux ont rejoint des mouvements comme ATTAC ou l&#8217;Aped, ont joint leur voix \u00e0 celles des travailleurs en lutte \u00e0 Clabecq, \u00e0 Vilvorde et \u00e0 Seraing, ou encore se sont engag\u00e9s dans la r\u00e9sistance aux centres ferm\u00e9s pour \u00e9trangers. Ils \u00e9taient tr\u00e8s nombreux ce vendredi 28 octobre 2005, dans les rues de Bruxelles, \u00e0 participer au mouvement national et interprofessionnel pour d\u00e9fendre les r\u00e9gimes de fin de carri\u00e8re. Ils ne baissent pas les bras. Puisse l&#8217;exp\u00e9rience engrang\u00e9e en 96 inspirer le prochain mouvement \u00e0 venir &#8230;<\/p>\n<p>Ph. Schmetz<\/p>\n<p>(1) Sur base des informations fournies par Pros Vandebroeck (COC) dans Mis\u00e8re de l&#8217;\u00e9cole (Aped 1999), ainsi que du t\u00e9moignage de Vito Dell&#8217;Aquila, acteur du conflit au sein des Collectifs enseignants.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce 19 novembre 2005, outre les dix ans de l&#8217;Appel Pour une Ecole D\u00e9mocratique, nous c\u00e9l\u00e9brerons le dernier grand mouvement social dans l&#8217;enseignement francophone belge. Cette gr\u00e8ve, longue et mouvement\u00e9e, men\u00e9e par les enseignants et les \u00e9tudiants contre les mesures d&#8217;aust\u00e9rit\u00e9 de Laurette Onkelinx (PS) et de Jean-Pierre Graf\u00e9 (PSC), est sans doute m\u00e9connue de bon nombre de nos amis flamands et des plus jeunes d&#8217;entre les francophones. 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