{"id":434,"date":"2005-09-28T00:00:00","date_gmt":"2005-09-27T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.asblonweb.be\/APED\/CM\/?p=434"},"modified":"2022-01-30T13:52:13","modified_gmt":"2022-01-30T12:52:13","slug":"einstein-et-le-racisme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/2005\/09\/28\/einstein-et-le-racisme\/","title":{"rendered":"Einstein et le racisme"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Le 30 janvier 1933, le jour m\u00eame o\u00f9 Hitler et les nazis reprenaient le gouvernement de l&#8217;Allemagne, le savant le plus c\u00e9l\u00e8bre de la plan\u00e8te peut \u00e9galement avoir \u00e9t\u00e9 le plus chanceux. Albert Einstein et son \u00e9pouse Elsa avaient quitt\u00e9 leur domicile de Berlin pour un s\u00e9jour \u00e0 Pasadena, en Californie &#8211; c&#8217;\u00e9tait son troisi\u00e8me hiver l\u00e0-bas, en tant que membre invit\u00e9 de la facult\u00e9 de Caltech. Les Einstein avaient pr\u00e9vu de rentrer chez eux au printemps, mais c&#8217;\u00e9tait avant le 30 janvier. En quelques mois, le r\u00e9gime nazi fit comprendre clairement que, si Einstein \u00e9tait toujours en vie, c&#8217;\u00e9tait avant tout parce qu&#8217;il ne se trouvait pas en Allemagne. <\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-433\" src=\"http:\/\/www.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2005\/09\/arton282.jpg\" width=\"144\" height=\"117\" \/><\/p>\n<p>De par son existence m\u00eame &#8211; un g\u00e9nie qui \u00e9tait \u00e9galement un juif, un d\u00e9mocrate et, plus tard, un socialiste -, Einstein, plus que tout autre homme de science et sans doute plus que tout autre \u00eatre humain, d\u00e9mentit les th\u00e9ories nazies de Hitler. <\/p>\n<p>M\u00eame avant que les nazis ne se donnent eux-m\u00eames l&#8217;appellation de nazis (avant l&#8217;apparition du Parti national-socialiste de Hitler, au milieu des ann\u00e9es 1920), des nationalistes allemands d&#8217;extr\u00eame droite avaient vis\u00e9 Einstein dans leurs attaques. Certains de ces nationalistes se mirent \u00e0 attendre Einstein en dehors de son appartement de la Haberlandstrasse ou de son bureau \u00e0 l&#8217;Acad\u00e9mie prussienne des Sciences, en hurlant des d\u00e9nonciations de la \u00ab science juive \u00bb d\u00e8s que le personnage familier apparaissait. D&#8217;autres remplissaient sa bo\u00eete aux lettres de lettres obsc\u00e8nes et mena\u00e7antes. Un jour, un groupe d&#8217;\u00e9tudiants d&#8217;extr\u00eame droite interrompit m\u00eame le cours d&#8217;Einstein \u00e0 l&#8217;Universit\u00e9 de Berlin et l&#8217;un d&#8217;eux hurla : \u00ab Je vais trancher la gorge de ce sale juif ! \u00bb Un d\u00e9magogue antis\u00e9mite du nom de Rudolph Leibus fut arr\u00eat\u00e9 [en 1921] &#8211; et condamn\u00e9 \u00e0 une amende d\u00e9risoire de seize dollars &#8211; pour avoir offert une r\u00e9compense \u00e0 quiconque assassinerait le savant d\u00e9test\u00e9. <\/p>\n<p>Et, alors qu&#8217;il \u00e9tait invit\u00e9 \u00e0 prendre la parole et salu\u00e9 par le public partout dans le monde &#8211; un p\u00e9riple avait emmen\u00e9 les Einstein en Chine, au Japon, en Palestine et en Espagne, o\u00f9 ils avaient \u00e9t\u00e9 acclam\u00e9s par des centaines de milliers de personnes -, en Allemagne, un groupe qui se faisait appeler la Commission des savants allemands pour la pr\u00e9servation de la puret\u00e9 du savoir lan\u00e7a une attaque contre Einstein, qualifiant la th\u00e9orie de la relativit\u00e9 de \u00ab perversion juive \u00bb. M\u00eame en obtenant le prix Nobel en 1921, Einstein fut confront\u00e9 \u00e0 l&#8217;antis\u00e9mitisme.[1] <\/p>\n<p>Durant quelques ann\u00e9es, au milieu des ann\u00e9es 1920, l&#8217;antis\u00e9mitisme reflua et les ultra-nationalistes adopt\u00e8rent un profil plus bas du fait que l&#8217;\u00e9conomie allemande se renfor\u00e7ait gr\u00e2ce \u00e0 l&#8217;aide \u00e9conomique substantielle des Etats-Unis et de l&#8217;Angleterre. Mais, vers la fin de la d\u00e9cennie, l&#8217;\u00e9conomie d\u00e9gringola et l&#8217;extr\u00eame droite fit \u00e0 nouveau saillir ses muscles politiques et paramilitaires. Le racisme hitl\u00e9rien de la supr\u00e9matie aryenne infecta des millions d&#8217;Allemands cherchant des boucs \u00e9missaires \u00e0 leurs difficult\u00e9s \u00e9conomiques et \u00e0 la perte de leur influence internationale. Et lorsque la d\u00e9pression \u00e9conomique mondiale de 1929 provoqua ch\u00f4mage end\u00e9mique et inflation galopante en Allemagne, elle apporta \u00e9galement aux nazis une large base m\u00e9contente de recrues potentielles. Le Parti nazi, dirig\u00e9 par Hitler, avait d&#8217;abord fait les gros titres en 1923 avec son \u00ab Putsch de la Brasserie \u00bb, une tentative avort\u00e9e de s&#8217;emparer du pouvoir dans l&#8217;Etat allemand de la Bavi\u00e8re. Apr\u00e8s le putsch, le parti prit progressivement de l&#8217;ampleur et, en 1929, il avait 12 repr\u00e9sentants au Reichstag (le parlement allemand). L&#8217;impact de la d\u00e9pression \u00e9conomique amena une brusque mont\u00e9e des votes nazis aux \u00e9lections de 1930, portant leur pr\u00e9sence au Reichstag \u00e0 107 si\u00e8ges. <\/p>\n<p>Les bandes de rues nazies lanc\u00e8rent des attaques de plus en plus violentes contre les ennemis de Hitler et, tout particuli\u00e8rement, contre les gens de gauche et les juifs. Comme le raconte un historien : \u00ab Afin de pr\u00e9parer le terrain \u00e0 l&#8217;ascension des nazis vers le pouvoir d\u00e9finitif, le parti accrut de mois en mois le niveau de violence auquel durent assister les citoyens allemands. \u00bb Un incident, qui eut lieu le 10 juin 1932, se r\u00e9v\u00e9la typique de cette strat\u00e9gie. Cet apr\u00e8s-midi, plusieurs centaines de membres des milices priv\u00e9es nazies de la SA et de la SS envahirent le district ouvrier de Berlin-Wedding, bloqu\u00e8rent les issues d&#8217;un d\u00e9dale de rues tout en scandant des slogans antis\u00e9mites et en attaquant toute personne qui avait la malchance de se trouver dehors et dans les environs. Les nazis tabass\u00e8rent une trentaine de riverains, dont plusieurs personnes \u00e2g\u00e9es et une femme enceinte, qui fut hospitalis\u00e9e en tr\u00e8s mauvais \u00e9tat.<br \/>\nL&#8217;identit\u00e9 de la cible num\u00e9ro un des nazis ne faisait aucun doute. Leur hostilit\u00e9, pour reprendre les mots de Philipp Frank, \u00ab se concentra \u00e0 un degr\u00e9 \u00e9tonnant et (&#8230;) effrayant sur Einstein \u00bb. En 1929, une maison d&#8217;\u00e9dition de Leipzig sortit un ouvrage intitul\u00e9 \u00ab Cent \u00e9crivains contre Einstein \u00bb. L&#8217;ouvrage en lui-m\u00eame eut peu d&#8217;impact, \u00ab mais constituait un avertissement \u00bb, selon Levenson. Les attaques contre les juifs de premier plan peuvent avoir diminu\u00e9 durant la stabilit\u00e9 du milieu des ann\u00e9es 1920, \u00ab mais, d\u00e9sormais (&#8230;) la menace \u00e9tait revenue \u00bb. Un ami qui rendit visite \u00e0 Einstein en Allemagne, en 1930, d\u00e9crivit comme suit les signes croissants d&#8217;antis\u00e9mitisme : \u00ab De nombreuses boutiques juives ont \u00e9t\u00e9 mises \u00e0 sac \u00bb, et rapporta que l&#8217;homme de science, \u00ab malgr\u00e9 toute sa s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, \u00e9tait inquiet \u00bb. <\/p>\n<p>Les menaces contre Einstein se multipli\u00e8rent au fur et \u00e0 mesure que Hitler se rapprocha du pouvoir. Un boulanger de Caputh, le village \u00e0 proximit\u00e9 de Potsdam o\u00f9 Einstein avait construit une r\u00e9sidence d&#8217;\u00e9t\u00e9, commen\u00e7a \u00e0 se plaindre \u00e0 haute voix, devant ses clients, de la \u00ab maison juive \u00bb de l&#8217;homme de science. A la fin du printemps 1932, le savant cessa de se promener seul et l&#8217;amie du couple, Antonina Vallentin, pr\u00e9vint Elsa que \u00ab laisser Einstein en Allemagne revenait \u00e0 commettre un assassinat \u00bb. Juste avant que le couple ne quitte l&#8217;Allemagne pour de bon, en d\u00e9cembre 1932, Einstein re\u00e7ut une \u00ab mise en garde amicale \u00bb d&#8217;un important g\u00e9n\u00e9ral allemand, lui disant que son existence \u00ab n&#8217;\u00e9tait plus du tout s\u00fbre ici \u00bb. <\/p>\n<p>Officiellement, les Einstein s&#8217;en allaient pour un semestre de plus \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger et ils pr\u00e9voyaient de rentrer \u00e0 Berlin au printemps. Einstein d\u00e9clara au New York Times : \u00ab Je n&#8217;abandonne pas l&#8217;Allemagne (&#8230;) Mon domicile permanent restera toujours Berlin. \u00bb Mais il peut s&#8217;\u00eatre dout\u00e9 qu&#8217;ils n&#8217;y retourneraient pas. Lorsque le steamer Oakland quitta Bremerhaven le 10 d\u00e9cembre 1932, il emportait \u00e0 son bord les Einstein et trente pi\u00e8ces de bagages. C&#8217;\u00e9tait, comme le d\u00e9clara l&#8217;ami et biographe d&#8217;Einstein, \u00ab un tantinet excessif pour une absence de trois mois \u00bb.<br \/>\nUne fois en Am\u00e9rique, Einstein ne tarda pas \u00e0 se faire vilipender par l&#8217;Etat allemand. Il fut accus\u00e9 d&#8217;\u00eatre le chef d&#8217;un mouvement secret antinazi, parfois d\u00e9crit comme \u00ab communiste \u00bb, parfois comme \u00ab l&#8217;Internationale juive \u00bb. Le 23 mars, le IIIe Reich interdit aux juifs et aux communistes d&#8217;enseigner dans les universit\u00e9s, de travailler en tant qu&#8217;avocats ou dans des fonctions publiques. Les hommes de science, et plus particuli\u00e8rement les juifs, constitu\u00e8rent une cible sp\u00e9ciale pour le r\u00e9gime, qui pr\u00eachait la supr\u00e9matie aryenne. Un dirigeant p\u00e9dagogique nazi exprima la chose tr\u00e8s simplement : \u00ab Ce n&#8217;est pas la science, qui doit \u00eatre cantonn\u00e9e dans des limites, mais plut\u00f4t les chercheurs scientifiques et les enseignants : seuls des hommes qui ont vou\u00e9 leur personne tout enti\u00e8re \u00e0 la nation, \u00e0 la conception du monde en fonction de la race, enseigneront et poursuivront des recherches dans les universit\u00e9s allemandes. \u00bb<br \/>\nA plusieurs reprises, les nazis allaient piller l&#8217;appartement des Einstein \u00e0 Berlin, s&#8217;emparant de tous leurs biens et gelant leur compte en banque. En mars, des agents nazis de la SA mirent sens dessus dessous leur r\u00e9sidence d&#8217;\u00e9t\u00e9 \u00e0 Caputh, \u00e0 la recherche d&#8217;une cache secr\u00e8te d&#8217;armes \u00ab cens\u00e9ment dissimul\u00e9es en cet endroit par les communistes \u00bb et destin\u00e9es \u00e0 une insurrection antinazie. N&#8217;y trouvant aucune arme &#8211; \u00ab tout ce qu&#8217;ils y trouv\u00e8rent, ce fut un couteau \u00e0 pain \u00bb, rapporta le New York Times -, ils confisqu\u00e8rent la maison, de toute fa\u00e7on, d\u00e9clarant que, \u00ab manifestement \u00bb, elle \u00e9tait sur le point d&#8217;\u00eatre vendue afin de financer des activit\u00e9s subversives. <\/p>\n<p>Einstein \u00e9tait brusquement devenu un r\u00e9fugi\u00e9. M\u00eame au cas o\u00f9 il aurait pu survivre &#8211; par miracle &#8211; \u00e0 un retour en Allemagne, il d\u00e9clara \u00e0 la presse : \u00ab Tant que je n&#8217;aurai pas le choix \u00e0 ce propos, je ne vivrai que dans un pays o\u00f9 la libert\u00e9 civile, la tol\u00e9rance et l&#8217;\u00e9galit\u00e9 de tous les citoyens sont garanties par la loi (&#8230;) Ces conditions n&#8217;existent pas en Allemagne, actuellement. \u00bb<br \/>\nMais les Einstein retourn\u00e8rent en Europe au printemps et en \u00e9t\u00e9 1933, passant plusieurs mois dans la ville c\u00f4ti\u00e8re belge du Coq-sur-Mer afin de se reposer et de reconsid\u00e9rer leurs plans d&#8217;avenir. Apprenant que les journaux nazis avaient mis sa t\u00eate \u00e0 prix \u00e0 5000 dollars, Einstein d\u00e9clara avec humour : \u00ab Je ne savais pas que je valais autant. \u00bb N\u00e9anmoins, les menaces de mort \u00e9taient s\u00e9rieuses. Durant son s\u00e9jour au Coq, le gouvernement belge lui assigna deux gardes du corps 24 heures sur 24 afin de le prot\u00e9ger contre une \u00e9quipe annonc\u00e9e de tueurs nazis. Et quand le r\u00e9gime hitl\u00e9rien publia un album officiel de photos des \u00ab Ennemis de l&#8217;Etat \u00bb, la l\u00e9gende sous la photo d&#8217;Einstein disait : \u00ab Noch Ungeh\u00e4ngt &#8211; Pas encore pendu \u00bb. Einstein \u00e9tait \u00e9galement recherch\u00e9 &#8211; mais bien vivant et avec toutes ses facult\u00e9s de pens\u00e9e &#8211; par d&#8217;\u00e9minentes institutions d&#8217;enseignement du monde entier. Plusieurs universit\u00e9s europ\u00e9ennes dont, entre autres, Oxford, Paris, Madrid et Leyde, propos\u00e8rent \u00e0 Einstein des postes universitaires, de m\u00eame que le tout r\u00e9cemment cr\u00e9\u00e9 &#8211; et bien nanti &#8211; Institute for Advanced Study (Institut d&#8217;Etudes sup\u00e9rieures) de Princeton.[2] Einstein se sentait chez lui, en Europe, mais, comme l&#8217;explique l&#8217;\u00e9crivain et physicien C.P. Snow, le choix de l&#8217;endroit o\u00f9 se fixer ne d\u00e9pendait pas, pour une bonne part, de lui-m\u00eame.<br \/>\nIl \u00e9tait le principal ennemi public aux yeux de Hitler&#8230; Einstein \u00e9tait un homme brave, mais s&#8217;il retournait [en Allemagne], il serait tu\u00e9&#8230; La Belgique lui convenait. Il se sentait bien plus \u00e0 l&#8217;aise dans de petits pays confortables (la Hollande \u00e9tait son pays pr\u00e9f\u00e9r\u00e9), mais il n&#8217;\u00e9tait pas \u00e0 l&#8217;abri des nazis. Sans avoir vraiment le choix, il reprit ses p\u00e9riples, et alla s&#8217;installer \u00e0 Princeton&#8230;<br \/>\nC&#8217;\u00e9tait une sorte d&#8217;exil. Il ne fait aucun doute qu&#8217;Einstein, qui ne s&#8217;\u00e9tait jamais senti chez lui nulle part, d\u00e9sirait parfois retrouver les sons et les senteurs de l&#8217;Europe. N\u00e9anmoins, c&#8217;est en Am\u00e9rique qu&#8217;il atteignit sa pleine sagesse en m\u00eame temps que sa plus grande tristesse.<br \/>\nAvant de quitter l&#8217;Allemagne, Einstein fut non seulement un critique virulent des nazis mais il s&#8217;\u00e9tait mis \u00e9galement \u00e0 s&#8217;exprimer contre le racisme en Am\u00e9rique &#8211; il \u00e9tait difficile de ne pas y voir un parall\u00e8le \u00e0 l&#8217;antis\u00e9mitisme nazi et \u00e0 la th\u00e9orie du surhomme aryen. En 1931, W.E.B. Du Bois, l&#8217;un des fondateurs de la NAACP (Association nationale pour l&#8217;\u00e9mancipation des gens de couleur) et r\u00e9dacteur en chef de son magazine, The Crisis, \u00e9crivit \u00e0 Einstein, qui vivait toujours \u00e0 Berlin, \u00e0 l&#8217;\u00e9poque : <\/p>\n<p><em>Monsieur,<br \/>\nJe prends la libert\u00e9 de vous envoyer en annexe quelques exemplaires du magazine The Crisis. The Crisis est publi\u00e9 par des Noirs am\u00e9ricains et d\u00e9fend les droits \u00e0 la citoyennet\u00e9 de plus de 12 millions de personnes descendant des anciens esclaves de ce pays. Nous venons tout juste d&#8217;atteindre notre 21e anniversaire. Je vous \u00e9cris pour vous demander si, au c\u0153ur de votre existence si occup\u00e9e, vous pouviez trouver le temps de nous dire quelques mots \u00e0 propos du caract\u00e8re n\u00e9faste des pr\u00e9jug\u00e9s raciaux dans le monde. Une br\u00e8ve d\u00e9claration de votre part, de 500 \u00e0 1.000 mots sur le sujet, nous serait d&#8217;une grande aide dans notre combat permanent pour la libert\u00e9.<br \/>\nEn ce qui me concerne, vous pourrez trouver quelque chose sur ma personne dans le Who&#8217;s Who in America. Dans le temps, j&#8217;ai \u00e9t\u00e9 \u00e9tudiant chez Wagner et Schmoller \u00e0 l&#8217;Universit\u00e9 de Berlin.<br \/>\nJ&#8217;appr\u00e9cierais au plus haut point quelques lignes de votre main.<br \/>\nA vous, tr\u00e8s sinc\u00e8rement,<br \/>\nW.E.B. Du Bois<\/em> <\/p>\n<p>Le 29 octobre 1931, Einstein r\u00e9pondit : <\/p>\n<p><em>Mon cher Monsieur !<br \/>\nJe vous prie de trouver en annexe une br\u00e8ve contribution destin\u00e9e \u00e0 votre journal. En raison du poids excessif de mes occupations, je ne puis vous envoyer une plus longue explication.<br \/>\nAvec mon respect distingu\u00e9,<br \/>\nAlbert Einstein<\/em> <\/p>\n<p>Voici cette contribution.<\/p>\n<h2>Aux Noirs am\u00e9ricains<\/h2>\n<p><em>Note de l&#8217;\u00e9diteur [Dr Du Bois] : <\/p>\n<p>L&#8217;auteur, Albert Einstein, est un juif de nationalit\u00e9 allemande. Il est n\u00e9 dans le Wurtemberg en 1879 et a fait ses \u00e9tudes en Suisse. Il a \u00e9t\u00e9 professeur de physique \u00e0 Zurich et \u00e0 Prague et il est actuellement directeur de l&#8217;Institut de Physique de l&#8217;Empereur Guillaume \u00e0 Berlin. Il est membre de l&#8217;Acad\u00e9mie royale des Sciences de la Prusse et de la British Royal Society. Il a re\u00e7u le prix Nobel en 1921 et la m\u00e9daille Copley en 1925. <\/p>\n<p>Einstein est un g\u00e9nie en physique sup\u00e9rieure et il rejoint le niveau des Copernic, Newton et Kepler. Sa fameuse th\u00e9orie de la relativit\u00e9, propos\u00e9e la premi\u00e8re fois en 1905, a r\u00e9volutionn\u00e9 notre explication des ph\u00e9nom\u00e8nes physiques et notre conception du mouvement, du temps et de l&#8217;espace.<br \/>\nMais le professeur Einstein n&#8217;est pas qu&#8217;un simple esprit math\u00e9matique. C&#8217;est un \u00eatre humain bien vivant, tr\u00e8s favorable \u00e0 toute forme de progr\u00e8s humain. Il est un brillant d\u00e9fenseur du d\u00e9sarmement et de la paix mondiale et il a en horreur les pr\u00e9jug\u00e9s de race : en tant que juif, il sait de quoi il retourne. A notre demande, il a transmis le message qui suit \u00e0 The Crisis, terminant sa lettre par les mots \u00ab Ausgezeichneter Hochachtung \u00bb (\u00ab respects distingu\u00e9s \u00bb) : <\/p>\n<p><\/em>\u00ab Cela semble un fait universel que les minorit\u00e9s, particuli\u00e8rement lorsque leurs individus sont reconnaissables \u00e0 des diff\u00e9rences physiques, soient trait\u00e9es par les majorit\u00e9s au sein desquelles elles vivent en tant que classe inf\u00e9rieure. L&#8217;\u00e9l\u00e9ment tragique de cette r\u00e9alit\u00e9, toutefois, r\u00e9side non seulement dans le pr\u00e9judice automatiquement ressenti par ces minorit\u00e9s dans leurs relations \u00e9conomiques et sociales, mais \u00e9galement dans le fait que ceux qui se voient infliger tel traitement sont pour la plupart d&#8217;accord avec cette appr\u00e9ciation de pr\u00e9judice en raison de l&#8217;influence suggestive de la majorit\u00e9 et en viennent \u00e0 consid\u00e9rer les personnes de leur genre comme \u00e9tant inf\u00e9rieures. Il est possible d&#8217;aborder ce second aspect du mal, plus important, par une union plus \u00e9troite et une \u00e9dification \u00e9ducationnelle consciente au sein de la minorit\u00e9, de fa\u00e7on \u00e0 pouvoir attendre de la sorte l&#8217;\u00e9mancipation de l&#8217;\u00e2me de la minorit\u00e9. <\/p>\n<p>Les efforts r\u00e9solus des Noirs am\u00e9ricains dans cette direction m\u00e9ritent d&#8217;\u00eatre reconnus et appuy\u00e9s.<br \/>\nAlbert Einstein \u00bb <\/p>\n<p>La requ\u00eate de Du Bois en vue d&#8217;obtenir un message de la part d&#8217;Einstein r\u00e9v\u00e9la que l&#8217;homme de science afro-am\u00e9ricain avait le nez pour les relations publiques. L&#8217;article d&#8217;Einstein valut \u00e0 The Crisis un exceptionnel gros titre, m\u00eame r\u00e9duit, dans le New York Times : \u00ab EINSTEIN SALUE LA RACE NOIRE \u00bb. Presque vingt ans plus tard, une autre correspondance entre Einstein et Du Bois allait entra\u00eener des r\u00e9sultats plus m\u00e9morables encore mais, dans les angoissantes ann\u00e9es 1950, elle ne b\u00e9n\u00e9ficierait pas de couverture m\u00e9diatique. La veille du d\u00e9part d&#8217;Einstein pour l&#8217;Am\u00e9rique, il se joignit \u00e0 la campagne internationale en vue de sauver \u00ab les gar\u00e7ons de Scottsboro \u00bb, neuf adolescents afro-am\u00e9ricains de l&#8217;Alabama, faussement accus\u00e9s de viol et dont huit avaient \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9s \u00e0 mort en 1931. Pour Einstein, la d\u00e9fense de Scottsboro fut la premi\u00e8re d&#8217;une s\u00e9rie de protestations contre l&#8217;injustice raciale du syst\u00e8me l\u00e9gislatif am\u00e9ricain. Pour J. Edgar Hoover et son FBI, il s&#8217;agit du premier \u00ab Front communiste \u00bb r\u00e9pertori\u00e9 dans leur dossier sur Einstein. <\/p>\n<p>Einstein rejoignit Paul Robeson, W.E.B. Du Bois et le Congr\u00e8s des Droits civiques (CDC). En effet, la quasi-totalit\u00e9 des groupes des droits civiques qu&#8217;appuya Einstein apr\u00e8s 1946, y compris le Conseil des Affaires africaines cit\u00e9 plus t\u00f4t, avaient Robeson dans leur direction. Du fait qu&#8217;Einstein avait vu les nazis recourir \u00e0 la tactique de l&#8217;\u00e9pouvantail \u00ab communiste \u00bb, il est possible qu&#8217;il ne recula pas devant le rayonnement rougeoyant de Robeson. A l&#8217;instar de Robeson, le CDC avait des liens \u00e9troits avec le Parti communiste. Tout en d\u00e9fendant Rosa Lee Ingram, Willie McGee, les Sept de Martinsville et d&#8217;autres Afro-Am\u00e9ricains qu&#8217;ils consid\u00e9raient comme les victimes \u00ab coups montr\u00e9s racistes \u00bb, le CDC soutenait \u00e9galement la grosse centaine d&#8217;officiels du PC emprisonn\u00e9s en vertu du Smith Act (loi Smith)[3] au cours de la p\u00e9riode McCarthy\/Hoover. Les d\u00e9clarations du CDC faisaient r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&#8217;Allemagne de Hitler, o\u00f9 les nazis avaient commenc\u00e9 par s&#8217;en prendre violemment aux communistes alors que la plupart des lib\u00e9raux haussaient les \u00e9paules en se tenant \u00e0 une distance qu&#8217;ils estimaient plus s\u00fbre.[4] C&#8217;\u00e9tait un parall\u00e8le historique avec lequel Einstein \u00e9tait d&#8217;accord. \u00ab La crainte du communisme \u00bb, d\u00e9clara-t-il au plus fort de l&#8217;\u00e9poque McCarthy, \u00ab a entra\u00een\u00e9 des pratiques qui sont devenues incompr\u00e9hensible pour le reste de l&#8217;humanit\u00e9 civilis\u00e9e&#8230; \u00bb <\/p>\n<p>Son franc-parler \u00e0 propos des droits civiques comprenait une interview pratiquement inconnue, datant de 1948, par le Cheyney Record, le journal estudiantin d&#8217;un petit (\u00e0 l&#8217;\u00e9poque) coll\u00e8ge (Cheyney State) en Pennsylvanie : \u00ab Malheureusement, les pr\u00e9jug\u00e9s raciaux sont devenus une tradition am\u00e9ricaine qui se transmet sans discernement d&#8217;une g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 la suivante \u00bb, d\u00e9clara Einstein. Qu&#8217;il ait d\u00e9clar\u00e9 cela au cours d&#8217;une interview n&#8217;est gu\u00e8re surprenant au vu de sa pr\u00e9c\u00e9dente visite \u00e0 l&#8217;universit\u00e9 de Lincoln et \u00e0 son ouverture d&#8217;esprit quand il s&#8217;agissait de parler et d&#8217;\u00e9crire \u00e0 des jeunes. Plus surprenante, toutefois, il y a la d\u00e9claration d&#8217;Einstein, dans la m\u00eame interview : \u00ab Les seuls rem\u00e8des [au racisme] sont l&#8217;information et l&#8217;\u00e9ducation. C&#8217;est un processus lent et douloureux auquel devraient pendre part toutes les personnes bien-pensantes. \u00bb<br \/>\nPeu apr\u00e8s l&#8217;interview de Cheyney, Einstein poursuivit la mise en place de son r\u00e9seau organisationnel en adressant un message \u00e0 la \u00ab Southwide Conference on Discrimination in Higher Education \u00bb (Conf\u00e9rence du Sud sur la discrimination dans l&#8217;\u00e9ducation sup\u00e9rieure), qui se tint \u00e0 l&#8217;universit\u00e9 d&#8217;Atlanta, en 1950 et qui \u00e9tait sponsoris\u00e9e par le Southern Conference Educational Fund (Fonds d&#8217;\u00e9ducation de la Conf\u00e9rence du Sud &#8211; SCEF). Vu la \u00ab peur du rouge \u00bb, les commissions d&#8217;enqu\u00eate du Congr\u00e8s, telle la HUAC, avaient traqu\u00e9 les communistes dans la quasi-totalit\u00e9 des groupes sudistes qui r\u00e9clamaient l&#8217;int\u00e9gration et, ce faisant, avaient liquid\u00e9 bon nombre de ces groupes. La Highlander Folk School, o\u00f9 Rosa Parks participa \u00e0 des discussions interraciales durant l&#8217;\u00e9t\u00e9 qui pr\u00e9c\u00e9da sa fameuse arrestation pour avoir refus\u00e9 de prendre place \u00e0 l&#8217;arri\u00e8re d&#8217;un bus de Montgomery, en Alabama, \u00e9tait l&#8217;une des rares organisations qui parvint \u00e0 survivre. Une autre fut le SCEF d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9.<br \/>\nQuatre ans avant l&#8217;affaire Brown contre le Board of Education, le SCEF finan\u00e7a une exceptionnelle conf\u00e9rence int\u00e9gr\u00e9e dans le Sud (une fois de plus, dans une universit\u00e9 noire) afin de s&#8217;opposer au racisme dans les universit\u00e9s du Sud.[5] Dans sa lettre de salutations au groupe, Einstein \u00e9crivait : <\/p>\n<p><em>\u00ab Si un individu commet une injustice, il est harcel\u00e9 par sa conscience. Mais personne n&#8217;est \u00e0 m\u00eame de se sentir responsable des m\u00e9faits d&#8217;une communaut\u00e9, en particulier si ces m\u00e9faits s&#8217;appuient sur de vieilles traditions. Tel est le cas de la discrimination. Toute personne d&#8217;esprit sain vous sera reconnaissante de vous \u00eatre unis pour combattre ce mal qui porte si gravement atteinte \u00e0 la dignit\u00e9 et \u00e0 la renomm\u00e9e de notre pays. Ce n&#8217;est qu&#8217;en diffusant l&#8217;\u00e9ducation parmi tous nos citoyens sans exception que nous pourrons nous rapprocher des id\u00e9aux de la d\u00e9mocratie. <\/p>\n<p>Votre combat n&#8217;est pas facile mais, \u00e0 la fin, vous r\u00e9ussirez. \u00bb<\/em> <\/p>\n<p>Peut-\u00eatre l&#8217;action la plus efficace d&#8217;Einstein sur le plan des droits civiques fut-elle un t\u00e9moignage qu&#8217;en fait, il ne fit pas. Au d\u00e9but de l&#8217;ann\u00e9e 1951, le gouvernement f\u00e9d\u00e9ral inculpa W.E.B. Du Bois, alors secr\u00e9taire du Peace Information Center (Centre d&#8217;information pour la paix &#8211; PIC), et quatre autres responsables du groupe pour ne s&#8217;\u00eatre pas fait enregistrer en tant qu&#8217;\u00ab agents de l&#8217;\u00e9tranger \u00bb. La principale accusation du gouvernement concernait le fait que le PIC &#8211; d\u00e9crit par l&#8217;historien Robin D.G. Kelley comme un groupe \u00ab antinucl\u00e9aire contre la guerre froide \u00bb &#8211; avait commis l&#8217;\u00ab acte manifeste \u00bb de faire circuler la P\u00e9tition de Stockholm en faveur de la paix, laquelle p\u00e9tition d\u00e9clarait :<br \/>\n<em><br \/>\n\u00ab Nous exigeons la mise hors-la-loi des armes nucl\u00e9aires en tant qu&#8217;instruments d&#8217;intimidation et de destruction massive des humains. <\/p>\n<p>Nous exigeons un contr\u00f4le international strict afin de faire appliquer cette mesure.<br \/>\nNous estimons que tout gouvernement qui utilisera le premier les armes nucl\u00e9aires contre quelque pays que ce soit commettra un crime contre l&#8217;humanit\u00e9 et devrait de ce fait \u00eatre trait\u00e9 comme un criminel de guerre.<br \/>\nNous appelons tous les hommes et femmes de bonne volont\u00e9 du monde entier \u00e0 signer cet appel. \u00bb<\/em> <\/p>\n<p>Plusieurs millions de personnes sign\u00e8rent cette p\u00e9tition mondiale pour la paix lanc\u00e9e en 1950 par le Conseil mondial pour la paix, bas\u00e9 \u00e0 Stockholm et pro-sovi\u00e9tique. La HUAC la d\u00e9non\u00e7a comme \u00e9tant \u00ab le plus vaste fait de guerre psychologique jamais organis\u00e9 sur le plan mondial (&#8230;) un \u00e9cran de fum\u00e9e en vue d&#8217;une agression [communiste] \u00bb. Si une seule image est n\u00e9cessaire pour se faire une simple id\u00e9e du maccarthysme en Am\u00e9rique, ce peut \u00eatre celle de W.E.B. Du Bois comparaissant devant un juge de tribunal f\u00e9d\u00e9ral &#8211; le savant noir de renomm\u00e9e mondiale, \u00e2g\u00e9 de 83 ans, avec sa barbiche, de courte taille mais se tenant bien droit, portant un complet ray\u00e9 et des menottes. A l&#8217;instar de Robeson, Du Bois avait refus\u00e9 de coop\u00e9rer avec la politique antisovi\u00e9tique et anticommuniste de Washington, il avait refus\u00e9 de coop\u00e9rer avec les commissions d&#8217;enqu\u00eate du Congr\u00e8s, il s&#8217;\u00e9tait vu retirer son passeport et avait \u00e9t\u00e9 exclu de la NAACP. <\/p>\n<p>Peu apr\u00e8s cette inculpation f\u00e9d\u00e9rale, Einstein envoya \u00e0 Du Bois un exemplaire de l&#8217;ouvrage qu&#8217;il venait de publier, Out of My Later Years (Mes ann\u00e9es r\u00e9centes) &#8211; cela faisait presque exactement vingt ans qu&#8217;Einstein avait entendu parler pour la premi\u00e8re fois de Du Bois et r\u00e9dig\u00e9 sa d\u00e9claration pour The Crisis. En avril, Du Bois r\u00e9pondit et inclut \u00e0 sa lettre l&#8217;information concernant son prochain proc\u00e8s : \u00ab Madame Du Bois et moi-m\u00eame avons re\u00e7u avec une profonde reconnaissance votre ouvrage d\u00e9dicac\u00e9 et nous le lirons avec plaisir et profit. Je me permets de joindre \u00e0 la pr\u00e9sente une d\u00e9claration sur une affaire susceptible de vous int\u00e9resser. \u00bb<br \/>\nEinstein se proposa aussit\u00f4t pour compara\u00eetre en tant que t\u00e9moin de la d\u00e9fense dans le proc\u00e8s f\u00e9d\u00e9ral contre Du Bois. Afin de conf\u00e9rer \u00e0 la comparution en justice d&#8217;Einstein le plus d&#8217;impact possible, l&#8217;avocat de la d\u00e9fense, Vito Marcantonio,[6] retint jusqu&#8217;au dernier moment cette information. Dans un exceptionnel compte rendu de premi\u00e8re main, Shirley Graham Du Bois d\u00e9crit la r\u00e9ponse du juge :<br \/>\n<em><br \/>\n\u00ab Le Minist\u00e8re public a suspendu l&#8217;affaire durant la matin\u00e9e du 20 novembre (&#8230;). Marcantonio (&#8230;) d\u00e9clara au juge qu&#8217;un seul t\u00e9moin de la d\u00e9fense serait pr\u00e9sent\u00e9, le Dr Du Bois. [Mais] Marcantonio ajouta incidemment \u00e0 l&#8217;adresse du juge : \u2018Le Dr Albert Einstein a propos\u00e9 de compara\u00eetre en tant que t\u00e9moin de moralit\u00e9 en faveur du Dr Du Bois.&#8217; Le juge [Matthew F.] McGuire fixa Marcantonio d&#8217;un regard appuy\u00e9 et leva ensuite la s\u00e9ance pour le d\u00e9jeuner. Quand la s\u00e9ance reprit, je juge McGuire (&#8230;) approuva la motion en faveur de l&#8217;acquittement<\/em><\/p>\n<p>Confront\u00e9 \u00e0 la perspective d&#8217;une publicit\u00e9 internationale qui aurait r\u00e9sult\u00e9 du t\u00e9moignage d&#8217;Einstein, le juge classa l&#8217;affaire par manque de preuve avant que la d\u00e9fense n&#8217;ait eu l&#8217;occasion de pr\u00e9senter ses t\u00e9moins. Neuf jours plus tard, Du Bois \u00e9crivait \u00e0 nouveau \u00e0 Einstein : <\/p>\n<p><em>\u2018Mon cher Dr Einstein,<br \/>\nJe vous \u00e9cris pour vous exprimer ma profonde reconnaissance pour votre offre g\u00e9n\u00e9reuse de faire tout ce que vous pouviez dans l&#8217;affaire mont\u00e9e contre moi par le d\u00e9partement de la Justice.<br \/>\nJe suis tr\u00e8s heureux de voir que, finalement, il ne fut pas n\u00e9cessaire de vous faire venir et de d\u00e9ranger vos importants travaux et vos pr\u00e9cieux temps libres, mais je tiens n\u00e9anmoins \u00e0 vous remercier tout autant de votre attitude g\u00e9n\u00e9reuse \u00e0 ce propos. .<br \/>\nMadame Du Bois se joint \u00e0 moi pour vous exprimer sa profonde gratitude.<br \/>\nA vous, tr\u00e8s sinc\u00e8rement,<br \/>\nW.E.B. Du Bois&#8217; \u00bb<\/em> <\/p>\n<p>Einstein ne prit pratiquement jamais la parole dans les universit\u00e9s durant les vingt derni\u00e8res ann\u00e9es de sa vie. Sa sant\u00e9 de plus en plus fragile lui rendait les voyages p\u00e9nibles mais il y consid\u00e9rait surtout comme \u00ab ostentatoires \u00bb la pompe et le c\u00e9r\u00e9monial de la remise des dipl\u00f4mes. Certains peuvent trouver remarquable qu&#8217;Einstein ait choisi de rompre sa ligne de conduite et non-apparition dans les universit\u00e9s en se rendant, non pas chez un producteur de dipl\u00f4mes prestigieux de l&#8217;Ivy League [l&#8217;ensemble des huit universit\u00e9s les plus prestigieuses du Nord des Etats-Unis, NdT],[7] mais dans une universit\u00e9 traditionnellement noire. (Reconnue en 1854, Lincoln fut \u00ab la premi\u00e8re institution au monde \u00e0 d\u00e9livrer \u00e0 la jeunesse masculine d&#8217;origine africaine une \u00e9ducation de niveau sup\u00e9rieur dans les arts et les sciences \u00bb.) Mais, pour Einstein, le voyage de 100 km de Princeton \u00e0 Lincoln ne fut pas un choix d\u00fb au hasard. Sa visite eut lieu \u00ab pour une cause valable \u00bb, dit-il au rassemblement des \u00e9tudiants et des facult\u00e9s. \u00ab La s\u00e9paration des races [la s\u00e9gr\u00e9gation] \u00bb, d\u00e9clara-t-il, \u00ab n&#8217;est pas une maladie des gens de couleur, mais une maladie des blancs \u00bb, ajoutant : \u00ab Je n&#8217;ai pas l&#8217;intention de me taire \u00e0 ce sujet. \u00bb <\/p>\n<p>Une maladie ? Pour appr\u00e9cier aujourd&#8217;hui le choix de ce mot par Einstein, il convient d&#8217;examiner les sympt\u00f4mes sp\u00e9cifiques de la maladie de la s\u00e9gr\u00e9gation si r\u00e9pandue en Am\u00e9rique quatre-vingts ans apr\u00e8s la guerre de S\u00e9cession. Dans la mesure o\u00f9 il leur \u00e9tait permis de combattre, les soldats noirs, comme nous l&#8217;avons fait remarquer, servaient dans des unit\u00e9s s\u00e9par\u00e9es command\u00e9es par des officiers blancs. Pour un v\u00e9ritable croyant, la s\u00e9gr\u00e9gation passait toujours avant tout, m\u00eame avant le patriotisme. Souhaitant n&#8217;avoir jamais \u00e0 combattre \u00ab avec un n\u00e8gre \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s \u00bb, un jeune avocat de 28 ans, originaire de Virginie-Occidentale &#8211; et futur s\u00e9nateur &#8211; du nom de Robert Byrd, \u00e9crivit en 1945 au s\u00e9nateur Bilbo du Mississippi : \u00ab Je pr\u00e9f\u00e9rerais mourir un millier de fois et ne plus jamais voir l&#8217;Ancienne Gloire pi\u00e9tin\u00e9e dans la souillure se relever de nouveau, plut\u00f4t que de voir ce pays bien-aim\u00e9 qui est le n\u00f4tre d\u00e9grad\u00e9 par de sales m\u00e9tis, une r\u00e9gression vers les sp\u00e9cimens les plus noirs des espaces sauvages. \u00bb (Depuis, toutefois, Byrd a connu un bouleversement radical dans ses consid\u00e9rations raciales.) <\/p>\n<p>La s\u00e9gr\u00e9gation raciale \u00e9tait la r\u00e8gle dans la quasi-totalit\u00e9 de l&#8217;Am\u00e9rique, en mai 1946, avec des \u00e9quipements publics et priv\u00e9s s\u00e9par\u00e9s et in\u00e9gaux, depuis le logement et les \u00e9coles aux bus et aux plages \u00e0 travers le Sud et dans bien d&#8217;autres parties du pays, y compris Princeton, dans le New Jersey. Certains manuels et m\u00eame des films documentaires ont montr\u00e9 les salles d&#8217;attente s\u00e9par\u00e9es (et d\u00e9cid\u00e9ment marqu\u00e9es par l&#8217;in\u00e9galit\u00e9) dans les gares routi\u00e8res et ferroviaires du Sud, et m\u00eame les fontaines d&#8217;eau potable \u00e9tiquet\u00e9es \u00ab gens de couleur \u00bb et \u00ab blancs \u00bb. Mais la maladie allait plus loin encore. M\u00eame le sang donn\u00e9 pour sauver des vies l&#8217;\u00e9tait dans des banques du sang marqu\u00e9es par la s\u00e9gr\u00e9gation raciale (pour autant, toutefois, que les Noirs eussent la possibilit\u00e9 de donner leur sang), avec du sang \u00ab blanc \u00bb et \u00ab de couleur \u00bb gard\u00e9 dans des unit\u00e9s de stockage \u00e9tiquet\u00e9es s\u00e9par\u00e9ment. En 1942, au plus fort d&#8217;une guerre mondiale, la Croix-Rouge am\u00e9ricaine se r\u00e9unit \u00e0 Washington et conclut que, bien qu&#8217;il n&#8217;y e\u00fbt pas de diff\u00e9rence dans le sang des diverses races, \u00ab la plupart des hommes de race blanche \u00e9taient r\u00e9ticents quand il s&#8217;agissait cde leur injecter du sang de Noir dans les veines \u00bb. Apparemment, selon un auteur, personne ne demanda \u00ab combien de militaires blancs, frapp\u00e9s d&#8217;h\u00e9morragie suite \u00e0 une plaie b\u00e9ante sur le champ de bataille et glissant dans le coma, emp\u00eacheraient un travailleur m\u00e9dical de leur donner du plasma d&#8217;une \u2018mauvaise couleur&#8217; \u00bb. Dans certaines parties de ce pays, la pratique de la s\u00e9paration du sang en fonction de la race se poursuivit toutefois jusque dans les ann\u00e9es 60 !<br \/>\nNaturellement, les \u00e9tudiants de Lincoln venus \u00e9couter Einstein \u00e9taient au courant de tout cela, en 1946. \u00ab Un vendredi, le 3 mai, un homme tr\u00e8s simple est venu \u00e0 l&#8217;universit\u00e9 de Lincoln \u00bb, nota un \u00e9tudiant, quelques jours plus tard, dans le journal de l&#8217;\u00e9cole, The Lincolnian :<br \/>\n<em><br \/>\n\u00ab Son visage \u00e9maci\u00e9 et sa simplicit\u00e9 lui donnaient l&#8217;allure d&#8217;un personnage biblique. Il \u00e9tait l\u00e0, tranquille, avec, sur le visage, une expression d&#8217;\u00e9tonnement interrogateur quand&#8230; le pr\u00e9sident Horace Mann Bond remettait un dipl\u00f4me. Ensuite, cet homme aux longs cheveux et aux yeux profonds prit le microphone et parla de la maladie qui frappait l&#8217;humanit\u00e9. Avec les accents gutturaux de son Allemagne natale, il d\u00e9clara qu&#8217;il ne pouvait se taire. Puis, il cessa de parler et la salle resta silencieuse. Apr\u00e8s cela, il fit une conf\u00e9rence sur la th\u00e9orie de la relativit\u00e9 \u00e0 l&#8217;adresse des \u00e9tudiants de Lincoln. \u00bb<\/em> <\/p>\n<p>Le m\u00eame soir, Albert Einstein retourna \u00e0 Princeton&#8230;<br \/>\nAvant de retourner chez lui, Einstein soupa au domicile du professeur Laurence Foster et de sa famille. La fille du Dr Foster, Yvonne, que l&#8217;on peut voir sur la photo d&#8217;Einstein avec les enfants des membres des facult\u00e9s de Lincoln, se souvient : \u00ab L&#8217;universit\u00e9 avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9venue qu&#8217;Einstein \u00e9tait tr\u00e8s r\u00e9serv\u00e9 et discret et, en fait, il \u00e9tait taiseux et parla tr\u00e8s peu au cours du souper mais il fut tr\u00e8s amus\u00e9 par l&#8217;accent hollandais de Pennsylvanie de Larry [le fr\u00e8re cadet d&#8217;Yvonne] et il ne put s&#8217;emp\u00eacher de sourire durant la conversation. \u00bb Et d&#8217;ajouter : \u00ab Nous f\u00fbmes tr\u00e8s honor\u00e9s \u00bb par le fait que, durant la c\u00e9r\u00e9monie de remise des dipl\u00f4mes, \u00ab Einstein portait la toge acad\u00e9mique du professeur Philip Miller et la toque de papa \u00bb. <\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;\u00e9tais tr\u00e8s heureuse de savoir que mon fils avait eu l&#8217;occasion de voir le Dr Einstein \u00bb, d\u00e9clara la m\u00e8re d&#8217;un \u00e9tudiant au pr\u00e9sident Bond de Lincoln, peu apr\u00e8s l&#8217;\u00e9v\u00e9nement. Dans une lettre adress\u00e9e \u00e0 Einstein, Bond r\u00e9p\u00e9ta les mots de cette m\u00e8re, en ajoutant ses propres remerciements : \u00ab Nous vous sommes tous aussi reconnaissants que cette humble m\u00e8re. \u00bb Le choix de Lincoln par Einstein, ainsi que ses propos, semblaient manifestement destin\u00e9s \u00e0 faire passer un message \u00e0 un auditoire bien plus vaste. Mais les m\u00e9dias de l&#8217;\u00e9poque &#8211; tout comme les m\u00e9dias depuis lors &#8211; avaient des priorit\u00e9s diff\u00e9rentes en mati\u00e8re d&#8217;information. Alors que la quasi-totalit\u00e9 des discours publics et interviews d&#8217;Einstein \u00e9taient rapport\u00e9s en long et en large dans les journaux les plus importants &#8211; m\u00eame lorsqu&#8217;il avait pass\u00e9 la langue, cela avait fait la une \u00e0 plusieurs reprises -, dans le cas pr\u00e9sent, les m\u00e9dias traditionnels trait\u00e8rent le discours du plus c\u00e9l\u00e8bre savant de la plan\u00e8te \u00e0 la plus ancienne universit\u00e9 noire du pays comme un non-\u00e9v\u00e9nement. Seule la presse noire, avec intelligence, reproduisit le discours d&#8217;Einstein. Le Philadelphia Tribune et le Baltimore Afro-American firent des reportages de premier choix \u00e0 la une, avec des photos d&#8217;Einstein recevant le dipl\u00f4me d&#8217;honneur des mains du pr\u00e9sident de Lincoln, Horace Mann Bond et pr\u00e9sentant aux \u00e9tudiants une conf\u00e9rence sur la relativit\u00e9. Le gros titre du Tribune, s&#8217;\u00e9tendant sur la moiti\u00e9 de la une, disait : \u00ab EINSTEIN RE\u00c7OIT UN DIPL\u00d4ME au cours d&#8217;une c\u00e9r\u00e9monie universitaire historique \u00bb.<br \/>\nD&#8217;autres journaux noirs couvraient l&#8217;\u00e9v\u00e9nement : le NY Age, le NY Amsterdam News (\u00ab Einstein : le probl\u00e8me racial, une maladie des \u2018Blancs&#8217; \u00bb) et le Pittsburgh Courier. Tous avaient ajout\u00e9 des photos. Personne n&#8217;a pourtant retrouv\u00e9 une copie ou une transcription, ni m\u00eame des notes, du discours d&#8217;Einstein \u00e0 Lincoln, pas plus que ce discours n&#8217;a jamais \u00e9t\u00e9 cit\u00e9 dans la pl\u00e9thore des biographies et anthologies sur Einstein. Les lignes qui suivent sont des extraits de son discours de dix minutes, provenant du rapport du Baltimore Afro American du 11 mai 1946. L&#8217;article du journal, r\u00e9dig\u00e9 par J.W. Woods, affiche, comme lieu de r\u00e9daction, LINCOLN UNIVERSITY, Pa.: <\/p>\n<p><em>\u00ab La seule possibilit\u00e9 d&#8217;emp\u00eacher la guerre est d&#8217;emp\u00eacher la possibilit\u00e9 de la guerre. On ne pourra obtenir une paix internationale que si chaque individu utilise tout son pouvoir pour exercer des pressions sur les Etats-Unis pour veiller \u00e0 ce qu&#8217;ils jouent le r\u00f4le principal dans le gouvernement du monde.(*) <\/p>\n<p>Les Nations unies n&#8217;ont pas le pouvoir d&#8217;emp\u00eacher la guerre, mais elles peuvent essayer d&#8217;\u00e9viter une autre guerre. Les Nations unies ne seront efficaces que si chaque individu ne n\u00e9glige pas son devoir dans son environnement personnel. S&#8217;il le n\u00e9glige, il sera responsable de la mort de nos enfants lors d&#8217;une guerre future. <\/p>\n<p>Ma visite \u00e0 cette institution a eu lieu au nom d&#8217;une cause valable. Aux Etats-Unis, il existe une s\u00e9paration entre les gens de couleur et les Blancs. Cette s\u00e9paration [s\u00e9gr\u00e9gation] n&#8217;est pas une maladie des gens de couleur. C&#8217;est une maladie de Blancs. Je n&#8217;ai pas l&#8217;intention de me taire \u00e0 ce propos.<br \/>\nLa situation de l&#8217;humanit\u00e9 aujourd&#8217;hui rappelle celle du petit enfant qui a un couteau tranchant et qui joue avec ce couteau. Il n&#8217;y a pas de d\u00e9fense efficace contre la bombe atomique. Pour notre propre s\u00e9curit\u00e9, nous devons l&#8217;utiliser sur base internationale. Elle peut non seulement d\u00e9truire une ville mais elle peut \u00e9galement d\u00e9truire la terre m\u00eame sur laquelle se trouvait cette ville. \u00bb<\/em> <\/p>\n<p>Le New York Times du 4 mai 1946 publia un bref entrefilet en page 7, comportant une seule et unique phrase sur le discours : \u00ab Le Dr Einstein a d\u00e9clar\u00e9 qu&#8217;il estimait qu&#8217;un \u2018grand avenir&#8217; attendait les Noirs et a demand\u00e9 aux \u00e9tudiants \u2018de travailler longtemps et tr\u00e8s dur, en faisant preuve d&#8217;une longue patience&#8217;. \u00bb En pr\u00e9sumant que la phrase provenait du m\u00eame discours (aucun des rapports de la presse noire ne cite ni ne fait allusion \u00e0 cette phrase ni \u00e0 rien qui lui ressemble), il est int\u00e9ressant d&#8217;opposer le petit extrait ce que le Times choisit de publier et ce qui fut rapport\u00e9 par la presse noire. <\/p>\n<p><strong>Notes<\/strong> <\/p>\n<p>[1] Einstein avait \u00e9t\u00e9 nomin\u00e9 pour le prix Nobel dans dix des douze ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes (1909 &#8211; 1920), mais ce n&#8217;est qu&#8217;apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 salu\u00e9 comme une c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 de renomm\u00e9e mondiale que le comit\u00e9 Nobel accepta de lui d\u00e9cerner le prix. Des ann\u00e9es plus tard, Irving Wallace, auteur de The Prize (Le prix), interviewa Sven Hedin, l&#8217;un des juges du Nobel, qui reconnut que l&#8217;antis\u00e9mitisme avait influenc\u00e9 les juges au point de voter \u00e0 plusieurs reprises contre l&#8217;attribution d&#8217;une r\u00e9compense \u00e0 Einstein (Wallace, The Writing of One Novel &#8211; L&#8217;\u00e9criture d&#8217;un roman). Au cours des ann\u00e9es 1930, Hedin soutint publiquement les nazis et devint un ami proche de G\u00f6ring, Himmler et Hitler. <\/p>\n<p>[2] Con\u00e7u d\u00e8s le d\u00e9but comme un centre destin\u00e9 exclusivement \u00e0 la recherche th\u00e9orique, l&#8217;institut (et son fondateur, Abraham Flexner), esp\u00e9rait attirer les plus \u00e9minents savants du monde entier afin qu&#8217;ils vivent, pensent et fassent de la recherche \u00e0 l&#8217;IAS qui, bien que situ\u00e9 \u00e0 Princeton, serait ind\u00e9pendant de l&#8217;universit\u00e9. Outre leurs contrastes manifestes &#8211; l&#8217;IAS n&#8217;\u00e9tait pas une institution qui d\u00e9cernait des dipl\u00f4mes et elle n&#8217;avait pas de corps estudiantin -, une diff\u00e9rence majeure dans la ligne de conduite, tr\u00e8s importante pour l&#8217;histoire pr\u00e9sente, c&#8217;est que l&#8217;institut &#8211; au contraire absolu de l&#8217;universit\u00e9 &#8211; accueillait des savants juifs du monde entier. Pour une tr\u00e8s bonne part, l&#8217;IAS refl\u00e9tait le statut grandissant de l&#8217;Am\u00e9rique en tant que principale puissance financi\u00e8re et technologique de la plan\u00e8te et Einstein constituait l&#8217;atout le plus pr\u00e9cieux de l&#8217;institut, lui assurant une reconnaissance et un prestige internationaux imm\u00e9diats. <\/p>\n<p>[3] Le Smith Act, promulgu\u00e9 en 1940, condamnait la \u00ab conspiration en vue d&#8217;enseigner et de d\u00e9fendre le renversement du gouvernement par la force et par la violence \u00bb. Durant la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement f\u00e9d\u00e9ral inculpa plusieurs membres du Parti socialiste trotskiste des travailleurs en s&#8217;appuyant sur le Smith Act. Le Parti communiste n&#8217;\u00e9leva aucune protestation contre ces inculpations. <\/p>\n<p>[4] Tous les lib\u00e9raux ne hauss\u00e8rent pas les \u00e9paules. Einstein avait sign\u00e9 un appel manqu\u00e9, en m\u00eame temps que Kathe Kollwitz et Heinrich Mann, en 1932, pressant les socialistes et les communistes de s&#8217;unir derri\u00e8re un simple panel de candidats qui aurait pu \u00eatre \u00e0 m\u00eame de battre les fascistes. <\/p>\n<p>[5] En 1950, si vous \u00e9tiez une vedette afro-am\u00e9ricaine de football ou de basket-ball dans une universit\u00e9 de l&#8217;Ouest ou du Nord, vous restiez presque toujours \u00e0 la maison lorsque votre \u00e9cole allait jouer un match dans une \u00e9cole du Sud. Pourtant, des signes de changement apparaissaient d\u00e9j\u00e0. En 1955, des milliers d&#8217;\u00e9tudiants organis\u00e8rent une manifestation sans pr\u00e9c\u00e9dent \u00e0 Atlanta, br\u00fblant des effigies du gouverneur Griffin de G\u00e9orgie en exigeant qu&#8217;il autorise l&#8217;\u00e9quipe de football de Georgia Tech \u00e0 rencontrer une \u00e9quipe interraciale de Pittsburgh lors du Sugar Bowl de cette ann\u00e9e. (NY Times, 4 d\u00e9c. 1955, p.1) <\/p>\n<p>[6] Marcantonio \u00e9tait un membre du Congr\u00e8s populaire, ind\u00e9pendant, passionn\u00e9 et de gauche originaire d&#8217;East Harlem, \u00e0 New York et il b\u00e9n\u00e9ficiait du soutien populaire des communaut\u00e9s locales italienne et portoricaine. Parmi ses nombreuses distinctions, il fut le seul membre du Congr\u00e8s \u00e0 voter contre l&#8217;envoi de troupes am\u00e9ricaines lors de la \u00ab Police Action \u00bb (action de police) en Cor\u00e9e, en 1950. <\/p>\n<p>[7] En 1936, Einstein refusa de participer \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie du tricentenaire de Harvard, parce que des universit\u00e9s allemandes y participaient. <\/p>\n<p>&#8212;&#8212;&#8211;<\/p>\n<p>Le pr\u00e9sent article est extrait d&#8217;un ouvrage des auteurs, <em>Einstein on Race and Racism<\/em> (Einstein, Sur races et racisme), publi\u00e9 en juillet 2005 par Rutgers University Press. Le copyright de cet article appartient \u00e0 Jerome et Taylor et nulle partie ne peut en \u00eatre utilis\u00e9e sans leur consentement explicite. Une liste compl\u00e8te de r\u00e9f\u00e9rences de toutes les citations de l&#8217;article peut \u00eatre consult\u00e9e \u00e0 partir de l&#8217;ouvrage ou demand\u00e9e aupr\u00e8s de Logos Editors.<br \/>\n[<br \/>\nhttp:\/\/www.einsteinonrace.com\/-><br \/>\nhttp:\/\/www.einsteinonrace.com\/] <\/p>\n<p><strong>Les auteurs:<\/strong><\/p>\n<p><strong><br \/>\nFred Jerome<\/strong>, v\u00e9t\u00e9ran du journalisme et \u00e9crivain scientifique, est l&#8217;auteur de The Einstein File: J. Edgar Hoover&#8217;s Secret War Against the World&#8217;s Most Famous Scientist .[ http:\/\/www.theeinsteinfile.com] (Le dossier E. : La guerre secr\u00e8te de J. Edgar Hoover contre le plus c\u00e9l\u00e8bre homme de science du monde). Il a enseign\u00e9 le journalisme \u00e0 Columbia, l&#8217;universit\u00e9 de New York et dans d&#8217;autres universit\u00e9s de la r\u00e9gion new-yorkaise. <strong>Rodger Taylor<\/strong>, auteur free-lance, est documentaliste \u00e0 la New York Public Library. <\/p>\n<p>Texte original en anglais :<br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.logosjournal.com\/issue_4.3\/jerome_taylor.htm\">http:\/\/www.logosjournal.com\/issue_4.3\/jerome_taylor.htm<\/a><\/p>\n<p><strong>Traduit par Jean-Marie Fl\u00e9mal<\/strong> <\/p>\n<p>(*) Note du traducteur : C&#8217;est effectivement ce que dit le texte (partie soulign\u00e9e), mais ce contresens s&#8217;explique quand on sait que le pr\u00e9sent article est publi\u00e9 par Princeton University Press&#8230; <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 30 janvier 1933, le jour m\u00eame o\u00f9 Hitler et les nazis reprenaient le gouvernement de l&#8217;Allemagne, le savant le plus c\u00e9l\u00e8bre de la plan\u00e8te peut \u00e9galement avoir \u00e9t\u00e9 le plus chanceux. Albert Einstein et son \u00e9pouse Elsa avaient quitt\u00e9 leur domicile de Berlin pour un s\u00e9jour \u00e0 Pasadena, en Californie &#8211; c&#8217;\u00e9tait son troisi\u00e8me hiver l\u00e0-bas, en tant que membre invit\u00e9 de la facult\u00e9 de Caltech. Les Einstein avaient pr\u00e9vu de rentrer chez eux au printemps, mais c&#8217;\u00e9tait avant le 30 janvier. 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