{"id":397,"date":"2005-07-23T00:07:14","date_gmt":"2005-07-22T23:07:14","guid":{"rendered":"http:\/\/www.asblonweb.be\/APED\/CM\/?p=397"},"modified":"2017-02-20T18:32:31","modified_gmt":"2017-02-20T17:32:31","slug":"eduardo-galeano","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/2005\/07\/23\/eduardo-galeano\/","title":{"rendered":"Eduardo Galeano"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Saluons la toute jeune maison d&#8217;\u00e9dition Homnisph\u00e8res, qui ne compte encore que quelques titres \u00e0 son actif &#8211; mais d\u00e9j\u00e0 les signatures de Mongo Beti et d&#8217;Eduardo Galeano &#8211; et semble anim\u00e9e des meilleures intentions qui soient. Son projet vise \u00e0 \u00ab d\u00e9montrer la vitalit\u00e9 persistante de litt\u00e9ratures dissidentes et inclassables, qui sont de plus en plus rel\u00e9gu\u00e9es \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie du monde par les tenants des industries de l&#8217;opinion \u00bb, et \u00e0 chercher \u00ab ces \u00e9critures qui s&#8217;engagent en faveur des humanit\u00e9s oubli\u00e9es \u00bb.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-396\" src=\"http:\/\/www.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2005\/07\/arton267.jpg\" width=\"80\" height=\"108\" \/><\/p>\n<p>Le livre de Galeano, \u00e9crit en 1998, r\u00e9pond parfaitement \u00e0 ces d\u00e9finitions. L&#8217;\u00e9crivain uruguayen y dresse un bilan de l&#8217;\u00e9tat du monde au terme du XX\u00e8me si\u00e8cle. Un bilan r\u00e9voltant. Et c&#8217;est une voix du Sud qui s&#8217;y exprime. Ainsi des premiers chapitres, o\u00f9 l&#8217;auteur rend justice \u00e0 la formidable richesse des cultures du Sud et fait voler en \u00e9clats tous les lieux communs, tous les pr\u00e9jug\u00e9s des gens du Nord. Puis Galeano passe en revue les tares d&#8217;un \u00ab monde \u00e0 l&#8217;envers \u00bb : le sort qu&#8217;il fait \u00e0 ses enfants, l&#8217;injustice, le racisme, le machisme, l&#8217;obsession s\u00e9curitaire, le commerce des armes, la guerre, la corruption des diff\u00e9rents pouvoirs, la criminalit\u00e9 financi\u00e8re, le ch\u00f4mage, l&#8217;esclavage, le saccage de la plan\u00e8te, l&#8217;impunit\u00e9 des grandes multinationales, celle des anciens r\u00e9gimes dictatoriaux d&#8217;Am\u00e9rique latine, la cr\u00e9tinisation d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 de la consommation, des m\u00e9dias toujours plus puissants et r\u00e9pugnants.  Un livre r\u00e9barbatif, \u00e0 fuir \u00e0 grandes enjamb\u00e9es ? Eh bien, non ! Car le rythme de Galeano est soutenu, plein de verve, anim\u00e9 d&#8217;une vraie col\u00e8re. Il y a aussi, en contrepoint du texte principal, une myriade d&#8217;encadr\u00e9s courts et percutants : des anecdotes et digressions humoristiques, po\u00e9tiques ou grin\u00e7antes. Il faut souligner enfin le soin tout particulier apport\u00e9 \u00e0 cette \u00e9dition, rehauss\u00e9e de superbes gravures de l&#8217;artiste mexicain Jos\u00e9 Guadalupe Posada. A aucun moment, en tout cas, cette lecture ne m&#8217;a paru indigeste. Tout au contraire ! Et puis le final se veut r\u00e9solument tourn\u00e9 vers des jours meilleurs. Il y est question des mouvements de r\u00e9sistance, du plus petit graffiti \u00e9crit sur un mur aux forums sociaux, en passant par le Mouvement des Sans-Terre. Galeano l&#8217;affirme avec Paulo Freire : \u00ab nous sommes en marche \u00bb. Prenons, dit-il, au-del\u00e0 du seul droit r\u00e9serv\u00e9 au commun des mortels (voir, entendre et se taire), le droit de r\u00eaver, le droit de d\u00e9lirer, le droit de \u00ab porter les yeux au-del\u00e0 de l&#8217;infamie, pour deviner un autre monde possible \u00bb.<\/p>\n<p>Qui est Eduardo Galeano ?<\/p>\n<p>N\u00e9 \u00e0 Montevideo, Uruguay, en 1940, il entre en journalisme en publiant des dessins et des caricatures politiques. D\u00e8s l&#8217;\u00e2ge de vingt ans, il dirige diff\u00e9rents journaux de gauche. Il publie, en 1971, un virulent essai, Les Veines ouvertes de l&#8217;Am\u00e9rique latine. En 1973, expuls\u00e9 de son pays natal, il trouve refuge en Argentine, o\u00f9 il cr\u00e9e la revue Crisis. Pour peu de temps, car l\u00e0 aussi la r\u00e9pression fait rage. De 1976 \u00e0 1985, date de son retour en Uruguay, c&#8217;est l&#8217;Espagne qui l&#8217;h\u00e9bergera.<\/p>\n<p>\u00ab Je me vis comme un conteur. Je re\u00e7ois et je donne \u00bb<\/p>\n<p>La palette de Galeano va donc du journalisme \u00e0 la litt\u00e9rature. On imagine ais\u00e9ment l&#8217;homme, toujours en voyage, toujours pr\u00eat \u00e0 la rencontre, toujours \u00e0 l&#8217;\u00e9coute. Dans un entretien publi\u00e9 par le Courrier de l&#8217;Unesco, il dit ceci de lui-m\u00eame : \u00ab Tous mes livres sont difficiles \u00e0 classer. Il est difficile de distinguer ce qui est une fiction de ce qui n&#8217;en est pas une. Ce que je pr\u00e9f\u00e8re, c&#8217;est raconter. Je me vis comme un conteur. Je re\u00e7ois et je donne. C&#8217;est un aller et retour. J&#8217;\u00e9coute des voix et je les restitue sous forme de r\u00e9cit, d&#8217;essai, de livres inclassables o\u00f9 tous les styles et tous les genres se rejoignent. J&#8217;essaie de faire une synth\u00e8se qui aille au-del\u00e0 des distinctions traditionnelles entre le conte, l&#8217;essai, le roman, le po\u00e8me, le r\u00e9cit, la chronique. J&#8217;essaie de proposer un langage global car je crois que le langage humain rend cette synth\u00e8se possible. Il n&#8217;existe pas de fronti\u00e8re entre le journalisme et la litt\u00e9rature. (&#8230;) Le journalisme a ses vertus. (&#8230;) Il oblige \u00e0 sortir de son micro-monde pour se plonger dans la r\u00e9alit\u00e9, danser au m\u00eame rythme que les autres. Il oblige \u00e0 sortir de soi-m\u00eame, \u00e0 \u00e9couter.\u00bb Mais si  l&#8217;\u0153uvre de Galeano est m\u00e9moire, elle n&#8217;est pas m\u00e9moire nostalgique. Elle ne se contente pas non plus de d\u00e9noncer. Elle se veut une \u00e9tape vers un monde plus humain. \u00ab Aucune formule magique ne nous permettra de changer la r\u00e9alit\u00e9 si nous ne commen\u00e7ons pas par la voir telle qu&#8217;elle est. Pour pouvoir la transformer, il faut commencer par l&#8217;assumer. \u00bb Ou encore : \u00ab Je suis un \u00e9crivain qui se sent d\u00e9fi\u00e9 par l&#8217;\u00e9nigme et le mensonge, qui souhaite que le pr\u00e9sent ne soit pas une douloureuse expiation du pass\u00e9 et qui aimerait imaginer le futur au lieu de le subir : un chasseur de voix perdues, dispers\u00e9es au hasard. \u00bb <\/p>\n<p>Quelques titres<\/p>\n<p>Outre Sens dessus dessous, j&#8217;ai beaucoup aim\u00e9 le remarquable recueil de nouvelles Vagamundo, publi\u00e9 chez Actes Sud, Arles, 1985 (mais \u00e9crit en 1973). C&#8217;est sans doute l\u00e0 que Galeano donne la pleine mesure de son talent litt\u00e9raire. Jours et nuits d&#8217;amour et de guerre, \u00e9crit en 1978, publi\u00e9 en Fran\u00e7ais chez Albin Michel en 1987 &#8211; 254 p.-, illustre parfaitement le travail de l&#8217;auteur : mille textes courts et forts &#8211; rencontres, r\u00e9cits, r\u00e9flexions et portraits &#8211; t\u00e9moignent d&#8217;une Am\u00e9rique latine qui  connut \u00ab le feu r\u00e9volutionnaire \u00bb, mais fut aussi \u00ab mar\u00e9cage de mort aliment\u00e9 par les dictateurs \u00bb. Je n&#8217;ai pas encore lu, par contre, l&#8217;\u0153uvre majeure de l&#8217;\u00e9crivain uruguayen, sa trilogie M\u00e9moire du feu (Les naissances, Les Visages et les masques, Le Si\u00e8cle du vent, tous trois publi\u00e9s chez Plon), fresque historique de l&#8217;Am\u00e9rique latine, depuis l&#8217;\u00e8re pr\u00e9colombienne jusqu&#8217;au XX\u00e8me si\u00e8cle, en passant par les violences de  la conqu\u00eate et de la colonisation. Impitoyable et magistral, si l&#8217;on en croit les prix et les \u00e9loges que cette \u0153uvre lui a valus. Il me reste une qualit\u00e9 \u00e0 mettre en exergue dans les livres de Galeano : la formidable sensualit\u00e9 qui s&#8217;en d\u00e9gage. Amour, communion avec la nature, musique, cuisine, esprit communautaire et fraternel laissent entrevoir le monde meilleur tant d\u00e9sir\u00e9. <\/p>\n<p>Ph. Schmetz<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Saluons la toute jeune maison d&#8217;\u00e9dition Homnisph\u00e8res, qui ne compte encore que quelques titres \u00e0 son actif &#8211; mais d\u00e9j\u00e0 les signatures de Mongo Beti et d&#8217;Eduardo Galeano &#8211; et semble anim\u00e9e des meilleures intentions qui soient. Son projet vise \u00e0 \u00ab d\u00e9montrer la vitalit\u00e9 persistante de litt\u00e9ratures dissidentes et inclassables, qui sont de plus en plus rel\u00e9gu\u00e9es \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie du monde par les tenants des industries de l&#8217;opinion \u00bb, et \u00e0 chercher \u00ab ces \u00e9critures qui s&#8217;engagent en faveur des humanit\u00e9s oubli\u00e9es \u00bb.<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":396,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-397","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/397","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=397"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/397\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/396"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=397"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=397"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=397"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}