{"id":385,"date":"2005-04-27T22:51:54","date_gmt":"2005-04-27T21:51:54","guid":{"rendered":"http:\/\/www.asblonweb.be\/APED\/CM\/?p=385"},"modified":"2021-08-26T07:04:31","modified_gmt":"2021-08-26T06:04:31","slug":"les-inegalites-sociales-dans-lenseignement-en-belgique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/2005\/04\/27\/les-inegalites-sociales-dans-lenseignement-en-belgique\/","title":{"rendered":"Les in\u00e9galit\u00e9s sociales dans l&#8217;enseignement en Belgique"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Ce que le grand public conna\u00eet des enqu\u00eates PISA se r\u00e9sume trop souvent \u00e0 la comparaison des r\u00e9sultats moyens en math\u00e9matique ou en lecture pour diff\u00e9rents pays ou r\u00e9gions. Ainsi, chacun sait-il, en Belgique, que les r\u00e9sultats moyens obtenus par les \u00e9l\u00e8ves de la Communaut\u00e9 fran\u00e7aise se situent parmi les plus mauvais de l&#8217;OCDE, alors que les jeunes Flamands trottent en t\u00eate des classements. Pourtant, ces scores moyens constituent sans doute l&#8217;une des informations les moins fiables &#8211; en termes de comparabilit\u00e9 &#8211; de ce que nous offre PISA. Or, pour qui prend la peine de s&#8217;y plonger, les gigantesques bases de donn\u00e9es PISA rec\u00e8lent bien d&#8217;autres tr\u00e9sors d&#8217;informations.<br \/>\nNous inaugurons aujourd&#8217;hui la publication d&#8217;une s\u00e9rie d&#8217;\u00e9tudes bas\u00e9es sur des traitements statistiques et des analyses exclusifs de PISA 2003. Ce premier article porte sur la pr\u00e9sentation de quelques chiffres in\u00e9dits &#8211; et inqui\u00e9tants &#8211; concernant l&#8217;in\u00e9galit\u00e9 sociale dans l&#8217;enseignement Belge, mesur\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 l&#8217;indice \u00e9conomique, social et culturel \u00ab&#8239;ESCS&#8239;\u00bb.<br \/>\nParmi les \u00e9tudes en chantier et qui para\u00eetront sur notre site au fur et \u00e0 mesure de leur ach\u00e8vement, citons : la s\u00e9gr\u00e9gation entre \u00e9coles, les effets des \u00ab&#8239;quasi-march\u00e9s&#8239;\u00bb scolaires, le travail des \u00e9l\u00e8ves \u00e0 domicile, immigration et r\u00e9ussite scolaire, comparaison de divers indicateurs \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle europ\u00e9enne&#8230;<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-377\" src=\"http:\/\/www.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2005\/04\/arton261.jpg\" width=\"144\" height=\"182\" \/><\/p>\n<h2>1. Quelques donn\u00e9es sur l&#8217;enqu\u00eate PISA<\/h2>\n<p>Pour r\u00e9aliser l&#8217;enqu\u00eate PISA 2003, 276.166 \u00e9l\u00e8ves, \u00e2g\u00e9s de 15 ans et originaires de 48 pays (pour la plupart, des pays riches, membres de l&#8217;OCDE, mais \u00e9galement quelques pays du tiers-monde: Br\u00e9sil, Mexique, P\u00e9rou&#8230;), ont rempli une demie douzaine de questionnaires qui, apr\u00e8s d\u00e9pouillement, ont permis la d\u00e9termination d&#8217;un peu plus de 1000 variables. Certaines ont trait aux comp\u00e9tences des \u00e9l\u00e8ves face \u00e0 des probl\u00e8mes de lecture, de math\u00e9matique ou de science. D&#8217;autres nous informent quant \u00e0 l&#8217;origine sociale, l&#8217;environnement culturel, la nationalit\u00e9, la langue, le pass\u00e9 scolaire, la perception de l&#8217;\u00e9cole, les m\u00e9thodes de travail, etc. D&#8217;autre part, chacun des 10.274 \u00e9tablissements scolaires ayant particip\u00e9 \u00e0 l&#8217;enqu\u00eate a, lui aussi, d\u00fb remplir un questionnaire portant sur quelque 180 variables: nombre de professeurs, structure sociale de l&#8217;\u00e9tablissement, projet p\u00e9dagogique, etc.[[Les fichiers de donn\u00e9es PISA, ainsi que les questionnaires et divers documents explicatifs, peuvent \u00eatre librement t\u00e9l\u00e9charg\u00e9s sur le site de l&#8217;OCDE, \u00e0 l&#8217;adresse suivante:<br \/>\nhttp:\/\/pisaweb.acer.edu.au\/oecd_2003\/oecd_pisa_data_s1.html<br \/>\nAttention: ces fichiers sont extr\u00eamement lourds (plusieurs centaines de Mo) et pour les utiliser il faudra disposer d&#8217;un logiciel sp\u00e9cialis\u00e9 de traitement de donn\u00e9es statistiques (par exemple le programme SPSS) &#8230;\u00e0 moins de mettre les mains dans le cambouis en programmant vous-m\u00eame votre application ad-hoc (comme nous l&#8217;avons fait).]]<\/p>\n<p>La fa\u00e7on dont PISA mesure les comp\u00e9tences des \u00e9l\u00e8ves en math\u00e9matique ou en lecture a parfois \u00e9t\u00e9 contest\u00e9e. Non sans raison[[Pour une analyse critique des \u00e9tudes PISA on consultera par exemple un dossier de l&#8217;Institut de Recherche de la FSU: http:\/\/institut.fsu.fr\/debats\/PISA_OCDE\/debat_institut_PISA.htm]]. Cependant, le foisonnement d&#8217;indicateurs disponibles (redoublements, orientation, travail scolaire \u00e0 domicile&#8230;) en fait malgr\u00e9 tout un instrument statistique inestimable et sans pr\u00e9c\u00e9dent.<\/p>\n<p>En Belgique, 8.796 \u00e9l\u00e8ves appartenant \u00e0 277 \u00e9tablissements scolaires ont particip\u00e9 \u00e0 l&#8217;enqu\u00eate. Puisque tous avaient 15 ans en 2003, ils devaient th\u00e9oriquement se trouver en quatri\u00e8me ann\u00e9e de l&#8217;enseignement secondaire.[[En Belgique, l&#8217;enseignement obligatoire est organis\u00e9 en six ann\u00e9es d&#8217;\u00e9cole primaire et six ann\u00e9es d&#8217;enseignement secondaire, que l&#8217;on d\u00e9signe, dans l&#8217;ordre, de la &#8220;premi\u00e8re&#8221; \u00e0 la &#8220;sixi\u00e8me&#8221; (et non \u00e0 l&#8217;envers comme le font nos amis fran\u00e7ais)]] Mais, en raison d&#8217;\u00e9checs scolaires ant\u00e9rieurs, beaucoup n&#8217;avaient en r\u00e9alit\u00e9 atteint que la troisi\u00e8me ann\u00e9e, voire moins.<\/p>\n<p>Le tableau 1, ci-dessous, nous fournit la r\u00e9partition des \u00e9l\u00e8ves belges francophones de l&#8217;\u00e9tude PISA 2003, par ann\u00e9e d&#8217;\u00e9tude et par type d&#8217;enseignement.<\/p>\n<p><strong>Tableau 1<br \/>\nR\u00e9partition des \u00e9l\u00e8ves belges francophones \u00e0 15 ans,<br \/>\npar ann\u00e9e et par type d&#8217;enseignement (apr\u00e8s pond\u00e9ration)<\/strong>[[Dans une enqu\u00eate du type PISA 2003, chaque individu se voit attribu\u00e9 un coefficient de pond\u00e9ration diff\u00e9rent, calcul\u00e9 sur base de divers param\u00e8tres comme l&#8217;origine sociale, le lieu d&#8217;habitation, etc. Ceci permet de corriger les erreurs statistiques dues \u00e0 la sur- ou sous-repr\u00e9sentation de certaines cat\u00e9gories dans l&#8217;\u00e9chantillon.]]<\/p>\n<p>|Type d&#8217;enseignement|2\u00e8me|3\u00e8me|4\u00e8me|TOTAL|<br \/>\n|G\u00e9n\u00e9ral|-|25,8%|63,1%|46,0%|<br \/>\n|Technique de transition|-|10,8%|8,8%|9,0%|<br \/>\n|Technique de qualification|-|25,4%|16,5%|18,8%|<br \/>\n|Professionnel|-|32,4%|11,2%|18,2%|<br \/>\n|Autres|100,0%|5,5%|0,4%|8,0%|<br \/>\n|<strong>TOTAL<\/strong>|100,0%|100,0%|100,0%|100,0%|<br \/>\n|R\u00e9partition par ann\u00e9e|5,20%|36,6%|56,5%|100,0%|<\/p>\n<p>On observera en particulier que seuls 56% des \u00e9l\u00e8ves de 15 ans sont \u00ab&#8239;\u00e0 l&#8217;heure&#8239;\u00bb, signe des taux de redoublement extr\u00eamement \u00e9lev\u00e9s dans notre communaut\u00e9. Un \u00e9l\u00e8ve sur vingt a plus d&#8217;un an de retard scolaire.<\/p>\n<p>En Communaut\u00e9 flamande <a href=\"http:\/\/www.democratischeschool.org\">[On trouvera une version n\u00e9erlandophone de cet article, avec le d\u00e9tail des chiffres sur la Communaut\u00e9 flamande de Belgique, dans notre revue \u00ab&#8239;De democratische school&#8239;\u00bb et sur le site internet [http:\/\/www.democratischeschool.org<\/a> ]]ces taux sont consid\u00e9rablement plus faibles. On y compte 72% d&#8217;\u00e9l\u00e8ves n&#8217;ayant pas redoubl\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e2ge de 15 ans et seulement 2,6% d&#8217;\u00e9l\u00e8ves ayant plus d&#8217;un an de retard.<\/p>\n<p>On \u00e9galement que la majorit\u00e9 des redoublants francophones sont orient\u00e9s vers l&#8217;une des fili\u00e8res de qualification. Seuls 25,8% d&#8217;entre eux se trouvent encore scolaris\u00e9s dans l&#8217;enseignement g\u00e9n\u00e9ral et 36% dans l&#8217;enseignement de transition (qui regroupe l&#8217;enseignement g\u00e9n\u00e9ral et le technique de transition). Ces chiffres illustrent une r\u00e9alit\u00e9 bien connue: la s\u00e9lection par l&#8217;\u00e9chec. Nous verrons cependant que ce m\u00e9canisme est tr\u00e8s diff\u00e9rent selon l&#8217;origine sociale.<\/p>\n<p>Signalons encore que si les redoublants sont moins nombreux en Flandre qu&#8217;en Communaut\u00e9 fran\u00e7aise, le redoublement s&#8217;y traduit par contre plus syst\u00e9matiquement par une r\u00e9orientation: seuls 16% des redoublants flamands sont encore dans l&#8217;enseignement g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 15 ans.<\/p>\n<h2>Une s\u00e9gr\u00e9gation sociale implacable<\/h2>\n<p>PISA 2003 fournit diff\u00e9rents moyens d&#8217;appr\u00e9cier l&#8217;origine sociale des \u00e9l\u00e8ves : profession et niveau d&#8217;\u00e9tude des parents, divers indices de richesse mat\u00e9rielle (li\u00e9s au logement par exemple) ou de capital culturel (possession de livres, abonnements \u00e0 des journaux, etc). Sur cette base, les chercheurs charg\u00e9s de piloter l&#8217;\u00e9tude PISA ont \u00e9tabli un indice de &#8220;statut social, \u00e9conomique et culturel&#8221; (ESCS dans l&#8217;abr\u00e9viation anglaise). Cet indice permet de situer les \u00e9l\u00e8ves sur une \u00e9chelle num\u00e9rique refl\u00e9tant, de fa\u00e7on synth\u00e9tique, leur appartenance sociale. Elle permet notamment de les classer par d\u00e9ciles ou par quartiles.<br \/>\nLa premi\u00e8re fa\u00e7on de mesurer le caract\u00e8re s\u00e9gr\u00e9gationniste de notre enseignement est de se demander comment les \u00e9l\u00e8ves de diff\u00e9rentes origines sociales se positionnent dans le tableau des ann\u00e9es scolaires et des orientations rencontr\u00e9 plus haut. Les redoublements et les orientations hi\u00e9rarchisantes sont-ils socialement neutres ou bien sont-ils d\u00e9termin\u00e9s par l&#8217;origine sociale ?<br \/>\nLe graphique 1 fournit une premi\u00e8re partie de la r\u00e9ponse. Il repr\u00e9sente, pour chaque d\u00e9cile ESCS[[Centiles, d\u00e9ciles et quartiles sont des classements o\u00f9 les individus sont r\u00e9partis dans des cat\u00e9gories de taille \u00e9gale, selon l&#8217;ordre croissant d&#8217;une variable d\u00e9termin\u00e9e. Dans le cas de l&#8217;indice ESCS, le premier d\u00e9cile, par exemple, correspond au dixi\u00e8me le plus pauvre et le 10e d\u00e9cile au dixi\u00e8me le plus riches.]], le pourcentage d&#8221;enfants accusant un retard scolaire de un ou de deux ans. On y constate combien le retard scolaire est fortement li\u00e9 \u00e0 l&#8217;origine sociale de l&#8217;\u00e9l\u00e8ve. Parmi les \u00e9l\u00e8ves du premier d\u00e9cile (le dixi\u00e8me le plus \u00ab&#8239;pauvre&#8239;\u00bb, \u00e0 gauche sur le graphique),  65% sont en retard scolaire \u00e0 l&#8217;\u00e2ge de 15 ans, contre 18% &#8220;seulement&#8221; des \u00e9l\u00e8ves du dixi\u00e8me d\u00e9cile (le plus \u00ab&#8239;riche&#8239;\u00bb, \u00e0 droite du graphique).<\/p>\n<p><em>Sauf mention contraire, tous les graphiques qui suivent portent sur les \u00e9l\u00e8ves de la Communaut\u00e9 fran\u00e7aise de belgique.<\/em><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-378\" src=\"http:\/\/www.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2005\/04\/G1.gif\" alt=\"G1.gif\" align=\"center\" width=\"460\" height=\"463\" \/><br \/>\n<em>Graphique 1<\/em><\/p>\n<p>De la m\u00eame fa\u00e7on, le deuxi\u00e8me graphique (o\u00f9 les deux fili\u00e8res techniques ont \u00e9t\u00e9 regroup\u00e9es pour plus de lisibilit\u00e9) montre que l&#8217;orientation est, elle aussi, \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 l&#8221;origine socio-\u00e9conomique des \u00e9l\u00e8ves.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-379\" src=\"http:\/\/www.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2005\/04\/G2.gif\" alt=\"G2.gif\" align=\"center\" width=\"458\" height=\"464\" \/><br \/>\n<em>Graphique 2<\/em><\/p>\n<p>Alors que parmi les \u00e9l\u00e8ves du dernier d\u00e9cile (\u00e0 droite), 83% sont encore dans l&#8217;enseignement g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 15 ans, ce pourcentage tombe \u00e0 11% seulement dans le premier d\u00e9cile (\u00e0 gauche). Au vu de ce graphique on peut l\u00e9gitimement parler d&#8217;un \u00ab&#8239;enseignement de classe&#8239;\u00bb, en ce sens que les couches extr\u00eames de la hi\u00e9rarchie sociale se retrouvent de fa\u00e7on quasi-exclusive dans l&#8217;une ou l&#8217;autre des fili\u00e8res d&#8217;enseignement. Les enfants des milieux \u00ab&#8239;tr\u00e8s riches&#8239;\u00bb fr\u00e9quentent presque tous l&#8221;enseignement de transition; les enfants de milieux \u00ab&#8239;tr\u00e8s pauvres&#8239;\u00bb se trouvent pour ainsi dire exclusivement dans les fili\u00e8res de  qualification.<\/p>\n<p>Il importe de noter que le m\u00eame s&#8217;impose concernant la Communaut\u00e9 flamande. Certes, les chiffres moyens de redoublement y sont moins \u00e9lev\u00e9s qu&#8217;en Communaut\u00e9 fran\u00e7aise. Mais on y observe n\u00e9anmoins le m\u00eame d\u00e9terminisme social: 50% de redoublants parmi les \u00e9l\u00e8ves issus du premier d\u00e9cile, contre 10% au dernier d\u00e9cile. Quant \u00e0 l&#8217;orientation vers l&#8217;enseignement g\u00e9n\u00e9ral, technique ou professionnel elle est, en Flandre, encore plus \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 l&#8217;origine sociale qu&#8217;en Communaut\u00e9 fran\u00e7aise : 10% des \u00e9l\u00e8ves du premier d\u00e9cile fr\u00e9quentent l&#8217;enseignement g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 quinze ans, contre 88% des \u00e9l\u00e8ves du dixi\u00e8me d\u00e9cile .<\/p>\n<h2>R\u00e9sultats en math\u00e9matique et en lecture<\/h2>\n<p>Les \u00e9tudes PISA restent n\u00e9anmoins surtout connues pour leurs batteries de questions en lecture, en math\u00e9matique et en sciences. Ces volumineux questionnaires sont cens\u00e9s tester les comp\u00e9tences des \u00e9l\u00e8ves dans ces trois domaines afin de les synth\u00e9tiser en trois notes globales. Une \u00ab&#8239;note PISA&#8239;\u00bb est typiquement un nombre dont la valeur est comprise entre 400 et 600 points, mais on peut parfois monter au-del\u00e0 de 700 points ou descendre en-dessous de 300. En effet, les calculs de ces notes ont \u00e9t\u00e9 \u00ab&#8239;normalis\u00e9s&#8239;\u00bb de fa\u00e7on \u00e0 obtenir, d&#8221;une part, une moyenne de 500 points (pour l&#8217;ensemble des \u00e9l\u00e8ves de l&#8217;\u00e9tude) et, d&#8221;autre part, un \u00e9cart-type[[L&#8217;\u00e9cart-type est une mesure de la dispersion d&#8217;une variable autour de sa valeur moyenne. Un \u00e9cart-type \u00e9lev\u00e9 signifie que les valeurs sont tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9es les unes des autres; un petit \u00e9cart-type signifie au contraire que ces valeurs sont tr\u00e8s proches de la moyenne. Soit xm la valeur moyenne d&#8221;une variable et s son \u00e9cart-type, alors on peut, en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, consid\u00e9rer  qu&#8217;environ 68% des individus ont, pour cette variable, des valeurs comprises entre xm-s et xm+s. L&#8217;\u00e9cart-type se calcule en prenant la racine carr\u00e9e de la valeur moyenne des carr\u00e9s des \u00e9carts par rapport \u00e0 la moyenne.]]  de 100 points. Cela signifie qu&#8221;\u00e0 peu pr\u00e8s 68% des \u00e9l\u00e8ves \u00e9tudi\u00e9s se situent entre 400 et 600 points et que 95% se situent entre 300 et 700 points (et ce pour chacune des trois caract\u00e9ristiques \u00e9tudi\u00e9es : math, lecture, sciences).<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-380\" src=\"http:\/\/www.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2005\/04\/G3.gif\" alt=\"G3.gif\" align=\"center\" width=\"483\" height=\"443\" \/><br \/>\n<em>Graphique 3<\/em><\/p>\n<p>Une autre fa\u00e7on d&#8217;observer cette in\u00e9galit\u00e9 de r\u00e9sultats consiste \u00e0 r\u00e9partir les \u00e9l\u00e8ves en dif\u00e9rentes cat\u00e9gories, selon leurs points en math\u00e9matiques. Dans le graphique 4, les parties les plus sombres correspondent aux meilleurs scores en math\u00e9matiques. On ne peut manquer d&#8217;\u00eatre frapp\u00e9 par le caract\u00e8re socialement d\u00e9termin\u00e9 de la r\u00e9partition obtenue.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-381\" src=\"http:\/\/www.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2005\/04\/G4.gif\" alt=\"G4.gif\" align=\"center\" width=\"520\" height=\"424\" \/><br \/>\n<em>Graphique 4<\/em><\/p>\n<p>Ainsi, pr\u00e8s de la moiti\u00e9 des \u00e9l\u00e8ves du premier d\u00e9cile (les 10% les plus pauvres) se situent en dessous de 400 points, alors qu&#8217;une moiti\u00e9 des \u00e9l\u00e8ves du dernier d\u00e9cile (le plus riche) arrive au dessus de 600 points.<\/p>\n<p>Une derni\u00e8re fa\u00e7on de visualiser ces diff\u00e9rences est de repr\u00e9senter, sur un graphique, la fourchette dans laquelle se situe la majorit\u00e9 des \u00e9l\u00e8ves de chaque groupe. Chaque barre verticale du graphique 5 correspond \u00e0 l&#8221;intervalle compris entre la valeur moyenne (pour le d\u00e9cile consid\u00e9r\u00e9) moins l&#8217;\u00e9cart-type et cette valeur moyenne plus l&#8217;\u00e9cart-type (du d\u00e9cile consid\u00e9r\u00e9). On remarque que les barres correspondant aux deux d\u00e9ciles extr\u00eames ne se chevauchent pas. En d&#8217;autres mots, si vous prenez un enfant du premier d\u00e9cile et un enfant du dernier d\u00e9cile, il est pratiquement certain que le premier aura de moins bons points en math que le deuxi\u00e8me.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-382\" src=\"http:\/\/www.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2005\/04\/G5.gif\" alt=\"G5.gif\" align=\"center\" width=\"437\" height=\"441\" \/><br \/>\n<em>Graphique 5<\/em><\/p>\n<p>Des r\u00e9sultats tout \u00e0 fait similaires ont \u00e9t\u00e9 obtenus pour les \u00e9l\u00e8ves de la Communaut\u00e9 flamande, comme en t\u00e9moigne le graphique 6, o\u00f9 nous repr\u00e9sentons, pour les deux communaut\u00e9s, l&#8217;\u00e9cart entre le niveau moyen de chaque d\u00e9cile et le niveau moyen communautaire.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-383\" src=\"http:\/\/www.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2005\/04\/G6.gif\" alt=\"G6.gif\" align=\"center\" width=\"459\" height=\"398\" \/><br \/>\n<em>Graphique 6<\/em><\/p>\n<p>Le tableau 2 nous fournit cette fois la r\u00e9partition des points en lecture, non plus par d\u00e9ciles mais par quartiles socio-\u00e9conomiques. Le premier quartile correspond aux 25% les plus &#8220;pauvres&#8221;, le dernier quartile aux 25% les plus &#8220;riches&#8221;. Les \u00e9l\u00e8ves ont \u00e9t\u00e9 subdivis\u00e9s verticalement selon les six niveaux de comp\u00e9tence en lecture d\u00e9finis dans PISA.<\/p>\n<p>Tableau 2 :<br \/>\nNiveaux en lecture, par quartile ESCS (comm. fran\u00e7).<\/p>\n<p>| |Quartile 1|Quartile 2|Quartile 3|Quartile 4|<br \/>\n|Niveau 5|1,7%|5,1%|8,0%|19,5%|<br \/>\n|Niveau 4|7,5%|15,7%|23,8%|34,4%|<br \/>\n|Niveau 3|18,3%|27,0%|33,5%|27,6%|<br \/>\n|Niveau 2|24,6%|26,2%|22,5%|13,4%|<br \/>\n|Niveau 1|22,0%|13,9%|9,3%|3,3%|<br \/>\n|Niveau 0|25,9%|12,1%|2,9%|1,8%|<br \/>\n|TOTAL|100%|100%|100%|100%|<\/p>\n<p>Voici comment les concepteurs de PISA d\u00e9finissent ces six niveaux :<\/p>\n<p>&#8211; Niveau de comp\u00e9tence 5 (plus de 625 points)<br \/>\nCapable d&#8217;\u00e9valuer l&#8217;information et d&#8217;\u00e9laborer des hypoth\u00e8ses, en faisant appel \u00e0 des connaissances sp\u00e9cialis\u00e9es, en d\u00e9veloppant des concepts contraires aux attentes.<br \/>\n&#8211; Niveau de comp\u00e9tence 4 (de 553 \u00e0 625 points)<br \/>\nCapable de r\u00e9ussir des t\u00e2ches de lecture complexes comme retrouver des informations enchev\u00eatr\u00e9es, interpr\u00e9ter le sens \u00e0 partir de nuances de la langue et \u00e9valuer de mani\u00e8re critique un texte.<br \/>\nNiveau de comp\u00e9tence 3 (de 481 \u00e0 552 points)<br \/>\nCapable de r\u00e9ussir des t\u00e2ches de lecture de complexit\u00e9 mod\u00e9r\u00e9e, telles que rep\u00e9rer plusieurs \u00e9l\u00e9ments d&#8217;information et les relier avec des connaissances famili\u00e8res et quotidiennes.<br \/>\nNiveau de comp\u00e9tence 2 (de 408 \u00e0 480 points)<br \/>\nCapable d&#8217;effectuer des t\u00e2ches de base en lecture telles que retrouver des informations lin\u00e9aires et en d\u00e9gager le sens en se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 des connaissances extratextuelles.<br \/>\n&#8211; Niveau de comp\u00e9tence 1 (de 335 \u00e0 407 points)<br \/>\nCapable de reconna\u00eetre les th\u00e8mes principaux d&#8217;un texte portant sur un sujet familier et de faire des connexions simples.<br \/>\n&#8211; Niveau de comp\u00e9tence inf\u00e9rieur \u00e0 1 (moins de 335 points)<br \/>\nCapable de lire, sans avoir acquis les habilet\u00e9s n\u00e9cessaires pour utiliser la lecture pour apprendre.<\/p>\n<p>Le tableau 2 signifie donc que, dans le premier quartile (les 25% les plus pauvres), plus de 70% des \u00e9l\u00e8ves ne sont PAS capables de &#8220;r\u00e9ussir des t\u00e2ches de lecture de complexit\u00e9 mod\u00e9r\u00e9e&#8221;; ils ne sont PAS capables de &#8220;rep\u00e9rer plusieurs informations dans un texte&#8221;. Au contraire, dans le quatri\u00e8me quartile, celui des 25% les plus riches, huit \u00e9l\u00e8ves sur dix SONT capables d&#8217;effectuer ces t\u00e2ches. En flandre, ces pourcentages sont respectivement de 49% et 93%.<\/p>\n<h2>Comparaison internationale<\/h2>\n<p>Les tableaux et graphiques ci-dessus nous offrent des vues d\u00e9taill\u00e9es sur la fa\u00e7on dont l&#8217;origine sociale influence les r\u00e9sultats scolaires. Cependant, si l&#8217;on souhaite comparer entre eux diff\u00e9rents pays, il est bon de pouvoir disposer d&#8217;un indice num\u00e9rique synth\u00e9tique capable d&#8217;exprimer l&#8217;ampleur des ph\u00e9nom\u00e8nes de discrimination sociale dans les diff\u00e9rents syst\u00e8mes \u00e9ducatifs. un tel indice est fourni par le calcul de \u00ab&#8239;rapports de chances&#8239;\u00bb.<br \/>\nDe quoi s&#8217;agit-il ? Consid\u00e9rons deux \u00e9l\u00e8ves, appartenant \u00e0 deux cat\u00e9gories sociales diff\u00e9rentes. Calculons la probabilit\u00e9 que le plus riche obtienne de meilleurs scores aux tests PISA que le second et divisons cette probabilit\u00e9 par la probabilit\u00e9 inverse. Si ce rapport vaut  1, alors cela signifie que les deux probabilit\u00e9s sont identique et que l&#8217;enseignement est donc parfaitement \u00e9galitaire (statistiquement). Si le rapport est sup\u00e9rieur \u00e0 1, alors les \u00e9l\u00e8ves des classes les plus riches sont avantag\u00e9s en termes de perspectives de r\u00e9sultats. Si le rapport est inf\u00e9rieur \u00e0 1, alors ce sont les \u00ab&#8239;pauvres&#8239;\u00bb qui sont avantag\u00e9s&#8230; mais cela ne se produit jamais.<br \/>\nPar exemple, en Communaut\u00e9 fran\u00e7aise, la probabilit\u00e9 qu&#8217;un \u00e9l\u00e8ve du 4e quartile fasse un meilleur score en maths qu&#8217;un \u00e9l\u00e8ve du 1er quartile est de 0,85 (8,5 chances sur dix). La probabilit\u00e9 inverse est de 0,15 et le rapport de chances vaut donc 0,85\/0,15 = 5,7.<br \/>\nMais plut\u00f4t que de consid\u00e9rer deux cat\u00e9gories sociales fig\u00e9es, on peut \u00e9galement calculer le rapport de chance moyen, pour deux \u00e9l\u00e8ves quelconques. Nous l&#8217;avons fait (toujours sur base des r\u00e9sultats en math) pour l&#8217;ensemble des pays de l&#8217;ex-Europe des quinze[[Sauf le Luxembourg, trop peu significatif, mais plus la Norv\u00e8ge.]] et voici ce que cela donne (graphique 7).<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-384\" src=\"http:\/\/www.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2005\/04\/G7.gif\" alt=\"G7.gif\" align=\"center\" width=\"514\" height=\"430\" \/><br \/>\n<em>Graphique 7<\/em><\/p>\n<p>Ainsi, \u00e0 en croire cet indice synth\u00e9tique de l&#8217;in\u00e9galit\u00e9 scolaire, la Belgique confirme sa place de champion mondial de la discrimination sociale \u00e0 l&#8217;\u00e9cole, aux c\u00f4t\u00e9s de l&#8217;Allemagne. Les troisi\u00e8me \u00e0 cinqui\u00e8me positions du Royaume Unie, de la France et des Pays Bas ne sont pas glorieuses pour autant. En revanche, on constate que les pays scandinaves d&#8217;une part, m\u00e9diterran\u00e9ens d&#8217;autre part, affichent comme d&#8217;habitude des chiffres de discrimination sociale sensiblement plus faibles.<\/p>\n<p>Le but du pr\u00e9sent article n&#8217;est pas d&#8217;entrer dans une analyse des causes de ces diff\u00e9rences entre pays ni des m\u00e9canismes de la s\u00e9lection sociale. Nous voulions seulement montrer comment l&#8217;indice ESCS permet de chiffrer ce ph\u00e9nom\u00e8ne et combien les r\u00e9sultats de ces calculs confirment ce que l&#8217;Aped clame et d\u00e9nonce depuis des ann\u00e9es: les syst\u00e8mes \u00e9ducatifs belges, qu&#8217;ils soient francophone ou n\u00e9erlandophone, sont particuli\u00e8rement g\u00e9n\u00e9rateurs de reproduction sociale. Aussi, le combat pour une d\u00e9mocratisation de l&#8217;enseignement est-il encore tr\u00e8s largement \u00e0 mener.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce que le grand public conna\u00eet des enqu\u00eates PISA se r\u00e9sume trop souvent \u00e0 la comparaison des r\u00e9sultats moyens en math\u00e9matique ou en lecture pour diff\u00e9rents pays ou r\u00e9gions. Ainsi, chacun sait-il, en Belgique, que les r\u00e9sultats moyens obtenus par les \u00e9l\u00e8ves de la Communaut\u00e9 fran\u00e7aise se situent parmi les plus mauvais de l&#8217;OCDE, alors que les jeunes Flamands trottent en t\u00eate des classements. Pourtant, ces scores moyens constituent sans doute l&#8217;une des informations les moins fiables &#8211; en termes de comparabilit\u00e9 &#8211; de ce que nous offre PISA. Or, pour qui prend la peine de s&#8217;y plonger, les gigantesques bases de donn\u00e9es PISA rec\u00e8lent bien d&#8217;autres tr\u00e9sors d&#8217;informations.<br \/>\nNous inaugurons aujourd&#8217;hui la publication d&#8217;une s\u00e9rie d&#8217;\u00e9tudes bas\u00e9es sur des traitements statistiques et des analyses exclusifs de PISA 2003. Ce premier article porte sur la pr\u00e9sentation de quelques chiffres in\u00e9dits &#8211; et inqui\u00e9tants &#8211; concernant l&#8217;in\u00e9galit\u00e9 sociale dans l&#8217;enseignement Belge, mesur\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 l&#8217;indice \u00e9conomique, social et culturel \u00ab&#8239;ESCS&#8239;\u00bb.<br \/>\nParmi les \u00e9tudes en chantier et qui para\u00eetront sur notre site au fur et \u00e0 mesure de leur ach\u00e8vement, citons : la s\u00e9gr\u00e9gation entre \u00e9coles, les effets des \u00ab&#8239;quasi-march\u00e9s&#8239;\u00bb scolaires, le travail des \u00e9l\u00e8ves \u00e0 domicile, immigration et r\u00e9ussite scolaire, comparaison de divers indicateurs \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle europ\u00e9enne&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":377,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-385","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/385","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=385"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/385\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/377"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=385"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=385"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=385"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}