{"id":3436,"date":"2015-12-06T15:57:09","date_gmt":"2015-12-06T14:57:09","guid":{"rendered":"http:\/\/www.asblonweb.be\/APED\/CM\/?p=3436"},"modified":"2017-02-19T21:09:07","modified_gmt":"2017-02-19T20:09:07","slug":"afrique-a-quoi-sert-lecole","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/2015\/12\/06\/afrique-a-quoi-sert-lecole\/","title":{"rendered":"Afrique : \u00e0 quoi sert l&#8217;\u00e9cole ?"},"content":{"rendered":"<p>Les enseignements donn\u00e9s aux apprenantes et apprenants mineures\/mineurs dans une soci\u00e9t\u00e9, commun\u00e9ment appel\u00e9e \u00e9ducation, peuvent-ils \u00eatre r\u00e9sum\u00e9s aux cours re\u00e7us dans une institution scolaire? Autrement dit, apprend-t-on seulement par l\u2019\u00e9cole ? Paul Aholi ne r\u00e9pond pas \u00e0 ces questions. Il introduit plut\u00f4t des r\u00e9flexions particuli\u00e8res sur l\u2019organisation de l\u2019\u00e9ducation et particuli\u00e8rement des langues enseign\u00e9es dans les soci\u00e9t\u00e9s africaines post coloniales. Paul Aholi est un enseignant, agr\u00e9g\u00e9 de p\u00e9diatrie, il n\u2019est pas sp\u00e9cialiste en \u00e9ducation ni en p\u00e9dagogie.<\/p>\n<p>Le titre de son petit essai interpelle les lectrices\/lecteurs, mais de la m\u00eame ampleur que le livre de l\u2019intellectuel S\u00e9n\u00e9galais, Cheik Hamadou Kane, <em>L\u2019aventure ambig\u00fce<\/em>, \u00e9crit en 1961, ni celui de Sa\u00efdou Pierre Ouattra, <em>La culture de l\u2019amabilit\u00e9. Comment penser autrement l\u2019\u00e9ducation en Afrique?<\/em>, publi\u00e9 en 2010.<\/p>\n<p>Cinquante ans apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance de la C\u00f4te d\u2019Ivoire, son pays d\u2019origine, comme beaucoup d\u2019autres pays africains, la scolarisation, le r\u00f4le de l\u2019\u00e9cole dans la formation des jeunes g\u00e9n\u00e9rations et la construction d\u2019une nouvelle soci\u00e9t\u00e9 soul\u00e8vent des questions pertinentes pour beaucoup de responsables politiques et des mouvements de la soci\u00e9t\u00e9 civile.<\/p>\n<p>L\u2019auteur se pose plusieurs questions, qui servent de fil conducteur \u00e0 sa r\u00e9flexion. Partant des r\u00e9flexions g\u00e9n\u00e9rales, il termine au cas particulier de l\u2019\u00e9cole pour les Ivoiriennes\/Ivoiriens. Pour se faire il part de la d\u00e9finition du concept de l\u2019\u00e9cole, qui serait un ensemble d\u2019\u00e9l\u00e9ments : un lieu (appel\u00e9 \u00e9tablissement scolaire), l\u2019administration de l\u2019enseignement (le minist\u00e8re de l\u2019\u00e9ducation), des partenaires (personnel enseignant, direction d\u2019\u00e9cole, parents d\u2019\u00e9l\u00e8ves et syndicat d\u2019enseignantes\/enseignants) et les apprenantes\/apprenants, qu\u2019il appelle \u00ables actionnaires.\u00bb Suivant cet auteur, l\u2019\u00e9cole serait un lieu investi par diff\u00e9rents acteurs ayant des statuts oppos\u00e9s, mais o\u00f9 une interaction s\u2019\u00e9tablit entre eux.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s le concept, il s\u2019attache au fondement de l\u2019\u00e9cole. Il retient trois sortes d\u2019invention humaine dont l\u2019\u00e9cole s\u2019est appropri\u00e9es et que les enfants vont acqu\u00e9rir au cours de leur scolarisation. C\u2019est d\u2019abord la d\u00e9couverte de la s\u00e9lection des signes pour l\u2019apprentissage du langage humain, ensuite ce sont l\u2019\u00e9criture et la lecture et enfin l\u2019imprimerie. Avec ces trois inventions, il y a acquisition de ce qu\u2019il appelle la \u00abcomp\u00e9tence intellectuelle.\u00bb Selon lui, cette \u00e9cole va cr\u00e9er une nouvelle soci\u00e9t\u00e9 artificielle moderne dont le personnage central est l\u2019expert (c\u2019est celui qui s\u2019est document\u00e9 le plus qui conna\u00eet. Il est l\u2019expert, p.15) d\u2019o\u00f9 la valorisation de l\u2019expertocratie et de la m\u00e9ritocratie (p.15) \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 humaine naturelle traditionnelle, qui est l\u2019\u0153uvre de Dieu dont le vieillard occupe une place importante (il sait plus de choses, car il a v\u00e9cu plus longtemps, pp.14-15) d\u2019o\u00f9 le poids de la g\u00e9rontocratie dans les soci\u00e9t\u00e9s humaines (p.15). Il y a donc juxtaposition entre deux types de soci\u00e9t\u00e9s : la soci\u00e9t\u00e9 moderne, qui s\u2019est appropri\u00e9 des techniques et la soci\u00e9t\u00e9 traditionnelle. Ce qui l\u2019am\u00e8ne \u00e0 l\u2019opposition entre oralit\u00e9 et \u00e9criture. Pour lui, les deux sont des techniques de communication, toutes deux sont intellectuelles ; une serait naturelle tandis que l\u2019autre artificielle, puisqu\u2019elle r\u00e9sulte de l\u2019action de l\u2019homme. L\u2019\u00e9criture serait une source de l\u2019abstraction et du virtuel tandis que l\u2019oralit\u00e9 fait appel \u00e0 l\u2019imagination et au r\u00eave.<br \/>\nIl arrive \u00e0 une question centrale, la comparaison de l\u2019\u00e9cole dans l\u2019existence de tout individu (p.15). Autrement dit, que pourrait \u00eatre ou devrait \u00eatre l\u2019\u00e9cole ? Aussi surprenant que cela puisse para\u00eetre, l\u2019auteur voit l\u2019\u00e9cole d\u2019une part comme un fleuve et d\u2019autre part comme l\u2019ut\u00e9rus enceinte d\u2019une m\u00e8re. En fait au-del\u00e0 du mot fleuve, c\u2019est la ma\u00eetrise des savoirs et savoirs-faire dont l\u2019apprentissage passe par l\u2019\u00e9cole, lieu d\u2019apprentissage de ce qu\u2019il appelle \u00abcodage\u00bb et \u00abd\u00e9codage\u00bb, qui permet \u00e0 l\u2019\u00eatre humain de vivre dans une soci\u00e9t\u00e9 moderne.<\/p>\n<p>Mais l\u2019institution scolaire n\u2019est pas le seul lieu d\u2019apprentissage. Quant \u00e0 l\u2019ut\u00e9rus de la m\u00e8re, il fait un parall\u00e9lisme un peu forc\u00e9 entre les \u00abs\u00e9cr\u00e9tions dans l\u2019organisme du f\u0153tus f\u00e9cond\u00e9\u00bb et la transmission par les enseignantes\/enseignants des savoir-faire, savoir-\u00eatre et savoir-vivre, qui conduisent \u00e0 \u00abun changement de nature de cet organe humain, p17.\u00bb En fait, sch\u00e9matiquement l\u2019\u00e9cole constituerait un prolongement de la maternit\u00e9.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s ces questionnements et parall\u00e9lisme avec un organe f\u00e9minin, sans entrer en d\u00e9tail, il analyse les \u00abbienfaits induits par une scolarisation r\u00e9ussie\u00bb, qui conduiraient certains actes pour ne citer que quelques-uns : tuer \u00abl\u2019oubli\u00bb, le doublage de la m\u00e9moire de la personne. En fait il y a coexistence d\u2019une m\u00e9moire naturelle et d\u2019une m\u00e9moire artificielle; la premi\u00e8re est inn\u00e9e et la seconde s\u2019acquiert par l\u2019instruction re\u00e7ue et par des supports \u00e9crits. Pour lui, une telle scolarisation donnerait le qualificatif \u00abd\u2019intellectuelles-intellectuels.\u00bb aux apprenantes\/apprentis. C\u2019est aussi le doublage du \u00abraisonnement humain.\u00bb, d\u2019un c\u00f4t\u00e9 l\u2019affirmation par la constatation et la conclusion et de l\u2019autre par l\u2019interrogation o\u00f9 entrent en ligne la constatation, la th\u00e8se, l\u2019antith\u00e8se, l\u2019argumentation, synth\u00e8se et conclusion.<\/p>\n<p>A la question \u00ab\u00e0 quoi sert l\u2019\u00e9cole aux Ivoiriens\u00bb (p. 35) ?, il r\u00e9pond n\u00e9gativement \u00absans se tromper\u2026 l\u2019\u00e9cole ne sert \u00e0 rien aux Ivoiriens\u00bb (p.35). Comme causes ou raisons, il rel\u00e8ve plusieurs points. La langue officielle de l\u2019\u00e9cole, le fran\u00e7ais, qui est pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e aux langues vernaculaires des Ivoiriens serait la premi\u00e8re cause. L\u2019inach\u00e8vement de l\u2019alphab\u00e9tisation \u00e0 cause de l\u2019usage du fran\u00e7ais en serait la deuxi\u00e8me. Cette situation a plac\u00e9 l\u2019intellectuel Ivoirien dans une ambivalence ; mat\u00e9riellement il vit dans une soci\u00e9t\u00e9 moderne mais mentalement (l\u2019auteur utilise le mot t\u00eate) il est dans les traditions de son peuple. Il \u00e9voque l\u2019\u00e9chec de l\u2019\u00e9cole en \u00e9tablissant une relation entre la production des ch\u00f4meurs et des malades mentaux dans les milieux urbain et rural. L\u2019\u00e9chec d\u2019une scolarisation r\u00e9ussie conduit au non-respect de ce appelle qualit\u00e9s intellectuelles comme \u00abl\u2019hygi\u00e8ne du milieu\u00bb, \u00abla rigueur\u00bb, \u00abla r\u00e9gularit\u00e9\u00bb, \u00abla comp\u00e9tence\u00bb, \u00abl\u2019efficacit\u00e9 au travail\u00bb\u2026 C\u2019est plut\u00f4t le contraire qu\u2019on assiste dans les habitudes sociales de la soci\u00e9t\u00e9 ivoirienne. Il y a donc un \u00e9chec de la transmission d\u2019une nouvelle culture, on assiste plut\u00f4t \u00e0 un \u00abmime d\u2019une nouvelle culture\u00bb. En dernier lieu il \u00e9voque non pas comme cause, la mutation qui serait le r\u00e9sultat d\u2019une scolarisation r\u00e9ussie. La mutation, c\u2019est le \u00abchangement de nature\u00bb. Mais quelle nature?<\/p>\n<p>L\u2019auteur donne une liste des causes de la faillite de l\u2019\u00e9cole pour la soci\u00e9t\u00e9 ivoirienne post coloniale en mettant l\u2019accent sur un aspect important la langue. Certes la langue d\u2019enseignement doit \u00eatre en consonnance avec la langue ou les langues les plus parl\u00e9es dans le pays, ce qui favorise la communication et les relations entre les diff\u00e9rents partenaires du monde de l\u2019enseignement. Dans une ex colonie, la philosophie et l\u2019organisation tout comme la langue des enseignements est impos\u00e9e par un pouvoir ext\u00e9rieur \u00e0 la communaut\u00e9 \u00e0 laquelle elle a un impact. Aussi ceux-ci ont lieu dans des \u00e9tablissements scolaires, qui r\u00e9pondent \u00e0 des normes bien d\u00e9termin\u00e9es par un pouvoir colonial, les langues des peuples colonis\u00e9s ne pouvaient entrer en comp\u00e9tition avec celle des colons ; elles donc ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9valoris\u00e9es et marginalis\u00e9es par les autorit\u00e9s coloniales. La langue n\u2019est qu\u2019une partie d\u2019un ensemble d\u2019\u00e9l\u00e9ments qu\u2019il faut prendre en consid\u00e9ration dans un syst\u00e8me scolaire. Ce qu\u2019enseigne l\u2019\u00e9cole doit refl\u00e9ter non une r\u00e9alit\u00e9, mais des r\u00e9alit\u00e9s de la soci\u00e9t\u00e9, parce que la soci\u00e9t\u00e9 n\u2019est statique ; elle \u00e9volue.<\/p>\n<p>Or depuis l\u2019ind\u00e9pendance, il n\u2019y a pas eu des initiatives pour une revalorisation de celles-ci par les autorit\u00e9s du nouvel Etat ni parfois des demandes des actrices et acteurs de la soci\u00e9t\u00e9 civile. Par ailleurs, il ne d\u00e9montre pas par des exemples tir\u00e9s d\u2019autres situations similaires comment l\u2019enseignement des langues vernaculaires pourrait produire une meilleure scolarisation des membres de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Paul Aholi, <em>\u00c0 quoi sert l\u2019\u00e9cole?<\/em> Abidjan, Edilis, 2013, ISBN : 978-2-8091-0060-0, 49 P<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les enseignements donn\u00e9s aux apprenantes et apprenants mineures\/mineurs dans une soci\u00e9t\u00e9, commun\u00e9ment appel\u00e9e \u00e9ducation, peuvent-ils \u00eatre r\u00e9sum\u00e9s aux cours re\u00e7us dans une institution scolaire? Autrement dit, apprend-t-on seulement par l\u2019\u00e9cole ? Paul Aholi ne r\u00e9pond pas \u00e0 ces questions. 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