{"id":3225,"date":"2012-03-09T18:46:25","date_gmt":"2012-03-09T17:46:25","guid":{"rendered":"http:\/\/www.asblonweb.be\/APED\/CM\/?p=3225"},"modified":"2017-02-20T12:30:26","modified_gmt":"2017-02-20T11:30:26","slug":"la-nostalgie-de-loccupation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/2012\/03\/09\/la-nostalgie-de-loccupation\/","title":{"rendered":"La nostalgie de l&#8217;Occupation"},"content":{"rendered":"<\/p>\n<p>Bertrand M\u00e9heust, <em>La nostalgie de l&#8217;Occupation. Peut-on encore se rebeller contre les nouvelles formes d&#8217;asservissement ?<\/em>, La D\u00e9couverte, 2012, 200 p. <\/p>\n<p>On attendait avec impatience ce que le philosophe Bertrand M\u00e9heust (n\u00e9 en 1947) allait nous proposer apr\u00e8s son excellent essai pr\u00e9c\u00e9dent <em>La politique de l&#8217;oxymore<\/em> (cf. http:\/\/www.skolo.org\/spip.php?breve484&#038;lang=fr). On appr\u00e9ciera de la m\u00eame fa\u00e7on ce second opus, dont la puissance d&#8217;analyse est impressionnante. L&#8217;auteur examine quelles ont \u00e9t\u00e9 jadis et quelles seraient aujourd&#8217;hui les conditions qui am\u00e8nent les populations \u00e0 se soulever contre une situation d&#8217;asservissement jug\u00e9e intol\u00e9rable. Le titre peut para\u00eetre provocateur, mais \u00ab <em>[&#8230;] la &#8220;nostalgie de l&#8217;Occupation&#8221; serait le sentiment de perte, de rage et d&#8217;impuissance que l&#8217;on \u00e9prouve devant la d\u00e9rive actuelle de notre soci\u00e9t\u00e9. [&#8230;] Si nous l&#8217;\u00e9prouvons, c&#8217;est que nous ressentons d&#8217;abord et surtout la perte de l&#8217;exceptionnelle solidarit\u00e9 que peut susciter l&#8217;\u00e9preuve<\/em> \u00bb (p. 12). Bref, la Seconde Guerre mondiale a peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 la derni\u00e8re occasion de voir des peuples en capacit\u00e9 de r\u00e9sister au mal, pour finir par le vaincre. Depuis lors, l&#8217;individualisme consum\u00e9riste, fa\u00e7onn\u00e9 par le march\u00e9, a anesth\u00e9si\u00e9, peut-\u00eatre irr\u00e9versiblement, toute vell\u00e9it\u00e9 de r\u00e9volte, \u00ab <em>[&#8230;] le type d&#8217;\u00eatre humain fa\u00e7onn\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9 occidentale adh\u00e8re encore au syst\u00e8me par trop de fibres pour pouvoir d\u00e9sirer vraiment le mettre \u00e0 bas<\/em> \u00bb (p. 89). Depuis la m\u00e9saventure de Mai 68, la gouvernance rationnelle ne s&#8217;y laisse plus prendre, elle utilise les ressources des sciences humaines pour maintenir les populations toujours en dessous du point d&#8217;effervescence qui les jetterait dans les rues. <\/p>\n<p>M\u00e9heust est un fin analyste de la catastrophe en cours, qui \u00ab <em>fait partie de ces maladies \u00e0 incubation lente, dont les premiers sympt\u00f4mes tardent \u00e0 se manifester et qu&#8217;il est tr\u00e8s difficile ou impossible de gu\u00e9rir quand elles apparaissent<\/em> \u00bb (p. 31) ; de plus, elle \u00ab <em>n&#8217;implique pas seulement les affaires humaines, elle concerne aussi la biosph\u00e8re et donc la tr\u00e8s longue dur\u00e9e<\/em> \u00bb (p. 24). C&#8217;est sur ce point pr\u00e9cis que l&#8217;auteur apporte une pierre vraiment originale \u00e0 l&#8217;\u00e9difice. Partant de repr\u00e9sentations culturelles anciennes et p\u00e9rim\u00e9es, nombre de penseurs consid\u00e8rent cette catastrophe globale, qui comme faisant partie d&#8217;un cycle, qui comme devant dialectiquement d\u00e9boucher sur une \u00ab r\u00e9alit\u00e9 sup\u00e9rieure \u00bb, alors que, constate M\u00e9heust, \u00ab <em>ce qui est en jeu, c&#8217;est une catastrophe r\u00e9elle en train de d\u00e9vorer l&#8217;humanit\u00e9 concr\u00e8te et non pas une dramaturgie de Wagner<\/em> \u00bb (p. 81), une catastrophe qui pourrait ne laisser \u00ab <em>aux \u00eatres humains d&#8217;autres perspectives que celle d&#8217;une vie cr\u00e9pusculaire dans un monde \u00e0 jamais d\u00e9vast\u00e9<\/em> \u00bb (p. 82).<\/p>\n<p>L&#8217;auteur constate que la disparition du sacr\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9 moderne pose un s\u00e9rieux probl\u00e8me. D&#8217;une part, le sacr\u00e9 avait toujours assur\u00e9 la coh\u00e9sion des groupes humains et avait permis la refonte de leurs structures, quand cela \u00e9tait n\u00e9cessaire. La la\u00efcisation qui lui a fait place a fini \u00ab <em>par &#8220;attaquer&#8221; tous les logiciels symboliques qui donnaient du sens \u00e0 la vie humaine<\/em> \u00bb (p. 153) et a ouvert la voie \u00e0 la machine implacable qu&#8217;est le lib\u00e9ralisme. \u00ab <em>[&#8230;] Si l&#8217;adh\u00e9sion \u00e0 une conception religieuse du monde enferme la condition humaine dans une dimension particuli\u00e8re, en m\u00eame temps, elle l&#8217;agrandit en l&#8217;ouvrant sur un ailleurs symbolique<\/em> \u00bb (p. 177). M\u00e9heust montre que le capitalisme s&#8217;est appuy\u00e9 sur une tendance qui lui pr\u00e9-existait, celle de l&#8217;<em>hybris<\/em> technologique, cette recherche du d\u00e9passement prom\u00e9th\u00e9en des limites qui menace dor\u00e9navant la survie du genre humain. C&#8217;est ainsi que \u00ab <em>[&#8230;] apr\u00e8s avoir franchi le mur du capitalisme, il faudra encore franchir le mur de l&#8217;hybris<\/em> \u00bb (p. 194). <\/p>\n<p>Faisant preuve d&#8217;un pessimisme m\u00e9thodique, l&#8217;auteur esp\u00e8re cependant que des lucioles &#8211; selon la m\u00e9taphore de Pasolini &#8211; survivront et feront office de contre-feux au moment du surgissement de la catastrophe, m\u00eame si les structures que le syst\u00e8me a mis en place sont \u00ab <em>d&#8217;une complexit\u00e9 telle que toute bifurcation sera devenue mat\u00e9riellement impraticable ou, du moins, extr\u00eamement p\u00e9rilleuse<\/em> \u00bb (p. 163). Nous vivons d\u00e9j\u00e0 une \u00e9poque formidable, mais nous n&#8217;avons pas encore tout vu !<\/p>\n<p>Bernard Legros<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bertrand M\u00e9heust, La nostalgie de l&#8217;Occupation. Peut-on encore se rebeller contre les nouvelles formes d&#8217;asservissement ?, La D\u00e9couverte, 2012, 200 p. On attendait avec impatience ce que le philosophe Bertrand M\u00e9heust (n\u00e9 en 1947) allait nous proposer apr\u00e8s son excellent essai pr\u00e9c\u00e9dent La politique de l&#8217;oxymore (cf. http:\/\/www.skolo.org\/spip.php?breve484&#038;lang=fr). 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