{"id":3179,"date":"2011-06-16T17:05:04","date_gmt":"2011-06-16T16:05:04","guid":{"rendered":"http:\/\/www.asblonweb.be\/APED\/CM\/?p=3179"},"modified":"2017-02-20T12:30:33","modified_gmt":"2017-02-20T11:30:33","slug":"pour-une-science-citoyenne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/2011\/06\/16\/pour-une-science-citoyenne\/","title":{"rendered":"Pour une science citoyenne"},"content":{"rendered":"<\/p>\n<p>Jacques Testart, Agn\u00e8s Sina\u00ef, Catherine Bourgain, <em>Labo plan\u00e8te. Ou comment 2030 se pr\u00e9pare sans les citoyens<\/em>, Les Mille et une nuits, 2010, 171 p.<\/p>\n<p>Que les citoyens conqui\u00e8rent le droit de se m\u00ealer tant des innovations scientifiques que de la recherche fondamentale, tel est le message principal de cet essai \u00e9crit par deux scientifiques et une journaliste vers\u00e9e dans les questions d&#8217;environnement. Jacques Testart &#8211; le p\u00e8re du b\u00e9b\u00e9 \u00e9prouvette &#8211;, Agn\u00e8s Sina\u00ef et Catherine Bourgain constatent que la science et la technique, devenues entre-temps <em>technoscience<\/em> en s&#8217;interp\u00e9n\u00e9trant, ont \u00e9t\u00e9 confisqu\u00e9es \u00e0 la fois par l&#8217;\u00e9conomie de march\u00e9 et par la caste des scientifiques eux-m\u00eames, du moins la majorit\u00e9 d&#8217;entre eux, qui s&#8217;exon\u00e8rent trop facilement de toute responsabilit\u00e9 sociale. \u00ab <em>[Or,] les acteurs de la technoscience, c&#8217;est-\u00e0-dire surtout les chercheurs et les industriels auxquels ils sont li\u00e9s, n&#8217;ont pas de l\u00e9gitimit\u00e9 pour d\u00e9finir seuls les domaines d&#8217;intervention et les solutions \u00e0 rechercher<\/em> \u00bb (p. 13), et \u00ab <em>[&#8230;] il n&#8217;existe pas d&#8217;int\u00e9r\u00eats propres de la science qui justifieraient qu&#8217;on leur ali\u00e8ne les valeurs de la civilisation<\/em> \u00bb (p. 25). \u00ab Science sans conscience n&#8217;est que ruine de l&#8217;\u00e2me \u00bb, le vieil adage de Rabelais est toujours d&#8217;actualit\u00e9. Depuis la r\u00e9volution industrielle, le monde est rentr\u00e9 dans l&#8217;anthropoc\u00e8ne, une nouvelle \u00e8re dans laquelle l&#8217;homme est capable d&#8217;intervenir directement dans les processus naturels \u00e0 grande \u00e9chelle, pour le meilleur, parfois, mais bien souvent pour le pire. C&#8217;est ainsi qu&#8217;apr\u00e8s avoir dilapid\u00e9 trop rapidement les \u00e9nergies fossiles et \u00e9mis de trop grandes quantit\u00e9s de gaz \u00e0 effet de serre dans l&#8217;atmosph\u00e8re, il a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 le d\u00e9r\u00e8glement climatique. Les auteurs avancent des solutions : revoir le m\u00e9tabolisme urbain pour en arriver \u00e0 des villes post-carbone \u00e0 l&#8217;empreinte \u00e9cologique all\u00e9g\u00e9e ; sortir de l&#8217;agriculture productiviste industrielle pour aller vers un plus grand respect de la terre et de la biodiversit\u00e9 ; r\u00e9orienter la recherche vers les \u00e9nergies renouvelables (alors que l&#8217;arm\u00e9e, le nucl\u00e9aire, l&#8217;a\u00e9ronautique et le spatial absorbent 40% de la d\u00e9pense publique de recherches) ; remplacer le syst\u00e8me actuel des brevets sur le vivant, qui concentre le pouvoir dans les mains de quelques multinationales semenci\u00e8res et pharmaceutiques, par une recherche publique, une \u00ab science ouverte \u00bb en <em>copyleft<\/em> soucieuse du bien commun ; refuser l&#8217;av\u00e8nement de l&#8217;\u00ab homme augment\u00e9 \u00bb par les artifices NBIC (nanotechnologiques, biotechnologiques, informatiques et cognitifs) ; r\u00e9tablir l&#8217;\u00e9quilibre entre la recherche fondamentale et l&#8217;innovation, ainsi que l&#8217;ind\u00e9pendance et la pluralit\u00e9 dans les sciences et l&#8217;expertise. Bref, r\u00e9injecter de la d\u00e9mocratie dans la recherche scientifique, \u00e0 partir du moment o\u00f9 la soci\u00e9t\u00e9 a de plus en plus souvent affaire \u00e0 des \u00ab objets hybrides \u00bb (catastrophes nucl\u00e9aires, OGM, sida, amiante, sang contamin\u00e9, vache folle, probl\u00e8mes environnementaux globaux, pollutions chimiques, etc.) qui m\u00ealent donn\u00e9es scientifiques, d\u00e9cisions politiques et enjeux \u00e9conomiques. <\/p>\n<p>Les auteurs rappellent &#8211; et on ne le fera jamais assez &#8211; que les techniques ne sont jamais \u00ab socialement neutres \u00bb, mais que \u00ab <em>elles contribuent \u00e0 cristalliser les rapports sociaux et \u00e0 cr\u00e9er les conditions mat\u00e9rielles de leur maintien en les diluant dans des normes, des outils et des modes d&#8217;organisation qui ne sont que rarement questionn\u00e9s sous l&#8217;angle de leur impact social<\/em> \u00bb (p. 138). La crise de l&#8217;id\u00e9ologie du progr\u00e8s vient du constat d&#8217;un monde fini qui appelle une politique de d\u00e9croissance dans les pays riches, bien loin de l&#8217;actuel processus d&#8217;\u00e9co-blanchiment et de \u00ab d\u00e9veloppement durable \u00bb dans l&#8217;\u00e9conomie capitaliste. Hors marchandisation, quel nouveau sens les citoyens doivent-ils d\u00e9mocratiquement donner \u00e0 la recherche ? Avec quelle \u00e9thique ? \u00c0 quoi sert-il, par exemple, de reconstituer en laboratoire le virus de la variole, qui avait \u00e9t\u00e9 \u00e9radiqu\u00e9 depuis des d\u00e9cennies ? Le propos de cet essai est assez semblable \u00e0 celui de l&#8217;<em>Histoire populaire des sciences<\/em> de Clifford D. Conner (cf. http:\/\/www.skolo.org\/spip.php?breve589)<\/p>\n<p>Bernard Legros<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jacques Testart, Agn\u00e8s Sina\u00ef, Catherine Bourgain, Labo plan\u00e8te. 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