{"id":3125,"date":"2010-09-14T19:51:46","date_gmt":"2010-09-14T18:51:46","guid":{"rendered":"http:\/\/www.asblonweb.be\/APED\/CM\/?p=3125"},"modified":"2017-02-20T12:28:44","modified_gmt":"2017-02-20T11:28:44","slug":"sortir-de-la-societe-de-consommation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/2010\/09\/14\/sortir-de-la-societe-de-consommation\/","title":{"rendered":"Sortir de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation"},"content":{"rendered":"<\/p>\n<p>Serge Latouche, <em>Sortir de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation<\/em>, Les liens qui lib\u00e8rent, 2010, 208 p. <\/p>\n<p>Ce nouvel opus du professeur \u00e9m\u00e9rite d&#8217;\u00e9conomie de l&#8217;Universit\u00e9 d&#8217;Orsay part de la r\u00e9alit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation globalis\u00e9e pour en arriver \u00e0 l&#8217;\u00e9loge d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 de d\u00e9croissance qu&#8217;il appelle de ses v&#339;ux depuis longtemps. Puisque les nations riches surconsomment, elles doivent diminuer drastiquement et rapidement le niveau de pr\u00e9l\u00e8vement des ressources naturelles non renouvelables, si elles veulent \u00e9viter le chaos \u00e9cologique. Mais il n&#8217;y a pas que cela. Le chaos social menace \u00e9galement. La poursuite de la croissance \u00e9conomique appauvrit l&#8217;\u00eatre, d\u00e9truit la socialit\u00e9 dans ses aspects solidaires et conviviaux et ne parviendra jamais \u00e0 r\u00e9duire les in\u00e9galit\u00e9s, bien au contraire ! L&#8217;auteur choisit ici quelques accroches originales, ce qui distingue ce pr\u00e9sent essai, par exemple, du <em>Pari de la d\u00e9croissance<\/em> (Fayard, 2006). Il voit dans le mouvement zapatiste, qui a mis en place un ensemble de communes autonomes du pouvoir central de Mexico, certaines des conditions du changement de syst\u00e8me. On retrouve aussi les piliers habituels de sa pens\u00e9e. La \u00ab p\u00e9dagogie des catastrophes \u00bb est toujours envisag\u00e9e comme un aiguillon pour aider \u00e0 sortir du \u00ab totalitarisme productiviste \u00bb qui rapproche l&#8217;humanit\u00e9 de son effondrement global. Quelles catastrophes ? \u00ab <em>Celles de l&#8217;anthropoc\u00e8ne, c&#8217;est-\u00e0-dire celles engendr\u00e9es par la dynamique d&#8217;un syst\u00e8me complexe, la biosph\u00e8re, en co-\u00e9volution avec l&#8217;activit\u00e9 humaine et alt\u00e9r\u00e9e par elle.<\/em> \u00bb (p. 35). Autres th\u00e8mes chers \u00e0 l&#8217;auteur, tous n\u00e9cessaires pour aborder la transformation de la soci\u00e9t\u00e9 vers l&#8217;\u00ab apr\u00e8s-d\u00e9veloppement \u00bb : la d\u00e9colonisation de l&#8217;imaginaire, la critique du \u00ab d\u00e9veloppement durable \u00bb et la sortie de l&#8217;\u00e9conomie. Latouche voit en Ivan Illich et Corn\u00e9lius Castoriadis des pr\u00e9curseurs de la d\u00e9croissance, \u00e0 leur corps d\u00e9fendant. Le chapitre intitul\u00e9 \u00ab Utopie m\u00e9diterran\u00e9enne et d\u00e9croissance \u00bb explore les possibles historiques et anthropologiques qui feraient s&#8217;engager les pays riverains de la M\u00e9diterran\u00e9e dans un cercle vertueux vers la d\u00e9croissance. Cependant, l&#8217;auteur en reste aux sp\u00e9culations philosophiques pour souhaiter un processus qui n&#8217;a encore aucune r\u00e9alit\u00e9 tangible et qui risque m\u00eame de rester, h\u00e9las !, dans les limbes. Le chapitre \u00ab Le d\u00e9fi de l&#8217;\u00e9ducation \u00e0 la d\u00e9croissance \u00bb nous interpellera particuli\u00e8rement. Latouche est le premier \u00e0 avoir th\u00e9oris\u00e9 les possibilit\u00e9s d&#8217;int\u00e9grer \u00e0 l&#8217;\u00c9cole le proc\u00e8s de la d\u00e9colonisation de l&#8217;imaginaire. Et la t\u00e2che sera rude, puisque l&#8217;institution scolaire \u00ab <em>enseigne la religion de la croissance et inculque la foi dans le progr\u00e8s<\/em> \u00bb (p. 128) et \u00ab <em>participe malheureusement \u00e0 l&#8217;entreprise de d\u00e9sinformation<\/em> \u00bb (p. 120). Ainsi, dans l&#8217;enseignement espagnol, un manuel de biologie et de g\u00e9ologie affirme froidement que \u00ab la biodiversit\u00e9 actuelle sur la plan\u00e8te est la plus grande qui ait jamais exist\u00e9 \u00bb ! (p. 120) Quant \u00e0 la fameuse \u00ab \u00e9ducation au d\u00e9veloppement durable \u00bb, elle appara\u00eet comme le marchepied p\u00e9dagogique du nouveau capitalisme \u00e9co-compatible, soit le capitalisme vert. Latouche pr\u00e9cise que \u00ab <em>la t\u00e2che du vrai p\u00e9dagogue consiste \u00e0 former des citoyens capables de penser par eux-m\u00eames et susceptibles de devenir les grains de sable qui bloqueront la m\u00e9gamachine<\/em> \u00bb (p. 130). Mais il plaide aussi pour laisser la possibilit\u00e9 aux hommes d&#8217;apprendre en dehors du syst\u00e8me scolaire, rejoignant par l\u00e0 les th\u00e8ses d&#8217;Illich. Dans sa conclusion, il en appelle \u00e0 une \u00ab <em>d\u00e9prise de la religion de la croissance. Elle [la d\u00e9croissance] implique la n\u00e9cessit\u00e9 d&#8217;une d\u00e9croyance. Il faut abolir la foi dans l&#8217;\u00e9conomie, renoncer au rituel de la consommation et au culte de l&#8217;argent<\/em> \u00bb (p. 208). On ne saurait mieux dire.<\/p>\n<p>Bernard Legros<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Serge Latouche, Sortir de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation, Les liens qui lib\u00e8rent, 2010, 208 p. 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