{"id":3107,"date":"2010-05-31T17:50:39","date_gmt":"2010-05-31T16:50:39","guid":{"rendered":"http:\/\/www.asblonweb.be\/APED\/CM\/?p=3107"},"modified":"2017-02-20T12:28:46","modified_gmt":"2017-02-20T11:28:46","slug":"gentryfication","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/2010\/05\/31\/gentryfication\/","title":{"rendered":"Gentryfication"},"content":{"rendered":"<\/p>\n<p>GARNIER Jean-Pierre, <em>Une violence \u00e9minemment contemporaine. Essai sur la ville, la petite bourgeoisie intellectuelle et l&#8217;effacement des classes populaires<\/em>, Agone, 2010, 243 p. <\/p>\n<p>Voil\u00e0 de la sociologie critique et analytique dans la pure veine marxiste et bourdieusienne. Avec une \u00e9criture remarquablement efficace, Jean-Pierre Garnier se penche sur le ph\u00e9nom\u00e8ne de la \u00ab gentrification \u00bb (ou \u00ab bobo\u00efsation \u00bb), qui touche le centre des grandes villes occidentales depuis deux d\u00e9cennies, ce qu&#8217;il faut bien appeler une \u00ab contre-r\u00e9volution urbaine \u00bb. Les classes populaires sont pri\u00e9es de laisser la place \u00e0 la petite bourgeoisie intellectuelle (PBI) qui, elle, a les moyens financiers de s&#8217;installer dans des quartiers r\u00e9nov\u00e9s, ripolin\u00e9s et \u00ab nettoy\u00e9s \u00bb \u00e0 grands coups de subventions publiques. Ne faisant pas partie de la nomenklatura capitaliste, les membres de la PBI en v\u00e9hiculent n\u00e9anmoins les options id\u00e9ologiques en choisissant leur camp. \u00ab <em>Alors que, dans la division sociale du travail, les t\u00e2ches de direction et celles d&#8217;ex\u00e9cution reviennent respectivement \u00e0 la bourgeoisie et au prol\u00e9tariat, ouvriers ou employ\u00e9s, il revient \u00e0 la PBI d&#8217;assurer celles, toujours plus nombreuses et plus complexes, des rapports de production, \u00e0 savoir les t\u00e2ches de m\u00e9diations : conception, organisation, contr\u00f4le et inculcation<\/em> \u00bb (pp. 118 &#038; 119). Paris est prise en exemple. Les quartiers de Belleville, M\u00e9nilmontant et du canal Saint-Martin sont d\u00e9sormais envahis par la nouvelle classe moyenne des architectes, enseignants, artistes et autres salari\u00e9s de la culture. Pour expliquer le processus, il faut remonter \u00e0 l&#8217;av\u00e8nement d&#8217;une nouvelle \u00ab beaubourgeoisie \u00bb sous Pompidou, b\u00e9n\u00e9ficiant de l&#8217;appui du Centre national d&#8217;art et de culture (CNAC) et du Centre de cr\u00e9ation industrielle (CCI). L&#8217;auteur met en \u00e9vidence le r\u00f4le des intellectuels et des sociologues, m\u00eame \u00ab de gauche \u00bb, qui ont cautionn\u00e9 cet infl\u00e9chissement de la politique urbaine. En m\u00eame temps que certains quartiers, c&#8217;est le vocabulaire lui-m\u00eame qui a \u00e9t\u00e9 r\u00e9nov\u00e9 \u00e0 partir du r\u00e8gne de Fran\u00e7ois Mitterrand. Les concepts de lutte sociale ont fait place aux mots d&#8217;ordre consensuels (solidarit\u00e9, multiculturalisme, tol\u00e9rance, antiracisme, etc.) ; les analyses structuralistes ont c\u00e9d\u00e9 le pas aux \u00e9tudes micro-sociologiques (les styles de vie, par exemple) ; la question du logement a escamot\u00e9 la question sociale ; le conflit des g\u00e9n\u00e9rations a remplac\u00e9 la lutte des classes ; l&#8217;enjeu de la mobilit\u00e9 a servi de pr\u00e9texte \u00e0 revoir \u00e0 la baisse le \u00ab droit \u00e0 la ville \u00bb.<br \/>\nDans la derni\u00e8re partie du livre, l&#8217;auteur d\u00e9cortique les \u00e9meutes de novembre 2005 en constatant que le pouvoir, \u00e0 cette occasion, a cherch\u00e9 \u00e0 territorialiser et \u00e0 ethniciser la question sociale, en la confinant \u00e0 la banlieue. Pour lui, la r\u00e9volte avait bel et bien un caract\u00e8re politique, m\u00eame s&#8217;il n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 clairement revendiqu\u00e9 par ses protagonistes. Elle est survenue apr\u00e8s deux d\u00e9cennies de pourrissement de la politique de la ville qui a laiss\u00e9 les jeunes de la banlieue croupir dans le ch\u00f4mage, le d\u00e9s&#339;uvrement et l&#8217;exclusion. La conclusion de Garnier est pessimiste : \u00ab <em>\u00c0 la violence orient\u00e9e de la lutte des classes succ\u00e8de ainsi la violence erratique des d\u00e9class\u00e9s, le prix \u00e0 payer [&#8230;] de la fin des id\u00e9aux d&#8217;\u00e9mancipation et des programmes de transformation sociale, autrement dit des esp\u00e9rances collectives, c\u00e9l\u00e9br\u00e9e depuis un quart de si\u00e8cle au moins sous le label de la &#8220;fin des utopies&#8221;. Aussi est-il l\u00e9gitime, d\u00fbt-on le d\u00e9plorer, que la sc\u00e8ne urbaine, d\u00e9sert\u00e9e comme les autres par la politique devienne, pour ceux qui n&#8217;en peuvent plus, le th\u00e9\u00e2tre d&#8217;(ex)actions qui ne rel\u00e8veront plus que de la police.<\/em> \u00bb (p. 243).<\/p>\n<p>Bernard Legros <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>GARNIER Jean-Pierre, Une violence \u00e9minemment contemporaine. Essai sur la ville, la petite bourgeoisie intellectuelle et l&#8217;effacement des classes populaires, Agone, 2010, 243 p. Voil\u00e0 de la sociologie critique et analytique dans la pure veine marxiste et bourdieusienne. 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