{"id":296,"date":"2000-11-23T00:00:00","date_gmt":"2000-11-22T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.asblonweb.be\/APED\/CM\/?p=296"},"modified":"2022-12-30T10:35:56","modified_gmt":"2022-12-30T09:35:56","slug":"vol-de-vautours-sur-lecole-des-pauvres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/2000\/11\/23\/vol-de-vautours-sur-lecole-des-pauvres\/","title":{"rendered":"Vol de vautours sur l&#8217;\u00e9cole des pauvres"},"content":{"rendered":"<p><strong>Au nom d\u2019une r\u00e9orientation des d\u00e9penses publiques d\u2019\u00e9ducation vers l\u2019enseignement de base, la Banque mondiale recommande aux pays du Tiers-Monde de laisser les forces du march\u00e9 jouer un r\u00f4le dominant dans les enseignements secondaire et sup\u00e9rieur. Au-del\u00e0 des risques manifestes d\u2019augmenter l\u2019in\u00e9galit\u00e9 sociale face \u00e0 l\u2019instruction, l\u2019uniformisation marchande des savoirs et des cultures pourrait bien d\u00e9boucher sur une v\u00e9ritable catastrophe intellectuelle.<\/strong><\/p>\n<p>A intervalles r\u00e9guliers les institutions internationales dressent un \u00e9tat des lieux alarmant de l\u2019\u00e9ducation dans les pays dits \u00ab en d\u00e9veloppement \u00bb. Selon les estimations d\u00e9mographiques en vigueur, le nombre des 6 \u00e0 11 ans non scolaris\u00e9s passera de 129 millions en 1990 \u00e0 162 millions d\u2019ici 2015. Aujourd\u2019hui, les deux tiers seulement des enfants qui commencent l\u2019\u00e9cole primaire vont jusqu\u2019au bout du cycle. De ce fait, l\u2019analphab\u00e9tisme adulte, qui touche d\u00e9j\u00e0 plus de 900 millions de personnes, pour la plupart des femmes, n\u2019a gu\u00e8re de chances de se r\u00e9duire \u00e0 court terme. Selon la Banque mondiale, cette situation constitue l\u2019un des freins majeurs au d\u00e9veloppement des nations les plus pauvres. Dans son rapport de 1999 sur la\u00a0Strat\u00e9gie pour le secteur de l\u2019Education, elle \u00e9crit : \u00ab <em>the poor (\u2026) have to rely on their human capital as the main, if not the only, means of escaping poverty <\/em>\u00bb<em><sup><a id=\"post-296-endnote-ref-1\" href=\"#post-296-endnote-1\">[1]<\/a><\/sup><\/em>. Et pour le pr\u00e9sident de la Banque, James D. Wolfensohn, \u00ab <em>the single most important key to development and to poverty alleviation is education<\/em> \u00bb<sup><a id=\"post-296-endnote-ref-2\" href=\"#post-296-endnote-2\">[2]<\/a><\/sup>.<\/p>\n<h2><strong>Sous l\u2019emprise de la dette<\/strong><\/h2>\n<p>Pourtant, la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un d\u00e9veloppement prioritaire de l\u2019\u00e9ducation bute sur les insurmontables d\u00e9ficits budg\u00e9taires qu\u2019affrontent les pays du Tiers-Monde. Si la part des d\u00e9penses publiques d\u2019enseignement dans le PNB demeure \u00e0 peu pr\u00e8s stable et que leur part dans l\u2019ensemble des d\u00e9penses des administrations centrales tend m\u00eame \u00e0 s\u2019accro\u00eetre, les d\u00e9penses r\u00e9elles par \u00e9l\u00e8ve ou par \u00e9tudiant sont, quant \u00e0 elles, en chute, tant en Am\u00e9rique latine qu\u2019en Afrique. L\u2019\u00e9ducation, comme tant de services publics et de secteurs sociaux des pays en d\u00e9veloppement, subit la loi d\u2019airain bien connue : <em>\u00ab the need to restrain public expenditure in order to reduce budget deficits and external debts, and the consequent need to find alternative sources of funds for education <\/em>\u00bb<sup><a id=\"post-296-endnote-ref-3\" href=\"#post-296-endnote-3\">[3]<\/a><\/sup>. Comme le note Adrian Arcelo, porte parole d\u2019un Fonds d\u2019Assistance \u00e0 l\u2019Enseignement priv\u00e9 aux Philippines, \u00ab <em>our government takes education seriously and it is a constitutional mandate that education be given the highest priority. However, due to high levels of indebtedness, the highest priority\u2026 has been the payment of debts<\/em> \u00bb<sup><a id=\"post-296-endnote-ref-4\" href=\"#post-296-endnote-4\">[4]<\/a><\/sup>.<\/p>\n<p>Puisque l\u2018endettement constitue le probl\u00e8me num\u00e9ro un, on pourrait s\u2019attendre \u2013 na\u00efvement \u2013 \u00e0 ce que la Banque mondiale s\u2019attache \u00e0 le r\u00e9soudre, par exemple en proposant une annulation partielle ou totale de la dette des pays pauvres ; ou en sugg\u00e9rant une r\u00e9glementation du commerce mondial et des transactions financi\u00e8res qui soit plus favorable \u00e0 ces pays et leur permette de sortir de l\u2019orni\u00e8re\u2026<\/p>\n<h2><strong>Faire mieux avec moins<\/strong><\/h2>\n<p>Ne r\u00eavons pas. La Banque mondiale choisit bien entendu une strat\u00e9gie bien plus \u00ab r\u00e9aliste \u00bb, partant du postulat qu\u2019il faut \u00ab composer \u00bb avec la dette, se soumettre aux dures \u2013 mais toujours prometteuses ! \u2013 contraintes du march\u00e9. Aussi commence-t-elle par souligner qu\u2019il n\u2019est jamais impossible de \u00ab faire mieux avec moins \u00bb. Par exemple, \u00ab <em>un l\u00e9ger accroissement du ratio \u00e9l\u00e8ves-ma\u00eetre (c\u2019est-\u00e0-dire une augmentation du nombre d\u2019\u00e9l\u00e8ves par enseignant) tend \u00e0 am\u00e9liorer le niveau de l\u2019\u00e9ducation quand cela permet une r\u00e9affectation des ressources en faveur d\u2019autres facteurs d\u2019\u00e9ducation d\u2019une importance capitale, comme les livres de classe<\/em> \u00bb<sup><a id=\"post-296-endnote-ref-5\" href=\"#post-296-endnote-5\">[5]<\/a><\/sup>. La Banque fait \u00e9galement remarquer que \u00ab <em>les b\u00e2timents scolaires peuvent \u00eatre construits pour moins cher qu\u2019actuellement<\/em> \u00bb et qu\u2019on \u00ab <em>peut aussi utiliser plus efficacement les b\u00e2timents en regroupant les petites \u00e9coles<\/em> \u00bb. On reste perplexe. L\u2019\u00e9tat de d\u00e9labrement de la plupart des \u00e9tablissements d\u2019enseignement publics dans le Tiers-Monde est notoire. Et chacun sait que l\u2019un des probl\u00e8mes-cl\u00e9 de l\u2018assiduit\u00e9 scolaire dans ces pays est l\u2019\u00e9loignement entre l\u2019\u00e9cole et le domicile, \u00e9loignement qu\u2019une fermeture des petits \u00e9tablissements ne pourra qu\u2019accro\u00eetre.<\/p>\n<p>Mais la Banque insiste : \u00ab <em>On pourrait, dans beaucoup de pays, am\u00e9liorer le syst\u00e8me \u00e9ducatif avec le m\u00eame, voire un moindre, volume de d\u00e9penses publiques <\/em>\u00bb. Pour preuve, la Banque souligne que les d\u00e9penses publiques d\u2019\u00e9ducation en Afrique, o\u00f9 les taux de scolarisation sont plus faibles qu\u2019en aucune autre r\u00e9gion, repr\u00e9sentent une part plus grande du PNB (4,2%) qu\u2019en Am\u00e9rique latine (3,7%) ou en Asie de l\u2019Est, r\u00e9gions qui ont atteint l\u2019objectif d\u2019\u00e9ducation primaire pour tous. Cet argument est pour le moins fallacieux puisque le PNB par habitant est, lui aussi, beaucoup plus bas en Afrique que dans aucun autre continent ! La seule comparaison internationale qui tienne la route est celle des d\u00e9penses r\u00e9elles par \u00e9l\u00e8ve, et l\u00e0 l\u2019Afrique est bien la lanterne rouge incontest\u00e9e\u2026<\/p>\n<h2><strong>R\u00e9server les d\u00e9penses publiques \u00e0 l\u2019enseignement de base<\/strong><\/h2>\n<p>Ces r\u00e9ductions de co\u00fbts ne peuvent \u00e9videmment constituer une r\u00e9ponse suffisante au probl\u00e8me. Aussi l\u2019essentiel de la strat\u00e9gie de l\u2019institution financi\u00e8re internationale est-il ailleurs. \u00ab <em>Il faut,<\/em> dit la Banque, <em>concentrer les investissements\u00a0<\/em>publics<em>\u00a0l\u00e0 o\u00f9 leur rentabilit\u00e9 sera la plus forte, ce qui, dans le secteur de l\u2019\u00e9ducation, sera g\u00e9n\u00e9ralement au niveau de l\u2019\u00e9ducation de base<\/em> \u00bb<sup><a id=\"post-296-endnote-ref-6\" href=\"#post-296-endnote-6\">[6]<\/a><\/sup>.<\/p>\n<p>A l\u2019appui de ce choix, la Banque fournit des chiffres implacables. Alors que la population scolaire des \u00e9coles primaires repr\u00e9sentait (en 1980) 70% de l\u2019ensemble des effectifs de l\u2019enseignement des pays en d\u00e9veloppement, ce niveau d\u2019enseignement ne percevait qu\u2019environ 22% des d\u00e9penses publiques d\u2019\u00e9ducation. Au contraire, l\u2019enseignement sup\u00e9rieur, avec 6% seulement des effectifs, recevait 39% des ressources<sup><a id=\"post-296-endnote-ref-7\" href=\"#post-296-endnote-7\">[7]<\/a><\/sup>. Or, note encore la Banque mondiale, ce d\u00e9s\u00e9quilibre dans l\u2019allocation des ressources constitue une injustice flagrante puisque l\u2019enseignement de base est fr\u00e9quent\u00e9 par tous les enfants, alors que seules les classes ais\u00e9es acc\u00e8dent \u00e0 l\u2019enseignement sup\u00e9rieur. Le souci d\u2019accorder plus de moyens \u00e0 l\u2019enseignement de base a toutes les apparences de la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9. Mais associ\u00e9 aux recommandations habituelles de la Banque mondiale et du FMI en mati\u00e8re budg\u00e9taire, il entra\u00eene une lourde contrepartie : le d\u00e9sinvestissement de l\u2019Etat dans les niveaux d\u2019enseignement secondaire et sup\u00e9rieur. Aussi, quand le pr\u00e9sident Wolfensohn r\u00e9clame une \u00ab <em>universal primary education for girls and boys equally<\/em> \u00bb, il ajoute aussit\u00f4t que cela implique \u00ab <em>an open and competitive system of secondary and tertiary education<\/em> \u00bb<sup><a id=\"post-296-endnote-ref-8\" href=\"#post-296-endnote-8\">[8]<\/a><\/sup>.<br \/>\nUne fois pos\u00e9 le principe de la \u00ab priorit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9ducation de base \u00bb, on se d\u00e9tourne de ce sujet et on se concentre d\u00e9sormais sur l\u2019\u00e9l\u00e9ment nouveau de la strat\u00e9gie : d\u00e9r\u00e9guler l\u2019enseignement secondaire sup\u00e9rieur et l\u2019enseignement sup\u00e9rieur, les transformer en enseignements payants, lib\u00e9r\u00e9s de la tutelle de l\u2019Etat, bref les \u00ab marchandiser \u00bb.<\/p>\n<h2><strong>Les parents peuvent payer<\/strong><\/h2>\n<p>Selon la th\u00e9orie du Capital Humain, qui r\u00e9duit l\u2019enseignement \u00e0 sa fonction instrumentale au service de l\u2019\u00e9conomie, l\u2019\u00e9cart entre rentabilit\u00e9 individuelle et rentabilit\u00e9 sociale est plus grand pour l\u2019enseignement sup\u00e9rieur que pour l\u2019enseignement de base. Par cons\u00e9quent, \u00ab <em>il est probable<\/em>, estime la Banque mondiale, <em>que les \u00e9tudiants et leurs familles sont pr\u00eats \u00e0 assumer une partie des co\u00fbts des \u00e9tudes sup\u00e9rieures<\/em> \u00bb<sup><a id=\"post-296-endnote-ref-9\" href=\"#post-296-endnote-9\">[9]<\/a><\/sup>. Elle propose donc de conserver la gratuit\u00e9 pour l\u2019enseignement de base, mais d\u2019introduire, primo, \u00ab <em>un paiement s\u00e9lectif d\u2019un droit de scolarit\u00e9 au niveau du deuxi\u00e8me cycle du secondaire<\/em> \u00bb et, secundo, \u00ab <em>un droit d\u2019inscription dans tous les \u00e9tablissements publics d\u2019enseignement sup\u00e9rieur, assorti de facilit\u00e9s de pr\u00eats et autres arrangements<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p>Pourtant, dans nombre de pays en d\u00e9veloppement, la participation des \u00e9tudiants et des parents dans le co\u00fbt des \u00e9tudes est d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9e. En Cor\u00e9e du Sud, les \u00e9tudiants contribuent \u00e0 raison de 46% aux d\u00e9penses r\u00e9currentes alors que les contributions des \u00e9tudiants en Jordanie, au Chili et en Ouganda repr\u00e9sentent 40%, 36% et 15% respectivement<sup><a id=\"post-296-endnote-ref-10\" href=\"#post-296-endnote-10\">[10]<\/a><\/sup>. Une augmentation du co\u00fbt des \u00e9tudes exclura encore davantage qu\u2019aujourd\u2019hui les jeunes issus des milieux moins favoris\u00e9s. Les financiers supranationaux de Washington proposent donc d\u2019introduire un syst\u00e8me de, assorti de bourses d\u2019\u00e9tude limit\u00e9es afin de \u00ab <em>vaincre la r\u00e9ticence des pauvres \u00e0 contracter des dettes remboursables sur d\u2019incertains revenus futurs<\/em> \u00bb<sup><a id=\"post-296-endnote-ref-11\" href=\"#post-296-endnote-11\">[11]<\/a><\/sup>. Encourager les plus d\u00e9munis \u00e0 s\u2019endetter pour effectuer des \u00e9tudes ? La solution est bien maigre ! Mais qu\u2019\u00e0 cela ne tienne \u00ab <em>dans la plupart des pays, il y a plus de candidats \u00e0 l\u2019entr\u00e9e dans l\u2019enseignement secondaire que de places offertes, et la demande d\u2019enseignement sup\u00e9rieur tend \u00e0 augmenter plus vite que l\u2019offre<\/em> \u00bb<sup><a id=\"post-296-endnote-ref-12\" href=\"#post-296-endnote-12\">[12]<\/a><\/sup>.<\/p>\n<h2><strong>De l\u2019autonomie \u00e0 la privatisation<\/strong><\/h2>\n<p>Comme toujours dans ce cas, la diminution des subventions publiques centrales et l\u2019augmentation de la participation financi\u00e8re des parents doit s\u2019accompagner d\u2019une plus grande autonomie accord\u00e9e aux autorit\u00e9s \u00e9ducatives locales et \u00ab <em>permettant aux \u00e9coles de r\u00e9partir comme elles l\u2019entendent leurs ressources<\/em> \u00bb. G\u00e9rez donc vous-m\u00eame la mis\u00e8re que nous vous offrons ! On propose donc de g\u00e9n\u00e9raliser aux \u00e9coles des pays pauvres, les principes d\u00e9j\u00e0 largement vigueur dans nombre de pays industrialis\u00e9s : le financement des \u00e9tablissements par la perception d\u2019imp\u00f4ts locaux , la \u00ab <em>participation des communaut\u00e9s aux co\u00fbts<\/em> \u00bb, l\u2019encouragement \u00e0 la \u00ab <em>diversification des recettes<\/em> \u00bb, l\u2019utilisation de m\u00e9canismes de financement \u00ab attach\u00e9s aux \u00e9l\u00e8ves et \u00e9tudiants \u00bb (dons forfaitaires par personnes, ch\u00e8ques-\u00e9ducation, pr\u00eats-\u00e9tudiants, etc.), l\u2019attribution, aux communaut\u00e9s et aux \u00e9coles, de subventions globales non assorties de restrictions quant \u00e0 leur affectation, etc.<\/p>\n<p>La Banque mondiale ne s\u2019arr\u00eate pas \u00e0 cette simple d\u00e9r\u00e9gulation. Allant jusqu\u2019au bout de sa logique, elle en arrive finalement au c\u0153ur de son projet : \u00ab <em>encourager le recours au secteur priv\u00e9, soit pour financer des \u00e9tablissements priv\u00e9s, soit pour constituer un compl\u00e9ment de recettes \u00e0 des \u00e9tablissements d\u2019Etat<\/em> \u00bb<sup><a id=\"post-296-endnote-ref-13\" href=\"#post-296-endnote-13\">[13]<\/a><\/sup>. \u00ab <em>Certains pays interdisent les \u00e9coles et universit\u00e9s priv\u00e9es, d\u2019autres les soumettent \u00e0 une r\u00e9glementation excessive<\/em> \u00bb regrette la Banque.<\/p>\n<p>Les arguments avanc\u00e9s en faveur de cette privatisation sont classiques : le recours \u00e0 l\u2019enseignement priv\u00e9 r\u00e9duit les co\u00fbts pour l\u2019Etat et ces \u00e9tablissements priv\u00e9s \u00ab <em>font utilement concurrence aux \u00e9tablissements publics<\/em> \u00bb. On r\u00e9torquera, tout aussi classiquement, que cette privatisation augmente le co\u00fbt des \u00e9tudes pour les \u00e9tudiants et leurs parents et qu\u2019elle favorise un d\u00e9veloppement in\u00e9gal entre les \u00e9tablissements. De toute fa\u00e7on, fait remarquer lucidement la Banque mondiale, l\u2019implication du secteur priv\u00e9 dans l\u2019enseignement est d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s grande et ne fera que s\u2019accro\u00eetre dans les ann\u00e9es \u00e0 venir. Les formations organis\u00e9es au sein des entreprises priv\u00e9es, la fourniture de livres, de logiciels \u00e9ducatifs et autres mat\u00e9riels didactiques, la t\u00e9l\u00e9vision\u2026 Autant de domaines li\u00e9s \u00e0 l\u2019enseignement, o\u00f9 la privatisation est d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 largement r\u00e9alis\u00e9e. \u00ab <em>The vital question now,<\/em> conclut la Banque, <em>is not whether other-than-government roles in education will expand \u2013 they will \u2013 but rather how these developments should be incorporated into countries\u2019 overall strategies<\/em> \u00bb<sup><a id=\"post-296-endnote-ref-14\" href=\"#post-296-endnote-14\">[14]<\/a><\/sup>.<\/p>\n<h2><strong>La Banque mondiale devient conseiller en privatisation<\/strong><\/h2>\n<p>Ayant stipul\u00e9 ses \u00ab recommandations \u00bb, la Banque mondiale peut expliciter quelle sera d\u00e9sormais sa propre politique. \u00ab <em>La principale contribution de la Banque mondiale devra prendre la forme de conseils aux gouvernements (\u2026). Ses concours financiers viseront g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 servir de multiplicateur aux d\u00e9penses et \u00e0 l\u2019action r\u00e9formatrice des autorit\u00e9s nationales<\/em> \u00bb<sup><a id=\"post-296-endnote-ref-15\" href=\"#post-296-endnote-15\">[15]<\/a><\/sup>. Pour autant, bien entendu, que cette action r\u00e9formatrice s\u2019inscrive dans la ligne d\u00e9finie par la Banque. Si l\u2019enseignement de base \u00ab <em>continuera d\u2019\u00eatre la premi\u00e8re priorit\u00e9 des pr\u00eats d\u2019\u00e9ducation de la Banque aux pays o\u00f9 l\u2019alphab\u00e9tisation n\u2019est pas encore universelle<\/em> \u00bb, les actions de la Banque en direction de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur \u00ab <em>viseront \u00e0 soutenir les efforts des pays pour engager des r\u00e9formes permettant \u00e0 ce sous-secteur de fonctionner de mani\u00e8re plus efficace et \u00e0 un moindre co\u00fbt pour l\u2019Etat. Les pays qui sont dispos\u00e9s \u00e0 adopter, pour l\u2019enseignement sup\u00e9rieur, un cadre l\u00e9gislatif et r\u00e9glementaire favorisant une structure institutionnelle diff\u00e9renci\u00e9e et une base de ressources diversifi\u00e9e, o\u00f9 le secteur priv\u00e9 interviendra davantage au niveau de l\u2019enseignement et du financement, continueront \u00e0 recevoir la priorit\u00e9<\/em> \u00bb. En clair : vous privatisez l\u2019enseignement sup\u00e9rieur ou nous vous coupons les vivres.<\/p>\n<p>Comme le proclame avec fiert\u00e9 Peter Woicke,\u00a0Managing Director\u00a0de la Banque mondiale : \u00ab <em>The World Bank, driven by its President, James Wolfensohn, is becoming more and more a knowledge bank, increasingly advising governments on how best to privatize services<\/em> \u00bb<sup><a id=\"post-296-endnote-ref-16\" href=\"#post-296-endnote-16\">[16]<\/a><\/sup>.<\/p>\n<h2><strong>La Soci\u00e9t\u00e9 de Financement Internationale<\/strong><\/h2>\n<p>Peter Woicke est \u00e9galement vice-pr\u00e9sident de la SFI, la Soci\u00e9t\u00e9 de Financement Internationale, une succursale de la Banque mondiale dont la mission est de \u00ab <em>promote private sector development in developing countries<\/em> \u00bb<sup><a id=\"post-296-endnote-ref-17\" href=\"#post-296-endnote-17\">[17]<\/a><\/sup>. Alors que la Banque mondiale octroie des pr\u00eats aux gouvernements, sa filiale SFI accorde des financements au secteur priv\u00e9, sans garanties gouvernementales. Annuellement la SFI pr\u00eate ainsi 6 milliards de dollars, repr\u00e9sentant quelque 250 investissements dans une centaine de pays<sup><a id=\"post-296-endnote-ref-18\" href=\"#post-296-endnote-18\">[18]<\/a><\/sup>. C\u2019est donc tr\u00e8s logiquement \u00e0 la SFI que la Banque mondiale a d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 le volet \u00ab privatisation \u00bb de sa strat\u00e9gie pour l\u2019enseignement dans les pays en d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p>La SFI a effectu\u00e9, d\u00e8s 1997, une premi\u00e8re \u00e9tude exploratoire, publi\u00e9e en mars 1998 sous le titre\u00a0The Global Education Industry<em><sup><a id=\"post-296-endnote-ref-19\" href=\"#post-296-endnote-19\">[19]<\/a><\/sup><\/em>. Dans la foul\u00e9e, elle a organis\u00e9 en juin 1999 une conf\u00e9rence de deux jours, dans ses locaux de Washington, sur le th\u00e8me \u00ab <em>opportunit\u00e9s d\u2019investissement dans l\u2019\u00e9ducation priv\u00e9e dans les pays en d\u00e9veloppement<\/em> \u00bb<sup><a id=\"post-296-endnote-ref-20\" href=\"#post-296-endnote-20\">[20]<\/a><\/sup>.<\/p>\n<p>Bien que la mission officielle de la Banque mondiale et de ses filiales soit \u00ab d\u2019\u0153uvrer \u00e0 la r\u00e9duction de la pauvret\u00e9 dans le monde \u00bb, l\u2019un des directeurs de la SFI, Javed Hamid, reconna\u00eet sans honte qu\u2019elle \u00ab <em>focuses on its own bottom line also. It makes a profit \u2013 which is very important as it gives credibility to this institution. When it works with the private sector, others realize that they are working with people who are bottom-line oriented<\/em> \u00bb<sup><a id=\"post-296-endnote-ref-21\" href=\"#post-296-endnote-21\">[21]<\/a><\/sup>. En 1998 la SFI a r\u00e9alis\u00e9 250 millions USD de profits, sur un volume de transactions 2,2 milliards<sup><a id=\"post-296-endnote-ref-22\" href=\"#post-296-endnote-22\">[22]<\/a><\/sup>. Elle vient de s\u2019allier \u00e0 la\u00a0Softbank Corp\u00a0japonaise pour financer le lancement de soci\u00e9t\u00e9s \u00ab startup \u00bb du secteur Internet dans une centaine de pays en d\u00e9veloppement<sup><a id=\"post-296-endnote-ref-23\" href=\"#post-296-endnote-23\">[23]<\/a><\/sup>.<\/p>\n<h2><strong>Edinvest<\/strong><\/h2>\n<p>En vue d\u2019assumer sa mission de catalyseur de l\u2019investissement priv\u00e9 dans le secteur \u00e9ducatif des pays en d\u00e9veloppement, la SFI a cr\u00e9\u00e9 le service\u00a0Edinvest\u00a0\u00ab <em>a forum for individuals, corporations and other institutions interested in education in developing countries \u00bb qui \u00ab provides information for making private investment possible on a global scale<\/em> \u00bb<sup><a id=\"post-296-endnote-ref-24\" href=\"#post-296-endnote-24\">[24]<\/a><\/sup>. Edinvest<sup><a id=\"post-296-endnote-ref-25\" href=\"#post-296-endnote-25\">[25]<\/a><\/sup> \u00e9claire les investisseurs potentiels quant aux possibilit\u00e9s offertes par le march\u00e9 \u00e9ducatif dans les pays en d\u00e9veloppement. Son site Internet est sponsoris\u00e9 par des firmes priv\u00e9es telles\u00a0Eduventures.com\u00a0et\u00a0Caliber. Cette derni\u00e8re soci\u00e9t\u00e9 se pr\u00e9sente comme \u00ab <em>the premier provider of eLearning services to global corporations and institutions (\u2026), a proven leader in the Internet based learning industry<\/em> \u00bb. Edinvest travaille en collaboration avec un autre service de la Banque mondiale, le\u00a0PrivatizationLink\u00a0charg\u00e9 de \u00ab <em>deliver information on privatization in developing countries and transition economies to privatization professionals worldwide<\/em> \u00bb<sup><a id=\"post-296-endnote-ref-26\" href=\"#post-296-endnote-26\">[26]<\/a><\/sup>.<\/p>\n<h2><strong>Propos tenus \u00e0 la conf\u00e9rence d\u2019Abidjan et autres pens\u00e9es choisies<\/strong><\/h2>\n<p>Du 30 novembre au 1 d\u00e9cembre 1999, la SFI a r\u00e9uni une brochette d\u2019investisseurs potentiels \u00e0 Abidjan, pour une conf\u00e9rence sur le th\u00e8me\u00a0Les opportunit\u00e9s d\u2019investissement dans le secteur de l\u2019education privee en Afrique. Dans son discours inaugural, Luciano Borin, repr\u00e9sentant r\u00e9gional de la SFI, en a clairement expos\u00e9 les enjeux. \u00ab <em>Les d\u00e9fis pos\u00e9s par la globalisation favorisent une r\u00e9orientation des strat\u00e9gies reposant excessivement sur l\u2019enseignement de base<\/em> \u00bb<sup><a id=\"post-296-endnote-ref-27\" href=\"#post-296-endnote-27\">[27]<\/a><\/sup> explique-t-il d\u2019embl\u00e9e. Comment ? L\u2019enseignement de base n\u2019\u00e9tait-il pas la priorit\u00e9 des priorit\u00e9s pour la Banque mondiale ? N\u2019\u00e9tait-ce pas au nom de la r\u00e9allocation des moyens au profit de cet enseignement de base qu\u2019il convenait de limiter le financement public de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur, donc de le privatiser ? Pas du tout, explique monsieur Borin, l\u2019essentiel est ailleurs : \u00ab <em>les entreprises africaines ne pourront faire face \u00e0 la concurrence, qu\u2019en adoptant les m\u00eames pratiques, normes et politiques [que celles] du march\u00e9 international. Ceci implique le d\u00e9veloppement rapide d\u2019une classe d\u2019entrepreneurs et de dirigeants modernes, inform\u00e9s et professionnels, \u00e0 travers l\u2019\u00e9ducation<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p>Les propos d\u2019autres responsables de la SFI, lorsqu\u2019ils louent les m\u00e9rites de l\u2019enseignement priv\u00e9 dans les pays en d\u00e9veloppement sont tout aussi symptomatiques de l\u2019id\u00e9ologie qui les anime. Lors du colloque de Washington, l\u2019un des orateurs, Jack Maas, exprimait son admiration pour une \u00e9cole secondaire en Gambie qui offre \u00ab <em>a first class education<\/em> \u00bb pour la somme de 300 USD par an. \u00ab <em>Now, that\u2019s a bargain. We can burn up $300 in one night in a hotel in a Western country, so it\u2019s a real bargain<\/em> \u00bb<sup><a id=\"post-296-endnote-ref-28\" href=\"#post-296-endnote-28\">[28]<\/a><\/sup>. Est-il n\u00e9cessaire de rappeler que le revenu annuel moyen des habitant de Gambie s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 950 USD ? Ce monsieur Jack Maas,\u00a0Lead Education Specialist\u00a0\u00e0 la SFI, est l\u2019un de ces hommes qui, par les milliards de dollars dont ils g\u00e8rent l\u2019affectation, d\u00e9cident de l\u2019avenir de l\u2019enseignement dans les pays du Tiers-Monde\u2026<\/p>\n<p>Et le souci d\u2019une \u00e9ducation au service de tous, d\u2019une \u00e9ducation au service de la lutte contre la pauvret\u00e9, s\u2019envole pour de bon lorsqu\u2019on entend Javed Hamid, directeur de la SFI pour l\u2019Asie de l\u2019Est et le Pacifique, d\u00e9clarer: \u00ab <em>My own feeling is that the potential for high return and profits on investment in education is very high. This is extremely well demonstrated in the U.S., where private education is emerging in all kinds of areas and investors are putting very high premiums on the stock of the companies in the private sector. Many of these companies are trading at price-earning multiples of 50, 60 times, which means that investors think that these are growth industries. We think that this is the industry of the next decade<\/em> \u00bb<sup><a id=\"post-296-endnote-ref-29\" href=\"#post-296-endnote-29\">[29]<\/a><\/sup>.<\/p>\n<h2><strong>L\u2019Ecole au service des march\u00e9s<\/strong><\/h2>\n<p>Les propos du responsable r\u00e9gional africain de la SFI nous l\u2019ont d\u00e9j\u00e0 montr\u00e9, la strat\u00e9gie de \u00ab marchandisation \u00bb de l\u2019\u00e9ducation comporte deux aspect inextricablement li\u00e9s : la transformation de l\u2019enseignement en nouveau secteur lucratif, mais aussi l\u2019adaptation de l\u2019enseignement \u2013 public et priv\u00e9 \u2013 aux attentes du monde \u00e9conomique. La Banque mondiale ne manque jamais de souligner que \u00ab <em>l\u2019investissement \u00e9ducatif est facteur d\u2019accumulation de capital humain, lui-m\u00eame facteur d\u2019am\u00e9lioration du revenu et de croissance \u00e9conomique soutenue<\/em> \u00bb et que sa strat\u00e9gie consiste \u00ab <em>\u00e0 encourager l\u2019usage productif de la main-d\u2019\u0153uvre<\/em> \u00bb<sup><a id=\"post-296-endnote-ref-30\" href=\"#post-296-endnote-30\">[30]<\/a><\/sup>. Alors que l\u2019\u00e9ducation de base, qui \u00ab <em>porte sur des comp\u00e9tences g\u00e9n\u00e9rales, comme le langage, les sciences et les math\u00e9matiques, ainsi que les communications<\/em> \u00bb, est n\u00e9cessaire \u00e0 tous les travailleurs et doit donc \u00eatre assur\u00e9e gratuitement par l\u2019Etat, aux frais de la collectivit\u00e9, la transmission des savoirs th\u00e9oriques et professionnels, qui \u00ab <em>rel\u00e8ve des niveaux sup\u00e9rieurs du syst\u00e8me \u00e9ducatif (\u2026) donne les meilleurs r\u00e9sultats quand il est dispens\u00e9, financ\u00e9 et dirig\u00e9 avec la participation directe du secteur priv\u00e9<\/em> \u00bb. La Banque compte d\u2019ailleurs sur la concurrence entre l\u2019enseignement priv\u00e9 et l\u2019enseignement public pour forcer ce dernier \u00e0 s\u2019adapter aux attentes des march\u00e9s. \u00ab <em>The private sector can clearly help in innovation. Many of the changes occurring in public education started in the private sector<\/em> \u00bb<sup><a id=\"post-296-endnote-ref-31\" href=\"#post-296-endnote-31\">[31]<\/a><\/sup>.<\/p>\n<p>Certains passages des actes de la conf\u00e9rence de Washington montrent bien que ce qui est en jeu ici ce n\u2019est pas d\u2019abord le d\u00e9veloppement du Tiers-Monde. \u00ab <em>The Philippines is a supplier of qualified manpower throughout the world. The majority of graduates \u2013 83.37 percent \u2013 of professional programs come from private tertiary education. (\u2026) In short, private education is a dominant sector in producing highly qualified manpower, not only to supply the need of Philippine development, but also to supply the needs of the world. The Philippines overseas contract workers generate approximately $5 billion, with 3 million Filipinos working abroad, many in the U.S.A., Australia, and other countries. In maritime education alone, there is over $1 billion coming in from overseas contract workers<\/em> \u00bb<sup><a id=\"post-296-endnote-ref-32\" href=\"#post-296-endnote-32\">[32]<\/a><\/sup>.<\/p>\n<h2><strong>Tactique<\/strong><\/h2>\n<p>Les penseurs de la Banque mondiale savent bien que leurs projets ne manqueront pas de buter sur les r\u00e9sistances des d\u00e9fenseurs de l\u2019enseignement public. \u00ab <em>Dans tous les pays, les mani\u00e8res de faire enracin\u00e9es de longue date et les int\u00e9r\u00eats \u00e9tablis rendront le changement difficile \u00e0 op\u00e9rer. (\u2026) Sous leur forme actuelle, les d\u00e9penses d\u2019\u00e9ducation et la gestion du syst\u00e8me \u00e9ducatif prot\u00e8gent souvent les int\u00e9r\u00eats des syndicats d\u2019enseignants,<\/em> <em>des \u00e9tudiants, ainsi que de l\u2019\u00e9lite <\/em>(!)<em>, et de l\u2019administration centrale<\/em> \u00bb. Il s\u2019agit donc de proc\u00e9der prudemment. Et la Banque de formuler, l\u00e0 encore, ses recommandations. \u00ab <em>Le mieux est d\u2019introduire des r\u00e9formes dans le financement et la gestion de l\u2019\u00e9ducation \u00e0 mesure que les possibilit\u00e9s d\u2019\u00e9ducation augmentent. Parfois, c\u2019est le changement lui-m\u00eame qui \u00e9largit ces possibilit\u00e9s, comme lorsque l\u2019interdiction de l\u2019enseignement priv\u00e9 est lev\u00e9e<\/em> \u00bb.<\/p>\n<h2><strong>Une catastrophe culturelle et intellectuelle<\/strong><\/h2>\n<p>Les cons\u00e9quences de cette privatisation de l\u2019enseignement secondaire et sup\u00e9rieur sont pr\u00e9visibles. Pour les jeunes qui n\u2019en auront pas les moyens financiers, les portes des \u00e9tablissements priv\u00e9s et des cyber-universit\u00e9s resteront ferm\u00e9es. Au mieux, ils pourront se rabattre sur un enseignement public de moindre qualit\u00e9, car d\u00e9sargent\u00e9. Au pire celui-ci n\u2019existera m\u00eame plus. Plus probablement, l\u2019enseignement public aura suivi le \u00ab bon exemple \u00bb du secteur priv\u00e9, augmentant ses droits d\u2019inscriptions et recourant \u00e0 son tour au sponsoring externe.<\/p>\n<p>Mais \u00e0 terme, les retomb\u00e9es culturelles et intellectuelles de la marchandisation de l\u2019enseignement seront peut-\u00eatre plus graves encore que ses cons\u00e9quences sociales. Les \u00e9coles et universit\u00e9s se verront de plus en plus contr\u00f4l\u00e9es par des multinationales am\u00e9ricaines ou europ\u00e9ennes de l\u2019enseignement. Pour r\u00e9pondre \u00e0 la demande d\u2019employabilit\u00e9, celles-ci assureront l\u2019instrumentalisation des savoirs que r\u00e9clame la comp\u00e9tition \u00e9conomique. Elle abandonneront ou r\u00e9duiront \u00e0 la portion congrue les savoirs peu rentables, les savoirs qui forgent les cultures et donnent force pour comprendre le monde. Pour des raisons de rationalit\u00e9 interne, ces marchands d\u2019enseignement imposeront petit \u00e0 petit une uniformisation des connaissances, des cultures, des comp\u00e9tences et des comportements. Et dans le monde entier, une m\u00eame intelligentsia Mc-Donaldis\u00e9e sortira de fast-food \u00e9ducatifs standardis\u00e9s, sans \u00e2me et sans r\u00e9volte.<\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Notes<\/strong><\/span><\/p>\n<ol>\n<li id=\"post-296-endnote-1\"><em>Education sector strategy,<\/em> World Bank, juillet 1999. Ce document peut \u00eatre t\u00e9l\u00e9charg\u00e9 \u00e0 l\u2019adresse suivante : <a href=\"http:\/\/www.worldbank.org\/html\/extpb\/educbody.pdf\">http:\/\/www.worldbank.org\/html\/extpb\/educbody.pdf<\/a> <a href=\"#post-296-endnote-ref-1\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-296-endnote-2\">James D. Wolfensohn, <em>A Proposal for a Comprehensive Development Framework<\/em>, World Bank, janvier 1999. <a href=\"#post-296-endnote-ref-2\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-296-endnote-3\"><em>Investment opportunities in private education in developing countries<\/em>, an International Conference Sponsored by The International Finance Corporation, Washington, D.C., 2-3 juin 1999. <a href=\"#post-296-endnote-ref-3\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-296-endnote-4\">Idem. <a href=\"#post-296-endnote-ref-4\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-296-endnote-5\"><em>Priorities et Strat\u00e9gies pour l\u2019\u00e9ducation<\/em> (r\u00e9sum\u00e9), The International Bank for Reconstruction and Development, 1995. <a href=\"#post-296-endnote-ref-5\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-296-endnote-6\">Idem <a href=\"#post-296-endnote-ref-6\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-296-endnote-7\">Harry Anthony Patrinos, <em>Market Forces in Education<\/em>, World Bank July 1999. <a href=\"#post-296-endnote-ref-7\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-296-endnote-8\">Wolfersohn 1999, op. cit. <a href=\"#post-296-endnote-ref-8\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-296-endnote-9\"><em>Priorities et Strat\u00e9gies pour l\u2019\u00e9ducation<\/em>, op. cit. <a href=\"#post-296-endnote-ref-9\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-296-endnote-10\">Rev. Dr Emmanuel Kwesi Marfo, <em>Le r\u00f4le de l\u2019Enseignement priv\u00e9 dans les pays en d\u00e9veloppement avec des r\u00e9f\u00e9rences particuli\u00e8res au Ghana<\/em>, Banque mondiale, 1999. <a href=\"#post-296-endnote-ref-10\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-296-endnote-11\"><em>Priorities et Strat\u00e9gies pour l\u2019\u00e9ducation<\/em>, 1995, op. cit. <a href=\"#post-296-endnote-ref-11\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-296-endnote-12\">Idem <a href=\"#post-296-endnote-ref-12\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-296-endnote-13\">Idem <a href=\"#post-296-endnote-ref-13\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-296-endnote-14\"><em>Education sector strategy<\/em>, 1999, op.cit. <a href=\"#post-296-endnote-ref-14\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-296-endnote-15\"><em>Priorities et Strat\u00e9gies pour l\u2019\u00e9ducation<\/em>, 1995, op. cit. <a href=\"#post-296-endnote-ref-15\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-296-endnote-16\">Discours de Peter Woicke \u00e0 la conf\u00e9rence de Washington, 1999. <a href=\"#post-296-endnote-ref-16\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-296-endnote-17\"><a href=\"http:\/\/www.ifc.org\">http:\/\/www.ifc.org<\/a> <a href=\"#post-296-endnote-ref-17\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-296-endnote-18\"><em>Investment opportunities in private education in developing countries<\/em>, op.cit. <a href=\"#post-296-endnote-ref-18\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-296-endnote-19\">James Tooley, The Global Education Industry, London, Institute of Economic Affairs in association with the International Finance Corporation, 1999. <a href=\"#post-296-endnote-ref-19\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-296-endnote-20\"><em>Investment opportunities in private education in developing countries<\/em>, op.cit. <a href=\"#post-296-endnote-ref-20\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-296-endnote-21\">Discours de Javed Hamid \u00e0 la conf\u00e9rence de Washington, 1999. <a href=\"#post-296-endnote-ref-21\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-296-endnote-22\">Pour des exemples concrets d\u2019investissements \u00e9ducatifs d\u2019IFC, voir <a href=\"http:\/\/www.ifc.org\/publications\/Educ99.pdf\">http:\/\/www.ifc.org\/publications\/Educ99.pdf<\/a> <a href=\"#post-296-endnote-ref-22\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-296-endnote-23\">Press Release No. 00\/92, <em>World Bank Group and Softbank to invest in Internet enterprises for the developing world<\/em>, Tokyo, 12 f\u00e9vrier 2000. <a href=\"#post-296-endnote-ref-23\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-296-endnote-24\"><em>Education sector strategy<\/em>, 1999, op.cit. <a href=\"#post-296-endnote-ref-24\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-296-endnote-25\"><a href=\"http:\/\/www.worldbank.org\/edinvest\">http:\/\/www.worldbank.org\/edinvest<\/a> <a href=\"#post-296-endnote-ref-25\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-296-endnote-26\"><a href=\"http:\/\/www.worldbank.org\/edinvest\/thirdwave.htm\">http:\/\/www.worldbank.org\/edinvest\/thirdwave.htm<\/a> <a href=\"#post-296-endnote-ref-26\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-296-endnote-27\"><em>Les opportunit\u00e9s d\u2019investissement dans le secteur de l\u2019\u00e9ducation priv\u00e9e en Afrique<\/em>, discours inaugural de Luciano Borin, repr\u00e9sentant r\u00e9gional de la SFI, 30 novembre 1999. <a href=\"#post-296-endnote-ref-27\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-296-endnote-28\">Discours de Jack Maas, Lead Education Specialist, IFC, conf\u00e9rence de Washington, 1999. <a href=\"#post-296-endnote-ref-28\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-296-endnote-29\">Javed Hamid, 1999, op.cit. <a href=\"#post-296-endnote-ref-29\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-296-endnote-30\">Priorities et Strat\u00e9gies pour l\u2019\u00e9ducation, 1995, op. cit. <a href=\"#post-296-endnote-ref-30\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-296-endnote-31\">Discours de Donald Winkler, World Bank Human Development Specialist, Latin America and the Caribbean, colloque de Washington, 1999. <a href=\"#post-296-endnote-ref-31\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-296-endnote-32\">Discours de Adrian Arcelo, President, Fund for Assistance to Private Education, Philippines, conf\u00e9rence de Washington 1999. <a href=\"#post-296-endnote-ref-32\">\u2191<\/a><\/li>\n<\/ol>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au nom d&#8217;une r\u00e9orientation des d\u00e9penses publiques d&#8217;\u00e9ducation vers l&#8217;enseignement de base, la Banque mondiale recommande aux pays du Tiers-Monde de laisser les forces du march\u00e9 jouer un r\u00f4le dominant dans les enseignements secondaire et sup\u00e9rieur. Au-del\u00e0 des risques manifestes d&#8217;augmenter l&#8217;in\u00e9galit\u00e9 sociale face \u00e0 l&#8217;instruction, l&#8217;uniformisation marchande des savoirs et des cultures pourrait bien d\u00e9boucher sur une v\u00e9ritable catastrophe intellectuelle. <\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":20175,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-296","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/296","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=296"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/296\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/20175"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=296"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=296"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=296"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}