{"id":2581,"date":"2015-09-30T16:51:44","date_gmt":"2015-09-30T15:51:44","guid":{"rendered":"http:\/\/www.asblonweb.be\/APED\/CM\/?p=2581"},"modified":"2024-02-13T12:41:24","modified_gmt":"2024-02-13T11:41:24","slug":"le-conflit-israelo-palestinien-selon-deux-manuels-scolaires-un-parti-pris-inacceptable","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/2015\/09\/30\/le-conflit-israelo-palestinien-selon-deux-manuels-scolaires-un-parti-pris-inacceptable\/","title":{"rendered":"Le conflit isra\u00e9lo-palestinien selon deux manuels scolaires : un parti pris inacceptable !"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">\u00abSi je prends la peine de r\u00e9diger une analyse critique de la mani\u00e8re dont le conflit isra\u00e9lo-palestinien est trait\u00e9 dans ces deux manuels, c\u2019est que je suis particuli\u00e8rement choqu\u00e9 par le parti pris dont ont fait preuve les auteurs des pages concern\u00e9es. Un parti pris qui ne devrait pas exister dans un livre scolaire digne d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique : l\u2019\u00e9cole n\u2019a pas pour mission d\u2019endoctriner les \u00e9l\u00e8ves mais bien de les outiller intellectuellement pour les amener \u00e0 penser par eux-m\u00eames. Cette accusation est s\u00e9v\u00e8re mais la suite de cet article d\u00e9montrera qu\u2019elle est justifi\u00e9e.\u00bb<\/p>\n<p>La pr\u00e9sente analyse critique concerne les deux manuels scolaires qui sont de loin les plus utilis\u00e9s en Belgique francophone et, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, les volumes de ces manuels destin\u00e9s \u00e0 la sixi\u00e8me et derni\u00e8re ann\u00e9e de l\u2019enseignement secondaire. Il s\u2019agit de <em>FuturHist 6<\/em><em>\u00e8me <\/em><em>((Didier Hatier, Namur, 2012.))<\/em>, pour l\u2019enseignement officiel (public), et de <em>Construire l\u2019histoire<\/em>, tome 4 ((Didier Hatier, Namur, 2008.)) pour l\u2019enseignement catholique. J\u2019insiste toutefois sur le fait que cet article ne porte pas un jugement d\u2019ensemble sur ces manuels (lesquels sont d\u2019ailleurs tous deux le fruit de la collaboration de plusieurs auteurs) mais uniquement sur ce qui y est consacr\u00e9 au conflit isra\u00e9lo-palestinien.((A noter : <em>Histoire. Jalons pour mieux comprendre<\/em>, de B. BOULANG\u00c9, M. COLLE et coll. (Bruxelles, de boeck, 2013), ouvrage destin\u00e9 aux classes de troisi\u00e8me, quatri\u00e8me, cinqui\u00e8me et sixi\u00e8me ann\u00e9es secondaires, ne traite pas du tout de ce conflit.<\/p>\n<p>))<\/p>\n<h2>Impossible neutralit\u00e9<\/h2>\n<p>Aucun historien ni aucun professeur d\u2019histoire ne peuvent pr\u00e9tendre \u00e0 une totale impartialit\u00e9. Les r\u00e9cits historiques sont des constructions humaines qui constituent des points de vue dat\u00e9s sur des \u00e9v\u00e9nements ou des situations du pass\u00e9. Le travail des chercheurs et l\u2019enseignement des professeurs sont forc\u00e9ment tributaires de l\u2019\u00e9tat de leurs connaissances (et donc de leurs limites), de leurs centres d\u2019int\u00e9r\u00eat, des valeurs dont ils sont porteurs ; ces trois \u00e9l\u00e9ments interf\u00e9rant de plus les uns sur les autres. Il me semble par cons\u00e9quent extravagant de demander \u00e0 un professeur d\u2019histoire qu\u2019il soit \u00ab neutre \u00bb((J\u2019estime d\u2019ailleurs qu\u2019il en est de m\u00eame pour tout enseignant quelle que soit sa sp\u00e9cialit\u00e9.<\/p>\n<p>)). Par contre, ce qui peut et doit \u00e0 mon sens \u00eatre exig\u00e9 de tout historien et de tout professeur d\u2019histoire ce sont l\u2019honn\u00eatet\u00e9 et la rigueur. L\u2019honn\u00eatet\u00e9 implique d\u2019assumer publiquement sa subjectivit\u00e9 (de renoncer \u00e0 toute pr\u00e9tention de neutralit\u00e9), de ne pas omettre sciemment des \u00e9l\u00e9ments parce qu\u2019ils seraient d\u00e9rangeants pour l\u2019int\u00e9ress\u00e9-e et, bien s\u00fbr, de ne pas inventer des faits.<\/p>\n<p>La rigueur suppose une documentation solide ainsi que l\u2019analyse critique et compar\u00e9e des sources.<\/p>\n<p>Les auteurs de manuels d\u2019histoire devraient, \u00e0 mon sens, renoncer syst\u00e9matiquement \u00e0 pr\u00e9senter une vision univoque des probl\u00e8mes historiques qui tendrait \u00e0 faire croire aux \u00e9l\u00e8ves que, sur telle ou telle question, il y aurait identit\u00e9 totale de vues entre tous les historiens. D\u2019autant plus s\u2019il est question d\u2019un sujet aussi controvers\u00e9 que le conflit isra\u00e9lo-palestinien. Bien s\u00fbr, dans le cadre limit\u00e9 de ce type d\u2019ouvrage, il n\u2019est pas possible de pr\u00e9senter tous les points de vue existant parmi les chercheurs \u00e0 propos des sujets abord\u00e9s. Mais cela ne devrait pas emp\u00eacher de faire appara\u00eetre, par des exemples d\u2019\u00e9l\u00e9ments contradictoires, qu\u2019il n\u2019y a pas de v\u00e9rit\u00e9 d\u00e9finitive et incontest\u00e9e en histoire (comme dans toute science d\u2019ailleurs).<\/p>\n<p>Pour ma part, coh\u00e9rent avec ce qui vient d\u2019\u00eatre \u00e9nonc\u00e9, tout en m\u2019interdisant toute forme de pros\u00e9lytisme, d\u00e9ontologiquement inacceptable (voir plus loin), j\u2019assume devant mes \u00e9l\u00e8ves((Et, en l\u2019occurrence, devant vous, lecteur-lectrice.<\/p>\n<p>)) le fait que je suis un citoyen engag\u00e9, en particulier concernant le sujet abord\u00e9 ici, tout en m\u2019effor\u00e7ant de le leur pr\u00e9senter le plus objectivement (honn\u00eatement) possible. Plus concr\u00e8tement, mon souci est de leur donner les moyens de <strong>comprendre<\/strong> ce conflit : quelles en sont les causes, les protagonistes, les enjeux actuels ; comment expliquer sa dur\u00e9e, la difficult\u00e9 d\u2019en sortir. Refusant de leur cacher que les r\u00e9ponses \u00e0 ces questions font l\u2019objet de d\u00e9bats, je mets \u00e0 leur disposition une documentation qui refl\u00e8te cette multiplicit\u00e9 de points de vue.<\/p>\n<h2>Parti pris<\/h2>\n<p>Si je prends la peine de r\u00e9diger une analyse critique de la mani\u00e8re dont le conflit isra\u00e9lo-palestinien est trait\u00e9 dans ces deux manuels((Les textes des auteurs ainsi que les documents choisis sont presque int\u00e9gralement les m\u00eames dans les deux manuels. C\u2019est pourquoi mon propos vaut aussi bien pour l\u2019un que pour l\u2019autre.<\/p>\n<p>)), c\u2019est que je suis particuli\u00e8rement choqu\u00e9 par le parti pris dont ont fait preuve les auteurs des pages concern\u00e9es. Un parti pris qui ne devrait pas exister dans un livre scolaire digne d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique : l\u2019\u00e9cole n\u2019a pas pour mission d\u2019endoctriner les \u00e9l\u00e8ves mais bien de les outiller intellectuellement pour les amener \u00e0 penser par eux-m\u00eames. Cette accusation est s\u00e9v\u00e8re mais la suite de cet article d\u00e9montrera qu\u2019elle est justifi\u00e9e.<\/p>\n<p>La synth\u00e8se historique r\u00e9dig\u00e9e par les auteurs du manuel est un texte normatif ((Dans les dossiers \u00ab Rep\u00e8res \u00bb, n\u00b0 95 pp. 242-243 dans <em>FuturHist <\/em>et n\u00b0 99 pp. 256-257 dans <em>Construire l\u2019Histoire<\/em>.<\/p>\n<p>)): il pr\u00e9sente le conflit isra\u00e9lo-arabe et plus particuli\u00e8rement le conflit isra\u00e9lo-palestinien d\u2019une mani\u00e8re cat\u00e9gorique et univoque. On y d\u00e9couvre pourtant de nombreuses assertions dont le moins qu\u2019on puisse dire est qu\u2019elles ne font pas l\u2019unanimit\u00e9 chez les historiens sp\u00e9cialis\u00e9s. En voici des exemples.<\/p>\n<h2>Qui a fond\u00e9 l\u2019\u00c9tat d\u2019Isra\u00ebl ?<\/h2>\n<p>\u00ab <em>En 1948, un peuple sans terre, les Juifs, fonde un \u00c9tat ind\u00e9pendant : Isra\u00ebl<\/em> \u00bb. Cette premi\u00e8re phrase du paragraphe introductif offre d\u00e9j\u00e0, pour le moins, mati\u00e8re \u00e0 d\u00e9bat : les Juifs du monde entier constituent-ils un seul peuple((Le Petit Robert donne la d\u00e9finition qui suit du mot \u00ab peuple \u00bb : <em>ensemble d\u2019\u00eatres humains vivant en soci\u00e9t\u00e9, habitant un territoire d\u00e9fini et ayant en commun un certain nombre de coutumes, d\u2019institutions <\/em>\u00bb (<em>Le Nouveau Petit Robert <\/em>2010, p. 1879).<\/p>\n<p>)) ? Sont-ce \u00ab <em>les Juifs<\/em> \u00bb qui ont fond\u00e9 cet \u00c9tat ? Ne serait-il pas plus exact de dire que cette fondation fut le r\u00e9sultat de l\u2019action pers\u00e9v\u00e9rante du mouvement sioniste, un courant politique particulier, minoritaire jusqu\u2019\u00e0 la fin des ann\u00e9es 1930, et non pas des Juifs dans leur ensemble ?<\/p>\n<p>Quelques lignes plus loin, on peut lire qu\u2019apr\u00e8s la Premi\u00e8re Guerre mondiale, le Royaume-Uni, qui avait re\u00e7u de la Soci\u00e9t\u00e9 des Nations un mandat pour administrer la Palestine, se trouva alors \u00ab <em>confront\u00e9 au conflit opposant deux peuples r\u00e9clamant une m\u00eame terre : les <\/em><strong>Juifs de Palestine<\/strong><em> et de la diaspora d\u2019une part, les <\/em><strong>Arabes palestiniens<\/strong><em> d\u2019autre part <\/em>\u00bb. Les auteurs continuent ici \u00e0 pr\u00e9tendre que ce sont les Juifs dans leur ensemble (\u00ab <em>les Juifs de Palestine et de la diaspora<\/em> \u00bb) qui revendiquaient la Terre de Palestine. Les caract\u00e8res gras (qui sont le fait des auteurs((Le texte des auteurs des deux manuels est truff\u00e9 de mots en caract\u00e8res gras. Dans toutes les citations extraites de ces textes, j\u2019ai reproduit telle quelle cette fa\u00e7on de mettre en \u00e9vidence certains mots ou groupes de mots.<\/p>\n<p>))) mettent en \u00e9vidence une soi-disant opposition entre les Juifs et les Arabes <strong>de Palestine<\/strong>. Je mets au d\u00e9fi quiconque de prouver que les Juifs de Palestine (qui constituaient environ 5 % de la population totale de ce territoire \u00e0 la fin du XIX\u00e8me si\u00e8cle, avant le d\u00e9but de l\u2019immigration de juifs europ\u00e9ens) se sont unis aux Juifs venus d\u2019Europe pour revendiquer la Terre de Palestine. Le mouvement sioniste((Dont le but \u00e9tait de cr\u00e9er un \u00c9tat-nation destin\u00e9 \u00e0 accueillir les Juifs du monde entier, cens\u00e9 les mettre ainsi \u00e0 l\u2019abri de toute discrimination ou pers\u00e9cution antis\u00e9mites.<\/p>\n<p>)) est une cr\u00e9ation europ\u00e9enne. Ce n\u2019est que bien plus tard, apr\u00e8s la guerre isra\u00e9lo-arabe de 1948-1949, que l\u2019id\u00e9ologie sioniste a commenc\u00e9 \u00e0 se propager au sein des communaut\u00e9s juives du monde arabe.<\/p>\n<h2>1945-1949<\/h2>\n<p>Voici ce que les auteurs \u00e9crivent concernant ce qui s\u2019est pass\u00e9 en Palestine entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et 1949 : \u00ab <strong>Apr\u00e8s 1945<\/strong><em>, la Grande-Bretagne d\u00e9cide de renoncer \u00e0 son mandat. <\/em><strong>L\u2019ONU propose alors un plan de partage<\/strong><em> de la Palestine, <\/em><strong>que les Palestiniens rejettent<\/strong><em>. Pourtant <\/em><strong>l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019\u00c9tat d\u2019Isra\u00ebl est proclam\u00e9e le 14 mai 1948<\/strong><em>. Imm\u00e9diatement les arm\u00e9es \u00e9gyptienne, transjordanienne, syrienne, libanaise et irakienne interviennent militairement aux c\u00f4t\u00e9s des Palestiniens. C\u2019est la <\/em><strong>premi\u00e8re guerre isra\u00e9lo-arabe<\/strong><em>. Elle se termine en faveur d\u2019Isra\u00ebl qui agrandit le territoire conc\u00e9d\u00e9 par le plan de partage. Les Palestiniens quittent massivement le pays <\/em>\u00bb.<\/p>\n<p>C\u2019est pour le moins laconique\u2026 et obscur. Pourquoi le Royaume-Uni a-t-il renonc\u00e9 \u00e0 son mandat ? Que contenait le plan de partage ? Pourquoi les Palestiniens l\u2019ont-ils rejet\u00e9 ? Les dirigeants sionistes l\u2019ont-ils accept\u00e9 ? Qui a proclam\u00e9 l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019\u00c9tat d\u2019Isra\u00ebl le 14 mai 1948 ? Dans quel contexte historique ?<\/p>\n<p>Cette p\u00e9riode-cl\u00e9 et particuli\u00e8rement dramatique du conflit m\u00e9ritait \u00e0 coup s\u00fbr un d\u00e9veloppement plus important susceptible de faire comprendre les raisons de l\u2019opposition irr\u00e9ductible entre les aspirations des Palestiniens et celles des Juifs sionistes. D\u2019autant plus que les \u00e9v\u00e9nements de cette p\u00e9riode sont abondamment document\u00e9s.((Cf. entre autres : A. GRESH. et D. VIDAL, <em>Palestine 47. Un partage avort\u00e9<\/em>, \u00c9d. Complexe, Bruxelles, 1987 \/ D. VIDAL, <em>Le p\u00e9ch\u00e9 originel d\u2019Isra\u00ebl. L\u2019expulsion des Palestiniens revisit\u00e9e par les \u00ab nouveaux historiens \u00bb isra\u00e9liens<\/em>, EVO et \u00c9d. de l\u2019Atelier, Bruxelles-Paris, 1998 et <em>Comment Isra\u00ebl expulsa les Palestiniens (1947-1949)<\/em>, \u00e9d. de l\u2019Atelier, Paris, 2007.<\/p>\n<p>))<\/p>\n<p>Ces lignes occultent les faits majeurs suivants, qui d\u00e9termineront pourtant l\u2019avenir :<\/p>\n<p>&#8211; Si les dirigeants sionistes ne se sont pas formellement oppos\u00e9s au plan de partage, dans les faits ils ne l\u2019ont pas respect\u00e9 puisque qu\u2019en 1949, \u00e0 l\u2019issue du premier conflit isra\u00e9lo-arabe, ils occupaient non pas 55 % du territoire de la Palestine (ce que pr\u00e9voyait le plan de partage) mais bien 78 % de ce territoire et que ces territoires pris sur ce qui devait constituer l\u2019\u00c9tat arabe n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 rendus aux Palestiniens.<\/p>\n<p>&#8211; \u00ab <em>Les Palestiniens quittent massivement le pays <\/em>\u00bb : l\u2019endroit o\u00f9 cette phrase est plac\u00e9e sugg\u00e8re que le d\u00e9part massif des Palestiniens a suivi la victoire isra\u00e9lienne. De plus, rien n\u2019est dit des circonstances de ce d\u00e9part. Les \u00e9tudes des historiens consacr\u00e9es \u00e0 ce sujet, notamment celles des historiens isra\u00e9liens, sont pourtant convergentes. Elles ont \u00e9tabli les faits suivants : le d\u00e9part massif des Palestiniens des territoires attribu\u00e9s aux Juifs dans le cadre du plan de partage ainsi que des territoires conquis par les forces arm\u00e9es sionistes en 1948 et 1949 est essentiellement le r\u00e9sultat d\u2019expulsions syst\u00e9matiquement organis\u00e9es par ces forces arm\u00e9es ou de la fuite \u00e9perdue de civils terroris\u00e9s par les nouvelles des massacres commis par des groupes arm\u00e9s sionistes. Ces expulsions et ces massacres ont commenc\u00e9 avant l\u2019entr\u00e9e en guerre des arm\u00e9es des \u00c9tats arabes voisins, le 15 mai 1948. C\u2019est, par exemple, le 9 avril 1948 que fut perp\u00e9tr\u00e9 la plus meurtri\u00e8re de ces tueries, celle dont furent victimes les habitants du village de Deir Yassine situ\u00e9 pr\u00e8s de J\u00e9rusalem. Au moment de l\u2019entr\u00e9e en guerre des arm\u00e9es arabes, environ 400.000 Palestiniens avaient d\u00e9j\u00e0 \u00ab quitt\u00e9 \u00bb les territoires contr\u00f4l\u00e9s par les forces arm\u00e9es sionistes.<\/p>\n<p>&#8211; Pour obtenir son admission \u00e0 l\u2019O.N.U. (11 mai 1949), le jeune \u00c9tat d\u2019Isra\u00ebl s\u2019\u00e9tait engag\u00e9 \u00e0 accepter le retour des exil\u00e9s. Cet engagement resta lettre morte, ce qui fut \u00e0 l\u2019origine du \u00ab probl\u00e8me des r\u00e9fugi\u00e9s \u00bb (entre 750.000 et 800.000 en 1949). Ces exil\u00e9s et leurs descendants sont plus de cinq millions aujourd\u2019hui.<\/p>\n<h2>Terrorisme<\/h2>\n<p>Il est question, \u00e0 plusieurs endroits, de terrorisme ou d\u2019\u00ab <em>attentats terroristes<\/em> \u00bb. Ces mots ne sont pas d\u00e9finis (!) mais selon les auteurs ils sont exclusivement le fait de Palestiniens. Ce que sugg\u00e8rent non seulement le texte de synth\u00e8se des auteurs des manuels mais aussi un graphique, de source gouvernementale isra\u00e9lienne, pr\u00e9sentant l\u2019\u00e9volution du \u00ab <em>nombre de d\u00e9c\u00e8s dus \u00e0 des actes terroristes sur le territoire d\u2019Isra\u00ebl dans ses fronti\u00e8res de 2000<\/em> \u00bb((Document 6 p. 162 dans <em>Construire <\/em>l\u2019histoire et document 6 p. 126 dans <em>FuturHist<\/em>.<\/p>\n<p>)). De terrorisme isra\u00e9lien, il n\u2019est nulle part question. Pourtant, si on accepte la d\u00e9finition factuelle de Pascal Boniface((\u00ab <em>Le terrorisme serait un acte de violence politique (il n\u2019est pas dict\u00e9 par des motivations criminelles), recourant \u00e0 la violence (il ne s\u2019agit pas simplement de propagande, de d\u00e9bats id\u00e9ologiques) et s\u2019en prenant de fa\u00e7on indiscrimin\u00e9e \u00e0 des civils (les forces arm\u00e9es de l\u2019adversaire ne sont pas sp\u00e9cifiquement vis\u00e9es) afin d\u2019obtenir un r\u00e9sultat politique.<\/em> \u00bb (P. Boniface, <em>50 id\u00e9es re\u00e7ues sur l\u2019\u00e9tat du monde<\/em>, A. Collin, Paris, 2007, pp. 145-146 ; cit\u00e9 in <em>FuturHist 6<\/em><em>\u00e8me<\/em><em>, p. 145).<\/em> Pascal Boniface dirige l\u2019Institut de relations internationales et strat\u00e9giques (IRIS) \u00e0 Paris.<\/p>\n<p>)), il ne fait aucun doute que, tout au long de leur histoire, le mouvement sioniste d\u2019abord, l\u2019\u00c9tat d\u2019Isra\u00ebl ensuite se sont aussi rendus coupables \u00e0 maintes reprises de ce type d\u2019actions. Pourquoi l\u2019ignorer ?<\/p>\n<h2>Op\u00e9ration \u00ab paix en Galil\u00e9e \u00bb<\/h2>\n<p>\u00ab <em>Pour assurer sa s\u00e9curit\u00e9, Isra\u00ebl lance l\u2019op\u00e9ration \u00ab paix en Galil\u00e9e \u00bb en 1982 <\/em>\u00bb : il n\u2019est pas pr\u00e9cis\u00e9 en quoi consistait cette \u00ab op\u00e9ration \u00bb (invasion et occupation du Liban jusqu\u2019\u00e0 Beyrouth) et cette mani\u00e8re d\u2019\u00ab <em>assurer<\/em> \u00bb la s\u00e9curit\u00e9 d\u2019Isra\u00ebl n\u2019est pas du tout questionn\u00e9e. Pas plus que la question essentielle de savoir pourquoi l\u2019\u00c9tat d\u2019Isra\u00ebl vit dans l\u2019ins\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<h2>Le destin des \u00ab Accords d\u2019Oslo \u00bb<\/h2>\n<p>Il n\u2019est pas mentionn\u00e9 que ces accords, sign\u00e9s en 1993, devaient d\u00e9boucher sur une paix d\u00e9finitive cinq ans plus tard. Les auteurs affirment sans aucune autre pr\u00e9cision que \u00ab <strong>les engagements pris \u00e0 Oslo ne sont pas enti\u00e8rement respect\u00e9s<\/strong> \u00bb. Ils attribuent le blocage du \u00ab <em>processus de paix <\/em>\u00bb \u00e0 \u00ab <em>la mont\u00e9e des partis radicaux dans les deux camps <\/em>\u00bb (sans aucune pr\u00e9cision sur ce qu\u2019on entend par l\u00e0 ni sur ce qui pourrait avoir caus\u00e9 cette \u00ab <em>mont\u00e9e des partis radicaux<\/em> \u00bb) ; \u00e0 \u00ab <em>la complexit\u00e9 de certaines questions comme le retour des r\u00e9fugi\u00e9s palestiniens<\/em> \u00bb (aucune explication n\u2019est donn\u00e9e quant \u00e0 cette suppos\u00e9e complexit\u00e9) ; \u00e0 \u00ab <em>la poursuite de la colonisation isra\u00e9lienne en Cisjordanie <\/em>\u00bb, ce point n\u2019intervenant qu\u2019en troisi\u00e8me position. Aucune information n\u2019est donn\u00e9e sur l\u2019ampleur de cette colonisation, sur ses cons\u00e9quences pour la vie quotidienne des Palestiniens, ni \u00e0 propos de la responsabilit\u00e9 des gouvernements isra\u00e9liens successifs dans cette affaire. De quoi laisser croire aux lecteurs que la colonisation de la Cisjordanie n\u2019a \u00e9t\u00e9 que l\u2019affaire de \u00ab <em>partis radicaux<\/em> \u00bb, en particulier religieux et que les gouvernements isra\u00e9liens successifs ont fait tout ce qu\u2019ils ont pu pour la limiter. C\u2019est ce que sugg\u00e8re fortement le commentaire qui accompagne une carte intitul\u00e9e \u00ab Isra\u00ebl et les territoires palestiniens en 2006 \u00bb((Document 1 p. 160 dans <em>Construire l\u2019Histoire<\/em> et p. 124 dans <em>FuturHist.<\/em><\/p>\n<p>)) : \u00ab <em>Les colonies juives se sont multipli\u00e9es dans les territoires occup\u00e9s depuis la guerre des Six jours en 1967. La majorit\u00e9 des colons sont orthodoxes ou ultra-orthodoxes ; leur croissance d\u00e9mographique est largement sup\u00e9rieure \u00e0 celle d\u2019Isra\u00ebl. Ils consid\u00e8rent que les territoires occup\u00e9s font partie de la terre promise par Dieu et leur reviennent de droit. Depuis 2004, le Gouvernement isra\u00e9lien a entrepris de d\u00e9manteler les colonies de la bande de Gaza ainsi que certaines implantations en Cisjordanie<\/em>. \u00bb Cette derni\u00e8re assertion est illustr\u00e9e par une photo montrant des policiers et des soldats isra\u00e9liens aux prises avec des colons religieux dans la \u00ab <em>colonie juive non autoris\u00e9e par l\u2019\u00c9tat d\u2019Isra\u00ebl<\/em> \u00bb d\u2019Yitzhar en Cisjordanie, en mai 2004((Document 2 p. 160 dans <em>Construire l\u2019Histoire<\/em> et p. 124 dans <em>FuturHist. <\/em>Le document 4 p. 25 dans <em>FuturHist<\/em> va dans le m\u00eame sens : les colons \u00ab fanatiques religieux \u00bb y sont pr\u00e9sent\u00e9s comme le principal obstacle, du c\u00f4t\u00e9 isra\u00e9lien, \u00e0 une solution n\u00e9goci\u00e9e du conflit isra\u00e9lo-palestinien.<\/p>\n<p>)).<\/p>\n<p>Outre le fait qu\u2019il n\u2019est pas vrai que la majorit\u00e9 des centaines de milliers de colons sont \u00ab <em>orthodoxes ou ultra-orthodoxes<\/em> \u00bb malgr\u00e9 \u00ab <em>leur croissance d\u00e9mographique largement sup\u00e9rieure \u00e0 celle d\u2019Isra\u00ebl<\/em> \u00bb (tiens, un autre \u00ab p\u00e9ril d\u00e9mographique \u00bb), les travaux des historiens ont d\u00e9montr\u00e9 \u00e0 quel point, depuis 1967, tous les gouvernements isra\u00e9liens ont \u00e9t\u00e9 activement impliqu\u00e9s dans cette colonisation((Cf. par exemple I. ZERTAL et A. ELDAR, <em>Les seigneurs de la terre. Histoire de la colonisation isra\u00e9lienne des territoires occup\u00e9s<\/em>, Seuil, Paris, 2013.<\/p>\n<p>)) . Et plus de dix ans apr\u00e8s l\u2019intervention muscl\u00e9e dont t\u00e9moigne la photo, la colonie \u00ab <em>non autoris\u00e9e<\/em> \u00bb d\u2019Yitzhar existe toujours et continue \u00e0 se d\u00e9velopper.<\/p>\n<h2>La \u00ab barri\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 \u00bb<\/h2>\n<p>Dans le paragraphe introductif au dossier documentaire((p. 160 dans <em>Construire l\u2019Histoire<\/em> et p. 124 dans <em>FuturHist.<\/em><\/p>\n<p>)) il est fait mention, entre guillemets, d\u2019une \u00ab cl\u00f4ture de s\u00e9curit\u00e9 \u00bb, sans mentionner qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une appellation utilis\u00e9e par les officiels isra\u00e9liens. Dans la m\u00eame phrase, cette \u00ab cl\u00f4ture \u00bb est appel\u00e9e <em>barri\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9<\/em>, sans guillemets. Son but, d\u2019apr\u00e8s les auteurs des manuels : \u00ab <em>emp\u00eacher les infiltrations palestiniennes sur le territoire d\u2019Isra\u00ebl <\/em>\u00bb. Il n\u2019est pas pr\u00e9cis\u00e9 qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 du but proclam\u00e9 de cette construction selon les autorit\u00e9s isra\u00e9liennes mais qu\u2019il est contest\u00e9 par les Palestiniens et par de nombreux observateurs \u00e9trangers, qui y voient plut\u00f4t un moyen d\u2019annexer de nouveaux territoires de Cisjordanie et de s\u2019approprier leurs ressources en eau.<\/p>\n<p>La phrase suivante donne un bilan officiel isra\u00e9lien qui tend \u00e0 d\u00e9montrer le bien-fond\u00e9 de l\u2019\u00e9dification de cette \u00ab barri\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 \u00bb : \u00ab<em>Selon un rapport du minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res isra\u00e9lien, ce mur serait efficace, puisque le nombre d\u2019attentats-suicides serait pass\u00e9 de 60 en 2002 \u00e0 5 en 2006 <\/em>\u00bb. Nulle trace, ni d\u2019un point de vue critique sur cette \u00ab analyse \u00bb, ni m\u00eame du fait que cette barri\u00e8re a \u00e9t\u00e9 \u00e9rig\u00e9e dans les territoires occup\u00e9s et non en territoire isra\u00e9lien et que sa construction a, pour cette raison, \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9e en octobre 2003 par une r\u00e9solution de l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019O.N.U. par 144 voix pour et 4 contre ; que, constatant que les dirigeants isra\u00e9liens ne tenaient aucun compte de cette r\u00e9solution, l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale a saisi la Cour internationale de justice de la Haye ; que, dans son jugement, celle-ci a exig\u00e9 le d\u00e9mant\u00e8lement de cette \u00ab barri\u00e8re \u00bb((Extrait du jugement (9 juillet 2004) : \u00ab <em>L&#8217;\u00e9dification du mur qu&#8217;Isra\u00ebl, puissance occupante, est en train de construire dans le territoire palestinien occup\u00e9, y compris \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur et sur le pourtour de J\u00e9rusalem-Est, et le r\u00e9gime qui lui est associ\u00e9, sont contraires au droit international<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p>)) et que ce jugement a \u00e9t\u00e9 appuy\u00e9 par une nouvelle r\u00e9solution de l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019O.N.U. vot\u00e9e massivement((Par 150 voix pour, 6 contre et 10 abstentions.<\/p>\n<p>)) le 20 juillet 2004.<\/p>\n<h2>Le probl\u00e8me de l\u2019eau<\/h2>\n<p>Un tableau comparatif((Document 10, p. 163 dans <em>Construire l\u2019Histoire<\/em> et p. 127 dans <em>FuturHist<\/em>. Ce tableau est extrait de F. ENCEL et F. THUAL <em>G\u00e9opolitique d\u2019Isra\u00ebl<\/em>, Paris, Seuil, 2006, p. 125.<\/p>\n<p>)) et son commentaire mettent en \u00e9vidence, d\u2019une part, le fait que la quantit\u00e9 d\u2019eau douce renouvelable disponible par an et par habitant a consid\u00e9rablement diminu\u00e9 en Isra\u00ebl entre 1950 et 2003, d\u2019autre part le fait que les Libanais et les Syriens disposent de beaucoup plus de cette ressource vitale par habitant que les Isra\u00e9liens. Le commentaire attire aussi l\u2019attention sur le fait qu\u2019une partie importante de l\u2019approvisionnement en eau douce d\u2019Isra\u00ebl d\u00e9pend de rivi\u00e8res naissant en Syrie ou au Liban.<\/p>\n<p>Mais ni les limites du territoire isra\u00e9lien consid\u00e9r\u00e9, ni la r\u00e9partition de l\u2019eau entre Isra\u00e9liens (y compris ceux qui vivent dans des colonies) et Palestiniens des territoires occup\u00e9s de Cisjordanie et de Gaza ne sont mentionn\u00e9es. Alors que des publications tout \u00e0 fait fiables et non confidentielles ont mis en \u00e9vidence les in\u00e9galit\u00e9s \u00e9normes existant dans ce domaine entre Isra\u00e9liens et Palestiniens de Cisjordanie et, plus encore, de Gaza qui p\u00e2tissent d\u2019un manque consid\u00e9rable d\u2019eau potable((Cf. par exemple, P ; LEMARCHAND et L. RADI, <em>Isra\u00ebl\/Palestine demain. Atlas prospectif<\/em>, \u00e9d. Complexe, Bruxelles, 1996 ou M. B\u00d4LE-RICHARD, <em>Isra\u00ebl. Le nouvel apartheid<\/em>, Les Liens qui Lib\u00e8rent, France, 2013.<\/p>\n<p>)). On pourrait y ajouter le cas du plateau syrien du Golan, occup\u00e9 par Isra\u00ebl depuis 1967 o\u00f9 l\u2019in\u00e9galit\u00e9 en mati\u00e8re d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019eau douce entre la population autochtone et les colons juifs est \u00e9galement flagrante.<\/p>\n<h2>Le \u00ab p\u00e9ril d\u00e9mographique \u00bb<\/h2>\n<p>Un autre tableau((Document 9, p. 163 dans <em>Construire l\u2019Histoire<\/em> et p. 127 dans <em>FuturHist<\/em>.<\/p>\n<p>)), provenant de la m\u00eame source que le pr\u00e9c\u00e9dent, nous apprend que le taux de f\u00e9condit\u00e9 des femmes arabes vivant sur le territoire isra\u00e9lien (dont les limites ne sont pas indiqu\u00e9es, une fois de plus) est nettement sup\u00e9rieur \u00e0 celui des Juives. Il est de plus pr\u00e9cis\u00e9 que cette forte f\u00e9condit\u00e9 des Arabes concerne seulement les musulmanes. Une note des auteurs des manuels nous indique que les taux de f\u00e9condit\u00e9 des femmes des \u00c9tats arabes voisins d\u2019Isra\u00ebl (Egypte, Syrie, Jordanie) est \u00e9galement sup\u00e9rieur \u00e0 celui des femmes isra\u00e9liennes et que c\u2019est \u00e0 Gaza qu\u2019il est le plus \u00e9lev\u00e9: les femmes y accouchent en moyenne plus de deux fois plus que les femmes juives isra\u00e9liennes.<\/p>\n<p>Les auteurs du manuel n\u2019en tirent aucune conclusion. Mais il saute aux yeux que ces chiffres sont l\u00e0 pour sugg\u00e9rer que le \u00ab caract\u00e8re juif \u00bb de l\u2019\u00c9tat d\u2019Isra\u00ebl est menac\u00e9 par la surnatalit\u00e9 \u00ab arabe \u00bb et tout particuli\u00e8rement \u00ab musulmane \u00bb et que, de surcro\u00eet, de plus en plus d\u2019\u00ab Arabes \u00bb se pressent aux fronti\u00e8res d\u2019Isra\u00ebl.<\/p>\n<h2><\/h2>\n<h2>Le Hamas<\/h2>\n<p>On ne trouve dans ce manuel qu\u2019un seul texte \u00e9manant d\u2019une source palestinienne. Il s\u2019agit d\u2019extraits de la Charte du Hamas, datant de 1988((Document 7, p. 162 dans <em>Construire l\u2019Histoire<\/em> et p. 126 dans <em>FuturHist<\/em>.<\/p>\n<p>)). Il n\u2019est accompagn\u00e9 d\u2019aucun commentaire susceptible de le replacer dans son contexte historique (naissance du Hamas alors qu\u2019\u00e9clatait ce qu\u2019on appellera la \u00ab premi\u00e8re Intifada \u00bb). Ce texte dont personne ne niera qu\u2019il contient des passages virulemment antis\u00e9mites, m\u00eame s\u2019il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 officiellement reni\u00e9 par les dirigeants actuels de ce mouvement, est largement obsol\u00e8te si on en juge par d\u2019importantes prises de position politiques ult\u00e9rieures du Hamas telles que son programme \u00e9lectoral (2005), son projet de \u00ab programme de gouvernement d\u2019union nationale \u00bb (mars 2006) et la plate-forme gouvernementale pr\u00e9sent\u00e9e par le Premier ministre Isma\u00efl Haniyeh au nouveau parlement le 27 mars 2006. Dans ces deux derniers textes, r\u00e9dig\u00e9s apr\u00e8s la surprenante et nette victoire \u00e9lectorale du Hamas aux \u00e9lections l\u00e9gislatives palestiniennes de janvier 2006, il appara\u00eet clairement que le Hamas \u00e9tait pr\u00eat \u00e0 accepter une \u00ab tr\u00eave de longue dur\u00e9e \u00bb en cas de cr\u00e9ation d\u2019un \u00c9tat palestinien sur les territoires palestiniens conquis par Isra\u00ebl en 1967((Cf. P. DELMOTTE, <em>Le Hamas et la reconnaissance d\u2019Isra\u00ebl<\/em>, in Le Monde diplomatique, janvier 2007.<\/p>\n<p>)). En 2010, Khaled Mechaal, le leader du Hamas, d\u00e9clarait d\u2019ailleurs que la Charte est \u00ab <em>un document historique qui n&#8217;est plus pertinent mais qui ne peut pas \u00eatre chang\u00e9 pour des raisons internes<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p>Le choix de ce seul document d\u2019origine palestinienne, pr\u00e9sent\u00e9 sans mise en contexte, n\u2019est \u00e9videmment pas innocent : il permet de diaboliser le Hamas (et indirectement les nombreux \u00e9lecteurs palestiniens qui ont vot\u00e9 pour ses candidats en janvier 2006), de continuer \u00e0 sugg\u00e9rer qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un \u00ab <em>mouvement terroriste<\/em> \u00bb avec lequel aucun dialogue n\u2019est possible et de lui attribuer une responsabilit\u00e9 majeure dans le \u00ab blocage du processus de paix \u00bb.<\/p>\n<p>Dans le document qui suit dans <em>Construire l\u2019Histoire<\/em>((Extrait de D. LAGARDE, <em>Mahmoud Abbas, un pr\u00e9sident pour la paix ?<\/em>, in L\u2019Express, 3\/1\/2005, p. 7 (document 8 p. 162).<\/p>\n<p>)) Le Hamas et le Djihad islamique((Mouvement politique palestinien islamiste moins puissant que le Hamas, pr\u00f4nant la lutte arm\u00e9e contre Isra\u00ebl.<\/p>\n<p>)) sont pr\u00e9sent\u00e9s comme les principaux obstacles \u00e0 un r\u00e8glement n\u00e9goci\u00e9 du conflit, pourtant souhait\u00e9 par le Pr\u00e9sident de l\u2019Autorit\u00e9 palestinienne, Mahmoud Abbas.<\/p>\n<h2>Pour conclure<\/h2>\n<p>L\u2019analyse d\u00e9taill\u00e9e qui pr\u00e9c\u00e8de prouve \u00e0 suffisance, me semble-t-il, le manque de rigueur intellectuelle et la partialit\u00e9 des auteurs des pages consacr\u00e9es au conflit isra\u00e9lo-palestinien dans ces deux manuels scolaires. Mais de quel parti pris s\u2019agit-il exactement ?<\/p>\n<p><strong>Un point de vue sioniste \u00ab de gauche \u00bb<\/strong> ((Je mets le mot \u00ab gauche \u00bb entre guillemets car, comme nous allons le voir, dans ce contexte, il n\u2019a pas du tout le sens qu\u2019on donne g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 ce mot en Europe. ))<\/p>\n<p>Les mots \u00ab sionisme \u00bb et \u00ab sioniste \u00bb sont compl\u00e8tement absents. Sous couvert d\u2019une pr\u00e9sentation objective des \u00e9v\u00e9nements par les auteurs et \u00e0 travers un choix de documents qui pourrait para\u00eetre \u00e0 premi\u00e8re vue \u00ab \u00e9quilibr\u00e9 \u00bb (parce que des avis divergents s\u2019y c\u00f4toient), c\u2019est pourtant un point de vue clairement sioniste qui se manifeste. En voici la preuve.<\/p>\n<p>Le fait de consid\u00e9rer l\u2019ensemble des Juifs du monde, y compris ceux qui \u00e9taient \u00e9tablis en Palestine avant le d\u00e9but de l\u2019arriv\u00e9e des sionistes, comme faisant partie d\u2019un m\u00eame peuple, unanimement d\u00e9sireux de cr\u00e9er un \u00c9tat juif en Palestine (voir ci-avant \u00ab <em>Qui a fond\u00e9 l\u2019\u00c9tat d\u2019Isra\u00ebl ?<\/em>\u00bb) rel\u00e8ve sans aucun doute d\u2019une conception sioniste selon laquelle le sionisme serait le \u00ab mouvement de lib\u00e9ration nationale du peuple juif \u00bb. Il en est de m\u00eame de l\u2019obsession d\u00e9mographique dont il a \u00e9t\u00e9 question dans le paragraphe que j\u2019ai intitul\u00e9 \u00ab le p\u00e9ril d\u00e9mographique \u00bb : convaincus que l\u2019antis\u00e9mitisme ne peut \u00eatre \u00e9radiqu\u00e9, les sionistes pensent que le meilleur moyen de s\u2019en pr\u00e9server efficacement est la cr\u00e9ation d\u2019un \u00c9tat-refuge destin\u00e9 \u00e0 accueillir tous les Juifs du monde qui le souhaiteraient, et tout particuli\u00e8rement ceux qui seraient victimes de pers\u00e9cutions antis\u00e9mites. Pour ceux des sionistes qui se veulent d\u00e9mocrates (c\u2019est le cas de la majorit\u00e9 d\u2019entre eux), pour que soit pr\u00e9serv\u00e9 le \u00ab caract\u00e8re juif \u00bb de cet \u00c9tat, il faut \u00e0 tout prix que les Juifs y restent majoritaires. Cette peur de l\u2019Autre, qui d\u00e9bouche sur la volont\u00e9 de s\u2019en s\u00e9parer, leur a fait accepter et m\u00eame d\u00e9fendre la construction de la \u00ab barri\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 \u00bb consid\u00e9r\u00e9e comme un moyen efficace \u00ab <em>d\u2019emp\u00eacher les infiltrations palestiniennes<\/em> \u00bb ; ce que le texte des auteurs avalise sans aucun recul, comme on l\u2019a vu.<\/p>\n<p>Dans les dossiers documentaires, deux textes \u00e9manent de Juifs isra\u00e9liens((Documents 3 et 5 p. 161 dans <em>Construire l\u2019Histoire<\/em> et documents 3 et 4 p. 125 dans <em>FuturHist<\/em>.<\/p>\n<p>)). Ils sont tous deux sionistes, l\u2019un d\u2019extr\u00eame-droite, l\u2019autre \u00ab de gauche \u00bb. Le premier, Arieh Eldad, d\u00e9put\u00e9, membre du parti \u00ab Union nationale \u00bb, est partisan de l\u2019annexion \u00e0 l\u2019\u00c9tat d\u2019Isra\u00ebl de toute la Cisjordanie, parce qu\u2019il consid\u00e8re que ce territoire fait partie de la \u00ab patrie historique des Juifs \u00bb mais aussi pour des raisons de s\u00e9curit\u00e9, parce qu\u2019on ne peut pas, selon lui, faire confiance aux Arabes. Le second, Amos Oz, \u00e9crivain et journaliste, fut un des co-fondateurs, en 1978, du mouvement \u00ab La paix maintenant \u00bb qui s\u2019oppose aux colonies de peuplement juives. Notons toutefois qu\u2019il n\u2019a condamn\u00e9 ni l\u2019agression isra\u00e9lienne contre le Liban en 2006 ni les attaques sur Gaza de 2009, 2012 et 2014. Dans son texte, tout en se proclamant partisan de la cr\u00e9ation d\u2019un \u00c9tat palestinien \u00ab <em>sur l\u2019ensemble des territoires aujourd\u2019hui occup\u00e9s, moyennant \u00e9ventuellement des ajustements de fronti\u00e8re mineurs et r\u00e9ciproques<\/em> \u00bb, il condamne \u00e9nergiquement ceux qui remettent en question la l\u00e9gitimit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat d\u2019Isra\u00ebl en tant qu\u2019\u00c9tat juif, qui ne peuvent \u00eatre, selon lui que des musulmans fanatiques qui r\u00eavent \u00ab <em>de d\u00e9truire Isra\u00ebl et chasser les Juifs de leur terre<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p>Ce point de vue d\u2019un sioniste \u00ab de gauche \u00bb semble bien partag\u00e9 par les auteurs de nos deux manuels puisque dans leurs textes((Voir pp. 160 et 257 dans <em>Construire l\u2019Histoire <\/em>et pp. 124 et 243 dans <em>FuturHist<\/em>.<\/p>\n<p>)) ils d\u00e9crivent la multiplication des colonies juives en Cisjordanie, qu\u2019ils attribuent aux \u00ab <em>partis radicaux<\/em> \u00bb et, en particulier, aux colons \u00ab <em>orthodoxes<\/em> \u00bb ou \u00ab <em>ultra-orthodoxes<\/em> \u00bb, comme le principal obstacle \u00e0 la paix.<\/p>\n<p><strong>Des omissions r\u00e9v\u00e9latrices<\/strong><\/p>\n<p>Le caract\u00e8re tendancieux de la mani\u00e8re dont le conflit isra\u00e9lo-palestinien est trait\u00e9 dans ces deux manuels, se r\u00e9v\u00e8le aussi par des absences.<\/p>\n<p>D\u2019abord celle de points de vue non sionistes ou antisionistes autres qu\u2019\u00ab \u00e9radicateurs \u00bb : on peut tr\u00e8s bien \u00eatre partisan de la \u00ab d\u00e9sionisation \u00bb de l\u2019\u00c9tat d\u2019Isra\u00ebl, autrement dit de sa transformation d\u2019un \u00c9tat juif (dans lequel les non-juifs sont forc\u00e9ment discrimin\u00e9s) en une d\u00e9mocratie o\u00f9 tous les citoyens sont trait\u00e9s sur un pied d\u2019\u00e9galit\u00e9, tout en s\u2019opposant \u00e0 ce que les Juifs isra\u00e9liens soient chass\u00e9s de ce pays et m\u00eame en revendiquant pour eux le maintien de droits nationaux \u00e0 l\u2019\u00e9gal des Palestiniens. Un tel point de vue, pourtant fort r\u00e9pandu, est totalement absent de ces manuels.<\/p>\n<p>S\u2019il est question des <strong>ennemis<\/strong> ext\u00e9rieurs de l\u2019\u00c9tat isra\u00e9lien((En particulier dans un texte de Daniel C. Kurtzer, ambassadeur des \u00c9tats-Unis en Isra\u00ebl de 2001 \u00e0 2005 (document 11, p. 163 dans <em>Construire l\u2019Histoire<\/em> et p. 127 dans <em>FuturHist<\/em>.<\/p>\n<p>)), rien n\u2019est dit de ses <strong>soutiens <\/strong>ext\u00e9rieurs et en particulier des r\u00f4les fondamentaux jou\u00e9s par les \u00c9tats europ\u00e9ens et par les \u00c9tats-Unis dans le conflit isra\u00e9lo-palestinien au moins depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Comment sans cela comprendre l\u2019impunit\u00e9 dont jouit depuis si longtemps l\u2019\u00c9tat isra\u00e9lien malgr\u00e9 ses violations constantes du Droit international ? Mais comme rien n\u2019est dit non plus de ce non-respect du Droit\u2026<\/p>\n<p>\u2026 Car il n\u2019est pas question non plus, ni des conditions de vie des Palestiniens sous occupation en Cisjordanie, ni du blocus de la bande de Gaza (extr\u00eamement s\u00e9v\u00e8re depuis l\u2019\u00e9vacuation des colonies juives de ce territoire en 2005) et de ses cons\u00e9quences terribles pour ses habitants, ni de la mani\u00e8re dont sont trait\u00e9s les tr\u00e8s nombreux prisonniers politiques palestiniens.<\/p>\n<p>J\u2019arr\u00eate ici cette liste d\u2019omissions qui n\u2019est bien s\u00fbre pas exhaustive mais qui, en l\u2019\u00e9tat, me semble suffisamment r\u00e9v\u00e9latrice d\u2019un grand manque d\u2019empathie pour l\u2019interminable drame v\u00e9cu par le peuple palestinien.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00abSi je prends la peine de r\u00e9diger une analyse critique de la mani\u00e8re dont le conflit isra\u00e9lo-palestinien est trait\u00e9 dans ces deux manuels, c\u2019est que je suis particuli\u00e8rement choqu\u00e9 par le parti pris dont ont fait preuve les auteurs des pages concern\u00e9es. Un parti pris qui ne devrait pas exister dans un livre scolaire digne d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique : l\u2019\u00e9cole n\u2019a pas pour mission d\u2019endoctriner les \u00e9l\u00e8ves mais bien de les outiller intellectuellement pour les amener \u00e0 penser par eux-m\u00eames. Cette accusation est s\u00e9v\u00e8re mais la suite de cet article d\u00e9montrera qu\u2019elle est justifi\u00e9e.\u00bb<\/p>\n","protected":false},"author":6503,"featured_media":2580,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-2581","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2581","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/6503"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2581"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2581\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2580"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2581"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2581"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2581"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}