{"id":24227,"date":"2024-08-29T17:11:16","date_gmt":"2024-08-29T16:11:16","guid":{"rendered":"https:\/\/www.skolo.org\/?p=24227"},"modified":"2024-08-16T13:24:07","modified_gmt":"2024-08-16T12:24:07","slug":"enseignants-desenchantes-pourquoi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/2024\/08\/29\/enseignants-desenchantes-pourquoi\/","title":{"rendered":"Enseignants d\u00e9senchant\u00e9s : pourquoi ?"},"content":{"rendered":"<p><strong><em>\u00ab\u00a0Tout est chaos<\/em><\/strong><br \/>\n<strong><em>A c\u00f4t\u00e9<\/em><\/strong><br \/>\n<strong><em>Tous mes id\u00e9aux : des mots <\/em><\/strong><br \/>\n<strong><em>Abim\u00e9s&#8230;<\/em><\/strong><br \/>\n<strong><em>Je cherche une \u00e2me, qui<\/em><\/strong><br \/>\n<strong><em>Pourra m&#8217;aider<\/em><\/strong><br \/>\n<strong><em>Je suis<\/em><\/strong><br \/>\n<strong><em>D&#8217;une g\u00e9n\u00e9ration d\u00e9senchant\u00e9e<\/em><\/strong><br \/>\n<strong><em>D\u00e9senchant\u00e9e \u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 11pt;\"><strong>Un article initialement publi\u00e9 dans <a href=\"https:\/\/www.skolo.org\/notre-revue\/\"><em>L&#8217;\u00c9cole d\u00e9mocratique<\/em><\/a>, n\u00b098, juin 2024 (pp. 13-18).<\/strong><\/span><\/p>\n<p>L\u2019ent\u00eatante complainte entonn\u00e9e par Myl\u00e8ne Farmer<em><sup><a id=\"post-24227-footnote-ref-2\" href=\"#post-24227-footnote-2\">[1]<\/a><\/sup><\/em> au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990 n\u2019\u00e9tait \u00e9videmment pas inspir\u00e9e par une vie d\u2019enseignant-e. N\u2019emp\u00eache qu\u2019elle doit entrer en r\u00e9sonance avec les pens\u00e9es de bon nombre d\u2019entre nous. Il suffit pour s\u2019en convaincre de tendre l\u2019oreille en salle des profs. Mais pourquoi donc \u00ab\u00a0le plus beau m\u00e9tier du monde\u00a0\u00bb souffre-t-il autant, quand les politiques, la main sur le coeur, annoncent des mesures pour en booster l\u2019attractivit\u00e9 ? Comment s\u2019expliquer que ces m\u00eames mesures se soldent par autant d\u2019\u00e9checs &#8211; la p\u00e9nurie s\u2019installe durablement\u2026 et que les m\u00eames politiques s\u2019obstinent dans les m\u00eames voies sans issue ? Pourquoi nous promettent-ils une responsabilisation pour ensuite nous infantiliser ? L\u2019article que vous lisez tente d\u2019\u00e9lucider ces myst\u00e8res en vous fournissant quelques cl\u00e9s de lecture.<\/p>\n<p>Pour comprendre ce qui nous arrive, il nous semble pertinent de prendre un peu de hauteur et d\u2019\u00e9largir notre champ d\u2019investigation. En effet, l\u2019enseignement &#8211; et la vie des enseignants &#8211; ne se jouent pas qu\u2019entre les murs des \u00e9coles.<\/p>\n<h3><strong>Enseignant &#8211; Ecole &#8211; Soci\u00e9t\u00e9<\/strong><\/h3>\n<p>La condition socio-professionnelle des travailleurs de l\u2019\u00e9ducation est intimement li\u00e9e \u00e0 la situation du syst\u00e8me scolaire (national, communautaire ou r\u00e9gional) o\u00f9 ils d\u00e9ploient leur activit\u00e9. Enseigner en Belgique n\u2019est pas la m\u00eame chose qu\u2019en Norv\u00e8ge, par exemple. Ou aux Etats-Unis. Ou au S\u00e9n\u00e9gal. Les finalit\u00e9s n\u2019y sont pas identiques, ni l\u2019organisation, ni le niveau de financement. Les syst\u00e8mes scolaires sont bien entendu d\u00e9termin\u00e9s par des politiques d\u00e9cid\u00e9es au niveau des Etats. A quoi doit servir l\u2019Ecole ? Comment l\u2019organiser ? Qui peut \u00eatre enseignant ? Avec quel degr\u00e9 de formation ? De quel budget l\u2019Etat peut-il disposer et quelle part veut-il consacrer \u00e0 l\u2019\u00e9ducation ? Voil\u00e0 autant de questions politiques qui ont de lourdes cons\u00e9quences sur l\u2019exercice de notre m\u00e9tier.<\/p>\n<p>Ce serait une erreur cependant de croire que les parlementaires et autres ministres seuls d\u00e9cident : dans l\u2019enseignement comme dans de nombreux domaines, les lobbies \u00e9conomiques, les \u00ab\u00a0lois du march\u00e9\u00a0\u00bb, d\u00e9tournent de la voie d\u00e9mocratique une majorit\u00e9 des d\u00e9cideurs politiques. Chez nous, tous les partis de gouvernement, sans exception, s\u2019inscrivent dans l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9. Il serait tout aussi erron\u00e9 de croire que les politiques d\u2019enseignement sont encore strictement nationales : dans une \u00e9conomie mondialis\u00e9e, elles sont toutes peu ou prou influenc\u00e9es par des recommandations internationales (OCDE, Banque mondiale, Union europ\u00e9enne\u2026) C\u2019est sans doute l\u00e0 que se d\u00e9cide l\u2019essentiel de nos conditions de travail. Nous y reviendrons plus loin.<\/p>\n<h3><strong>Professionnalisation : deux d\u00e9finitions s\u2019opposent<\/strong><\/h3>\n<p>Nous concernant, les pouvoirs politiques comme \u00e9conomiques en appellent \u00e0 une \u00ab\u00a0professionnalisation des enseignants\u00a0\u00bb. Nous, \u00e7a nous pla\u00eet bien aussi, cette id\u00e9e d\u2019\u00eatre reconnus comme des professionnels et trait\u00e9s en cons\u00e9quence. Et la formule ne peut que plaire \u00e0 tout un chacun, puisque tout le monde s\u2019accorde \u00e0 reconna\u00eetre l\u2019importance de l\u2019Ecole (sans pour autant en d\u00e9finir le sens). Et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019appara\u00eet une ambigu\u00eft\u00e9 savamment entretenue par ceux \u00e0 qui profite le crime : il y a professionnalisation et professionnalisation !<\/p>\n<p>Marcel, Tardi et Piot<sup><sup><a id=\"post-24227-footnote-ref-3\" href=\"#post-24227-footnote-3\">[2]<\/a><\/sup><\/sup> distinguent deux d\u00e9finitions du m\u00eame mot. Petit passage oblig\u00e9 par l\u2019anglais\u2026<\/p>\n<p>A notre gauche, la \u00ab<em>\u00a0workplace professionalization<\/em>\u00a0\u00bb, o\u00f9 il est question de mettre en avant la place, le r\u00f4le de l\u2019enseignant dans la soci\u00e9t\u00e9. Ici, on cherchera, en partant des r\u00e9alit\u00e9s du travail de terrain, de l\u2019exp\u00e9rience et de l\u2019expertise acquises au fil d\u2019une pratique r\u00e9fl\u00e9chie, de d\u00e9velopper les conditions de travail, la participation des travailleurs aux d\u00e9cisions, l\u2019autonomie, etc. Cette professionnalisation-l\u00e0 suppose quelques conditions pr\u00e9alables : l\u2019int\u00e9gration des diff\u00e9rents personnels, l\u2019allongement de la formation et une dynamique associative et syndicale. Elle est d\u00e8s lors le fruit de luttes sociales et va de pair avec des changements socio-\u00e9ducatifs plus larges.<\/p>\n<p>A notre droite, la \u00ab\u00a0<em>workforce professionalization\u00a0<\/em>\u00bb, o\u00f9 l\u2019Etat, mis sous pression par les pouvoirs \u00e9conomiques (les f\u00e9d\u00e9rations patronales, par exemple), veut d\u00e9velopper une force de travail dans une direction d\u00e9finie d\u2019en haut. L\u00e0, il sera question, pour l\u2019Etat, de g\u00e9rer la profession, de lui imposer des standards, des r\u00e9f\u00e9rentiels, d\u2019agir sur les r\u00e9mun\u00e9rations et sur la structuration des carri\u00e8res pour lui imposer son autorit\u00e9. Vous aurez compris que dans cette acception, la professionnalisation n\u2019\u00e9mane pas des profs, qui souvent d\u2019ailleurs s\u2019y opposent.<\/p>\n<p>Les slogans des profs lors des manifestations le disent haut et clair : ils ne se sentent pas reconnus dans leur expertise, la ma\u00eetrise du m\u00e9tier leur \u00e9chappe. Logique : pendant que les d\u00e9cideurs font la danse du ventre sur des musiques de tendance \u00ab\u00a0<em>workplace\u00a0<\/em>\u00bb, c\u2019est la version \u00ab\u00a0<em>workforce\u00a0<\/em>\u00bb qui guide leurs r\u00e9formes. L\u2019on comprend mieux ainsi la contradiction apparente entre les discours politiques nous concernant\u2026 et notre v\u00e9cu quotidien. Ce que traduit une coll\u00e8gue sur les r\u00e9seaux sociaux \u00e0 propos du travail collaboratif : \u00ab\u00a0<em>Alors que les intentions du &#8220;Pacte&#8221; la pr\u00e9sentaient comme une reconnaissance dans le cadre d&#8217;une professionnalisation revaloris\u00e9e, sa mise en oeuvre sur le terrain en retourne l&#8217;esprit comme une vieille chaussette, et en fait exactement le contraire : davantage de verticalit\u00e9, moins d&#8217;autonomie, une posture d&#8217;ex\u00e9cutants soumis au contr\u00f4le et \u00e0 la reddition de comptes obsessionnels (surtout, ne pas faire confiance), et m\u00eame\u2026 moins de place qu&#8217;avant pour le travail p\u00e9dagogique en \u00e9quipe, au profit de davantage de standardisation\u00a0\u00bb<sup><sup><a id=\"post-24227-footnote-ref-4\" href=\"#post-24227-footnote-4\">[3]<\/a><\/sup><\/sup><\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/content\/uploads\/2024\/08\/enseignante-citron.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-24248\" src=\"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/content\/uploads\/2024\/08\/enseignante-citron.jpg\" alt=\"\" width=\"1422\" height=\"640\" srcset=\"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/enseignante-citron.jpg 1422w, https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/enseignante-citron-300x135.jpg 300w, https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/enseignante-citron-1024x461.jpg 1024w, https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/enseignante-citron-768x346.jpg 768w, https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/enseignante-citron-696x313.jpg 696w, https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/enseignante-citron-1068x481.jpg 1068w, https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/enseignante-citron-933x420.jpg 933w\" sizes=\"auto, (max-width: 1422px) 100vw, 1422px\" \/><\/a><\/p>\n<h3><strong>Histoire : enseigner, une mission sans cesse red\u00e9finie<\/strong><\/h3>\n<p>L\u2019\u00e9tude de l\u2019histoire de l\u2019enseignement nous conduit, avant tout autre consid\u00e9ration, \u00e0 nous d\u00e9faire d\u2019une id\u00e9e fausse. Depuis qu\u2019a \u00e9t\u00e9 instaur\u00e9e la scolarisation des enfants du peuple, jamais, au grand jamais, elle n\u2019a eu pour finalit\u00e9 leur \u00e9mancipation. Au contraire, il s\u2019est toujours agi de garantir la perp\u00e9tuation des pouvoirs \u00e9tablis<sup><sup><a id=\"post-24227-footnote-ref-5\" href=\"#post-24227-footnote-5\">[4]<\/a><\/sup><\/sup>. Ainsi, au XIX\u00e8me si\u00e8cle, la g\u00e9n\u00e9ralisation de la scolarisation des enfants tente de r\u00e9pondre \u00e0 un souci majeur des classes dirigeantes : la d\u00e9linquance des masses d\u2019enfants livr\u00e9s \u00e0 eux-m\u00eames par l\u2019engagement de leurs parents dans la R\u00e9volution industrielle. Machinisme et ali\u00e9nation des travailleurs font des ravages\u2026 potentiellement dangereux pour la bourgeoisie (Victor Hugo : \u00ab\u00a0<em>Quand on ouvre une \u00e9cole, on \u00e9vite, vingt ans plus tard, d\u2019ouvrir une prison.<\/em>\u00a0\u00bb). Qu\u2019enseigne-t-on d\u00e8s lors ? De la morale et de la religion, lire et \u00e9crire, calculer, le syst\u00e8me des poids et mesures. C\u2019est tout. Plus tard, en France, Jules Ferry cr\u00e9e l\u2019\u00e9cole de la R\u00e9publique pour \u00ab <em>maintenir une certaine morale d\u2019\u00c9tat, certaines doctrines d\u2019\u00c9tat qui importent \u00e0 sa conservation<\/em> \u00bb. Il ne suffit plus, dans ces conditions, que l\u2019\u00e9cole apprenne \u00e0 lire, \u00e0 \u00e9crire et \u00e0 respecter les pr\u00e9ceptes moraux ou religieux. D\u00e9sormais, elle doit enseigner l\u2019amour de la patrie et des institutions. L\u2019histoire et la g\u00e9ographie font donc leur entr\u00e9e dans les programmes. Au cours du XX\u00e8me si\u00e8cle, la donne va progressivement changer : les progr\u00e8s des technologies industrielles, la croissance des administrations publiques et le d\u00e9veloppement des emplois commerciaux font rena\u00eetre une demande de main-d\u2019\u0153uvre davantage qualifi\u00e9e. Certes, pour la majorit\u00e9 des travailleurs, une socialisation de base suffit toujours\u00a0; mais un nombre croissant d\u2019entre eux doivent d\u00e9sormais acqu\u00e9rir un savoir-faire sp\u00e9cialis\u00e9\u00a0: m\u00e9caniciens, \u00e9lectriciens, dactylos, op\u00e9rateurs de TSF\u2026 L\u2019\u00e9cole du peuple se transforme progressivement en instrument de s\u00e9lection et de formation au service direct de l\u2019\u00e9conomie. Appara\u00eet alors l\u2019enseignement technique\u2026<\/p>\n<p>La g\u00e9n\u00e9ration d\u2019enseignants qui acc\u00e8de actuellement \u00e0 une retraite bien m\u00e9rit\u00e9e, dont votre serviteur, n\u00e9e durant les <em>Trente Glorieuses<\/em>, aura pu entretenir l\u2019illusion d\u2019une d\u00e9mocratisation de l\u2019\u00e9cole. Apr\u00e8s la Seconde Guerre Mondiale, le monde conna\u00eet en effet trois d\u00e9cennies de tr\u00e8s forte croissance \u00e9conomique. En Belgique, l\u2019agriculture perd 52% de ses emplois salari\u00e9s entre 1953 et 1972. Les charbonnages (-78%) et les carri\u00e8res (-39%) suivent le m\u00eame mouvement. Mais ces pertes sont largement compens\u00e9es par la sid\u00e9rurgie (+10%), la chimie (+36%), l\u2019\u00e9lectronique et l\u2019\u00e9lectrotechnique (+99%), l\u2019imprimerie (+39%), les banques (+131%), les garages (+130%), les administrations publiques (+39%). Le succ\u00e8s \u00e9conomique et l\u2019\u00e9volution de la structure du march\u00e9 du travail exigent donc d\u2019\u00e9lever le niveau g\u00e9n\u00e9ral de formation des travailleurs. Et vite. Dans l\u2019urgence, ce qui avait \u00e9t\u00e9, jadis, l\u2019\u00e9cole secondaire de l\u2019\u00e9lite, \u00e0 savoir l\u2019enseignement g\u00e9n\u00e9ral des ath\u00e9n\u00e9es et des lyc\u00e9es, ouvre ses portes aux enfants d\u2019extraction populaire. Mais s\u2019il y aura bien massification de l\u2019enseignement obligatoire, la d\u00e9mocratisation &#8211; entendez l\u2019\u00e9galit\u00e9 de r\u00e9sultats quelle que soit l\u2019origine sociale &#8211; se fait attendre. Et, d\u00e8s que la conjoncture le permettra, les pouvoirs \u00e9conomiques et politiques n\u2019auront de cesse que de d\u00e9grader nos conditions de travail.<\/p>\n<h3><strong>Le tournant des ann\u00e9es 1980-1990 : vers la marchandisation de l\u2019Ecole<\/strong><\/h3>\n<p>Depuis la fin des ann\u00e9es 1980, avec l\u2019entr\u00e9e du capitalisme mondial dans l\u2019\u00e8re de la globalisation et des cycles de crises \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition, les demandes du monde \u00e9conomique par rapport au syst\u00e8me d\u2019enseignement connaissent de nouvelles mutations. L\u2019\u00e9cole est attaqu\u00e9e (sa d\u00e9mocratisation aurait \u00e9chou\u00e9 et se serait m\u00eame sold\u00e9e par un nivellement par le bas), et est somm\u00e9e de devenir plus efficace (entendez : de mieux s\u2019adapter aux attentes des employeurs). Trois \u00e9l\u00e9ments essentiels marquent cette rupture.<\/p>\n<p>Premi\u00e8rement, la mondialisation induit une comp\u00e9tition entre les Etats pour attirer les investisseurs. Tous se mettent \u00e0 diminuer la charge fiscale sur les capitaux, pour pouvoir augmenter les revenus mobiliers, les hauts salaires et les b\u00e9n\u00e9fices des entreprises. Ainsi, les marges de manoeuvre budg\u00e9taires de l\u2019Etat diminuent, ce qui soumet les politiques d\u2019enseignement \u00e0 une forte contrainte d\u2019aust\u00e9rit\u00e9. De 1982 (Tromont, lib\u00e9ral) \u00e0 1996 (Onkelinx et Graf\u00e9, socialiste et chr\u00e9tien), l\u2019enseignement subit des coupes sombres dans l\u2019emploi. De 7% du PIB, l\u2019investissement de l\u2019Etat dans son syst\u00e8me scolaire descend \u00e0 5%, pour ensuite remonter vers un petit 6% avec les refinancements des ann\u00e9es 2000. C\u2019est le premier des murs sur lesquels nous, enseignants, butons en permanence : le \u00ab\u00a0manque de moyens\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0l\u2019impossible r\u00e9duction de la taille des classes\u00a0\u00bb, le d\u00e9labrement des b\u00e2timents scolaires, etc. Il n\u2019y a aucune fatalit\u00e9 l\u00e0-dedans, c\u2019est un choix politique d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 : nous voil\u00e0 somm\u00e9s de faire mieux avec moins\u2026 pour permettre aux riches de s\u2019enrichir sans entrave.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, le glissement des emplois de l\u2019industrie vers les services ainsi que le d\u00e9veloppement technologique induisent, dans les \u00e9conomies \u00ab avanc\u00e9es \u00bb, une polarisation du march\u00e9 du travail. \u00ab <em>Les plus fortes cr\u00e9ations d\u2019emplois doivent \u00eatre attendues, d\u2019une part, dans les postes de management et les emplois professionnels et techniques de tr\u00e8s haut niveau, mais, d\u2019autre part, \u00e9galement dans les emplois du secteur des services exigeant une qualification moyenne ou faible<\/em> \u00bb<sup><sup><a id=\"post-24227-footnote-ref-6\" href=\"#post-24227-footnote-6\">[5]<\/a><\/sup><\/sup>. C\u2019est un autre mur qui se dresse : le syst\u00e8me dans lequel nous exer\u00e7ons notre m\u00e9tier est globalement con\u00e7u pour reproduire et creuser les in\u00e9galit\u00e9s, ce qui heurte \u00e9videmment les convictions des plus d\u00e9mocrates d\u2019entre nous, qui avions choisi le m\u00e9tier avec des ambitions sociales.<\/p>\n<p>Enfin, troisi\u00e8mement, l\u2019instabilit\u00e9 \u00e9conomique ainsi que le rythme effr\u00e9n\u00e9 de l\u2019innovation technologique, mais surtout le caract\u00e8re anarchique de l\u2019\u00e9conomie capitaliste, rendent impossible toute politique pr\u00e9visionnelle en mati\u00e8re de formation et de qualification. Dans ce contexte, la majorit\u00e9 des employeurs sont moins demandeurs de qualifications pr\u00e9cises et pointues que d\u2019une vague \u00ab employabilit\u00e9 \u00bb, que doivent garantir les \u00ab comp\u00e9tences de bases \u00bb et la flexibilit\u00e9 des travailleurs. CPU, extension des stages en entreprises et de l\u2019alternance, approche par comp\u00e9tences, etc. Le troisi\u00e8me mur fait mal : nous ne sommes pas l\u00e0 pour aider les jeunes \u00e0 s\u2019\u00e9manciper ou \u00e0 devenir les citoyens dont le monde a grand besoin. Nous sommes l\u00e0 pour servir la soupe aux entreprises priv\u00e9es dans un syst\u00e8me de plus en plus d\u00e9r\u00e9gul\u00e9.<\/p>\n<h3><strong>A l\u2019\u00e8re de la Nouvelle Gestion Publique<\/strong><\/h3>\n<p>Ainsi se dessinent petit \u00e0 petit les nouveaux contours de notre profession, inscrits en F\u00e9d\u00e9ration Wallonie-Bruxelles dans les travaux du Pacte pour un enseignement d\u2019excellence. D\u00e8s 2017, l\u2019avis num\u00e9ro 3 d\u2019un processus soi-disant d\u00e9mocratique<sup><sup><a id=\"post-24227-footnote-ref-7\" href=\"#post-24227-footnote-7\">[6]<\/a><\/sup><\/sup> &#8211; en r\u00e9alit\u00e9 phagocyt\u00e9<sup><sup><a id=\"post-24227-footnote-ref-8\" href=\"#post-24227-footnote-8\">[7]<\/a><\/sup><\/sup> par le consultant McKinsey &#8211; est transparent : si l\u2019on veut am\u00e9liorer les r\u00e9sultats du syst\u00e8me scolaire, l\u2019Ecole &#8211; pr\u00e9sent\u00e9e comme une institution scl\u00e9ros\u00e9e, centralis\u00e9e et bureaucratique &#8211; doit \u00eatre modernis\u00e9e. Il lui faut sur le champ une nouvelle gouvernance, inspir\u00e9e de l\u2019entreprise priv\u00e9e (puisque, parmi les missions qui lui sont confi\u00e9es, c\u2019est bien celle d\u2019alimenter le march\u00e9 du travail et d\u2019y acculturer tous les jeunes qui prime sur le reste).<\/p>\n<p>Ainsi voit-on le pouvoir des directions s\u2019\u00e9largir<sup><sup><a id=\"post-24227-footnote-ref-9\" href=\"#post-24227-footnote-9\">[8]<\/a><\/sup><\/sup> : de simples \u00ab\u00a0administratrices\u00a0\u00bb d\u2019\u00e9coles, garantes du respect des r\u00e8glements, elles deviennent d\u2019authentiques patrons, responsables de la gestion des ressources humaines, des ressources mat\u00e9rielles et animateurs p\u00e9dagogiques.<\/p>\n<p>Ainsi voit-on appara\u00eetre de nouveaux pouvoirs interm\u00e9diaires : des coordinateurs p\u00e9dagogiques (en interne), des inspecteurs et conseillers p\u00e9dagogiques \u00e0 la mission red\u00e9finie, beaucoup plus ax\u00e9e sur les outils de reddition de compte (plans de pilotage, r\u00e9sultats aux \u00e9preuves externes, indicateurs de l\u2019administration scolaire, \u00e9carts de performance\u2026) et des D\u00e9l\u00e9gu\u00e9s au Contrat d\u2019Objectifs (DCO).<\/p>\n<p>Ainsi se creuse le foss\u00e9 entre les enseignants de terrain et une \u00ab\u00a0\u00e9lite\u00a0\u00bb administrative et intellectuelle qui d\u00e9finit pour eux les outils \u00ab\u00a0les plus efficaces\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ainsi notre profession est-elle progressivement \u00ab\u00a0rationalis\u00e9e\u00a0\u00bb : fleurissent les r\u00e9f\u00e9rentiels et les outils standardis\u00e9s, les \u00e9valuations internes et externes, les outils ayant fait leurs preuves\u2026<\/p>\n<p>Ainsi passe-t-on d\u2019une reddition de comptes douce \u00e0 quelque chose de plus contraignant. L\u00e0 o\u00f9 l\u2019on nous a d\u2019abord fourni des \u00e9preuves externes non certificatives nous permettant d\u2019\u00e9valuer notre travail et de l\u2019ajuster, sans cons\u00e9quence formelle, les plans de pilotage s\u2019accompagnent d\u00e9sormais de suivi rapproch\u00e9 et, \u00ab\u00a0en dernier recours\u00a0\u00bb, de sanctions en cas d\u2019\u00a0\u00ab\u00a0\u00e9cart de performance\u00a0\u00bb. Subsides de fonctionnement et encadrement peuvent \u00eatre r\u00e9duits, voire supprim\u00e9s. Dans un tel contexte, rien d\u2019\u00e9tonnant de voir de plus en plus d\u2019enseignants adopter des pratiques d\u2019auto-prescription et d\u2019auto-contr\u00f4le. Surtout ne pas faire de vague\u2026<\/p>\n<p>Mais alors, on se sent d\u00e9poss\u00e9d\u00e9 de notre m\u00e9tier : comment nous adapter \u00e0 la complexit\u00e9 des situations de terrain si nous ne pouvons plus d\u00e9finir et produire nous-m\u00eames les outils que nous jugeons l\u00e9gitimes pour faire progresser nos \u00e9l\u00e8ves, si nous sommes oblig\u00e9s d\u2019appliquer des savoirs et des techniques \u00e9labor\u00e9s par d\u2019autres ?<\/p>\n<p>Pourtant, cette Nouvelle Gestion Publique, mise en oeuvre depuis plus de 20 ans chez les Anglo-Saxons, a montr\u00e9 ses limites et ses effets pervers.<\/p>\n<p>Un stress constant pour les enseignants. Pour se rassurer, ils tendent \u00e0 adopter des comportements de repli : ils centrent leur enseignement sur les comp\u00e9tences de base et des objectifs strictement cognitifs (ceux qui seront test\u00e9s &#8211; \u00ab<em>\u00a0teaching for the test<\/em>\u00a0\u00bb), au d\u00e9triment des autres missions : socialisation, cr\u00e9ativit\u00e9, citoyennet\u00e9\u2026 Ils d\u00e9veloppent une perception n\u00e9gative de leur m\u00e9tier, plus stressant, moins autonome, avec des effets psychiques tels que la culpabilit\u00e9 et la perte de sens. De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale aussi, plac\u00e9s sous la contrainte des r\u00e9sultats, les collectifs sont mis sous tension, voire d\u00e9truits.<\/p>\n<p>L\u2019ensemble des \u00e9l\u00e8ves n\u2019est plus pris en compte. Certains enseignants se concentrent sur les plus faibles (pour r\u00e9duire l\u2019\u00e9cart de performance)\u2026 au d\u00e9triment des autres. D\u2019autres au contraire excluent les plus faibles (pour la m\u00eame raison).<\/p>\n<h3><strong>Conclusion<\/strong><\/h3>\n<p>En l\u2019\u00e9tat actuel de la question, le Pacte et les discours politiques qui l\u2019accompagnent &#8211; professionnalisation des enseignants, autonomie, travail collaboratif, etc. &#8211; servent d\u2019\u00e9cran de fum\u00e9e pour masquer une r\u00e9alit\u00e9 plus prosa\u00efque. Les beaux discours dont nous abreuvent les partis de gouvernement \u00ab\u00a0de gauche\u00a0\u00bb pourraient bien n\u2019\u00eatre que des contorsions pour mieux masquer la marchandisation de l\u2019Ecole. En fait, contrairement aux illusions que bon nombre d\u2019entre nous continuons d\u2019entretenir, nous ne sommes pas victimes d\u2019erreurs de \u00ab\u00a0politiciens-qui-feraient-bien-de-venir-voir-la-r\u00e9alit\u00e9-de-nos-classes\u00a0\u00bb : les r\u00e9formes qui rendent notre mission quasiment impossible sont pr\u00e9cis\u00e9ment celles qu\u2019ils veulent appliquer, en toute connaissance de cause !<\/p>\n<p>Il nous reste cependant un levier important. En organisant la scolarit\u00e9 de tous les enfants, les Etats vivent dans le risque permanent de voir se lever des enseignants, des \u00e9tudiants et des parents conscients des enjeux d\u00e9mocratiques de l\u2019\u00e9ducation. Sans que ce fut leur intention, les d\u00e9mocraties de march\u00e9 ont vu se constituer en leur sein des collectifs attach\u00e9s au progr\u00e8s social et culturel. Qu\u2019on se le dise, sans se bercer d\u2019illusions, sans baisser les bras pour autant, si nous le voulons, une autre \u00e9cole est possible, pour une autre soci\u00e9t\u00e9 !<\/p>\n<table style=\"width: 100%; border-collapse: collapse; border-style: double;\">\n<tbody>\n<tr>\n<td style=\"width: 100%;\">\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Un temps plein avec 18 heures de cours<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait la fin des <em>Trente Glorieuses<\/em> et je venais d\u2019\u00eatre dipl\u00f4m\u00e9, AESI fran\u00e7ais-histoire. En septembre 1981, je suis engag\u00e9 dans une \u00e9cole technique et professionnelle. Un temps plein, imm\u00e9diatement. Si l\u2019on fait abstraction des difficult\u00e9s rencontr\u00e9es par tout d\u00e9butant, je peux dire que j\u2019entame ma carri\u00e8re dans les meilleures conditions. Je donne 18 heures de cours par semaine. Dont 10 en demi-groupes, les classes de fran\u00e7ais \u00e9tant d\u00e9doubl\u00e9es pour travailler l\u2019expression orale. Mon contrat affiche une heure de titulariat (une 2\u00e8me professionnelle de douze \u00e9l\u00e8ves), une heure de conseil de classe et une heure de travail d\u2019\u00e9quipe avec des coll\u00e8gues. Faites le compte : 18 + 3 = 21 heures, soit un temps plein d\u2019AESI de l\u2019\u00e9poque (o\u00f9 la plage allait de 21 \u00e0 23 heures). Bien r\u00e9parties, mes journ\u00e9es ne font pas plus de 5 heures maximum. Les heures de fourche, fr\u00e9quentes, me permettent de converser avec des coll\u00e8gues en salle des profs. Tout cela est possible dans une \u00e9ducation alors encore nationale, financ\u00e9e \u00e0 hauteur de 7% du PIB. Les ennuis vont commencer d\u00e8s l\u2019ann\u00e9e suivante avec les premi\u00e8res mesures d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 d\u2019inspiration n\u00e9olib\u00e9rale.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><strong>Philippe Schmetz<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><span style=\"font-size: 14pt;\">Notes<\/span><\/strong><\/p>\n<ol>\n<li id=\"post-24227-footnote-2\"><em>D\u00e9senchant\u00e9e<\/em>, une chanson de Myl\u00e8ne Farmer, 1991 <a href=\"#post-24227-footnote-ref-2\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-24227-footnote-3\">Marcel, J.-F., Piot, T., &amp; Tardif, M. (Dir.) (2022). <em>30 ans de politiques de professionnalisation des enseignants. Regards internationaux<\/em>. Presses Universitaires du Midi. 306 p. <a href=\"#post-24227-footnote-ref-3\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-24227-footnote-4\">H\u00e9l\u00e8ne Lenoir, FB, juin 2024, en marge de la carte blanche publi\u00e9e dans La Libre par Herv\u00e9 Narainsamy et Roman Wittebroodt. <a href=\"#post-24227-footnote-ref-4\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-24227-footnote-5\">Bien s\u00fbr, ce propos doit \u00eatre nuanc\u00e9. Pour une version compl\u00e8te de cette histoire : Nico Hirtt, <em>L<\/em>\u2019<em>Ecole et le Capital : deux cents ans de bouleversements et de contradictions, <\/em>2013 <a href=\"#post-24227-footnote-ref-5\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-24227-footnote-6\">Sels, L. et al., 2006. <em>Inzetten op competentieontwikkeling<\/em>. Discussietekst gericht op de ontwikkeling van een Competentieagenda <a href=\"#post-24227-footnote-ref-6\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-24227-footnote-7\">La plupart des acteurs syndicaux et associatifs qui ont pris part aux travaux ont depuis lors pris leurs distances avec <a href=\"#post-24227-footnote-ref-7\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-24227-footnote-8\">Lire \u00e0 ce propos les articles de C\u00e9cile Gorr\u00e9 sur le site de l\u2019Aped, dont <em>Autonomie et Responsabilisation : les deux mamelles d\u2019une \u00ab nouvelle \u00bb gouvernance, <\/em>2017 <a href=\"#post-24227-footnote-ref-8\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-24227-footnote-9\">Cette partie doit beaucoup aux travaux de Branka CATTONAR\u00a0et Vincent DUPRIEZ, <em>Recomposition des professionnalit\u00e9s et de la division du travail enseignant en contexte d<\/em>\u2019<em>accountability r\u00e9flexive\u00a0: le cas des professionnels de l\u2019\u00e9ducation en Belgique francophone<\/em>\u00a0(2019) <a href=\"#post-24227-footnote-ref-9\">\u2191<\/a><\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Tout est chaos A c\u00f4t\u00e9 Tous mes id\u00e9aux : des mots Abim\u00e9s&#8230; Je cherche une \u00e2me, qui Pourra m&#8217;aider Je suis D&#8217;une g\u00e9n\u00e9ration d\u00e9senchant\u00e9e D\u00e9senchant\u00e9e \u00bb Un article initialement publi\u00e9 dans L&#8217;\u00c9cole d\u00e9mocratique, n\u00b098, juin 2024 (pp. 13-18). L\u2019ent\u00eatante complainte entonn\u00e9e par Myl\u00e8ne Farmer[1] au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990 n\u2019\u00e9tait \u00e9videmment pas inspir\u00e9e par une [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":6524,"featured_media":24240,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-24227","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/24227","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/6524"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=24227"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/24227\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/24240"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=24227"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=24227"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=24227"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}