{"id":2420,"date":"2014-11-28T21:33:53","date_gmt":"2014-11-28T20:33:53","guid":{"rendered":"http:\/\/www.asblonweb.be\/APED\/CM\/?p=2420"},"modified":"2017-03-02T11:41:34","modified_gmt":"2017-03-02T10:41:34","slug":"segregation-scolaire-la-faute-au-marche-plus-quau-quartier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/2014\/11\/28\/segregation-scolaire-la-faute-au-marche-plus-quau-quartier\/","title":{"rendered":"S\u00e9gr\u00e9gation scolaire : la faute au march\u00e9 plus qu\u2019au quartier"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Les opposants aux politiques de r\u00e9gulation des inscriptions scolaire avancent g\u00e9n\u00e9ralement un argument massue : si l\u2019on privil\u00e9gie une \u00e9cole de proximit\u00e9, alors les enfants de milieux populaires seront encore davantage confin\u00e9s dans des \u00e9coles ghettos. Cet argument vole en \u00e9clats \u00e0 la lecteur de l\u2019\u00e9tude intitul\u00e9e \u00ab\u00a0La s\u00e9gr\u00e9gation scolaire, reflet d\u00e9form\u00e9 de la s\u00e9gr\u00e9gation urbaine\u00a0\u00bb, que Bernard Delvaux et Zliz Serhadlioglu publient dans le num\u00e9ro d\u2019octobre des Cahiers du Girsef. Leur travail constitue d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 une contribution scientifique essentielle \u00e0 la lutte contre les effets n\u00e9fastes des march\u00e9s scolaires.<\/p>\n<p>Cette \u00e9tude porte sur les \u00e9l\u00e8ves des \u00e9coles maternelles ou primaires (francophones et flamandes) en r\u00e9gion bruxelloise. A partir de donn\u00e9es statistiques livr\u00e9es par les deux Communaut\u00e9s pour les ann\u00e9es 2008 \u00e0 2011, les chercheurs ont pu \u00e9tudier la relation entre le domicile des enfants et leur lieu de scolarit\u00e9, selon l\u2019origine sociale de leurs parents. L\u2019une des toutes grandes le\u00e7ons de l\u2019\u00e9tude est que \u00ab\u00a0la s\u00e9gr\u00e9gation v\u00e9cue par les enfants domicili\u00e9s et scolaris\u00e9s \u00e0 Bruxelles dans l\u2019enseignement fondamental est plus forte au plan scolaire que r\u00e9sidentiel\u00a0(\u2026) Il y a davantage d\u2019enfants dans les \u00e9coles tr\u00e8s d\u00e9favoris\u00e9es ou tr\u00e8s favoris\u00e9es qu\u2019il n\u2019y en a dans les quartiers tr\u00e8s d\u00e9favoris\u00e9s ou tr\u00e8s favoris\u00e9s. Dit autrement : il y a davantage de quartiers dont la composition sociale est moyenne ou mixte qu\u2019il n\u2019y a d\u2019\u00e9coles de ce type\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Cela signifie que si tous les enfants fr\u00e9quentaient simplement l\u2019\u00e9cole la plus proche de leur domicile, sans autre forme de correction ou de r\u00e9gulation, la polarisation sociale, culturelle, communautaire de l\u2019enseignement serait beaucoup moins forte qu\u2019aujourd\u2019hui. Cette ghetto\u00efsation sociale des \u00e9coles bruxelloises serait renforc\u00e9e par un afflux important d\u2019\u00e9l\u00e8ves non-bruxellois, essentiellement issus de classes ais\u00e9es.<\/p>\n<p>Les deux chercheurs pointent clairement le quasi-march\u00e9 scolaire comme cause principale. La s\u00e9gr\u00e9gation d\u00e9coule \u00e9videmment des strat\u00e9gies des familles et des \u00e9coles, mais celles-ci \u00ab\u00a0se d\u00e9ploient d\u2019autant plus qu\u2019en Belgique, l\u2019affectation des \u00e9l\u00e8ves aux \u00e9coles repose fondamentalement sur le libre choix de l\u2019\u00e9cole par les parents. Certes, ce libre choix permet aussi \u00e0 des familles populaires qui subissent la s\u00e9gr\u00e9gation au plan r\u00e9sidentiel de permettre \u00e0 leurs enfants d\u2019int\u00e9grer des \u00e9coles plus mixtes ou \u00e9litistes. Mais ce n\u2019est l\u00e0 le fait que d\u2019une minorit\u00e9 plus entreprenante qui, par ses choix, contribue d\u2019ailleurs \u00e0 ne laisser dans les \u00e9coles des quartiers pauvres que les enfants les plus d\u00e9favoris\u00e9s. Libre choix et march\u00e9 scolaire restent donc vecteurs d\u2019une s\u00e9gr\u00e9gation scolaire plus accentu\u00e9e que la s\u00e9gr\u00e9gation r\u00e9sidentielle.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Delvaux et Serhadlioglu soulignent aussi l\u2019incapacit\u00e9 de l\u2019actuel d\u00e9cret inscription pour r\u00e9soudre ce probl\u00e8me. D\u2019abord ce d\u00e9cret ne concerne que la premi\u00e8re ann\u00e9e de l\u2019\u00e9cole secondaire alors que l\u2019\u00e9tude du Girsef montre justement que la s\u00e9gr\u00e9gation frappe durement d\u00e8s l\u2019\u00e9cole fondamentale. Ensuite, m\u00eame pour le secondaire, ce d\u00e9cret est largement insuffisant car \u00ab\u00a0le libre choix reste le principe directeur, puisque les r\u00e8gles de priorit\u00e9 n\u2019interviennent qu\u2019en second lieu l\u00e0 o\u00f9 les demandes exc\u00e8dent le nombre de places tandis que les \u00e9coles, partiellement cadr\u00e9es en mati\u00e8re d\u2019inscription, conservent des marges de libert\u00e9 en mati\u00e8re d\u2019orientation des \u00e9l\u00e8ves en cours de scolarit\u00e9.\u00a0\u00bb. Et les chercheurs de conclure : \u00ab\u00a0M\u00eame si, \u00e7\u00e0 et l\u00e0, les r\u00e9gulations en place sont vecteurs d\u2019une mixit\u00e9 accrue dans des \u00e9coles jusqu\u2019alors r\u00e9serv\u00e9es \u00e0 une certaine cat\u00e9gorie sociale, elles ne perturbent pas, pour l\u2019essentiel, la s\u00e9gr\u00e9gation scolaire. Elles la perturbent d\u2019autant moins que l\u2019objectif de ces r\u00e9gulations n\u2019est pas, au premier chef, de g\u00e9n\u00e9rer plus de mixit\u00e9 sociale dans les \u00e9coles.\u00a0\u00bb<br \/>\nAu passage l\u2019\u00e9tude du Girsef illustre aussi le peu de valeur de l\u2019indice socio-\u00e9conomique utilis\u00e9 dans le d\u00e9cret inscriptions, indice bas\u00e9 sur le secteur de r\u00e9sidence de l\u2019enfant plut\u00f4t que sur des donn\u00e9es r\u00e9elles sur les familles. En effet, ces indices par secteur camouflent de tr\u00e8s fortes disparit\u00e9s sociales locales et donnent donc une image fortement liss\u00e9e des caract\u00e9ristiques socio-\u00e9conomiques des \u00e9coles.<\/p>\n<p>Ces constats viennent renforcer d\u2019un beau cr\u00e9dit scientifique les propositions que d\u00e9fend l\u2019Aped depuis plusieurs ann\u00e9es : concilier le droit \u00e0 la libert\u00e9 de choix avec le droit d\u2019avoir une place dans une \u00e9cole de qualit\u00e9 proche de son domicile. On commencerait par proposer une \u00e9cole aux parents (d\u00e8s l\u2019entr\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9cole maternelle et chaque fois qu\u2019un changement d\u2019\u00e9cole s\u2019impose). Ceux qui refusent cette proposition pourront ensuite chercher une place ailleurs. Ainsi nous ne supprimons pas la libert\u00e9. Mais nous disons : le droit d\u2019abord, la libert\u00e9 ensuite. L\u2019affectation des \u00e9l\u00e8ves se ferait en fonction de crit\u00e8res de proximit\u00e9 mais aussi dans la perspective d\u2019une recherche de mixit\u00e9 sociale. Ceci liquiderait l\u2019effet s\u00e9gr\u00e9gateur du quasi-march\u00e9 tout en emp\u00eachant le \u00ab\u00a0zapping r\u00e9sidentiel\u00a0\u00bb \u00e0 la fran\u00e7aise. Et c\u2019est parfaitement r\u00e9alisable puisque les chercheurs du Girsef ont pu mettre en \u00e9vidence le fait que \u00ab\u00a0les quartiers centraux d\u00e9favoris\u00e9s sont en fin de compte, dans la majorit\u00e9 des cas, assez peu \u00e9loign\u00e9s de quartiers plus favoris\u00e9s\u00a0\u00bb. Une r\u00e9gulation visant \u00e0 cr\u00e9er de la mixit\u00e9 sociale dans l\u2019enseignement est tout \u00e0 fait envisageable \u00e0 Bruxelles, sans que l\u2019on doive imposer des d\u00e9placements importants aux enfants. D\u2019autant plus que, maintenant d\u00e9j\u00e0, les \u00e9l\u00e8ves bruxellois (du maternel et du primaire, rappelons-le) parcourent des distances consid\u00e9rables pour se rendre \u00e0 l\u2019\u00e9cole : cela va de 1,2 km (\u00e0 vol d\u2019oiseau) en moyenne pour les enfants du premier d\u00e9cile socio-\u00e9conomique \u00e0 1,5 km pour les enfants du dixi\u00e8me d\u00e9cile.<\/p>\n<p>Bernard Delvaux et Zliz Serhadlioglu terminent leur \u00e9tude sur une conclusion plus \u00ab\u00a0politique\u00a0\u00bb : \u00ab\u00a0une large adoption d\u2019un id\u00e9al de mixit\u00e9 sociale \u00e0 l\u2019\u00e9cole n\u2019est possible que si \u00e9volue, au pr\u00e9alable, le r\u00e9f\u00e9rentiel qui sert de cadre aux d\u00e9bats scolaires. Tant que l\u2019on s\u2019inscrit dans un r\u00e9f\u00e9rentiel qui soumet l\u2019\u00e9ducation \u00e0 des finalit\u00e9s instrumentales et con\u00e7oit prioritairement l\u2019\u00e9cole comme un outil devant permettre aux individus et \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 de sortir vainqueur de la comp\u00e9tition \u00e9conomique et sociale, il para\u00eet vain de d\u00e9fendre l\u2019id\u00e9e de mixit\u00e9 sociale \u00e0 l\u2019\u00e9cole (\u2026) C\u2019est donc \u00e0 rien moins qu\u2019une r\u00e9flexion quant aux finalit\u00e9s de l\u2019\u00e9ducation et \u00e0 la place que devrait y occuper l\u2019\u00e9cole que nous invitons\u00a0\u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les opposants aux politiques de r\u00e9gulation des inscriptions scolaire avancent g\u00e9n\u00e9ralement un argument massue : si l\u2019on privil\u00e9gie une \u00e9cole de proximit\u00e9, alors les enfants de milieux populaires seront encore davantage confin\u00e9s dans des \u00e9coles ghettos. Cet argument vole en \u00e9clats \u00e0 la lecteur de l\u2019\u00e9tude intitul\u00e9e \u00ab\u00a0La s\u00e9gr\u00e9gation scolaire, reflet d\u00e9form\u00e9 de la s\u00e9gr\u00e9gation urbaine\u00a0\u00bb, que Bernard Delvaux et Zliz Serhadlioglu publient dans le num\u00e9ro d\u2019octobre des Cahiers du Girsef. Leur travail constitue d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 une contribution scientifique essentielle \u00e0 la lutte contre les effets n\u00e9fastes des march\u00e9s scolaires.<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":2419,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-2420","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2420","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2420"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2420\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2419"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2420"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2420"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2420"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}