{"id":236,"date":"2004-06-11T14:43:09","date_gmt":"2004-06-11T13:43:09","guid":{"rendered":"http:\/\/www.asblonweb.be\/APED\/CM\/?p=236"},"modified":"2017-02-20T18:28:27","modified_gmt":"2017-02-20T17:28:27","slug":"une-ecole-debout","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/2004\/06\/11\/une-ecole-debout\/","title":{"rendered":"Une \u00e9cole debout !"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-235\" src=\"http:\/\/www.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2004\/06\/arton174.jpg\" width=\"144\" height=\"163\" \/><\/p>\n<p>23 sur 54. Cela sonne comme une mauvaise note. Celle du mal de vivre dans notre \u00e9cole d&#8217;enseignement professionnel en discrimination positive. 23 sur 54, c&#8217;est le nombre d&#8217;enseignants, partis ou ayant demand\u00e9 \u00e0 partir, depuis juin 2003 &#8211; par rapport au nombre total. Dans le lot, un directeur et deux sous-directeurs.<br \/>\n Pourtant, nous ne faisons pas facilement dans la r\u00e9signation. Le dernier coll\u00e8gue arriv\u00e9 il y a deux mois s&#8217;en \u00e9tonnait m\u00eame\u00a0: avec bien plus de probl\u00e8mes qu&#8217;ailleurs, le d\u00e9sir de travailler ensemble, le souci de ne pas s&#8217;arr\u00eater au premier obstacle venu, nous portent. Nous portaient. Depuis le d\u00e9but de la semaine, nous faisons des arr\u00eats de travail.<br \/>\nOn est \u00e0 bout. Incapables de faire un pas de plus. Au moment o\u00f9 nos responsables politiques s&#8217;affichent partout avec de la satisfaction plein la bouche, nous voulons d\u00e9noncer le jeu sinistre dont \u00e9l\u00e8ves et personnel \u00e9ducatif (enseignants et \u00e9ducateurs) sont les dupes.<\/p>\n<h2>La providence du syst\u00e8me<\/h2>\n<p>En \u00e9change de quelques maigres compensations (un coefficient de calcul d&#8217;heures-enseignants plus favorable, un apport d&#8217;aide-\u00e9ducateurs compos\u00e9 pour l&#8217;essentiel de jeunes non-form\u00e9s, &#8230;) des \u00e9coles comme la n\u00f4tre servent d&#8217;alibi \u00e0 tout un syst\u00e8me scolaire fonctionnant \u00e0 l&#8217;exclusion et \u00e0 la rel\u00e9gation\u00a0: quand un \u00e9l\u00e8ve pose probl\u00e8me, l&#8217;\u00e9cole qui se veut \u00ab\u00a0bonne\u00a0\u00bb s&#8217;en d\u00e9barrasse. Ces \u00e9l\u00e8ves exclus se retrouvent ainsi ballott\u00e9s d&#8217;un \u00e9tablissement \u00e0 l&#8217;autre\u00a0; en bout de course, c&#8217;est dans une \u00e9cole comme la n\u00f4tre qu&#8217;ils arrivent, ayant en attendant cumul\u00e9 \u00e9checs et rancoeurs.<br \/>\n A nous alors de les remettre debout, confiant en leurs capacit\u00e9s, \u00e0 nous aussi de les remettre \u00e0 niveau, de les aider dans des difficult\u00e9s tr\u00e8s fr\u00e9quentes, qu&#8217;elles soient d&#8217;ordre familial, social, \u00e9conomique &#8211; et cela peut aller jusqu&#8217;\u00e0 chercher des tartines pour les gosses qui n&#8217;ont rien \u00e0 manger le midi. Afin de leur faire acqu\u00e9rir des comp\u00e9tences sociales, intellectuelles et professionnelles.<br \/>\n Ce que nous d\u00e9non\u00e7ons, c&#8217;est la perversit\u00e9 d&#8217;un syst\u00e8me qui concentre dans un m\u00eame lieu les \u00e9l\u00e8ves cumulant les difficult\u00e9s. Nous sommes pr\u00eats \u00e0 mener ce travail de \u00ab\u00a0remise \u00e0 flot\u00a0\u00bb avec un certain nombre d&#8217;\u00e9l\u00e8ves\u00a0; mais cela n&#8217;est possible que si les \u00e9l\u00e8ves relevant de profils extr\u00eames restent minoritaires. Or, actuellement, nous sommes comme des d\u00e9mineurs devant d\u00e9samorcer trop de mines en m\u00eame temps. Cela nous explose de plus en plus \u00e0 la figure, \u00e0 longueur de journ\u00e9e.<\/p>\n<h2>Nous fabriquons des asociaux<\/h2>\n<p>Cons\u00e9quence\u00a0? Parce que nous ne pouvons pas leur offrir le suivi et l&#8217;encadrement qualifi\u00e9 dont ils auraient besoin, certains \u00e9l\u00e8ves pourrissent sous nos yeux &#8211; alors qu&#8217;ils auraient pu tourner tout autrement dans d&#8217;autres conditions. Pourrissent aussi des dynamiques de classe. Et en entra\u00eenent d&#8217;autres dans leur sillage.<br \/>\n Pour ne citer qu&#8217;un exemple, pour b\u00e9n\u00e9ficier d&#8217;une aide d&#8217;un psychologue ou d&#8217;un assistant social, un \u00e9l\u00e8ve doit entreprendre un v\u00e9ritable parcours du combattant (prises de rendez-vous, d\u00e9lais d&#8217;attentes, annulations en fonction des urgences,&#8230;). L&#8217;id\u00e9al, si on veut le d\u00e9courager, surtout qu&#8217;il est d\u00e9j\u00e0 mal \u00e0 l&#8217;aise face \u00e0 ce type de professionnels. Ce n&#8217;est \u00e9videmment pas perdu pour tout le monde&#8230;<\/p>\n<h2>Diviser pour&#8230;<\/h2>\n<p>Au quotidien, cela donne des incivilit\u00e9s \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition, qui minent le moral et g\u00e9n\u00e8rent le sentiment de violence tant d\u00e9cri\u00e9. Cela donne aussi des rempla\u00e7ants qu&#8217;on ne trouve plus pendant des mois\u00a0[1]\u00a0; ou alors, on engage des travailleurs qui ont de moins en moins une formation p\u00e9dagogique\u00a0[2], et peu ou pas d&#8217;exp\u00e9rience professionnelle. Bref, on envoie au casse-pipe les coll\u00e8gues qui peuvent le moins s&#8217;appuyer sur leur formation et leur pratique, ceux dont on devrait pr\u00e9cis\u00e9ment prendre le plus soin. Puis on s&#8217;\u00e9tonne que le feu sacr\u00e9 se perde\u00a0[3].<br \/>\n Ce que nous voulons dire, c&#8217;est que la \u00ab\u00a0violence\u00a0\u00bb, cela se fabrique &#8211; \u00e0 coup de classes trop peupl\u00e9es, mal insonoris\u00e9es, de b\u00e2timents inadapt\u00e9s, de mat\u00e9riel insuffisant. Mais tant qu&#8217;on se chamaillera entre nous (enseignants-direction, enseignants-\u00e9l\u00e8ves, parents-enseignants,&#8230;), nous ne nous en prendrons pas \u00e0 ceux qui ont une r\u00e9elle prise sur des facteurs de changement essentiels.<\/p>\n<h2>Nous voulons travailler\u00a0!<\/h2>\n<p>\u00ab\u00a0Un peu de patience\u00a0\u00bb, nous dira-t-on. \u00ab\u00a0Les moyens arriveront bient\u00f4t\u00a0!\u00a0\u00bb Nous aussi on se disait \u00e7a. Mais allez dire \u00e7a \u00e0 la porte qu&#8217;on vient de d\u00e9foncer (c&#8217;est vrai qu&#8217;une porte&#8230;)\u00a0; au coll\u00e8gue qu&#8217;on a coll\u00e9 contre le mur\u00a0; au jeune coll\u00e8gue qui s&#8217;\u00e9puise pour un d\u00e9but de carri\u00e8re en donnant cours d&#8217;informatique en 2\u00e8me, initiation \u00e0 la vie professionnelle en 3\u00e8me, comptabilit\u00e9 et \u00e9ducation \u00e0 la consommation en 4\u00e8me, sciences en 6\u00e8me et math\u00e9matique en 7\u00e8me\u00a0; \u00e0 la directrice qui vient le samedi et le dimanche pour abattre le travail administratif qu&#8217;elle ne peut r\u00e9aliser en semaine. Tous ces \u00e9v\u00e9nements se sont d\u00e9roul\u00e9s dans le courant de la semaine \u00e9coul\u00e9e\u00a0! Combien d&#8217;autres encore devront partir\u00a0? Basta\u00a0!<br \/>\n Un facteur essentiel dans la qualit\u00e9 d&#8217;une \u00e9cole, c&#8217;est sa coh\u00e9rence d&#8217;\u00e9quipe. Or, la coh\u00e9rence, cela se construit. Par un travail collectif r\u00e9gulier, o\u00f9 l&#8217;on peut analyser les dysfonctionnements, se concerter sur de nouvelles initiatives, \u00e9valuer ce qui a \u00e9t\u00e9 fait et reste \u00e0 faire. Par ailleurs, le suivi d&#8217;\u00e9l\u00e8ves en difficult\u00e9 demande autre chose que 5 conseils de classe annuels o\u00f9 l&#8217;on doit passer au pas de charge tout une classe, toutes branches confondues. Pour tout cela, il faut du temps. Surtout quand on est confront\u00e9 \u00e0 de plus grandes difficult\u00e9s qu&#8217;ailleurs. <\/p>\n<h2>Appel <\/h2>\n<p>C&#8217;est pourquoi nous demandons une autre gestion des \u00e9l\u00e8ves en difficult\u00e9, qui ne les am\u00e8ne pas \u00e0 se retrouver tous dans les m\u00eames \u00e9tablissements. Nous demandons aussi un cadrage plus strict du nombre d&#8217;\u00e9l\u00e8ves par classe (plafonn\u00e9 \u00e0 15, par exemple). Nous demandons enfin que la part de notre travail \u00e0 l&#8217;\u00e9cole consacr\u00e9e au travail en \u00e9quipe soit augment\u00e9e, dans un cadre horaire et mat\u00e9riel qui permette vraiment de travailler ensemble. Autrement qu&#8217;entre deux tartines sur le temps du midi, et en collaboration avec du personnel non-enseignant qualifi\u00e9&#8230;et disponible.<br \/>\n Cela a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 r\u00e9p\u00e9t\u00e9 de nombreuses fois\u00a0: ce que les pouvoirs publics pr\u00e9tendent \u00e9conomiser en ne respectant pas nos conditions de travail, la soci\u00e9t\u00e9 le paie de toute fa\u00e7on par ailleurs lourdement. En d\u00e9fendant notre survie professionnelle, par des arr\u00eats de travail aujourd&#8217;hui, peut-\u00eatre des gr\u00e8ves ou d&#8217;autres actions demain, nous d\u00e9fendons aussi une certaine conception de l&#8217;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral.<br \/>\n Nous appelons tous les citoyens soucieux de l&#8217;\u00e9cole, travailleurs ou usagers, \u00e0 signer cet appel. Nous voulons une amplification, mais aussi \u00e0 terme une r\u00e9orientation de la politique de discriminations positives, de mani\u00e8re \u00e0 ce qu&#8217;elle r\u00e9sorbe progressivement les in\u00e9galit\u00e9s, au lieu de les entretenir. Pour ce faire, <strong>NOUS DEMANDONS QUE CE POINT SOIT INSCRIT COMME PRIORITAIRE DANS LA PROCHAINE DECLARATION DE POLITIQUE GOUVERNEMENTALE.<\/p>\n<p>Pour des \u00e9coles debout.<\/p>\n<p>Les \u00e9ducateurs et enseignants de l&#8217;Institut des Ursulines (site Sippelberg) &#8211; Molenbeek<\/strong><\/p>\n<p>[->http:\/\/www.magusine.net\/idu\/rubrique.php3?id_rubrique=116]<\/p>\n<p>[->uneecoledebout@yahoo.fr]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>23 sur 54. Cela sonne comme une mauvaise note. Celle du mal de vivre dans notre \u00e9cole d&#8217;enseignement professionnel en discrimination positive. 23 sur 54, c&#8217;est le nombre d&#8217;enseignants, partis ou ayant demand\u00e9 \u00e0 partir, depuis juin 2003 &#8211; par rapport au nombre total. Dans le lot, un directeur et deux sous-directeurs. 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