{"id":230,"date":"2004-06-03T11:37:18","date_gmt":"2004-06-03T10:37:18","guid":{"rendered":"http:\/\/www.asblonweb.be\/APED\/CM\/?p=230"},"modified":"2017-02-20T12:16:57","modified_gmt":"2017-02-20T11:16:57","slug":"debat-sur-la-marchandisation-de-leducation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/2004\/06\/03\/debat-sur-la-marchandisation-de-leducation\/","title":{"rendered":"D\u00e9bat sur la marchandisation de l&#8217;\u00e9ducation"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Le groupe \u00ab enseignement \u00bb de la coordination D&#8217;autres Mondes a pris le 6 mars dernier l&#8217;initiative d&#8217;organiser une table ronde sur le th\u00e8me: &#8220;O\u00f9 en est-on avec la marchandisation de l&#8217;enseignement ?&#8221;. Les conclusions de ce d\u00e9bat ont \u00e9t\u00e9 relay\u00e9es au niveau politique, aupr\u00e8s des quatre partis \u00ab de gouvernement \u00bb.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-229\" src=\"http:\/\/www.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2004\/06\/arton171.jpg\" width=\"144\" height=\"200\" \/><\/p>\n<p>En introduction au d\u00e9bat, la Coordination D&#8217;Autres Mondes, avait invit\u00e9 Nico Hirtt, membre de l&#8217;Appel pour une \u00e9cole d\u00e9mocratique, \u00e0 exposer son point de vue sur la question. Il nous a expliqu\u00e9 la progression de ce m\u00e9canisme qui met en p\u00e9ril l&#8217;Education.<\/p>\n<h2>L&#8217;expos\u00e9 de Nico Hirtt<\/h2>\n<p>La marchandisation de l&#8217;enseignement est la cause principale des d\u00e9r\u00e9gulations<br \/>\ndes structures scolaires. Pour comprendre ce processus qui nous conduit tout droit vers une catastrophe p\u00e9dagogique, Nico Hirtt dresse un tableau des enjeux de ce m\u00e9canisme. \u00ab La marchandisation est bien plus qu&#8217;une simple privatisation, trois autres acceptions viennent s&#8217;y inclure. Il faut y entendre une adaptation de l&#8217;enseignement aux attentes du march\u00e9 du travail, une utilisation de l&#8217;enseignement qui a pour but de stimuler certains march\u00e9s et, enfin, la transformation de l&#8217;enseignement en nouveaux march\u00e9s. \u00bb (<a href=\"173\">Cliquez ici pour le texte complet<\/a>)<\/p>\n<p>Dans un futur proche, selon Nico Hirtt, une dualisation du march\u00e9 du travail est fort probable. D&#8217;apr\u00e8s une \u00e9tude r\u00e9cente du d\u00e9partement f\u00e9d\u00e9ral am\u00e9ricain de l&#8217;emploi, sur trente professions, 30 % concerneront les postes \u00e0 tr\u00e8s haut niveau de qualification et de l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9, 60 \u00e0 70 % seront des emplois \u00e0 tr\u00e8s faible niveau de qualification, c&#8217;est-\u00e0-dire que la formation initiale sera r\u00e9duite en quelque sorte \u00e0 ce qu&#8217;on apprend dans l&#8217;enseignement obligatoire primaire et secondaire. La barri\u00e8re qui s&#8217;installe opposerait une petite part d&#8217;ing\u00e9nieurs par exemple \u00e0 des gardiens ou des livreurs de pizzas. D\u00e8s lors, poursuit Nico Hirtt, quel type de formation initiale serait adapt\u00e9e \u00e0 cette \u00e9volution du march\u00e9 du travail ? Les rapports internationaux, notamment de l&#8217;OCDE, de la Banque mondiale, du FMI, de la Table Ronde des Industriels, r\u00e9clament, en mati\u00e8re de contenu d&#8217;enseignement, la flexibilit\u00e9 et l&#8217;adaptabilit\u00e9 de la future main-d&#8217;\u0153uvre. Selon Edith Cresson, ce qui importe, actuellement, n&#8217;est plus tant de transmettre des savoirs que de transmettre des comp\u00e9tences. Comme l&#8217;explique Nico Hirtt : \u00ab Cette approche par les comp\u00e9tences  n&#8217;est pas totalement \u00e0 rejeter, c&#8217;est la fa\u00e7on dont celle-ci est mise en \u0153uvre. Concr\u00e8tement, ces dix derni\u00e8res ann\u00e9es, dans l&#8217;enseignement primaire et secondaire en Communaut\u00e9 fran\u00e7aise, force est de constater que cette approche a abouti \u00e0 deux choses : premi\u00e8rement \u00e0 une formidable d\u00e9r\u00e9gulation des contenus enseign\u00e9s qui ouvre la porte \u00e0 une terrible diff\u00e9renciation entre \u00e9tablissements scolaires. Les programmes sont formul\u00e9s de mani\u00e8re \u00e0 ce que l&#8217;interpr\u00e9tation d&#8217;une \u00e9cole \u00e0 l&#8217;autre, d&#8217;un enseignant \u00e0 l&#8217;autre, permette des diff\u00e9rences de niveaux de connaissances extr\u00eamement \u00e9lev\u00e9es. Deuxi\u00e8mement, l&#8217;introduction des comp\u00e9tences s&#8217;est faite, certainement contrairement \u00e0 ceux qui ont pens\u00e9 ce type de p\u00e9dagogie, au d\u00e9triment  de l&#8217;acc\u00e8s \u00e0 un corpus int\u00e9gr\u00e9 de connaissances, qui constitue un socle de savoirs qui apporte la capacit\u00e9 de comprendre le monde dans lequel on vit. \u00bb  Cette approche par les comp\u00e9tences n&#8217;est, d&#8217;apr\u00e8s un article de l&#8217;observateur de l&#8217;OCDE, pas nouvelle. Les employeurs ont les premiers reconnus en elle les facteurs cl\u00e9s du dynamisme et de la flexibilit\u00e9. Une force de travail dot\u00e9e de ces comp\u00e9tences est \u00e0 m\u00eame de s&#8217;adapter continuellement \u00e0 la demande et \u00e0 des moyens de production en perp\u00e9tuelle \u00e9volution. Mais cette flexibilit\u00e9 exig\u00e9e est aussi revendiqu\u00e9e \u00e0 travers les structures du syst\u00e8me de l&#8217;enseignement lui-m\u00eame. Cette volont\u00e9 de d\u00e9r\u00e9gulation croissante de l&#8217;\u00e9ducation se traduit par une d\u00e9centralisation et une autonomie des \u00e9tablissements scolaires. A cet \u00e9gard, souligne Nico Hirtt, \u00ab la Belgique a le triste privil\u00e8ge de battre tous les records europ\u00e9ens en mati\u00e8re de semi-march\u00e9 scolaire avec son cort\u00e8ge d&#8217;\u00e9coles d&#8217;\u00e9lite et d&#8217;\u00e9coles poubelles, ainsi que ses r\u00e9seaux scolaires concurrents. \u00bb Comme l&#8217;indique une \u00e9tude r\u00e9cente de l&#8217;APED, ce syst\u00e8me d&#8217;enseignement d\u00e9r\u00e9gul\u00e9 entra\u00eene des d\u00e9g\u00e2ts en terme de non-d\u00e9mocratisation de l&#8217;enseignement. Statistiquement, notre pays pr\u00e9sente beaucoup plus d&#8217;in\u00e9galit\u00e9s sociales dans le syst\u00e8me \u00e9ducatif que les pays scandinaves par exemple. Cela s&#8217;expliquerait par trois facteurs qui sont : le sous-financement de notre enseignement primaire, l&#8217;existence, en Belgique, d&#8217;une in\u00e9galit\u00e9 due \u00e0 des s\u00e9lections pr\u00e9coces -ce qui ne se fait pas dans les pays scandinaves avant seize ans- et, enfin, la totale libert\u00e9 des parents quant au choix d&#8217;\u00e9tablissement. Cette derni\u00e8re engendre une forte s\u00e9gr\u00e9gation sociale, avec des \u00e9coles o\u00f9 se rassemblent des enfants d&#8217;origine ais\u00e9e et d&#8217;autres \u00e9coles o\u00f9 se concentrent des enfants d&#8217;origine populaire ou immigr\u00e9e. Pour conclure ce point, Nico Hirtt appelle les parents, les professeurs et \u00e9ducateurs \u00e0 mettre fin \u00e0 ces march\u00e9s scolaires \u00e0 la belge et \u00e0 avancer vers un r\u00e9seau unique d&#8217;enseignement qui devrait \u00eatre public. <\/p>\n<p>Le second aspect de cette marchardisation est l&#8217;utilisation de l&#8217;enseignement aux fins de stimuler certains march\u00e9s. Pourquoi la priorit\u00e9 des Etats est-elle donn\u00e9e, aujourd&#8217;hui, aux nouvelles technologies et non pas au maintien d&#8217;un bon encadrement scolaire ? L&#8217;explication peut \u00eatre illustr\u00e9e par l&#8217;ensemble des travaux du sommet de Lisbonne en 2000, enti\u00e8rement consacr\u00e9 au retard de l&#8217;Europe sur les Etats-Unis, le Japon et l&#8217;Australie, en mati\u00e8re d&#8217;utilisation domestique par les citoyens, des technologies de l&#8217;information et de la communication. Les conclusions de ce sommet \u00e9taient qu&#8217;une g\u00e9n\u00e9ralisation de l&#8217;emploi de l&#8217;ordinateur \u00e0 l&#8217;\u00e9cole acc\u00e9l\u00e8re cette utilisation domestique et ainsi stimule l&#8217;\u00e9mergence d&#8217;un march\u00e9 europ\u00e9en des technologies de l&#8217;information et de la communication. De m\u00eame, des statistiques pr\u00e9cisaient que 48% de l&#8217;achat d&#8217;un ordinateur se faisait apr\u00e8s qu&#8217;un enfant  ait appris \u00e0 l&#8217;\u00e9cole \u00e0 s&#8217;en servir. Nous assistons aussi, pr\u00e9cise Nico Hirtt, \u00e0 l&#8217;apparition du marketing scolaire. \u00ab La Commission europ\u00e9enne recommande l&#8217;entr\u00e9e de la publicit\u00e9 dans les \u00e9coles. L&#8217;argument soutenu est que des syst\u00e8mes d&#8217;enseignement qui manquent de financements, ne peuvent durablement refuser des offres de bons mat\u00e9riels p\u00e9dagogiques, provenant de firmes qui ne demandent que cela pour entrer dans les \u00e9coles. \u00bb<\/p>\n<p>Le dernier aspect porte sur la transformation de l&#8217;\u00e9cole en nouveaux march\u00e9s lucratifs. Aujourd&#8217;hui, explique Nico Hirtt d&#8217;apr\u00e8s un acte d&#8217;un forum Etats-Unis-OCDE en 2002, \u00ab on ne dit plus qu&#8217;il faut que l&#8217;enseignement s&#8217;ouvre un peu au march\u00e9 pour am\u00e9liorer sa qualit\u00e9 mais on dit qu&#8217;il faut que l&#8217;enseignement s&#8217;ouvre au march\u00e9 parce que c&#8217;est une partie cruciale du march\u00e9 mondial des services. \u00bb Cette recherche de profits concernerait surtout l&#8217;enseignement sup\u00e9rieur ainsi que dans une moindre mesure la formation tout au long de la vie, la formation en entreprise, etc.<\/p>\n<p>Dans l&#8217;enseignement sup\u00e9rieur, cette privatisation prend toutes sortes de formes : le co\u00fbt des \u00e9tudes est de plus en plus \u00e9lev\u00e9 dans les pays les plus \u00ab avanc\u00e9s \u00bb, l&#8217;apparition d&#8217;universit\u00e9s franchis\u00e9es priv\u00e9es ou encore la vente d&#8217;enseignement \u00e0 distance via le web qui conna\u00eet un grand succ\u00e8s. Internet est, aujourd&#8217;hui, un des principaux vecteurs du d\u00e9veloppement et il stimule l&#8217;\u00e9mergence de ce march\u00e9 mondial des services \u00e9ducatifs. N\u00e9anmoins, des barri\u00e8res commerciales freinent ce d\u00e9veloppement. L&#8217;OMC, notamment, exerce une forte pression pour supprimer les dipl\u00f4mes nationaux par exemple. Cela permettrait d&#8217;acc\u00e9der \u00e0 un mode de certification transnational. Cette demande, montre Nico Hirtt, en rejoint une autre \u00e9manant du milieu des employeurs. \u00ab Le dipl\u00f4me, la qualification comme mode de r\u00e9gulation du march\u00e9 du travail, n&#8217;est plus tellement adapt\u00e9 \u00e0 ce march\u00e9 instable dans lequel la vitesse de rotation de la main d&#8217;\u0153uvre est extr\u00eamement \u00e9lev\u00e9e. Les patrons demandent une formation \u00e0 l&#8217;emploi plus souple, plus flexible, qui remplacerait le dipl\u00f4me par des certificats de comp\u00e9tences. Ceux-ci pourraient r\u00e9pondre de mani\u00e8re plus diversifi\u00e9e \u00e0 une demande pointue mais extr\u00eamement variable. Les ECTS dans l&#8217;enseignement sup\u00e9rieur sont le r\u00e9sultat des travaux de la Commission europ\u00e9enne pour cette flexibilisation du march\u00e9 du travail et l&#8217;internationalisation du certificat voulue par le  processus de Bologne. \u00bb Cette commission d\u00e9sire l&#8217;harmonisation d&#8217;un espace europ\u00e9en d&#8217;enseignement sup\u00e9rieur en cr\u00e9ant d&#8217;abord les conditions d&#8217;\u00e9mergence d&#8217;un march\u00e9 de l&#8217;enseignement sup\u00e9rieur, c&#8217;est-\u00e0-dire quand les universit\u00e9s les moins performantes en terme de comp\u00e9tition \u00e9conomique auront \u00e9t\u00e9 balay\u00e9es, une fois que les processus de fusion auront \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s pour obtenir des \u00e9tablissements d&#8217;enseignement sup\u00e9rieur europ\u00e9ens comp\u00e9titifs sur le terrain, l&#8217;Union europ\u00e9enne, acceptera, ensuite, d&#8217;engager la comp\u00e9tition \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle mondiale. Un autre exemple qui illustre cette transformation de l&#8217;\u00e9cole en nouveaux march\u00e9s lucratifs est la banque mondiale qui recommande, aujourd&#8217;hui, aux pays du tiers-monde d&#8217;arr\u00eater tout investissement public dans l&#8217;enseignement sup\u00e9rieur. Les deux arguments sont qu&#8217;il faut donner la priorit\u00e9 \u00e0 l&#8217;alphab\u00e9tisation de la population et que,  gr\u00e2ce \u00e0 Internet, les universit\u00e9s europ\u00e9ennes, am\u00e9ricaines, japonaises, australiennes sont d\u00e9j\u00e0 en train de s&#8217;implanter dans ces pays, soit sous la forme d&#8217;universit\u00e9s franchis\u00e9es, soit, de plus en plus, sous la forme d&#8217;offre d&#8217;enseignement \u00e0 distance via internet. Cela signifie, pour la Banque mondiale, que ceux-ci ne sauraient  concurrencer la multitude d&#8217;offres d&#8217;enseignement provenant des pays industrialis\u00e9s. <\/p>\n<p>Pour conclure, Nico Hirtt explique que, si nous laissons l&#8217;\u00e9volution en cours se poursuivre, deux grands dangers appara\u00eetront : premi\u00e8rement, c&#8217;est l&#8217;instrumentalisation de l&#8217;\u00e9cole au service de la comp\u00e9tition \u00e9conomique. \u00ab Celle-ci se r\u00e9alise \u00e0 travers la mise en \u0153uvre de l&#8217;approche par les comp\u00e9tences, par la d\u00e9r\u00e9gulation des syst\u00e8mes d&#8217;enseignement, par la mise en place de structures comme la Commission communautaire des professions et des qualifications, par l&#8217;enseignement technique et professionnel. \u00bb Mais tout cela nous \u00e9loigne, ajoute Nico Hirtt, de la mission principale de l&#8217;enseignement qui est l&#8217;acc\u00e8s de tous aux connaissances et aux comp\u00e9tences qui permettent de comprendre le monde, d&#8217;y agir en citoyen critique et conscient. Ensuite, le second danger est d&#8217;aller vers une dualisation plus grande. La d\u00e9r\u00e9gulation et la privatisation ne peuvent qu&#8217;ouvrir la porte au d\u00e9veloppement d&#8217;\u00e9coles d&#8217;\u00e9lite d&#8217;un c\u00f4t\u00e9 et d&#8217;\u00e9coles poubelles de l&#8217;autre, cette r\u00e9alit\u00e9, d\u00e9j\u00e0 si terrible en Belgique, risque de s&#8217;aggraver encore dans les ann\u00e9es \u00e0 venir. \u00ab Il y a 22 ans, le pays consacrait 7% de sa richesse nationale \u00e0 l&#8217;enseignement, aujourd&#8217;hui, 5,2% de son PIB. La perte est immense et le secteur le plus touch\u00e9 reste peut \u00eatre l&#8217;enseignement primaire. C&#8217;est pourquoi, il est urgent de se remobiliser et de demander aux organisations syndicales, en Belgique, de r\u00e9clamer avec plus de force un refinancement de l&#8217;enseignement. \u00bb <\/p>\n<h2>Les r\u00e9actions \u00e0 l&#8217;intervention de Nico Hirtt<\/h2>\n<p>Malgr\u00e9 l&#8217;absence des repr\u00e9sentants annonc\u00e9s de la F.E.F.(F\u00e9d\u00e9ration des \u00e9tudiants Francophones), de la Ligue des Familles, de la Ligue de l&#8217;Enseignement et de la FAPEO (F\u00e9d\u00e9ration des Associations de Parents de l&#8217;Enseignement Officiel), la table ronde de ce six mars n&#8217;a gu\u00e8re connu de temps morts. <\/p>\n<p>Les repr\u00e9sentants des enseignants, des parents, des \u00e9tudiants universitaires et d&#8217;ATTAC appel\u00e9s \u00e0 intervenir et \u00e0 r\u00e9agir au propos de Nico Hirtt sur la marchandisation de l&#8217;enseignement (voir le compte-rendu ci-dessus), ont, tour \u00e0 tour, fait savoir leur position et valoir leur point de vue.<br \/>\nLe processus de Bologne et ses effets possibles sur l&#8217;enseignement en Communaut\u00e9 Fran\u00e7aise se sont trouv\u00e9s au centre du d\u00e9bat \u00e0 maintes reprises.  <\/p>\n<p><strong>CGSP-enseignement<\/strong><\/p>\n<p>Christiane Cornet, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9rale de l&#8217;interr\u00e9gionale wallonne de la CGSP-enseignement a fait valoir sa volont\u00e9 syndicale d&#8217;une \u00ab \u00e9galit\u00e9 des r\u00e9sultats par rapport  \u00e0 une \u00e9galit\u00e9 des chances,  conception beaucoup plus lib\u00e9rale qui consiste \u00e0 amener l&#8217;enfant au maximum de ses possibilit\u00e9s \u00e0 lui, tandis que l&#8217;\u00e9galit\u00e9 des r\u00e9sultats vise \u00e0 amener tout le monde aux comp\u00e9tences maximales. \u00bb. Elle partage ainsi l&#8217;opinion de Nico Hirtt d&#8217;amener tous les enfants au bout de leurs comp\u00e9tences.<br \/>\nElle a \u00e9galement acquiesc\u00e9 au lien qu&#8217;a \u00e9tabli Nico Hirtt entre la marchandisation et le sous-financement de l&#8217;enseignement en Communaut\u00e9 Fran\u00e7aise. Elle a particuli\u00e8rement insist\u00e9 sur le sous-financement \u00ab chronique et g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 \u00bb de l&#8217;enseignement sup\u00e9rieur. Pour elle, c&#8217;est ce d\u00e9ficit qui \u00ab am\u00e8ne la privatisation par la recherche de moyens financiers ext\u00e9rieurs et introduit des entreprises priv\u00e9es dans l&#8217;enseignement \u00bb.<br \/>\nQuant aux accords de Bologne, elle a rappel\u00e9 qu&#8217;ils \u00ab ne constituaient pas une directive mais bien une s\u00e9rie de recommandations et qu&#8217;il  appartenait donc aux organisations syndicales et aux militants des diff\u00e9rentes associations de renverser la vapeur ou, en tout cas, d&#8217;y mettre des balises. \u00bb. Parmi ces \u00ab balises \u00bb, les organismes syndicaux demandent de veiller \u00e0 ce que les ECTS (European Credit Transfer System) obtenus le soient dans une institution nationale et non \u00e9trang\u00e8re. Autre cheval de bataille des syndicats-enseignants : \u00ab La certification doit rester l&#8217;apanage des pouvoirs publics. Sans cela, la porte est ouverte \u00e0 toutes les d\u00e9rives et n&#8217;importe qui pourrait d\u00e9livrer cette certification. \u00bb. Christiane Cornet s&#8217;est ensuite inqui\u00e9t\u00e9e de  l&#8217;\u00e9mergence d&#8217;acad\u00e9mies dans le circuit universitaire, acad\u00e9mies qui \u00e9chappent au service public.<\/p>\n<p><strong>UFAPEC<\/strong><\/p>\n<p>Henri Wittorski, porte-parole de l&#8217;UFAPEC (Union des F\u00e9d\u00e9rations d&#8217;Associations de Parents de l&#8217;enseignement catholique) a fait part de son d\u00e9saccord face \u00e0 plusieurs des points d\u00e9velopp\u00e9s par Nico Hirtt. Dans la premi\u00e8re partie de son expos\u00e9, Nico Hirtt \u00e9pinglait notamment trois facteurs antagonistes du processus de d\u00e9mocratisation de l&#8217;enseignement : le sous-financement de l&#8217;enseignement primaire, la s\u00e9lection pr\u00e9coce du futur parcours scolaire (d\u00e8s le d\u00e9but des \u00e9tudes secondaires, voire la fin des primaires) et la totale libert\u00e9 des parents dans le choix de l&#8217;\u00e9tablissement scolaire menant \u00e0 une concentration sociale. Pour Henri Wittorski, \u00ab c&#8217;est un leurre de croire que la situation actuelle en Communaut\u00e9 fran\u00e7aise est soi-disant due au pouvoir \u00e9norme du choix scolaire des parents, [&#8230;] et il faut sensibiliser le public \u00e0 tous les aspects du probl\u00e8me. \u00bb. Il a fait valoir la volont\u00e9 des associations de parents de travailler en collaboration avec les autres associations du milieu enseignant. <\/p>\n<p><strong>F\u00e9d\u00e9 des \u00e9tudiants de l&#8217;Ulg<\/strong><\/p>\n<p>J\u00e9r\u00f4me Leboutte, porte-parole de la F\u00e9d\u00e9ration des Etudiants de l&#8217;Ulg, a principalement centr\u00e9 son intervention autour de l&#8217;application en Communaut\u00e9 Fran\u00e7aise des accords de Bologne \u00e0 travers le d\u00e9cret de la Ministre Dupuis ainsi qu&#8217;autour des diff\u00e9rentes manifestations suscit\u00e9es par la sortie de ce d\u00e9cret. Apr\u00e8s avoir rappel\u00e9 les objectifs de la d\u00e9claration de Bologne, il est revenu sur les concepts de mobilit\u00e9, de flexibilit\u00e9 \u00e0 l&#8217;emploi et de comp\u00e9titivit\u00e9 (de l&#8217;Europe par rapport aux USA) d\u00e9nonc\u00e9s par Nico Hirtt dans la premi\u00e8re partie du d\u00e9bat. Il a \u00e9mis une s\u00e9rie de remarques quant \u00e0 la d\u00e9claration, concernant notamment le caract\u00e8re flou de la notion de comp\u00e9titivit\u00e9 : \u00ab Est-ce que cette comp\u00e9titivit\u00e9 vise des universit\u00e9s de pointe dont le minerval s&#8217;\u00e9l\u00e8ve \u00e0 plusieurs milliers d&#8217;euros ou des universit\u00e9s de tr\u00e8s basse qualit\u00e9 ? \u00bb. Quant \u00e0 la mobilit\u00e9, qu&#8217;il salue \u00ab car voyager \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger constitue une exp\u00e9rience forte et enrichissante \u00bb, elle ne peut se passer \u00ab d&#8217;un financement certain, risquant par l\u00e0 d&#8217;\u00eatre accessible seulement aux \u00e9tudiants les plus favoris\u00e9s.\u00bb. Enfin, il a regrett\u00e9 que \u00ab la d\u00e9claration ne [fasse] pas mention du caract\u00e8re public de l&#8217;enseignement universitaire, de son pluralisme ni de son autonomie par rapport \u00e0 un pouvoir id\u00e9ologique et surtout \u00e9conomique. \u00bb.<\/p>\n<p><strong>ATTAC<\/strong><\/p>\n<p>Christine Pagnoul, professeur \u00e0 l&#8217;Ulg et pr\u00e9sente au d\u00e9bat en tant que porte-parole d&#8217;ATTAC,  a remarqu\u00e9 que si la mobilit\u00e9 propos\u00e9e par Bologne constitue un point positif, elle ne se voit pas appliqu\u00e9e \u00e0 toute les facult\u00e9s : \u00ab Il y a des sections, comme les langues, o\u00f9 les \u00e9changes Erasmus sont handicap\u00e9s par les mesures de d\u00e9stabilisation compl\u00e8te que pr\u00e9voit ce d\u00e9cret et dans ce cas, l&#8217;organisation \u20183-5&#8242; aboutit \u00e0 une baisse vertigineuse des attentes par rapport aux \u00e9tudiants en premi\u00e8re ann\u00e9e. \u00c0 l&#8217;instar de Christiane Cornet, elle a insist\u00e9 sur le risque que repr\u00e9sentait l&#8217;organisation des universit\u00e9s en acad\u00e9mies : \u00ab elle [l&#8217;organisation] aboutit en Communaut\u00e9 Fran\u00e7aise \u00e0 ce que l&#8217;Universit\u00e9 de Li\u00e8ge se trouve tellement minoris\u00e9e qu&#8217;il n&#8217;en subsistera bient\u00f4t peut-\u00eatre qu&#8217;une partie pr\u00e9cise correspondant \u00e0 la fusion entre HEC et une partie de la facult\u00e9 d&#8217;Economie et de Gestion en Sciences Sociales, r\u00e9pondant ainsi aux approches marchandes de Bologne. \u00bb. Elle a enfin d\u00e9nonc\u00e9 l&#8217;hypocrisie du socle de comp\u00e9tences : \u00abL&#8217;organisation de l&#8217;enseignement autour de socles de comp\u00e9tences d\u00e9sorganise l&#8217;acquisition de savoirs, de connaissances, de rep\u00e8res. Il me semble en effet que l&#8217;acquisition de comp\u00e9tences pr\u00e9cises, comme savoir lire un texte, savoir jeter des ponts entre des \u00e9l\u00e9ments et des donn\u00e9es diff\u00e9rentes est essentielle \u00e0 l&#8217;exercice conscient de la d\u00e9mocratie et \u00e0 la r\u00e9flexion plus urgente que jamais sur le monde dans lequel nous souhaitons vivre. \u00bb.<br \/>\nLe d\u00e9bat s&#8217;est ensuite ouvert aux interventions du public. <\/p>\n<h2>D\u00e9bat: A la recherche d&#8217;un autre monde<\/h2>\n<p>Apr\u00e8s une pause caf\u00e9 offerte par le C.A.L, la deuxi\u00e8me partie tant attendue par le public commence. Un d\u00e9bat g\u00e9n\u00e9ral o\u00f9 chacun peut poser ses questions aux interlocuteurs de son choix. <\/p>\n<p>A peine le mot \u00ab d\u00e9bat \u00bb est-il prononc\u00e9 que les bras se l\u00e8vent d&#8217;un peu partout dans la salle, chaque personne donnant son avis sur l&#8217;expos\u00e9 de Nico Hirtt ou sur les prises de position des autres interlocuteurs. Outre les questions pos\u00e9es, les participants se sentent concern\u00e9s par la probl\u00e9matique et racontent leurs exp\u00e9riences personnelles et professionnelles. Ainsi, c&#8217;est le cas de cette dame, professeur de promotion sociale depuis plusieurs ann\u00e9es, qui explique en quoi consiste son travail quotidien avec son lot d&#8217;attentes et de craintes, surtout dans le domaine des formations modulaires o\u00f9 les responsables d\u00e9cident seulement trois jours avant le d\u00e9but de la formation si elle a lieu ou non en fonction du nombre de participants inscrits. <\/p>\n<p>Apr\u00e8s cette intervention, c&#8217;est au tour d&#8217;un jeune enseignant de pr\u00e9ciser qu&#8217;il ne partage pas l&#8217;id\u00e9e de l&#8217;auteur de L&#8217;\u00e9cole prostitu\u00e9e en ce qui concerne une hi\u00e9rarchie des trois enseignements : g\u00e9n\u00e9ral, technique et professionnel. Nico Hirtt r\u00e9plique que, selon lui, cette hi\u00e9rarchisation existe sous diff\u00e9rentes formes : \u00ab Les fili\u00e8res de l&#8217;enseignement sont hi\u00e9rarchis\u00e9es, peut-\u00eatre pas dans nos t\u00eates, mais bien dans les faits, dans la r\u00e9alit\u00e9. Premi\u00e8rement, c&#8217;est seulement apr\u00e8s l&#8217;accumulation d&#8217;\u00e9checs scolaires que l&#8217;on est orient\u00e9 vers les fili\u00e8res techniques et professionnelles. Ensuite, il y a hi\u00e9rarchisation dans le destin social des uns et des autres. \u00bb Et le conf\u00e9rencier d&#8217;apporter des chiffres, des statistiques pour appuyer ses propos. \u00ab De plus, il y a une hi\u00e9rarchie dans les contenus : dans l&#8217;enseignement g\u00e9n\u00e9ral, l&#8217;enfant re\u00e7oit encore une formation qui est relativement g\u00e9n\u00e9rale &#8211; le mot le dit bien &#8211; alors que dans l&#8217;enseignement professionnel, l&#8217;\u00e9l\u00e8ve est, parfois d\u00e8s l&#8217;\u00e2ge de 14-15 ans, sp\u00e9cialis\u00e9 dans des t\u00e2ches d&#8217;ex\u00e9cution o\u00f9 on apprend \u00e0 ob\u00e9ir, \u00e0 \u00eatre productif dans un emploi. [&#8230;] Et, en dernier lieu, il y a hi\u00e9rarchie dans le recrutement. Il ne se fait pas sur base des m\u00e9rites de chacun, [&#8230;] mais, avant tout essentiellement, sur base de l&#8217;origine sociale des enfants. \u00bb A la vive r\u00e9action du jeune professeur indign\u00e9 par cette constatation, N. Hirtt r\u00e9torque qu&#8217;il n&#8217;insulte personne en tenant ces propos, surtout pas les enseignants puisque lui-m\u00eame en fait partie, mais que c&#8217;est le syst\u00e8me en Belgique qui veut cela, qu&#8217;il est d&#8217;application d\u00e8s les primaires. \u00ab Nous sommes donc dans un syst\u00e8me o\u00f9 nous ne pouvons pas faire autrement que de participer \u00e0 ce m\u00e9canisme de s\u00e9lection \u00bb, ajoute-t-il. Et lorsque ce m\u00eame interlocuteur clame haut et fort que \u00ab c&#8217;est la communautarisation de l&#8217;enseignement qui a \u00e9t\u00e9 une catastrophe ! \u00bb, la salle applaudit avec conviction. <\/p>\n<p>En opposant les pays scandinaves \u00e0 notre pays, Nico Hirtt se rallie \u00e0 Christiane Cornet, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9rale de l&#8217;interr\u00e9gionale wallonne de la CGSP-enseignement, dans le but de pr\u00f4ner une \u00ab \u00e9cole unique \u00bb c&#8217;est-\u00e0-dire une \u00e9cole o\u00f9 il n&#8217;y aurait qu&#8217;un seul r\u00e9seau (et non l&#8217;opposition permanente entre le \u00ab libre \u00bb et le \u00ab public \u00bb, comme c&#8217;est le cas actuellement). Cependant, le porte-parole de l&#8217;UFAPEC (Union des F\u00e9d\u00e9rations d&#8217;Associations de Parents de l&#8217;Ecole Catholique), Henri Wittorski, n&#8217;est pas du m\u00eame avis : \u00ab Le r\u00e9seau unique est un r\u00eave car la Communaut\u00e9 fran\u00e7aise n&#8217;en a pas les moyens. [&#8230;] Il existe d&#8217;autres solutions que l&#8217;\u00e9cole unique. L&#8217;\u00e9cole id\u00e9ale existe en Belgique, mais, malheureusement pas partout. \u00bb<br \/>\nSuite \u00e0 ces interventions, la parole est \u00e0 nouveau donn\u00e9e au public. Au total, une dizaine de personnes s&#8217;exprimeront sur la probl\u00e9matique de la marchandisation de l&#8217;enseignement, mais aussi, plus globalement sur des probl\u00e8mes de la soci\u00e9t\u00e9 actuelle, le tout centr\u00e9 essentiellement sur la d\u00e9rive n\u00e9o-lib\u00e9rale vouant un culte aux ph\u00e9nom\u00e8nes de mondialisation et de globalisation. Le mot d&#8217;ordre g\u00e9n\u00e9ral est de \u00ab r\u00e9sister \u00bb et l&#8217;appel est lanc\u00e9 pour se mobiliser \u00ab non pas en tant qu&#8217;enseignant &#8211; ce que je ne suis pas &#8211; mais en tant que citoyen. Je pense qu&#8217;il faut donc opter pour un combat de soci\u00e9t\u00e9, c&#8217;est-\u00e0-dire reposer un choix de soci\u00e9t\u00e9, au lieu d&#8217;un combat sectaire \u00bb, argumente un homme se d\u00e9crivant comme \u00ab simple citoyen r\u00e9sistant \u00bb, avant d&#8217;\u00eatre suivi par son voisin, un fonctionnaire qui \u00ab lance un appel contre la privatisation des services publics \u00bb. Les questions sont donc, en g\u00e9n\u00e9ral, plus des propositions, des angoisses ou des craintes exprim\u00e9es par un public interactif et largement h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne. <\/p>\n<p>Au moment de clore le d\u00e9bat, chaque interlocuteur apporte une conclusion personnelle ou insiste \u00e0 nouveau sur certains propos : \u00ab Une mobilisation sur le th\u00e8me du refinancement, dans nos organisations syndicales, n&#8217;est pas un th\u00e8me porteur pour plusieurs raison \u00bb, explique Christiane Cornet. \u00ab On a assomm\u00e9 les enseignants avec cette id\u00e9e institutionnellement juste qu&#8217;il \u00e9tait impossible d&#8217;obtenir plus d&#8217;argent de la Communaut\u00e9 fran\u00e7aise [&#8230;] puisqu&#8217;elle est sans cesse suspendue au bon vouloir de l&#8217;\u00e9tat f\u00e9d\u00e9ral et donc du nord du pays. [&#8230;] D\u00e8s lors, nous avons list\u00e9, dans un cahier revendicatif, toutes nos revendications en front commun, non seulement concernant les conditions des travailleurs et les salaires, mais \u00e9galement ce que nous pensions dans un premier temps valable pour tenter d&#8217;enrayer la dualisation galopante de l&#8217;enseignement. \u00bb Dans la foul\u00e9e de ces paroles, Christine Pagnoul, porte-parole d&#8217;ATTAC, r\u00e9capitule en reprenant quelques expressions du public (\u00ab question de civilisation \u00bb, \u00ab choix de soci\u00e9t\u00e9 \u00bb) tout en pr\u00e9cisant que \u00ab la question primordiale est de savoir dans quel type de soci\u00e9t\u00e9 nous voulons que nos enfants soient \u00e9duqu\u00e9s, mais aussi avec quel revenu. Et l\u00e0, on en revient \u00e0 la question qu&#8217;une dame du public a soulev\u00e9e, la question d&#8217;une fiscalit\u00e9 plus juste. \u00bb L&#8217;avis de J\u00e9r\u00f4me Leboutte, porte-parole de la F\u00e9d\u00e9ration des \u00e9tudiants de l&#8217;Universit\u00e9 de Li\u00e8ge, concerne surtout le refinancement : \u00ab nous, \u00e9tudiants, sommes convaincus qu&#8217;il est n\u00e9cessaire, qu&#8217;il faut le r\u00e9clamer et qu&#8217;il doit provenir du F\u00e9d\u00e9ral. Pour ce qui est de trouver de l&#8217;argent, je crois qu&#8217;on n&#8217;\u00e9vitera pas le d\u00e9bat fiscal. \u00bb Quant \u00e0 Nico Hirtt, il est indispensable, selon lui, de \u00ab secouer le joug du r\u00e9alisme \u00bb, et ce, pour \u00e9radiquer l&#8217;individualisme de notre soci\u00e9t\u00e9 ainsi que d\u00e9passer le d\u00e9bat des r\u00e9seaux : \u00ab Ce syst\u00e8me de semi-march\u00e9 scolaire aboutit, non pas parce qu&#8217;un r\u00e9seau est meilleur que l&#8217;autre, mais par le jeu de la concurrence, \u00e0 des ph\u00e9nom\u00e8nes de concentrations sociales qui sont inadmissibles. [&#8230;] Il est du devoir de l&#8217;individu de dire que le cahier revendicatif n&#8217;est pas suffisant m\u00eame s&#8217;il a le m\u00e9rite d&#8217;exister. \u00bb De plus, il rench\u00e9rit : \u00ab L&#8217;enseignement obligatoire a pour mission de former des citoyens capables de comprendre le monde dans lequel ils vont vivre et non de leur apprendre un m\u00e9tier ! [&#8230;] je veux que les exploit\u00e9s apprennent \u00e0 l&#8217;\u00e9cole ce qui leur permettra d&#8217;agir collectivement \u00e0 la transformation de ce monde ! \u00bb De par ces propos, l&#8217;enseignant stigmatise l&#8217;approche par comp\u00e9tences qu&#8217;il a d\u00e9nonc\u00e9e dans son introduction, peu avant le d\u00e9bat. Celui-ci se termine donc sur une vision personnelle de la probl\u00e9matique qui a, apparemment, plu au public, si l&#8217;on en croit les nombreux applaudissements accompagnant le discours de l&#8217;auteur. Certains sont repartis d\u00e9\u00e7us de n&#8217;avoir pu s&#8217;exprimer, d&#8217;autres plus motiv\u00e9s que jamais \u00e0 \u00ab se battre \u00bb, pr\u00eats \u00e0 \u00ab r\u00e9sister \u00bb. Cependant, apr\u00e8s avoir esquiss\u00e9 les principales menaces qui p\u00e8sent sur la marchandisation de l&#8217;enseignement, force est de constater que le d\u00e9bat est loin d&#8217;\u00eatre clos ; les avis divergent toujours sur le sujet&#8230;<\/p>\n<p><strong>Compte rendu r\u00e9alis\u00e9 par Christelle Tribolet, Florence Leone, Emilie Ravignat<\/strong><\/p>\n<p>&#8212;&#8211;<\/p>\n<h2>Conclusions:<br \/>\nO\u00f9 en sommes-nous avec la marchandisation de l&#8217;enseignement ?<\/h2>\n<p><em>L&#8217;enseignement fondamental et secondaire n&#8217;est pas directement menac\u00e9.  La Communaut\u00e9 fran\u00e7aise Wallonie-Bruxelles, l&#8217;Etat belge et l&#8217;Union  Europ\u00e9enne le tiennent \u00e0 l&#8217;\u00e9cart de l&#8217;Accord g\u00e9n\u00e9ral sur le commerce et les  services (AGCS).  La mobilisation contre la marchandisation \u00e0 outrance a donc port\u00e9 ses fruits.  Toutefois la pression reste forte, notamment de la part de l&#8217;Australie et de la Nouvelle Z\u00e9lande. A l&#8217;int\u00e9rieur m\u00eame de l&#8217;Europe, divers pays ont c\u00e9d\u00e9 \u00e0 la marchandisation.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s 25 ans d&#8217;aust\u00e9rit\u00e9,  notre enseignement est  devenu terriblement in\u00e9galitaire, ce  qui entra\u00eene une chute de sa moyenne par rapport aux autres pays d\u00e9velopp\u00e9s et contribue \u00e0<br \/>\nla dualisation de la soci\u00e9t\u00e9.  C&#8217;est un  acte d\u00e9mocratique d&#8217;exiger un investissement massif  pour rendre \u00e0 l&#8217;\u00e9cole la part du PIB qu&#8217;elle avait il y a une g\u00e9n\u00e9ration. L&#8217;\u00e9cole primaire en a particuli\u00e8rement besoin parce que c&#8217;est \u00e0 partir de la base qu&#8217;il faut reconstruire.<\/p>\n<p>Une influence des firmes se fait sentir  par la &#8220;sponsorisation&#8221; de nombreuses activit\u00e9s  des \u00e9coles. La publicit\u00e9 et les distributeurs automatiques de certaines marques sont pr\u00e9sents dans les \u00e9tablissements scolaires. Les cyberclasses sont utilis\u00e9es plut\u00f4t pour transformer les enfants -et par ricoche, leurs parents-, en consommateurs de nouvelles technologies, que pour apprendre un usage critique d&#8217;internet et de l&#8217;informatique.<\/p>\n<p>Sous la pression de la Table Ronde des Industriels Europ\u00e9ens et de ses relais,  l&#8217;enseignement  technique et professionnel subit une d\u00e9rive. Loin des humanit\u00e9s  techniques et de l&#8217;\u00e9quivalence des dipl\u00f4mes avec le g\u00e9n\u00e9ral, on voit se d\u00e9velopper au travers des profils de qualification et de la p\u00e9dagogie des comp\u00e9tences, des formations qui visent essentiellement \u00e0 l&#8217;employabilit\u00e9 imm\u00e9diate des \u00e9l\u00e8ves.  Cela s&#8217;accompagne d&#8217;un discours d\u00e9magogique qui cache une v\u00e9rit\u00e9 : plus du tiers des futurs emplois ne requiert que des comp\u00e9tences m\u00e9diocres et limit\u00e9es ! Qu&#8217;en sera-t-il de la formation culturelle et citoyenne des \u00e9l\u00e8ves de ces fili\u00e8res ?<\/p>\n<p>La volont\u00e9 de certains secteurs patronaux de d\u00e9velopper la formation en alternance  va dans le m\u00eame sens.<\/p>\n<p>L&#8217;enseignement de promotion sociale a de moins en moins pour but la promotion personnelle de l&#8217;adulte qui reprend des \u00e9tudes,  sa fonction devient  la r\u00e9ponse rapide au march\u00e9 de l&#8217;emploi.<\/p>\n<p>L&#8217;enseignement sup\u00e9rieur est, lui, directement menac\u00e9.  Les conditions de travail  s&#8217;y d\u00e9gradent et la  pression sur les enseignants augmente.  Il est sous-financ\u00e9. Dans de nombreux pays, la r\u00e9ponse est simple : augmenter le minerval, vendre les \u00e9tudes. Le processus de Bologne ouvre la voie \u00e0 la mise en concurrence des universit\u00e9s publiques ou subventionn\u00e9es, encore accessibles,  avec des universit\u00e9s priv\u00e9es tr\u00e8s ch\u00e8res. Des ventes de formation par internet existent d\u00e9j\u00e0. La mobilit\u00e9 des \u00e9tudiants, en soi souhaitable, risque de tourner au cauchemar pour les familles qui ne sont pas riches, tant le co\u00fbt des formations \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger risque d&#8217;\u00eatre \u00e9lev\u00e9. Les banques s&#8217;appr\u00eatent \u00e0 financer les \u00e9tudes d&#8217;une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration d&#8217;intellectuels qui commenceront leur carri\u00e8re en remboursant capital et int\u00e9r\u00eats.<\/p>\n<p>Le mouvement altermondialiste a marqu\u00e9 des points contre l&#8217;ultra lib\u00e9ralisme, mais la tendance n&#8217;est pas invers\u00e9e. L&#8217;eau, la sant\u00e9, la culture, l&#8217;enseignement continuent d&#8217;\u00eatre convoit\u00e9s comme sources de profits.  <\/p>\n<p>Pour d\u00e9fendre les services publics, il faut d&#8217;abord accepter de les financer, de r\u00e9habiliter l&#8217;imp\u00f4t, de mettre \u00e0 contribution les grosses fortunes et les revenus sup\u00e9rieurs.  Bref, une contribution  \u00e9quitable est n\u00e9cessaire.<\/p>\n<p>Le groupe de travail \u00ab enseignement \u00bb<br \/>\nde la Coordination D&#8217;autres mondes, mars 2004<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le groupe \u00ab enseignement \u00bb de la coordination D&#8217;autres Mondes a pris le 6 mars dernier l&#8217;initiative d&#8217;organiser une table ronde sur le th\u00e8me: &#8220;O\u00f9 en est-on avec la marchandisation de l&#8217;enseignement ?&#8221;. Les conclusions de ce d\u00e9bat ont \u00e9t\u00e9 relay\u00e9es au niveau politique, aupr\u00e8s des quatre partis \u00ab de gouvernement \u00bb.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":229,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-230","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/230","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=230"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/230\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/229"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=230"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=230"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=230"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}