{"id":23,"date":"2003-01-11T00:00:00","date_gmt":"2003-01-10T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.asblonweb.be\/APED\/CM\/?p=23"},"modified":"2017-02-21T15:52:13","modified_gmt":"2017-02-21T14:52:13","slug":"notre-enseignement-en-mutation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/2003\/01\/11\/notre-enseignement-en-mutation\/","title":{"rendered":"Notre enseignement en mutation"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Depuis quelques ann\u00e9es, l&#8217;enseignement est en changement continu. Les l\u00e9gislatures pr\u00e9c\u00e9dente et actuelle ont vu l&#8217;instauration des socles de comp\u00e9tence, les modifications des programmes et des horaires de plusieurs disciplines, la mise en ad\u00e9quation (toujours en cours) des programmes de l&#8217;enseignement technique et professionnel avec les demandes des industriels, la modification de la formation initiale des enseignants. Tout cela part \u00e9videmment de \u00ab bons sentiments \u00bb : mettre l&#8217;enseignement en ad\u00e9quation avec la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle il est plong\u00e9. Ces nombreux changements, il va falloir les dig\u00e9rer, ce qui demande une stabilit\u00e9 de l&#8217;enseignement.<br \/>\nMais cette stabilit\u00e9 est-elle concevable ? L&#8217;enseignement ne serait-il pas, de par sa fonction m\u00eame, en d\u00e9s\u00e9quilibre permanent ? En effet, l&#8217;enseignement d&#8217;aujourd&#8217;hui n&#8217;a-t-il pas pour but de former les jeunes, de les rendre aptes \u00e0 vivre dans la soci\u00e9t\u00e9 future ? Laquelle sera n\u00e9cessairement diff\u00e9rente de la soci\u00e9t\u00e9 actuelle.<\/p>\n<p>Et le futur sera bien diff\u00e9rent d&#8217;aujourd&#8217;hui. Des signes avant-coureurs existent : pollution, saturation des transports, avec des p\u00e9nuries diverses de personnel qualifi\u00e9, le ch\u00f4mage de personnel non qualifi\u00e9,\u2026 Quant au sacro-saint progr\u00e8s technologique, il est en train de se complexifier, alors que le manque de personnel qualifi\u00e9, de chercheurs, de techniciens commence \u00e0 se faire sentir. Jusqu&#8217;aujourd&#8217;hui, les progr\u00e8s pouvaient aller dans toutes les directions. Bient\u00f4t des choix vont devoir \u00eatre effectu\u00e9s.<br \/>\nC&#8217;est qu&#8217;il n&#8217;y a pas que dans le domaine de la recherche, de la technologie de pointe qu&#8217;il faut et faudra du personnel qualifi\u00e9. Il en faudra aussi de plus en plus en lien avec le public. Par exemple, afin d&#8217;effectuer des \u00e9conomies d&#8217;\u00e9nergie au niveau domestique, on parle souvent de l&#8217;installation de syst\u00e8mes domotiques, automatiques, devant fermer les fen\u00eatres \u00e0 une heure donn\u00e9e, d\u00e9marrer et arr\u00eater le chauffage ou l&#8217;\u00e9clairage selon les conditions ext\u00e9rieures, et ainsi de suite. Fort bien, mais a-t-on r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 ce que cela demandera de techniciens divers au service du public. Car lorsqu&#8217;un tel syst\u00e8me tombe en panne, il faudra le r\u00e9parer rapidement. Etant donn\u00e9 l&#8217;interaction entre informatique, senseurs divers, moteurs, etc\u2026, les r\u00e9parateurs ne pourront pas \u00eatre de simples techniciens, mais de v\u00e9ritables ing\u00e9nieurs, ayant des connaissances techniques et scientifiques tr\u00e8s larges. Y en aura-t-il en suffisance ? Saura-t-on les former ?<br \/>\nIl n&#8217;y aura pas que des m\u00e9tiers intellectuels. On devine que le rail, les voies d&#8217;eau vont devoir se d\u00e9velopper si on veut r\u00e9soudre le difficile probl\u00e8me des transports. D&#8217;o\u00f9, probablement, le recours \u00e0 une forte main-d&#8217;\u0153uvre manuelle, n&#8217;ayant pas peur de se salir les mains.<br \/>\nDemain sera diff\u00e9rent d&#8217;aujourd&#8217;hui et dans la pr\u00e9paration du futur, l&#8217;enseignement est un des secteurs strat\u00e9giques cl\u00e9s. D\u00e8s lors, une question essentielle \u00e0 se poser est : l&#8217;enseignement actuel est-il compatible avec cette pr\u00e9paration au futur, ou n&#8217;est-il pas ax\u00e9 principalement sur la situation actuelle ?<\/p>\n<p>Pour r\u00e9pondre \u00e0 cette question, il est utile de consid\u00e9rer les diff\u00e9rents acteurs de l&#8217;enseignement. Ce sont l&#8217;\u00e9l\u00e8ve et la soci\u00e9t\u00e9 (parents, soci\u00e9t\u00e9 civile, industrie), mais aussi les enseignants (et l&#8217;\u00e9cole) et, souvent oubli\u00e9e, la mati\u00e8re enseign\u00e9e. Ces acteurs, il faut y r\u00e9fl\u00e9chir globalement, tous niveaux d&#8217;enseignement confondus. Malheureusement, et c&#8217;est d\u00e9j\u00e0 un premier \u00e9l\u00e9ment de r\u00e9ponse \u00e0 la question g\u00e9n\u00e9rale, actuellement, en Communaut\u00e9 fran\u00e7aise Wallonie-Bruxelles, chaque niveau (fondamental, secondaire et sup\u00e9rieur) est pilot\u00e9 par un ministre diff\u00e9rent, aux options parfois ( ?) incompatibles.<\/p>\n<p>Bien entendu, chaque niveau d&#8217;enseignement r\u00e9pond \u00e0 des missions sp\u00e9cifiques, li\u00e9es \u00e0 l&#8217;\u00e2ge des \u00e9l\u00e8ves concern\u00e9s.<\/p>\n<h2>L&#8217;enseignement fondamental<\/h2>\n<p>Le niveau <strong>fondamental<\/strong> (maternel et primaire) a notamment pour but la socialisation de l&#8217;enfant. Au niveau mati\u00e8re, il y a l&#8217;indispensable formation \u00e0 la lecture, l&#8217;\u00e9criture et le calcul. L&#8217;\u00e9veil aux sciences et technologies fait aussi partie des socles de comp\u00e9tences, mais il faut bien reconna\u00eetre que, chez nous, c&#8217;est actuellement le parent pauvre dans l&#8217;enseignement fondamental. Pourtant, dans les pays voisins, d\u00e8s le fondamental, les enfants sont \u00e9veill\u00e9s aux sciences. Certes, chez nous, les sciences sont au programme du primaire, mais toutes les enqu\u00eates confirment que les heures qui devraient \u00eatre consacr\u00e9es aux sciences ne le sont pas. L&#8217;\u00e9cueil principal r\u00e9side dans l&#8217;a priori des instituteurs. La plupart ne sont-ils pas arriv\u00e9s l\u00e0 par, notamment, le refus des sciences ? Tous ceux qui sont en contact avec les instituteurs savent aussi qu&#8217;ils sont le plus souvent de bonne volont\u00e9, mais qu&#8217;ils ont peur de s&#8217;impliquer dans des activit\u00e9s \u00e0 caract\u00e8re scientifique, car ils n&#8217;ont pas confiance en eux-m\u00eames. Ils croient qu&#8217;ils sont ignorants en sciences, qu&#8217;ils ne savent pas le pourquoi. Il y a l\u00e0 un effet \u00e0 long terme de ce qu&#8217;ils ont retenu de leurs cours de sciences dans le secondaire. Pourtant, introduire les sciences dans le fondamental est possible, comme l&#8217;ont d\u00e9montr\u00e9 plusieurs actions impliquant des instituteurs maternels et primaires. Cela marche. Mais pour \u00eatre efficace, il faut tenir compte du fait que l&#8217;on ne peut pas s\u00e9parer les sciences des autres int\u00e9r\u00eats des enfants. Dans le fondamental, et dans la vie courante, les notions scientifiques ne peuvent \u00eatre dissoci\u00e9es de la langue maternelle, du calcul, de l&#8217;art, du d\u00e9veloppement psychomoteur, de la vie quotidienne. Il ne faut cependant pas br\u00fbler les \u00e9tapes. C&#8217;est ainsi que l&#8217;on d\u00e9montre que faire des sciences au niveau fondamental n&#8217;est pas un gaspillage de temps pour le suivi du programme g\u00e9n\u00e9ral.<br \/>\nDes op\u00e9rations ont aussi lieu dans d&#8217;autres pays, comme \u00ab La main \u00e0 la P\u00e2te \u00bb, en France. Elles confirment la possibilit\u00e9 de l&#8217;\u00e9veil aux sciences d\u00e8s l&#8217;enseignement fondamental.<br \/>\nN\u00e9anmoins, il est \u00e9vident que l&#8217;on ne peut mener une telle op\u00e9ration s&#8217;il n&#8217;y a rien qui suit dans le secondaire inf\u00e9rieur. Malheureusement, c&#8217;est trop souvent le cas. Ainsi, en France, alors que l&#8217;op\u00e9ration \u00ab Main \u00e0 la P\u00e2te \u00bb rencontre des succ\u00e8s, un hiatus commence \u00e0 voir le jour dans le secondaire inf\u00e9rieur, car il n&#8217;y a pas d&#8217;op\u00e9ration semblable \u00e0 ce niveau, ni de transition pr\u00e9vue. Il est \u00e9vident que l&#8217;on ne peut consid\u00e9rer un niveau d&#8217;enseignement ind\u00e9pendamment des autres.<br \/>\nA ce point, il est important de noter que cet \u00e9veil scientifique dans le fondamental est le socle n\u00e9cessaire sur lequel reposent toutes les formations ult\u00e9rieures en sciences et technologies. C&#8217;est d\u00e8s l&#8217;enseignement fondamental que l&#8217;int\u00e9r\u00eat pour les sciences, l&#8217;esprit pratique se forment ; choses dont l&#8217;enfant aura besoin plus tard, notamment dans le professionnel et le technique, mais aussi dans sa vie quotidienne. C&#8217;est aussi par l&#8217;apprentissage de l&#8217;usage de ses propres mains que l&#8217;\u00e9l\u00e8ve saura que le travail manuel n&#8217;est pas destin\u00e9 qu&#8217;aux cancres et que, plus tard, on pourra revaloriser le professionnel et le technique aux yeux de tous. Une raison pour soutenir ceux et celles qui y travaillent d\u00e8s le fondamental.<br \/>\nMais l&#8217;\u00e9veil au monde, c&#8217;est aussi le d\u00e9veloppement du go\u00fbt \u00e0 la connaissance et \u00e0 l&#8217;effort. Dans le fondamental, l&#8217;enfant est avide de conna\u00eetre et de faire par lui-m\u00eame. Mais cela ne vient pas tout seul. Cela ne vient certainement pas sans effort. L&#8217;effort est une valeur oubli\u00e9e, qui peut para\u00eetre r\u00e9trograde. Pourtant, qui veut r\u00e9aliser quelque chose doit faire des efforts. Le go\u00fbt de l&#8217;effort s&#8217;apprend t\u00f4t. Et est-ce vraiment si difficile ? Faire des devoirs \u00e0 la maison, pr\u00e9parer un petit herbier chez soi ou se renseigner sur la vie des grands-parents, n&#8217;est-ce pas agr\u00e9able pour l&#8217;enfant ? N&#8217;est-ce pas, parfois, un jeu int\u00e9ressant ? Alors, pourquoi vouloir trop r\u00e9glementer les devoirs \u00e0 domicile ? Pourquoi les enfants actuels ne devraient-ils pas apprendre les vertus de l&#8217;effort bien compris ? Et ce, notamment, par une bonne compr\u00e9hension de la compl\u00e9mentarit\u00e9 entre l&#8217;\u00e9cole et la famille, au lieu de la situation consum\u00e9riste actuelle, o\u00f9 les enfants et les familles sont trop souvent les clients-consommateurs d&#8217;une \u00e9cole-entreprise.<\/p>\n<h2>L&#8217;enseignement secondaire<\/h2>\n<p>Si les attentes de la soci\u00e9t\u00e9 vis-\u00e0-vis de l&#8217;enseignement fondamental sont claires et peu contest\u00e9es, il n&#8217;en est pas de m\u00eame du secondaire. Les questions et les attentes sont multiples. Doit-il \u00eatre professionnalisant ? Si oui, pour qui ? Doit-il surtout \u00eatre une voie vers les \u00e9tudes sup\u00e9rieures ? Et si oui, jusqu&#8217;\u00e0 quel point ? Ces questions sont celles qui int\u00e9ressent les clients de l&#8217;enseignement : \u00e9l\u00e8ves, parents, employeurs. Mais l&#8217;enseignement n&#8217;est pas une marchandise. Le jeune doit aussi pouvoir se situer dans la soci\u00e9t\u00e9, comme citoyen. Et c&#8217;est \u00e0 l&#8217;\u00e9cole de lui donner les formations n\u00e9cessaires. Vu les nombreuses questions \u00e0 caract\u00e8re scientifique qui se posent \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 dans son ensemble (\u00e9nergies, transports, climat, OGM, etc\u2026), une solide formation de base pour tous est n\u00e9cessaire.<br \/>\nNous sommes plong\u00e9s dans un monde de technologies, que nous employons tous les jours. Comprendre ce monde technologique qui nous entoure est un pr\u00e9-requis pour ne pas devenir des assist\u00e9s technologiques, et l&#8217;enseignement y a un r\u00f4le \u00e0 jouer.<br \/>\nLa Communaut\u00e9 fran\u00e7aise n&#8217;est pas isol\u00e9e g\u00e9ographiquement. Pour se situer dans le monde, des enqu\u00eates sont men\u00e9es \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle internationale. Il s&#8217;agit d&#8217;outils utiles qui ont aussi un r\u00f4le de critique. Pour nos politiciens, \u00eatre \u00e0 une bonne place dans le classement mondial est un indicateur de la sant\u00e9 de son propre syst\u00e8me d&#8217;enseignement. De ce point de vue, notre Communaut\u00e9 fran\u00e7aise ne semble pas en bonne sant\u00e9, m\u00eame si la lecture trop rapide qu&#8217;en font les m\u00e9dias et les politiciens est trop sombre. Cela permet n\u00e9anmoins de mettre le doigt sur des points faibles, comme la dualisation croissante de la population \u00e9tudiante, entre les tr\u00e8s bons et les tr\u00e8s faibles.<br \/>\nFace \u00e0 ces demandes multiples, nos responsables politiques ont fait, il y a plusieurs d\u00e9cennies, un choix de soci\u00e9t\u00e9, qui est implicitement confirm\u00e9 par les derni\u00e8res r\u00e9formes. Ce choix a des cons\u00e9quences majeures, notamment pour les sciences, que l&#8217;on semble souvent oublier.<\/p>\n<h2>Le cas belge francophone<\/h2>\n<p>Lorsque l&#8217;on compare les grilles horaires et les programmes de notre enseignement avec ceux de nos voisins fran\u00e7ais et n\u00e9erlandais, par exemple, on s&#8217;aper\u00e7oit qu&#8217;ils sont en d\u00e9faveur de la Communaut\u00e9 fran\u00e7aise, notamment dans les disciplines scientifiques.<br \/>\nEn France, les \u00e9l\u00e8ves doivent choisir, d\u00e8s la premi\u00e8re ann\u00e9e du secondaire, une orientation scientifique ou autre. Une partie de la grille horaire de ceux qui choisissent l&#8217;orientation scientifique (Bac S) est reprise dans le Tableau 1.<\/p>\n<p>Tableau 1. France : cours de sciences en orientation scientifique (Bac S).<br \/>\nNB : les heures sont de 60 minutes ; les modules sont consacr\u00e9s \u00e0 la rem\u00e9diation ou au renforcement ; TP : travaux pratiques obligatoires.<\/p>\n<p>| |Premi\u00e8re |Terminale |<br \/>\n|Math\u00e9matiques |5 |6 |<br \/>\n|Module |1 | |<br \/>\n|Physique (et Chimie) |2,5 + 1,5 (TP) |3,5 + 1,5 (TP) |<br \/>\n|Module |0,5 | |<br \/>\n|Sciences de la Vie et Terre |1,5 + 1,5 (TP) |1,5 + 1,5 (TP) |<br \/>\n|Sp\u00e9cialit\u00e9 au choix |0,5 |2 |<br \/>\n|Total Sciences (hors maths) |8 |10 |<\/p>\n<p>La situation des Pays-Bas est reprise dans le tableau 2, pour les \u00e9l\u00e8ves choisissant les orientations scientifiques Nature et Technique (N\/T) ou Nature et Sant\u00e9 (N\/G). La grille est valable pour les 4e, 5e et 6e ann\u00e9es du secondaire.<\/p>\n<p>Tableau 2. Pays-Bas : cours de sciences en orientations scientifiques Nature et Technique (N\/T) et Nature et Sant\u00e9 (N\/G).<\/p>\n<p>| |N\/G |N\/T |<br \/>\n|Math\u00e9matiques |2 h 40 |4 h 00 |<br \/>\n|Physique |3 h 00 |4 h 40 |<br \/>\n|Chimie |3 h 20 |4 h 20 |<br \/>\n|Biologie |4 h 00 |- |<br \/>\n|Sciences &#8221; g\u00e9n\u00e9rales &#8221; |1 h 40 |1 h 40 |<br \/>\n|Total Sciences (hors maths) |12 h 00 |10 h 40 |<\/p>\n<p>Chez nous, la situation est tr\u00e8s diff\u00e9rente. Dans le premier cycle, les \u00e9l\u00e8ves ont 3 p\u00e9riodes (de 50 minutes) de sciences (physique, chimie et biologie confondues). Dans le troisi\u00e8me cycle, ils ont le choix entre 3 p\u00e9riodes (1 en physique, 1 en chimie, 1 en biologie) ou 6 (ou 7) p\u00e9riodes (2 ou 3 de physique, 2 de chimie, 2 de biologie). En terminale, ils ont donc un maximum de 7 x 50 minutes = moins de 6 heures de sciences. Le retard cumul\u00e9 de nos \u00e9l\u00e8ves sur leurs \u00e9quivalents \u00e9trangers est donc \u00e9norme.<br \/>\nOn le voit, les diff\u00e9rences entre notre situation et celles de nos voisins sont importantes. Elles concernent quatre aspects, interd\u00e9pendants.<br \/>\nPrimo, les philosophies de base de l&#8217;enseignement secondaire sont diff\u00e9rentes. Dans les autres pays, les \u00e9l\u00e8ves choisissent t\u00f4t une orientation scientifique ou autre, comme cela \u00e9tait le cas chez nous avant le r\u00e9nov\u00e9, avec les sections latin-grec, latin-maths, scientifiques, etc. Actuellement, chez nous, ce n&#8217;est plus le cas : l&#8217;enseignement est volontairement \u00ab humaniste \u00bb, c&#8217;est-\u00e0-dire que tous les \u00e9l\u00e8ves suivent pratiquement le m\u00eame enseignement. Il n&#8217;y a pas de place privil\u00e9gi\u00e9e pour les sciences. Il s&#8217;agit d&#8217;un choix de soci\u00e9t\u00e9, dont il nous faut assumer les cons\u00e9quences. Le reste est une suite logique de ce choix.<br \/>\nSecundo, le nombre d&#8217;heures de sciences est beaucoup plus important en France et aux Pays-Bas que chez nous ; et ce, d\u00e8s les premi\u00e8res ann\u00e9es du secondaire.<br \/>\nTertio, dans les autres pays, le nombre d&#8217;heures de travaux pratiques est tr\u00e8s importante. Chez nous, avec la nouvelle grille horaire, ils dispara\u00eetront de fait. Et ce, alors que tout le monde est d&#8217;accord pour dire que les sciences sont d&#8217;abord exp\u00e9rimentales et que, pour bien assimiler des concepts scientifiques fondamentaux, il faut des travaux pratiques fr\u00e9quents.<br \/>\nQuarto, avec une telle importance accord\u00e9e ailleurs aux sciences, il est \u00e9vident que les manuels sont n\u00e9cessaires et bien pr\u00e9sents, alors que, chez nous, ils sont trop peu utilis\u00e9s.<\/p>\n<p>Il n&#8217;est d\u00e8s lors pas \u00e9tonnant que le niveau scientifique de nos \u00e9l\u00e8ves \u00e0 la sortie du secondaire g\u00e9n\u00e9ral &#8211; et des citoyens &#8211; soit moins bon qu&#8217;ailleurs. Il s&#8217;agit des cons\u00e9quences logiques d&#8217;un choix de soci\u00e9t\u00e9. Pourtant, certains voudraient g\u00e9n\u00e9raliser des pratiques interdisciplinaires en sciences. C&#8217;est oublier le fait que l&#8217;on ne peut b\u00e2tir de telles pratiques sans des pr\u00e9-requis disciplinaires minimaux. Lesquels ne peuvent s&#8217;acqu\u00e9rir sans un horaire minimum. Il est pourtant \u00e9vident que la comparaison avec les autres pays d\u00e9montre que le volume horaire est tel que cela est irr\u00e9alisable chez nous. Mais certains th\u00e9oriciens de l&#8217;enseignement sont r\u00e9solument imperm\u00e9ables aux aspects concrets.<br \/>\nHeureusement, tout n&#8217;est pas perdu. Les techniciens, les ing\u00e9nieurs, les scientifiques qui sortent de notre enseignement sup\u00e9rieur sont parmi les mieux cot\u00e9s en Europe. N\u00e9anmoins, vu la d\u00e9saffection des jeunes pour les carri\u00e8res \u00e0 vocation scientifique (ce ne sont pas les fr\u00e9missements observ\u00e9s depuis un an qui sont suffisants pour inverser la tendance), il convient d&#8217;analyser la situation de mani\u00e8re critique.<\/p>\n<p>Si l&#8217;enseignement fondamental est le lieu o\u00f9 les socles de base doivent se construire, le secondaire inf\u00e9rieur est celui o\u00f9 les choses doivent se structurer, se clarifier. Dans le domaine des sciences et technologies, le socle faible du primaire n&#8217;est malheureusement gu\u00e8re consolid\u00e9. Pourtant, jusque 13 ans environ, l&#8217;int\u00e9r\u00eat des jeunes pour le savoir et le savoir-faire reste important. Mais les enseignants ne peuvent pas faire de miracles. Avec un total de 3 p\u00e9riodes de sciences (physique, chimie et biologie confondues), on ne peut gu\u00e8re approfondir les sujets. Ceci serait pourtant utile pour motiver les jeunes de 14 \u00e0 16 ans, qui d\u00e9couvrent d&#8217;autres aspects de la vie. Et si, par chance, leur int\u00e9r\u00eat remonte dans le troisi\u00e8me cycle, il repose sur une base malheureusement insuffisante. Pourtant, les jeunes aiment les sciences. Pour preuve, la r\u00e9partition des \u00e9l\u00e8ves entre les options dans l&#8217;enseignement g\u00e9n\u00e9ral du r\u00e9seau de la Communaut\u00e9 fran\u00e7aise (je ne dispose pas des informations pour les autres r\u00e9seaux), reprise dans le tableau 3.<\/p>\n<p>Tableau 3. R\u00e9partition des \u00e9l\u00e8ves entre les options dans l&#8217;enseignement g\u00e9n\u00e9ral de la Communaut\u00e9 fran\u00e7aise, en 1999-2000 (Source : Ph. Arnould, J. Furn\u00e9mont ; inspecteurs de sciences \u00e0 la Communaut\u00e9 fran\u00e7aise)<\/p>\n<p>|Options |Nombre d&#8217;\u00e9l\u00e8ves |<br \/>\n|Maths 6 p\u00e9r.\/semaine |4805 |<br \/>\n|Maths 4 p\u00e9r.\/semaine |7680 |<br \/>\n|Maths 2 p\u00e9r.\/semaine |1384 |<br \/>\n|Biologie 3 |2704 |<br \/>\n|Chimie 3 |4733 |<br \/>\n|Physique 3 |4129 |<br \/>\n|Education scientifique 2 | 488 |<br \/>\n|Sciences \u00e9conomiques |5891 |<br \/>\n|Latin 4 |5665 |<\/p>\n<p>Mais cet int\u00e9r\u00eat se perd lors du choix des \u00e9tudes sup\u00e9rieures.<\/p>\n<p><strong>Quels enseignants de sciences en Belgique francophone ?<\/strong><\/p>\n<p>Si la situation actuelle n&#8217;est gu\u00e8re encourageante, y a-t-il de l&#8217;espoir pour le futur ? Je crains que la situation n&#8217;empire bient\u00f4t. Et ce, non pas \u00e0 cause du choix des \u00e9l\u00e8ves mais, notamment, la situation des enseignants. Le monde enseignant actuel est tr\u00e8s diff\u00e9rent de celui d&#8217;hier. En particulier, depuis les mesures Di Rupo &#8211; Onkelinx de restriction du nombre d&#8217;enseignants, lors de la pr\u00e9c\u00e9dente l\u00e9gislature, les enseignants sont caract\u00e9ris\u00e9s par une pyramide des \u00e2ges tr\u00e8s particuli\u00e8re. Pour les sciences, cette pyramide se pr\u00e9sente comme un sapin : une base (d\u00e9butants, en situation pr\u00e9caire) relativement importante, mais qui a tendance \u00e0 diminuer ; un tronc (entre 30 et 40 ans) presque vide ; un sommet (au-del\u00e0 de 50 ans) imposant. Cette pyramide des \u00e2ges rend l&#8217;enseignement secondaire fragile. Le fait que le sommet soit imposant a des implications diverses :<br \/>\nles enseignants ont, majoritairement, l&#8217;\u00e2ge des parents, voire des grands-parents de leurs \u00e9l\u00e8ves. Il n&#8217;y a gu\u00e8re de jeunes, d&#8217;o\u00f9 d&#8217;\u00e9vidents probl\u00e8mes d&#8217;incompr\u00e9hensions li\u00e9s \u00e0 des \u00ab conflits de g\u00e9n\u00e9rations \u00bb. Les jeunes et les enseignants n&#8217;ont pas la m\u00eame conception des sciences. Les a\u00een\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 form\u00e9s \u00e0 l&#8217;\u00e9poque o\u00f9 les sciences \u00e9taient vues comme un \u00e9l\u00e9ment essentiel du \u00ab progr\u00e8s \u00bb de l&#8217;humanit\u00e9. De plus, originaires des facult\u00e9s des sciences, les liens avec les technologies sont, \u00e0 leurs yeux, souvent suspects de mercantilisme, de liens avec le pouvoir, alors que les sciences doivent rester pures. Quant aux jeunes, c&#8217;est l&#8217;application des sciences \u00e0 la compr\u00e9hension de leur vie quotidienne, professionnelle, sociale qui importe. Pour eux, les sciences ne sont plus synonymes de progr\u00e8s, comme le d\u00e9montrent des effets pervers (pollution, changement climatique, etc.) que l&#8217;on attribue aux sciences. A ces diff\u00e9rences, il faut ajouter les aspects plus psychologiques de g\u00e9n\u00e9rations diff\u00e9rentes, et le fait que des probl\u00e8mes aussi concrets que la discipline ou l&#8217;imb\u00e9cile limitation des devoirs dans le primaire, sont mal per\u00e7us ;<br \/>\nl&#8217;enthousiasme des a\u00een\u00e9s est, g\u00e9n\u00e9ralement, moins fort que celui des jeunes enseignants. Il s&#8217;agit l\u00e0 d&#8217;un effet normal. Les a\u00een\u00e9s sont moins enclins au changement que les jeunes. Ayant vu passer quantit\u00e9 de r\u00e9formes, se sentant rejet\u00e9s par les d\u00e9cideurs, seront-ils d&#8217;accord d&#8217;appliquer une nouvelle r\u00e9forme ?<br \/>\ndans dix ans, la majorit\u00e9 du corps enseignant devra \u00eatre renouvel\u00e9. Or, tous les chiffres confirment que la p\u00e9nurie d&#8217;enseignants ne sera pas r\u00e9solue de sit\u00f4t. De plus, les enseignants sortants n&#8217;auront pas la possibilit\u00e9 de faire part de leur exp\u00e9rience professionnelle aux plus jeunes. Quantit\u00e9 de professeurs ont mis au point des m\u00e9thodes efficaces, r\u00e9alis\u00e9 des appareillages tr\u00e8s int\u00e9ressants. Ils n&#8217;auront personne \u00e0 qui les transmettre. C&#8217;est dommageable pour la qualit\u00e9 de l&#8217;enseignement lui-m\u00eame, mais aussi pour le moral des enseignants.<\/p>\n<p><strong>Bient\u00f4t la p\u00e9nurie d&#8217;enseignants en sciences ?<\/strong><\/p>\n<p>Si la pyramide des \u00e2ges des enseignants est importante au sommet, y a-t-il un espoir de renouvellement par la base, par les jeunes ? Lorsque l&#8217;on examine l&#8217;\u00e9volution du nombre d&#8217;agr\u00e9g\u00e9s de l&#8217;enseignement secondaire inf\u00e9rieur (AESI ou \u00ab r\u00e9gents \u00bb) et de l&#8217;enseignement secondaire sup\u00e9rieur (AESS ou \u00ab licenci\u00e9s \u00bb) des disciplines scientifiques, sortis des \u00e9tablissements de l&#8217;enseignement officiel, de 1996 \u00e0 1999, le constat est catastrophique. De 1996 \u00e0 1999, le nombre de r\u00e9gents en sciences est pass\u00e9 de 109 \u00e0 51, alors que les AESS (hors math\u00e9matiques) ont diminu\u00e9 de 64 \u00e0 43. Les chiffres parlent d&#8217;eux-m\u00eames : le nombre de jeunes enseignants en sciences diminue r\u00e9guli\u00e8rement.<br \/>\nEt la r\u00e9forme de l&#8217;agr\u00e9gation dans les universit\u00e9s ne risque pas d&#8217;am\u00e9liorer la situation. En effet, dans les universit\u00e9s, \u00e0 partir de la rentr\u00e9e 2001-2002, dans un souci l\u00e9gitime d&#8217;am\u00e9liorer la qualit\u00e9 de la formation des enseignants, le nombre d&#8217;heures de formation des AESS est consid\u00e9rablement augment\u00e9. La cons\u00e9quence est imm\u00e9diate : il n&#8217;est plus possible pour les jeunes licenci\u00e9s d\u00e9sireux d&#8217;entrer dans l&#8217;enseignement de \u00ab faire l&#8217;agr\u00e9gation \u00bb au cours de la derni\u00e8re ann\u00e9e de licence. D&#8217;o\u00f9 une baisse pr\u00e9visible (et v\u00e9rifi\u00e9e sur la premi\u00e8re ann\u00e9e) des inscriptions. Peut-\u00eatre cette situation ne serait-elle pas arriv\u00e9e si nous n&#8217;avions qu&#8217;un seul ministre en charge de l&#8217;enseignement secondaire et de la formation des enseignants ?<br \/>\nUne solution au probl\u00e8me de la p\u00e9nurie est, pour les sciences, que l&#8217;on fasse appel \u00e0 des sp\u00e9cialistes des autres disciplines : la physique donn\u00e9e par des math\u00e9maticiens, la chimie et la biologie par des biologistes. Et s&#8217;il n&#8217;y en a pas assez, on engagera des ing\u00e9nieurs industriels, des pharmaciens, des v\u00e9t\u00e9rinaires, etc., moyennant un certificat d&#8217;aptitude p\u00e9dagogique d\u00e9livr\u00e9 par le Forem ou d&#8217;autres organismes.<br \/>\nCette modification de la composition du corps professoral n&#8217;ira pas sans cons\u00e9quences. Avec des praticiens en classe, les sciences seront plus appliqu\u00e9es, ce qui devrait plaire aux industriels, et\u2026 acc\u00e9l\u00e9rer une marchandisation de l&#8217;enseignement.<br \/>\nLes \u00ab responsables \u00bb politiques pr\u00e9tendent vouloir le bien des jeunes, de la soci\u00e9t\u00e9. Se rendent-ils compte que les cons\u00e9quences de la p\u00e9nurie pr\u00e9vue d&#8217;enseignants sont importantes pour toute la soci\u00e9t\u00e9, car ce sont eux qui forment les futurs citoyens, les futurs scientifiques et ing\u00e9nieurs, les m\u00e9decins et les v\u00e9t\u00e9rinaires, les techniciens et les architectes, etc&#8230;<\/p>\n<p>Dans ces conditions, sera-t-il possible de r\u00e9pondre aux attentes de la soci\u00e9t\u00e9 vis-\u00e0-vis de l&#8217;enseignement ?<br \/>\nConcernant le d\u00e9veloppement d&#8217;une culture scientifique minimum, n\u00e9cessaire pour comprendre nombre de questions de soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 caract\u00e8re techno-scientifique, il semble \u00e9vident que le nombre restreint d&#8217;heures de sciences para\u00eet nettement insuffisant. Certains ont pr\u00e9tendu que le nouveau programme et le passage aux socles de comp\u00e9tences devraient permettre de d\u00e9velopper de telles \u2026. comp\u00e9tences. Mais a-t-on vraiment r\u00e9alis\u00e9 que les sciences ne sont pas une discipline comme les autres. Pour discuter d&#8217;un probl\u00e8me scientifique, la connaissance de notions scientifiques de base est essentielle. On ne b\u00e2tit pas sur le sable. Former des t\u00eates \u00ab bien faites \u00bb : oui ; mais en sciences, il faut qu&#8217;elles soient remplies jusqu&#8217;\u00e0 un niveau minimum. Par exemple, pour appr\u00e9hender les probl\u00e8mes li\u00e9s \u00e0 l&#8217;\u00e9nergie, au transport et \u00e0 l&#8217;habitat, les notions fondamentales de sciences font appel \u00e0 la physique, la chimie et la biologie. Encore faut-il avoir le temps de les mettre ensemble. Ce qui demande du temps. Comment, par exemple, savoir s&#8217;il est raisonnable d&#8217;accepter les d\u00e9chets nucl\u00e9aires de l&#8217;ONDRAF pr\u00e8s de chez soi, si on n&#8217;a aucune notion de base de la radioactivit\u00e9 ? Et s&#8217;il est n\u00e9cessaire d&#8217;effectuer des recherches sur les plantes transg\u00e9niques ? Et ainsi de suite. C&#8217;est pourtant ce qui va se passer pr\u00e8s de chez nous.<br \/>\nConcernant l&#8217;appropriation de savoirs technologiques ou techniques, l&#8217;\u00e9cole apprend-elle \u00e0 appr\u00e9hender le quotidien, \u00e0 savoir comment r\u00e9parer une prise de courant ou \u00e0 ne pas d\u00e9sempar\u00e9 devant une machine en panne ou un appareil \u00e9lectronique \u00e0 reprogrammer ?<br \/>\nEn ce qui concerne les demandes du milieu industriel, les choses se pr\u00e9sentent bien dans l&#8217;enseignement technique et professionnel, o\u00f9 les industriels via l&#8217;Union Wallonne des Entreprises, les enseignants et les politiques mettent au point ensemble des profils de formation dans divers secteurs. Certains sont en activit\u00e9 depuis 2000.<\/p>\n<p>Comme on le voit, les choses \u00e9voluent, mais cette \u00e9volution est bonne lorsque le secteur marchand est concern\u00e9. Lorsque les industriels ont constat\u00e9 le manque de main d&#8217;\u0153uvre sp\u00e9cialis\u00e9e (technique et professionnel), ils ont d\u00e9marr\u00e9 des actions de modernisation. L\u00e0 o\u00f9, comme dans l&#8217;enseignement g\u00e9n\u00e9ral, il n&#8217;y a pas d&#8217;int\u00e9r\u00eat direct, les mesures sont laiss\u00e9es aux mains des sp\u00e9cialistes de l&#8217;enseignement. Mais cela ne va peut-\u00eatre pas durer, car l&#8217;Europe pointe son nez, d&#8217;abord dans l&#8217;enseignement sup\u00e9rieur.<\/p>\n<h2>Et \u00ab Bologne \u00bb ?<\/h2>\n<p><strong><br \/>\n<\/strong>Le 19 juin 1999, les ministres de l&#8217;\u00e9ducation de 29 pays europ\u00e9ens, r\u00e9unis \u00e0 Bologne, ont publi\u00e9 une d\u00e9claration commune visant \u00e0 cr\u00e9er <em>\u00ab un espace europ\u00e9en de l&#8217;enseignement sup\u00e9rieur<\/em> \u00bb. Il s&#8217;agit de remodeler en profondeur tout le syst\u00e8me d&#8217;enseignement sup\u00e9rieur europ\u00e9en. Les enjeux majeurs sont d&#8217;une part <em>\u00ab d&#8217;encourager la mobilit\u00e9 des citoyens, favoriser leur int\u00e9gration sur le march\u00e9 du travail et promouvoir le d\u00e9veloppement global de notre continent \u00bb<\/em> et, d&#8217;autre part <em>\u00ab de rechercher une meilleure comp\u00e9titivit\u00e9 du syst\u00e8me europ\u00e9en d&#8217;enseignement sup\u00e9rieur \u00bb<\/em>. M\u00eame si on peut comprendre cette d\u00e9claration, il est quand m\u00eame important de se rendre compte qu&#8217;il s&#8217;agit l\u00e0 d&#8217;une d\u00e9claration d\u00e9cid\u00e9e sans avis des enseignants ni des \u00e9tudiants. Un des buts est \u00e9videmment de faciliter la mobilit\u00e9 des \u00e9tudiants et de permettre aux employeurs de mieux conna\u00eetre le profil de formation initiale de leurs employ\u00e9s. On l&#8217;a compris, il s&#8217;agit l\u00e0 d&#8217;une d\u00e9cision guid\u00e9e par des motifs \u00e9conomiques.<br \/>\nCes d\u00e9cisions r\u00e9pondront incontestablement aux demandes de l&#8217;industrie, des employeurs. Mais quid des aspects citoyens de l&#8217;enseignement sup\u00e9rieur ? Les consid\u00e9rations de d\u00e9mocratisation des \u00e9tudes ou de progr\u00e8s social sont totalement absentes de Bologne.<br \/>\nQuant aux regroupements et associations en cours entre universit\u00e9s et hautes \u00e9coles, si elles ont pour motivation affich\u00e9e une compr\u00e9hensible meilleure visibilit\u00e9 au niveau europ\u00e9en, ne seraient-elles pas la premi\u00e8re \u00e9tape vers des fusions ?<\/p>\n<h2>L&#8217;enseignement &#8211; marchandise<\/h2>\n<p>Un autre aspect inqui\u00e9tant est aussi en train de se mettre en place, chez nous. On n&#8217;y pr\u00eate gu\u00e8re attention, mais il risque d&#8217;avoir des effets ind\u00e9sirables. Il s&#8217;agit de la marchandisation effective, larv\u00e9e de l&#8217;enseignement sup\u00e9rieur, qui se marque par une s\u00e9rie de \u00ab petites mesures \u00bb. Par exemple, dans un souci l\u00e9gitime d&#8217;am\u00e9liorer la qualit\u00e9 de l&#8217;enseignement, on effectue un peu partout des \u00ab enqu\u00eates p\u00e9dagogiques \u00bb dans lesquelles les \u00e9l\u00e8ves donnent leur avis sur les cours, les enseignants et les contenus des cours. Ces avis sont contraignants pour les nominations et les promotions. Est-il vraiment bien raisonnable de demander aux \u00e9tudiants s&#8217;ils trouvent, par exemple, que la mati\u00e8re leur est utile ? Cela signifie-t-il que l&#8217;enseignement sup\u00e9rieur est essentiellement \u00ab professionnel \u00bb ? A-t-on oubli\u00e9 le r\u00f4le de formation g\u00e9n\u00e9rale des \u00e9tudiants, de d\u00e9veloppement de l&#8217;esprit critique ? Si l&#8217;avis p\u00e9dagogique joue un r\u00f4le essentiel, il convient aussi de savoir qui on veut recruter dans l&#8217;enseignement sup\u00e9rieur : uniquement des p\u00e9dagogues ou des \u00ab utilitaires \u00bb ? Mais alors que devient la synergie si souvent mise en avant entre enseignement et recherche ?<br \/>\nCette marchandisation effective de l&#8217;enseignement sup\u00e9rieur se voit aussi dans les possibles recours contre des d\u00e9cisions de jurys d&#8217;examens. Tous les enseignants du sup\u00e9rieur savent que la somme pond\u00e9r\u00e9e des cotes ne donne pas une image fid\u00e8le de la valeur d&#8217;un \u00e9tudiant. Son attitude face \u00e0 la mati\u00e8re enseign\u00e9e, aux autres \u00e9tudiants et aux enseignants, aux difficult\u00e9s courantes de la vie quotidienne peuvent jouer dans l&#8217;appr\u00e9ciation. Or, il n&#8217;en est rien. Les d\u00e9cisions du jury ne sont plus irr\u00e9vocables. Seuls les points comptent. Sinon, les recours en justice sont l\u00e0 pour rappeler les r\u00e8gles aux enseignants et directions. Il s&#8217;agit l\u00e0, \u00e0 mes yeux, d&#8217;une d\u00e9rive populiste, qui ne tient compte que des droits des \u00e9tudiants mais oublie leurs devoirs et ceux de l&#8217;\u00e9cole vis-\u00e0-vis d&#8217;eux-m\u00eames et de la soci\u00e9t\u00e9. Et on ne peut pas manquer d&#8217;\u00eatre parfois interloqu\u00e9 suite aux d\u00e9clarations de ministres ou de directions d&#8217;\u00e9coles, qui relient la qualit\u00e9 de l&#8217;enseignement au taux de r\u00e9ussite aux examens. Bien entendu, le r\u00f4le de l&#8217;enseignant est de former les jeunes le mieux possible et que le plus grand nombre soit comp\u00e9tent, mais pas au d\u00e9triment de la qualit\u00e9 et de l&#8217;\u00e9thique.<\/p>\n<h2>Le futur au risque du pr\u00e9sent<\/h2>\n<p>L&#8217;enseignement est en \u00e9quilibre instable permanent. Nous ne sommes plus dans une soci\u00e9t\u00e9 fig\u00e9e du type dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle. L&#8217;enseignement doit \u00e9voluer constamment en tenant compte de l&#8217;environnement actuel, pour pr\u00e9parer \u00e0 un monde futur, largement impr\u00e9visible.<br \/>\nNous sommes dans une p\u00e9riode de mutations de l&#8217;enseignement. Mais ces mutations, personne ne semble en avoir pr\u00e9venu le citoyen. Les mesures sont prises \u00ab pour notre bien \u00bb. Mais alors pourquoi ne pr\u00e9vient-on pas les citoyens, les parents, les \u00e9l\u00e8ves, les enseignants ? Car pour qu&#8217;une mutation r\u00e9ussisse, il faut motiver les acteurs du changement. Il est \u00e9galement n\u00e9cessaire de tenir compte de tous les facteurs. Or plusieurs semblent avoir \u00e9t\u00e9 n\u00e9glig\u00e9s, comme la p\u00e9nurie (pas seulement en Belgique francophone) des enseignants en sciences.<br \/>\nIl est \u00e9galement temps de se rendre compte que les derniers changements vont tous dans le sens d&#8217;une marchandisation de l&#8217;enseignement, soit vers la mobilit\u00e9 et l&#8217;employabilit\u00e9 sur le march\u00e9 du travail europ\u00e9en, soit vers le d\u00e9veloppement du concept de l&#8217;\u00e9l\u00e8ve-client d&#8217;un enseignement-marchandise. Remarquons qu&#8217;il s&#8217;agit l\u00e0 de deux directions antagonistes, qui risquent d&#8217;encore accro\u00eetre la dualisation de la soci\u00e9t\u00e9 entre ceux qui savent et travaillent, et ceux qui ne savent pas. Quant \u00e0 l&#8217;\u00e9ducation \u00e0 la citoyennet\u00e9, elle reste le parent pauvre dans la vision europ\u00e9enne de l&#8217;enseignement. Autant savoir.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis quelques ann\u00e9es, l&#8217;enseignement est en changement continu. Les l\u00e9gislatures pr\u00e9c\u00e9dente et actuelle ont vu l&#8217;instauration des socles de comp\u00e9tence, les modifications des programmes et des horaires de plusieurs disciplines, la mise en ad\u00e9quation (toujours en cours) des programmes de l&#8217;enseignement technique et professionnel avec les demandes des industriels, la modification de la formation initiale des enseignants. Tout cela part \u00e9videmment de \u00ab bons sentiments \u00bb : mettre l&#8217;enseignement en ad\u00e9quation avec la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle il est plong\u00e9. Ces nombreux changements, il va falloir les dig\u00e9rer, ce qui demande une stabilit\u00e9 de l&#8217;enseignement. <br \/>\nMais cette stabilit\u00e9 est-elle concevable ? L&#8217;enseignement ne serait-il pas, de par sa fonction m\u00eame, en d\u00e9s\u00e9quilibre permanent ? En effet, l&#8217;enseignement d&#8217;aujourd&#8217;hui n&#8217;a-t-il pas pour but de former les jeunes, de les rendre aptes \u00e0 vivre dans la soci\u00e9t\u00e9 future ? Laquelle sera n\u00e9cessairement diff\u00e9rente de la soci\u00e9t\u00e9 actuelle.<\/p>\n","protected":false},"author":6604,"featured_media":7675,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-23","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/6604"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=23"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/7675"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=23"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=23"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=23"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}