{"id":22447,"date":"2016-09-24T00:26:46","date_gmt":"2016-09-23T23:26:46","guid":{"rendered":"https:\/\/www.skolo.org\/?p=22447"},"modified":"2023-11-24T08:02:03","modified_gmt":"2023-11-24T07:02:03","slug":"lutter-contre-les-discriminations-certes-et-contre-les-inegalites","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/2016\/09\/24\/lutter-contre-les-discriminations-certes-et-contre-les-inegalites\/","title":{"rendered":"Lutter contre les discriminations ? Certes ! Et contre les in\u00e9galit\u00e9s ?"},"content":{"rendered":"<p><strong><span style=\"font-size: 12pt;\">En f\u00e9vrier 2016, l\u2019acad\u00e9mie de Cr\u00e9teil a publi\u00e9 un rapport sur la question des discriminations. Ce texte appelle selon nous un certain nombre de commentaires et doit susciter le d\u00e9bat.<\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"font-size: 12pt;\">Un article d&#8217;Alain Beitone et Estelle Hemdane publi\u00e9 dans <a href=\"https:\/\/www.skolo.org\/notre-revue\/\"><em>L&#8217;\u00c9cole d\u00e9mocratique<\/em><\/a>, n\u00b067, septembre 2016 (pp. 3-14).<\/span><\/strong><\/p>\n<p><em>Dans un premier temps, nous nous effor\u00e7ons de pr\u00e9ciser le vocabulaire en rappelant les d\u00e9finitions juridiques et sociologiques du terme \u00ab\u00a0discrimination\u00a0\u00bb. Nous nous centrons, dans la suite de l\u2019article, sur la question de la discrimination ethno-raciale. Dans un second temps, nous nous demandons si le syst\u00e8me scolaire est discriminatoire. Nous faisons r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 de nombreux travaux dont les hypoth\u00e8ses de d\u00e9part et les m\u00e9thodologies diff\u00e8rent. Il s\u2019en d\u00e9gage une conclusion assez nette\u00a0: on ne peut pas parler de discrimination au sens juridique (ou de fa\u00e7on exceptionnelle) et l\u2019influence de la discrimination syst\u00e9mique sur les \u00e9carts de r\u00e9ussite scolaire est faible. Ces \u00e9carts s\u2019expliquent principalement par les caract\u00e9ristiques \u00e9conomiques, sociales et \u00e9ducatives du milieu d\u2019origine des \u00e9l\u00e8ves. Dans un troisi\u00e8me temps nous soulignons que si le concept de discrimination est indiscutablement utile dans de nombreuses analyses, la fa\u00e7on dont il a \u00e9t\u00e9 introduit dans le d\u00e9bat public conduit \u00e0 s\u2019interroger sur les liens qu\u2019il entretient avec la domination croissante de politiques \u00e9conomiques lib\u00e9rales et le creusement des in\u00e9galit\u00e9s socio-\u00e9conomiques. Enfin, nous nous interrogeons sur les risques d\u2019une erreur de diagnostic quant \u00e0 l\u2019origine des in\u00e9galit\u00e9s d\u2019apprentissage des \u00e9l\u00e8ves. Est-on en pr\u00e9sence de discriminations ethno-raciales ou bien des cons\u00e9quences sur les enfants issus des milieux populaires (d\u2019origine immigr\u00e9e ou pas) du paradigme p\u00e9dagogique dominant\u00a0?<\/em><\/p>\n<blockquote><p><span style=\"font-size: 14pt;\"><em>&#8220;Mal nommer un objet, c\u2019est ajouter au malheur dU monde&#8221;\u00a0<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Albert Camus (<em>Sur une philosophie de l\u2019expression<\/em>, 1944)<\/span><\/p><\/blockquote>\n<p>L\u2019acad\u00e9mie de Cr\u00e9teil, sous l\u2019impulsion de la rectrice, a engag\u00e9 en 2016 un travail sur les discriminations \u00e0 l\u2019\u00e9cole\u00a0<sup><a id=\"post-22447-endnote-ref-1\" href=\"#post-22447-endnote-1\">[1]<\/a><\/sup>. Un groupe constitu\u00e9 d\u2019un certain nombre d\u2019experts<sup><a id=\"post-22447-endnote-ref-2\" href=\"#post-22447-endnote-2\">[2]<\/a><\/sup>, un jury compos\u00e9 de responsables et d\u2019acteurs du syst\u00e8me \u00e9ducatif, ont conduit une r\u00e9flexion et une Conf\u00e9rence de consensus a \u00e9t\u00e9 organis\u00e9e \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Cr\u00e9teil le 3 f\u00e9vrier 2016<sup><a id=\"post-22447-endnote-ref-3\" href=\"#post-22447-endnote-3\">[3]<\/a><\/sup>. L\u2019existence de ce travail (et du document qui en r\u00e9sulte) est en soi un fait positif\u00a0: qu\u2019au sein d\u2019une acad\u00e9mie, les acteurs de l\u2019\u00e9ducation se mobilisent en lien avec des chercheurs pour \u00ab\u00a0pr\u00e9venir et r\u00e9duire\u00a0\u00bb les discriminations doit \u00eatre salu\u00e9. Le texte a \u00e9galement le m\u00e9rite d\u2019aborder frontalement des questions importantes\u00a0: celle des rapports \u00e9cole\/entreprise \u00e0 propos desquels on peut lire\u00a0: \u00ab\u00a0<em>L\u2019\u00e9ducation nationale doit porter vis-\u00e0-vis des entreprises ses valeurs de non discriminations<\/em>\u00a0\u00bb (p. 13), celle de l\u2019importance de la formation des enseignants et celle de la dimension p\u00e9dagogique. D\u2019une fa\u00e7on qui nous semble tr\u00e8s judicieuse, le texte souligne\u00a0: \u00ab\u00a0<em>La diff\u00e9renciation p\u00e9dagogique ne peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une bonne solution en soi au probl\u00e8me de l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des \u00e9l\u00e8ves<\/em>\u00a0\u00bb et insiste sur la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019articuler p\u00e9dagogie explicite et activit\u00e9 intellectuelle des \u00e9l\u00e8ves (p. 24).<\/p>\n<p>Cependant, et c\u2019est ce qui justifie \u00e0 nos yeux la r\u00e9daction de cette contribution, le choix qui a \u00e9t\u00e9 fait de centrer la r\u00e9flexion et d\u2019orienter les pr\u00e9conisations sur la question des discriminations pose probl\u00e8me. L\u2019articulation entre \u00ab\u00a0in\u00e9galit\u00e9s\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0discriminations\u00a0\u00bb n\u2019est pas vraiment interrog\u00e9e et le rapport comporte des glissements de vocabulaire (des discriminations \u00e0 la s\u00e9gr\u00e9gation par exemple) et de probl\u00e9matique (probl\u00e8me de discriminations ethno-raciale ou difficult\u00e9s scolaires des enfants des classes populaires).<\/p>\n<p>Pr\u00e9cisons d\u2019entr\u00e9e de jeu qu\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019opposer ici une position \u00ab\u00a0r\u00e9publicaine\u00a0\u00bb qui resterait aveugle aux discriminations pour ne s\u2019int\u00e9resser qu\u2019aux in\u00e9galit\u00e9s pens\u00e9es en termes de classes sociales, \u00e0 une position \u00ab\u00a0communautariste\u00a0\u00bb qui consid\u00e9rerait les clivages de classes comme obsol\u00e8tes et ne mettrait plus l\u2019accent que sur les discriminations. Pos\u00e9 en ces termes, le d\u00e9bat n\u2019a gu\u00e8re de sens, il est de plus source de confusions. Les faits discriminatoires sont \u00e0 l\u2019origine de certaines in\u00e9galit\u00e9s, mais toutes les in\u00e9galit\u00e9s ne sont pas li\u00e9es \u00e0 des discriminations. Il n\u2019y a donc pas lieu d\u2019opposer les deux termes. Il faut par contre r\u00e9affirmer l\u2019objectif de lutte contre les in\u00e9galit\u00e9s<sup><a id=\"post-22447-endnote-ref-4\" href=\"#post-22447-endnote-4\">[4]<\/a><\/sup>, y compris bien \u00e9videmment celles qui r\u00e9sultent de discriminations. Mais il nous semble qu\u2019un diagnostic pr\u00e9cis sur les causes des in\u00e9galit\u00e9s est indispensable pour d\u00e9finir rationnellement les politiques publiques dans le domaine de l\u2019\u00e9ducation en \u00e9vitant les d\u00e9rives du d\u00e9bat social et politique.<\/p>\n<h2><strong>Qu\u2019est-ce que la discrimination\u00a0?<\/strong><\/h2>\n<p>Il convient, en un premier lieu, de pr\u00e9ciser ce que l\u2019on entend par \u00ab\u00a0<strong>discrimination<\/strong>\u00a0\u00bb. En France, ce terme est d\u00e9fini par le code p\u00e9nal\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Constitue une discrimination toute distinction op\u00e9r\u00e9e entre les personnes physiques \u00e0 raison de leur origine, de leur sexe, de leur situation de famille, de leur grossesse, de leur apparence physique, de la particuli\u00e8re vuln\u00e9rabilit\u00e9 r\u00e9sultant de leur situation \u00e9conomique, apparente ou connue de son auteur, de leur patronyme, de leur lieu de r\u00e9sidence, de leur \u00e9tat de sant\u00e9, de leur handicap, de leurs caract\u00e9ristiques g\u00e9n\u00e9tiques, de leurs m\u0153urs, de leur orientation ou identit\u00e9 sexuelle, de leur \u00e2ge, de leurs opinions politiques, de leurs activit\u00e9s syndicales, de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou suppos\u00e9e, \u00e0 une ethnie, une nation, une race ou une religion d\u00e9termin\u00e9e<\/em>\u00a0\u00bb<sup><a id=\"post-22447-endnote-ref-5\" href=\"#post-22447-endnote-5\">[5]<\/a><\/sup>. La discrimination est donc une diff\u00e9rence de traitement d\u00e9favorable fond\u00e9e sur des motifs ill\u00e9gitimes. La liste de ces derniers a \u00e9t\u00e9 progressivement allong\u00e9e. L\u2019adjonction la plus r\u00e9cente porte sur la \u00ab\u00a0<em>particuli\u00e8re vuln\u00e9rabilit\u00e9 r\u00e9sultant de la situation \u00e9conomique<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le terme \u00ab\u00a0discrimination\u00a0\u00bb fait aussi l\u2019objet de d\u00e9finitions europ\u00e9ennes transpos\u00e9es en droit fran\u00e7ais. Une directive europ\u00e9enne introduit ainsi une distinction entre \u00ab\u00a0<strong>discrimination directe<\/strong>\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0<strong>discrimination indirecte<\/strong>\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">\u00ab\u00a0<em>a) une discrimination directe se produit lorsque, pour des raisons de race ou d\u2019origine ethnique, une personne est trait\u00e9e de mani\u00e8re moins favorable qu\u2019une autre ne l\u2019est, ne l\u2019a \u00e9t\u00e9 ou ne le serait dans une situation comparable\u00a0;<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>b) une discrimination indirecte se produit lorsqu\u2019une disposition, un crit\u00e8re ou une pratique apparemment neutre est susceptible d\u2019entra\u00eener un d\u00e9savantage particulier pour des personnes d\u2019une race ou d\u2019une origine ethnique donn\u00e9e par rapport \u00e0 d\u2019autres personnes, \u00e0 moins que cette disposition, ce crit\u00e8re ou cette pratique ne soit objectivement justifi\u00e9 par un objectif l\u00e9gitime et que les moyens de r\u00e9aliser cet objectif ne soient appropri\u00e9s et n\u00e9cessaires<\/em>\u00a0\u00bb.<sup><a id=\"post-22447-endnote-ref-6\" href=\"#post-22447-endnote-6\">[6]<\/a><\/sup><\/p>\n<p>Une autre directive porte plus pr\u00e9cis\u00e9ment sur l\u2019emploi et le travail\u00a0: \u00ab\u00a0<em>La pr\u00e9sente directive a pour objet d\u2019\u00e9tablir un cadre g\u00e9n\u00e9ral pour lutter contre la discrimination fond\u00e9e sur la religion ou les convictions, le handicap, l\u2019\u00e2ge ou l\u2019orientation sexuelle, en ce qui concerne l\u2019emploi et le travail, en vue de mettre en \u0153uvre, dans les \u00c9tats membres, le principe de l\u2019\u00e9galit\u00e9 de traitement<\/em>\u00a0\u00bb<sup><a id=\"post-22447-endnote-ref-7\" href=\"#post-22447-endnote-7\">[7]<\/a><\/sup>.<\/p>\n<p>Sur le plan juridique, les discriminations sont des d\u00e9lits qui peuvent (et doivent) \u00eatre poursuivis et sanctionn\u00e9s. Dans une approche plus sociologique, le concept de \u00ab\u00a0<strong>discrimination syst\u00e9mique<\/strong>\u00a0\u00bb d\u00e9signe un ensemble de comportements, le plus souvent non-intentionnels, dont l\u2019accumulation et la r\u00e9p\u00e9tition aboutissent \u00e0 priver les membres de certains groupes de la jouissance de leurs droits. Certains auteurs parlent, dans un sens voisin, de <strong>discrimination informelle<\/strong>\u00a0: \u00ab\u00a0<em>La discrimination informelle d\u00e9signe un type de discrimination qui s\u2019est adapt\u00e9 au droit fran\u00e7ais. Il consiste \u00e0 euph\u00e9miser les motifs des r\u00e9els refus que peuvent \u00eatre l\u2019origine sociale ou l\u2019origine ethnique, par des arguments d\u00e9tourn\u00e9s\u00a0: manque de places, probl\u00e8mes de comportement, non-volont\u00e9 de \u00ab\u00a0regrouper\u00a0\u00bb certaines populations, etc.<\/em>\u00a0\u00bb (Ben Ayed, 2015, p. 131).<\/p>\n<p>Si la discrimination consid\u00e9r\u00e9e comme un d\u00e9lit rel\u00e8ve de la politique p\u00e9nale et de l\u2019action de la soci\u00e9t\u00e9 civile organis\u00e9e (associations, syndicats, etc.), la lutte contre la discrimination syst\u00e9mique suppose un effort de d\u00e9finition et de mesure (Simon, 2005) et une action large portant sur les institutions et sur les comportements individuels et collectifs (actions d\u2019information, d\u2019\u00e9ducation, de lutte contre les pr\u00e9jug\u00e9s, etc.).<\/p>\n<p>La liste des motifs de discrimination est longue mais c\u2019est surtout la discrimination fond\u00e9e sur des crit\u00e8res \u00ab\u00a0ethniques\u00a0\u00bb ou sur l\u2019origine migratoire qui caract\u00e9rise les d\u00e9bats sur l\u2019\u00e9cole (notamment depuis les ann\u00e9es 1990). La question du genre est \u00e9galement \u00e9tudi\u00e9e, mais elle se cantonne bien souvent \u00e0 pr\u00e9coniser l\u2019\u00e9ducation \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les femmes et les hommes dans la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Dans ce qui suit, nous nous centrons donc sur les questions li\u00e9es \u00e0 l\u2019origine, l\u2019ethnicit\u00e9 et l\u2019immigration comme le fait le rapport de l\u2019acad\u00e9mie de Cr\u00e9teil qui parle en effet du \u00ab\u00a0<em>poids accru du facteur de l\u2019origine ethnique<\/em>\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0<em>d\u2019aggravation d\u2019une discrimination syst\u00e9mique<\/em>\u00a0\u00bb (p. 7). Nous retiendrons la d\u00e9finition de M.\u00a0Safi\u00a0: \u00ab\u00a0<em>La stratification ethno-raciale renvoie \u00e0 des m\u00e9canismes d\u2019in\u00e9galit\u00e9 de distribution des ressources \u00e9conomiques, sociales, politiques ou symboliques qui ne sont pas directement li\u00e9s \u00e0 la division du travail ou au fonctionnement du march\u00e9, mais plut\u00f4t \u00e0 des crit\u00e8res \u00ab\u00a0ascriptifs\u00a0\u00bb associ\u00e9s \u00e0 une cat\u00e9gorisation ethnique ou\/et raciale \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans la soci\u00e9t\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb (Safi, 2013, p. 12). Selon cette d\u00e9finition, il y a donc d\u2019un c\u00f4t\u00e9 des in\u00e9galit\u00e9s reposant sur la division du travail ou le fonctionnement du march\u00e9 et de l\u2019autre une \u00ab\u00a0stratification ethno-raciale\u00a0\u00bb qui est \u00e0 la fois le produit et le fondement de pratiques discriminatoires.<\/p>\n<p>Ces pr\u00e9cisions terminologiques \u00e9tant donn\u00e9es, trois questions se posent.<\/p>\n<ul>\n<li style=\"list-style-type: none;\">\n<ul>\n<li>La premi\u00e8re porte sur le caract\u00e8re plus ou moins discriminatoire du syst\u00e8me \u00e9ducatif. Pour le dire autrement, dans quelle mesure les \u00e9tudes disponibles sur le sujet permettent-elles d\u2019affirmer que les discriminations sont une dimension importante du fonctionnement du syst\u00e8me \u00e9ducatif\u00a0?<\/li>\n<li>La seconde porte sur l\u2019enjeu social et politique de l\u2019approche en termes de discriminations. Il importe en effet de s\u2019interroger sur le lien entre la question des discriminations et la question plus large des in\u00e9galit\u00e9s.<\/li>\n<li>La troisi\u00e8me enfin porte sur l\u2019enjeu scolaire du d\u00e9bat. S\u2019il s\u2019agit de lutter contre l\u2019ensemble des in\u00e9galit\u00e9s scolaires (en particulier les in\u00e9galit\u00e9s d\u2019apprentissage), il convient de poser le bon diagnostic sur l\u2019origine des in\u00e9galit\u00e9s. Attribuer \u00e0 des comportements discriminatoires les in\u00e9galit\u00e9s de ma\u00eetrise des savoirs et les in\u00e9galit\u00e9s dans les parcours scolaires, c\u2019est risquer de se priver des moyens d\u2019une action efficace contre les in\u00e9galit\u00e9s.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<\/ul>\n<h2><strong>Le syst\u00e8me scolaire fran\u00e7ais est-il discriminatoire\u00a0?<\/strong><\/h2>\n<p>Certains auteurs soulignent qu\u2019il faut attendre les ann\u00e9es 1990 pour que soit pos\u00e9e en France la question des discriminations li\u00e9es \u00e0 l\u2019origine au sein de l\u2019\u00e9cole. Selon D. Fassin, par exemple, \u00ab\u00a0<em>l\u2019\u00e9cole, lieu de la r\u00e9alisation r\u00e9publicaine par excellence<\/em>\u00a0\u00bb aurait fait preuve de r\u00e9sistance \u00ab\u00a0<em>au d\u00e9voilement des in\u00e9galit\u00e9s li\u00e9es \u00e0 la nationalit\u00e9 ou origine<\/em>\u00a0\u00bb (Fassin, 2002, p. 411). L\u2019existence d\u2019une discrimination sur des bases ethniques est donc pos\u00e9e comme une dimension du r\u00e9el, tardivement et timidement reconnue. Mais que dit la recherche sur les discriminations\u00a0? Nous montrons ci-dessous, en nous appuyant sur des auteurs d\u2019orientations tr\u00e8s diverses et utilisant des m\u00e9thodologies diff\u00e9rentes, que les conclusions relatives \u00e0 l\u2019existence de discriminations dans le syst\u00e8me scolaire sont n\u00e9gatives ou tr\u00e8s prudentes<sup><a id=\"post-22447-endnote-ref-8\" href=\"#post-22447-endnote-8\">[8]<\/a><\/sup>.<\/p>\n<p>Dans un livre consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience des discriminations, F. Dubet et ses co-auteurs \u00e9crivent\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Il n\u2019est gu\u00e8re possible d\u2019affirmer que l\u2019\u00e9cole discrimine, au sens o\u00f9 elle traiterait diff\u00e9remment et de mani\u00e8re syst\u00e9matique telle cat\u00e9gorie d\u2019\u00e9l\u00e8ve du fait de son origine ethnique<\/em>\u00a0\u00bb (Dubet et alii, 2013, p. 221). Ce constat les am\u00e8ne \u00e0 s\u2019interroger sur l\u2019int\u00e9r\u00eat m\u00eame du concept de discrimination\u00a0: \u00ab\u00a0<em>on ne gagne pas beaucoup \u00e0 substituer le mot discrimination \u00e0 celui d\u2019in\u00e9galit\u00e9, sauf \u00e0 pouvoir d\u00e9montrer que l\u2019origine ethnique et le sexe engendrent des jugements sp\u00e9cifiques sur la base de performances scolaire \u00e9quivalentes, ce qui n\u2019est pas toujours facile \u00e0 \u00e9tablir<\/em>\u00a0\u00bb (idem).<\/p>\n<p>F. Lorcerie, rappelle pour sa part que l\u2019on dispose depuis longtemps de travaux qui soulignent la primaut\u00e9 des facteurs socio-\u00e9conomiques\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Il ressort de l\u2019\u00e9tude princeps de Vallet et Caille que les enfants d\u2019immigr\u00e9s ont des scolarit\u00e9s primaires plus marqu\u00e9es par la difficult\u00e9 que leurs pairs (plus de redoublements, moins bons scores aux \u00e9valuations en 6\u00e8me, notamment pour les gar\u00e7ons), mais ils comblent l\u2019\u00e9cart au coll\u00e8ge. Toutes choses \u00e9gales par ailleurs, leurs orientations \u00e0 l\u2019issue de la 3\u00e8me sont analogues \u00e0 celles de leurs pairs sans ascendance migratoire, sinon m\u00eame un peu plus favorables. Les \u00e9tudes ult\u00e9rieures r\u00e9alis\u00e9es sur des \u00e9chantillons plus r\u00e9cents (le panel d\u2019\u00e9l\u00e8ves 1995 de la DEP, l\u2019enqu\u00eate \u00ab\u00a0G\u00e9n\u00e9ration 2004\u00a0\u00bb du CEREQ) ont confirm\u00e9 ces r\u00e9sultats en prolongeant l\u2019investigation jusqu\u2019au baccalaur\u00e9at. Une autre recherche, portant sur les punitions au coll\u00e8ge, conclut pareillement que l\u2019origine n\u2019est pas statistiquement explicative de la sur-punition constat\u00e9e chez les gar\u00e7ons. Le milieu social, le sexe, le niveau de classe ainsi que le pass\u00e9 scolaire sont les principaux facteurs<\/em>\u00a0\u00bb (Lorcerie, 2012). R\u00e9pondant \u00e0 la question pos\u00e9e lors d\u2019une interview\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Peut-on vraiment parler de discrimination ethnique dans l\u2019\u00e9cole fran\u00e7aise\u00a0?<\/em>\u00a0\u00bb, elle r\u00e9pond\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Tout d\u00e9pend de ce qu\u2019on appelle \u00ab\u00a0discrimination\u00a0\u00bb. Notre droit reconna\u00eet aujourd\u2019hui un d\u00e9lit de discrimination, dans les cas o\u00f9 un individu est ind\u00fbment priv\u00e9 d\u2019un droit ou d\u2019\u00e9galit\u00e9 dans l\u2019acc\u00e8s \u00e0 un service, ou encore dans les cas o\u00f9 une disposition apparemment neutre nuit sp\u00e9cifiquement \u00e0 une cat\u00e9gorie de population (\u00ab\u00a0discrimination indirecte\u00a0\u00bb). Dans ce sens-l\u00e0, il n\u2019y a pas de discrimination dans l\u2019\u00c9cole fran\u00e7aise \u00e0 raison de l\u2019origine des \u00e9l\u00e8ves. Du moins les donn\u00e9es d\u2019enqu\u00eate disponibles n\u2019y concluent pas. Pas plus que dans l\u2019action de la police, de la justice, etc. Pourtant il y a du malaise, l\u2019exp\u00e9rience subjective des \u00e9l\u00e8ves et celle des enseignants sont parfois d\u00e9grad\u00e9es en relation avec ces questions d\u2019origine<\/em>\u00a0\u00bb (Lorcerie, 2009).<\/p>\n<p>L\u2019entretien cit\u00e9 ci-dessus est r\u00e9v\u00e9lateur de la tentation pour le monde m\u00e9diatique (en l\u2019occurrence, la lettre d\u2019information \u00ab\u00a0<em>Le caf\u00e9 p\u00e9dagogique<\/em>\u00a0\u00bb) d\u2019imposer ses probl\u00e9matiques, y compris en opposition aux r\u00e9sultats de la recherche. Alors que d\u2019entr\u00e9e de jeu, F. Lorcerie se montre tr\u00e8s prudente quant \u00e0 l\u2019usage du terme \u00ab\u00a0discrimination\u00a0\u00bb, celui-ci est repris \u00e0 plusieurs reprises dans les questions qui lui sont pos\u00e9es. Le titre m\u00eame de l\u2019interview \u00ab\u00a0<em>Dans l\u2019\u00e9cole, les classements ethniques sont en usage<\/em>\u00a0\u00bb laisse \u00e0 penser que les discriminations existent. Pourtant dans ses r\u00e9ponses, F. Lorcerie met en garde le lecteur (et l\u2019interviewer)\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Je me demande s\u2019il n\u2019y a pas une ambigu\u00eft\u00e9 sur le mot \u00ab\u00a0classement\u00a0\u00bb. J\u2019ai employ\u00e9 le mot \u00ab\u00a0classement\u00a0\u00bb au sens cognitif, pour dire qu\u2019on subsume les individus dans des \u00ab\u00a0classes\u00a0\u00bb ou des \u00ab\u00a0cat\u00e9gories\u00a0\u00bb cognitives, il ne s\u2019agit pas du classement scolaire<\/em>\u00a0\u00bb. Plus loin, elle insiste sur l\u2019importance du vocabulaire et en souligne l\u2019enjeu en termes de politiques publiques\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Mais ce n\u2019est pas couper les cheveux en quatre que de distinguer discrimination, s\u00e9gr\u00e9gation, cat\u00e9gorisation ethnique, et racisme ordinaire (qui \u00e9mane facilement mais pas automatiquement de la cat\u00e9gorisation ethnique). Ce sont des r\u00e9alit\u00e9s connexes, d\u00e9plorables chacune \u00e0 un titre ou \u00e0 un autre, mais on ne peut pas lutter contre l\u2019une de la m\u00eame fa\u00e7on que contre l\u2019autre<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Une autre \u00e9tude r\u00e9alis\u00e9e \u00e0 partir de l\u2019enqu\u00eate\u00a0<em>Trajectoires et origines<\/em>\u00a0(TEO) aboutit \u00e0 des r\u00e9sultats semblables. En analysant les parcours scolaires des descendants d\u2019immigr\u00e9s, les auteurs indiquent que les in\u00e9galit\u00e9s face \u00e0 la probabilit\u00e9 d\u2019obtenir le baccalaur\u00e9at pour les filles \u00ab\u00a0<em>disparaissent lorsque sont pris en compte le milieu social et le niveau scolaire des parents<\/em>\u00a0\u00bb. Bien mieux, \u00ab\u00a0<em>dans certains cas, \u00e0 environnement social comparable, les chances scolaires initialement n\u00e9gatives se transforment en chances positives et r\u00e9v\u00e8lent une plus forte r\u00e9ussite des filles au sein de plusieurs origines migratoires, en comparaison des filles de la population majoritaire<\/em>\u00a0\u00bb. S\u2019agissant des gar\u00e7ons, m\u00eame si les caract\u00e9ristiques sociales, scolaires et familiales jouent un r\u00f4le important dans les in\u00e9galit\u00e9s entre les descendants d\u2019immigr\u00e9s et la population majoritaire, il subsiste un \u00e9cart qui ne peut \u00eatre expliqu\u00e9 (on parle dans certaines \u00e9tudes de \u00ab\u00a0r\u00e9sidu discriminatoire\u00a0\u00bb). Les auteurs \u00e9crivent alors\u00a0: \u00ab\u00a0<em>L\u2019hypoth\u00e8se, \u00e0 ce niveau, d\u2019un traitement discriminatoire \u00e0 l\u2019\u00e9gard des gar\u00e7ons descendants d\u2019immigr\u00e9s venus d\u2019Alg\u00e9rie, du Maroc ou de Tunisie, voire de Turquie ou d\u2019Afrique subsaharienne n\u2019est pas \u00e0 \u00e9carter<\/em>\u00a0\u00bb (Brinbaum, Mogu\u00e9rou, Primon, 2015, p. 200). On le voit, la conclusion est tr\u00e8s prudente.<\/p>\n<p>Il existe donc bien des in\u00e9galit\u00e9s entre les \u00e9l\u00e8ves issus de l\u2019immigration et les \u00e9l\u00e8ves de la population majoritaire<sup><a id=\"post-22447-endnote-ref-9\" href=\"#post-22447-endnote-9\">[9]<\/a><\/sup>. Ces in\u00e9galit\u00e9s portent sur les performances scolaires (par exemple les notes obtenues au brevet du coll\u00e8ge<sup><a id=\"post-22447-endnote-ref-10\" href=\"#post-22447-endnote-10\">[10]<\/a><\/sup>, sur la certification (probabilit\u00e9 d\u2019obtenir le baccalaur\u00e9at ou un dipl\u00f4me de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur) et dans les parcours scolaires (les \u00e9l\u00e8ves issus de l\u2019immigration subissent davantage des orientations qui ne correspondent pas \u00e0 leurs v\u0153ux). Ces in\u00e9galit\u00e9s, qui ne sont pas contest\u00e9es, sont principalement le produit de la situation sociale de ces \u00e9l\u00e8ves (niveau scolaire et profession des parents, conditions de logement, contexte de scolarisation, etc.). C\u2019est ce que montre aussi l\u2019enqu\u00eate PISA\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Le milieu socio-\u00e9conomique des \u00e9l\u00e8ves est une variable plus \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 la performance que leur statut au regard de l\u2019immigration, et c\u2019est au sein m\u00eame des pays que cette corr\u00e9lation s\u2019observe le plus nettement. Les \u00e9tablissements pr\u00e9sentant une plus forte concentration d\u2019\u00e9l\u00e8ves immigr\u00e9s se situent souvent dans des quartiers pauvres. Aux \u00c9tats-Unis, les \u00e9l\u00e8ves issus de l\u2019immigration repr\u00e9sentent ainsi 21\u00a0% de la totalit\u00e9 des effectifs d\u2019\u00e9l\u00e8ves, mais 40\u00a0% des effectifs scolaris\u00e9s dans des \u00e9tablissements d\u00e9favoris\u00e9s<\/em>\u00a0\u00bb (OCDE, 2015).<\/p>\n<p>Dans la recherche conduite sur la s\u00e9gr\u00e9gation dans les coll\u00e8ges de l\u2019acad\u00e9mie de Bordeaux, G. F\u00e9louzis, F. Liot et J. Perroton soulignent que parmi les \u00e9l\u00e8ves class\u00e9s \u00e0 partir de leurs pr\u00e9noms dans le groupe \u00ab\u00a0Maghreb, Afrique noire, Turquie\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0<em>plus des trois quarts (76%) sont de milieu d\u00e9favoris\u00e9, plus de la moiti\u00e9 sont issus d\u2019une fratrie de quatre enfants et plus (51%) et seulement 48% sont \u00ab\u00a0en avance\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0\u00e0 l\u2019heure\u00a0\u00bb au coll\u00e8ge, contre 68% en moyenne<\/em>\u00a0\u00bb (Felouzis, Liot, Perroton, 2005, p. 35).<\/p>\n<p>Des r\u00e9sultats convergents sont tir\u00e9s de l\u2019enqu\u00eate TEO\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Les descendants d\u2019immigr\u00e9s pr\u00e9sentent des origines sociales tr\u00e8s modestes. Si les cat\u00e9gories sociales d\u2019employ\u00e9s et d\u2019ouvriers repr\u00e9sentent un peu moins de la moiti\u00e9 des positions sociales des parents des enqu\u00eat\u00e9s de la population majoritaire (47%), plus de 65% des enfants d\u2019immigr\u00e9s et 80% des descendants d\u2019immigr\u00e9s d\u2019Alg\u00e9rie et d\u2019Afrique sah\u00e9lienne ont grandi dans des familles populaires (\u2026) Seuls 14% des jeunes de la population majoritaire ont des parents ne poss\u00e9dant aucun dipl\u00f4me (ni brevet, ni CEP), tandis qu\u2019ils sont plus de la moiti\u00e9 parmi les descendants d\u2019immigr\u00e9s d\u2019Alg\u00e9rie (56%), du Maroc ou de Tunisie (54%), d\u2019Afrique sah\u00e9lienne (57%) et de Turquie (64%)<\/em>\u00a0\u00bb (Brinbaum, Mogu\u00e9rou, Primon, 2015, pp. 177-178).<\/p>\n<p>L\u2019article de M.\u00a0Ichou repose sur une comparaison France\/Angleterre<sup><a id=\"post-22447-endnote-ref-11\" href=\"#post-22447-endnote-11\">[11]<\/a><\/sup>\u00a0et conduit \u00e0 une conclusion identique quant \u00e0 l\u2019effet essentiel des variables socio-\u00e9conomiques et scolaires\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Dans les deux pays, et pour chaque groupe \u00e0 divers degr\u00e9s, la prise en compte des propri\u00e9t\u00e9s sociales des \u00e9l\u00e8ves et de leur famille telles que mesur\u00e9es par les \u00ab\u00a0variables de contr\u00f4le\u00a0\u00bb r\u00e9duit sensiblement l\u2019\u00e9cart scolaire avec les descendants de natifs. C\u2019est un r\u00e9sultat bien connu qui est reproduit ici\u00a0: le niveau d\u2019\u00e9ducation des parents, leur profession et les caract\u00e9ristiques d\u00e9mographiques de la famille ont une influence forte sur les r\u00e9sultats scolaires des \u00e9l\u00e8ves et l\u2019in\u00e9gale distribution de ces propri\u00e9t\u00e9s entre descendants d\u2019immigr\u00e9s et descendants de natifs explique une grande partie des \u00e9carts scolaires entre les groupes<\/em>\u00a0\u00bb (Ichou, 2015, p. 36).<\/p>\n<p>Jusqu\u2019ici, nous avons fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des travaux fond\u00e9s sur des analyses statistiques. Un article utilisant \u00e0 la fois une d\u00e9marche ethnographique et un traitement statistique permet de fournir un \u00e9clairage compl\u00e9mentaire. L\u2019auteur affiche clairement sa volont\u00e9 de prendre en compte les discriminations et accuse le syst\u00e8me \u00e9ducatif de ne pas le faire suffisamment (il parle d\u2019un \u00ab\u00a0non d\u00e9bat\u00a0\u00bb). Il se montre \u00e9galement tr\u00e8s critique \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019article de J.P. Caille et L. A. Vallet (1996). Pourtant, son travail de recherche fait appara\u00eetre un lien tr\u00e8s fort entre l\u2019origine immigr\u00e9e des \u00e9l\u00e8ves du coll\u00e8ge \u00e9tudi\u00e9 et leurs caract\u00e9ristiques socio-\u00e9conomiques. Il \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0<em>En fait, le concept m\u00eame de PCS (profession et cat\u00e9gorie socioprofessionnelle) n\u2019a pas vraiment de sens ici. La profession la plus \u00e9lev\u00e9e \u00e0 laquelle nous avons eu affaire \u00e9tait celle d\u2019une seule personne aide-soignante. Presque 60\u00a0% des autres parents sont ouvriers, 30\u00a0% se d\u00e9clarent \u00ab\u00a0sans profession\u00a0\u00bb tandis que 12\u00a0% se d\u00e9clarent \u00ab\u00a0au ch\u00f4mage<\/em>. <em>Enfin, un seul individu se d\u00e9clare artisan ma\u00e7on\u00a0<\/em>\u00bb (Perrot, 2006, p. 5). On peut d\u00e8s lors se poser la question\u00a0: les biais d\u2019orientation et de notation que l\u2019auteur s\u2019efforce de mettre en \u00e9vidence sont-ils li\u00e9s \u00e0 l\u2019origine ethnique des \u00e9l\u00e8ves ou \u00e0 leur origine prol\u00e9tarienne<sup><a id=\"post-22447-endnote-ref-12\" href=\"#post-22447-endnote-12\">[12]<\/a><\/sup>\u00a0? L\u2019auteur conclut d\u2019ailleurs de fa\u00e7on tr\u00e8s prudente\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Si la vertu heuristique d\u2019un concept comme la discrimination devait rester li\u00e9e \u00e0 sa capacit\u00e9 intrins\u00e8que de d\u00e9signation directe, la seule \u00ab\u00a0discrimination\u00a0\u00bb que nous aurions pu mettre en \u00e9vidence \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur [du coll\u00e8ge \u00e9tudi\u00e9] est celle qui s\u00e9pare les filles des gar\u00e7ons<\/em>\u00a0\u00bb (Perrot, 2006, p. 12). L\u2019\u00e9tude montre en effet que, lors des conseils de classe, les professeurs favorisent en mati\u00e8re d\u2019orientation les filles jug\u00e9es m\u00e9ritantes malgr\u00e9 leurs faibles r\u00e9sultats, au d\u00e9triment des gar\u00e7ons qui obtiennent pourtant de meilleures notes.<\/p>\n<p>Rappelons-le, nous ne contestons pas l\u2019existence d\u2019une discrimination syst\u00e9mique. Nous montrons simplement que les travaux disponibles conduisent \u00e0 consid\u00e9rer que ce ph\u00e9nom\u00e8ne discriminatoire joue un r\u00f4le second dans l\u2019explication des in\u00e9galit\u00e9s d\u2019apprentissage et de parcours scolaires. Ces in\u00e9galit\u00e9s s\u2019expliquent massivement par des variables qui tiennent \u00e0 la situation socio-\u00e9conomique et aux acquis scolaires des parents.<\/p>\n<p>Parmi les facteurs qui peuvent contribuer \u00e0 la discrimination syst\u00e9mique, la s\u00e9gr\u00e9gation joue sans doute un r\u00f4le, mais l\u00e0 aussi les r\u00e9sultats de la recherche sont nuanc\u00e9s\u00a0: \u00ab\u00a0<em>l\u2019enqu\u00eate PISA r\u00e9v\u00e8le ainsi que ce n\u2019est pas la concentration d\u2019\u00e9l\u00e8ves immigr\u00e9s dans un \u00e9tablissement, mais plut\u00f4t celle d\u2019\u00e9l\u00e8ves d\u00e9favoris\u00e9s, qui entrave la r\u00e9ussite tant des \u00e9l\u00e8ves immigr\u00e9s que de leurs pairs autochtones<\/em>\u00a0\u00bb (OCDE, 2015). Un autre facteur susceptible d\u2019intervenir concerne l\u2019articulation entre le syst\u00e8me scolaire et l\u2019insertion professionnelle<sup><a id=\"post-22447-endnote-ref-13\" href=\"#post-22447-endnote-13\">[13]<\/a><\/sup>. Le rapport de l\u2019acad\u00e9mie de Cr\u00e9teil, s\u2019appuyant notamment sur les travaux de F. Dhume (2013) montre que le syst\u00e8me scolaire n\u00e9gocie des \u00ab\u00a0arrangements\u00a0\u00bb avec les entreprises qui acceptent d\u2019accueillir des stagiaires (on anticipe ou on accepte les demandes de ne pas avoir de stagiaire de telle ou telle origine) et a tendance \u00e0 euph\u00e9miser l\u2019exp\u00e9rience des discriminations v\u00e9cues par les \u00e9l\u00e8ves au cours de leur stage.<\/p>\n<h2><strong>Discriminations et in\u00e9galit\u00e9s\u00a0: les enjeux sociaux et politiques du d\u00e9bat<\/strong><\/h2>\n<p>Le choix des mots n\u2019est jamais indiff\u00e9rent et on ne peut n\u00e9gliger le contexte social de leur utilisation. Le mot \u00ab\u00a0discrimination\u00a0\u00bb est d\u00e9fini par des in\u00e9galit\u00e9s reposant sur des motifs ill\u00e9gitimes, ce qui suppose qu\u2019il existe d\u2019autres in\u00e9galit\u00e9s reposant sur des motifs l\u00e9gitimes. De plus les discriminations ethno-raciales sont d\u00e9finies comme ne reposant ni sur la division du travail, ni sur les m\u00e9canismes de march\u00e9, ce qui laisse supposer que les in\u00e9galit\u00e9s r\u00e9sultant du march\u00e9 et de la division du travail sont l\u00e9gitimes. De l\u00e0 \u00e0 penser que ces derni\u00e8res sont l\u00e9gitimes alors que les discriminations sont ill\u00e9gitimes, il n\u2019y a qu\u2019un pas. De plus, le th\u00e8me des discriminations est souvent li\u00e9 \u00e0 la question de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des chances. Les victimes des discriminations ne b\u00e9n\u00e9ficient pas, du fait de la stigmatisation dont ils font l\u2019objet, de chances \u00e9gales d\u2019acc\u00e9der aux positions sociales valoris\u00e9es. Cette in\u00e9galit\u00e9 des chances heurte l\u2019id\u00e9ologie m\u00e9ritocratique. On peut donc \u00eatre conduit \u00e0 penser qu\u2019une fois ces discriminations \u00e9limin\u00e9es, l\u2019\u00e9galit\u00e9 des chances sera assur\u00e9e et les in\u00e9galit\u00e9s restantes, l\u00e9gitim\u00e9es.<\/p>\n<p>L\u2019usage du terme de discrimination s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 \u00e0 partir des ann\u00e9es 1990 dans un contexte social et politique particulier marqu\u00e9 par un changement du r\u00e9f\u00e9rentiel des politiques publiques dominant pendant les Trente glorieuses. Apr\u00e8s la seconde guerre mondiale, l\u2019id\u00e9al d\u2019\u00e9galit\u00e9 des situations<sup><a id=\"post-22447-endnote-ref-14\" href=\"#post-22447-endnote-14\">[14]<\/a><\/sup>\u00a0s\u2019est impos\u00e9. La d\u00e9claration de Philadelphie de l\u2019OIT<sup><a id=\"post-22447-endnote-ref-15\" href=\"#post-22447-endnote-15\">[15]<\/a><\/sup>, la cr\u00e9ation des \u00c9tats-Providence (les rapports Beveridge en Grande-Bretagne) affirmaient la volont\u00e9 de lutter contre les in\u00e9galit\u00e9s socio-\u00e9conomiques. Cet objectif a \u00e9t\u00e9 partiellement atteint en ce qui concerne le partage des revenus. Les \u00e9tudes de longue p\u00e9riode (Piketty, 2013) montrent que dans les pays d\u00e9velopp\u00e9s, on a assist\u00e9 \u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne de r\u00e9duction des in\u00e9galit\u00e9s (P. Krugman parle de \u00ab\u00a0grande compression\u00a0\u00bb). A l\u2019inverse, \u00e0 partir des ann\u00e9es 1980 aux Etats-Unis et des ann\u00e9es 1990-2000 en Europe continentale, on observe un creusement des in\u00e9galit\u00e9s (\u00ab\u00a0la grande divergence\u00a0\u00bb). Ces transformations dans le partage des revenus et des patrimoines, l\u2019organisation de la protection sociale, le fonctionnement du march\u00e9 du travail, la lib\u00e9ralisation financi\u00e8re, etc. sont bien \u00e9videmment li\u00e9es aux rapports de force entre les groupes sociaux, mais elle r\u00e9sulte aussi d\u2019un discours de justification qui s\u2019est peu \u00e0 peu impos\u00e9. Les critiques de l\u2019intervention \u00e9conomique de l\u2019Etat, la d\u00e9nonciation des effets \u00ab\u00a0d\u00e9sincitatifs\u00a0\u00bb de la protection sociale, l\u2019\u00e9loge de la libre concurrence vont occuper une place croissante dans le d\u00e9bat public (Dixon, 2008). L\u2019ouvrage de G. Gilder (1981), Richesse et pauvret\u00e9, dont on dit qu\u2019il \u00e9tait le livre de chevet de R. Reagan, est embl\u00e9matique de cette transformation, du fait de son contenu (c\u2019est l\u2019Etat providence et les pauvres eux-m\u00eames qui sont responsables de leur situation) et de son impact m\u00e9diatique. Ce changement de paradigme des politiques publiques est influenc\u00e9 par les analyses des \u00e9conomistes autrichiens. Pour F. Hayek la justice sociale est un mirage et pour L. von Mises les in\u00e9galit\u00e9s sont inh\u00e9rentes \u00e0 l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9. Or dans le m\u00eame temps, le syst\u00e8me sovi\u00e9tique s\u2019effondre, l\u2019influence des id\u00e9es marxistes recule fortement et beaucoup imputent cet \u00e9chec \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9galitarisme\u00a0\u00bb qui serait contraire \u00e0 l\u2019ordre naturel (et in\u00e9galitaire) des choses. C\u2019est ce que souligne M.\u00a0Fleurbaey\u00a0: \u00ab\u00a0<em>La faillite du marxisme a en effet terni l\u2019id\u00e9al de l\u2019\u00e9galit\u00e9 sociale, et l\u2019id\u00e9e que les in\u00e9galit\u00e9s sont partiellement l\u00e9gitimes a gagn\u00e9 du terrain<\/em>\u00a0\u00bb<sup><a id=\"post-22447-endnote-ref-16\" href=\"#post-22447-endnote-16\">[16]<\/a><\/sup>.<\/p>\n<p>Dans ce nouveau contexte, la lutte contre les discriminations tend \u00e0 se substituer \u00e0 la lutte contre les in\u00e9galit\u00e9s et l\u2019objectif d\u2019\u00e9quit\u00e9 est pr\u00e9sent\u00e9 comme une alternative \u00e0 l\u2019objectif d\u2019\u00e9galit\u00e9. En France, c\u2019est le rapport d\u2019A. Minc (1994) qui marque un tournant. L\u2019id\u00e9e selon laquelle la lutte contre les in\u00e9galit\u00e9s conduit \u00e0 des injustices et qu\u2019il faut promouvoir l\u2019\u00e9quit\u00e9 remporte un succ\u00e8s croissant dans le d\u00e9bat public, en d\u00e9pit des r\u00e9sistances de quelques intellectuels<sup><a id=\"post-22447-endnote-ref-17\" href=\"#post-22447-endnote-17\">[17]<\/a><\/sup>. Dans ce contexte id\u00e9ologique, la lutte contre les discriminations et la promotion de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des chances apparaissent comme un moyen de faire dispara\u00eetre les in\u00e9galit\u00e9s ill\u00e9gitimes, les autres, relevant du m\u00e9rite individuel sanctionn\u00e9 par les m\u00e9canismes de march\u00e9, \u00e9tant pour leur part l\u00e9gitimes.<\/p>\n<p>La diff\u00e9rence entre les discours fond\u00e9s sur la lutte contre les in\u00e9galit\u00e9s et ceux fond\u00e9s sur la lutte contre les discriminations est soulign\u00e9e par P. Simon\u00a0: \u00ab\u00a0<em>l\u2019entr\u00e9e par les in\u00e9galit\u00e9s ne m\u00e8ne pas aux m\u00eames d\u00e9constructions de m\u00e9canisme de filtrage, rejet et traitements diff\u00e9renci\u00e9s que l\u2019\u00e9conomie g\u00e9n\u00e9rale du corpus des discriminations. Si discriminations et \u00e9galit\u00e9 (ou in\u00e9galit\u00e9) ont de toute \u00e9vidence partie li\u00e9e, il ne s\u2019agit pas de notions \u00e9quivalentes et substituables<\/em>\u00a0\u00bb (Simon, 2004, p. 6). Il y a bien un changement de paradigme que soulignent F. Dubet et ses co-auteurs\u00a0: \u00ab\u00a0<em>longtemps l\u2019universalisme r\u00e9publicain et les luttes ouvri\u00e8res se sont m\u00eal\u00e9s pour promouvoir un mod\u00e8le de justice visant principalement la r\u00e9duction des in\u00e9galit\u00e9s entre les classes sociales, mod\u00e8le si puissant que les discriminations y \u00e9taient presque \u00ab\u00a0invisibles\u00a0\u00bb. Avec les luttes contre les discriminations, l\u2019id\u00e9al \u00e0 atteindre est moins celui d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 sans classes que celui d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 ouverte et mobile dans laquelle la diversit\u00e9 des origines, des sexes, des cultures et des identit\u00e9s seraient repr\u00e9sent\u00e9e de mani\u00e8re \u00e9quitable dans tous les domaines et \u00e0 tous les niveaux de la vie sociale<\/em>\u00a0\u00bb (Dubet et alii, 2013, p. 8). J. Chevalier fait observer pour sa part que si la lutte contre les discriminations peut \u00eatre comprise comme un approfondissement de la lutte contre les in\u00e9galit\u00e9s, elle peut aussi servir de base \u00e0 une remise en cause de l\u2019Etat-Providence (Chevallier, 2003).<\/p>\n<p>En 2009, W. B. Michaels a publi\u00e9 un pamphlet vigoureux soulignant le fait que la lutte contre les discriminations et pour la diversit\u00e9 tend \u00e0 occulter la question des in\u00e9galit\u00e9s socio-\u00e9conomiques. Dans l\u2019introduction de l\u2019\u00e9dition fran\u00e7aise de son livre, il \u00e9crit \u00ab\u00a0<em>la lutte contre les discriminations (SOS racisme\u2026) a remplac\u00e9 la\u00a0rupture avec le capitalisme en t\u00eate de l\u2019agenda politique<\/em>\u00a0\u00bb et il ajoute, \u00ab\u00a0<em>D\u00e8s lors qu\u2019il s\u2019est souvent substitu\u00e9 au combat pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 (au lieu de s\u2019y ajouter), l\u2019engagement en faveur de la diversit\u00e9 a fragilis\u00e9 les digues politiques qui contenaient la pouss\u00e9e lib\u00e9rale<\/em>\u00a0\u00bb (Michaels, 2009, p. 7). M\u00eame si le livre de Michaels a fait l\u2019objet de critiques de la part d\u2019un certain nombre de sociologues fran\u00e7ais, sa position est nuanc\u00e9e. Ce qu\u2019il conteste n\u2019est pas la lutte contre les discriminations, mais la tendance du discours dominant \u00e0 substituer la question des discriminations \u00e0 celle des in\u00e9galit\u00e9s. Ce discours dominant conduit \u00e0 consid\u00e9rer que \u00ab\u00a0<em>nos probl\u00e8mes sociaux fondamentaux proviendraient de la discrimination et de l\u2019intol\u00e9rance plut\u00f4t que de l\u2019exploitation<\/em>\u00a0\u00bb (idem, p. 9). On comprend mieux comment, en France, la question des discriminations a \u00e9t\u00e9 reprise par la droite face \u00e0 une gauche incapable de porter un discours clair sur l\u2019articulation entre la lutte contre les in\u00e9galit\u00e9s socio-\u00e9conomiques et la lutte contre les discriminations. P. Simon analyse ce processus qui voit N. Sarkozy affirmer sa volont\u00e9 de lutter contre les discriminations, nommer un \u00ab\u00a0pr\u00e9fet musulman\u00a0\u00bb et promouvoir un mod\u00e8le \u00ab\u00a0positif et m\u00e9ritant\u00a0\u00bb en opposition \u00e0 la conception traditionnelle de l\u2019int\u00e9gration qui serait en \u00e9chec. Il s\u2019agit pour la droite d\u2019occuper \u00e0 sa fa\u00e7on le terrain de la lutte contre les in\u00e9galit\u00e9s traditionnellement mobilis\u00e9 par la gauche. Mais P. Simon souligne que \u00ab\u00a0<em>l\u2019int\u00e9r\u00eat de la droite pour la lutte contre les discriminations ne peut se lire exclusivement sous un angle tactique. Il tient avant tout \u00e0 l\u2019adaptabilit\u00e9 de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des chances aux th\u00e9ories du lib\u00e9ralisme \u00e9conomique. Avec cette th\u00e9matique, la droite a trouv\u00e9 le moyen de r\u00e9concilier profits et morale<\/em>\u00a0\u00bb (Simon, 2007, p. 158).<\/p>\n<p>R\u00e9p\u00e9tons-le, il ne s\u2019agit pas pour nous de contester l\u2019usage du terme de discrimination, ni l\u2019existence de discriminations ou la n\u00e9cessit\u00e9 de politiques publiques de lutte contre celles-ci. Mais, compte tenu des usages id\u00e9ologiques de ce terme, il nous semble indispensable d\u2019en faire une utilisation pr\u00e9cise, clairement d\u00e9limit\u00e9. En particulier nous refusons toute probl\u00e9matique opposant lutte contre les in\u00e9galit\u00e9s et lutte contre les discriminations. Le rapport de l\u2019acad\u00e9mie de Cr\u00e9teil, alors m\u00eame qu\u2019il souligne une \u00ab\u00a0approximation des connaissances\u00a0\u00bb des professionnels de l\u2019\u00e9ducation sur des concepts comme discrimination, \u00e9galit\u00e9 des chances, inclusion, ne contribue pas vraiment \u00e0 l\u2019indispensable clarification conceptuelle. En particulier, la pr\u00e9sentation des principes de justice qui est faite dans le rapport (\u00ab\u00a0\u00e9galit\u00e9 formelle\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0\u00e9galit\u00e9 des chances\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0\u00e9galit\u00e9 r\u00e9elle\u00a0\u00bb) ne nous semble pas op\u00e9ratoire. On ne peut opposer l\u2019\u00e9galit\u00e9 formelle (qui correspond \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 en droit comme l\u2019indique le rapport) et la non-discrimination, puisque pr\u00e9cis\u00e9ment, sur le plan juridique, la discrimination est une violation de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits (la non-discrimination est donc le respect de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019\u00e9galit\u00e9 formelle).<\/p>\n<h2><strong>Discriminations et in\u00e9galit\u00e9s\u00a0: les enjeux scolaires du d\u00e9bat<\/strong><\/h2>\n<p>Apr\u00e8s avoir trait\u00e9 des enjeux politiques du d\u00e9bat sur l\u2019usage du terme discrimination, nous abordons \u00e0 pr\u00e9sent l\u2019enjeu de ce m\u00eame d\u00e9bat en ce qui concerne l\u2019analyse des in\u00e9galit\u00e9s scolaires et les politiques publiques d\u2019\u00e9ducation. Il s\u2019agit notamment de fonder un diagnostic sur les fondements des in\u00e9galit\u00e9s scolaires. Le rapport de l\u2019acad\u00e9mie de Cr\u00e9teil indique par exemple\u00a0: \u00ab\u00a0<em>il s\u2019agit de voir si les pratiques et les organisations du travail ne donnent pas prise \u00e0 l\u2019activation de st\u00e9r\u00e9otypes li\u00e9s \u00e0 des cat\u00e9gories ill\u00e9gitimes (\u2026) qui peuvent conduire \u00e0 des traitements diff\u00e9renciateurs des personnes<\/em>\u00a0\u00bb (p. 5). S\u2019il s\u2019agit l\u00e0 du facteur principal des in\u00e9galit\u00e9s, alors on comprend que les solutions se trouvent dans un appel aux valeurs, \u00e0 la d\u00e9ontologie ou \u00e0 l\u2019\u00e9thique des personnels, \u00e0 la cr\u00e9ation \u00ab\u00a0<em>d\u2019espaces de r\u00e9flexion s\u00e9curis\u00e9s et bienveillants o\u00f9 les processus \u00e0 l\u2019\u0153uvre peuvent \u00eatre analys\u00e9s, o\u00f9 les difficult\u00e9s peuvent \u00eatre travaill\u00e9es et partag\u00e9es, o\u00f9 les tensions propres aux situations professionnelles peuvent \u00eatre r\u00e9gul\u00e9es afin de limiter les risques de discriminations<\/em>\u00a0\u00bb (p. 22). Ainsi la mise en place de groupes d\u2019analyses de pratiques et\/ou de soutien psychologique serait de nature \u00e0 favoriser \u00ab\u00a0une prise de conscience de chaque acteur dans son champ d\u2019intervention\u00a0\u00bb (p. 22). Mais lorsqu\u2019on consulte le rapport de l\u2019acad\u00e9mie ou de nombreuses autres publications, on constate que d\u00e8s lors qu\u2019il est question des in\u00e9galit\u00e9s d\u2019apprentissage, on ne traite plus des groupes ethno-raciaux discrimin\u00e9s, mais des cat\u00e9gories populaires en g\u00e9n\u00e9ral. Le rapport de l\u2019acad\u00e9mie de Cr\u00e9teil indique par exemple\u00a0: \u00ab\u00a0<em>La part des enfants issus des familles socialement ais\u00e9es est d\u2019autant plus forte que la formation est r\u00e9put\u00e9e. Une \u00e9tude montre, par exemple, que la part des enfants d\u2019ouvriers dans la section internationale d\u2019un lyc\u00e9e est nulle alors que les enfants constituent le quart des effectifs des autres classes de seconde du m\u00eame \u00e9tablissement<\/em>\u00a0\u00bb (p.15). Les in\u00e9galit\u00e9s sont donc socio-\u00e9conomiques et non ethno-raciales. Le m\u00eame rapport indique que \u00ab\u00a0<em>les \u00e9l\u00e8ves ne sont pas expos\u00e9s de la m\u00eame mani\u00e8re aux savoirs en classe. Notamment, le caract\u00e8re implicite des attendus cognitifs de la t\u00e2che elle-m\u00eame, qu\u2019il s\u2019agisse de pratiques langagi\u00e8res ou de dispositifs p\u00e9dagogiques, emp\u00eache certains \u00e9l\u00e8ves de s\u2019approprier les enjeux d\u2019apprentissage des activit\u00e9s qui leur sont propos\u00e9es<\/em>\u00a0\u00bb (p.22). On reconnait l\u00e0 sans peine les analyses conduites notamment par le groupe ESCOL (Bautier et Rayou, 2013, Rochex et Crinon, 2011), par les membres du GRDS (Deauvieau et Terrail, 2007, Terrail, 2016) et plus largement les travaux qui s\u2019inscrivent dans la continuit\u00e9 des analyses de B. Bernstein (Frandji et Vitale, 2008) sur la p\u00e9dagogie invisible et ses effets n\u00e9gatifs sur les apprentissages des \u00e9l\u00e8ves issus des classes populaires.<\/p>\n<p>Toutes ces analyses soulignent que les in\u00e9galit\u00e9s scolaires reposent notamment sur des malentendus li\u00e9s au caract\u00e8re implicite des apprentissages vis\u00e9s. Certains \u00e9l\u00e8ves peuvent \u00e9viter les malentendus gr\u00e2ce au soutien familial et \u00e0 une connivence avec l\u2019\u00e9cole et ses exigences tandis que d\u2019autres se trompent sur l\u2019objectif des t\u00e2ches propos\u00e9es. S\u2019il s\u2019agit de travailler sur une carte de g\u00e9ographie par exemple, certains \u00e9l\u00e8ves saisissent d\u2019embl\u00e9e que l\u2019enjeu est de parvenir \u00e0 une repr\u00e9sentation abstraite de l\u2019espace (et donc \u00e0 un mod\u00e8le), l\u00e0 o\u00f9 d\u2019autres vont croire qu\u2019il s\u2019agit de r\u00e9ussir un joli coloriage de la carte. L\u2019enseignant peut se r\u00e9jouir de voir l\u2019\u00e9l\u00e8ve s\u2019engager dans la t\u00e2che (il fait son coloriage en \u00e9tant motiv\u00e9 et concentr\u00e9) et ne pas percevoir que l\u2019objectif cognitif n\u2019est pas atteint. Il peut aussi s\u2019en rendre compte mais, pour ne pas d\u00e9courager l\u2019\u00e9l\u00e8ve et faire preuve de bienveillance, le f\u00e9liciter pour son coloriage et ne pas le confronter au fait qu\u2019il n\u2019a pas r\u00e9alis\u00e9 l\u2019apprentissage vis\u00e9. Un autre facteur d\u2019in\u00e9galit\u00e9 r\u00e9sulte du fait que les enseignants, sous pr\u00e9texte de s\u2019adapter aux \u00e9l\u00e8ves des milieux populaires, peuvent avoir tendance \u00e0 ajuster \u00e0 la baisse leurs objectifs et leurs exigences face \u00e0 un public consid\u00e9r\u00e9 comme \u00ab\u00a0d\u00e9favoris\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019origine des difficult\u00e9s d\u2019apprentissage ne r\u00e9sulte donc pas principalement de \u00ab\u00a0l\u2019origine\u00a0\u00bb migratoire ou ethno-raciale des \u00e9l\u00e8ves, mais plut\u00f4t des difficult\u00e9s pour les \u00e9l\u00e8ves qui ne disposent que de l\u2019\u00e9cole pour apprendre \u00e0 s\u2019approprier les exigences et les attentes cognitives de l\u2019institution scolaire. A l\u2019inverse, les \u00e9l\u00e8ves qui sont issus de milieux socio-culturels fortement dot\u00e9s en capital culturel b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019une sorte de \u00ab\u00a0d\u00e9lit d\u2019initi\u00e9\u00a0\u00bb qui leur permet d\u2019\u00e9chapper largement aux malentendus d\u2019apprentissage.<\/p>\n<p>Outre les auteurs d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9s, B. Lahire souligne lui-aussi ce probl\u00e8me\u00a0: \u00ab\u00a0<em>L\u2019\u00e9cole a une responsabilit\u00e9 p\u00e9dagogique et politique consid\u00e9rable vis-\u00e0-vis de ces enfants qui n\u2019ont que l\u2019\u00e9cole, qui n\u2019ont que le temps pass\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole, pour entrer dans la culture scolaire et se l\u2019approprier. Or, pour ces enfants-l\u00e0, tous les moments retir\u00e9s \u00e0 l\u2019action p\u00e9dagogique, au travail p\u00e9dagogique et \u00e0 l\u2019entra\u00eenement des \u00e9l\u00e8ves constituent autant de remises en cause de la progression dans l\u2019appropriation des savoirs scolaires. Il faut du temps pour \u00ab\u00a0transmettre\u00a0\u00bb un capital de connaissances, pour faire acqu\u00e9rir des techniques ou des mani\u00e8res de penser ou d\u2019agir<\/em>\u00a0\u00bb (Lahire, 2013, p. 12). Or, bien souvent, sous pr\u00e9texte de s\u2019adapter aux \u00e9l\u00e8ves des milieux populaires, les normes p\u00e9dagogiques, injonction des formateurs, de la hi\u00e9rarchie, contenu des mat\u00e9riaux p\u00e9dagogiques (Bonn\u00e9ry, 2015) conduisent les enseignants \u00e0 adopter des pratiques plus \u00ab\u00a0ludiques\u00a0\u00bb, plus \u00ab\u00a0concr\u00e8tes\u00a0\u00bb, plus li\u00e9es aux int\u00e9r\u00eats imm\u00e9diats (r\u00e9els ou suppos\u00e9s) des \u00e9l\u00e8ves. Cette posture, aux motivations g\u00e9n\u00e9reuses, conduit \u00e0 rendre plus invisible la p\u00e9dagogie et \u00e0 rendre moins intensive la confrontation des \u00e9l\u00e8ves aux savoirs scolaires, moins syst\u00e9matiques les apprentissages. B. Lahire souligne que ce risque est particuli\u00e8rement \u00e9lev\u00e9 au sein des ZEP qui scolarisent pr\u00e9cis\u00e9ment les \u00e9l\u00e8ves les plus \u00e9loign\u00e9s des pr\u00e9requis de l\u2019univers scolaire\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Mais les zones d\u2019\u00e9ducation prioritaire ont \u00e9t\u00e9 parfois des lieux o\u00f9 l\u2019on a pu avoir, beaucoup plus qu\u2019ailleurs, des pratiques d\u2019\u00ab\u00a0ouverture de l\u2019\u00e9cole sur la vie<\/em>\u00a0\u00bb qui tendent, au final, plut\u00f4t \u00e0 retirer du temps d\u2019apprentissage aux \u00e9l\u00e8ves\u00a0\u00bb (Lahire, 2013, p. 11).<\/p>\n<p>Si l\u2019on veut lutter contre les in\u00e9galit\u00e9s sociales d\u2019apprentissage et de parcours scolaires, il faudrait donc changer de paradigme p\u00e9dagogique (J.P. Terrail) et mettre en \u0153uvre une p\u00e9dagogie visible radicale. C\u2019est la position de R. Establet\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Tous les r\u00e9sultats sont convergents. Ce sont les p\u00e9dagogies qui d\u00e9finissent le plus explicitement les savoirs pertinents (classification) et qui font conna\u00eetre le plus explicitement les performances attendues de l\u2019\u00e9l\u00e8ve (cadrage) qui permettent aux enfants des classes d\u00e9favoris\u00e9es de r\u00e9ussir<\/em>\u00a0\u00bb (Establet, 2008, p. 48).<\/p>\n<p>Le processus par lequel les dispositifs p\u00e9dagogiques les plus r\u00e9pandus actuellement contribuent \u00e0 la production des in\u00e9galit\u00e9s d\u2019apprentissage est bien r\u00e9sum\u00e9 par S. Bonn\u00e9ry\u00a0: \u00ab\u00a0<em>les \u00e9l\u00e8ves qualifi\u00e9s de \u00ab\u00a0brillants\u00a0\u00bb sont en fait ceux qui b\u00e9n\u00e9ficient de d\u00e9lits d\u2019initi\u00e9s face \u00e0 la culture scolaire\u00a0: ils entendent ce qui n\u2019est pas dit (ou dit \u00e0 demi-mot) et savent ce qui est exig\u00e9 sans \u00eatre enseign\u00e9. Le fait que les autres, la majorit\u00e9, se confronte \u00e0 des difficult\u00e9s n\u2019est pas surprenant. Et ce ne le serait pas non plus si les dispositifs p\u00e9dagogiques \u00e9taient d\u00e9barrass\u00e9s de bon nombre d\u2019implicites car le d\u00e9veloppement chez chacun des dispositions \u00e0 r\u00e9aliser ces sauts cognitifs et \u00e0 s\u2019approprier les savoirs requiert des efforts, des rectifications, des retours sur l\u2019activit\u00e9. Mais telle n\u2019est pas la priorit\u00e9 des dispositifs p\u00e9dagogiques majoritairement observ\u00e9s\u00a0: la phase de d\u00e9couverte des savoirs est suivie par une tr\u00e8s rapide phase d\u2019institutionnalisation de ces savoirs o\u00f9 seuls quelques \u00e9l\u00e8ves \u00e9noncent \u00e0 haute voix ce que d\u2019autres n\u2019ont m\u00eame pas soup\u00e7onn\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb (Bonn\u00e9ry, 2009, p. 17).<\/p>\n<p>Mais si au lieu de prendre en compte le fait que les dispositifs p\u00e9dagogiques qui sont devenus dominants dans le syst\u00e8me scolaire d\u00e9favorisent les enfants des cat\u00e9gories populaires (qui repr\u00e9sentent plus de la moiti\u00e9 de la population active), on ne met en avant que la sp\u00e9cificit\u00e9 des \u00e9l\u00e8ves d\u2019origine immigr\u00e9e, on manque sa cible. Plus grave, on court le risque d\u2019apporter des r\u00e9ponses qui vont \u00e0 l\u2019encontre de l\u2019objectif d\u2019\u00e9galit\u00e9. Si, par exemple, on met l\u2019accent sur des pratiques \u00ab\u00a0interculturelles\u00a0\u00bb<sup><a id=\"post-22447-endnote-ref-18\" href=\"#post-22447-endnote-18\">[18]<\/a><\/sup>, sur la valorisation des cultures d\u2019origine, sur une diff\u00e9renciation p\u00e9dagogiques qui contourne les apprentissages, on risque, avec les intentions les plus g\u00e9n\u00e9reuses du monde, de renforcer les in\u00e9galit\u00e9s.<\/p>\n<p>C\u2019est le danger que pointe U. Palheta dans une recension r\u00e9cente d\u2019un recueil de textes d\u2019Abdelmalek Sayad (2014). Ce dernier s\u2019interrogeait notamment sur la mise en place, \u00e0 partir de 1973, des Enseignements de langues et culture d\u2019origine (ELCO). Pour Palheta\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Tout l\u2019int\u00e9r\u00eat des remarques de Sayad sur l\u2019ELCO consiste \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler que l\u2019attention aux \u00ab\u00a0diff\u00e9rences culturelles\u00a0\u00bb peut paradoxalement fonctionner comme indiff\u00e9rence aux in\u00e9galit\u00e9s de capital culturel, et ainsi contribuer non seulement \u00e0 la reproduction des in\u00e9galit\u00e9s scolaires, en modulant le niveau d\u2019exigence scolaire au nom de diff\u00e9rences culturelles postul\u00e9es, mais aussi \u00e0 la l\u00e9gitimation des in\u00e9galit\u00e9s sociales devant l\u2019\u00c9cole, en fournissant une puissante sociodic\u00e9e de ces in\u00e9galit\u00e9s, fond\u00e9e sur l\u2019attribution aux enfants d\u2019immigr\u00e9-e-s de propri\u00e9t\u00e9s culturelles les rendant impropres aux apprentissages scolaires mais riches d\u2019une \u00ab\u00a0autre culture<\/em>\u00a0\u00bb <em>(leur culture dite \u00ab\u00a0d\u2019origine\u00a0\u00bb), maigre consolation pour ceux et celles qui se savent, se sentent et se retrouvent exclu-e-s de (et par) l\u2019institution scolaire\u00a0<\/em>\u00bb (Palheta, 2016).<\/p>\n<p>Bonn\u00e9ry note pour sa part, que les dispositifs en vigueur pour lutter contre \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9chec scolaire\u00a0\u00bb tendent \u00e0 individualiser et \u00e0 psychologiser le rapport des \u00e9l\u00e8ves \u00e0 l\u2019institution scolaire. Le fait qu\u2019il existe n\u00e9cessairement un \u00e9cart entre les connaissances des \u00e9l\u00e8ves et la culture savante (scientifique, litt\u00e9raire, artistique, etc.) que les \u00e9l\u00e8ves doivent s\u2019approprier, n\u2019est pas pr\u00e9sent\u00e9 de fa\u00e7on explicite comme une situation normale. Les \u00e9l\u00e8ves qui n\u2019ont que l\u2019\u00e9cole pour apprendre sont alors conduits \u00e0 interpr\u00e9ter leurs difficult\u00e9s d\u2019apprentissage en termes relationnels\u00a0: l\u2019enseignant n\u2019est pas gentil, il a des \u00ab\u00a0chouchous\u00a0\u00bb (qui donnent les bonnes r\u00e9ponses), voire il est raciste. S. Bonn\u00e9ry souligne que dans un coll\u00e8ge qu\u2019il a observ\u00e9, les \u00e9l\u00e8ves \u00ab\u00a0<em>confront\u00e9s \u00e0 la r\u00e9p\u00e9tition de mauvaises notes \u00e9prouvent le sentiment d\u2019\u00eatre victimes, d\u2019\u00eatre d\u00e9sign\u00e9s non-conformes, et de l\u2019\u00eatre de la m\u00eame mani\u00e8re que leurs \u00ab\u00a0copains de m\u00eames origines<\/em>\u00a0\u00bb. Pris dans les malentendus sociocognitifs et dans ce registre personnalisant et psychologique, ils suspectent alors une malveillance de la part des enseignants \u00e0 leur \u00e9gard pour des raisons de discrimination raciale, sociale ou de genre\u00a0; comme le dit l\u2019un des \u00e9l\u00e8ves suivis\u00a0: \u00ab\u00a0<em>C\u2019est bizarre cette ann\u00e9e, y\u2019a que les noirs et les arabes qui redoublent<\/em>\u00a0\u00bb (Bonn\u00e9ry, 2009, p. 20). Les \u00e9l\u00e8ves peuvent donc \u00e9prouver un sentiment de discrimination (qui est une composante de la r\u00e9alit\u00e9 sociale et peut \u00eatre enregistr\u00e9 dans les enqu\u00eates), alors m\u00eame qu\u2019\u00e0 l\u2019origine des probl\u00e8mes se trouve un paradigme p\u00e9dagogique dominant au sein duquel les malentendus socio-cognitifs jouent en d\u00e9faveur de la plupart des \u00e9l\u00e8ves issus des cat\u00e9gories populaires.<\/p>\n<h2><strong>Conclusion<\/strong><\/h2>\n<p>Nous pensons, comme L. B\u00e9reni et V.-A. Chappe (2011) qu\u2019il n\u2019y a pas lieu d\u2019opposer l\u2019analyse des discriminations et celle des in\u00e9galit\u00e9s de classes. S\u2019agissant des in\u00e9galit\u00e9s scolaires, les travaux s\u00e9rieux<sup><a id=\"post-22447-endnote-ref-19\" href=\"#post-22447-endnote-19\">[19]<\/a><\/sup> disponibles montrent que les facteurs li\u00e9s \u00e0 l\u2019origine sociale (situation socio-professionnelle et formation scolaire des parents) sont les variables explicatives principales des in\u00e9galit\u00e9s scolaires. Par ailleurs, les travaux qui se centrent sur les dispositifs et les supports p\u00e9dagogiques montrent qu\u2019une norme p\u00e9dagogique et didactique s\u2019est progressivement impos\u00e9e, conduisant \u00e0 la domination d\u2019une p\u00e9dagogie invisible, source de malentendus pour les \u00e9l\u00e8ves issus des cat\u00e9gories populaires. Comme l\u2019\u00e9crasante majorit\u00e9 des enfants issus de l\u2019immigration appartiennent \u00e0 ces cat\u00e9gories populaires, ils sont donc largement victimes de ces dispositifs p\u00e9dagogiques. L\u2019\u00e9cole devrait donc en premier lieu viser \u00e0 une \u00e9galit\u00e9 dans les apprentissages en construisant des dispositifs destin\u00e9s prioritairement aux enfants qui n\u2019ont que l\u2019\u00e9cole pour apprendre. Cela supposerait de changer de paradigme p\u00e9dagogique pour articuler p\u00e9dagogie visible et activit\u00e9 intellectuelle des \u00e9l\u00e8ves. Cela supposerait \u00e9galement de cesser de consid\u00e9rer comme acquis par tous les \u00e9l\u00e8ves les pr\u00e9requis de la r\u00e9ussite scolaire que seuls les enfants issus des cat\u00e9gories fortement dot\u00e9es en capital culturel ma\u00eetrisent. Il s\u2019agit d\u2019une t\u00e2che immense dont on ne discute pas s\u00e9rieusement dans les lieux o\u00f9 s\u2019\u00e9laborent les politiques publiques d\u2019\u00e9ducation. Pour autant, cela ne doit pas conduire \u00e0 refuser de prendre en compte les discriminations lorsqu\u2019elles sont \u00e9tablies, par exemple \u00e0 l\u2019occasion de l\u2019inscription dans les \u00e9tablissements priv\u00e9s (Paquet, Brodaty, Petit, 2013) ou des stages des \u00e9l\u00e8ves en entreprises (Dhume, 2013). De m\u00eame, l\u2019exercice d\u2019une vigilance collective au sein des \u00e9tablissements \u00e0 l\u2019\u00e9gard des comportements discriminatoires est indispensable. Mais l\u2019erreur serait de renoncer \u00e0 agir sur le facteur le plus massif des in\u00e9galit\u00e9s scolaires en ne mettant l\u2019accent que sur les discriminations.<\/p>\n<p><span style=\"font-size: 18pt;\"><strong>Bibliographie<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Bautier E., Rayou P. (2013), Les in\u00e9galit\u00e9s d\u2019apprentissage. Programmes, pratiques et malentendus scolaires, PUF.<\/p>\n<p>Beauchemin C., Hamel C., Simon P. (dirs) (2015), Trajectoires et origines. Enqu\u00eate sur la diversit\u00e9 des populations en France, Editions INED<\/p>\n<p>Ben Ayed C. (2015), La mixit\u00e9 sociale \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Tensions, enjeux et perspectives, Armand Colin, Coll. Soci\u00e9tales.<\/p>\n<p>B\u00e9r\u00e9ni L. et Chappe V.-A. (2011), La discrimination, de la qualification juridique \u00e0 l\u2019outil sociologique, Politix, n\u00b0\u00a094, 2011\/2<\/p>\n<p>Bonn\u00e9ry S. (2006), La question de \u00ab\u00a0l\u2019ethnicit\u00e9\u00a0\u00bb dans l\u2019\u00e9cole\u00a0: essai de reconstruction du probl\u00e8me, Soci\u00e9t\u00e9s et jeunesses en difficult\u00e9, n\u00b0\u00a01<br \/>\n<a href=\"http:\/\/sejed.revues.org\/109\">http:\/\/sejed.revues.org\/109<\/a><\/p>\n<p>Bonn\u00e9ry S. (2009), \u00ab\u00a0Topaze accus\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0: un cas de figure pour penser sur les processus qui conduisent de l\u2019incompr\u00e9hension dans les apprentissages \u00e0 la suspicion envers l\u2019\u00e9cole. Entre sociologie et didactique, Intervention au colloque COPIRELEM, Auch, juin 2009<br \/>\n<a href=\"https:\/\/halshs.archives-ouvertes.fr\/halshs-00680234\">https:\/\/halshs.archives-ouvertes.fr\/halshs-00680234<\/a><\/p>\n<p>Bonnery S. (dir.) (2015), Supports p\u00e9dagogiques et in\u00e9galit\u00e9s scolaires\u00a0: \u00e9tudes sociologiques, La Dispute.<\/p>\n<p>Borrillo D. (dir.) (2003), Lutter contre les discriminations, La D\u00e9couverte, Coll. Recherches.<\/p>\n<p>Brinbaum Y., Mogu\u00e9rou L., Primon J.-L. (2015), Les trajectoires du primaire au sup\u00e9rieur des des descendants d\u2019immigr\u00e9s et de natifs d\u2019un DOM, in Beauchemin C., Hamel C., Simon P. (dirs) (2015)<\/p>\n<p>Brinbaum Y. et Issehnane S. (2015), Les d\u00e9buts de carri\u00e8re des jeunes issus de l\u2019immigration\u00a0: une double p\u00e9nalit\u00e9\u00a0?, Bref du CEREQ, n\u00b0\u00a0341, d\u00e9cembre<\/p>\n<p>Caille J.P. et Vallet L.-A. (1996), Les \u00e9l\u00e8ves \u00e9trangers ou issus de l\u2019immigration dans l\u2019\u00e9cole et le coll\u00e8ge fran\u00e7ais. Une \u00e9tude d\u2019ensemble, Les dossiers d\u2019\u00e9ducation et formation, n\u00b067.<\/p>\n<p>Chevallier J. (2003), Lutte contre les discriminations et Etat-providence, in Borrillo (2003)<\/p>\n<p>Couppi\u00e9 Th. (2013), Insertion des jeunes issus des quartiers sensibles\u00a0: les hommes doublement p\u00e9nalis\u00e9s, Bref du CEREQ, n\u00b0\u00a0309, avril.<\/p>\n<p>Deauvieau J. et Terrail J.-P. (dirs) (2007), Les sociologues, l\u2019\u00e9cole et la transmission des savoirs, La dispute.<\/p>\n<p>Dhume F., Dukie S., Chauvel S., Perrot Ph. (2011), Orientation scolaire et discrimination. De l\u2019(in)\u00e9galit\u00e9 de traitement selon l\u2019 \u00ab\u00a0origine\u00a0\u00bb, La documentation fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Dhume F. (2013), La discrimination ethnico-raciale en stages\u00a0: arrangements normatifs entre \u00e9cole et entreprise et enjeux scolaires de la discrimination, Communication au colloque de l\u2019ARDIS, 13 d\u00e9cembre 2013.<\/p>\n<p>Dixon K. (2008), Les \u00e9vang\u00e9listes du march\u00e9, Editions Raisons d\u2019agir.<\/p>\n<p>Dubet F., Cousin O., Mac\u00e9 E., Rui S. (2013), Pourquoi moi\u00a0? L\u2019exp\u00e9rience des discriminations, Seuil.<\/p>\n<p>Duguet E., L\u2019Horty Y., Petit P., (2009), L\u2019apport du testing \u00e0 la mesure des discriminations, Connaissance de l\u2019emploi, n\u00b0\u00a068, ao\u00fbt, Centre d\u2019\u00e9tude de l\u2019emploi<br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.cee-recherche.fr\/publications\/connaissance-de-lemploi\/lapport-du-testing-la-mesure-des-discriminations\">http:\/\/www.cee-recherche.fr\/publications\/connaissance-de-lemploi\/lapport-du-testing-la-mesure-des-discriminations<\/a><\/p>\n<p>Establet R. (2008), La pr\u00e9sence tr\u00e8s actuelle de Basil Bernstein dans la sociologie fran\u00e7aise de l\u2019\u00e9ducation, in D. Frandji et Ph. Vitale (2008), Actualit\u00e9 de Basil Bernstein. Savoir, p\u00e9dagogie et soci\u00e9t\u00e9, Presses universitaires de Rennes, Collection Le sens social.<\/p>\n<p>Fassin D. (2002), L\u2019invention fran\u00e7aise de la discrimination, Revue fran\u00e7aise de science politique, n\u00b04\u00a0<a href=\"http:\/\/www.persee.fr\/doc\/rfsp_0035-2950_2002_num_52_4_403726\">http:\/\/www.persee.fr\/doc\/rfsp_0035-2950_2002_num_52_4_403726<\/a><\/p>\n<p>Felouzis G., Liot F., Perroton J. (2005), L\u2019apartheid scolaire, Seuil, Coll. Points.<\/p>\n<p>Felouzis G. (2014), Les in\u00e9galit\u00e9s scolaires, PUF, Coll. QSJ.<\/p>\n<p>Felouzis G. et Fouquet-Chauprade B. (2015), Les descendants d\u2019immigr\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9cole, Revue fran\u00e7aise de p\u00e9dagogie, n\u00b0\u00a0191, Avril-mai-juin 2015.<\/p>\n<p>Fitoussi J.-P. (1996), La nouvel \u00e2ge des in\u00e9galit\u00e9s, Seuil.<\/p>\n<p>Fleurbaey M.\u00a0(2005), Refonder l\u2019\u00e9galit\u00e9, Observatoire des in\u00e9galit\u00e9s, 12 avril 2005.\u00a0<a href=\"http:\/\/www.inegalites.fr\/article.php3?id_article=334\">http:\/\/www.inegalites.fr\/article.php3?id_article=334<\/a><\/p>\n<p>Frandji D. et Vitale Ph. (2008), Actualit\u00e9 de Basil Bernstein. Savoir, p\u00e9dagogie et soci\u00e9t\u00e9, Presses universitaires de Rennes.<\/p>\n<p>Gilder G. (1981), Richesse et pauvret\u00e9, Albin Michel<\/p>\n<p>Ichou M.\u00a0(2015), Origine migratoire et in\u00e9galit\u00e9s scolaires\u00a0: \u00e9tude longitudinale des r\u00e9sultats scolaires des descendants d\u2019immigr\u00e9s en France et en Angleterre, Revue fran\u00e7aise de p\u00e9dagogie, n\u00b0\u00a0191, avril-mai-juin.<\/p>\n<p>Lahire B. (2013), Ces enfants n\u2019ont que l\u2019\u00e9cole pour entrer dans la culture scolaire et se l\u2019approprier, entretien avec R. Guyon, Diversit\u00e9, n\u00b0\u00a0174<br \/>\n<a href=\"http:\/\/www2.cndp.fr\/revueVEI\/174\/diversite174_LAHIRE.pdf\">http:\/\/www2.cndp.fr\/revueVEI\/174\/diversite174_LAHIRE.pdf<\/a><\/p>\n<p>Lorcerie F. (2009), Dans l\u2019\u00e9cole les classements ethniques sont en usage, Entretien avec F. Jarraud, Le Caf\u00e9 p\u00e9dagogique, 15 janvier 2009<br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.cafepedagogique.net\/lemensuel\/laclasse\/Pages\/2009\/99_Segregation1.aspx\">http:\/\/www.cafepedagogique.net\/lemensuel\/laclasse\/Pages\/2009\/99_Segregation1.aspx<\/a><\/p>\n<p>Lorcerie F. (2012), L\u2019\u00e9chec scolaire, ce qu\u2019il dit, ce qu\u2019on lui fait dire, Apr\u00e8s-Demain, organe de la fondation Seligman, 1er trimestre 2012<br \/>\n<a href=\"http:\/\/centre-alain-savary.ens-lyon.fr\/CAS\/lutte-contre-les-discriminations\/les-journees-detude-sur-la-discrimination-dans-les-parcours-et-lorientation-scolaire\/concurrence-entre-etablissements-segregation-et-discriminations-a-l2019ecole-reflexions-et-propositions-pour-une-ecole-plus-egalitaire-francoise-lorcerie-directrice-de-recherche-au-cnrs\">http:\/\/centre-alain-savary.ens-lyon.fr\/CAS\/lutte-contre-les-discriminations\/les-journees-detude-sur-la-discrimination-dans-les-parcours-et-lorientation-scolaire\/concurrence-entre-etablissements-segregation-et-discriminations-a-l2019ecole-reflexions-et-propositions-pour-une-ecole-plus-egalitaire-francoise-lorcerie-directrice-de-recherche-au-cnrs<\/a><\/p>\n<p>Minc A. (1994), La France de l\u2019an 2000, Odile Jacob\/La documentation fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Merle P. (2014), L\u2019affectation des \u00e9l\u00e8ves dans les \u00e9tablissements scolaires, Site La vie des id\u00e9es<br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.laviedesidees.fr\/IMG\/pdf\/20141021_merle.pdf\">http:\/\/www.laviedesidees.fr\/IMG\/pdf\/20141021_merle.pdf<\/a><\/p>\n<p>Michaels W. B. (2009), La diversit\u00e9 contre l\u2019\u00e9galit\u00e9, Raison d\u2019agir.<\/p>\n<p>OCDE (2015), L\u2019\u00e9cole peut-elle aider \u00e0 l\u2019int\u00e9gration des immigr\u00e9s\u00a0?, Pisa \u00e0 la loupe, n\u00b0\u00a057, novembre 2015<br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.oecd-ilibrary.org\/docserver\/download\/5jrqj7vfcr42.pdf?expires=1468308708&amp;id=id&amp;accname=guest&amp;checksum=9D35F5AF5322A15450A039796046A648\">http:\/\/www.oecd-ilibrary.org\/docserver\/download\/5jrqj7vfcr42.pdf?expires=1468308708&amp;id=id&amp;accname=guest&amp;checksum=9D35F5AF5322A15450A039796046A648<\/a><\/p>\n<p>Palheta U. (2016), Ecole et immigration, d\u00e9jouer le pi\u00e8ge culturaliste, M\u00e9tropolitiques, 4 janvier 2016.<br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.metropolitiques.eu\/Ecole-et-immigration-dejouer-le.html\">http:\/\/www.metropolitiques.eu\/Ecole-et-immigration-dejouer-le.html<\/a><\/p>\n<p>Parquet L. du, Brodaty Th., Petit P. (2013), La discrimination \u00e0 l\u2019entr\u00e9e des \u00e9tablissements scolaires priv\u00e9s. Les r\u00e9sultats d\u2019une exp\u00e9rience contr\u00f4l\u00e9e, F\u00e9d\u00e9ration de recherche du CNRS Travail, Emploi et Politiques publiques\u00a0<a href=\"https:\/\/hal.archives-ouvertes.fr\/halshs-00943311\/document\">https:\/\/hal.archives-ouvertes.fr\/halshs-00943311\/document<\/a><\/p>\n<p>Perrot Ph. (2006), Les discriminations syst\u00e9miques dans le syst\u00e8me \u00e9ducatif fran\u00e7ais, Cahiers de l\u2019URMIS,\u00a0<a href=\"http:\/\/urmis.revues.org\/259\">http:\/\/urmis.revues.org\/259<\/a><\/p>\n<p>Piketty Th. (2013), Le capital au XXIe si\u00e8cle, Seuil.<\/p>\n<p>Rochex J.-Y. et Crinon J. (2011), La construction des in\u00e9galit\u00e9s scolaires. Au c\u0153ur des pratiques et des dispositifs d\u2019enseignement, Presses universitaires de Rennes.<\/p>\n<p>Safi M.\u00a0(2013), Les in\u00e9galit\u00e9s ethno-raciales, La d\u00e9couverte, coll. Rep\u00e8res.<\/p>\n<p>Silberman R. et Fournier I. (2006), Jeunes issus de l\u2019immigration. Une p\u00e9nalit\u00e9 \u00e0 l\u2019embauche qui perdure\u2026, Bref du CEREQ, n\u00b0226, janvier.<\/p>\n<p>Simon P. (2004), Introduction au dossier \u00ab\u00a0La construction des discriminations\u00a0\u00bb, Soci\u00e9t\u00e9s contemporaines, n\u00b0\u00a053, 2004\/1<\/p>\n<p>Simon (2005), Le r\u00f4le des statistiques dans la transformation du syst\u00e8me de discrimination. En ligne\u00a0:<br \/>\n<a href=\"http:\/\/seminaire.samizdat.net\/IMG\/pdf\/Patrick_Simon_2.pdf\">http:\/\/seminaire.samizdat.net\/IMG\/pdf\/Patrick_Simon_2.pdf<\/a><\/p>\n<p>Simon P. (2007), Comment la lutte contre les discriminations est pass\u00e9e \u00e0 droite, Mouvements, n\u00b0\u00a052\u00a0; 2007\/4, La D\u00e9couverte.<\/p>\n<p>Supiot A. (2010), L\u2019esprit de Philadelphie. La justice sociale face au march\u00e9 total, Seuil.<\/p>\n<p>Terrail J.-P. (2016), Pour une \u00e9cole de l\u2019exigence intellectuelle. Changer de paradigme p\u00e9dagogique, La Dispute.<\/p>\n<p>Valfort M.-A. (2015), Discrimination religieuse \u00e0 l\u2019embauche\u00a0: une r\u00e9alit\u00e9, Institut Montaigne. En ligne\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.institutmontaigne.org\/fr\/publications\/discriminations-religieuses-lembauche-une-realite\">http:\/\/www.institutmontaigne.org\/fr\/publications\/discriminations-religieuses-lembauche-une-realite<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-size: 18pt;\"><strong>Notes<\/strong><\/span><\/p>\n<ol>\n<li id=\"post-22447-endnote-1\">Nous \u00e9tudions ce texte, mais les probl\u00e8mes soulev\u00e9s sont g\u00e9n\u00e9raux. Il existe par exemple un R\u00e9seau national de lutte contre les discriminations qui fonctionne avec le soutien de l\u2019Institut fran\u00e7ais de l\u2019\u00e9ducation et d\u2019autres organismes publics. Le site de ce r\u00e9seau pose comme une \u00e9vidence le fait que l\u2019\u00e9cole discrimine. En ligne\u00a0: <a href=\"http:\/\/reseau-lcd-ecole.ens-lyon.fr\/\">http:\/\/reseau-lcd-ecole.ens-lyon.fr\/\/<\/a> <a href=\"#post-22447-endnote-ref-1\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-22447-endnote-2\">Parmi les experts on peut notamment citer Gwenaelle Calv\u00e8s (auteure de nombreux travaux sur les discriminations), Choukri Ben Ayed (qui a notamment consacr\u00e9 un livre \u00e0 la mixit\u00e9 sociale \u00e0 l\u2019\u00e9cole), Fran\u00e7oise Lorcerie (qui a publi\u00e9 des travaux sur la question de l\u2019ethnicit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole), Fabrice Dhume (co-auteur d\u2019un rapport au premier ministre sur la question des discriminations), R\u00e9jane S\u00e9nac (qui travaille au CEVIPOF sur les questions de genre, de parit\u00e9 et de diversit\u00e9), Ya\u00ebl Brinbaum et Jean-Luc Primon (qui ont notamment particip\u00e9 \u00e0 l\u2019exploitation de l\u2019enqu\u00eate Trajectoire et origine de l\u2019INED), Marceline Lapparra et Claire Margolinas (didacticiennes), etc. On peut noter l\u2019absence des \u00e9conomistes parmi les experts, ce qui explique sans doute l\u2019absence de toute r\u00e9f\u00e9rence aux th\u00e9ories \u00e9conomiques de la discrimination (Havet et Sofer, 2002). <a href=\"#post-22447-endnote-ref-2\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-22447-endnote-3\">Le rapport du jury est disponible en ligne sur le site de l\u2019acad\u00e9mie de Cr\u00e9teil : <a href=\"http:\/\/cache.media.education.gouv.fr\/file\/Actualite\/29\/1\/Rapport_discriminations_V8_599291.pdf\">http:\/\/cache.media.education.gouv.fr\/file\/Actualite\/29\/1\/Rapport_discriminations_V8_599291.pdf<\/a> <a href=\"#post-22447-endnote-ref-3\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-22447-endnote-4\">Nous rejetons tout autant l\u2019opposition entre \u00ab\u00a0\u00e9galit\u00e9\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0\u00e9quit\u00e9\u00a0\u00bb, parfois utilis\u00e9e dans le d\u00e9bat sur les discriminations. <a href=\"#post-22447-endnote-ref-4\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-22447-endnote-5\">Article 225-1 du code p\u00e9nal. Cet article rel\u00e8ve du Livre II du Code p\u00e9nal \u00ab\u00a0Des crimes et des d\u00e9lits contre les personnes\u00a0\u00bb. \u00a0<a href=\"https:\/\/www.legifrance.gouv.fr\/affichCodeArticle.do?cidTexte=LEGITEXT000006070719&amp;idArticle=LEGIARTI000006417828\">https:\/\/www.legifrance.gouv.fr\/affichCodeArticle.do?cidTexte=LEGITEXT000006070719&amp;idArticle=LEGIARTI000006417828<\/a> <a href=\"#post-22447-endnote-ref-5\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-22447-endnote-6\">Directive europ\u00e9enne n\u00b0\u00a02000\/43\/CE du 29\/06\/2000. En ligne : <a href=\"http:\/\/eur-lex.europa.eu\/LexUriServ\/LexUriServ.do?uri=CELEX:32000L0043:fr:HTML\">http:\/\/eur-lex.europa.eu\/LexUriServ\/LexUriServ.do?uri=CELEX:32000L0043:fr:HTML<\/a> <a href=\"#post-22447-endnote-ref-6\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-22447-endnote-7\">Directive europ\u00e9enne n\u00b0\u00a02000\/78\/CE du 27 novembre 2000. En ligne\u00a0: <a href=\"http:\/\/eur-lex.europa.eu\/LexUriServ\/LexUriServ.do?uri=CELEX:32000L0078:fr:HTML\">http:\/\/eur-lex.europa.eu\/LexUriServ\/LexUriServ.do?uri=CELEX:32000L0078:fr:HTML<\/a> <a href=\"#post-22447-endnote-ref-7\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-22447-endnote-8\">On consultera aussi l\u2019article dans lequel S. Bonn\u00e9ry (2006) se livre \u00e0 une r\u00e9flexion critique sur l\u2019usage du th\u00e8me de \u00ab\u00a0l\u2019ethnicit\u00e9\u00a0\u00bb dans les d\u00e9bats scolaires. Il \u00e9crit notamment\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019\u00c9cole participe \u00e0 sa fa\u00e7on \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation ethnicis\u00e9e des situations scolaires que produisent les \u00e9l\u00e8ves d\u2019origine populaire (migrante ou pas), les moins familiers de ses fa\u00e7ons de faire\u00a0\u00bb (p. 12). <a href=\"#post-22447-endnote-ref-8\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-22447-endnote-9\">Il faut cependant se garder de toute g\u00e9n\u00e9ralisation. Les situations sont tr\u00e8s diverses selon l\u2019origine et les parcours migratoires. Les travaux tir\u00e9s de l\u2019enqu\u00eate TEO \u00ab\u00a0constituent un d\u00e9menti \u00e0 la th\u00e8se globalisante qui associe origine immigr\u00e9e et \u00e9chec scolaire\u00a0\u00bb (Brinbaum, Mogu\u00e9rou, Primon, 2015, p. 200). <a href=\"#post-22447-endnote-ref-9\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-22447-endnote-10\">Felouzis, Liot, Perroton (2005), notamment le chapitre 3. <a href=\"#post-22447-endnote-ref-10\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-22447-endnote-11\">Sur le plan de l\u2019analyse statistique, l\u2019article utilise la m\u00e9thode de l\u2019appariement exact et non la m\u00e9thode de la r\u00e9gression logistique. Les r\u00e9sultats sont cependant convergents. <a href=\"#post-22447-endnote-ref-11\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-22447-endnote-12\">Comparant le coll\u00e8ge qu\u2019il \u00e9tudie avec la situation au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, l\u2019auteur parle de \u00ab\u00a0prol\u00e9tarisation du public\u00a0\u00bb. <a href=\"#post-22447-endnote-ref-12\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-22447-endnote-13\">Sur ce point voir notamment les travaux du Centre d\u2019\u00e9tude de l\u2019emploi et du CEREQ. Silberman et Fournier (2006), Duguet, L\u2019Horty et Petit (2009), Couppi\u00e9 (2013), Brinbaum et Issehnane (2015). Voir aussi l\u2019\u00e9tude sur la discrimination \u00e0 l\u2019embauche sur des bases religieuses\u00a0: Valfort (2015). <a href=\"#post-22447-endnote-ref-13\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-22447-endnote-14\">Par exemple, le concept m\u00eame de service public repose sur l\u2019\u00e9galit\u00e9 d\u2019acc\u00e8s pour tous les usagers (h\u00f4pitaux publics, biblioth\u00e8ques municipales, etc.). <a href=\"#post-22447-endnote-ref-14\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-22447-endnote-15\">Supiot (2010). A. Supiot d\u00e9crit les caract\u00e9ristiques de cet \u00ab\u00a0esprit de Philadelphie\u00a0\u00bb et sa remise en cause par la logique du \u00ab\u00a0march\u00e9 total\u00a0\u00bb. <a href=\"#post-22447-endnote-ref-15\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-22447-endnote-16\">Fleurbaey (2005). Il souligne que \u00ab\u00a0le mythe de l\u2019\u00e9quit\u00e9 peut servir \u00e0 cautionner des politiques in\u00e9galitaires\u00a0\u00bb. <a href=\"#post-22447-endnote-ref-16\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-22447-endnote-17\">J.P. Fitoussi (1995), notamment, d\u00e9nonce comme d\u00e9nu\u00e9e de fondement logique l\u2019opposition entre \u00e9galit\u00e9 et \u00e9quit\u00e9. <a href=\"#post-22447-endnote-ref-17\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-22447-endnote-18\">Certains parlent m\u00eame d\u2019une \u00ab\u00a0p\u00e9dagogie couscous\u00a0\u00bb. Dhume et alii (2011), p.33. <a href=\"#post-22447-endnote-ref-18\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-22447-endnote-19\">En effet, pour n\u2019\u00e9voquer qu\u2019un exemple, aucun travail solidement \u00e9tay\u00e9 par des donn\u00e9es quantitatives ne permet de d\u00e9montrer que \u00ab\u00a0Fatima\u00a0\u00bb est syst\u00e9matiquement moins bien not\u00e9e que \u00ab\u00a0Marianne\u00a0\u00bb ou que \u00ab\u00a0Issam\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Kader\u00a0\u00bb sont syst\u00e9matiquement davantage punis que Christophe. <a href=\"#post-22447-endnote-ref-19\">\u2191<\/a><\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En f\u00e9vrier 2016, l\u2019acad\u00e9mie de Cr\u00e9teil a publi\u00e9 un rapport sur la question des discriminations. Ce texte appelle selon nous un certain nombre de commentaires et doit susciter le d\u00e9bat. Un article d&#8217;Alain Beitone et Estelle Hemdane publi\u00e9 dans L&#8217;\u00c9cole d\u00e9mocratique, n\u00b067, septembre 2016 (pp. 3-14). Dans un premier temps, nous nous effor\u00e7ons de pr\u00e9ciser [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":6397,"featured_media":21193,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-22447","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/22447","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/6397"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=22447"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/22447\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/21193"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=22447"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=22447"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=22447"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}