{"id":2181,"date":"2013-08-20T17:23:22","date_gmt":"2013-08-20T16:23:22","guid":{"rendered":"http:\/\/www.asblonweb.be\/APED\/CM\/?p=2181"},"modified":"2017-03-02T11:41:39","modified_gmt":"2017-03-02T10:41:39","slug":"au-sujet-des-depenses-scolaires","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/2013\/08\/20\/au-sujet-des-depenses-scolaires\/","title":{"rendered":"Au sujet des d\u00e9penses scolaires\u2026"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Chaque ann\u00e9e, \u00e0 l\u2019approche de la rentr\u00e9e, on retrouve dans les m\u00e9dias des articles plus ou moins bien renseign\u00e9s sur les &#8220;d\u00e9penses de la rentr\u00e9e des classes&#8221;. Je les parcours toujours avec un peu d\u2019agacement quand ils mettent en avant les nouveaux cartables, les v\u00eatements, les classeurs, les crayons et les compas, les garderies et les cantines.<br \/>\nParler de ces frais l\u00e0, c\u2019est \u00e9voquer l\u2019arbre pour cacher la for\u00eat.<\/p>\n<p>Les cartables et les compas durent facilement plusieurs ann\u00e9es et les v\u00eatements ne me semblent pas \u00eatre une d\u00e9pense scolaire : mes filles iraient-elles nues si l\u2019\u00e9cole n\u2019existait pas ? Idem pour la cantine : il faut manger m\u00eame en dehors de l\u2019obligation scolaire. Admettons pour la garderie des petits.<\/p>\n<p>Ce qui m\u2019interpelle, ce sont les frais dont on parle moins et qui pourtant jalonnent bien le parcours scolaire des jeunes.<\/p>\n<h2>Obsolescence des manuels<\/h2>\n<p>Il y a les livres. Les dictionnaires et atlas s\u2019utilisent d\u2019ann\u00e9e en ann\u00e9e, certains livres font l\u2019objet de pr\u00eat, s\u2019ach\u00e8tent d\u2019occasion, et\/ou se revendent l\u2019ann\u00e9e suivante. Mais cela n\u2019est pas la pratique la plus courante.<\/p>\n<p>L\u2019 enseignement par comp\u00e9tences se d\u00e9tache des savoirs fixes et se plie \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation qu\u2019 en font les professeurs. Les connaissances sont faciles \u00e0 fixer, \u00e0 mettre en manuels alors que les comp\u00e9tences&#8230;<\/p>\n<p>L\u2019 \u00e9cole fait de moins en moins usage de livres r\u00e9utilisables. La mode est aux manuels\/cahiers pleins de trous \u00e0 remplir, d\u2019espaces pour \u00e9crire, qu\u2019on ne peut donc pas revendre ou recevoir en pr\u00eat (et qui ne favorisent d\u2019ailleurs pas l\u2019\u00e9criture et la tenue de notes de cours). On trouve r\u00e9guli\u00e8rement de nouvelles \u00e9ditions o\u00f9 les th\u00e8mes sont r\u00e9-actualis\u00e9s. Des manuels de n\u00e9erlandais, par exemple, parlent \u00e0 pr\u00e9sent de internet et de facebook (pour motiver !), ils sont pleins d\u2019images et de dessins mais on n\u2019 y apprend pas mieux la langue que dans mes vieilles m\u00e9thodes d\u00e9mod\u00e9es.<\/p>\n<p>Portant un regard courrouc\u00e9 et critique sur l\u2019obsolescence programm\u00e9e de mon imprimante, je ne peux m\u2019 emp\u00eacher de prolonger ce regard \u00e0 ces manuels &#8220;\u00e0 trous&#8221; et aux photocopies \u00e9ph\u00e9m\u00e8res dont les \u00e9tablissements comptabilisent les frais aux parents. Une grammaire n\u00e9erlandaise, par exemple, s\u2019utilisera sur plusieurs ann\u00e9es et contient tous les verbes irr\u00e9guliers : pourquoi donc donner chaque ann\u00e9e la liste des verbes en photocopie ? Et ne me dites pas qu\u2019il faut parfois changer, ils sont toujours pareils \u00e0 ceux que j\u2019ai \u00e9tudi\u00e9s il y a 40 ans.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, si on cr\u00e9ait des manuels durables, cela ne ferait peut \u00eatre pas l\u2019affaire des \u00e9diteurs. Le probl\u00e8me est justement l\u00e0 : combien d\u2019 entreprises priv\u00e9es r\u00e9alisent des profits sur l\u2019 enseignement ? Obligatoire jusqu\u2019\u00e0 l\u2019 \u00e2ge de 18 ans, il devrait pourtant \u00eatre gratuit et les \u00e9coles devraient id\u00e9alement \u00eatre en mesure de fournir des manuels r\u00e9utilisables durant plusieurs ann\u00e9es !!!<\/p>\n<h2>Les frais qui accentuent la fracture sociale<\/h2>\n<p>J\u2019en arrive aux d\u00e9penses qui accentuent v\u00e9ritablement la fracture sociale. Ce sont les frais auxquels les parents consentent par n\u00e9cessit\u00e9 ou par choix parce que l\u2019\u00e9cole abandonne la partie. Par exemple, une \u00e9cole de devoirs, du &#8220;coaching&#8221; ou des cours particuliers. Le ph\u00e9nom\u00e8ne prend de l\u2019ampleur et n\u2019est pas seulement un probl\u00e8me d\u2019 \u00e9l\u00e8ves qui ne travaillent pas bien. Un \u00e9l\u00e8ve peut avoir \u00e9t\u00e9 malade ou passag\u00e8rement perturb\u00e9. Un \u00e9l\u00e8ve peut ne pas avoir eu cours de math ou de langues pendant plusieurs semaines parce que son \u00e9cole ne trouve plus de professeurs\u2026 Et l\u00e0, soit l\u2019\u00e9l\u00e8ve continuera son chemin dans une \u00e9cole moins exigeante (c\u2019est aussi le choix du technique et professionnel par d\u00e9pit, suite \u00e0 un \u00e9chec) ; soit il perdra une ann\u00e9e (ce qui co\u00fbte cher \u00e0 tout le monde, on l\u2019aura d\u00e9j\u00e0 compris). De plus en plus de parents ont un budget &#8220;cours particuliers&#8221;. Je ne jette pas la pierre \u00e0 tous mes coll\u00e8gues professeurs : ils r\u00e9pondent volontiers \u00e0 une demande d\u2019explications compl\u00e9mentaires. Des re-m\u00e9diations sont organis\u00e9es. N\u2019emp\u00eache que l\u2019\u00e9chec et\/ou les cours payants restent fr\u00e9quents. Le ph\u00e9nom\u00e8ne n\u2019 est pas tout neuf mais en pleine expansion. Il ne s\u2019agit plus de demander \u00e0 un \u00e9tudiant un coup de main ponctuel afin d\u2019aider un plus jeune. Les parents d\u00e9boursent pour de vrais programmes de remise \u00e0 niveau\u2026 du moins lorsqu\u2019ils en ont les moyens !!!<\/p>\n<h2>Le march\u00e9 de l&#8217;\u00e9chec scolaire<\/h2>\n<p>Des entreprises priv\u00e9es s\u2019organisent afin de fournir une offre cibl\u00e9e aux \u00e9l\u00e8ves en difficult\u00e9. Elles trouvent dans l\u2019\u00e9chec scolaire leur part de march\u00e9. Je prends un exemple. A l\u2019\u00e9poque de sa cinqui\u00e8me secondaire, ma fille avait trouv\u00e9 sa vocation : elle voulait devenir traductrice et apprendre les langues. Mais son apprentissage de secondaire (m\u00eame avec &#8220;anglais 5h&#8221;, un excellent prof et une \u00e9l\u00e8ve motiv\u00e9e) ne lui permettait pas d\u2019avoir dans cette langue un niveau qui la m\u00e8nerait \u00e0 une r\u00e9ussite assur\u00e9e en premi\u00e8re ann\u00e9e de bac. Le choix \u00e9tait donc le suivant : passer une ann\u00e9e \u00e0 \u00e9tudier les langues (cours acc\u00e9l\u00e9r\u00e9s et programmes langues pas trop chers), \u00e9taler sa premi\u00e8re en deux ann\u00e9es, s\u2019offrir un s\u00e9jour linguistique (plus de 400 euros la semaine) ou un cours priv\u00e9 intensif (minimum 340 euros la semaine). Ces solutions sont toutes tr\u00e8s couteuses. Car &#8220;perdre&#8221; une ann\u00e9e a aussi son co\u00fbt.<\/p>\n<p>Il y aura bient\u00f4t un domaine qui accentuera encore plus les diff\u00e9rences sociales face \u00e0 l\u2019enseignement : celui de l\u2019informatique et des techniques de communication. Je suis optimiste en mettant ma phrase au futur. J\u2019ose esp\u00e9rer qu\u2019au fondamental et en secondaire, ce n\u2019est pas encore trop le cas. Je constate pourtant que des professeurs laissent leur adresse mail ou des notes de cours sous forme de fichiers \u00e0 disposition des \u00e9l\u00e8ves\u2026 Ce qui est certain, c\u2019est qu\u2019il devient de plus en plus difficile de se passer d\u2019ordinateur et d\u2019internet. C\u2019est carr\u00e9ment impossible lorsqu\u2019on poursuit des \u00e9tudes sup\u00e9rieures. Des biblioth\u00e8ques \u00e9quip\u00e9es, accessibles en soir\u00e9e, mises \u00e0 disposition des \u00e9tudiants existent dans les universit\u00e9s et hautes \u00e9coles. C\u2019est plus rare dans une \u00e9cole professionnelle secondaire, dans les quartiers d\u00e9favoris\u00e9s\u2026<\/p>\n<h2>Des \u00e9tudes sup\u00e9rieures discriminantes<\/h2>\n<p>Nos voisins europ\u00e9ens r\u00e9clament souvent des minervals nettement plus \u00e9lev\u00e9s que les n\u00f4tres. Nous assistons au d\u00e9ferlement d\u2019\u00e9tudiants fran\u00e7ais en Belgique, pas seulement pour des raisons \u00e9conomiques, d\u2019ailleurs. Ce probl\u00e8me se r\u00e8glera-t-il par un acc\u00e8s limit\u00e9 aux non-belges ou par un alignement de nos tarifs ? Beaucoup d\u2019\u00e9tudiants hors de nos fronti\u00e8res s\u2019 endettent pour pouvoir poursuivre leurs \u00e9tudes sup\u00e9rieures, des pr\u00eats sp\u00e9ciaux existent : les banques pensent \u00e0 tout !!!<\/p>\n<p>Je terminerai en soulignant qu\u2019il est tr\u00e8s inqui\u00e9tant qu\u2019un \u00e9conomiste, charg\u00e9 de cours dans nos universit\u00e9s, ayant travaill\u00e9 au FMI et dans nos cabinets minist\u00e9riels, d\u00e9clare :<\/p>\n<p>\u00abIl n\u2019est pas juste que la collectivit\u00e9, en ce compris des gens qui ne gagnent pas bien leur vie((Les &#8220;gens qui ne gagnent pas bien leur vie &#8221; ne paient que peu ou pas d\u2019imp\u00f4ts directs\u2026)), voit ses imp\u00f4ts financer des formations qui ne serviront \u00e0 rien. Il faudrait reposer la question de l\u2019emploi convenable, et de la formation. On pourrait imaginer que les fili\u00e8res en p\u00e9nurie fassent l\u2019objet d\u2019un minerval r\u00e9duit et celles en sureffectif d\u2019un minerval major\u00e9\u00bb. Etienne de Callata\u00ff (La libre Belgique &#8211; mars 2013)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chaque ann\u00e9e, \u00e0 l\u2019approche de la rentr\u00e9e, on retrouve dans les m\u00e9dias des articles plus ou moins bien renseign\u00e9s sur les &#8220;d\u00e9penses de la rentr\u00e9e des classes&#8221;. 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