{"id":2149,"date":"2013-07-10T15:47:02","date_gmt":"2013-07-10T14:47:02","guid":{"rendered":"http:\/\/www.asblonweb.be\/APED\/CM\/?p=2149"},"modified":"2021-12-13T22:07:02","modified_gmt":"2021-12-13T21:07:02","slug":"six-heures-2009-atelier-education-a-lenvironnement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/2013\/07\/10\/six-heures-2009-atelier-education-a-lenvironnement\/","title":{"rendered":"Six heures 2009. Atelier \u00ab\u00e9ducation \u00e0 l&#8217;environnement\u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Cet atelier r\u00e9unissait Bernard Legros et Jean\u2010No\u00ebl Delplanque (Aped), Paul Lannoye (fondateur d&#8217;Ecolo),Jean\u2010Pascal van Ypersele (GIEC); mod\u00e9rateur:\u2029ean\u2010Baptiste Godinot.<\/p>\n<p><strong>B. Legros<\/strong> r\u00e9sume en deux temps les grandes lignes de l\u2019analyse qu\u2019il a r\u00e9cemment publi\u00e9e avec J.\u2010N. Delplanque sous le titre <em>L\u2019Enseignement face \u00e0 l\u2019urgence \u00e9cologique<\/em> (Bruxelles, Aden, 2009).<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9cole est parfois pens\u00e9e comme \u00e9tant aux prises avec deux contraintes divergentes : culturelle et \u00e9conomique. La premi\u00e8re ne constitue rien de moins que sa raison d\u2019\u00eatre historique \u2014 donner \u00e0 tous et \u00e0 toutes le bagage intellectuel et culturel n\u00e9cessaire \u00e0 la vie en soci\u00e9t\u00e9 tout en permettant (sans la n\u00e9cessiter) l\u2019\u00e9mancipation individuelle. La seconde est plus explicitement probl\u00e9matique : on demande \u00e0 l\u2019\u00e9cole de formater des producteurs et des consommateurs motiv\u00e9s et flexibles. D\u2019une part, l\u2019\u00e9cole doit \u00eatre \u00e9mancipatrice et donner acc\u00e8s au savoir ; d\u2019autre part, elle devrait \u00eatre formatrice et se contenter d\u2019actualiser des comp\u00e9tences. Mais l\u2019ordre de priorit\u00e9 ne s\u2019est\u2010il pas invers\u00e9 depuis les ann\u00e9es quatre\u2010vingts ? Plut\u00f4t que d\u2019enseigner comment penser, elle enseigne quoi penser (cf. Illich, Accardo&#8230;). C\u2019est dans ce contexte ambigu qu\u2019est venu se superposer une troisi\u00e8me contrainte : la prise en compte de la crise \u00e9cologique et de sa panac\u00e9e soi\u2010disant universelle, la promotion du \u00ab d\u00e9veloppement durable \u00bb.<\/p>\n<p>Ces donn\u00e9es \u00e9tant rappel\u00e9es, B. Legros insiste sur la radicalit\u00e9 et l\u2019urgence de la r\u00e9ponse \u00e0 apporter \u00e0 ces trois d\u00e9fis : seule une r\u00e9ponse politique peut en effet \u00eatre apport\u00e9e \u00e0 un probl\u00e8me politique. A la suite de S. Latouche et de C. Castoriadis, il demande une d\u00e9colonisation de l\u2019imaginaire du corps enseignant afin de rendre possible une d\u00e9colonisation de l\u2019imaginaire de la population scolaire. Sur quoi l\u2019op\u00e9ration doit\u2010elle avant tout porter ? Sur l\u2019id\u00e9ologie de la croissance \u2014 et B. Legros ajoute que le temps presse, non seulement parce que l\u2019effondrement \u00e9cologique est imminent, mais parce que la libert\u00e9 de l\u2019enseignant permet encore d\u2019amorcer une telle purgation. Contrairement au Royaume\u2010Uni, qui a privatis\u00e9 l\u2019inspection scolaire dans le fondamental depuis 1993, la Belgique b\u00e9n\u00e9ficie encore d\u2019une inspection publique.<\/p>\n<p><strong>P. Lannoye<\/strong> fait l\u2019historique de la prise de conscience \u00e9cologique face \u00e0 l\u2019emprise de l\u2019\u00e9conomisme industrialiste et financier, ce qui lui donne l\u2019occasion de d\u00e9noncer deux impostures : l\u2019environnementalisme et le d\u00e9veloppement durable. La menace climatique et le danger qui p\u00e8se sur la biodiversit\u00e9 ne sont en effet qu\u2019un aspect (on h\u00e9site \u00e0 parler d\u2019\u00e9piph\u00e9nom\u00e8ne) de la faillite du syst\u00e8me capitaliste.<\/p>\n<p>Historiquement, six \u00e9tapes scandent la d\u00e9couverte des enjeux de l\u2019\u00e9cologie politique. Le Rapport du Club de Rome sur les limites de la croissance op\u00e8re l\u2019ouverture de la probl\u00e9matique en 1972. Cet \u00e9v\u00e9nement est largement ignor\u00e9, \u00e0 une notable exception pr\u00e8s : Sicco Leendert Mansholt (1908\u20131995), pr\u00e9sident (n\u00e9erlandais) de la Commission europ\u00e9enne de mars 1972 \u00e0 janvier 1973, tente bri\u00e8vement d\u2019infl\u00e9chir la politique de la Commission. Les premiers partis \u00ab verts \u00bb naissent en Europe en 1980 (l\u2019assembl\u00e9e constitutive du mouvement belge \u00c9colo date du 29 mars). En 1987, le Rapport de la Commission mondiale sur l\u2019environnement et le d\u00e9veloppement, \u00e9tabli sous la houlette de la norv\u00e9gienne Gro Harlem Brundtland (1939\u2013), cr\u00e9e le concept de \u00ab d\u00e9veloppement durable \u00bb. Le concept est politis\u00e9 \u00e0 Rio en 1992 lors de la Conf\u00e9rence des Nations unies sur l\u2019environnement et le d\u00e9veloppement. Deux ans plus tard, l&#8217;Union europ\u00e9enne cr\u00e9e l&#8217;Agence pour l&#8217;environnement, qui, comme son nom l\u2019indique, est vou\u00e9e \u00e0 la pr\u00e9servation et \u00e0 la surveillance de l&#8217;environnement europ\u00e9en.<\/p>\n<p>Ce d\u00e9veloppement historique refl\u00e8te en gros le passage de l\u2019environnementalisme au d\u00e9veloppement durable. C\u2019est la m\u00eame c\u00e9cit\u00e9 politique qui est \u00e0 l\u2019\u0153uvre : on cherche \u00e0 prot\u00e9ger notre environnement naturel sans penser l\u2019origine de sa d\u00e9gradation et la place de l\u2019humain dans la nature. Le mythe de la croissance n\u2019est pas n\u00e9gociable.<\/p>\n<p><strong>J.\u2010P. van Ypersele<\/strong> pr\u00e9sente la question du changement climatique \u00e0 l\u2019aide des travaux du Groupe d&#8217;experts intergouvernemental sur l&#8217;\u00e9volution du climat (G.I.E.C.), cr\u00e9\u00e9 en 1988, et dont il est le vice\u2010pr\u00e9sident depuis 2008. Le G.I.E.C. est apolitique et ne dirige pas de programme de recherche propre ; organis\u00e9 en trois groupes de travail, il se contente d\u2019\u00e9valuer les connaissances qui rel\u00e8vent de son domaine d\u2019expertise. Son quatri\u00e8me rapport d\u2019\u00e9valuation a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en 2007.<\/p>\n<p>Le groupe I \u00e9tudie les principes physiques et \u00e9cologiques du climat. De l\u2019augmentation des temp\u00e9ratures atmosph\u00e9rique et oc\u00e9anique moyennes et du niveau moyen des mers, il conclut sans \u00e9quivoque possible au r\u00e9chauffement climatique. Le groupe II \u00e9tudie les causes et les impacts du changement climatique. Il met en \u00e9vidence principalement les gaz \u00e0 effet de serre produits par les activit\u00e9s humaines (les plus connus du grand public \u00e9tant le dioxyde de carbone et le m\u00e9thane) et anticipe une augmentation de la temp\u00e9rature de 0,2 \u00b0C tous les dix ans. Le groupe III \u00e9tudie les moyens d&#8217;att\u00e9nuer les effets du changement climatique ; il pr\u00e9conise de limiter l\u2019augmentation de la temp\u00e9rature \u00e0 deux degr\u00e9s Celsius par rapport aux niveaux pr\u00e9industriels.<\/p>\n<p>En somme, il n\u2019est pas impossible que les climatologues soient les seuls scientifiques \u00e0 sugg\u00e9rer la probabilit\u00e9 de la pertinence limit\u00e9e d\u2019une certaine utilisation critique de ce que l\u2019on pourrait appeler, avec la circonspection statistique d\u2019usage, le principe de pr\u00e9caution. Ils le font d\u2019autant plus volontiers que les innombrables boucles de r\u00e9troactions qu\u2019ils soup\u00e7onnent leur interdit d\u2019objectiver leurs analyses et que leur statut de \u00ab scientifique professionnel \u00bb s\u2019oppose \u00e0 ce qu\u2019ils s\u2019engagent politiquement (un cercle peu vertueux tr\u00e8s bien d\u00e9crit par le regrett\u00e9 P. Bourdieu).<\/p>\n<p><strong>Le d\u00e9bat <\/strong> avec les participants a soulev\u00e9 trois questions principales.<\/p>\n<p>Premi\u00e8rement, comment peut\u2010on impl\u00e9menter les recommandations du G.I.E.C. et parvenir \u00e0 r\u00e9duire les gaz \u00e0 effet de serre avant qu\u2019il ne soit trop tard ? Selon J.\u2010P. van Ypersele, l\u2019activation de toutes les technologies connues permettrait de r\u00e9duire de 50 pc les \u00e9mission de gaz \u00e0 effet de serre \u2014 dans des d\u00e9lais raisonnables et sans stress \u00e9conomique ni remise en cause de la d\u00e9mocratie de march\u00e9, cela va sans dire. Pour les 30 pc restant, on peut s\u2019en remettre \u00e0 l\u2019innovation technologique. Mais, s\u2019interroge une participante, une telle r\u00e9ponse scientifique \u00e0 un probl\u00e8me scientifiquement construit ne conduit\u2010elle pas in\u00e9luctablement \u00e0 d\u00e9responsabiliser les citoyens ? Que peut\u2010on esp\u00e9rer d\u2019une d\u00e9mocratie qui ne se veut que technocratique ?<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, la technologie est\u2010elle neutre ? Il est \u00e0 craindre que non : le capitalisme comme le sovi\u00e9tisme (on h\u00e9site \u00e0 parler de communisme) ont adopt\u00e9 les m\u00eames pr\u00e9misses mat\u00e9rialistes sous le couvert de la ma\u00eetrise de la nature par la science : la foi dans le progr\u00e8s. Il s\u2019agit bien s\u00fbr d\u2019une foi rationnelle, voire raisonn\u00e9e, mais elle ne s\u2019est manifestement pas av\u00e9r\u00e9e raisonnable. Avec la globalisation de l\u2019\u00e9conomie, la technoscience est devenue la servante du March\u00e9, ce dernier n\u2019\u00e9tant qu\u2019une abstraction renvoyant in fine aux grandes fortunes capitalistes. Tant et si bien que les n\u00e9olib\u00e9raux ont raison d\u2019affirmer qu\u2019on ne peut combattre le March\u00e9 : \u00e0 moins de s\u2019appeler Don Quichotte, on ne fait pas appel \u00e0 un vrai terrier pour tuer un rat imaginaire. Pour d\u00e9coloniser l\u2019imaginaire consum\u00e9riste, il faut donc se positionner dans l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle, c\u2019est\u2010\u00e0\u2010dire penser ce qui est devenu impensable depuis les ann\u00e9es quatre\u2010vingt : les rapports de classe.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8mement, comment pratiquer l\u2019enseignement afin de r\u00e9former les comportements ? Quelles sont les mati\u00e8res \u00e0 enseigner ? Quelle p\u00e9dagogie mettre en \u0153uvre ? L\u2019enseignant peut\u2010il rester neutre face \u00e0 ces enjeux ? \u2014 une question qu\u2019il faudrait traduire par : peut\u2010il \u00eatre apolitique ? Peut\u2010il se contenter de nommer les effets culturels syst\u00e9miques ? Par ailleurs : n\u2019est\u2010il possible de travailler \u00e0 la prise de conscience \u00e9cologique que dans certains cours ? L\u2019exp\u00e9rience nous apprend que toutes les disciplines sont \u00e0 m\u00eame de susciter un questionnement que, faute de mieux, on peut appeler \u00ab philosophique \u00bb. L\u2019exp\u00e9rience de J.\u2010N. Delplanque est \u00e0 ce propos marquante : lorsqu\u2019il indique \u00e0 ses \u00e9l\u00e8ves que la racine de la techno\u2010science est \u00e0 trouver dans la posture th\u00e9ologique propre au monoth\u00e9isme, il suscite une prise de conscience qui va id\u00e9ologiquement bien plus loin que les simples propos inter\u2010 ou trans\u2010disciplinaires.<br \/>\n[[Ce faisant, il reprend l\u2019analyse de A. N. Whitehead : \u00ab But for science something more is wanted than a general sense of the order in things. It needs but a sentence to point out how the habit of definite exact thought was implanted in the European mind by the long dominance of scholastic logic and scholastic divinity. The habit remained after the philosophy had been repudiated, the priceless habit of looking for an exact point and of sticking to it when found. Galileo owes more to Aristotle than appears on the surface of his Dialogues : he owes to him his clear head and his analytic mind. I do not think, however, that I have even yet brought out the greatest contribution of medievalism to the formation of the scientific movement. I mean the inexpugnable belief that every detailed occurrence can be correlated with its antecedents in a perfectly definite manner, exemplifying general principles. Without this belief the incredible labours of scientists would be without hope. It is this instinctive conviction, vividly poised before the imagination, which is the motive power of research : \u2014that there is a secret, a secret which can be unveiled. How has this conviction been so vividly implanted on the European mind? When we compare this tone of thought in Europe with the attitude of other civilisations when left to themselves, there seems but one source for its origin. It must come from the medieval insistence on the rationality of God, conceived as with the personal energy of Jehovah and with the rationality of a Greek philosopher. Every detail was supervised and ordered : the search into nature could only result in the vindication of the faith in rationality. Remember that I am not talking of the explicit beliefs of a few individuals. What I mean is the impress on the European mind arising from the unquestioned faith of centuries. By this I mean the instinctive tone of thought and not a mere creed of words. In Asia, the conceptions of God were of a being who was either too arbitrary or too impersonal for such ideas to have much effect on instinctive habits of\u2010 mind. Any definite occurrence might be due to the fiat of an irrational despot, or might issue from some impersonal, inscrutable origin of things. There was not the same confidence as in the intelligible rationality of a personal being. I am not arguing that the European trust in the scrutability of nature was logically justified even by its own theology. My only point is to understand how it arose. My explanation is that the faith in the possibility of science, generated antecedently to the development of modern scientific theory, is an unconscious derivative from medieval theology. But science is not merely the outcome of instinctive faith. It also requires an active interest in the simple occurrences of life for their own sake. [&#8230;] Faith in reason is the trust that the ultimate natures of things lie together in a harmony which excludes mere arbitrariness. It is the faith that at the base of things we shall not find mere arbitrary mystery. The faith in the order of nature which has made possible the growth of science is a particular example of a deeper faith. This faith cannot be justified by any inductive generalisation. It springs from direct inspection of the nature of things as disclosed in our own immediate present experience. There is no parting from your own shadow. To experience this faith is to know that in being ourselves we are more than ourselves : to know that our experience, dim and fragmentary as it is, yet sounds the utmost depths of reality : to know that detached details merely in order to be themselves demand that they should find themselves in a system of things : to know that this system includes the harmony of logical rationality, and the harmony of aesthetic achievement : to know that, while the harmony of logic lies upon the universe as an iron necessity, the aesthetic harmony stands before it as a living ideal moulding the general flux in its broken progress towards finer, subtler issues. \u00bb (Science and the Modern World [1925], New York, Free Press, 1967, pp. 12\u201018 ; cf. M. Weber, \u00c9duquer (\u00e0) l\u2019anarchie. Essai sur les cons\u00e9quences de la praxis philosophique, Louvain\u2010la\u2010Neuve, \u00c9ditions Chromatika, 2008) \ufffc]] \ufffc<\/p>\n<p>Que conclure ? On pourrait bien s\u00fbr d\u00e9plorer que la question des conditions de possibilit\u00e9 de la d\u00e9mocratie ait \u00e9t\u00e9 largement ignor\u00e9e ou encore que celle de la fiabilit\u00e9 des mod\u00e8les climatologiques n\u2019ait jamais \u00e9t\u00e9 pos\u00e9e. Mais ce sont des d\u00e9tails par rapport \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019asservissement du politique par l\u2019\u00e9conomique n\u00e9olib\u00e9ralis\u00e9. Des \u00e9changes parfois elliptiques j\u2019extrais deux focales : la synergie entre l\u2019\u00e9conomique et la technoscience et l\u2019existence vicariante du politique.<\/p>\n<p>Premi\u00e8rement, on pourrait certes accepter la pr\u00e9tention rh\u00e9torique de la science \u00e0 l\u2019objectivit\u00e9 mais il ne faut pas oublier que l\u2019id\u00e9al scientifique (qui est grec) a depuis longtemps fait place \u00e0 un id\u00e9al techno\u2010scientifique (qui est conceptuellement jud\u00e9o\u2010 chr\u00e9tien et historiquement renaissant) totalement inf\u00e9od\u00e9 \u00e0 une vision politique (n\u00e9o\u2010 )lib\u00e9rale. Une puissante synergie est \u00e0 l\u2019\u0153uvre entre la techno\u2010science et le capitalisme : pris s\u00e9par\u00e9ment, ils ne pourraient jamais \u00eatre aussi efficaces, c\u2019est\u2010\u00e0\u2010dire aussi n\u00e9fastes, qu\u2019ils ne le sont, ensemble.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, le politique n\u2019existe plus que comme zone tampon entre l\u2019imp\u00e9rialisme du march\u00e9 et les int\u00e9r\u00eats r\u00e9els de la soci\u00e9t\u00e9 : la sph\u00e8re politique a perdu toute autonomie face \u00e0 la techno\u2010science pilot\u00e9e par le \u00ab March\u00e9 \u00bb ; elle n\u2019a plus \u00e0 \u00eatre comp\u00e9tente ou mobilisatrice d\u2019un projet de soci\u00e9t\u00e9, son psittacisme suffit amplement.<\/p>\n<p>En somme, l\u2019intuition grecque de la d\u00e9mocratie est deux fois oblit\u00e9r\u00e9e. Premi\u00e8rement, la hi\u00e9rarchie des domaines humains est renvers\u00e9e : au \u00ab Si\u00e8cle de P\u00e9ricl\u00e8s \u00bb, le politique d\u00e9finissait la moelle de l\u2019existence humaine tandis que l\u2019\u00e9conomique ne constituait que le douloureux rappel de notre animalit\u00e9. Depuis la r\u00e9volution industrielle, l\u2019\u00e9conomique d\u00e9finit l\u2019humain et le politique s\u2019est professionnalis\u00e9, c\u2019est\u2010\u00e0\u2010dire (et ce n\u2019est pas une co\u00efncidence) privatis\u00e9. Pr\u00e9cis\u00e9ment, c\u2019est mon deuxi\u00e8me point, le politique, qui doit se concevoir comme intrins\u00e8quement public, a bascul\u00e9 dans le priv\u00e9 : mis \u00e0 part le spectacle jou\u00e9 inlassablement par les professionnels, le politique a perdu toute forme de visibilit\u00e9 pour se replier dans la sph\u00e8re priv\u00e9e. De sens commun, il est devenu opinion. Il fut un temps o\u00f9 il \u00e9tait paternaliste, il est devenu simplement infantilisant.<\/p>\n<p>On le voit, ces deux focales d\u00e9finissent une m\u00eame figure, mais elles ne contribuent pas \u00e9galement \u00e0 son d\u00e9veloppement historique. Face \u00e0 l\u2019accumulation des probl\u00e8mes \u00e9cologiques cr\u00e9\u00e9s par la technoscience n\u00e9olib\u00e9rale, on fait par exemple valoir sans rire des solutions technoscientifiques et n\u00e9olib\u00e9rales. Comme a pu le dire Chr. Arnsperger, on passe de la pollution par la science \u00e0 la science de la d\u00e9pollution. En d\u2019autres termes, tant que le foyer politique restera virtuel, il n\u2019y aura rien de plus facile que de dissimuler son incurie et c\u2019est en vain que l\u2019on esp\u00e9rera un changement de cap. Michel Weber, weber (\u00e0) chromatika.org<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cet atelier r\u00e9unissait Bernard\u2029 Legros\u2029 et\u2029 Jean\u2010No\u00ebl\u2029 Delplanque (Aped),\u2029 Paul\u2029 Lannoye (fondateur d&#8217;Ecolo),\u2029 Jean\u2010Pascal\u2029 van\u2029 Ypersele\u2029 (GIEC);\u2029 mod\u00e9rateur\u2029:\u2029Jean\u2010Baptiste \u2029Godinot\u2029.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2148,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-2149","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2149","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2149"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2149\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2148"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2149"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2149"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2149"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}