{"id":2144,"date":"2013-06-24T23:21:44","date_gmt":"2013-06-24T22:21:44","guid":{"rendered":"http:\/\/www.asblonweb.be\/APED\/CM\/?p=2144"},"modified":"2017-02-20T12:35:32","modified_gmt":"2017-02-20T11:35:32","slug":"carlo-levi-le-christ-sest-arrete-a-eboli","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/2013\/06\/24\/carlo-levi-le-christ-sest-arrete-a-eboli\/","title":{"rendered":"Carlo LEVI, Le Christ s\u2019est arr\u00eat\u00e9 \u00e0 Eboli"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">En voil\u00e0 un que je vais ajouter au cercle ferm\u00e9 de mes \u00ab ind\u00e9passables \u00bb. Entendez par l\u00e0 les \u00e9crivains qui traitent d\u2019exp\u00e9riences aux fronti\u00e8res de l\u2019humain et de l\u2019inhumain, dont le propos est d\u2019une force extr\u00eame\u2026 et qui, de surcro\u00eet, \u00e9crivent magistralement, sans effet de manche, la forme servant parfaitement le fond. Au sommet, Si c\u2019est un homme et La Tr\u00eave, d\u2019un autre Levi, Primo. Pas loin de l\u00e0, les Voix endormies de Dulce Chacon\u2026<\/p>\n<p>Dans un recoin de ma t\u00eate depuis des ann\u00e9es, il y avait cette promesse : lire un jour le r\u00e9cit de Carlo Levi, consid\u00e9r\u00e9 comme un \u00e9v\u00e9nement majeur de la litt\u00e9rature. C\u2019est maintenant chose faite. Avec un seul regret : celui d\u2019avoir attendu si longtemps. Et une seule envie : vous convier \u00e0 le d\u00e9couvrir \u00e0 votre tour, si ce n\u2019est d\u00e9j\u00e0 fait.<\/p>\n<p>En 1935, l\u2019auteur a 33 ans. Turinois, dipl\u00f4m\u00e9 en m\u00e9decine, artiste peintre et \u00e9crivain, militant antifasciste &#8211; il a fond\u00e9 en 1930 le mouvement Justice et Libert\u00e9 -, son activit\u00e9 politique lui vaut d\u2019\u00eatre \u00ab confin\u00e9 \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire envoy\u00e9 en r\u00e9sidence surveill\u00e9e, \u00e0 Aliano (ou Gagliano selon la prononciation locale), un village parmi les plus pauvres d\u2019une des plus pauvres r\u00e9gions d\u2019Italie, la Basilicate.<\/p>\n<p>De son s\u00e9jour forc\u00e9, dans \u00ab <em>cette terre sans consolation ni douceur, o\u00f9 le paysan vit, dans la mis\u00e8re et l\u2019\u00e9loignement, sa vie immobile sur un sol aride en face de la mort <\/em> \u00bb, il ram\u00e8nera un r\u00e9cit admirable en tous points.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, il y a le t\u00e9moignage, exceptionnel, sur une r\u00e9alit\u00e9 historique, sur ce que fut l\u2019Italie du sud. Une Italie rurale encore plong\u00e9e dans la f\u00e9odalit\u00e9. Comme le note l\u2019\u00e9diteur (poche Folio) dans la pr\u00e9sentation : \u00ables habitants de ce pays se sentent tellement abandonn\u00e9s qu\u2019ils disent qu\u2019ils ne sont pas des chr\u00e9tiens, que \u00ab le Christ s\u2019est arr\u00eat\u00e9 \u00e0 Eboli \u00bb. Certes, \u201c<em>sur cette terre sombre, sans p\u00e9ch\u00e9 et sans r\u00e9demption, o\u00f9 le mal n\u2019est pas un fait moral, mais une douleur terrestre, le Christ n\u2019est jamais descendu<\/em>\u201c. La vie quotidienne de ces gens frustes et douloureux, \u00e0 qui l\u2019auteur avait su inspirer confiance et plaire, leurs r\u00eaves, leurs croyances, leurs amours, leurs coutumes, leurs petites rivalit\u00e9s et leurs grands drames, tout cela compose une s\u00e9rie de tableaux minutieusement peints\u00bb [\u2026] Nous sommes ici \u00e0 l\u2019exact oppos\u00e9 du mis\u00e9rabilisme : le r\u00e9cit de Carlo Levi est port\u00e9 par l\u2019humanit\u00e9 et la solidarit\u00e9. Il laisse appara\u00eetre, de-ci de-l\u00e0, une analyse sociologique et politique du monde qu\u2019il d\u00e9couvre. Sans que jamais, cependant, l\u2019\u0153uvre tourne au pensum.<\/p>\n<p>Car il y a l\u2019\u00e9criture aussi, d\u2019une \u00e9l\u00e9gance rare. Ce Levi-l\u00e0 est un authentique \u00e9crivain ((C\u2019est quand le patronyme se termine en \u2013y que les choses se g\u00e2tent\u2026)). Il excelle dans l\u2019art du portrait, dans la description. Il trousse \u00e0 merveille les anecdotes. Et il construit parfaitement son r\u00e9cit. Chaque chapitre aborde une th\u00e9matique diff\u00e9rente, certes, mais le tout est li\u00e9 par une narration chronologique.<\/p>\n<p>Un \u00ab ind\u00e9passable \u00bb, vous dis-je !<\/p>\n<p>P.S. Au-del\u00e0 de l\u2019int\u00e9r\u00eat qu\u2019il rev\u00eat pour nous, lecteurs adultes, ce livre peut \u00eatre propos\u00e9 aux \u00e9tudiants du secondaire sup\u00e9rieur. Au moins quelques extraits choisis. Ainsi, p. 93 et suivantes ((Edition de poche Folio, 2012)), la s\u0153ur de Carlo, \u00e9galement m\u00e9decin, lui rend visite et \u00e9voque sa d\u00e9couverte \u00e9pouvant\u00e9e de Matera, o\u00f9 les conditions de vie sont infrahumaines, o\u00f9 r\u00e8gnent la maladie et une mis\u00e8re sans nom. Une lecture \u00ab \u00e0 l\u2019aveugle \u00bb (en masquant les mentions de lieux et autres noms \u00e0 consonance italienne) conduirait sans doute les \u00e9l\u00e8ves \u00e0 reconna\u00eetre la Somalie ou tout autre r\u00e9gion frapp\u00e9e par la famine\u2026 Ou encore quand Levi d\u00e9peint les \u00ab maisons \u00bb des paysans, une pi\u00e8ce unique pour cuisiner et dormir, humains et b\u00eates r\u00e9unis (pp. 136 et suivantes).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En voil\u00e0 un que je vais ajouter au cercle ferm\u00e9 de mes \u00ab ind\u00e9passables \u00bb. 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