{"id":213,"date":"2003-11-08T00:00:00","date_gmt":"2003-11-07T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.asblonweb.be\/APED\/CM\/?p=213"},"modified":"2017-02-24T21:33:06","modified_gmt":"2017-02-24T20:33:06","slug":"changer-lecole-pour-changer-le-monde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/2003\/11\/08\/changer-lecole-pour-changer-le-monde\/","title":{"rendered":"Changer l&#8217;\u00e9cole, pour changer le monde"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Lors de la publication, en juin 2003, de l&#8217;\u00e9tude \u00ab la catastrophe scolaire belge \u00bb, certains nous avaient reproch\u00e9 de nous en tenir au constat, sans v\u00e9ritablement proposer d&#8217;alternative. Le grief n&#8217;\u00e9tait que partiellement fond\u00e9 : notre \u00e9tude ne se limitait pas \u00e0 r\u00e9percuter le constat &#8211; \u00e9tabli par les grandes enqu\u00eates internationales sur les comp\u00e9tences des \u00e9l\u00e8ves &#8211; que les \u00e9carts de r\u00e9sultats et, surtout, leur d\u00e9termination sociale, sont plus \u00e9lev\u00e9s chez nous que dans la plupart des autres pays industrialis\u00e9s. Nous d\u00e9montrions surtout, indices statistiques \u00e0 l&#8217;appui, que l&#8217;in\u00e9galit\u00e9 sociale \u00e0 l&#8217;\u00e9cole est fortement corr\u00e9l\u00e9e \u00e0 trois facteurs : le sous-financement de l&#8217;enseignement primaire, la s\u00e9lection pr\u00e9coce en fili\u00e8res hi\u00e9rarchis\u00e9es et l&#8217;obligation faite aux parents de choisir l&#8217;\u00e9cole de leurs enfants sur un march\u00e9 scolaire (la mal nomm\u00e9e \u00ab libert\u00e9 de choix \u00bb). Ces pistes d&#8217;explication indiquaient, automatiquement, des pistes de r\u00e9flexion pour une autre \u00e9cole : mieux financ\u00e9e, unique, publique.<\/p>\n<p>Mais il est vrai qu&#8217;indiquer des orientations g\u00e9n\u00e9rales ne suffit pas pour faire une alternative. D&#8217;autant que les probl\u00e8mes qui se posent en mati\u00e8re d&#8217;enseignement ne se limitent pas \u00e0 la question de l&#8217;in\u00e9galit\u00e9 sociale (m\u00eame si celle-ci marque profond\u00e9ment l&#8217;ensemble des probl\u00e9matiques scolaires) : n&#8217;avons nous donc rien \u00e0 dire sur les contenus ? Sur les pratiques p\u00e9dagogiques ? Sur la souffrance des \u00e9l\u00e8ves ? Et celle des enseignants ?<\/p>\n<h2>A. Des choix politiques<\/h2>\n<p>Formuler des choix en mati\u00e8re d&#8217;\u00e9ducation n&#8217;est jamais neutre. Les choix \u00e9ducatifs sont \u00e9minemment politiques, conditionn\u00e9s par cette simple question : qu&#8217;attendons-nous de l&#8217;enseignement ? Selon la place que nous occupons, selon nos exp\u00e9riences, selon nos inclinations personnelles, nous r\u00e9pondrons diversement \u00e0 cette question. Mais derri\u00e8re cette diversit\u00e9 des choix subjectifs se cachent, en derni\u00e8re analyse, des besoins objectivement diff\u00e9rents, voire contradictoires, selon les groupes sociaux auxquels chacun appartient : sexe, ethnie, nationalit\u00e9, classe sociale, communaut\u00e9 linguistique, lieu d&#8217;habitation (par exemple :ville ou campagne), etc. De ces diverses appartenances, la plus pertinente est, \u00e0 mes yeux, la classe sociale. Parce qu&#8217;elle transcende la plupart des autres cat\u00e9gories et qu&#8217;elle est, d&#8217;un point de vue historique, la source des principales contradictions qui font et d\u00e9font les soci\u00e9t\u00e9s.<\/p>\n<p>Regarder l&#8217;\u00e9cole du point de vue des classes dominantes, c&#8217;est-\u00e0-dire du point de vue de ceux qui ont mat\u00e9riellement int\u00e9r\u00eat \u00e0 la pr\u00e9servation de la soci\u00e9t\u00e9 telle qu&#8217;elle fonctionne aujourd&#8217;hui, c&#8217;est plonger d&#8217;embl\u00e9e dans une contradiction complexe : l&#8217;instruction &#8211; l&#8217;instruction obligatoire, celle du peuple, la seule dont il sera question ici -est \u00e0 la fois un instrument indispensable \u00e0 la reproduction des conditions d&#8217;existence de cette soci\u00e9t\u00e9 et un danger pour elle. Indispensable, elle l&#8217;est \u00e0 quatre titres : (1) comme lieu de socialisation (o\u00f9 l&#8217;on apprend simplement ce qu&#8217;il faut pour vivre en soci\u00e9t\u00e9 et y occuper sa place : communiquer, \u00eatre poli et disciplin\u00e9, consommer, se soigner, utiliser un terminal bancaire, etc.), (2) comme appareil id\u00e9ologique d&#8217;Etat (Jules Ferry disait que la seule mission de l&#8217;enseignement public \u00e9tait d&#8217;\u00ab assurer l&#8217;Etat de certaines valeurs qui importent \u00e0 sa conservation \u00bb), (3) comme instrument de reproduction et de l\u00e9gitimation des in\u00e9galit\u00e9s sociales (\u00ab tout le monde ne peut pas \u00eatre intellectuel, il faudra bien qu&#8217;il y ait toujours des ex\u00e9cutants et des d\u00e9cideurs \u00bb) et (4) comme (re)producteur du capital humain, c&#8217;est-\u00e0-dire de la main d&#8217;\u0153uvre ad\u00e9quatement et diversement form\u00e9e, dont l&#8217;\u00e9conomie et l&#8217;administration de l&#8217;Etat ont besoin. Ces quatre besoins sont incontournables et aucune soci\u00e9t\u00e9 capitaliste avanc\u00e9e ne saurait subsister sans les remplir. Ce qui ne signifie toutefois pas qu&#8217;on les remplit bien ou pleinement : la socialisation, par exemple, est fort n\u00e9glig\u00e9e dans l&#8217;\u00e9cole actuelle.<br \/>\nC&#8217;est qu&#8217;en m\u00eame temps, l&#8217;instruction du peuple ne manque pas d&#8217;\u00eatre une contrainte co\u00fbteuse sur le plan budg\u00e9taire ou parce qu&#8217;elle retarde l&#8217;entr\u00e9e des jeunes sur le march\u00e9 du travail (ce fut, au 19e si\u00e8cle, l&#8217;un des freins majeurs \u00e0 l&#8217;introduction de l&#8217;\u00e9cole primaire obligatoire). L&#8217;instruction peut aussi s&#8217;av\u00e9rer dangereuse \u00e0 certains \u00e9gards. A trop instruire le travailleur, il finit par devenir exigeant et revendicatif. Une population compos\u00e9e exclusivement, ou m\u00eame majoritairement d&#8217;intellectuels universitaires serait totalement incompatible avec la division sociale du travail, si fondamentale dans notre soci\u00e9t\u00e9 (\u00e0 quoi bon \u00eatre riche si ce n&#8217;est pour s&#8217;\u00e9pargner les t\u00e2ches d&#8217;ex\u00e9cution p\u00e9nibles et profiter du travail d&#8217;autrui ?) L&#8217;exc\u00e8s d&#8217;instruction des enfants du peuple peut encore constituer, aux yeux des parents bourgeois ou petit-bourgeois, une concurrence dangereuse pour leur propres enfants. C&#8217;est l&#8217;une des motivations majeures &#8211; m\u00eame si elles ne se l&#8217;avouent gu\u00e8re &#8211; des strat\u00e9gies de choix d&#8217;\u00e9cole des familles ais\u00e9es.<br \/>\nCette contradiction fait que, de tous temps, la bourgeoisie n&#8217;a m\u00eame pas donn\u00e9 au peuple le minimum d&#8217;instruction qui \u00e9tait requis par ses propres int\u00e9r\u00eats \u00e9troits. Mais c&#8217;est aussi cette m\u00eame contradiction qui fait de l&#8217;\u00e9cole un enjeu concret de luttes de classes.<\/p>\n<p>Changeons de classe, changeons de point de vue. Regardons l&#8217;\u00e9cole avec les yeux de ceux que le capitalisme opprime et exploite : ceux que l&#8217;on jette \u00e0 la rue quand les taux de profit sont jug\u00e9s insuffisants, ceux que l&#8217;on contraint aux emplois pr\u00e9caires, ceux que l&#8217;on entasse dans les clapiers surchauff\u00e9s ou les maisonnettes sans chauffage. Changeons m\u00eame de lieu. Regardons l&#8217;\u00e9cole &#8211; chez nous &#8211; avec les yeux des milliards d&#8217;\u00eatres humains que ce syst\u00e8me plonge &#8211; ailleurs &#8211; dans la survie avec moins d&#8217;un euro par jour, sans soins de sant\u00e9, quand l&#8217;eau potable est un luxe et le logement un r\u00eave ; regardons avec les yeux des victimes des guerres et des rapines de l&#8217;imp\u00e9rialisme, les peuples chass\u00e9s de leur terre, spoli\u00e9s de ses richesses et de leur propre culture.<br \/>\nIci, le point de vue s&#8217;inverse. La question majeure n&#8217;est plus : comment pr\u00e9server ce syst\u00e8me ?, mais bien : comment le changer ? Quels savoirs et quelles valeurs l&#8217;\u00e9ducation doit-elle transmettre &#8211; et \u00e0 qui les transmettre &#8211; pour acc\u00e9l\u00e9rer la mort de ce syst\u00e8me social anarchique et injuste, qui conduit l&#8217;humanit\u00e9 \u00e0 la ruine ? Quels savoirs et quelles valeurs sont n\u00e9cessaires pour changer le monde ?<br \/>\nL&#8217;importance de cet enjeu se trouve accrue par la complexification croissante du monde et des luttes : de la lutte sociale circonscrite au niveau de l&#8217;entreprise au 19e si\u00e8cle, on est pass\u00e9 \u00e0 la lutte politique contre le capitalisme et, aujourd&#8217;hui, \u00e0 la lutte globale, mondiale contre un syst\u00e8me imp\u00e9rialiste complexe, o\u00f9 interf\u00e8rent des facteurs culturels innombrables, des enjeux \u00e9conomiques diversifi\u00e9s, des d\u00e9terminants technologiques et d&#8217;inextricables pesanteurs historiques.<br \/>\nDe plus, la construction d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 nouvelle exigera un homme nouveau, instruit et critique, capable d&#8217;exercer pleinement ses devoirs d\u00e9mocratiques, privil\u00e9giant l&#8217;int\u00e9r\u00eat commun sur son int\u00e9r\u00eat individuel, afin de faire fonctionner une \u00e9conomie et une soci\u00e9t\u00e9 qui soient au service de tous.<\/p>\n<p>A c\u00f4t\u00e9 de cette question fondamentale, il en est une autre, non moins importante, mais \u00e0 plus court terme : de quels savoirs avons-nous besoin pour vivre malgr\u00e9 tout dans le syst\u00e8me actuel, pour y survivre aussi dignement que possible (et donc, aussi, pour y travailler) ? On rejoint l\u00e0, dans une certaine mesure, le besoin, pour la bourgeoisie, de socialiser les enfants du peuple et de former des travailleurs qualifi\u00e9s et disciplin\u00e9s. Mais nous verrons plus loin que la convergence n&#8217;est que superficielle.<\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9cole qui r\u00e9pond \u00e0 ces besoins-l\u00e0, \u00e0 cette double attente, est celle que nous appelons \u00ab l&#8217;\u00e9cole d\u00e9mocratique \u00bb. C&#8217;est elle que nous voulons d\u00e9velopper, d\u00e8s maintenant, c&#8217;est ce projet qu&#8217;il nous faut concr\u00e9tiser.<\/p>\n<p>La question qui se pose d&#8217;embl\u00e9e est celle de la faisabilit\u00e9 de principe. Cela a-t-il du sens d&#8217;imaginer que l&#8217;on puisse voir na\u00eetre, au sein de la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste, un syst\u00e8me \u00e9ducatif qui favoriserait la lutte contre ce m\u00eame syst\u00e8me ? Poser le probl\u00e8me en ces termes exclusifs c&#8217;est ne pas comprendre la complexit\u00e9 dialectique de l&#8217;\u00e9cole actuelle.<br \/>\nLe capitalisme ne peut pas socialiser, endoctriner, former, il ne peut m\u00eame pas s\u00e9lectionner, sans \u00e9galement instruire. En constituant une nombreuse classe ouvri\u00e8re disciplin\u00e9e, le capital forge son propre fossoyeur, disait Marx. Mais il fait mieux que cela. En apprenant au fossoyeur \u00e0 reproduire sa force de travail dans la soci\u00e9t\u00e9 moderne, l&#8217;\u00e9cole lui apprend aussi \u00e0 lire, \u00e0 \u00e9crire ; en lui inculquant l&#8217;amour de la patrie ou le respect de la d\u00e9mocratie bourgeoise, elle lui fait d\u00e9couvrir la g\u00e9ographie et l&#8217;histoire, brisant ainsi l&#8217;id\u00e9e que les relations \u00e9conomiques et sociales seraient immanentes et \u00e9ternelles ; en lui transmettant les connaissances et les comp\u00e9tences qui en feront un travailleur productif, elle lui apprend les sciences qui forgent une vision du monde rationnelle et mat\u00e9rialiste ; en le formant aux technologies modernes de la communication, afin de le rendre productif et bon consommateur, elle lui permet aussi d&#8217;utiliser ces technologies pour organiser les luttes.<br \/>\nEn d&#8217;autres termes, l&#8217;\u00e9cole d\u00e9mocratique n&#8217;est pas qu&#8217;un id\u00e9al th\u00e9orique. Elle est, d&#8217;ores et d\u00e9j\u00e0, l&#8217;un des termes incontournables de la contradiction de l&#8217;\u00e9cole sous le r\u00e9gime du capitalisme. En ce sens, l&#8217;\u00e9cole d\u00e9mocratique existe d\u00e9j\u00e0 en germe au sein m\u00eame de l&#8217;\u00e9cole capitaliste. C&#8217;est cela qui fait que des marges de manoeuvre sont possibles et que notre combat a du sens.<\/p>\n<h2>B. Quels sont les enjeux ?<\/h2>\n<p>Le premier enjeu des luttes dans le champ \u00e9ducatif est celui des <strong>savoirs<\/strong>.<\/p>\n<p>M\u00eame dans le domaine \u00e9troit de la socialisation, l&#8217;\u00e9cole actuelle est loin d&#8217;apporter \u00e0 tous &#8211; et en particulier aux enfants des classes populaires &#8211; les connaissances de base qui sont indispensables pour vivre \u00ab normalement \u00bb dans cette soci\u00e9t\u00e9. Ainsi n&#8217;apprend-on rien, \u00e0 l&#8217;\u00e9cole, ou presque, sur le droit et les lois sociales, sur la sant\u00e9, la m\u00e9decine, l&#8217;hygi\u00e8ne, la s\u00e9curit\u00e9 domestique, les techniques et technologies de la vie quotidienne. On n&#8217;y apprend pas davantage \u00e0 \u00e9lever ses enfants. L&#8217;\u00e9cole se soucie encore moins d&#8217;instruire les enfants de l&#8217;immigration dans leur langue maternelle et leur culture d&#8217;origine. La connaissance du code de la route, qui est pourtant un \u00e9l\u00e9ment de socialisation incontournable dans les soci\u00e9t\u00e9s modernes, est laiss\u00e9 aux bons soins &#8211; et au large profit &#8211; de soci\u00e9t\u00e9 priv\u00e9es. Bref, on acc\u00e8de \u00e0 la vie adulte sans mode d&#8217;emploi et d\u00e9brouille toi comme tu pourras.<\/p>\n<p>Pour autant, la situation n&#8217;est pas meilleure dans le domaine des savoirs r\u00e9put\u00e9s \u00ab nobles \u00bb, ceux qui donnent force pour comprendre le monde et pour le transformer.<\/p>\n<p>Les savoirs scientifiques et technologiques sont totalement absents de nombreuses fili\u00e8res, largement insuffisants dans beaucoup d&#8217;autres. Dans l&#8217;enseignement g\u00e9n\u00e9ral on forme de v\u00e9ritables analphab\u00e8tes technologiques. Or, ces savoirs sont essentiels \u00e0 la compr\u00e9hension des bases mat\u00e9rielles de l&#8217;infrastructure sociale et \u00e9conomique (les moyens de production, dont le d\u00e9veloppement conditionne toute l&#8217;\u00e9volution de la soci\u00e9t\u00e9) ; ils permettent d&#8217;acqu\u00e9rir une approche rationnelle et scientifique du r\u00e9el ; ils conditionnent la compr\u00e9hension des enjeux politiques li\u00e9s au d\u00e9veloppement des sciences et des techniques (environnement, modes de vie, questions \u00e9thiques).<\/p>\n<p>Les sciences humaines &#8211; histoire, g\u00e9ographie humaine, \u00e9conomie, sociologie &#8211; ne sont pas beaucoup mieux loties. Combien de jeunes sortent de l&#8217;\u00e9cole sans conna\u00eetre le pass\u00e9 qui, pourtant, \u00e9claire le pr\u00e9sent ; sans conna\u00eetre et encore moins comprendre l&#8217;origine des probl\u00e8mes de soci\u00e9t\u00e9 majeurs qui se posent aujourd&#8217;hui \u00e0 l&#8217;humanit\u00e9 : les in\u00e9galit\u00e9s nord-sud, l&#8217;exploitation, l&#8217;instabilit\u00e9 \u00e9conomique, l&#8217;acc\u00e8s \u00e0 l&#8217;eau et au logement, etc. Les enfants issus de l&#8217;immigration passent 12 ans \u00e0 l&#8217;\u00e9cole sans pratiquement avoir appris quoi que ce soit sur leur propre culture ou l&#8217;histoire de leur peuple.<\/p>\n<p>Ceux qui, aujourd&#8217;hui, sont pr\u00e9cocement orient\u00e9s vers les fili\u00e8res professionnelles sont priv\u00e9s de l&#8217;acc\u00e8s aux outils de la math\u00e9matique, de la logique et de l&#8217;informatique (comme instrument qui nous permet de traiter de l&#8217;information et non seulement comme vulgaire outil de bureautique). Or, ces savoirs-l\u00e0 sont \u00e9minemment importants pour d\u00e9velopper la capacit\u00e9 d&#8217;abstraction, la rigueur du raisonnement et comme passage oblig\u00e9 vers la connaissance scientifique.<\/p>\n<p>L&#8217;acc\u00e8s \u00e0 une formation litt\u00e9raire et philosophique est devenu l&#8217;apanage exclusif de ceux qui fr\u00e9quentent les \u00e9tablissements r\u00e9put\u00e9s \u00ab d&#8217;\u00e9lite \u00bb. Et encore\u2026 Pourtant, la ma\u00eetrise des Lettres devient vite une porte d&#8217;acc\u00e8s incontournable aux autres savoirs, \u00e0 l&#8217;analyse, \u00e0 l&#8217;abstraction, \u00e0 la formulation pr\u00e9cise d&#8217;id\u00e9es complexes et donc \u00e0 la complexit\u00e9 elle-m\u00eame. Il en va de m\u00eame des multiples formes d&#8217;expression artistique.<\/p>\n<p>Dans le domaine des langues et de la litt\u00e9rature \u00e9trang\u00e8res, un poids excessif est donn\u00e9 \u00e0 l&#8217;Anglais &#8211; langue de la mondialisation capitaliste &#8211; au d\u00e9triment des langues pratiqu\u00e9es majoritairement par les peuples : espagnol, arabe, chinois, russe. Plus de diversit\u00e9 dans ce domaine encouragerait davantage les contacts et les \u00e9changes entre les peuples et les cultures. Il s&#8217;agit aussi de permettre aux jeunes issus de l&#8217;immigration d&#8217;acc\u00e9der \u00e0 une r\u00e9elle connaissance de leur langue et de leur culture d&#8217;origine.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me enjeu est celui des <strong>valeurs<\/strong>.<\/p>\n<p>Par nos pratiques p\u00e9dagogiques et nos options en mati\u00e8re de fonctionnement de l&#8217;\u00e9cole, nous pouvons privil\u00e9gier les valeurs qui permettent d&#8217;orienter l&#8217;utilisation des savoirs \u00e9num\u00e9r\u00e9s ci-dessus dans le sens du progr\u00e8s historique. Certaines de ces valeurs ont, jadis, \u00e9t\u00e9 promues par la bourgeoisie elle-m\u00eame, quand elle croyait y trouver son int\u00e9r\u00eat \u00e0 long terme. Elle sont aujourd&#8217;hui largement sacrifi\u00e9es au veau d&#8217;or du profit imm\u00e9diat. Nous entendons \u00e9duquer \u00e0 la solidarit\u00e9, au respect et non \u00e0 l&#8217;individualisme, \u00e0 la coop\u00e9ration et non \u00e0 la comp\u00e9tition, \u00e0 l&#8217;internationalisme et \u00e0 la multiculturalit\u00e9 et non au nationalisme x\u00e9nophobe, au travail rigoureux, disciplin\u00e9 et non au parasitisme, \u00e0 la lutte et non \u00e0 la soumission, \u00e0 la curiosit\u00e9 scientifique et non \u00e0 l&#8217;obscurantisme, et \u00e0 l&#8217;abrutissement.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8me enjeu : celui de la <strong>d\u00e9mocratisation des \u00e9tudes<\/strong><\/p>\n<p>Cette probl\u00e9matique est \u00e9videmment \u00e9troitement li\u00e9 \u00e0 la premi\u00e8re: les contenus enseign\u00e9s ne sont pas les m\u00eames dans toutes les fili\u00e8res, loin s&#8217;en faut.<br \/>\nNous combattons tout ce qui, dans les structure du syst\u00e8me scolaire ou dans les m\u00e9thodes d&#8217;enseignement, tend \u00e0 renforcer les m\u00e9canismes de hi\u00e9rarchisation des formations et de s\u00e9lection sociale.<\/p>\n<p>Aujourd&#8217;hui l&#8217;enseignement obligatoire est loin d&#8217;\u00eatre \u00e9gal pour tous. Quelle diff\u00e9rence entre ceux qui suivent la voie royale de l&#8217;enseignement secondaire g\u00e9n\u00e9ral, ouvrant les portes de l&#8217;universit\u00e9, et ceux &#8211; issus surtout des classes populaires &#8211; qui entrent \u00e0 12 ans dans une \u00ab premi\u00e8re B \u00bb, avec pour seule perspective l&#8217;enseignement professionnel d\u00e8s 13 ans ! Et entre ces deux extr\u00eames, toute la hi\u00e9rarchie des fili\u00e8res et des orientations pr\u00e9coces en passant \u00e9ventuellement par les redoublements \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition.<\/p>\n<p>Or, cette s\u00e9lection est pour l&#8217;essentiel une s\u00e9lection sur base de l&#8217;origine sociale, comme l&#8217;a encore montr\u00e9 notre enqu\u00eate de 1996 en province du Hainaut.<\/p>\n<p>L&#8217;existence de fili\u00e8res hi\u00e9rarchis\u00e9es (enseignement g\u00e9n\u00e9ral, technique et professionnel) surtout avec une s\u00e9lection \u00e0 un \u00e2ge souvent pr\u00e9coce est inadmissible. Elle induit, d\u00e8s l&#8217;\u00e9cole primaire, l&#8217;id\u00e9e que tous ne devront pas suivre les m\u00eames apprentissages et qu&#8217;il n&#8217;est donc pas grave que tous n&#8217;atteignent pas les m\u00eames niveaux de ma\u00eetrise : la perspective de la s\u00e9lection est, d\u00e8s l&#8217;enseignement fondamental, un facteur agissant dans l&#8217;in\u00e9galit\u00e9 des r\u00e9sultats. Or, cette perspective est tr\u00e8s largement d\u00e9termin\u00e9e par la perception qu&#8217;a l&#8217;enfant (et ses parents) de son destin social probable, c&#8217;est-\u00e0-dire de son origine de classe. Ensuite, les diff\u00e9rences de programmes entre les diverses fili\u00e8res, loin de tenter de combler les \u00e9carts, les creusent d&#8217;ann\u00e9e en ann\u00e9e.<\/p>\n<p>A cela viennent s&#8217;ajouter, particuli\u00e8rement en Belgique, les m\u00e9canismes de march\u00e9 scolaire. Avec la dualisation croissante du syst\u00e8me \u00e9ducatif, la pr\u00e9tendue \u00ab libert\u00e9 de choix \u00bb des parents s&#8217;av\u00e8re de plus en plus \u00eatre une \u00ab obligation de choix \u00bb, un parcours du combattant dans une jungle inextricable d&#8217;\u00e9tablissements, de r\u00e9seaux et de fili\u00e8res, o\u00f9 seuls les mieux inform\u00e9s, les familles intellectuelles et bourgeoises, parviennent \u00e0 tirer leur \u00e9pingle du jeu. Quand ce ne sont pas de v\u00e9ritables proc\u00e9dures d&#8217;exclusion financi\u00e8re et culturelle qui frappent les enfants du peuple. La ghetto\u00efsation sociale est un fait incontournable dans l&#8217;enseignement belge.<\/p>\n<p>Sur le plan des pratiques p\u00e9dagogiques l&#8217;enseignement est aussi loin d&#8217;offrir les m\u00eames possibilit\u00e9s de d\u00e9veloppement \u00e0 tous les enfants. Certaines pratique, dites \u00ab traditionnelles \u00bb, en privil\u00e9giant un rapport bourgeois au savoir &#8211; le savoir pour le savoir, comme symbole d&#8217;appartenance sociale et donc coup\u00e9 de toute fonction instrumentale -, d\u00e9motivent l&#8217;\u00e9l\u00e8ve d&#8217;origine populaire qui attend du savoir qu&#8217;il serve \u00e0 quelque chose. A l&#8217;inverse, certaines pratiques dites \u00ab modernes \u00bb, n\u00e9gligent l&#8217;importance cruciale du travail r\u00e9gulier, de la discipline d&#8217;apprentissage, de la rigueur. Quand elles ne vont pas jusqu&#8217;\u00e0 m\u00e9priser le savoir lui-m\u00eame au nom, tant\u00f4t d&#8217;un relativisme creux, tant\u00f4t d&#8217;un hypocrite souci de ne pas \u00ab imposer \u00bb les savoirs \u00e0 l&#8217;enfant. On le voit, ce n&#8217;est pas tant de m\u00e9thodes p\u00e9dagogiques qu&#8217;il s&#8217;agit, mais plut\u00f4t de philosophie de l&#8217;enseignement. Il n&#8217;y a pas de mal \u00e0 ce que l&#8217;enfant ou le jeune soit confront\u00e9, au cours de sa carri\u00e8re scolaire, \u00e0 des m\u00e9thodes fort diff\u00e9rentes : de l&#8217;expos\u00e9s <em>ex cathedra<\/em> &#8211; pourvu qu&#8217;il soit brillant &#8211; aux s\u00e9ances d&#8217;auto-construction des savoirs sur des chantiers de probl\u00e8mes &#8211; pourvu qu&#8217;elles soient productives. Le dogmatisme p\u00e9dagogique, de quelque bord qu&#8217;il soit, ne produit jamais rien de bon. Toute l&#8217;exp\u00e9rience p\u00e9dagogique des derni\u00e8res d\u00e9cennies montre qu&#8217;il n&#8217;est pas une unique m\u00e9thode que l&#8217;on pourrait g\u00e9n\u00e9raliser \u00e0 toutes les disciplines. L&#8217;uniformit\u00e9 dans ce domaine produit l&#8217;ennui, la routine et, au final, un bien mauvais enseignement. Que cent fleurs s&#8217;\u00e9panouissent !<\/p>\n<p>Et quelles que soient les m\u00e9thodes, il manque toujours \u00e0 l&#8217;institution scolaire les moyens d&#8217;assurer l&#8217;encadrement individualis\u00e9 que requiert l&#8217;apprentissage, surtout chez les plus jeunes. Seuls r\u00e9ussissent finalement ceux qui trouvent \u00e0 la maison ce que l&#8217;\u00e9cole ne leur apporte pas : motivation d&#8217;apprendre, m\u00e9thode rigoureuse, encadrement, selon le cas.<br \/>\nTout cela pose \u00e9videmment la question de la formation des enseignants, largement insuffisante, mais surtout celle des moyens pour assurer l&#8217;encadrement n\u00e9cessaire et des conditions de travail satisfaisantes.<\/p>\n<p>Le quatri\u00e8me et dernier enjeu est de mettre fin \u00e0 la <strong>souffrance des \u00e9l\u00e8ves<\/strong> et des enseignants.<\/p>\n<p>La peur de l&#8217;\u00e9chec, le stress permanent, l&#8217;\u00e9chec scolaire \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition, les rythmes scolaires inhumains, les conditions mat\u00e9rielles physiquement insupportables et moralement d\u00e9gradantes, l&#8217;ennui, les brimades de condisciples et de certains enseignants, tout cela n&#8217;est pas une fatalit\u00e9 et ne se justifie \u00e0 aucun point de vue dans une \u00e9cole du XXIe si\u00e8cle, dans un pays riche et \u00e9conomiquement d\u00e9velopp\u00e9.<br \/>\nCes situations g\u00e9n\u00e8rent immanquablement la violence dans les \u00e9tablissements scolaires, dont les victimes sont les enseignants et, souvent, les \u00e9l\u00e8ves eux-m\u00eames.<\/p>\n<h2>C. Nos propositions<\/h2>\n<p>On l&#8217;aura compris, l&#8217;id\u00e9al d&#8217;une \u00e9cole d\u00e9mocratique impose des ambitions \u00e9lev\u00e9es. Elles ne pourront \u00eatre atteintes dans les conditions actuelles : il faudra, pour \u00e9lever les contenus disciplinaires et pour forger les valeurs que nous avons indiqu\u00e9es, adapter les structures, augmenter le \u00ab temps d&#8217;\u00e9cole \u00bb, changer les rythmes scolaires, diversifier les modes d&#8217;apprentissage. Seule la mise en \u0153uvre simultan\u00e9e de diverses pistes d&#8217;action sera garante de succ\u00e8s.<\/p>\n<p><strong>Structures et fonctionnement de l&#8217;\u00e9cole commune<\/strong><\/p>\n<p><strong><br \/>\n<\/strong>Tous les jeunes fr\u00e9quentent pendant 10 ans (de 6 \u00e0 16) la m\u00eame \u00ab \u00e9cole commune \u00bb, publique, gratuite et obligatoire.<br \/>\n<em>[Remarque : au terme de cette formation commune, les jeunes entrent au lyc\u00e9e pour y recevoir, obligatoirement, pendant deux ou trois ans, une pr\u00e9paration aux \u00e9tudes sup\u00e9rieures ou une formation qualifiante. Mais \u00e0 ce stade, une large part reste r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 la formation g\u00e9n\u00e9rale. Le pr\u00e9sent texte ne traite que de l&#8217;\u00e9cole commune, mais le socle de culture commune qui y est d\u00e9crit ne sera pleinement atteint qu&#8217;au terme du lyc\u00e9e]<\/em><\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9l\u00e8ve fr\u00e9quente l&#8217;\u00e9tablissement qui lui est assign\u00e9. Cette assignation se fait en fonction de la proximit\u00e9 g\u00e9ographique mais aussi en de mani\u00e8re \u00e0 assurer une certaine h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 sociale dans chaque \u00e9tablissement (en fonction des revenus et professions des parents). <em>[il n&#8217;y donc pas de lien automatique entre le lieu d&#8217;habitation et l&#8217;\u00e9cole fr\u00e9quent\u00e9e, ceci afin d&#8217;\u00e9viter les strat\u00e9gies migratoires des parents ais\u00e9s qui minent la \u00ab carte scolaire \u00bb \u00e0 la fran\u00e7aise]<\/em><\/p>\n<p>Un m\u00eame \u00e9tablissement scolaire peut \u00eatre constitu\u00e9 de diverses implantations, g\u00e9n\u00e9ralement voisines, o\u00f9 sont accueillis les \u00e9l\u00e8ves d&#8217;une m\u00eame tranche d&#8217;\u00e2ge. Le d\u00e9coupage en \u00e2ges et implantations peut varier d&#8217;un \u00e9tablissement \u00e0 l&#8217;autre, selon la disponibilit\u00e9 des locaux. <em>[Ceci est n\u00e9cessaire afin de permettre l&#8217;utilisation rationnelle des b\u00e2timents existants]<\/em><\/p>\n<p>La scolarit\u00e9, y compris la fourniture du mat\u00e9riel scolaire, les repas et la participation aux activit\u00e9s extrascolaires, est enti\u00e8rement gratuite. Les livres scolaires sont mis \u00e0 disposition, contre versement d&#8217;une caution.<\/p>\n<p>Les contenus disciplinaires obligatoires sont strictement fix\u00e9s par l&#8217;Etat. Des tests centralis\u00e9s et des inspections organis\u00e9es \u00e0 tous les \u00e9chelons permettent de v\u00e9rifier la progression des \u00e9l\u00e8ves et de contr\u00f4ler le respect des exigences par les \u00e9tablissements et par les enseignants. En revanche, chaque \u00e9tablissement et chaque enseignant doit disposer d&#8217;une grande libert\u00e9 sur le plan des m\u00e9thodes strictement p\u00e9dagogiques. La suppression de la concurrence entre \u00e9coles permettra de stimuler une saine \u00e9mulation des pratiques, sans risque de tomber dans le pi\u00e8ge du march\u00e9 scolaire. <em>[Ceci va en sens inverse de la p\u00e9dagogie dite des \u00ab comp\u00e9tences \u00bb, o\u00f9 les contenus disciplinaires sont d\u00e9termin\u00e9s de mani\u00e8re fort l\u00e2che, alors que l&#8217;on tente d&#8217;imposer \u00e0 toute force des m\u00e9thodes p\u00e9dagogiques parfois peu adapt\u00e9es \u00e0 certains contenus]<\/em><\/p>\n<p>Les subsides de fonctionnement ainsi que les budgets d&#8217;investissement sont allou\u00e9s aux \u00e9tablissements en fonction de leur population, de leur environnement social et en fonction d&#8217;une \u00e9valuation objective des besoins, \u00e9tablie par les services de l&#8217;inspection scolaire.<\/p>\n<h2>L&#8217;\u00e9cole, lieu de vie<\/h2>\n<p>Education et instruction doivent \u00eatre int\u00e9gr\u00e9s dans le processus m\u00eame de la vie. L&#8217;\u00e9cole commune doit donc \u00eatre une v\u00e9ritable \u00ab collectivit\u00e9 \u00e9ducative \u00bb, le lieu central d&#8217;\u00e9ducation et de vie des enfants. Ceci ne peut cependant se faire au d\u00e9triment des apprentissages : il faut donc plus de temps et de moyens \u00e0 l&#8217;\u00e9cole.<\/p>\n<p>Les \u00e9l\u00e8ves participent directement \u00e0 l&#8217;organisation et \u00e0 toutes les t\u00e2ches que requiert la vie quotidienne de la collectivit\u00e9 \u00e9ducative : entretien et embellissement des b\u00e2timents, nettoyage, cuisine, encadrement des plus jeunes par les a\u00een\u00e9s, etc. La liaison de l&#8217;\u00e9ducation au travail doit \u00eatre une r\u00e9alit\u00e9 de la vie scolaire et non une excroissance \u00ab professionnelle \u00bb de l&#8217;\u00e9cole. Le degr\u00e9 de responsabilit\u00e9, notamment dans la participation \u00e0 la prise de d\u00e9cisions, doit augmenter avec l&#8217;\u00e2ge.<\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9cole doit \u00eatre ouverte en dehors des heures de \u00ab cours \u00bb. Des activit\u00e9s y sont aussi organis\u00e9es en soir\u00e9e, le week-end, le mercredi et durant les vacances. Les \u00e9l\u00e8ves doivent avoir l&#8217;occasion d&#8217;y prendre leurs repas froids et chauds. Des dortoirs sont mis \u00e0 la disposition des \u00e9l\u00e8ves, \u00e9ventuellement de fa\u00e7on occasionnelle, lorsque des activit\u00e9s vesp\u00e9rales les retiennent \u00e0 l&#8217;\u00e9cole. Des lieux de d\u00e9tente sont \u00e9galement disponibles.<\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9cole est la plaque tournante des activit\u00e9s culturelles, sportives de bricolage, etc (cela ne se fait pas n\u00e9cessairement dans l&#8217;\u00e9cole, mais peut \u00eatre co-organis\u00e9 par elle : offre, inscription, stimulation, transport et encadrement des \u00e9l\u00e8ves, etc). Toute association subventionn\u00e9e se doit de participer \u00e0 cette offre sur le plan local.<\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9cole est implant\u00e9e dans un quartier, une commune. Elle participe \u00e0 la vie de ce quartier, de cette commune.<\/p>\n<p>Les \u00e9l\u00e8ves des lyc\u00e9es continuent eux aussi \u00e0 fr\u00e9quenter leurs anciennes \u00e9coles pour y participer \u00e0 des activit\u00e9s sportives, culturelles, technologiques\u2026 ou pour en animer.<\/p>\n<p>Si l&#8217;\u00e9cole doit devenir le lieu central d&#8217;\u00e9ducation des enfants, alors il faut que les parents y soient \u00e9troitement associ\u00e9s. Afin de rendre possible cette implication des parents dans la vie scolaire, ceux-ci doivent pouvoir disposer d&#8217;une demi-journ\u00e9e de cong\u00e9 par mois, aux frais de leur employeur et sur pr\u00e9sentation d&#8217;une demande de l&#8217;\u00e9tablissement scolaire.<\/p>\n<p>Il va sans dire que tout ceci implique une red\u00e9finition totale du r\u00f4le, mais aussi de la composition et du volume, des \u00e9quipes \u00e9ducatives. Les enseignants et \u00e9ducateurs doivent disposer de temps pour le travail d&#8217;\u00e9quipe, de coordination, de r\u00e9alisation de projets.<\/p>\n<p><em>Gestion<\/em><\/p>\n<p>Outre les contenus disciplinaires et les r\u00e9glementations g\u00e9n\u00e9rales, qui rel\u00e8vent du minist\u00e8re, chaque \u00e9cole est dirig\u00e9e par un Conseil d&#8217;\u00e9cole, constitu\u00e9 d&#8217;enseignants, d&#8217;\u00e9ducateurs, de parents, d&#8217;un inspecteur (repr\u00e9sentant le minist\u00e8re) et d&#8217;un repr\u00e9sentant de l&#8217;administration communale.<\/p>\n<p>Le Conseil d&#8217;\u00e9cole n&#8217;est pas un organe de gestion quotidienne, mais un lieu d&#8217;\u00e9change, o\u00f9 se discutent et se d\u00e9cident les grandes orientations, les probl\u00e8mes g\u00e9n\u00e9raux.<\/p>\n<p>Les \u00e9tablissements sont tenus de se doter de structures appropri\u00e9es, permettant d&#8217;impliquer \u00e9troitement les \u00e9l\u00e8ves et les parents dans la vie et la gestion quotidienne de l&#8217;\u00e9cole. Les formes pr\u00e9cises de ces structures sont laiss\u00e9es \u00e0 l&#8217;appr\u00e9ciation de chaque \u00e9tablissement.<\/p>\n<p>C&#8217;est l&#8217;assembl\u00e9e des enseignants et \u00e9ducateurs qui \u00e9lit (ou r\u00e9voque) le chef d&#8217;\u00e9tablissement et qui d\u00e9signe (ou r\u00e9voque) ses repr\u00e9sentants au Conseil d&#8217;\u00e9cole.<\/p>\n<p>Les enseignants, une fois nomm\u00e9s, jouissent d&#8217;un statut qui garantit leur emploi. Cependant, une proc\u00e9dure doit \u00eatre pr\u00e9vue permettant \u00e0 l&#8217;inspection de muter ou de lever temporairement ou d\u00e9finitivement de ses fonctions un enseignant dont il est \u00e9tabli qu&#8217;il ne peut ou ne veut remplir ses obligations. Une telle d\u00e9cision est toujours soumise \u00e0 l&#8217;avis du Conseil d&#8217;\u00e9cole.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9ussite scolaire et pilotage<\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9cole vise l&#8217;\u00e9ducation et l&#8217;instruction de tous. La premi\u00e8re condition pour y parvenir, c&#8217;est de disposer de conditions de travail convenables : des programmes clairs, des manuels et du mat\u00e9riel p\u00e9dagogique de qualit\u00e9, des groupes de petite taille (de 15 chez les petits, \u00e0 20 chez les grands), des locaux a\u00e9r\u00e9s et bien \u00e9quip\u00e9s, etc.<\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9cole est tenue de tout mettre en \u0153uvre pour assurer que les \u00e9l\u00e8ves en difficult\u00e9 soient suivis et qu&#8217;ils puissent r\u00e9cup\u00e9rer leur retard : heures de rattrapages obligatoires en petits groupes, suivi individualis\u00e9, encadrement des devoirs, s\u00e9ances de remise \u00e0 niveau pendant les cong\u00e9s scolaires ou le week-end, etc. (en lieu et place des \u00ab examens de rep\u00eachage \u00bb ou des \u00ab cours particuliers \u00bb).<\/p>\n<p>Cette aide doit \u00eatre mise en \u0153uvre avant que les difficult\u00e9s ne s&#8217;accumulent : c&#8217;est l\u00e0 une responsabilit\u00e9 cruciale des enseignants et des \u00e9tablissements scolaires.<\/p>\n<p>La notion d&#8217;ann\u00e9e scolaire et donc de \u00ab redoublement \u00bb dispara\u00eet. Sauf situation exceptionnelle (qui devra \u00eatre reconnue par une proc\u00e9dure particuli\u00e8re), l&#8217;\u00e9l\u00e8ve reste toujours solidaire du groupe d&#8217;\u00e9l\u00e8ves de son \u00e2ge.<\/p>\n<p>Les \u00e9l\u00e8ves participent r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 des tests centralis\u00e9s qui permettent de les situer (et aussi de situer chaque \u00e9tablissement).<\/p>\n<p>A la fin de l&#8217;\u00e9cole commune, un examen central donne acc\u00e8s \u00e0 un certificat et permet l&#8217;entr\u00e9e au lyc\u00e9e. Les r\u00e9sultats dans les diff\u00e9rentes disciplines serviront \u00e0 conseiller l&#8217;\u00e9l\u00e8ve et ses parents en mati\u00e8re d&#8217;orientation.<\/p>\n<p>Une ann\u00e9e de rattrapage est propos\u00e9e aux \u00e9l\u00e8ves dont les r\u00e9sultats au certificat de l&#8217;\u00e9cole commune sont insuffisants pour leur permettre d&#8217;entrer dans la fili\u00e8re de lyc\u00e9e de leur choix.<\/p>\n<p>Sans tomber dans l&#8217;erreur du dogmatisme p\u00e9dagogique, on encouragera la diversit\u00e9 de pratiques p\u00e9dagogiques ax\u00e9es sur le sens et la motivation : la liaison \u00e0 la pratique, le d\u00e9veloppement de projets, l&#8217;implication des a\u00een\u00e9s dans l&#8217;instruction des jeunes, l&#8217;int\u00e9gration de l&#8217;instruction \u00e0 la vie de la communaut\u00e9 \u00e9ducative.<\/p>\n<p>La \u00ab rem\u00e9diation \u00bb et la qu\u00eate de sens prennent du temps. L&#8217;instruction aussi. Une politique de r\u00e9ussite scolaire ambitieuse n\u00e9cessite donc qu&#8217;on l&#8217;on dispose de plus de temps d&#8217;\u00e9cole : des \u00e9coles ouvertes plus tard et plus souvent, une scolarit\u00e9 plus longue (10 + 3 ans).<\/p>\n<p>Les enseignants doivent disposer d&#8217;importantes opportunit\u00e9s de formation continu\u00e9e. Au total, 5 \u00e0 10% de leur temps de travail devrait y \u00eatre consacr\u00e9 (sous forme de \u00ab semestre sabbatiques \u00bb, par exemple).<\/p>\n<h2>Moyens<\/h2>\n<p>Tout ceci implique une augmentation consid\u00e9rable des moyens mis \u00e0 la disposition de l&#8217;enseignement. Sans doute faudra-t-il passer de 5% du PIB \u00e0 plus de 7%, peut-\u00eatre m\u00eame jusqu&#8217;\u00e0 10% du PIB si on inclut une politique de massification et de d\u00e9mocratisation de l&#8217;enseignement sup\u00e9rieur.<\/p>\n<h2>Mesures transitoires<\/h2>\n<p><strong><br \/>\n<\/strong>La transition se fera progressivement, en 8 ann\u00e9es : on commence avec trois g\u00e9n\u00e9rations (6, 7, 8) et on monte ensuite d&#8217;ann\u00e9e en ann\u00e9e. Les premi\u00e8res ann\u00e9es, les \u00e9l\u00e8ves de l&#8217;\u00e9cole commune fr\u00e9quenteront des \u00e9tablissements ne recevant que les plus jeunes \u00e9l\u00e8ves. Les zones de recrutement seront donc, au d\u00e9but, assez grandes (ce qui est une bonne chose, car cela garantit leur h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 et emp\u00eache donc le syst\u00e8me d&#8217;\u00e9voluer d&#8217;embl\u00e9e vers une stratification sociale).<\/p>\n<p>A l&#8217;inverse, durant la p\u00e9riode de transition, les \u00e9coles \u00ab anciennes \u00bb vont se faire de plus en plus rares et seront peupl\u00e9es uniquement des \u00e9l\u00e8ves les plus \u00e2g\u00e9s. Cela imposera aux \u00e9l\u00e8ves de la \u00ab derni\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration \u00bb de changer fr\u00e9quemment d&#8217;\u00e9tablissement.<\/p>\n<p>Les premi\u00e8res nouvelles \u00e9coles seront constitu\u00e9es d&#8217;enseignants volontaires, recrut\u00e9s sur base d&#8217;examens. Le passage progressif vers la nouvelle \u00e9cole unique s&#8217;accompagnera d&#8217;une revalorisation bar\u00e9mique des enseignants. Durant les ann\u00e9es de transition, les professeurs et \u00e9ducateurs \u00ab pionniers \u00bb seront amen\u00e9s \u00e0 changer fr\u00e9quemment d&#8217;\u00e9tablissement pour en d\u00e9marrer de nouveaux.<\/p>\n<p>Les actuels b\u00e2timents scolaires des \u00e9coles des r\u00e9seaux subventionn\u00e9s sont expropri\u00e9s. Si les b\u00e2timents appartenaient \u00e0 l&#8217;\u00e9cole elle-m\u00eame, \u00e0 une commune ou \u00e0 une province, cette expropriation se fait sans indemnisation. S&#8217;ils appartenaient \u00e0 une congr\u00e9gation religieuse ou \u00e0 un autre propri\u00e9taire priv\u00e9, le montant du remboursement ne pourra pas exc\u00e9der le montant des loyers vers\u00e9s par l&#8217;\u00e9cole au cours des cinq ann\u00e9es ayant pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 le vote de la loi (dans le cas des congr\u00e9gations religieuses, celles-ci pourront opter pour une formule de pension individuelle pour les religieux(ses) qui ne sont plus en \u00e2ge de travailler, en lieu et place du remboursement des b\u00e2timents). Durant la p\u00e9riode transitoire, les b\u00e2timents expropri\u00e9s restent gratuitement \u00e0 la disposition des \u00e9tablissements.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lors de la publication, en juin 2003, de l&#8217;\u00e9tude \u00ab la catastrophe scolaire belge \u00bb, certains nous avaient reproch\u00e9 de nous en tenir au constat, sans v\u00e9ritablement proposer d&#8217;alternative. Le grief n&#8217;\u00e9tait que partiellement fond\u00e9 : notre \u00e9tude ne se limitait pas \u00e0 r\u00e9percuter le constat &#8211; \u00e9tabli par les grandes enqu\u00eates internationales sur les comp\u00e9tences des \u00e9l\u00e8ves &#8211; que les \u00e9carts de r\u00e9sultats et, surtout, leur d\u00e9termination sociale, sont plus \u00e9lev\u00e9s chez nous que dans la plupart des autres pays industrialis\u00e9s. Nous d\u00e9montrions surtout, indices statistiques \u00e0 l&#8217;appui, que l&#8217;in\u00e9galit\u00e9 sociale \u00e0 l&#8217;\u00e9cole est fortement corr\u00e9l\u00e9e \u00e0 trois facteurs : le sous-financement de l&#8217;enseignement primaire, la s\u00e9lection pr\u00e9coce en fili\u00e8res hi\u00e9rarchis\u00e9es et l&#8217;obligation faite aux parents de choisir l&#8217;\u00e9cole de leurs enfants sur un march\u00e9 scolaire (la mal nomm\u00e9e \u00ab libert\u00e9 de choix \u00bb). Ces pistes d&#8217;explication indiquaient, automatiquement, des pistes de r\u00e9flexion pour une autre \u00e9cole : mieux financ\u00e9e, unique, publique.<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":7957,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-213","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/213","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=213"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/213\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/7957"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=213"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=213"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=213"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}