{"id":2129,"date":"2013-04-22T18:34:13","date_gmt":"2013-04-22T17:34:13","guid":{"rendered":"http:\/\/www.asblonweb.be\/APED\/CM\/?p=2129"},"modified":"2017-01-10T15:10:16","modified_gmt":"2017-01-10T14:10:16","slug":"chili-nouvelles-manifestations-etudiantes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/2013\/04\/22\/chili-nouvelles-manifestations-etudiantes\/","title":{"rendered":"Chili : nouvelles manifestations \u00e9tudiantes"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">\u00ab La lutte continue \u00bb peut-on lire sur une banderole qui flotte au-dessus des rues bond\u00e9es de manifestants \u00e0 Santiago lors de la derni\u00e8re en date des journ\u00e9es de mobilisation au cours de laquelle pr\u00e8s de 250.000 \u00e9tudiants, enseignants et profs d\u2019universit\u00e9 ont protest\u00e9 \u00e0 travers tout le Chili.<\/p>\n<p>Cette affirmation prend tout son sens au moment o\u00f9 le mouvement massif lanc\u00e9 par les \u00e9tudiants pour exiger un enseignement gratuit et de qualit\u00e9 pour tous et toutes entre maintenant dans sa troisi\u00e8me ann\u00e9e. Temps fort d\u2019un mouvement apparemment in\u00e9puisable, la premi\u00e8re grande mobilisation de 2013 a \u00e9t\u00e9 l\u2019une des plus importantes depuis la chute du dictateur Pinochet.<\/p>\n<p>Depuis le d\u00e9but de ce mouvement, les \u00e9tudiants ont organis\u00e9 d\u2019innombrables manifestations et actions locales et r\u00e9gionales ainsi que des manifestations nationales massives &#8211; dont la plus importante a regroup\u00e9 600.000 personnes &#8211; et ils ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019initiative d\u2019une gr\u00e8ve de 48 heures qui a re\u00e7u le soutien de plus de 80 associations du mouvement ouvrier et co\u00fbt\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9conomie chilienne pr\u00e8s de 400 millions de dollars !<\/p>\n<h2>L\u2019enseignement comme machine \u00e0 profit<\/h2>\n<p>Aussi impressionnantes qu\u2019aient \u00e9t\u00e9 ces actions, le mouvement n\u2019a cependant pas encore atteint son but ultime : un enseignement public de qualit\u00e9 qui soit accessible \u00e0 tous. Les Chiliens doivent encore assumer eux-m\u00eames 75% de leurs frais d\u2019enseignement tandis que l\u2019Etat n\u2019en subventionne que 25%. Le Chili ne consacre en effet que 4,4% de son Produit Int\u00e9rieur Brut (PIB) \u00e0 l\u2019enseignement, bien loin des 7% recommand\u00e9s par les Nations-unies pour les pays d\u00e9velopp\u00e9s. 90% des lyc\u00e9ens et \u00e9tudiants fr\u00e9quentent ainsi des \u00e9coles sous-financ\u00e9es, ce qui exacerbe encore le foss\u00e9 d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s profond entre riches et pauvres. S\u2019ajoute \u00e0 cette injustice le fait que les \u00e9coles des quartiers les plus riches re\u00e7oivent un financement beaucoup plus \u00e9lev\u00e9. Le Chili a ainsi le syst\u00e8me \u00e9ducatif le plus in\u00e9galitaire du monde &#8211; ce que certains appellent un &#8220;apartheid \u00e9ducatif&#8221;.<\/p>\n<p>Les revendications du mouvement vont de mesures tr\u00e8s pr\u00e9cises (comme la r\u00e9duction de l\u2019importance des tests standardis\u00e9s dans les examens d\u2019admission \u00e0 l\u2019universit\u00e9) \u00e0 des exigences de plus grande ampleur, comme le refinancement des universit\u00e9s publiques, le r\u00e9tablissement du contr\u00f4le de l\u2019Etat sur les universit\u00e9s publiques qui ont \u00e9t\u00e9 privatis\u00e9es, l\u2019augmentation des imp\u00f4ts pour les riches et la fin d\u2019une organisation de l\u2019enseignement qui consid\u00e8re celui-ci comme une entreprise \u00e0 but lucratif. \u00ab <em>L\u2019enseignement est un droit et non un privil\u00e8ge pour quelques-uns<\/em> \u00bb, a expliqu\u00e9 un porte-parole des organisations de parents et de tuteurs, qui soutiennent les \u00e9tudiants. &#8220;<em>Et il ne doit \u00eatre non plus ni une entreprise, ni une machine \u00e0 fabriquer du profit, ce qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 pendant toutes ces ann\u00e9es.<\/em>&#8221;<\/p>\n<p>L\u2019administration du pr\u00e9sident de droite &#8211; et milliardaire &#8211; Sebasti\u00e1n Pi\u00f1era a \u00e9t\u00e9 incapable de venir \u00e0 bout des manifestations, ne parvenant pas \u00e0 trouver une r\u00e9ponse qui renverrait les \u00e9tudiants en classe tout en laissant intacte la structure de l\u2019enseignement privatis\u00e9.<\/p>\n<p>Avant les manifestations du d\u00e9but avril, le ministre de l\u2019\u00e9ducation de Pi\u00f1era a annonc\u00e9 une augmentation des bourses d\u2019\u00e9tudes qui seraient disponibles pour un plus grand nombre d\u2019\u00e9tudiants. Il a \u00e9galement appel\u00e9 &#8220;<em>les jeunes, puisqu\u2019ils ont exprim\u00e9 leur inqui\u00e9tude au sujet de la qualit\u00e9 de l\u2019enseignement, \u00e0 continuer \u00e0 travailler tr\u00e8s dur parce que c\u2019est de leur responsabilit\u00e9 de construire leur avenir.<\/em>&#8221;<\/p>\n<p>Sans surprise, ces exhortations \u00e0 \u00ab travailler dur \u00bb dans un syst\u00e8me o\u00f9 les opportunit\u00e9s sont de toute \u00e9vidence in\u00e9gales sont tomb\u00e9es dans l\u2019oreille d\u2019un sourd aupr\u00e8s de la grande majorit\u00e9 des \u00e9tudiants chiliens&#8230;<\/p>\n<h2>Le retour de Bachelet<\/h2>\n<p>Le soutien au parti de Pi\u00f1era a sombr\u00e9 \u00e0 seulement 23% dans les sondages en f\u00e9vrier et Pi\u00f1era lui-m\u00eame a la cote d\u2019approbation la plus faible de tous les pr\u00e9sidents chiliens depuis que la dictature de Pinochet a pris fin en 1990. La l\u00e9gislation chilienne interdit \u00e0 un pr\u00e9sident de se repr\u00e9senter \u00e0 la fin de son mandat, ce qui \u00e9vite \u00e0 Pi\u00f1era l\u2019embarras de recevoir ce qui serait sans doute une v\u00e9ritable racl\u00e9e \u00e9lectorale s\u2019il devait concourir pour sa r\u00e9\u00e9lection.<\/p>\n<p>Avec en vue les prochaines \u00e9lections nationales en novembre, l\u2019ancienne pr\u00e9sidente Michelle Bachelet est revenue au Chili pour annoncer sa candidature. Bachelet a quitt\u00e9 le Chili apr\u00e8s son mandat alors qu\u2019elle b\u00e9n\u00e9ficiait d\u2019une excellente cote de popularit\u00e9 personnelle et elle est partie \u00e0 New York diriger l\u2019organisation des Nations-Unies pour les femmes. Elle est maintenant de retour et est d\u00e9j\u00e0 la favorite avec une large avance sur ses adversaires potentiels, selon de r\u00e9cents sondages d\u2019opinion.<\/p>\n<p>Reconnaissant la popularit\u00e9 des demandes des \u00e9tudiants, Bachelet a promis que si elle est \u00e9lue, son premier geste sera de mettre fin \u00e0 l\u2019&#8221;enseignement pour le profit&#8221; \u00e0 tous les niveaux du syst\u00e8me. &#8220;<em>Nous devons garantir \u00e0 chacun un enseignement public qui assure son int\u00e9gration \u00e0 tous les niveaux, qui \u00e9limine l\u2019app\u00e2t du gain dans le syst\u00e8me \u00e9ducatif et qui progresse vers la gratuit\u00e9 universelle <\/em> \u00bb, a-t-elle dit.<\/p>\n<p>La promesse de mettre fin aux m\u00e9canismes de profit dans l\u2019enseignement est emballante. Mais comme le faisait observer l\u2019hebdomadaire britannique The Economist, \u00ab <em>La r\u00e9plique \u00e9vidente est : pourquoi Mme Bachelet n\u2019a-t-elle pas mis \u00e0 ces m\u00e9canismes quand elle \u00e9tait au pouvoir ?<\/em>&#8221;<\/p>\n<p>C\u2019est une bonne question. En fait, le mouvement \u00e9tudiant massif au Chili aujourd\u2019hui est un descendant de celui qui a explos\u00e9 en 2006 sous la pr\u00e9sidence de Michelle Bachelet. Beaucoup de gens attendaient alors de celle dont le p\u00e8re a \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9 dans une cellule de torture de l\u2019\u00e8re Pinochet qu\u2019elle inverse les politiques mises en place pendant la dictature.<\/p>\n<h2>Pinochet et la privatisation de l\u2019enseignement<\/h2>\n<p>Ces politiques ont \u00e9t\u00e9 mises en \u0153uvre tr\u00e8s vite apr\u00e8s le coup d\u2019Etat pro-am\u00e9ricain de Pinochet en 1973. Sur les conseils des \u00e9conomistes de l\u2019Universit\u00e9 de Chicago, le dictateur a commenc\u00e9 le d\u00e9mant\u00e8lement de l\u2019enseignement d\u2019Etat. Les mesures qui ont alors \u00e9t\u00e9 prises, avec d\u2019autres du m\u00eame type dans d\u2019autres secteurs, ont marqu\u00e9 l\u2019introduction du capitalisme n\u00e9olib\u00e9ral au Chili.<\/p>\n<p>Avant Pinochet, l\u2019Etat chilien avait pour devoir de fournir un enseignement \u00e0 ses citoyens. Ceux-ci avaient droit \u00e0 un enseignement primaire presque universel, les frais de scolarit\u00e9 universitaire \u00e9taient calcul\u00e9s sur base d\u2019une \u00e9chelle mobile des revenus des parents, et les contrats et les conditions de travail des enseignants \u00e9taient garantis par l\u2019Etat.<\/p>\n<p>Sous Pinochet, les syndicats d\u2019enseignants et les organisations \u00e9tudiantes ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9mantel\u00e9s, leurs dirigeants pers\u00e9cut\u00e9s et, en de nombreuses occasions, sommairement ex\u00e9cut\u00e9s. Toute r\u00e9sistance ayant \u00e9t\u00e9 \u00e9cras\u00e9e, Pinochet put mettre en oeuvre la privatisation. Les \u00e9coles \u00e9taient d\u00e9sormais financ\u00e9es diff\u00e9remment selon qu\u2019elles \u00e9taient publiques ou priv\u00e9es, les \u00e9coles des quartiers les plus riches obtenant g\u00e9n\u00e9ralement un meilleur financement.<\/p>\n<p>L\u2019enseignement public, qui \u00e9tait presque g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 dans les ann\u00e9es 1960, ne touchait plus que 78% des enfants en 1981 et ce pourcentage est tomb\u00e9 \u00e0 50 % en 2006.<\/p>\n<p>Les politiques que ceux qui veulent r\u00e9former l\u2019enseignement au service des grandes entreprises introduisent aujourd\u2019hui aux Etats-Unis &#8211; avec le soutien de fondations financ\u00e9es par des milliardaires &#8211; ont \u00e9t\u00e9 impos\u00e9es pour la premi\u00e8re fois avec brutalit\u00e9 au Chili sous Pinochet.<\/p>\n<h2>La renaissance du mouvement \u00e9tudiant<\/h2>\n<p>Depuis la chute de la dictature en 1990, aucun pr\u00e9sident de l\u2019\u00e8re d\u00e9mocratique n\u2019a tent\u00e9 d\u2019abroger la privatisation de l\u2019enseignement.<\/p>\n<p>Quasiment chaque ann\u00e9e, les \u00e9tudiants et les enseignants se sont mobilis\u00e9s pour y mettre fin mais ces mouvements &#8211; \u00e0 l\u2019image de toute la gauche chilienne &#8211; ne se remettaient que lentement des coups port\u00e9s par la dictature. Tout au long de ces ann\u00e9es, ils n\u2019ont pu obtenir de r\u00e9sultats significatifs, si ce n\u2019est organiser des manifestations symboliques et reconstruire patiemment leurs forces.<\/p>\n<p>Pendant ce temps, la privatisation n\u00e9olib\u00e9rale s\u2019est poursuivie. En 2005, les banques chiliennes ont re\u00e7u le feu vert pour accorder des pr\u00eats aux \u00e9tudiants devant financer leurs \u00e9tudes, for\u00e7ant ainsi les \u00e9tudiants \u00e0 s\u2019endetter encore plus profond\u00e9ment pour obtenir un dipl\u00f4me.<\/p>\n<p>Lorsque Bachelet a \u00e9t\u00e9 \u00e9lue en 2006, elle ne s\u2019est pas montr\u00e9e diff\u00e9rente de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs, puisqu\u2019elle a refus\u00e9 de remettre en cause la privatisation. Les \u00e9tudiants qui refusaient un enseignement soumis au march\u00e9 sont descendus dans les rues et ont occup\u00e9 les \u00e9coles. Lorsque la police a essay\u00e9 de les r\u00e9primer, ils ont r\u00e9sist\u00e9 courageusement.<\/p>\n<p>2006 marque ainsi un tournant pour le mouvement \u00e9tudiant. Ce qui caract\u00e9rise la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration \u00e9tudiante, c\u2019est l\u2019absence de la peur omnipr\u00e9sente depuis plus de 30 ans. C\u2019est la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 grandir en ne portant plus le poids des ann\u00e9es Pinochet, \u00e0 ne plus \u00eatre taraud\u00e9e en permanence par la peur instill\u00e9e par la vie sous une dictature qui n\u2019avait pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 assassiner des milliers de militants et de sympathisants de gauche et \u00e0 continuer par la suite d\u2019arr\u00eater et de torturer les opposants. Interrog\u00e9 en 2006 sur ce que repr\u00e9sentait pour lui la dictature, un dirigeant du mouvement \u00e9tudiant avait simplement r\u00e9pondu &#8220;<em>Rien. Je suis n\u00e9 en 1987.<\/em>&#8221;<\/p>\n<p>Au fur et \u00e0 mesure que les \u00e9tudiants commen\u00e7aient \u00e0 surmonter la peur et \u00e0 d\u00e9velopper de nouveaux r\u00e9seaux de coop\u00e9ration et de coordination, leur mouvement a explos\u00e9 en taille et en militantisme. Ils ont organis\u00e9 une gr\u00e8ve nationale des \u00e9tudiants qui a impliqu\u00e9 \u00e0 son apog\u00e9e pr\u00e8s de 900.000 \u00e9tudiants.<\/p>\n<p>Ce mouvement \u00e9tudiant ainsi renforc\u00e9 a pu obliger le pouvoir \u00e0 des concessions, sous la forme d\u2019un paquet de bourses, de subventions et d\u2019abonnements scolaires. C\u2019\u00e9tait quelque chose de nouveau pour les \u00e9tudiants, et pour une bonne partie de la gauche chilienne de l\u2019apr\u00e8s-Pinochet. Si ces concessions \u00e9taient loin de r\u00e9tablir un enseignement public de qualit\u00e9 accessible \u00e0 tous, elles repr\u00e9sentaient beaucoup plus que ce qui avait \u00e9t\u00e9 obtenu auparavant. Une minorit\u00e9 au sein du mouvement \u00e9tait consciente que ces victoires ne pourraient \u00eatre concr\u00e9tis\u00e9es, et d\u2019autres gagn\u00e9es, sans le maintien d\u2019une mobilisation et d\u2019une pression fortes, mais la majorit\u00e9 des \u00e9tudiants sont retourn\u00e9s en classe, d\u00e9bordant de joie et s\u2019attendant \u00e0 ce que Bachelet donne suite \u00e0 leurs autres revendications.<br \/>\nCe ne fut pas le cas et, apr\u00e8s un reflux, le mouvement a red\u00e9marr\u00e9 au d\u00e9but 2011. La participation aux actions et aux manifestations a vari\u00e9 suivant les moments mais il y a eu cette ann\u00e9e-l\u00e0 plus de 40 manifestations de masse. Et le mouvement s\u2019est maintenu tout au long de l\u2019ann\u00e9e suivante. En 2012, la manifestation la plus importante a r\u00e9uni 130.000 personnes \u00e0 Santiago. Et, apr\u00e8s les vacances d\u2019hiver, le mouvement est maintenant reparti de plus belle.<\/p>\n<h2>Etudiants, travailleurs et \u00e9lections<\/h2>\n<p>La mani\u00e8re dont Bachelet et son gouvernement ont trahi les espoirs a enseign\u00e9 aux \u00e9tudiants une le\u00e7on pr\u00e9cieuse pour la suite. Tandis qu\u2019ils d\u00e9filaient dans les rues de Santiago la semaine derni\u00e8re, beaucoup scandaient &#8220;<em>Bachelet, Pi\u00f1era, m\u00eame mis\u00e8re.<\/em>&#8221; Ce sentiment semble aujourd\u2019hui g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 dans la majorit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 chilienne : si la cote de popularit\u00e9 du parti de Pi\u00f1era a plong\u00e9 \u00e0 23%, le parti d\u2019opposition &#8220;de gauche&#8221; de Bachelet fait encore moins bien (19%). \u00c0 l\u2019oppos\u00e9, 80% des Chiliens soutiennent les \u00e9tudiants dans les rues.<\/p>\n<p>Les nombreuses le\u00e7ons apprises au cours de longues ann\u00e9es d\u2019organisation, de bonds en avant et de reflux ont maintenant plac\u00e9 les \u00e9tudiants \u00e0 la pointe d\u2019une radicalisation croissante parmi les travailleurs \u00e0 travers le Chili. Comme l\u2019explique le chercheur am\u00e9ricain Jeffrey Webber, &#8220;<em>Au fur et \u00e0 mesure que le mouvement \u00e9tudiant prend de l\u2019ampleur, il polarise et accumule les forces autour de lui ; et, avec ces nouvelles forces, le mouvement rencontre de nouvelles causes, fait siennes de nouvelles exigences et acquiert de nouvelles sources de r\u00e9flexion sur la mani\u00e8re dont les diff\u00e9rents secteurs sociaux sont, de mani\u00e8res diverses, confront\u00e9s \u00e0 un ennemi commun, qui s\u2019exprime en fin de compte \u00e0 travers l\u2019\u00c9tat n\u00e9olib\u00e9ral, \u00e9tabli des d\u00e9cennies plus t\u00f4t pendant la dictature mais jamais d\u00e9mantel\u00e9 sous la d\u00e9mocratie \u00e9lectorale<\/em>&#8220;.<\/p>\n<p>Un autre facteur qui peut s\u2019av\u00e9rer important, c\u2019est l\u2019abrogation du vote obligatoire, qui intervient \u00e0 un moment o\u00f9 s\u2019exprime un m\u00e9contentement de masse envers les deux principaux partis. Pour la premi\u00e8re fois dans l\u2019histoire du Chili, il pourrait y avoir une abstention significative lors du prochain scrutin en raison des d\u00e9sillusions face aux choix propos\u00e9s.<br \/>\nLa politique \u00e9lectorale pourrait ainsi ne pas repr\u00e9senter une entrave aussi forte que d\u2019habitude sur les mouvements sociaux et la poursuite de la mobilisation pendant une ann\u00e9e \u00e9lectorale pourrait forcer Bachelet \u00e0 &#8220;pencher \u00e0 gauche&#8221; pour tenter de capitaliser en sa faveur le large soutien aux \u00e9l\u00e8ves et \u00e0 leurs revendications. Si cela se passe ainsi et si la confiance, la d\u00e9termination et le militantisme des \u00e9tudiants se maintiennent, ils pourraient obtenir enfin le r\u00e9tablissement de l\u2019\u00e9galit\u00e9 dans l\u2019enseignement pour laquelle ils se battent depuis des ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Et, tout aussi important, des victoires attendues depuis si longtemps pourraient enhardir les autres secteurs de la classe travailleuse chilienne. Comme le pr\u00e9sident Pi\u00f1era lui-m\u00eame l\u2019a affirm\u00e9, \u00ab<em> L\u2019enseignement est la m\u00e8re toutes les batailles, et c\u2019est dans le secteur de l\u2019enseignement que nous allons gagner ou perdre notre bataille pour l\u2019avenir.<\/em>&#8221;<\/p>\n<p>Bas\u00e9 sur deux articles de Jason Farbman publi\u00e9s sur le site am\u00e9ricain www.socialistworker.org<\/p>\n<p>Traduction fran\u00e7aise pour avanti4.be et skolo.org : Jean Peltier<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab La lutte continue \u00bb peut-on lire sur une banderole qui flotte au-dessus des rues bond\u00e9es de manifestants \u00e0 Santiago lors de la derni\u00e8re en date des journ\u00e9es de mobilisation au cours de laquelle pr\u00e8s de 250.000 \u00e9tudiants, enseignants et profs d\u2019universit\u00e9 ont protest\u00e9 \u00e0 travers tout le Chili.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2128,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-2129","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2129","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2129"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2129\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2128"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2129"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2129"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2129"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}