{"id":20322,"date":"2023-02-04T09:28:48","date_gmt":"2023-02-04T08:28:48","guid":{"rendered":"https:\/\/www.skolo.org\/?p=20322"},"modified":"2023-02-04T09:39:38","modified_gmt":"2023-02-04T08:39:38","slug":"le-capitalisme-fait-il-monter-le-niveau","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/2023\/02\/04\/le-capitalisme-fait-il-monter-le-niveau\/","title":{"rendered":"Le capitalisme fait-il monter le niveau ?"},"content":{"rendered":"<p><strong>Peut-on dire que le d\u00e9veloppement de la production capitaliste ait engendr\u00e9 une demande croissante de formation des travailleurs et des consommateurs, qui expliquerait \u00e0 son tour une scolarisation de plus en plus pouss\u00e9e ? Si tel devait \u00eatre le cas, la tendance \u00ab\u00a0naturelle\u00a0\u00bb de notre soci\u00e9t\u00e9 irait dans le sens d\u2019une \u00e9l\u00e9vation r\u00e9guli\u00e8re du \u00ab\u00a0niveau\u00a0\u00bb de l\u2019enseignement. Et une \u00e9ventuelle baisse de ce niveau ne pourrait d\u00e8s lors \u00eatre qu\u2019accidentelle et temporaire. Dans le cas contraire, quel est alors \u2014 et quel fut\u00a0\u2014 l\u2019impact des mutations technologiques et \u00e9conomiques sur l\u2019enseignement ?<\/strong><\/p>\n<p><em>Un article initialement publi\u00e9 dans <a href=\"https:\/\/www.skolo.org\/notre-revue\/\">L&#8217;\u00c9cole d\u00e9mocratique<\/a>, n\u00b092, d\u00e9cembre 2022, pp. 18-21<\/em><\/p>\n<p>Sur la question de la baisse r\u00e9elle ou pr\u00e9sum\u00e9e du \u00ab\u00a0niveau\u00a0\u00bb de l\u2019enseignement, trois discours simplistes tendent g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 s\u2019affronter.<\/p>\n<p>Le premier d\u2019entre eux consiste \u00e0 consid\u00e9rer qu\u2019une baisse du niveau est in\u00e9luctable d\u00e8s lors que l\u2019acc\u00e8s aux \u00e9tudes se \u00ab\u00a0massifie\u00a0\u00bb ou que l\u2019on s\u2019\u00e9loigne d\u2019une \u00ab\u00a0saine s\u00e9lection\u00a0\u00bb m\u00e9ritocratique. Ainsi Fran\u00e7oise Bonardel, professeure de philosophie \u00e0 la Sorbonne, \u00e9crit-elle\u00a0: <em>\u00ab\u00a0l\u2019arriv\u00e9e massive d\u2019enfants en perte de rep\u00e8res culturels a conduit \u00e0 maintenir la paix sociale en abaissant progressivement le niveau jusqu\u2019alors exigible, au d\u00e9triment des plus motiv\u00e9s et talentueux d\u2019entre eux\u00a0\u00bb<\/em> (Causeur, 3 octobre 2019). Cette th\u00e8se-l\u00e0 n\u2019est pas seulement simpliste, elle est franchement r\u00e9actionnaire. En effet, \u00e9tant donn\u00e9 que les \u00e9carts de r\u00e9sultats scolaires, tels que mesur\u00e9s par la performance aux tests ou par l\u2019orientation et le parcours scolaire, sont \u00e9troitement li\u00e9s \u00e0 l\u2019origine sociale des \u00e9l\u00e8ves, ce discours revient \u00e0 \u00ab\u00a0naturaliser\u00a0\u00bb l\u2019in\u00e9galit\u00e9 sociale devant l\u2019\u00e9cole. Il consiste <em>in fine<\/em> \u00e0 affirmer qu\u2019il est vain de vouloir instruire les pauvres puisqu\u2019ils sont \u00ab\u00a0naturellement\u00a0\u00bb incapables de s\u2019\u00e9lever au niveau intellectuel des riches.<\/p>\n<p>Le second discours pr\u00f4ne au contraire que la progressive prolongation de la dur\u00e9e de la scolarit\u00e9, l\u2019acc\u00e8s de plus en plus large aux \u00e9tudes secondaires puis sup\u00e9rieures, r\u00e9sultat de politiques \u00e9mancipatrices d\u00e9lib\u00e9r\u00e9es, conduirait \u00ab\u00a0naturellement\u00a0\u00bb vers une \u00e9l\u00e9vation constante du niveau d\u2019\u00e9ducation de la population. Dans cette vision de l\u2019histoire, le progr\u00e8s de la pens\u00e9e et le progr\u00e8s d\u00e9mocratique des institutions seraient en quelque sorte \u00ab\u00a0inscrits dans les \u00e9toiles\u00a0\u00bb. Tout comme il y a des lois de la nature, il y aurait une sorte de \u00ab\u00a0loi de l\u2019\u00e9ducation\u00a0\u00bb faisant du d\u00e9veloppement constant de l\u2019instruction et de la formation une trajectoire incontournable, qui ne n\u00e9cessiterait pas d\u2019autre cause qu\u2019elle-m\u00eame. Les tenants de cette th\u00e8se se plaisent \u00e0 rappeler que le discours sur \u00ab\u00a0la baisse du niveau\u00a0\u00bb serait aussi vieux que l\u2019\u00e9cole elle-m\u00eame.<\/p>\n<h2>Id\u00e9alisme et mat\u00e9rialisme<\/h2>\n<p>Il s\u2019agit l\u00e0 de deux conceptions du monde que l\u2019on pourrait qualifier d\u2019id\u00e9alistes. Elles se fondent sur des pr\u00e9jug\u00e9s id\u00e9ologiques \u2014 r\u00e9actionnaire et pessimiste dans le premier cas, progressiste et optimiste dans le second cas \u2014 et non sur une analyse scientifique des causes et des m\u00e9canismes \u00e0 l\u2019oeuvre derri\u00e8re les avanc\u00e9es ou les reflux des niveaux d\u2019\u00e9ducation. Leurs rapports respectifs \u00e0 la p\u00e9dagogie sont diam\u00e9tralement oppos\u00e9s, mais simplistes : le premier discours affirme que toute tentative des p\u00e9dagogues pour d\u00e9mocratiser l\u2019enseignement ne peut conduire qu\u2019\u00e0 un nivellement par le bas ; le second avance au contraire qu\u2019il suffit de mettre en oeuvre une p\u00e9dagogie ad\u00e9quate pour que la conviction \u00ab\u00a0tous capables\u00a0\u00bb se transforme en \u00ab\u00a0excellence pour tous\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Au contraire, une approche scientifique de la question du \u00ab\u00a0niveau\u00a0\u00bb doit, selon moi, \u00eatre mat\u00e9rialiste, au sens philosophique, \u00e9pist\u00e9mologique du terme. Il ne s\u2019agit \u00e9videmment pas seulement de prendre en compte les conditions mat\u00e9rielles d\u2019organisation de l\u2019enseignement (b\u00e2timents, encadrement, instruments\u2026), mais d\u2019aller fouiller dans la r\u00e9alit\u00e9 mat\u00e9rielle profonde de la soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 s\u2019inscrit l\u2019\u00c9cole\u00a0: la fa\u00e7on dont ses membres s\u2019organisent pour produire et partager les biens et services qui leur permettent de survivre ou de jouir de la vie. En d\u2019autres mots, pour comprendre l\u2019\u00e9volution de l\u2019\u00e9cole \u2014 ou de quelque autre aspect de nos soci\u00e9t\u00e9s, d\u2019ailleurs\u00a0\u2014 on ne peut faire l\u2019\u00e9conomie d\u2019\u00e9tudier\u2026 l\u2019\u00e9conomie.<\/p>\n<p>Cependant, une vision mat\u00e9rialiste n\u2019est pas forc\u00e9ment d\u00e9nu\u00e9e de simplisme. Il existe ainsi une version mat\u00e9rialiste de la croyance aveugle en l\u2019in\u00e9luctable progr\u00e8s de l\u2019\u00e9ducation. Elle affirme que l\u2019\u00e9volution technique s\u2019accompagnerait n\u00e9cessairement d\u2019une \u00e9l\u00e9vation constante des niveaux de formation et d\u2019\u00e9ducation requis dans le chef des travailleurs, des consommateurs et des citoyens. Ce discours est particuli\u00e8rement en vogue, aujourd\u2019hui, dans les milieux de l\u2019\u00e9conomie dominante et chez ceux qui en d\u00e9fendent les int\u00e9r\u00eats\u00a0: OCDE, Commission europ\u00e9enne, Banque mondiale\u2026 Son mat\u00e9rialisme apparent dans le domaine de l\u2019enseignement cache en r\u00e9alit\u00e9 un id\u00e9alisme radical dans le domaine socio-\u00e9conomique\u00a0: la croyance aveugle dans le fait que le capitalisme et le lib\u00e9ralisme conduisent n\u00e9cessairement vers le progr\u00e8s. Ainsi l\u2019OCDE souligne-t-elle r\u00e9guli\u00e8rement la corr\u00e9lation entre niveau d\u2019\u00e9ducation et croissance, en soulignant que <em>\u00ab\u00a0la causalite\u0301 joue dans les deux sens\u00a0\u00bb<\/em> (OCDE, Regards sur l\u2019\u00e9ducation 2006).<\/p>\n<p>\u00c0 ces visions simplistes, nous voulons opposer ici une analyse fond\u00e9e sur l\u2019approche du mat\u00e9rialisme historique cher \u00e0 Marx. En gros, cette approche dit ceci\u00a0:<\/p>\n<p><em>ce sont fondamentalement, en derni\u00e8re analyse, les mutations des rapports techniques et sociaux de production et d\u2019\u00e9change, eux-m\u00eames ins\u00e9parables de l\u2019\u00e9volution des\u00a0moyens de production, donc des sciences et des techniques, qui permettent de comprendre les changements au niveau des formes politiques, juridiques et \u00e9tatiques des soci\u00e9t\u00e9s, en ce compris l\u2019institution scolaire.<\/em><\/p>\n<p>Voyons donc, \u00e0 la lumi\u00e8re de cette approche, si les \u00e9volutions du capitalisme induisent n\u00e9cessairement et automatiquement une \u00e9l\u00e9vation du niveau d\u2019\u00e9ducation de la population. \u00c0 premi\u00e8re vue on pourrait le penser. D\u00e8s le d\u00e9but du 19e si\u00e8cle, le d\u00e9veloppement du machinisme et de la fabrique s\u2019accompagnent d\u2019une croissance de la scolarisation primaire chez les enfants du peuple. \u00c0 la fin du 19e et au d\u00e9but du 20e si\u00e8cle, l\u2019extension de l\u2019obligation scolaire dans les capitalismes avanc\u00e9s est contemporaine de l\u2019\u00e9mergence des grandes concentrations industrielles. Ensuite, tout au long du 20e si\u00e8cle, le d\u00e9veloppement d\u2019industries de plus en plus vari\u00e9es et ensuite la tertiarisation conduisent \u00e0 une croissance rapide, puis \u00e0 une g\u00e9n\u00e9ralisation de la participation \u00e0 l\u2019enseignement secondaire. Et depuis quelques d\u00e9cennies, les repr\u00e9sentants du grand capital r\u00e9p\u00e8tent <em>ad nauseam<\/em> leur plaidoyer en faveur d\u2019une \u00ab\u00a0\u00e9l\u00e9vation des comp\u00e9tences\u00a0\u00bb pour favoriser une \u00ab\u00a0\u00e9conomie de la connaissance\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>En apparence nous pourrions donc renvoyer dos \u00e0 dos \u00ab\u00a0p\u00e9dagos\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0anti-p\u00e9dagos\u00a0\u00bb en leur disant : la p\u00e9dagogie ne fait rien \u00e0 l\u2019affaire, laissez agir le Capital et l\u2019enseignement fleurira ! Cependant, \u00e0 y regarder de plus pr\u00e8s, les choses apparaissent un peu plus compliqu\u00e9es.<\/p>\n<h2>Besoin d\u2019ignorance<\/h2>\n<p>Revenons au d\u00e9but du 19e si\u00e8cle, au moment o\u00f9 se r\u00e9pandent les techniques de production qui vont donner naissance \u00e0 la R\u00e9volution industrielle. \u00c0 vrai dire, le d\u00e9veloppement observ\u00e9 de l\u2019instruction primaire semble pour le moins \u00e9trange dans ce contexte. En effet, le passage de l\u2019atelier et de la manufacture \u00e0 la fabrique et \u00e0 la machine, loin de r\u00e9clamer une main-d\u2019oeuvre plus instruite ou plus form\u00e9e, permet au contraire de remplacer l\u2019ouvrier qualifi\u00e9, form\u00e9 lors d\u2019un long apprentissage, par un ouvrier d\u2019un type nouveau, qui n\u2019a besoin d\u2019aucune connaissance du processus de production, pas m\u00eame d\u2019une exp\u00e9rience pratique. Il lui faut juste la capacit\u00e9 de se soumettre, des heures durant, au rythme lancinant impos\u00e9 par la machine. Il lui faut la capacit\u00e9, non de r\u00e9fl\u00e9chir, mais au contraire de vider son cerveau, de se plonger dans l\u2019\u00e9tat d\u2019abrutissement intellectuel qu\u2019exigent les nouveaux rapports techniques de production.<\/p>\n<p>Mais alors, comment comprendre l\u2019essor de la scolarisation primaire des classes populaires\u00a0?<\/p>\n<p>Il se trouve que la R\u00e9volution industrielle a aussi pour effet de provoquer un exode rural. Celui-ci vient pr\u00e9cis\u00e9ment alimenter la fabrique en main d\u2019oeuvre non qualifi\u00e9e, corv\u00e9able \u00e0 souhait. Mais qu\u2019on ne s\u2019y trompe pas, avant de quitter leur campagne, ces travailleurs-l\u00e0 \u00e9taient loin d\u2019\u00eatre les ignorants qu\u2019imaginent les bourgeois. \u00c9lev\u00e9s dans de grandes familles rurales, o\u00f9 se c\u00f4toyaient souvent trois g\u00e9n\u00e9rations, leurs enfants ne savaient peut-\u00eatre pas souvent lire. Mais ils savaient calculer assez pour vendre et acheter au march\u00e9, ils apprenaient \u00e0 cuisiner, \u00e0 aiguiser des outils, \u00e0 r\u00e9parer une toiture ou un muret, \u00e0 tailler un sarment de vigne, \u00e0 labourer et \u00e0 semer, \u00e0 soigner les b\u00eates, \u00e0 \u00e9lever les plus jeunes enfants et, enfin, ils \u00e9taient \u00e9duqu\u00e9s dans le soin et l&#8217;ardeur au travail, dans le respect des a\u00een\u00e9s et de valeurs ancestrales.<\/p>\n<p>Dans les centres urbains, un autre lieu de formation et d\u2019\u00e9ducation p\u00e9riclite au m\u00eame moment o\u00f9 dispara\u00eet la grande famille rurale\u00a0: l\u2019apprentissage, rendu obsol\u00e8te par la d\u00e9qualification du travail ouvrier. \u00c0 quoi bon passer des ann\u00e9es \u00e0 apprendre encore le m\u00e9tier d\u2019imprimeur \u2014 lire, \u00e9crire sans faute, ma\u00eetriser la typographie,\u2026 \u2014 quand la machine \u00e0 imprimer r\u00e9clame surtout de petites mains capables de remplacer rapidement une feuille papier par la feuille suivante, sans perdre le rythme\u00a0?<\/p>\n<p>Mais en d\u00e9truisant la grande famille rurale et l\u2019apprentissage, le capitalisme industriel n\u2019a pas seulement d\u00e9truit des lieux de formation \u2014 il n\u2018en a cure \u2014 mais aussi des lieux d\u2019\u00e9ducation et de socialisation. Tout comme l\u2019enfant de paysans, l\u2019apprenti \u00e9tait \u00e9lev\u00e9 dans une famille qui lui inculquait des r\u00e8gles de vie, de discipline, de morale, d\u2019ob\u00e9issance\u2026 Et c\u2019est l\u00e0 que le b\u00e2t blesse. Si le patron de fabrique n\u2019a pas besoin d\u2019ouvriers instruits, il lui faut en revanche des ouvriers ob\u00e9issants et disciplin\u00e9s, des ouvriers qui arrivent \u00e0 l\u2019heure au travail et subissent sans broncher 12 ou 14 heures d\u2019affil\u00e9e d\u2019un labeur abrutissant. \u00ab <em>Education is the best branch of social police\u00a0<\/em>\u00bb, estime l\u2019\u00e9crivain britannique John Wade en 1835. Voil\u00e0 pourquoi la bourgeoisie de la R\u00e9volution industrielle a eu besoin d\u2019envoyer les enfants du peuple \u00e0 l\u2019\u00e9cole et voil\u00e0 aussi pourquoi la premi\u00e8re chose qu\u2019on y apprenait c\u2019\u00e9tait le respect du ma\u00eetre. Et ensuite : lire, \u00e9crire (un peu), calculer, conna\u00eetre les poids et mesures, respecter la religion, il n\u2019en faut gu\u00e8re plus pour vivre et travailler au bas de l\u2019\u00e9chelle sociale en ce d\u00e9but du 19e si\u00e8cle.<\/p>\n<h2>Appareil id\u00e9ologique<\/h2>\n<p>Pourtant, \u00e0 la fin de ce m\u00eame si\u00e8cle, les pays capitalistes les plus avanc\u00e9s voient soudain leurs cursus scolaires primaires \u00e9toff\u00e9s de deux disciplines nouvelles : la g\u00e9ographie et l\u2019histoire. Le mouvement est quasi-simultan\u00e9, en France et en Allemagne, apr\u00e8s la guerre franco-prussienne de 1870, en Angleterre, au moment o\u00f9 elle atteint le sommet de sa puissance imp\u00e9riale, aux USA, au lendemain de la guerre civile, en Belgique, quand son roi se mue en puissance coloniale\u2026 Pourquoi ? La d\u00e9qualification du travail ouvrier n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi forte et l\u2019on imagine mal en quoi la connaissance d\u2019un peu d\u2019histoire et de g\u00e9ographie augmenterait la productivit\u00e9 du travail ouvrier dans la sid\u00e9rurgie ou la chimie.<\/p>\n<p>C\u2019est pourtant bien l\u00e0, dans les nouveaux processus de fabrication de l\u2019acier et des produits synth\u00e9tiques, que r\u00e9side une part importante de l\u2019explication. Les proc\u00e9d\u00e9s Bessemer en sid\u00e9rurgie, Solvay dans l\u2019industrie chimique, exigent des unit\u00e9s de production de tr\u00e8s grande taille. Ces formidables conglom\u00e9rats industriels entra\u00eenent une tout aussi formidable concentration de la classe ouvri\u00e8re qui, \u00e0 son tour, favorise son organisation en partis et syndicats et la diffusion de programmes de revendications sociales et politiques. Ces grands conglom\u00e9rats industriels, il faut \u00e9galement en assurer l\u2019approvisionnement en mati\u00e8res premi\u00e8res ainsi que les d\u00e9bouch\u00e9s. La concurrence entre puissances imp\u00e9rialistes et donc les menaces de conflits s\u2019en trouvent exacerb\u00e9s, d\u2019autant que parmi les principaux d\u00e9bouch\u00e9s de la sid\u00e9rurgie on trouve pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019armement et la construction navale.<\/p>\n<p>Menaces de r\u00e9volutions ouvri\u00e8res en interne, menaces de guerres imp\u00e9rialistes \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, tels sont les produits d\u00e9riv\u00e9s de la sid\u00e9rurgie, de la chimie et de tous les nouveaux moyens de production qui favorisent la concentration industrielle et financi\u00e8re. Et c\u2019est pour r\u00e9pondre \u00e0 cette double menace, pour inculquer l\u2019amour de la patrie et de ses institutions, que l\u2019on encourage d\u00e9sormais l\u2019enseignement de l\u2019histoire et de la g\u00e9ographie. Pour Michel Br\u00e9al, l\u2019un de sprincipaux inspirateurs de Jules Ferry, l\u2019instruction devient <em>\u00abla principale condition de force et de s\u00e9curit\u00e9 pour un pays\u00bb<\/em> (Br\u00e9al M., <em>Quelques mots sur l&#8217;instruction publique en France<\/em>, Hachette et Cie, 1872)<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9cole du peuple devient ainsi un appareil id\u00e9ologique d\u2019\u00c9tat, bient\u00f4t obligatoire dans la plupart des pays, souvent organis\u00e9 par les pouvoirs publics. Mais l\u2019op\u00e9ration n\u2019est pas sans danger pour le syst\u00e8me. Aussi orient\u00e9e id\u00e9ologiquement que soit cette formation \u00ab\u00a0humaine\u00a0\u00bb, elle apporte in\u00e9vitablement aux classes exploit\u00e9es des connaissances qui pourraient, potentiellement, alimenter leur conscience et leur compr\u00e9hension du monde. Des voix s\u2019\u00e9lev\u00e8rent d\u2019ailleurs, au sein de la bourgeoisie, pour demander qu\u2019on n\u2019en fasse pas trop et qu\u2019on \u00e9vite d\u2019encourager, par une formation g\u00e9n\u00e9rale trop pouss\u00e9e, des attentes sociales ou politiques excessives.<\/p>\n<h2>Massification et s\u00e9lection<\/h2>\n<p>Durant la premi\u00e8re moiti\u00e9 du 20e si\u00e8cle, il est ind\u00e9niable que l\u2019essor de technologies comme l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et la m\u00e9canique de pr\u00e9cision a un impact direct et indirect (via la tertiarisation) sur la demande main-d\u2019oeuvre qualifi\u00e9e. Mais cet impact a deux facettes. D\u2019une part, la diffusion massive de ces technologies cr\u00e9e des emplois d\u2019\u00e9lectriciens et de m\u00e9caniciens qualifi\u00e9s. Mais d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, leur incorporation dans la production industrielle permet d\u2019aller encore plus loin dans la fabrication \u00e0 la cha\u00eene, ainsi qu\u2019en t\u00e9moigne l\u2019essor du \u00ab\u00a0fordisme\u00a0\u00bb. Il va donc falloir effectuer un tri parmi les enfants des classes populaires afin de choisir ceux qui jouiront d\u2019une modeste ascension sociale en acc\u00e9dant aux emplois qualifi\u00e9s. L\u2019\u00e9cole primaire devient ainsi un instrument de s\u00e9lection m\u00e9ritocratique.<\/p>\n<p>Plus tard, apr\u00e8s la Deuxi\u00e8me guerre mondiale, dans un contexte de forte croissance de l\u2019emploi, la demande en qualifications augmente et se diversifie. L\u2019enseignement secondaire doit d\u00e9sormais s\u2019ouvrir \u00e0 tous. Mais dans le m\u00eame temps il est invit\u00e9 \u00e0 diversifier et \u00e0 hi\u00e9rarchiser son offre, avec des fili\u00e8res g\u00e9n\u00e9ralistes \u00e9litistes, o\u00f9 se concentrent les \u00e9lites sociales, et des fili\u00e8res qualifiantes sp\u00e9cialis\u00e9es, o\u00f9 sont rel\u00e9gu\u00e9s la majorit\u00e9 des enfants du peuple.<\/p>\n<p>On peut donc dire que le capitalisme du 20e si\u00e8cle a tr\u00e8s clairement provoqu\u00e9 une scolarit\u00e9 plus longue pour tous ainsi qu\u2019une massification de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019enseignement secondaire. Mais dans le m\u00eame temps il a engendr\u00e9 une \u00e9cole (et un enseignement sup\u00e9rieur) \u00e0 plusieurs vitesses. Or, il s\u2019agit assur\u00e9ment d\u2019une diversification vers le bas. En 1950, un dipl\u00f4me de fin d\u2019enseignement secondaire avait une signification sociale et cognitive relativement claire et assez \u00e9lev\u00e9e. En 1990 ce dipl\u00f4me recouvre une grande vari\u00e9t\u00e9 de certifications, tr\u00e8s in\u00e9gales en termes de promesses d\u2019appartenance sociale comme en termes de niveaux de savoirs. Bref, s\u2019il est vrai que le niveau de scolarisation s\u2019est \u00e9lev\u00e9 pour tous, les niveaux d\u2019ambition de cette \u00e9cole sont souvent moins hauts qu\u2019ils ne l\u2019\u00e9taient jadis.<\/p>\n<h2>L\u2019\u00c9cole \u00e0 l\u2019\u00e8re num\u00e9rique<\/h2>\n<p>Qu\u2019en est-il aujourd\u2019hui ? Comment l\u2019\u00e9volution actuelle des moyens de production influence-t-elle ou entre-t-elle en contradiction avec l\u2019organisation et les missions que se donne le syst\u00e8me \u00e9ducatif\u00a0?<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9l\u00e9ment technologique majeur est assur\u00e9ment le d\u00e9veloppement des moyens num\u00e9riques de collecte, de communication, de stockage et de traitement automatis\u00e9 de l\u2019information. Celui-ci a deux impacts majeurs sur les rapports de production et, par la suite, sur l\u2019enseignement.<\/p>\n<p>Premi\u00e8rement, les emplois remplac\u00e9s par des ordinateurs ou des machines command\u00e9es par ordinateurs sont ceux qui font appel \u00e0 des connaissances ou des savoir-faire pouvant \u00eatre formalis\u00e9s dans des algorithmes. Il s\u2019agit le plus souvent d\u2019emplois \u00e0 niveaux de qualification interm\u00e9diaire. Alors que les emplois tr\u00e8s hautement qualifi\u00e9s et les emplois de service \u00e0 faible niveau de qualification (qui requi\u00e8rent souvent une pr\u00e9sence humaine) sont relativement moins touch\u00e9s par la concurrence du num\u00e9rique. Cela conduit \u00e0 une polarisation des niveaux de formation attendus sur le march\u00e9 du travail ainsi qu\u2019\u00e0 une sur-qualification croissante des travailleurs dans les emplois qui, normalement, ne n\u00e9cessiteraient que peu de formation. Ceci n\u2019est gu\u00e8re propice \u00e0 la poursuite d\u2019une politique, forc\u00e9ment co\u00fbteuse, de d\u00e9mocratisation de l\u2019enseignement. Ainsi, pour l\u2019OCDE, <em>\u00ab\u00a0les programmes scolaires ne peuvent \u00eatre con\u00e7us comme si tous devaient aller loin\u00a0\u00bb<\/em> (OCDE, 2001)<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, les rapides \u00e9volutions technologiques, notamment dans le domaine num\u00e9rique, ont engendr\u00e9 une acc\u00e9l\u00e9ration des mutations dans les march\u00e9s porteurs et dans les techniques de production. Ajoutez cela \u00e0 l\u2019instabilit\u00e9 \u00e9conomique g\u00e9n\u00e9rale et vous comprendrez que la demande en qualifications est devenue particuli\u00e8rement impr\u00e9visible. Dans ce contexte, les savoirs et savoir-faire mis en oeuvre dans la production capitaliste s\u2019av\u00e8rent rapidement obsol\u00e8tes.. Ce qui compte, davantage que la connaissance, c\u2019est la flexibilit\u00e9. Qui plus est, les technologies de la communication permettent d\u00e9sormais d\u2019acc\u00e9der instantan\u00e9ment \u00e0 la connaissance. C\u2019est tout cela qui explique l\u2019\u00e9mergence d\u2019une sorte de m\u00e9pris du savoir, en particulier de la connaissance factuelle. L\u2019important, d\u00e9sormais, est d\u2019\u00eatre capable de rechercher et de mobiliser rapidement des connaissances nouvelles, face \u00e0 des t\u00e2ches nouvelles. Tel est le concept moderne de \u00ab\u00a0comp\u00e9tence\u00a0\u00bb\u00a0: le savoir n\u2019y importe plus par lui-m\u00eame, ni par sa valeur explicative, ni par sa coh\u00e9rence conceptuelle, mais uniquement par son efficacit\u00e9 instrumentale dans des situations in\u00e9dites. Pour Andreas Schleicher, patron des \u00e9tudes PISA \u00e0 l\u2019OCDE, <em>\u00ab\u00a0le rythme du changement dans la soci\u00e9t\u00e9 moderne r\u00e9clame (\u2026) moins de faits et plus de comp\u00e9tences pour appliquer les connaissances dans des situations in\u00e9dites\u00a0\u00bb.<\/em> Cette vision productiviste des connaissances a favoris\u00e9 le d\u00e9veloppement d\u2019une puissante id\u00e9ologie anti-savoirs. Ainsi observe-t-on que des doctrines philosophiques \u00ab\u00a0relativistes\u00a0\u00bb, qui nient la valeur de la connaissance, commencent \u00e0 polluer le discours de certains p\u00e9dagogues et psychologues.<\/p>\n<h2>Synth\u00e8se et conclusion<\/h2>\n<p>Les porte-voix des fractions les plus modernistes, les plus en pointe, du Capital, favorisent donc aujourd\u2019hui une \u00e9volution de l\u2019enseignement que l\u2019on peut r\u00e9sumer comme suit :<\/p>\n<ul>\n<li>abandon des r\u00eaves co\u00fbteux d\u2019un acc\u00e8s universel \u00e0 une formation g\u00e9n\u00e9rale de haut niveau, r\u00eaves qui avaient utilement accompagn\u00e9 la n\u00e9cessaire massification scolaire du 20e si\u00e8cle, au profit d\u2019une vision plus pragmatique de la \u00ab\u00a0d\u00e9mocratisation scolaire\u00a0\u00bb\u00a0: tous employables !<\/li>\n<li>moins de connaissances factuelles, moins de th\u00e9ories compliqu\u00e9es, mais davantage d\u2019attention \u00e0 l\u2019exercice des comp\u00e9tences, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la recherche et la mobilisation autonomes de connaissances nouvelles;<\/li>\n<li>durant les ann\u00e9es de \u00ab\u00a0tronc commun\u00a0\u00bb, l\u2019\u00e9cole doit s\u2019atteler avant tout \u00e0 d\u00e9velopper les \u00ab\u00a0comp\u00e9tences de base\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire celles dont tout le monde aura besoin, y compris ceux qui occuperont les emplois \u00e0 faible demande en qualifications (afin de ne pas devoir recourir \u00e0 une sur-qualification co\u00fbteuse);<\/li>\n<li>l\u2019\u00e9cole num\u00e9rique, en particulier l\u2019apprentissage \u00e0 distance, r\u00e9pond fort bien aux objectifs pr\u00e9c\u00e9dents : r\u00e9duire les co\u00fbts et les ambitions d\u00e9mocratiques\u00a0; centrer l\u2019activit\u00e9 en classe sur l\u2019usage d\u2019un savoir que l\u2019on aura \u00ab\u00a0recherch\u00e9\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0d\u00e9couvert\u00a0\u00bb sur internet, \u00e0 la maison\u00a0; exercer la comp\u00e9tence \u00ab\u00a0num\u00e9rique\u00a0\u00bb, l\u2019une des plus importantes comp\u00e9tences de base r\u00e9clam\u00e9es de la part de tous les travailleurs ainsi que des consommateurs.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Quand une partie du corps enseignant s\u2019arrache les cheveux en constatant la baisse du niveau de l\u2019enseignement qu\u2019ils sont amen\u00e9s \u00e0 prodiguer, quand une autre partie d\u00e9nonce les in\u00e9galit\u00e9s croissantes entre \u00e9l\u00e8ves, entre \u00e9coles, entre fili\u00e8res, nous pouvons les mettre d\u2019accord\u00a0: le recul du savoir et la polarisation de l\u2019\u00e9cole ne sont que les signes de la fort bonne ad\u00e9quation de l\u2019\u00c9cole avec les \u00ab\u00a0besoins\u00a0\u00bb du capitalisme moderne.<\/p>\n<p>Ne reste-t-il donc qu\u2019\u00e0 se r\u00e9signer en attendant le \u00ab\u00a0grand soir\u00a0\u00bb\u00a0? Non, mais il s\u2019agit de prendre la pleine mesure du chantier. Assur\u00e9ment, les luttes des enseignants progressistes n\u2019ont de sens que si elles s\u2019inscrivent dans un combat plus vaste et plus complexe, le combat contre la dictature du march\u00e9. Le droit \u00e0 l\u2019instruction pour tous, le droit d\u2019acc\u00e9der effectivement aux savoirs qui donnent force pour comprendre le monde et pour participer \u00e0 sa transformation, ne pourra \u00eatre pleinement r\u00e9alis\u00e9 sans mettre fin au syst\u00e8me \u00e9conomique qui engendre, <em>in fine<\/em>, la polarisation sociale de l\u2019enseignement.<\/p>\n<p>Mais en attendant, la bataille pour une \u00c9cole d\u00e9mocratique, en arrachant des victoires partielles ou en freinant les r\u00e9formes voulues par les milieux dirigeants, attise les contradictions de ce syst\u00e8me et contribue ainsi de fa\u00e7on d\u00e9terminante \u00e0 en acc\u00e9l\u00e9rer l\u2019\u00e9clatement.<\/p>\n<p>En d\u2019autres mots, il ne faut ni se r\u00e9signer, ni s\u2019illusionner. Quelle qu\u2019en soit l\u2019issue \u00e0 court terme, le combat contre l\u2019Ecole d\u00e9r\u00e9gul\u00e9e, dualis\u00e9e, appauvrie et \u00ab\u00a0marchandis\u00e9e\u00a0\u00bb est un moment n\u00e9cessaire dans la lutte pour l\u2019av\u00e8nement d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 plus juste et plus humaine, condition premi\u00e8re d\u2019une Ecole pour tous et d\u2019un savoir r\u00e9ellement partag\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Peut-on dire que le d\u00e9veloppement de la production capitaliste ait engendr\u00e9 une demande croissante de formation des travailleurs et des consommateurs, qui expliquerait \u00e0 son tour une scolarisation de plus en plus pouss\u00e9e ? Si tel devait \u00eatre le cas, la tendance \u00ab\u00a0naturelle\u00a0\u00bb de notre soci\u00e9t\u00e9 irait dans le sens d\u2019une \u00e9l\u00e9vation r\u00e9guli\u00e8re du \u00ab\u00a0niveau\u00a0\u00bb [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":20323,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-20322","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/20322","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=20322"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/20322\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/20323"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=20322"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=20322"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=20322"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}