{"id":20142,"date":"2001-06-12T23:02:02","date_gmt":"2001-06-12T22:02:02","guid":{"rendered":"https:\/\/www.skolo.org\/?p=20142"},"modified":"2022-12-29T14:23:46","modified_gmt":"2022-12-29T13:23:46","slug":"les-trois-axes-de-la-marchandisation-scolaire-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/2001\/06\/12\/les-trois-axes-de-la-marchandisation-scolaire-2\/","title":{"rendered":"Les trois axes de la marchandisation scolaire"},"content":{"rendered":"<p><strong>Depuis la fin des ann\u00e9es 80, les syst\u00e8mes \u00e9ducatifs des pays industrialis\u00e9s sont soumis \u00e0 un feu roulant de critiques et de r\u00e9formes : d\u00e9centralisations, d\u00e9r\u00e9glementations, autonomie croissante des \u00e9tablissements scolaires, all\u00e8gement et d\u00e9r\u00e9gulation des programmes, \u00ab approche par les comp\u00e9tences \u00bb, diminution du nombre d\u2019heures de cours pour les \u00e9l\u00e8ves, partenariats avec le monde de l\u2019entreprise, introduction massive des TIC, stimulation de l\u2019enseignement priv\u00e9 et payant.\u00a0Il ne s\u2019agit pas l\u00e0 de lubies personnelles de quelques ministres ou d\u2019un fait de hasard. La similitude des politiques \u00e9ducatives men\u00e9es dans l\u2019ensemble du monde capitaliste globalis\u00e9 ne laisse planer aucune doute quant \u00e0 l\u2019existence de puissants d\u00e9terminants communs, impulsant ces politiques.<\/strong><\/p>\n<p>La th\u00e8se soutenue ici est que ces mutations sont le fait d\u2019une mise en ad\u00e9quation profonde de l\u2019\u00c9cole avec les nouvelles exigences de l\u2019\u00e9conomie capitaliste. Ce qui est en cours de r\u00e9alisation, c\u2019est le passage de l\u2019\u00e8re de la \u00ab massification \u00bb de l\u2019enseignement \u00e0 l\u2019\u00e8re de sa \u00ab marchandisation \u00bb. De sa triple marchandisation faudrait-il dire. En effet, l\u2019appareil scolaire \u2013 le plus imposant service public qui ait jamais exist\u00e9 \u2013 est appel\u00e9 \u00e0 servir mieux et davantage la comp\u00e9tition \u00e9conomique, et ce de trois fa\u00e7ons : en formant plus ad\u00e9quatement le travailleur, en \u00e9duquant et en stimulant le consommateur et enfin en s\u2019ouvrant lui-m\u00eame \u00e0 la conqu\u00eate des march\u00e9s.<\/p>\n<p>Cette nouvelle ad\u00e9quation entre l\u2019\u00c9cole et l\u2019\u00e9conomie se r\u00e9alise tant sur le plan des contenus enseign\u00e9s, que des m\u00e9thodes (pratiques p\u00e9dagogiques et de gestion) et des structures. \u00ab\u00a0<em>C\u2019est<\/em>, disent les experts de la Commission europ\u00e9enne,\u00a0<em>en s\u2019adaptant aux caract\u00e8res de l\u2019entreprise de l\u2019an 2000, que les syst\u00e8mes d\u2019\u00e9ducation et de formation pourront contribuer \u00e0 la comp\u00e9titivit\u00e9 europ\u00e9enne<\/em>. \u00bb[i]<\/p>\n<p>La marchandisation de l\u2019enseignement marque une nouvelle \u00e9tape historique dans un mouvement qui s\u2019\u00e9tale sur plus d\u2019un si\u00e8cle : le glissement progressif de l\u2019\u00c9cole, depuis la sph\u00e8re id\u00e9ologico-politique vers la sph\u00e8re \u00e9conomique ; de la \u00ab superstructure \u00bb vers \u00ab l\u2019infrastructure \u00bb, pourrait-on dire dans le jargon marxiste.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9cole primaire du XIXe si\u00e8cle se d\u00e9veloppa d\u2019abord comme un lieu de socialisation. La parcellisation et la d\u00e9qualification du travail manuel, r\u00e9sultats de l\u2019industrialisation, avaient d\u00e9mantel\u00e9 petit \u00e0 petit le syst\u00e8me ma\u00eetre-apprenti h\u00e9rit\u00e9 du moyen \u00e2ge. Or, celui-ci n\u2019avait pas qu\u2019une fonction strictement professionnelle. Le jeune y apprenait bien plus qu\u2019un m\u00e9tier : il \u00e9tait aussi \u00e9duqu\u00e9, disciplin\u00e9, instruit dans les savoirs n\u00e9cessaires \u00e0 la vie quotidienne et \u00e0 la vie en soci\u00e9t\u00e9. \u00c0 la campagne, cette socialisation de l\u2019enfant \u00e9tait r\u00e9alis\u00e9e en famille. L\u00e0 encore, l\u2019urbanisation et l\u2019\u00e9clatement du mod\u00e8le des familles traditionnelles vinrent briser des si\u00e8cles de tradition. Quand, en 1841, le roi des Belges, L\u00e9opold Ier, plaida la cause de l\u2019instruction publique, il insista avant tout sur l\u2019id\u00e9e qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une \u00ab question d\u2019ordre social \u00bb.[ii]<\/p>\n<p>Avec la mont\u00e9 du mouvement ouvrier organis\u00e9 et les menaces que celui-ci faisait peser sur l\u2019ordre \u00e9tabli, les classes dirigeantes assign\u00e8rent progressivement une deuxi\u00e8me mission id\u00e9ologique \u00e0 l\u2019\u00e9cole primaire du peuple : assurer la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019un minimum de coh\u00e9sion politique. En France, Jules Ferry fonda l\u2019\u00c9cole r\u00e9publicaine au lendemain de la Commune de Paris en expliquant : \u00ab\u00a0<em>Nous attribuons \u00e0 l\u2019\u00c9tat, le seul r\u00f4le qu\u2019il puisse avoir en mati\u00e8re d\u2019enseignement et d\u2019\u00e9ducation. Il s\u2019en occupe pour maintenir une certaine morale d\u2019\u00c9tat, certaines doctrines d\u2019\u00c9tat qui importent \u00e0 sa conservation<\/em>\u00a0\u00bb.[iii] Parmi ces doctrines figurait en bonne place le patriotisme, et les charniers de la Grande Guerre t\u00e9moignent devant l\u2019Histoire de l\u2019efficacit\u00e9 meurtri\u00e8re qu\u2019a eue l\u2019instruction publique comme appareil id\u00e9ologique d\u2019Etat.<\/p>\n<p>Face \u00e0 cette \u00e9cole primaire, destin\u00e9e aux enfants du peuple, l\u2019enseignement secondaire du XIXe si\u00e8cle jouait un r\u00f4le parall\u00e8le pour les enfants des classes dominantes. Il devait doter ceux-ci des savoirs qui leur permettraient d\u2019occuper les postes dirigeants dans la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise. Il l\u00e9gitimait le pouvoir et contribuait \u00e0 en forger les armes.<\/p>\n<p>Mais \u00e0 partir du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle les progr\u00e8s des technologies industrielles, la croissance des administrations publiques et le d\u00e9veloppement des emplois commerciaux firent rena\u00eetre une demande de main d\u2019\u0153uvre davantage qualifi\u00e9e. Si, pour la majorit\u00e9 des travailleurs, une socialisation de base suffisait toujours, certains devaient cependant acqu\u00e9rir une plus haute qualification professionnelle. Un retour \u00e0 l\u2019apprentissage traditionnel n\u2019y aurait pas suffi. Le syst\u00e8me \u00e9ducatif s\u2019ouvrit d\u00e8s lors \u00e0 des sections \u00ab modernes \u00bb, techniques ou professionnelles. On commen\u00e7ait \u00e0 assigner \u00e0 l\u2019enseignement une fonction \u00e9conomique. Par la force des choses, l\u2019\u00c9cole devint \u00e9galement une machine \u00e0 s\u00e9lectionner. Les r\u00e9sultats en fin d\u2019\u00e9tudes primaires d\u00e9terminaient en effet largement qui, parmi les enfants du peuple, aurait le privil\u00e8ge de poursuivre des \u00e9tudes secondaires. Ainsi se d\u00e9veloppa un discours m\u00e9ritocratique pr\u00e9sentant l\u2019enseignement comme un moyen de promotion sociale pour \u00ab les plus dou\u00e9s \u00bb ou \u00ab les plus m\u00e9ritants \u00bb.<\/p>\n<h2><strong>Les trente glorieuses<\/strong><\/h2>\n<p>C\u2019est au lendemain de la deuxi\u00e8me guerre mondiale, dans un contexte de croissance \u00e9conomique forte et durable, d\u2019innovations technologiques lourdes et de long terme \u2013 \u00e9lectrification des chemins de fer, infrastructures portuaires et a\u00e9roportuaires, autoroutes, nucl\u00e9aire, t\u00e9l\u00e9phonie, p\u00e9trochimie \u2013 que le r\u00f4le \u00e9conomique de l\u2019\u00c9cole s\u2019imposa au premier plan. D\u2019importantes pertes d\u2019emplois frapp\u00e8rent des secteurs qui avaient toujours \u00e9t\u00e9 grands consommateurs de travail manuel peu qualifi\u00e9. En Belgique, par exemple, l\u2019agriculture perdit 52% de ses emplois salari\u00e9s entre 1953 et 1972. Les charbonnages (-78%) et les carri\u00e8res (-39%) suivirent le m\u00eame mouvement. Mais ces pertes furent largement compens\u00e9es ailleurs. Dans l\u2019industrie d\u2019abord : sid\u00e9rurgie (+10%), chimie (+36%), \u00e9lectronique et \u00e9lectrotechnique (+99%), imprimerie (+39%). Dans les services ensuite : banques (+131%), garages (+130%), administrations publiques (+39%). L\u2019\u00e9poque r\u00e9clamait donc non seulement une croissance de la main d\u2019\u0153uvre salari\u00e9e, mais encore et surtout une \u00e9l\u00e9vation g\u00e9n\u00e9rale du niveau d\u2019instruction des travailleurs et des consommateurs. On assura cette \u00e9l\u00e9vation par la massification au pas de charge de l\u2019enseignement secondaire et, dans une moindre mesure, de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Il ne fut g\u00e9n\u00e9ralement pas n\u00e9cessaire de l\u00e9gif\u00e9rer pour allonger la dur\u00e9e de la scolarit\u00e9. La perception par les parents et les jeunes du glissement dans la composition des emplois et leur espoir de promotion sociale stimul\u00e8rent la demande d\u2019enseignement secondaire et sup\u00e9rieur. Ces espoirs ont bien s\u00fbr \u00e9t\u00e9 d\u00e9\u00e7us, l\u2019ouvrier qualifi\u00e9 occupant d\u00e9sormais dans la hi\u00e9rarchie sociale la position qu\u2019y avait, trente ans plus t\u00f4t, l\u2019ouvrier non qualifi\u00e9. Mais ils contribu\u00e8rent n\u00e9anmoins grandement \u00e0 entretenir la motivation scolaire d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration d\u2019enfants du peuple.<\/p>\n<p>Ajoutons que tout cela fut r\u00e9alis\u00e9 aux frais de l\u2019\u00c9tat qui en avait \u2013 encore \u2013 les moyens : la croissance durable et la stabilit\u00e9 \u00e9conomique rendaient possibles une croissance parall\u00e8le des recettes fiscales et des investissements publics de long terme. Dans les pays d\u2019Europe occidentale, les d\u00e9penses publiques d\u2019\u00e9ducation pass\u00e8rent de quelque 3% du PIB dans les ann\u00e9es 50 \u00e0 pr\u00e8s de 6%, parfois jusqu\u2019\u00e0 7% comme en Belgique, \u00e0 la fin des ann\u00e9es 70. L\u2019enseignement public se d\u00e9veloppa partout. Dans les pays \u00e0 forte tradition d\u2019enseignement confessionnel, celui-ci se retrouva soumis \u00e0 un contr\u00f4le croissant de la part de l\u2019Etat, en \u00e9change d\u2019un financement plus favorable.<\/p>\n<p>Le rythme de cette massification fut impressionnant. En France, la part de bacheliers dans une g\u00e9n\u00e9ration est pass\u00e9e de 4\u00a0% en 1946 \u00e0 plus de 60\u00a0% \u00e0 la fin des ann\u00e9es 80.[iv] En Belgique, le taux de participation \u00e0 l\u2019enseignement chez les jeunes de 16-17 ans a doubl\u00e9 entre 1956 et 1978, passant de 42\u00a0% \u00e0 81\u00a0%.[v]<\/p>\n<p>Durant toute cette \u00e9poque, le discours patronal sur l\u2019\u00e9ducation fut avant tout un discours quantitatif. Il fallait que davantage de jeunes poursuivent des \u00e9tudes secondaires et sup\u00e9rieures. Il fallait une meilleure ad\u00e9quation quantitative entre les diff\u00e9rentes fili\u00e8res et les besoins du march\u00e9 du travail. D\u00e8s lors les aspects qualitatifs de l\u2019ad\u00e9quation enseignement-\u00e9conomie \u2013 objectifs, contenus, m\u00e9thodes, structures \u2013 rest\u00e8rent des questions de moindre importance. L\u2019\u00e9cole secondaire qui se massifie entre 1950 et 1980 ne change pas fondamentalement de nature. Malgr\u00e9 quelques vell\u00e9it\u00e9s de r\u00e9formes, ses cursus restent tr\u00e8s largement calqu\u00e9s sur ceux des d\u00e9cennies pr\u00e9c\u00e9dentes, au moins dans les fili\u00e8res d\u2019enseignement g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>Mais cette massification vient \u00e9galement donner un coup de fouet au r\u00f4le du syst\u00e8me \u00e9ducatif comme machine \u00e0 reproduire la stratification sociale. D\u00e8s lors que tous acc\u00e8dent \u00e0 l\u2019enseignement secondaire, l\u2019essentiel de la s\u00e9lection sociale ne s\u2019op\u00e8re plus \u00ab spontan\u00e9ment \u00bb, \u00e0 la sortie de l\u2019\u00e9cole primaire, mais \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame de l\u2019enseignement secondaire. Jadis, \u00e0 de rares exceptions pr\u00e8s, seuls les enfants des \u00e9lites suivaient des \u00ab humanit\u00e9s classiques \u00bb pr\u00e9parant \u00e0 l\u2019enseignement sup\u00e9rieur. Les classes moyennes poursuivaient des \u00e9tudes secondaires g\u00e9n\u00e9rales \u00ab modernes \u00bb. Les enfants du peuple arr\u00eataient apr\u00e8s l\u2019\u00e9cole primaire ou, plus rarement, poursuivaient quelques ann\u00e9es d\u2019enseignement secondaire technique ou professionnel. La massification des ann\u00e9es 50-80 vient bouleverser ce bel \u00e9quilibre \u00ab naturel \u00bb. D\u00e9sormais, les enfants entrent en masse dans les ath\u00e9n\u00e9es et les coll\u00e8ges ; beaucoup tentent leur chance dans l\u2019enseignement g\u00e9n\u00e9ral, car la demande de main d\u2019\u0153uvre qualifi\u00e9e, par exemple dans le secteur des services et de l\u2019administration, fait miroiter des perspectives de promotion sociale. Par la force des choses, le tri va maintenant s\u2019effectuer au fil des ann\u00e9es du secondaire. Par ricochet, la massification devient aussi massification de l\u2019\u00e9chec scolaire et des redoublements, cette forme nouvelle de la s\u00e9lection hi\u00e9rarchisante. Qui plus est, par un \u00ab miracle p\u00e9dagogique \u00bb remarquable, cette s\u00e9lection s\u2019av\u00e8re \u00eatre toujours une s\u00e9lection sociale. Tous entrent d\u00e9sormais \u00e0 l\u2019\u00e9cole secondaire, dans des fili\u00e8res communes, mais, aujourd\u2019hui comme hier, ce sont en majorit\u00e9 les enfants des classes favoris\u00e9es qui en sortent \u00ab victorieux \u00bb, qui traversent les fili\u00e8res les plus \u00ab nobles \u00bb et qui poursuivent les \u00e9tudes sup\u00e9rieures les plus valorisantes et les plus valoris\u00e9e. L\u2019\u00c9cole devient donc, selon l\u2019expression bourdieusienne, une machine \u00e0 \u00ab reproduire \u00bb les in\u00e9galit\u00e9s de classes.<\/p>\n<p>Insistons : c\u2019est bien de massification qu\u2019il convient de parler et non de d\u00e9mocratisation de l\u2019enseignement, bien que le discours officiel se plaise \u00e0 confondre les deux concepts. Si le niveau d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019enseignement s\u2019est effectivement \u00e9lev\u00e9 pour les enfants de toutes cat\u00e9gories sociales, les in\u00e9galit\u00e9s relatives n\u2019ont pas d\u00e9cru pour autant. Ainsi l\u2019Institut National de Statistiques (INSEE), a-t-il d\u00e9montr\u00e9 qu\u2019en France la mobilit\u00e9 sociale n\u2019avait gu\u00e8re chang\u00e9 : la probabilit\u00e9 pour un enfant de cadre d\u2019obtenir un dipl\u00f4me sup\u00e9rieur \u00e0 celui d\u2019un enfant d\u2019ouvrier est toujours d\u2019\u00e0 peu pr\u00e8s huit chances sur dix, aujourd\u2019hui comme il y a trente ans.[vi] En 1951-1955, les \u00e9tudiants d\u2019origine populaire repr\u00e9sentaient 18% des effectifs de l\u2019ENA et 21% de ceux de Polytechnique. En 1989-93, ils n\u2019\u00e9taient plus que, respectivement, 6% et 8%. Dans la Communaut\u00e9 flamande de Belgique, pour ne citer qu\u2019un autre exemple, les chercheurs du Centrum voor Sociaal Beleid, ont \u00e9galement observ\u00e9 \u00ab <em>un \u00e9cart inchang\u00e9 entre la participation \u00e0 l\u2019enseignement sup\u00e9rieur des enfants de familles fortement ou faiblement scolaris\u00e9es<\/em> \u00bb.[vii]<\/p>\n<h2><strong>Un nouveau contexte \u00e9conomique<\/strong><\/h2>\n<p>Les conditions qui avaient permis la massification de l\u2019enseignement secondaire et, dans une moindre mesure, de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur, vont se trouver boulevers\u00e9es par la crise \u00e9conomique qui \u00e9clate au mileu des ann\u00e9es 70. Dans un premier temps, les effets de cette crise seront surtout budg\u00e9taires. La croissance des d\u00e9penses publiques, au rang desquelles l\u2019Education occupe d\u00e9sormais une position pr\u00e9pond\u00e9rante, se trouve brutalement frein\u00e9e. Dans les pays o\u00f9 l\u2019Etat s\u2019\u00e9tait endett\u00e9 durant les ann\u00e9es de \u00ab\u00a0vaches grasses\u00a0\u00bb, l\u2019heure est \u00e0 l\u2019aust\u00e9rit\u00e9. La Belgique voit ainsi ses d\u00e9penses d\u2019enseignement chuter rapidement de 7% du PIB \u00e0 un peu plus de 5% fin des ann\u00e9es 80. Pourtant les grands axes des politiques \u00e9ducatives ne sont pas remis en cause tout de suite. Les milieux institutionnels et \u00e9conomiques esp\u00e8rent encore que la crise sera de courte dur\u00e9e et qu\u2019au terme des restructurations indispensables on retrouvera la croissance \u00e9conomique forte et durable des \u00ab\u00a0trente glorieuses\u00a0\u00bb. Il faut attendre la fin des ann\u00e9es 80 pour que ces espoirs s\u2019effondrent et que les dirigeants des pays capitalistes prennent pleinement conscience du nouvel environnement \u00e9conomique et des missions nouvelles qu\u2019il impose \u00e0 l\u2019enseignement.<\/p>\n<h2><strong>Voyons quelles sont les caract\u00e9ristiques de cet environnement.<\/strong><\/h2>\n<p>Le premier \u00e9l\u00e9ment \u00e0 souligner est li\u00e9 \u00e0 l\u2019innovation technologique. L\u2019accumulation des connaissances induit une acc\u00e9l\u00e9ration constante du rythme des mutations techniques. Dans leur course \u00e0 la comp\u00e9titivit\u00e9, les industries et les services se saisissent de ces inovations pour obtenir des gains de productivit\u00e9 ou pour conqu\u00e9rir de nouveaux march\u00e9s. A son tour, la guerre technologique exacerbe les luttes concurentielles, ce qui se traduit par la multiplication des faillites, des restructurations, des rationalisations, des fermetures d\u2019usines et des d\u00e9localisations. La fuite en avant dans la mondialisation et la globalisation capitalistes, faforis\u00e9es elles aussi par le d\u00e9veloppement des technologies de la communication, ne font qu\u2019aiguiser davantage cette lutte \u00e0 mort entre entreprises, secteurs et continents. En retour, l\u2019exacerbation des luttes concurentielles, pousse les industriels \u00e0 acc\u00e9l\u00e9rer le d\u00e9veloppement et l\u2019introduction de nouvelles technologies dans la production et sur les march\u00e9s de masse. Il avait fallu 54 ans \u00e0 l\u2019avion pour conqu\u00e9rir 25% de son march\u00e9\u00a0; le t\u00e9l\u00e9phone a mis 35 ans\u00a0; la t\u00e9l\u00e9vision 26 ans. L\u2019ordinateur personnel, lui, a conquis un quart de son march\u00e9 potentiel en 15 ans, le t\u00e9l\u00e9phone portable en 13 ans et Internet en 7 ans seulement. Ainsi, l\u2019environnement \u00e9conomique, industriel, technologique est devenu plus instable, plus changeant, plus chaotique qu\u2019il ne l\u2019a jamais \u00e9t\u00e9. L\u2019horizon de pr\u00e9visibilit\u00e9 \u00e9conomique se r\u00e9tr\u00e9cit sans cesse.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me caract\u00e9ristique essentielle de l\u2019\u00e9conomie \u00ab\u00a0nouvelle\u00a0\u00bb concerne l\u2019\u00e9volution du march\u00e9 du travail. L\u2019instabilit\u00e9 \u00e9conomique se traduit d\u2019abord par une pr\u00e9carit\u00e9 croissante de l\u2019emploi. En France, l\u2019emploi pr\u00e9caire concerne aujourd\u2019hui plus de 70\u00a0% des jeunes au d\u00e9but de leur vie active. Durant les seules ann\u00e9es1994-1995, le nombre de contrats \u00e0 dur\u00e9e d\u00e9termin\u00e9e a presque doubl\u00e9.[viii] Les travailleurs sont amen\u00e9es \u00e0 changer r\u00e9guli\u00e8rement de poste de travail, d\u2019emploi, voire de m\u00e9tier.<\/p>\n<p>Les emplois ne sont pas seulement instables, leur nature change aussi. On l\u2019a dit et redit\u00a0: la \u00ab\u00a0nouvelle \u00e9conomie\u00a0\u00bb r\u00e9clame une croissance impressionnante du nombre d\u2019informaticiens, d\u2019ing\u00e9nieurs, de sp\u00e9cialistes en entretien de parcs informatiques et en gestion de r\u00e9seaux. C\u2019est l\u2019aspect le plus connu, car le plus ressass\u00e9 de l\u2019\u00e9volution du march\u00e9 du travail. Il ne s\u2019agit pourtant que de la pointe \u00e9merg\u00e9e de l\u2019iceberg. On insiste beaucoup moins sur l\u2019autre aspect de cette \u00e9volution\u00a0: la croissance plus explosive encore des emplois \u00e0 faible niveau de qualification.<\/p>\n<p>Il y a dix ans, aux Etats-Unis, le rapport FAST II sur l\u2019emploi avait d\u00e9j\u00e0 montr\u00e9 qu\u2019on trouvait en t\u00eate des professions au taux de croissance le plus fort\u00a0: les nettoyeurs, suivis des aides-soignants, des vendeurs, des caissiers et des serveurs. Le seul emploi \u00e0 composante technologique, celui de m\u00e9canicien, arrivait en vingti\u00e8me et derni\u00e8re position.[ix]<\/p>\n<p>Plus r\u00e9cemment, une \u00e9tude prospective du minist\u00e8re am\u00e9ricain de l\u2019Emploi, portant sur la p\u00e9riode 1998-2008, montre que cette tendance se renforcera dans les ann\u00e9es \u00e0 venir. Certes, les postes d\u2019ing\u00e9nieurs et les m\u00e9tiers li\u00e9s aux TIC conna\u00eetront la plus forte croissance en pourcentage. Mais pas en volume. Ainsi, sur les 30 emplois pour lesquels cette \u00e9tude pr\u00e9voit la plus importante croissance nominale (c\u2019est-\u00e0-dire en nombre absolu d\u2019emplois), on en compte 16 du type \u00ab\u00a0<em>short term on the job training<\/em>\u00a0\u00bb (formation de courte dur\u00e9e, \u00ab\u00a0sur le tas\u00a0\u00bb). On y trouve, en vrac, des postes de vendeurs, de gardes, d\u2019assistants sanitaires, d\u2019agents d\u2019entretien, d\u2019h\u00f4tesses d\u2019accueil, de conducteurs de camion ou encore de \u00ab\u00a0remplisseurs de distributeurs de boisson et d\u2019aliments\u00a0\u00bb (250.000 nouveaux emplois sont pr\u00e9vus dans ce seul secteur). Sur un total escompt\u00e9 de 20 millions de nouveaux emplois aux \u00c9tats Unis d\u2019ici 2008, 7,6 millions seront de ce type-l\u00e0, contre 4,2 millions de \u00ab\u00a0bachelors\u00a0\u00bb (formation sup\u00e9rieure de courte dur\u00e9e). La dualisation sera \u00e9galement perceptible dans le domaine des revenus. Ainsi 35% des nouveaux emplois sont constitu\u00e9s de cat\u00e9gories appartenant aujourd\u2019hui au quartile de revenus sup\u00e9rieurs (les 25% les plus riches). Mais 39 autres pourcents font partie du quartile inf\u00e9rieur (les 25% les plus pauvres). Seuls 14% et 11%, respectivement, appartiennent aux deux quartiles interm\u00e9diaires, classe ouvri\u00e8re traditionnelle et classes moyennes.[x] En d\u2019autres mots, les extr\u00eames progressent, le milieu se creuse.<\/p>\n<p>Enfin, troisi\u00e8me caract\u00e9ristique de l\u2019environnement \u00e9conomique, cons\u00e9quence l\u00e0 encore de l\u2019exacerbation des luttes concurrentielles et d\u2019une courbe de croissance chaotique\u00a0: le d\u00e9sengagement de l\u2019\u00c9tat dans les services publics. Les milieux \u00e9conomiques pressent les gouvernants de diminuer la pression fiscale \u2013 sur les b\u00e9n\u00e9fices des entreprises et les revenus de capitaux, mais \u00e9galement sur les revenus du travail puisque cela augmente leur propre marge de man\u0153uvre dans la n\u00e9gociation salariale. Il convient, dit la Table Ronde Europ\u00e9enne des Industriels, \u00ab\u00a0<em>d\u2019utiliser le montant tr\u00e8s limit\u00e9 d\u2019argent public comme catalyseur pour soutenir et stimuler l\u2019activit\u00e9 du secteur priv\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb[xi]. Quand bien m\u00eame elles le voudraient \u2013\u00a0ce qui est rarement le cas\u00a0\u2013 les autorit\u00e9s politiques peuvent difficilement r\u00e9sister \u00e0 ces pressions, la mondialisation de l\u2019\u00e9conomie rendant terriblement efficace le processus de \u00ab\u00a0d\u00e9fiscalisation comp\u00e9titive\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Instabilit\u00e9 et impr\u00e9visibilit\u00e9 des \u00e9volutions \u00e9conomiques, dualisation des qualifications requises sur le march\u00e9 du travail, crise r\u00e9currente des finances publiques\u00a0: tels sont les trois facteurs qui d\u00e9terminent, \u00e0 partir de la charni\u00e8re des ann\u00e9es 80-90, une r\u00e9vision fondamentale des politiques \u00e9ducatives.<\/p>\n<h2><strong>Fin de la \u00ab\u00a0massification\u00a0\u00bb<\/strong><\/h2>\n<p>La dualisation du march\u00e9 du travail doit se refl\u00e9ter dans une dualisation parall\u00e8le de l\u2019enseignement. Si 50 \u00e0 60% des cr\u00e9ations d\u2019emplois n\u2019exigent que des travailleurs peu qualifi\u00e9s, il n\u2019est pas \u00e9conomiquement rentable de poursuivre une politique de massification de l\u2019enseignement. C\u2019est, les penseurs de l\u2019\u00e9conomie capitaliste le savent bien, le point le plus d\u00e9licat des r\u00e9formes de l\u2019enseignement. Du moins sur le plan de la tactique politique.<\/p>\n<p>Dans un document publi\u00e9 en 1996 par les services d\u2019\u00e9tude de l\u2019OCDE, Christian Morrisson indiquait avec une remarquable clart\u00e9 et un cynisme cruel comment les gouvernants devaient s\u2019y prendre. Ayant pass\u00e9 en revue quelques options impratiquables, l\u2019id\u00e9ologue de cet organisme de r\u00e9flexion strat\u00e9gique du capitalisme mondial poursuivait\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Apr\u00e8s cette description des mesures risqu\u00e9es, on peut, \u00e0 l\u2019inverse, recommander de nombreuses mesures qui ne cr\u00e9ent aucune difficult\u00e9 politique. (\u2026) Si l\u2019on diminue les d\u00e9penses de fonctionnement, il faut veiller \u00e0 ne pas diminuer la quantit\u00e9 de service, quitte \u00e0 ce que la qualit\u00e9 baisse. On peut r\u00e9duire, par exemple, les cr\u00e9dits de fonctionnement aux \u00e9coles ou aux universit\u00e9s, mais il serait dangereux de restreindre le nombre d\u2019\u00e9l\u00e8ves ou d\u2019\u00e9tudiants. Les familles r\u00e9agiront violemment \u00e0 un refus d\u2019inscription de leurs enfants, mais non \u00e0 une baisse graduelle de la qualit\u00e9 de l\u2019enseignement et l\u2019\u00e9cole peut progressivement et ponctuellement obtenir une contribution des familles, ou supprimer telle activit\u00e9. Cela se fait au coup par coup, dans une \u00e9cole mais non dans l\u2019\u00e9tablissement voisin, de telle sorte que l\u2019on \u00e9vite un m\u00e9contentement g\u00e9n\u00e9ral de la population<\/em>\u00a0\u00bb.[xii]<\/p>\n<p>On ne d\u00e9cr\u00e8te donc pas la fin de la massification, mais on cr\u00e9e les conditions, sur le plan de la qualit\u00e9 de l\u2019enseignement et de son financement, qui rendent in\u00e9luctable l\u2019arr\u00eat du mouvement initi\u00e9 durant les ann\u00e9es 50. On ne d\u00e9cr\u00e8te pas la dualisation de l\u2019enseignement, mais on en cr\u00e9e les conditions mat\u00e9rielles, structurelles et p\u00e9dagogiques.<\/p>\n<p>Cette politique porte d\u00e9j\u00e0 ses fruits. Lors de la onzi\u00e8me Conf\u00e9rence de l\u2019European Association for International Education \u00e0 Maastricht, le 3 d\u00e9cembre 1999 (Visions of a European Future\u00a0: Bologna and Beyond), des experts ont soulign\u00e9 que les pays industrialis\u00e9s sont \u00ab\u00a0<em>entr\u00e9s dans une phase de post-massification<\/em>\u00a0\u00bb et que \u00ab\u00a0<em>l\u2019extraordinaire explosion du nombre d\u2019\u00e9tudiants des 30 derni\u00e8res ann\u00e9es touche \u00e0 sa fin<\/em>\u00a0\u00bb.[xiii] En France, le nombre des \u00e9tudiants de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur, qui avait connu une croissance constante jusqu\u2019en 1995, a commenc\u00e9 \u00e0 baisser depuis. Les inscriptions en premi\u00e8re ann\u00e9e sont tomb\u00e9es de 278.400 en 1995 \u00e0 250.700 en 1998.[xiv] En Flandre, les inscriptions \u00e0 l\u2019universit\u00e9 ont chut\u00e9 de 19% d\u2019une classe d\u2019\u00e2ge\u00a0 en 1994, \u00e0 16,5% seulement en 1999.[xv]<\/p>\n<p>La dur\u00e9e moyenne des \u00e9tudes universitaires risque, elle aussi, de diminuer. La d\u00e9claration de Bologne propose certes de g\u00e9n\u00e9raliser la dur\u00e9e du premier cycle universitaire \u00e0 trois ans, l\u00e0 o\u00f9 il n\u2019est parfois aujourd\u2019hui que de deux ans, comme en Belgique. Mais elle pr\u00e9conise, parall\u00e8lement, que ce cycle aboutisse \u00e0 l\u2019obtention d\u2019un dipl\u00f4me directement exploitable sur le march\u00e9 europ\u00e9en. Pour beaucoup, le nouveau premier cycle deviendra un cycle unique.<\/p>\n<h2><strong>Les \u00c9coles europ\u00e9ennes au service des march\u00e9s<\/strong><\/h2>\n<p>Durant trente ans, les milieux \u00e9conomiques avaient concentr\u00e9 leur attention sur le d\u00e9veloppement quantitatif de l\u2019enseignement. La fin de la massification leur permet de se tourner vers les aspects qualitatifs. Ils le font avec d\u2019autant plus de force que le bouleversement des conditions de la production et l\u2019exacerbation des luttes concurentielles rendent urgente, \u00e0 leurs yeux, une r\u00e9forme fondamentale de l\u2019enseignement\u00a0: sur le plan des structures, des contenus enseign\u00e9s et des m\u00e9thodes.<\/p>\n<p>En 1989, le groupe de pression patronal de la Table Ronde des Industriels europ\u00e9ens (en anglais\u00a0: ERT, European Round Table) publie son premier rapport sur l\u2019enseignement, clamant que \u00ab\u00a0<em>l\u2019\u00e9ducation et la formation sont consid\u00e9r\u00e9es comme des investissements strat\u00e9giques vitaux pour la r\u00e9ussite future de l\u2019entreprise<\/em>\u00a0\u00bb. D\u00e8s lors, \u00ab\u00a0<em>le d\u00e9veloppement technique et industriel des entreprises europ\u00e9ennes exige clairement une r\u00e9novation acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e des syst\u00e8mes d\u2019enseignement et de leurs programmes<\/em>\u00a0\u00bb.[xvi] L\u2019ERT d\u00e9plore que \u00ab\u00a0<em>l\u2019industrie n\u2019a qu\u2019une tr\u00e8s faible influence sur les programmes enseign\u00e9s<\/em>\u00a0\u00bb, que les enseignants ont \u00ab\u00a0une compr\u00e9hension insuffisante de l\u2019environnement \u00e9conomique, des affaires et de la notion de profit\u00a0\u00bb et que ces m\u00eames enseignants \u00ab\u00a0<em>ne comprennent pas les besoins de l\u2019industrie<\/em>\u00a0\u00bb[xvii].<\/p>\n<p>D\u2019autres rapports suivront, tout au long des ann\u00e9es 90, pr\u00e9cisant les \u00ab\u00a0recommandations\u00a0\u00bb patronales quant \u00e0 \u00ab\u00a0<em>la mani\u00e8re d\u2019adapter globalement les syst\u00e8mes d\u2019\u00e9ducation et de formation permanente aux d\u00e9fis \u00e9conomiques et sociaux<\/em>\u00a0\u00bb.[xviii] Les lignes directrices de ces rapports seront reprises dans les analyses de l\u2019OCDE, les \u00ab\u00a0livres blancs\u00a0\u00bb de la Commission europ\u00e9enne et diverses publications gouvernementales ou patronales locales.<\/p>\n<p>D\u00e9but 2001, la Direction G\u00e9n\u00e9rale \u00e0 l\u2019Education et \u00e0 la Formation que dirige Viviane Reding \u00e0 la Commission europ\u00e9enne, publiait un document synth\u00e9tisant les avis des Etats membres quant aux \u00ab\u00a0<em>objectifs concrets futurs des syst\u00e8mes d\u2019\u00e9ducation<\/em> \u00bb.[xix] Ce texte situe d\u2019embl\u00e9e la mission essentielle de l\u2019enseignement dans le cadre des objectifs que s\u2019\u00e9tait fix\u00e9 le Conseil europ\u00e9en de Lisbonne, en mars 2000\u00a0: \u00ab\u00a0<em>l\u2019Union europ\u00e9enne se trouve face \u00e0 un formidable bouleversement induit par la mondialisation et par les d\u00e9fis inh\u00e9rents \u00e0 une nouvelle \u00e9conomie fond\u00e9e sur la connaissance<\/em>\u00a0\u00bb. D\u00e8s lors, l\u2019objectif strat\u00e9gique majeur auquel doit pleinement collaborer l\u2019enseignement est de \u00ab <em>devenir l\u2019\u00e9conomie de la connaissance la plus comp\u00e9titive et la plus dynamique du monde,\u00a0 capable d\u2019une croissance \u00e9conomique durable<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Soulignons ici le r\u00f4le croissant de la Commission europ\u00e9enne dans l\u2019unification des politiques \u00e9ducatives au service de l\u2019\u00e9conomie. \u00ab\u00a0<em>Nous devons certes pr\u00e9server les diff\u00e9rences de structures et de syst\u00e8mes qui refl\u00e8tent les identit\u00e9s des pays et r\u00e9gions d\u2019Europe, mais nous devons \u00e9galement admettre que nos principaux objectifs, et les r\u00e9sultats que nous visons tous, sont remarquablement semblables<\/em>\u00a0\u00bb dit la Commission. Et d\u2019ajouter \u00ab\u00a0<em>qu\u2019aucun \u00c9tat membre n\u2019est en mesure d\u2019accomplir tout cela seul. Nos soci\u00e9t\u00e9s, comme nos \u00e9conomies, sont aujourd\u2019hui trop interd\u00e9pendantes pour que cette option soit r\u00e9aliste<\/em>\u00a0\u00bb. Si Edith Cresson fut l\u2019initatrice d\u2019une r\u00e9flexion strat\u00e9gique sur l\u2019\u00e9ducation \u00e0 l\u2019\u00e9chelle europ\u00e9enne, Vivane Reding est celle qui aura su passer de la r\u00e9flexion \u00e0 une v\u00e9ritable politique \u00e9ducative commune.<\/p>\n<h2><strong>L\u2019\u00e8re de la flexibilit\u00e9<\/strong><\/h2>\n<p>Adapter l\u2019\u00e9cole aux besoins de l\u2019\u00e9conomie\u00a0? La chose n\u2019est pourtant pas ais\u00e9e. Les tentatives de r\u00e9aliser une telle ad\u00e9quation durant les ann\u00e9es 50 et 60 ont g\u00e9n\u00e9ralement \u00e9chou\u00e9es assez lamentablement. Tant il est vrai que, par essence, l\u2019\u00e9conomie capitaliste est rebelle \u00e0 toute vell\u00e9it\u00e9 de planification. Il est impossible de pr\u00e9voir, \u00e0 terme de six ou de dix ans, quels seront les besoins pr\u00e9cis en mati\u00e8re de main d\u2019\u0153uvre et encore moins de qualifications. Comment peut-on alors imaginer une telle ad\u00e9quation dans un contexte \u00e9conomique plus instable, plus impr\u00e9visible que jamais\u00a0? Poser la question c\u2019est y r\u00e9pondre\u00a0: l\u2019\u00e9l\u00e9ment central dans l\u2019adaptation de l\u2019enseignement aux besoins des employeurs et des march\u00e9s r\u00e9side pr\u00e9cis\u00e9ment, aujourd\u2019hui, dans la prise en compte de cette instabilit\u00e9. A d\u00e9faut de pouvoir contr\u00f4ler le chaos, il faut s\u2019y adapter. Du coup, le ma\u00eetre-mot de la nouvelle ad\u00e9quation \u00c9cole-entreprises est le mot \u00ab\u00a0flexibilit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Les travailleurs sont amen\u00e9s \u00e0 \u00e9voluer dans un environnement de production qui change sans cesse. Parce que les technologies \u00e9voluent, que les produits changent, que les restructurations et les r\u00e9organisations conduisent \u00e0 changer de poste de travail, parce que la comp\u00e9tition pr\u00e9carise l\u2019emploi. Ces incessants recyclages sont co\u00fbteux en temps et en argent. Initier un travailleur aux particularit\u00e9s d\u2019un environnement de production sp\u00e9cifique est un investissement lourd et long, qui retarde la mise en \u0153uvre des innovations. La multiplication de ces co\u00fbts, du fait de la forte rotation de la main d\u2019\u0153uvre et des technologies, devient rapidement prohibitif. Or, la nature m\u00eame des techniques mises en \u0153uvre, leur complexit\u00e9 croissante, rend l\u2019importance des savoirs, donc de la formation, plus cruciale que jamais.<\/p>\n<p>Comment r\u00e9soudre ce dilemme\u00a0? Par l\u2019\u00ab\u00a0<em>apprentissage tout au long de la vie<\/em>\u00a0\u00bb. Cette doctrine, explique l\u2019OCDE, \u00ab\u00a0<em>repose en grande partie sur l\u2019id\u00e9e que la pr\u00e9paration \u00e0 la vie active ne peut plus \u00eatre envisag\u00e9e comme d\u00e9finitive et que les travailleurs doivent suivre une formation continue pendant leur vie professionnelle pour pouvoir rester productifs et employables<\/em>\u00a0\u00bb.[xx] Employabilit\u00e9 et productivit\u00e9\u00a0: le projet n\u2019a donc nulle ambition humaniste. Il ne s\u2019agit pas de faire apprendre \u00e0 tous et durant toute la vie les tr\u00e9sors de la science, des techniques, de l\u2019histoire, de l\u2019\u00e9conomie, de la philosophie, des arts, de la litt\u00e9rature, des langues anciennes et des cultures \u00e9trang\u00e8res. L\u2019adaptation des syst\u00e8mes d\u2019\u00e9ducation \u00e0 cet objectif constitue, aux yeux de la Commission europ\u00e9enne \u00ab\u00a0<em>le plus important des d\u00e9fis auxquels tous les \u00c9tats membres sont confront\u00e9s<\/em>\u00a0\u00bb.[xxi] Il implique essentiellement trois choses\u00a0: \u00ab\u00a0adaptabilit\u00e9\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0responsabilisation\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0d\u00e9r\u00e9gulation\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h2><strong>Des comp\u00e9tences pour favoriser l\u2019adaptabilit\u00e9<\/strong><\/h2>\n<p>Premi\u00e8rement, il faut r\u00e9viser les programmes et les m\u00e9thode de l\u2019enseignement de base afin d\u2019y d\u00e9velopper les capacit\u00e9s des travailleurs de faire face \u00e0 des situations professionnelles extr\u00eamement variables. Il s\u2019agit, comme le recommandait en 1997 le Conseil europ\u00e9en r\u00e9uni \u00e0 Amsterdam, \u00ab\u00a0<em>d\u2019accorder la priorit\u00e9 au d\u00e9veloppement des comp\u00e9tences professionnelles et sociales pour une meilleure adaptation des travailleurs aux \u00e9volutions du march\u00e9 du travail<\/em>\u00a0\u00bb.[xxii]<\/p>\n<p>Dans ce cadre, le r\u00f4le de l\u2019\u00c9cole comme lieu de transmission de connaissances, n\u2019est plus jug\u00e9 primordial. \u00ab\u00a0<em>Le savoir<\/em>, explique madame Cresson, <em>est devenu, dans nos soci\u00e9t\u00e9s et nos \u00e9conomies en \u00e9volution rapide, un produit p\u00e9rissable. Ce que nous apprenons aujourd\u2019hui sera d\u00e9pass\u00e9 voire superflu demain.\u00a0<\/em>\u00bb[xxiii]<\/p>\n<p>S\u2019agissant des connaissances g\u00e9n\u00e9rales, celles qui forgent une culture commune, celles qui donnent force pour comprendre le monde dans ses multiples dimensions, elles n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 r\u00e9ellement importantes sur le plan \u00e9conomique. Les programmes de l\u2019enseignement secondaire g\u00e9n\u00e9ral, que l\u2019on dit aujourd\u2019hui \u00ab\u00a0surcharg\u00e9s\u00a0\u00bb de connaissances, sont une r\u00e9miniscence de l\u2019\u00e9poque o\u00f9 cet enseignement \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 aux enfants des classes dirigeantes, futurs dirigeants eux-m\u00eames. Il fallait les munir des armes du savoir, des signes culturels de leurs appartenance de classe et de la l\u00e9gitimation du pouvoir. Ces programmes, inadapt\u00e9s \u00e0 l\u2019ambition d\u2019\u00e9lever le niveau de formation professionnelle des masses, avaient n\u00e9anmoins assez largement surv\u00e9cu \u00e0 l\u2019\u00e8re de la massification de l\u2019enseignement. Sans doute en partie parce que les consid\u00e9rations quantitatives mobilisaient toutes les attentions. Maintenant que le contexte \u00e9conomique d\u00e9tourne l\u2019attention vers les contenus et vers la qu\u00eate d\u2019employabilit\u00e9, on attaque de toutes parts cet \u00ab\u00a0empilement\u00a0\u00bb des connaissances g\u00e9n\u00e9rales. Comme toujours, l\u2019attaque prend pr\u00e9texte de l\u2019hypertrophie r\u00e9elle de certains programmes, pour justifier l\u2019abandon de l\u2019objectif m\u00eame de toute instruction\u00a0: transmettre des savoirs. La mise en avant de certaines doctrines p\u00e9dagogiques, comme celle dite de \u00ab\u00a0l\u2019approche par les comp\u00e9tences\u00a0\u00bb, concr\u00e9tisent cette tendance. Ces doctrines privil\u00e9gient la comp\u00e9tence \u2013 \u00ab\u00a0<em>ensemble int\u00e9gr\u00e9 et fonctionnel de savoirs, savoir-faire, savoir-\u00eatre et savoir-devenir, qui permette, face \u00e0 une cat\u00e9gorie de situations, de s\u2019adapter, de r\u00e9soudre des probl\u00e8mes et de r\u00e9aliser des projets<\/em>\u00a0\u00bb \u2013 sur la connaissance. L\u2019important n\u2019est pas de poss\u00e9der une certaine culture commune, mais d\u2019\u00eatre capable d\u2019acc\u00e9der \u00e0 des savoirs nouveaux et de les mobiliser dans des situations impr\u00e9vues. Ne nous laissons pas leurrer par l\u2019apparente g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 du projet\u00a0: faute de bases suffisantes, les \u00ab\u00a0savoirs nouveaux\u00a0\u00bb auxquels acc\u00e8deront les futurs citoyens \u00ab\u00a0tout au long de leur vie\u00a0\u00bb resteront confin\u00e9s dans des domaines \u00e9l\u00e9mentaires comme la ma\u00eetrise d\u2019un nouveau logiciel, l\u2019utilisation d\u2019une nouvelle machine, l\u2019\u00e9volution dans un nouvel environnement de travail. L\u2019ambition d\u2019instrumentaliser l\u2019enseignement au profit de la comp\u00e9tition \u00e9conomique est manifeste.<\/p>\n<p>Au rang des comp\u00e9tences requises \u00e0 cor et \u00e0 cris par les milieux patronaux, il faut citer l\u2019initiation aux technologies de l\u2019information et de la communication. \u00ab\u00a0<em>Tous les \u00c9tats membres pensent qu\u2019il faut revoir les comp\u00e9tences de base que les jeunes devraient poss\u00e9der au moment de quitter l\u2019\u00e9cole ou la formation initiale, et que celles-ci devraient inclure pleinement les technologies de l\u2019information et de la communication<\/em>\u00a0\u00bb indique le document de synth\u00e8se de la Commissione europ\u00e9enne sur les objectifs de l\u2019enseignement. Cela ne signifie pas qu\u2019il faille former des masses d\u2019informaticiens. Nous avons vu pourquoi il n\u2019en est nul besoin. Par contre, il est imp\u00e9ratif que tous les futurs travailleurs aient appris \u00e0 \u00e9voluer dans un environnement domin\u00e9 par ces technologies, qu\u2019ils aient acquis les rudiments du dialogue homme-machine via un clavier et une souris, qu\u2019ils aient appris \u00e0 r\u00e9pondre aux injonctions apparaissant sur un \u00e9cran d\u2019ordinateur, qu\u2019ils aient l\u2019habitude de s\u2019adapter rapidement, presque intuitivement, \u00e0 des logiciels vari\u00e9s et changeants. Telle est la premi\u00e8re fonction de l\u2019introduction des TIC \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Et cela permet de comprendre pas mal de choses quant \u00e0 la mani\u00e8re dont cette introduction est aujourd\u2019hui r\u00e9alis\u00e9e. Force est de constater que l\u2019on investit beaucoup en machines, tr\u00e8s peu en formation. L\u2019important semble bien \u00eatre que les \u00e9l\u00e8ves aient l\u2019occasion de \u00ab\u00a0bidouiller\u00a0\u00bb, afin de surmonter leurs craintes et d\u2019acqu\u00e9rir les r\u00e9flexes de base, et non que l\u2019enseignant ma\u00eetrise en l\u2019ordinateur un nouvel outil p\u00e9dagogique (dont il n\u2019est pas question de nier ici l\u2019utilit\u00e9 potentielle). L\u2019employ\u00e9 de la Coca-Cola Company qui viendra, demain, remplir les distributeurs de boissons dans nos \u00e9coles, sera capable de s\u2019initier rapidement \u00e0 l\u2019utilisation d\u2019un syst\u00e8me de guidage informatis\u00e9, afin de se jouer des difficult\u00e9s de circulation. Mais il est peu probable que les ordinateurs scolaires aient contribu\u00e9 beaucoup \u00e0 lui apprendre l\u2019histoire ou la physique.<\/p>\n<p>Sur le plan de la pr\u00e9paration de la main d\u2019\u0153uvre, l\u2019introduction des TIC \u00e0 l\u2019\u00e9cole joue encore un\u00a0 autre r\u00f4le. Il s\u2019agit, dit la Commission europ\u00e9enne, de mettre \u00ab\u00a0<em>le potentiel d\u2019innovation des nouvelles technologies au service des exigences et de la\u00a0 qualit\u00e9 de la formation tout au long de la vie<\/em>\u00a0\u00bb[xxiv]. Afin d\u2019assurer une rotation rapide et une flexibilit\u00e9 professionnelle maximale des travailleurs, ceux-ci doivent apprendre \u00e0 se servir des ordinateurs et d\u2019internet pour mettre \u00e0 jour leurs connaissances et leurs comp\u00e9tences \u00ab\u00a0du berceau au tombeau\u00a0\u00bb, en se connectant sur des serveurs de formation \u00e0 distance ou en utilisant des supports multim\u00e9dia. Si tous les travailleurs ont appris \u00e0 se servir d\u2019Internet pour acc\u00e9der \u00e0 des connaissances, il sera facile de faire pression sur eux afin qu\u2019ils maintiennent \u00e0 niveau leur comp\u00e9titivit\u00e9 professionnelle durant leurs week-end, leurs vacances ou leurs soir\u00e9es en utilisant des ordinateurs et des connections qu\u2019ils paieront de leur poche. C\u2019est le sens d\u2019une publicit\u00e9 du groupe Sysco Systems o\u00f9 l\u2019on voit un homme assis sur un banc public, surfant sur le r\u00e9seau au moyen d\u2019un ordinateur portable et d\u2019un GSM\u00a0; le texte disait\u00a0: \u00ab\u00a0<em>apprenez comment r\u00e9duire vos co\u00fbts de formation de 60%<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La r\u00e9alisation de cet objectif implique de \u00ab\u00a0responsabiliser\u00a0\u00bb le travailleur face \u00e0 sa formation., faire en sorte qu\u2019il se charge lui-m\u00eame de maintenir ses connaissances et ses comp\u00e9tences \u00e0 niveau afin de rester \u00ab\u00a0employable\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Au sein des soci\u00e9t\u00e9s de la connaissance, le r\u00f4le principal revient aux individus eux-m\u00eames<\/em> \u00bb dit la Commission europ\u00e9enne. \u00ab <em>Le facteur d\u00e9terminant est cette capacit\u00e9 qu\u2019a l\u2019\u00eatre humain de cr\u00e9er et d\u2019exploiter des connaissances de mani\u00e8re efficace et intelligente, dans un environnement en perp\u00e9tuelle \u00e9volution. Pour tirer le meilleur parti de cette aptitude, les individus doivent avoir la volont\u00e9 et les moyens de prendre en mains leur destin<\/em> \u00bb.[xxv]<\/p>\n<h2><strong>Quand le citoyen devient consommateur<\/strong><\/h2>\n<p>Nous avons relev\u00e9 l\u2019importance croissante de l\u2019\u00c9cole comme lieu de formation de la main d\u2019\u0153uvre. Pour autant l\u2019\u00e9ducation du citoyen n\u2019a pas disparu mais, ici encore, on observe ce glissement de la sph\u00e8re id\u00e9ologique vers la sph\u00e8re \u00e9conomique.<\/p>\n<p>Claude All\u00e8gre soulignait combien l\u2019enseignement obligatoire est important pour \u00ab\u00a0<em>pr\u00e9parer les jeunes \u00e0 vivre en citoyen<\/em>\u00a0\u00bb et il lui demandait donc \u00ab\u00a0<em>de transmettre, plus que jamais, les valeurs r\u00e9publicaines qui fondent notre vie collective et notre d\u00e9mocratie\u00a0<\/em>\u00bb[xxvi] Des d\u00e9clarations similaires peuvent \u00eatre entendues dans la bouche de tous les responsables politiques, en particulier \u00e0 la Commission europ\u00e9enne. L\u2019\u00c9cole continue en effet d\u2019\u00eatre un lieu o\u00f9 se transmet le dogme fondateur de la coh\u00e9sion sociale et politique des soci\u00e9t\u00e9s occidentales\u00a0: nos \u00c9tats sont l\u00e9gitimes car d\u00e9mocratiques. C\u2019est (faire) oublier un peu vite que le pouvoir de l\u2019\u00e9lecteur s\u2019arr\u00eate l\u00e0 o\u00f9 commencent les int\u00e9r\u00eats des groupes financiers et industriels. Et ces int\u00e9r\u00eats sont d\u00e9sormais omnipr\u00e9sents. La pr\u00e9tendue d\u00e9mocratie de nos soci\u00e9t\u00e9s n\u2019est gu\u00e8re plus qu\u2019une construction id\u00e9ologique destin\u00e9e \u00e0 masquer la dictature, bien r\u00e9elle celle-l\u00e0, des march\u00e9s. Mais c\u2019est une id\u00e9ologie terriblement efficace, profond\u00e9ment ancr\u00e9e dans la conscience de larges couches de la population, en particulier chez les classes moyennes intellectuelles, ces forgerons de l\u2019\u00ab\u00a0opinion publique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Si la \u00ab\u00a0marchandisation\u00a0\u00bb de l\u2019\u00c9cole n\u2019a pas mit fin \u00e0 son r\u00f4le d\u2019appareil id\u00e9ologique d\u2019\u00c9tat, il faut bien reconna\u00eetre que, dans ce domaine, elle se trouve d\u00e9sormais second\u00e9e, voire supplant\u00e9e, par d\u2019autres instruments\u00a0: presse, publicit\u00e9, radio, cin\u00e9ma et surtout la t\u00e9l\u00e9vision.<\/p>\n<p>D\u2019autre part, dans le champ-m\u00eame de la formation du citoyen, c\u2019est maintenant le consommateur qui se trouve au centre des attentions scolaires. La cr\u00e9ation de nouveaux march\u00e9s de masse, li\u00e9s aux technologies \u00e9mergentes, n\u2019est possible qu\u2019\u00e0 la condition que les clients potentiels aient acquis les connaissances et les comp\u00e9tences qui leur permettent d\u2019exploiter ces produits, qu\u2019ils aient aussi surmont\u00e9 leurs appr\u00e9hensions. Le frein majeur au d\u00e9veloppement du commerce \u00e9lectronique sur Internet, par exemple, semble bien \u00eatre d\u2019ordre psychologique, plus que technique. Or, selon le bureau d\u2019\u00e9tude Merryl Lynch, ce secteur devrait repr\u00e9senter un march\u00e9 de 500 milliards de dollars fin 2002. La Commission Reiffers, initi\u00e9e par Edith Cresson au d\u00e9but des ann\u00e9es 90, pour r\u00e9fl\u00e9chir sur l\u2019avenir de l\u2019\u00e9ducation europ\u00e9enne, s\u2019inqui\u00e8te\u00a0: \u00ab\u00a0<em>On peut douter que notre continent tienne la place industrielle qui lui revient sur ce nouveau march\u00e9 si nos syst\u00e8mes \u00e9ducatifs et de formation ne suivent pas rapidement. Le d\u00e9veloppement de ces technologies, dans un contexte de forte concurrence internationale, n\u00e9cessite que les effets d\u2019\u00e9chelle puissent jouer \u00e0 plein. Si le monde de l\u2019\u00e9ducation et de la formation ne les utilisent pas, le march\u00e9 europ\u00e9en deviendra trop tard un march\u00e9 de masse.<\/em>\u00a0\u00bb[xxvii] Quelques mois plus tard, lors d\u2019une conf\u00e9rence devant un parterre d\u2019industriels des technologies de l\u2019information et de la communication, Edith Cresson d\u00e9clarait\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Le march\u00e9 europ\u00e9en demeure trop \u00e9troit, trop fragment\u00e9, le nombre encore trop faible des utilisateurs et des cr\u00e9ateurs p\u00e9nalisent notre industrie. (\u2026) C\u2019est pourquoi il \u00e9tait indispensable de prendre un certain nombre de mesures pour l\u2019aider et le stimuler. C\u2019est l\u2019objectif du plan d\u2019action \u201cApprendre dans la soci\u00e9t\u00e9 de l\u2019information\u201d dont s\u2019est dot\u00e9 la Commission en octobre 1996. Celui-ci a deux ambitions principales : d\u2019une part, aider les \u00e9coles europ\u00e9ennes \u00e0 acc\u00e9der au plus vite aux technologies de l\u2019information et des communications\u00a0; et, d\u2019autre part, acc\u00e9l\u00e9rer l\u2019\u00e9mergence et donner \u00e0 notre march\u00e9 la dimension dont notre industrie a besoin<\/em>\u00a0\u00bb[xxviii].<\/p>\n<p>Le plan d\u2019action \u00ab\u00a0Apprendre dans la soci\u00e9t\u00e9 de l\u2019information\u00a0\u00bb est le grand projet europ\u00e9en dans la cadre duquel Claude All\u00e8ge lib\u00e8re 15 millions de FRF pour \u00e9quiper les coll\u00e8ges et lyc\u00e9es en ordinateurs en connections au r\u00e9seau Internet, dans le cadre duquel la R\u00e9gion Wallone lib\u00e8re 3 milliards de BEF pour \u00e9quiper les \u00e9coles belges francophones de \u00ab\u00a0cyberclasses\u00a0\u00bb, dans le cadre duquel Deutsche Telekom souscrit un partenariat avec le minist\u00e8re f\u00e9d\u00e9ral allemand de l\u2019Education pour acc\u00e9l\u00e9r\u00e9r l\u2019\u00e9quipement des \u00e9tablissements scolaires en TIC, etc.<\/p>\n<p>Les propos d\u2019Edith Cresson \u00e9taient confidentiels, tenus devant une assembl\u00e9e de patrons en 1997. Trois ans plus tard, au Sommet europ\u00e9en de Lisbonne, on ne prend plus de gants. Comment rattraper le retard europ\u00e9en en mati\u00e8re de TIC et de Commerce \u00e9lectronique, se demandaient les ministres r\u00e9unis sous la pr\u00e9sidence portugaise. Et la r\u00e9ponse fut, unanime\u00a0: e-Learning, l\u2019introduction massive des technologies informatiques dans les \u00e9tablissements scolaires.<\/p>\n<p>L\u2019entr\u00e9e des marques dans les \u00e9coles est un autre signe de cette tendance \u00e0 utiliser l\u2019enseignement pour soutenir les march\u00e9s. Du paquet p\u00e9dagogique \u00ab\u00a0petit d\u00e9jeuner sant\u00e9\u00a0\u00bb, produit par Nestl\u00e9, \u00e0 la cassette vid\u00e9o sur \u00ab\u00a0le fonctionnement de l\u2019entreprise moderne\u00a0\u00bb r\u00e9alis\u00e9e exclusivement avec des images de l\u2019usine Coca Cola de Dunkerque, en passant par les \u00ab\u00a0masters de l\u2019\u00e9conomie\u00a0\u00bb du groupe bancaire CIC, les \u00e9tablissements scolaires sont submerg\u00e9s par les offres g\u00e9n\u00e9reuses de sponsoring et de mat\u00e9riel didactique gratuit. Une soci\u00e9t\u00e9 de marketing fran\u00e7aise, sp\u00e9cialis\u00e9e dans le march\u00e9 des jeunes et qui se nomme modestement L\u2019Institut de l\u2019Enfant, a calcul\u00e9 que la consommation des familles est influenc\u00e9e \u00e0 hauteur de 43\u00a0% par les enfants. Cela repr\u00e9sente, pour la France, un march\u00e9 de l\u2019ordre de 600 milliards de FF (90 milliards \u20ac). D\u00e8s lors, comme l\u2019\u00e9crit le journal patronal Les Echos, \u00ab\u00a0<em>l\u2019enceinte scolaire et, surtout, la caution de l\u2019enseignant constituent, pour une marque, un facteur de cr\u00e9dibilit\u00e9 inestimable<\/em>\u00a0\u00bb[xxix].<\/p>\n<p>Fin 1998, la Commission europ\u00e9enne diffusait un rapport sur \u00ab\u00a0Le marketing \u00e0 l\u2019\u00e9cole\u00a0\u00bb, r\u00e9alis\u00e9, \u00e0 sa demande, par la soci\u00e9t\u00e9\u2026 de marketing (!) GMV Conseil. Le rapport se termine par une s\u00e9rie de conclusions et de recommandations qui, derri\u00e8re quelques nuances de fa\u00e7ade constituent bel et bien une reconnaissance du droit \u00e0 l\u2019entr\u00e9e des marques \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Qu\u2019on en juge\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Sans garde-fous, la p\u00e9n\u00e9tration du marketing \u00e0 l\u2019\u00e9cole risque d\u2019engourdir le sens critique des \u00e9l\u00e8ves, de faire na\u00eetre en eux des frustrations, de leur faire percevoir la soci\u00e9t\u00e9 de mani\u00e8re appauvrie et d\u2019encourager chez eux des attitudes st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es.\u00a0Mais avec des garde-fous, ces pi\u00e8ges seront \u00e9vit\u00e9s et des avantages se feront jour\u00a0: avantages mat\u00e9riels, certes, pour des syst\u00e8mes scolaires en manque chronique de moyens, mais aussi p\u00e9dagogiques, puisque d\u2019une part la p\u00e9n\u00e9tration du marketing \u00e0 l\u2019\u00e9cole ouvre celle-ci au monde de l\u2019entreprise et aux r\u00e9alit\u00e9s de la vie et de la soci\u00e9t\u00e9, et que d\u2019autre part elle permet d\u2019\u00e9duquer les \u00e9l\u00e8ves aux questions de consommation en g\u00e9n\u00e9ral et aux techniques publicitaires en particulier. (\u2026)<\/p>\n<p>Pour permettre \u00e0 l\u2019\u00e9cole de retirer un b\u00e9n\u00e9fice financier et p\u00e9dagogique maximum des actions de marketing \u00e0 l\u2019\u00e9cole et emp\u00eacher les d\u00e9rives \u00ab\u00a0\u00e0 l\u2019am\u00e9ricaine\u00a0\u00bb, l\u2019\u00e9tude recommande (\u2026) de maintenir la pression sur les entreprises pour qu\u2019elles continuent \u00e0 cr\u00e9er des mat\u00e9riels de qualit\u00e9 selon les crit\u00e8res d\u00e9finis plus haut;\u00a0 d\u2019intervenir aupr\u00e8s des autorit\u00e9s nationales responsables de l\u2019Education afin que soient r\u00e9actualis\u00e9s les textes s\u2019appliquant aux \u00ab\u00a0pratiques commerciales\u00a0\u00bb \u00e0 la lumi\u00e8re de la multiplication des nouveaux m\u00e9dias. D\u2019autre part, ces textes devraient maintenant reconna\u00eetre la l\u00e9gitimit\u00e9 de certaines \u00ab\u00a0bonnes\u00a0\u00bb pratiques d\u00e9j\u00e0 largement r\u00e9pandues, ce qui les rendrait d\u2019autant plus cr\u00e9dibles dans l\u2019interdiction de pratiques moins avouables\u00a0\u00bb.[xxx]<\/p>\n<h2><strong>D\u00e9r\u00e9gulation<\/strong><\/h2>\n<p>Les objectifs \u00e9ducatifs \u00e9tant fix\u00e9s, la question qui se pose est\u00a0: comment organiser l\u2019enseignement afin qu\u2019il puisse les atteindre\u00a0? A nouveau, le terme central de la r\u00e9ponse sera \u00ab\u00a0flexibilit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Il ne faut pas seulement que le travailleur soit flexible, adaptable et comp\u00e9titif, encore faut-il que le syst\u00e8me \u00e9ducatif lui-m\u00eame se dote de ces carat\u00e9ristiques. Pour reprendre l\u2019image qu\u2019aimait \u00e0 utiliser Laurette Onkelinckx, ex-ministre de l\u2019Education en Communaut\u00e9 fran\u00e7aise de Belgique, il faut abandonner \u00ab\u00a0<em>le lourd paquebot<\/em>\u00a0\u00bb de l\u2019enseignement dirig\u00e9 par l\u2019Etat et lui substituer \u00ab\u00a0<em>une flotille de petits navires plus faciles \u00e0 man\u0153uvrer<\/em>\u00a0\u00bb. La m\u00e9taphore est plus parlante que ne l\u2019imaginait la ministre\u00a0: car le risque r\u00e9ele est que les uns y gagneront une vedette rapide ou un yacht luxueux, pendan que d\u2019autres seront rel\u00e9gu\u00e9s dans un rafiot pourri ou une chaloupe \u00e0 rames.<\/p>\n<p>D\u00e8s 1989, la Table Ronde des Industriels europ\u00e9ens \u00e9crivait que \u00ab\u00a0<em>l\u2019administration de l\u2019\u00e9cole (est) domin\u00e9e par les contraintes bureaucratiques (\u2026) Les pratiques administratives sont souvent trop rigides pour permettre aux \u00e9tablissements d\u2019enseignement de s\u2019adapter aux indispensables changements requis par le rapide d\u00e9veloppement des technologies modernes et les restructurations industrielles et tertiaires<\/em>\u00a0\u00bb.[xxxi] De m\u00eame, pour l\u2019OCDE, \u00ab\u00a0<em>le syst\u00e8me scolaire doit s\u2019efforcer de raccourcir son temps de r\u00e9ponse, en utilisant des formules plus souples que celles de la fonction publique, pour cr\u00e9er \u2013 ou fermer \u2013 des sections techniques ou professionnelles, utiliser des personnels comp\u00e9tents, disposer des \u00e9quipements n\u00e9cessaires<\/em>\u00a0\u00bb.[xxxii]<\/p>\n<p>L\u2019augmentation de l\u2019autonomie des \u00e9tablissements scolaires leur offre une plus grande marge de man\u0153uvre pour s\u2019adapter aux attentes des milieux \u00e9conomiques. Mais aussi de la soci\u00e9t\u00e9 et des parents, ajoutera-t-on. Certes, mais dans un contexte o\u00f9 la comp\u00e9tition pour l\u2019acc\u00e8s aux emplois valorisants est chaque jour plus aig\u00fce, l\u2019intervention des parents (dans les conseils de participation ou ailleurs) r\u00e9percute in\u00e9vitablement les attentes des employeurs. Les pressions pour introduire quelques heures d\u2019anglais d\u00e8s les premi\u00e8res ann\u00e9es de l\u2019enseignement fondamental sont r\u00e9v\u00e9latrices \u00e0 cet \u00e9gard.<\/p>\n<p>L\u2019autonomie permet notamment de nouer des partenariats avec les entreprises (et incite \u00e0 le faire, dans la mesure o\u00f9 celles-ci peuvent constituer des sponsors bienvenus en ces temps de disette budg\u00e9taire). Ainsi, selon le rapport de Commission europ\u00e9enne sur les \u00ab\u00a0objectifs concrets\u00a0\u00bb des syst\u00e8mes d\u2019enseignement, \u00ab\u00a0<em>il convient de resserrer (les) liens avec l\u2019environnement local, avec les entreprises et les employeurs, plus particuli\u00e8rement, afin d\u2019am\u00e9liorer leur compr\u00e9hension des besoins de ces derniers et d\u2019accro\u00eetre ainsi l\u2019employabilit\u00e9 des apprenant<\/em>\u00a0\u00bb. En 1995 d\u00e9j\u00e0, dans son Livre blanc sur l\u2019\u00e9ducation, la Commission relevait que \u00ab <em>les syst\u00e8mes les plus d\u00e9centralis\u00e9s sont aussi ceux qui sont les plus flexibles, qui s\u2019adaptent plus vite et qui permettent de d\u00e9velopper de nouvelles formes de partenariat<\/em>\u00a0\u00bb[xxxiii].<\/p>\n<p>Ces partenariats visent souvent, explicitement, \u00e0 faire p\u00e9n\u00e9trer dans l\u2019\u00e9cole ce qu\u2019on appelle pudiquement \u00ab\u00a0l\u2019esprit d\u2019entreprise\u00a0\u00bb. Il faut souligner en effet que la flexibilit\u00e9 demand\u00e9e au travailleur ne se limite pas au plan strictement professionnel. Il s\u2019agit \u00e9galement d\u2019accepter les nouveaux modes d\u2019organisation du travail\u00a0: production \u00e0 flux tendu, travail de nuit, horaires variables. Cela exige de \u00ab\u00a0responsabiliser\u00a0\u00bb le travailler, c\u2019est-\u00e0-dire de lui inculquer l\u2019id\u00e9e que son propre int\u00e9r\u00eat s\u2019identifie avec celui de son employeur. La Commission europ\u00e9enne regrette que \u00ab\u00a0<em>tr\u00e8s souvent les syst\u00e8mes d\u2019enseignement se concentrent sur la transmission des comp\u00e9tences professionnelles, laissant l\u2019apprentissage des aptitudes personnelles s\u2019effectuer plus ou moins au hasard. Il est cependant possible d\u2019am\u00e9liorer et d\u2019encourager ces derni\u00e8res parall\u00e8lement \u00e0 l\u2019enseignement des comp\u00e9tences professionnelles et par le biais de celui-ci<\/em>\u00a0\u00bb[xxxiv]. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019intervient la collaboration avec les entreprises. Ainsi l\u2019OCDE estime-t-elle que le b\u00e9n\u00e9fice majeur de l\u2019enseignement en alternance est \u00ab\u00a0<em>d\u2019apprendre \u00e0 devenir membre d\u2019une \u00e9quipe de travail, \u00e0 accepter de recevoir des ordres et de travailler avec les autres. Il s\u2019agit aussi de mieux comprendre le rythme du travail et d\u2019\u00eatre pr\u00eat \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 des exigences diff\u00e9rentes lors des \u00e9tapes successives d\u2019une carri\u00e8re<\/em>\u00a0\u00bb.[xxxv]<\/p>\n<p>La volont\u00e9 de d\u00e9r\u00e9guler frappe \u00e9galement les modes de certification. Dans un contexte de rotation rapide de la main d\u2019\u0153uvre, le patronat souhaite, comme nous l\u2019avons vu, flexibiliser le march\u00e9 du travail. Celui-ci est aujourd\u2019hui fortement r\u00e9gul\u00e9 par le syst\u00e8me de la qualification et du dipl\u00f4me, qui donne lieu \u00e0 des n\u00e9gociations collectives garantissant les salaires, les conditions de travail et la protection sociale. Pour d\u00e9truire ce syst\u00e8me \u00ab\u00a0rigide\u00a0\u00bb, les milieux \u00e9conomiques mettent en avant la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019introduire des certifications \u00ab\u00a0modulaires\u00a0\u00bb. Celles-ci ont le double avantage de permettre un recrutement plus souple (donc en faisant davantage pression sur les droits sociaux) et de constituer une incitation des \u00ab\u00a0apprenants\u00a0\u00bb \u00e0 privil\u00e9gier dans les cursus tout ce qui est d\u2019un rapport efficace (r\u00e9el ou suppos\u00e9) en termes d\u2019employabilit\u00e9.<\/p>\n<p>En Allemagne, le plan d\u2019action national pour augmenter le nombre des postes d\u2019apprentissage, pr\u00e9voit que \u00ab\u00a0<em>les \u00e9l\u00e8ves qui ne r\u00e9ussissent pas enti\u00e8rement leurs examens de fin d\u2019\u00e9tude obtiendront des certificats de qualifications partiels utilisables sur le march\u00e9 de l\u2019emploi<\/em>\u00a0\u00bb.[xxxvi] En France, la Charte \u00ab\u00a0Un lyc\u00e9e pour le XXIe si\u00e8cle\u00a0\u00bb propose que, dans l\u2019enseignement professionnel, \u00ab\u00a0<em>les dipl\u00f4mes (fassent) l\u2019objet de modalit\u00e9s de certification modulaires adapt\u00e9es \u00e0 la diversit\u00e9 des acc\u00e8s \u00e0 la qualification des candidats<\/em>\u00a0\u00bb.[xxxvii] En Belgique, le D\u00e9cret sur les missions de l\u2019enseignement obligatoire, pr\u00e9voit lui aussi que les \u00e9tudiants pourront bient\u00f4t faire certifier des \u00ab\u00a0modules\u00a0\u00bb de formation, m\u00eame s\u2019ils n\u2019ont pas suivi ou r\u00e9ussi l\u2019ensemble des mati\u00e8res. En vue d\u2019uniformiser cette reconnaissance souple des comp\u00e9tences au sein des pays membres de l\u2019Union europ\u00e9enne, la Commission a pris l\u2019initiative de faire plancher des chercheurs sur la faisabilit\u00e9 d\u2019une \u00ab\u00a0carte de comp\u00e9tences\u00a0\u00bb \u00e9lectronique, la fameuse \u00ab\u00a0skill\u2019s card\u00a0\u00bb[xxxviii].<\/p>\n<h2><strong>L\u2019\u00e9cole autonome, antichambre de l\u2019\u00e9cole de march\u00e9<\/strong><\/h2>\n<p>Depuis la cr\u00e9ation de son groupe de travail Education, en 1989, la Table Ronde des Industriels n\u2019a cess\u00e9 d\u2019\u00ab\u00a0<em>encourager des modes de formation moins institutionnels, plus informels<\/em>\u00a0\u00bb.[xxxix] Le lobby patronal europ\u00e9en a \u00e9t\u00e9 parfaitement entendu. Les syst\u00e8mes d\u2019enseignement de tous les pays europ\u00e9ens et \u00e0 tous les niveaux suivent grosso modo la m\u00eame \u00e9volution, vers une plus grande autonomie et davantage de comp\u00e9tition entre \u00e9tablissements scolaires. Un rapport de la cellule europ\u00e9enne Eurydice souligne le caract\u00e8re international de ce mouvement de \u00ab\u00a0lib\u00e9ration\u00a0\u00bb du tissu scolaire\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Les r\u00e9formes apport\u00e9es \u00e0 l\u2019administration g\u00e9n\u00e9rale du syst\u00e8me scolaire se r\u00e9sument principalement \u00e0 un mouvement progressif de d\u00e9centralisation et de d\u00e9l\u00e9gation des pouvoirs vers la soci\u00e9t\u00e9. Pratiquement tous les pays concern\u00e9s ont introduit de nouvelles r\u00e9glementations qui d\u00e9placent le pouvoir de d\u00e9cision de l\u2019\u00c9tat central vers les autorit\u00e9s r\u00e9gionales, locales ou municipales et de celles-ci vers les \u00e9tablissements d\u2019enseignement.<\/em>\u00a0\u00bb[xl]<\/p>\n<p>D\u00e9sormais, dit l\u2019OCDE, \u00ab\u00a0<em>il est admis que l\u2019apprentissage se d\u00e9roule dans de multiples contextes, formels et informels<\/em>\u00a0\u00bb, pr\u00e9cisant que \u00ab\u00a0<em>la mondialisation \u2013 \u00e9conomique, politique et culturelle \u2013 rend obsol\u00e8te l\u2019institution implant\u00e9e localement et ancr\u00e9e dans une culture d\u00e9termin\u00e9e que l\u2019on appelle \u201cl\u2019Ecole\u201d et en m\u00eame temps qu\u2019elle, \u201cl\u2019enseignant\u00a0\u201d.\u00a0<\/em>\u00bb[xli] Les gourous de la Commission europ\u00e9enne sont plus explicites encore, puisqu\u2019ils estiment \u00ab\u00a0<em>que le temps de l\u2019\u00e9ducation hors l\u2019Ecole est venu et que la lib\u00e9ration du processus \u00e9ducatif rendue ainsi possible aboutira \u00e0 un contr\u00f4le par des offreurs d\u2019\u00e9ducation plus innovants que les structures traditionnelles.\u00a0<\/em>\u00bb[xlii]<\/p>\n<p>C\u2019est bien \u00e9videmment de l\u2019enseignement priv\u00e9 marchand, de l\u2019\u00e9ducation \u00ab\u00a0for profit\u00a0\u00bb comme disent les Anglo-saxons, dont il est question ici. Le d\u00e9veloppement de la demande de formation tout au long de la vie favorise son \u00e9mergence et lui assure progressivement le d\u00e9passement des seuils de rentabilit\u00e9. On voit mal comment il ne partirait pas, ensuite, \u00e0 la conqu\u00eate de l\u2019enseignement de base. \u00ab\u00a0<em>Les \u00e9volutions multiples rendues n\u00e9cessaires par les transformations \u00e9conomiques et technologiques ne permettent plus aux systemes scolaires, ni au pouvoirs publics, dassumer seuls la pr\u00e9paration initiale et la formation continue de la main-d\u2019ceuvre<\/em>\u00a0\u00bb dit l\u2019OCDE. Il faut donc \u00ab\u00a0<em>trouver un partage des responsabilit\u00e9s qui, selon les particularit\u00e9s des pays, garantisse \u00e0 la fois la qualite et la flexibilit\u00e9 des enseignements et des formations<\/em>\u00a0\u00bb.[xliii]<\/p>\n<h2><strong>Education Business<\/strong><\/h2>\n<p>Les d\u00e9penses mondiales d\u2019\u00e9ducation repr\u00e9sentent la coquette somme de 2000 milliards de dollars, soit plus du double du march\u00e9 mondiale de l\u2019automobile. Il y a l\u00e0 de quoi faire saliver pas mal d\u2019investisseurs en mal de placements rentables. Et surtout de placements durablement rentables, comme l\u2019ont montr\u00e9 les d\u00e9boires boursiers des start-up n\u00e9otechnologiques. Privatiser l\u2019ensemble de ces 2000 milliards \u00e0 courte terme n\u2019est gu\u00e8re envisageable. Cependant, sous l\u2019action conjointe du d\u00e9financement public, de la demande croissante de formation tout au long de la vie et de la d\u00e9r\u00e9glementation administrative et financi\u00e8re des \u00e9tablissements d\u2019enseignement, des pans entiers de l\u2019\u00e9ducation et de services annexes tombent petit \u00e0 petit dans l\u2019escarcelle de l\u2019\u00ab\u00a0Education Business\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Pour le consultant am\u00e9ricain Eduventures, les ann\u00e9es 90 \u00ab\u00a0<em>resteront dans les m\u00e9moires pour avoir permis l\u2019arriv\u00e9e \u00e0 maturation de l\u2019enseignement de march\u00e9 (\u201cfor-profit education\u201d). Les fondations de la vibrante industrie \u00e9ducative du XXIe si\u00e8cle \u2013\u00a0initiatives entrepreneuriales, innovations technologiques et opportunit\u00e9s du march\u00e9 \u2013 ont commenc\u00e9 \u00e0 fusionner pour atteindre leur masse critique<\/em>\u00a0\u00bb.[xliv] Les analystes de Merril Lynch estiment que le secteur de l\u2019enseignement pr\u00e9sente aujourd\u2019hui des caract\u00e9ristiques similaires \u00e0 celles des soins de sant\u00e9 dans les ann\u00e9es 70\u00a0: un march\u00e9 gigantesque et tr\u00e8s fragment\u00e9, une faible productivit\u00e9, un faible niveau de technologie mais qui ne demande qu\u2019\u00e0 augmenter, un d\u00e9ficit de management professionnel et un taux de capitalisation infime (15 milliards de dollars aux USA, pour un march\u00e9 de capitaux de plus de 16.000 milliards). Tout cela conduit la Banque d\u2019affaires \u00e0 conclure que la situation est m\u00fbre pour une vaste privatisation marchande. Merril Lynch cite encore, parmi les facteurs qui stimulent la croissance de ce march\u00e9, \u00ab\u00a0l\u2019insatisfaction\u00a0\u00bb des parents envers l\u2019enseignement public. D\u00e8s lors, ceux qui ont les moyens financiers d\u2019\u00e9chapper aux \u00e9coles d\u2019\u00c9tat d\u00e9sargent\u00e9es constituent un formidable r\u00e9servoir potentiel de clients pour cet Education business en pleine croissance. Aux \u00c9tats Unis, un rapport du National Center for Education Statistics a montr\u00e9 qu\u2019en 1993, 72% des m\u00e9nages dont le revenu d\u00e9passait 50.000 dollars envoyaient leurs enfants dans des \u00e9coles priv\u00e9es ou bien d\u00e9m\u00e9nagaient pour pouvoir fr\u00e9quenter l\u2019\u00e9cole publique de leur choix.[xlv]<\/p>\n<p>Il semble tr\u00e8s difficile de disposer d\u2019estimations globales \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale, mais on sait que pour les seuls \u00c9tats-Unis le march\u00e9 de cette industrie \u00e9ducative nouvelle s\u2019\u00e9levait, en 1998, \u00e0 82 milliards de dollars, dont 24 milliards de produits, 30 milliards de services et 28 milliards de revenus d\u2019\u00e9coles de tous types.[xlvi] Un pays comme l\u2019Australie gagne 55 milliards de francs belges (7 milliards FRF) gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019exportation de ses formations. Ce qui suscita d\u2019ailleurs l\u2019envie de l\u2019ex-ministre fran\u00e7ais Claude All\u00e8gre, lequel enjoigna ses compatriotes \u00e0 conqu\u00e9rir \u00e0 leur tour ce \u00ab\u00a0grand march\u00e9 du XXIe si\u00e8cle\u00a0\u00bb. Conqu\u00e9rir\u00a0? La France occupe d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 la deuxi\u00e8me place mondiale dans le march\u00e9 \u00e9ducatif, notamment gr\u00e2ce \u00e0 sa position de monopole dans le monde francophone.<\/p>\n<p>Au Royaume Uni, la soci\u00e9t\u00e9 de placements Capital Strategies a lanc\u00e9 l\u2019indice boursier \u00ab\u00a0UK Education and training index\u00a0\u00bb dont elle ne manque\u00a0 pas de vanter les performances exceptionnelles. Un investissement de 1000 \u00a3, au moment du lancement de cet indice en 1996, aurait valu 3.405 \u00a3\u00a0 en juillet 2000. Une croissance de 240%, \u00e0 comparer aux 65% de l\u2019indice g\u00e9n\u00e9ral de la bourse le Londres, le FTSE.[xlvii] Parmi les facteurs explicatifs de cette croissance remarquable, Capital Strategies cite les investissements publics en ordinateurs et centres de formation aux nouvelles technologies, les partenariats croissants entre les universit\u00e9s et l\u2019industrie et la sous-traitance croissante de services \u00e9ducatifs. Le march\u00e9 de la sous-traitance \u00ab\u00a0p\u00e8serait\u00a0\u00bb \u00e0 lui seul quelque cinq milliards de livres.<\/p>\n<p>Toujours en Angleterre, l\u2019inspection des \u00e9coles primaires est assur\u00e9e, depuis 1993, \u00e0 raison de 73% par des organismes priv\u00e9s qui captent ainsi un march\u00e9 de 118 millions de livres sterling. Dans le m\u00eame pays, le remplacement des professeurs absents est \u00e9galement devenu une activit\u00e9 lucrative. La soci\u00e9t\u00e9 Capstan, par exemple, place quotidiennement un millier de professeurs-rempla\u00e7ants.[xlviii] Aux Etats-Unis la soci\u00e9t\u00e9 Edison Schools g\u00e8re en pleine autonomie quelques 125 \u00e9tablissements d\u2019enseignement publics.<\/p>\n<h2><strong>Un catalyseur nomm\u00e9 Internet<\/strong><\/h2>\n<p>L\u2019un des plus puissants catalyseurs de la transformation de l\u2019enseignement en un grand march\u00e9 mondial est sans conteste le d\u00e9veloppement des technologies de communication \u00e0 distance et en particulier l\u2019essor d\u2019Internet. Constatant qu\u2019elles sont de plus en plus \u00e9troitement concurrenc\u00e9es par des offres de t\u00e9l\u00e9-enseignement \u00e9manant de nouveaux venus sur le march\u00e9, les universit\u00e9s traditionnelles d\u00e9cident, les unes apr\u00e8s les autres, de se lancer sur ce cr\u00e9nau.<\/p>\n<p>Aux \u00c9tats Unis, c\u2019est la Western Governor\u2019s University, une initiative de grands groupes financiers priv\u00e9s, qui a initi\u00e9 le mouvement via une collaboration avec IBM et Microsoft. Rapidement, les \u00e9tablissements plus \u00ab\u00a0institutionnels\u00a0\u00bb ont suivi\u00a0: ainsi, trois grandes universit\u00e9s am\u00e9ricaines et une universit\u00e9 anglaise (Columbia, Stanford, Chicago et la London School of Economics) ont sign\u00e9 un accord avec une compagnie sp\u00e9cialis\u00e9e dans la diffusion p\u00e9dagogique via Internet afin de d\u00e9livrer des formations \u00e0 distance dans le domaine des affaires et de la finance. Pour l\u2019heure ces formations ne sont pas encore valid\u00e9es par des dipl\u00f4mes, mais on ne cache pas que \u00ab\u00a0l\u2019id\u00e9e existe\u00a0\u00bb. Parmi les op\u00e9rateurs priv\u00e9s, citons encore la Concord University School of Law, qui offre exclusivement des formations par Internet et qui est dirig\u00e9e par Kaplan Educational Centers, une firme sp\u00e9cialis\u00e9e depuis longtemps dans l\u2019aide \u00e0 la pr\u00e9paration d\u2019examens, elle-m\u00eame propri\u00e9t\u00e9 de la Washington Post Company. Certains, comme le MIT, jusgent le march\u00e9 suffisamment important pour y offrir des formations gratuites. La strat\u00e9gie est claire\u00a0: accaparer des parts de march\u00e9 en brisant les prix, afin de fid\u00e9liser une client\u00e8le qui, un jour, ne pourra plus faire autrement que de payer tr\u00e8s cher cet enseignement \u00e0 distance.<\/p>\n<p>Selon une \u00e9tude r\u00e9alis\u00e9e par la International Data Corporation, le nombre des \u00e9tudiants des coll\u00e8ges am\u00e9ricains participant \u00e0 des cours \u00ab\u00a0en ligne\u00a0\u00bb devrait tripler entre 2000 et 2002 pour atteindre 2,2 millions, soit 15% de l\u2019effectif de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur US. La m\u00eame \u00e9tude pr\u00e9voit que d\u2019ici cette date 85% des coll\u00e8ges offriront des formations payantes sur Internet.[xlix]<\/p>\n<p>On pourrait se r\u00e9jouir de voir ainsi les tr\u00e9sors de la science et de la culture rendus accessibles au plus grand nombre. Mais ce serait oublier que ces savoirs ne seront pas (durablement) gratuits et que leur acc\u00e8s sera donc r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 qui pourra les payer. Ce serait oublier surtout qu\u2019ici, comme dans toute globalisation marchande, une lutte \u00e0 mort entra\u00eenera la survie de quelques-uns seulement. C\u2019est la standardisation commerciale, donc l\u2019apauvrissement du savoir qui nous attend au bout de la route. Par la force du march\u00e9, une technologie potentiellement \u00e9mancipatrice est ainsi amen\u00e9e \u00e0 engendrer le contraire\u00a0: un apauvrissement intellectuel et culturel dramatique.<\/p>\n<p>Nombreux sont ceux, dans les milieux enseignants, qui ne croient pas \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ralisation de l\u2019enseignement \u00e0 distance sur Internet. Parce que, disent-ils, \u00e7a ne marche pas\u00a0; ce qu\u2019ils font ne peut pas \u00eatre automatis\u00e9. Ils ont peut-\u00eatre raison sur ce point. Mais on le fera tout de m\u00eame, quelles que soient les cons\u00e9quences pour la qualit\u00e9 de l\u2019enseignement. Parce que, explique David Noble, \u00ab\u00a0<em>l\u2019enjeu ce n\u2019est pas l\u2019\u00e9ducation\u00a0; l\u2019enjeu c\u2019est l\u2019argent<\/em>\u00a0\u00bb.[l] C\u2019est tellement vrai que la banque d\u2019affaires Merril Lynch a consacr\u00e9 une \u00e9tude de plus de 300 pages aux perspectives du march\u00e9 de l\u2019enseignement en ligne. Il en ressort que ce secteur repr\u00e9sente d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 un march\u00e9 de 9,4 milliards de dollars et qu\u2019il devrait atteindre 54 milliards d\u2019ici 2002.[li]<\/p>\n<p>Autre march\u00e9 important pour l\u2019enseignement \u00e0 distance sur Internet\u00a0: celui des tutorats et des aides \u00e0 la pr\u00e9paration d\u2019examens. Le site ExamWeb propose par exemple une pr\u00e9paration de l\u2019examen de base SAP (Scholastic Aptitude Test) au prix de 345 $ (14.000 BEF) ou, \u00e0 l\u2019autre extr\u00e9mit\u00e9 du cursus scolaire, une pr\u00e9paration du California Bar (examen pour l\u2019acc\u00e8s au barreau en Californie), pour la modique somme de 1.694 $ (68.000 BEF). Attention\u00a0: pour cette somme vous n\u2019avez pas de cours ni de dipl\u00f4me, seulement une pr\u00e9paration \u00e0 l\u2019examen.<\/p>\n<p>Ces diverses formes d\u2019enseignement en ligne ont d\u2019ailleurs permis l\u2019explosion, aux \u00c9tats-Unis, du nombre d\u2019enfants poursuivant leur scolarit\u00e9 (primaire ou secondaire) \u00e0 la maison\u00a0: le \u00ab\u00a0home schooling\u00a0\u00bb. Jadis r\u00e9serv\u00e9 aux enfants des r\u00e9gions rurales isol\u00e9es ou aux familles bourgeoises pouvant payer des tuteurs \u00e0 leurs enfants, le home schooling a connu un d\u00e9veloppement ph\u00e9nom\u00e9nal, passant de 500.000 \u00e0 1,7 millions d\u2019enfants en dix ans. Les parents qui voient avec angoisse la d\u00e9glingue et la mont\u00e9e de la violence dans les \u00e9coles publiques am\u00e9ricaines esp\u00e8rent trouver, dans l\u2019enseignement (ou l\u2019aide \u00e0 l\u2019enseignement) \u00e0 distance sur Internet, une solution de rechange de bonne qualit\u00e9 et pas trop co\u00fbteuse. Ces institutions communiquent avec les parents via le r\u00e9seau, les informent des progr\u00e8s accomplis par l\u2019\u00e9l\u00e8ve et proposent parfois des activit\u00e9s para-scolaires. Le tout est payant, bien s\u00fbr. Mais le montant des frais varie consid\u00e9rablement en fonction du nombre d\u2019heures d\u2019aide individualis\u00e9e et en raison inverse du volume des messages publicitaires qui accompagnent les cours\u2026<\/p>\n<h2><strong>Mondialisation<\/strong><\/h2>\n<p>Quoi qu\u2019en pensent certains, le v\u00e9ritable int\u00e9r\u00eat d\u2019Internet, sur le plan du d\u00e9veloppement de l\u2019enseignement marchand r\u00e9side moins dans ses caract\u00e9ristiques multim\u00e9dia que dans sa capacit\u00e9 de diffusion instantan\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chelle plan\u00e9taire, associ\u00e9e \u00e0 un co\u00fbt marginal quasiment nul. Rien ne prouve que le livre et la vid\u00e9o soient beaucoup moins performants qu\u2019Internet sur le plan p\u00e9dagogique, si ce n\u2019est que ce dernier apporte une incontestable dimension d\u2019interactivit\u00e9. Mais surtout, chaque livre, chaque cassette produite repr\u00e9sente un co\u00fbt de mati\u00e8re premi\u00e8re, de fabrication, de conditionnement, d\u2019emballage, d\u2019exp\u00e9dition et de diffusion qui viennent s\u2019ajouter aux frais investis dans la r\u00e9alisation du produit p\u00e9dagogique lui-m\u00eame et qui augmentent d\u2019autant le risque financier en cas de m\u00e9vente. Sur Internet rien de tel. Une fois le \u00ab\u00a0site\u00a0\u00bb mis au point, son contenu peut \u00eatre vendu et revendu \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale sans autre frais (sauf les frais des communications \u00e9lectroniques, qui sont directement \u00e0 charge de l\u2019acheteur). Internet permet ainsi de rentabiliser des investissements importants dans la conception scientifique, p\u00e9dagogique et multim\u00e9dia de produits \u00e9ducatifs.<\/p>\n<p>Mais cela implique aussi que, pour \u00eatre pleinement rentable, le march\u00e9 se doit d\u2019\u00eatre mondial. Deux organismes internationaux (et plusieurs groupes de pression priv\u00e9s) oeuvrent activement \u00e0 cette \u00ab\u00a0lib\u00e9ralisation du march\u00e9 mondial des services \u00e9ducatifs\u00a0\u00bb\u00a0: l\u2019Organisation Mondiale du Commerce et la Banque Mondiale.<\/p>\n<p>En 1998, en pr\u00e9vision du sommet de Seattle, le secr\u00e9tariat de l\u2019OMC avait constitu\u00e9 un groupe de travail charg\u00e9 d\u2019\u00e9tudier les perspectives d\u2019une lib\u00e9ralisation accrue de l\u2019\u00e9ducation. Dans son rapport, il soulignait le rapide d\u00e9veloppement de l\u2019apprentissage \u00e0 distance et saluait la multiplication des partenariats entre des institutions d\u2019enseignement et des entreprises du secteur des TIC. Le rapport se r\u00e9jouissait \u00e9galement de la d\u00e9r\u00e9glementation croissante de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur en Europe, f\u00e9licitant les gouvernements qui avaient entrepris de \u00ab\u00a0<em>quitter la sph\u00e8re du financement exclusivement public pour se rapprocher du march\u00e9, en s\u2019ouvrant \u00e0 des m\u00e9canismes de financement alternatifs<\/em>\u00a0\u00bb. Enfin, l\u2019OMC \u00e9num\u00e9rait les nombreuses \u00ab\u00a0barri\u00e8res\u00a0\u00bb qu\u2019il faudrait lever afin de lib\u00e9rer le commerce des services \u00e9ducatifs, citant par exemple \u00ab\u00a0l<em>es mesures limitant l\u2019investissement direct par des fournisseurs d\u2019\u00e9ducation \u00e9trangers<\/em>\u00a0\u00bb ou encore \u00ab\u00a0<em>l\u2019existence de monopoles gouvernementaux et d\u2019\u00e9tablissements largement subventionn\u00e9s par l\u2019Etat<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Depuis l\u2019\u00e9chec de Seattle, il semble que les n\u00e9gociations sur l\u2019ouverture de l\u2019enseignement \u00e0 la concurrence internationale se poursuivent \u00e0 Gen\u00e8ve, dans le cadre de l\u2019Accord G\u00e9n\u00e9ral sur le Commerce des Services (AGCS)<\/p>\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, la Banque Modiale tente, dans les pays du Tiers Monde, d\u2019ouvrir l\u2019enseignement sup\u00e9rieur et le cycle sup\u00e9rieur de l\u2019enseignement secondaire \u00e0 la convoitise du secteur priv\u00e9. L\u2019argumentation de la Banque mondiale est simple\u00a0: la priorit\u00e9, dans les pays en d\u00e9veloppement, doit \u00eatre donn\u00e9e \u00e0 l\u2019alphab\u00e9tisation. Or, comme la BM refuse toute forme d\u2019abrogation de la dette des pays du Tiers Monde et veut encore moins \u0153uvrer \u00e0 un commerce plus juste, il n\u2019y a d\u2019autre solution, dit-elle, que de r\u00e9orienter les d\u00e9penses publiques d\u2019\u00e9ducation vers l\u2019\u00e9ducation de base. Dans les autres niveaux d\u2019enseignement, il faut donc \u00ab\u00a0<em>encourager le recours au secteur priv\u00e9, soit pour financer des \u00e9tablissements priv\u00e9s, soit pour constituer un compl\u00e9ment de recettes \u00e0 des \u00e9tablissements d\u2019Etat<\/em>\u00a0\u00bb[lii]. Cette privatisation augmentera le co\u00fbt des \u00e9tudes pour les \u00e9tudiants et leurs parents\u00a0? Elle favorisera un d\u00e9veloppement in\u00e9gal entre les \u00e9tablissements\u00a0? La Banque balaie ces objections\u00a0: \u00ab\u00a0<em>La question vitale maintenant n\u2019est pas de savoir si des acteurs non-gouvernementaux vont jouer un r\u00f4le croissant dans l\u2019\u00e9ducation \u2013 cela est d\u00e9sormais certain \u2013 mais de voir comment ces d\u00e9veloppements peuvent \u00eatre int\u00e9gr\u00e9s dans les strat\u00e9gies globales des nations<\/em>\u00a0\u00bb.[liii]<\/p>\n<p>En juin 1999, \u00e0 Washington, la Banque Mondiale a organis\u00e9, via sa filiale SFI (Soci\u00e9t\u00e9 de Financement Internationale), une conf\u00e9rence au titre explicite\u00a0: \u00ab\u00a0Opportunit\u00e9s d\u2019investissement dans l\u2019\u00e9ducation priv\u00e9e dans les pays en d\u00e9veloppement\u00a0\u00bb[liv]. La SFI vient \u00e9galement de cr\u00e9er le service Edinvest \u00ab\u00a0<em>un forum pour les personnes, les soci\u00e9t\u00e9s et les institutions int\u00e9ress\u00e9es par l\u2019\u00e9ducation dans les pays en d\u00e9veloppement<\/em>\u00a0\u00bb qui \u00ab\u00a0<em>fournit des informations pour rendre possible les investissements priv\u00e9s \u00e0 grande \u00e9chelle<\/em>\u00a0\u00bb[lv]. Edinvest[lvi] \u00e9claire les investisseurs potentiels quant aux possibilit\u00e9s offertes par le march\u00e9 \u00e9ducatif dans les pays en d\u00e9veloppement. Son site Internet est sponsoris\u00e9 par des firmes priv\u00e9es telles Eduveres.com et Caliber. La Banque Mondiale et la SFI \u00e9taient \u00e9galement pr\u00e9sentes en force au premier World Education Market, \u00e0 Vancouver, en mai 2000.<\/p>\n<p>Lors du colloque de Washington, Jack Maas, Lead Education Specialist \u00e0 la SFI, exprimait son admiration pour telle \u00e9cole secondaire en Gambie, qui offre \u00ab\u00a0<em>un enseignement de premi\u00e8re qualit\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb pour la somme de 300 USD par an. \u00ab\u00a0<em>C\u2019est vraiment une aubaine. Nous pouvons br\u00fbler 300 dollars en une nuit dans un h\u00f4tel occidental, donc c\u2019est une v\u00e9ritable aubaine<\/em> \u00bb[lvii]. Est-il n\u00e9cessaire de rappeler que le revenu annuel moyen des habitants de Gambie s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 950 USD\u2026 ?<\/p>\n<h2><strong>Conclusions<\/strong><\/h2>\n<p>La mise en ad\u00e9quation de l\u2019enseignement avec les nouvelles attentes des puissances industrielles et financi\u00e8res a deux cons\u00e9quences\u00a0dramatiques\u00a0: l\u2019instrumentalisation de l\u2019\u00c9cole au service de la comp\u00e9tition \u00e9conomique et l\u2019agravation des in\u00e9galit\u00e9s sociales dans l\u2019acc\u00e8s aux savoirs. L\u2019\u00c9cole s\u2019\u00e9tait massifi\u00e9e en permettant aux enfants du peuple d\u2019acc\u00e9der \u2013 partiellement, timidement\u00a0\u2013 \u00e0 la richesse de savoirs r\u00e9serv\u00e9s jusque l\u00e0 aux fils et aux filles de la bourgeoisie. Maintenant que la massification a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e \u00e0 son terme, on somme l\u2019enseignement de ramener l\u2019instruction du peuple dans des limites qu\u2019elle n\u2019aurait jamais d\u00fb franchir\u00a0: apprendre \u00e0 produire, \u00e0 consommer et, accessoirement, \u00e0 respecter les institutions en place. Ni plus, ni moins.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9volution actuelle des syst\u00e8mes d\u2019enseignement se r\u00e9alise au d\u00e9triment de l\u2019acc\u00e8s aux savoirs et aux savoir-faire qui permettent de comprendre le monde, qui permettent donc aussi d\u2019y agir. Ce sont pr\u00e9cis\u00e9ment les plus exploit\u00e9s que l\u2019on prive ainsi des armes intellectuelles dont ils auraient besoin pour lutter en vue de leur \u00e9mancipation collective.<\/p>\n<p>Cette \u00c9cole de la production sera, plus encore qu\u2019aujourd\u2019hui, une instance de reproduction sociale. Au nom \u2013\u00a0comble de l\u2019hypocrisie\u00a0!\u00a0\u2013 de la lutte contre l\u2019\u00e9chec, on divise, on s\u00e9lectionne et on abaisse le niveau des exigences des uns (ceux qui constitueront la masse de main d\u2019\u0153uvre peu qualif\u00e9e requise par la \u00ab\u00a0nouvelle\u00a0\u00bb \u00e9conomie), tout en incitant les autres \u00e0 chercher chez des \u00ab\u00a0offreurs d\u2019\u00e9ducation plus innovants\u00a0\u00bb, les savoirs qui feront d\u2019eux les fers de lance de la comp\u00e9tition internationale. La d\u00e9r\u00e9glementation des programmes et des structures, l\u2019explosion des formes diverses d\u2019enseignement payant, tout cela constitue le terreau sur lequel les in\u00e9galit\u00e9s de classes se transformeront, avec encore plus d\u2019efficacit\u00e9 qu\u2019aujourd\u2019hui, en in\u00e9galit\u00e9s d\u2019acc\u00e8s aux savoirs.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 l\u2019\u00e9cole publique, elle n\u2019aura plus, selon le propre aveu de l\u2019OCDE, qu\u2019\u00e0 \u00ab\u00a0<em>assurer l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019apprentissage de ceux qui ne constitueront jamais un march\u00e9 rentable et dont l\u2019exclusion de la soci\u00e9t\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral s\u2019accentuera \u00e0 mesure que d\u2019autres vont continuer de progresser<\/em>\u00a0\u00bb[lviii].<\/p>\n<p>Tout cela est-il in\u00e9luctable\u00a0? Les d\u00e9terminants \u00e9conomiques \u00e0 l\u2019\u0153uvre ici ont certes des allures de rouleau compresseur, mais la marche de l\u2019histoire n\u2019est pas lin\u00e9aire. La destruction de l\u2019\u00c9cole publique et de ses ambitions d\u00e9mocratiques, l\u2019apauvrissement du contenu de l\u2019enseignement obligatoire, les conditions de travail de plus en plus p\u00e9nibles, la pr\u00e9carisation du statut des professeurs, tout cela finit par susciter des r\u00e9actions, des r\u00e9sistances, des luttes. L\u2019opposition \u00e0 la marchandisation se d\u00e9veloppe avec la m\u00eame n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019airain que la marchandisation elle-m\u00eame. L\u00e0 encore, le capitalisme en marche s\u2019enfonce dans les contradictions et produit in\u00e9luctablement \u00ab\u00a0son propre fossoyeur\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Les penseurs de l\u2019OCDE en sont bien conscients\u00a0: \u00ab\u00a0<em>la r\u00e9forme la plus souvent n\u00e9cessaire, et la plus dangereuse, est celle des entreprises publiques, qu\u2019il s\u2019agisse de les r\u00e9organiser ou de les privatiser. Cette r\u00e9forme est tr\u00e8s difficile parce que les salari\u00e9s de ce secteur sont souvent bien organis\u00e9s et contr\u00f4lent des domaines strat\u00e9giques. Ils vont se battre avec tous les moyens possibles (\u2026) sans que le gouvernement soit soutenu par l\u2019opinion (\u2026). Plus un pays a d\u00e9velopp\u00e9 un large secteur parapublic, plus cette r\u00e9forme sera difficile \u00e0 mettre en \u0153uvre<\/em>\u00a0\u00bb.[lix]<\/p>\n<p>Le futur de l\u2019enseignement reste donc \u00e0 \u00e9crire. Il sera le fruit de ces forces contraires, de leur affrontement.<\/p>\n<p>Les formes et les lieux de la r\u00e9sistance sont multiples. Il faut lutter contre les multinationales et les organisations internationales qui impulsent l\u2019\u00e9volution marchande de l\u2019\u00e9cole, contre les gouvernements qui en assurent les conditions, contre certains pouvoirs organisateurs, inspections, directions, trop souvent complices ou ex\u00e9cutants z\u00e9l\u00e9s. Il faut lutter contre des enseignants qui laissent faire, contre des parents qui relaient le discours patronal en croyant assurer ainsi un avenir \u00e0 leurs enfants, contre des \u00e9l\u00e8ves parfois trop contents d\u2019une baisse des exigences. Il faut lutter contre soi-m\u00eame enfin, car nul n\u2019est \u00e0 l\u2019abri du d\u00e9couragement, du repli corporatiste ou des effets l\u00e9nifiants du matraquage id\u00e9ologique ambiant.<\/p>\n<p>Chacun entre en r\u00e9sistance par des voies qui lui sont propres. Le militant de longue date d\u00e9fend l\u2019\u00c9cole contre les assauts de l\u2019OMC et de la Banque Mondiale, parce qu\u2019il a une conscience profond\u00e9ment ancr\u00e9e de l\u2019importance du service public. Le professeur d\u2019universit\u00e9 s\u2019inqui\u00e8te des menaces qui p\u00e8sent sur sa libert\u00e9 acad\u00e9mique. Le chercheur craint de voir la survie de ses travaux soumise \u00e0 leur rentabilit\u00e9 \u00e9conomique. Le professeur de travaux pratiques dans l\u2019enseignement professionnel se sent spoli\u00e9 de son exp\u00e9rience et de sa mission, au profit de formateurs venus du monde de l\u2019entreprise. Les enseignants de cours g\u00e9n\u00e9raux s\u2019exasp\u00e8rent de la baisse du niveau des \u00e9l\u00e8ves. Des instituteurs tentent de s\u2019opposer \u00e0 l\u2019utilisation de cours \u00ab\u00a0sponsoris\u00e9s\u00a0\u00bb par les marques. L\u2019un des enjeux majeurs, aujourd\u2019hui, est d\u2019unifier ces luttes. Il s\u2019agit de faire comprendre aux universitaires, aux professeurs du secondaire, aux instituteurs, mais aussi aux parents, aux \u00e9l\u00e8ves et aux \u00e9tudiants, que leurs col\u00e8res doivent se fondre en une r\u00e9sistance commune.<\/p>\n<p>Il s\u2019agit aussi d\u2019unir \u00e0 nouveau le practicien de l\u2019\u00e9cole moderne, qui voit son travail novateur d\u00e9voy\u00e9 au nom d\u2019une rationalit\u00e9 de profit, et le syndicaliste enseignant, auquel la d\u00e9r\u00e9gulation fait craindre \u00e0 juste titre l\u2019abandon de l\u2019\u00e9cole publique. Cela impliquera sans doute que les uns abandonnent un certain dogmatisme p\u00e9dagogique\u00a0; que les autres ouvrent les yeux sur ce que fut r\u00e9ellement \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9cole r\u00e9publicaine\u00a0\u00bb. Que les uns et les autres acceptent que, si l\u2019\u00e9cole publique ne peut \u00eatre sauv\u00e9e sans \u00eatre r\u00e9nov\u00e9e, elle ne peut pas non plus \u00eatre r\u00e9nov\u00e9e sans qu\u2019on en donne aux professeurs et aux \u00e9l\u00e8ves le temps et les conditions mat\u00e9rielles n\u00e9cessaires.<\/p>\n<p>[i] Commission europ\u00e9enne, Rapport du Groupe de R\u00e9flexion sur l\u2019Education et la Formation \u00ab Accomplir l\u2019Europe par l\u2019Education et la Formation \u00bb,\u00a0Resum\u00e9 et recommandations, d\u00e9cembre 1996.<\/p>\n<p>[ii] Cit\u00e9 par K. De Clerck, Momenten uit de geschiedenis van het Belgisch onderwijs, De Sikkel, Antwerpen, 1975.<\/p>\n<p>[iii] Cit\u00e9 par Edwy P\u00e9nel dans <em>Le Monde<\/em> du 14 septembre 1980.<\/p>\n<p>[iv] INSEE-Premi\u00e8re, n\u00b0 488, septembre 1996.<\/p>\n<p>[v] Anne Van Haecht, L\u2019enseignement r\u00e9nov\u00e9, de l\u2019origine \u00e0 l\u2019\u00e9clipse, \u00e9ditions de l\u2019ULB, Bruxelles 1985.<\/p>\n<p>[vi] INSEE-Premi\u00e8re, n\u00b0 469, juillet 1996.<\/p>\n<p>[vii] Barbara Tan, Blijvende sociale ongelijkheden in het Vlaamse onderwijs, CSB-Berichten, Antwerpen, mai 1998.<\/p>\n<p>[viii] L\u2019insertion professionnelle des jeunes lyc\u00e9ens, Note d\u2019information minist\u00e8re de l\u2019Education nationale, de la Recherche et de la Technologie, 18 juin 1998, ISSN 1286- 9392, situation au 1er f\u00e9vrier 1997.<\/p>\n<p>[ix] Le Monde Diplomatique, 1 janvier 1995.<\/p>\n<p>[x] Monthly Labor review, novembre 1999.<\/p>\n<p>[xi] ERT, Construire les autoroutes de l\u2019Information pour repenser l\u2019Europe, Un message des utilisateurs industriels, juin 1994.<\/p>\n<p>[xii] Morrisson Christian, La Faisabilit\u00e9 politique de l\u2019ajustement, Centre de d\u00e9veloppement de l\u2019OCDE, Cahier de politique \u00e9conomique n\u00b013, OCDE 1996.<\/p>\n<p>[xiii] Kaufmann Chantal, op. cit.<\/p>\n<p>[xiv] Le Monde, 12 mai 2000.<\/p>\n<p>[xv] De Standaard, 30\/06\/2000<\/p>\n<p>[xvi] ERT, Education et comp\u00e9tence en Europe, Bruxelles, f\u00e9vrier 1989.<\/p>\n<p>[xvii] ERT, Education et comp\u00e9tence en Europe, op.cit<\/p>\n<p>[xviii] ERT, Une \u00e9ducation europ\u00e9enne. Vers une soci\u00e9t\u00e9 qui apprend, Bruxelles, juin 1995.<\/p>\n<p>[xix] Commission europ\u00e9enne, Les objectifs concrets futurs des syst\u00e8mes d\u2019\u00e9ducation, Rapport de la Commission, COM(2001) 59 final, Bruxelles, le 31.01.2001<\/p>\n<p>[xx] OCDE, Politiques du march\u00e9 du travail : nouveaux d\u00e9fis. Apprendre \u00e0 tout \u00e2ge pour rester employable durant toute la vie. R\u00e9union du Comit\u00e9 de l\u2019emploi, du travail et des affaires sociales au Ch\u00e2teau de la Muette, Paris, 14-15 octobre 1997, OCDE\/GD(97)162.<\/p>\n<p>[xxi] Commission europ\u00e9enne, Les objectifs concrets futurs des syst\u00e8mes d\u2019\u00e9ducation, Rapport de la Commission, COM(2001) 59 final, Bruxelles, le 31.01.2001<\/p>\n<p>[xxii] Pour une Europe de la connaissance, Communication de la Commission europ\u00e9enne, COM(97)563 final<\/p>\n<p>[xxiii] Discours d\u2019Edith Cresson, Putting our knowledge to work: a second chance for young people, Harrogate, 5 mars 1998.<\/p>\n<p>[xxiv] Commission des Communaut\u00e9s Europ\u00e9ennes, e-Learning \u2013 Penser l\u2019\u00e9ducation de demain, communication de la Commission, COM(2000) 318 final, Bruxelles, le 24.5.2000<\/p>\n<p>[xxv] Commission des Communaut\u00e9s Europ\u00e9ennes, M\u00e9morandum sur l\u2019\u00e9ducation et la formation tout au long de la vie, SEC(2000) 1832, Bruxelles, le 30.10.2000<\/p>\n<p>[xxvi] Claude All\u00e8gre dans \u00ab\u00a0XXIe si\u00e8cle \u2013 Le magazine du minist\u00e8re de l\u2019Education nationale, de la Recherche et de la Technologie\u00a0\u00bb, Num\u00e9ro 1 . mai 1998<\/p>\n<p>[xxvii] Commission europ\u00e9enne, Rapport du Groupe de R\u00e9flexion sur l\u2019Education et la Formation \u00ab Accomplir l\u2019Europe par l\u2019Education et la Formation \u00bb,\u00a0Resum\u00e9 et recommandations, d\u00e9cembre 1996.<\/p>\n<p>[xxviii] Idem.<\/p>\n<p>[xxix] Les Echos n\u00b0 17563, 14 janvier 1998.<\/p>\n<p>[xxx] GMV Conseil, Le marketing \u00e0 l\u2019\u00e9cole, \u00e9tude sur les pratiques commerciales dans les \u00e9coles r\u00e9alis\u00e9e \u00e0 la demande de la Commission europ\u00e9enne, octobre 1998<\/p>\n<p>[xxxi] Table Ronde des Industriels Europ\u00e9ens, Education et comp\u00e9tence en Europe, Etude la Table Ronde Europ\u00e9enne sur l\u2019\u00e9ducation et la formation en Europe, f\u00e9vrier 1989<\/p>\n<p>[xxxii] OCDE, Analyse des politiques d\u2019\u00e9ducation, 1998.<\/p>\n<p>[xxxiii] Commission des Communaut\u00e9s europ\u00e9ennes, Enseigner et apprendre, Vers la soci\u00e9t\u00e9 cognitive, Livre blanc sur l\u2019\u00e9ducation, Bruxelles, 29 novembre 1995, pp. 1, 24.<\/p>\n<p>[xxxiv] CE, Objectifs concrets, op. cit.<\/p>\n<p>[xxxv] OCDE, red\u00e9finir le curriculum: un enseignement pour le XXIe si\u00e8cle, Paris 1994<\/p>\n<p>[xxxvi] Nationaler Aktionsplan f\u00fcr mehr Lehrstellen, BMBF, 1998.<\/p>\n<p>[xxxvii] Claude All\u00e8gre, Un lyc\u00e9e pour le XXIe si\u00e8cle, 4 mars 1999.<\/p>\n<p>[xxxviii] Lire \u00e0 ce sujet\u00a0: G. de S\u00e9lys et N. Hirtt, Tableau Noir, R\u00e9sister \u00e0 la privatisation de l\u2019enseignement, \u00e9ditions EPO, Bruxelles 1998.<\/p>\n<p>[xxxix] ERT, Les march\u00e9s du travail en Europe Les perspectives de cr\u00e9ation d\u2019emplois dans la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 des ann\u00e9es 90, Bruxelles 1993.<\/p>\n<p>[xl] Dix ann\u00e9es de r\u00e9formes au niveau de l\u2019enseignement obligatoire dans l\u2019union europ\u00e9enne (1984-1994), Eurydice.<\/p>\n<p>[xli] OCDE, Analyse des politiques d\u2019\u00e9ducation, Paris 1998.<\/p>\n<p>[xlii] Rapport du groupe de r\u00e9flexion sur l\u2019\u00e9ducation et la formation, op. cit.<\/p>\n<p>[xliii] l\u2019Observateur de l\u2019OCDE, n\u00b0193 avril-mai 1995 1\/04\/95<\/p>\n<p>[xliv] Adam Newman, What is the education-industry\u00a0?, Eduventures, janvier 2000.<\/p>\n<p>[xlv] Choy, S. P. (1997).\u00a0 Public and private schools: How do they differ?\u00a0 Washington, DC: National Center for Education Statistics (NSEC 97-983).<\/p>\n<p>[xlvi] Michael Barker, E-education is the New New Thing, Edinvest, premier trimestre 2000.<\/p>\n<p>[xlvii] Capital Strategies, News Release, 18 juillet 2000.<\/p>\n<p>[xlviii] Richard Hatcher, Profiting from schools\u00a0: business and Education Action Zones, in Education and social justice, Vol. 1, n\u00b01, automne 1998.<\/p>\n<p>[xlix] Michael Barker, E-education is the New New Thing, Edinvest, premier trimestre 2000.<\/p>\n<p>[l] Ibidem.<\/p>\n<p>[li] Le Monde, 2-3 juillet 2000.<\/p>\n<p>[lii] Harry Anthony Patrinos, Market Forces in Education, World Bank July 1999.<\/p>\n<p>[liii] Education sector strategy, World Bank, juillet 1999<\/p>\n<p>[liv] Investment opportunities in private education in developing countries, op.cit.<\/p>\n<p>[lv] Education sector strategy, 1999, op.cit.<\/p>\n<p>[lvi] http:\/\/www.worldbank.org\/edinvest<\/p>\n<p>[lvii] Discours de Jack Maas, Lead Education Specialist, IFC, conf\u00e9rence de Washington, 1999<\/p>\n<p>[lviii] Adult learning and Technology in OECD Countries, OECD Proceedings, Paris1996.<\/p>\n<p>[lix] Morrisson Christian, La Faisabilit\u00e9 politique de l\u2019ajustement, Centre de d\u00e9veloppement de l\u2019OCDE, Cahier de politique \u00e9conomique n\u00b013, OCDE 1996<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis la fin des ann\u00e9es 80, les syst\u00e8mes \u00e9ducatifs des pays industrialis\u00e9s sont soumis \u00e0 un feu roulant de critiques et de r\u00e9formes : d\u00e9centralisations, d\u00e9r\u00e9glementations, autonomie croissante des \u00e9tablissements scolaires, all\u00e8gement et d\u00e9r\u00e9gulation des programmes, \u00ab approche par les comp\u00e9tences \u00bb, diminution du nombre d\u2019heures de cours pour les \u00e9l\u00e8ves, partenariats avec le monde [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":7677,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-20142","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/20142","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=20142"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/20142\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/7677"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=20142"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=20142"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=20142"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}