{"id":200,"date":"2004-03-01T22:06:41","date_gmt":"2004-03-01T21:06:41","guid":{"rendered":"http:\/\/www.asblonweb.be\/APED\/CM\/?p=200"},"modified":"2017-07-10T20:42:10","modified_gmt":"2017-07-10T19:42:10","slug":"reforme-moratti-vers-la-privatisation-finale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/2004\/03\/01\/reforme-moratti-vers-la-privatisation-finale\/","title":{"rendered":"R\u00e9forme Moratti : vers la privatisation finale ?"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Avec l&#8217;arriv\u00e9e au pouvoir de Silvio Berlusconi, le minist\u00e8re de l&#8217;Instruction Publique italien a perdu le second des deux termes qui composaient son nom, pour devenir tout simplement \u00ab Minist\u00e8re de l&#8217;lnstruction \u00bb. Un choix en totale coh\u00e9rence avec un programme de centre-droite en mati\u00e8re d&#8217;\u00e9ducation, programme qui va s&#8217;achever avec la r\u00e9forme Moratti, du nom de la ministre de l&#8217;instruction.<\/p>\n<p>Cependant, il faut se rappeler que, si Letizia Moratti va mener jusqu&#8217;\u00e0 son terme funeste le processus de privatisation de l&#8217;\u00e9cole, cette direction avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 prise sous la houlette de Luigi Berlinguer, ministre de l&#8217;Ulivo (centre-gauche).<\/p>\n<p>Il ne faut en effet pas oublier qu&#8217;une des conditions pos\u00e9es en 1996 par le Partito Popolare (fragment de l&#8217;ancienne d\u00e9mocratie chr\u00e9tienne) pour entrer dans la coalition de Romano Prodi fut la \u00ab parit\u00e9 \u00bb entre les \u00e9coles publiques et priv\u00e9es (ces derni\u00e8res g\u00e9r\u00e9es surtout par l&#8217;Eglise catholique). Le projet de parit\u00e9 de Berlinguer a ouvert la porte aux initiatives suivantes de Letizia Moratti, dont un \u00e9norme apport financier aux \u00e9coles priv\u00e9es : 30 millions d&#8217;euros. Dans le m\u00eame temps, on l\u00e9sine sur le strict n\u00e9cessaire pour les \u00e9tablissements publics.<\/p>\n<h2>Vie et mort d&#8217;un enseignement progressiste<\/h2>\n<p>La r\u00e9forme Moratti est la derni\u00e8re \u00e9tape de la privatisation et de la restauration, en Italie, d&#8217;une \u00e9cole &#8220;de classes&#8221;. Le tronc commun obligatoire du syst\u00e8me scolaire secondaire italien avait \u00e9t\u00e9 con\u00e7u en 1963. Jusqu&#8217;alors, le premier cycle secondaire \u00e9tait s\u00e9par\u00e9 en trois fili\u00e8res : formation professionnelle de niveau ouvrier (<em>avviamento<\/em>), formation professionnelle de niveau employ\u00e9 non sp\u00e9cialis\u00e9 (<em>commerciale<\/em>) et enfin formation acad\u00e9mique ouvrant l&#8217;acc\u00e8s au lyc\u00e9e et \u00e0 l&#8217;universit\u00e9 (<em>scuola media<\/em>). La <em>scuola media unficata<\/em> (unifi\u00e9e) naquit sous la pouss\u00e9e \u00e9galitaire d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 en expansion \u00e9conomique, dont les luttes ouvri\u00e8res contre les discriminations sociales \u00e9taient une composante d\u00e9cisive.<\/p>\n<p>Avec l&#8217;unification des fili\u00e8res de l&#8217;\u00e9cole secondaire obligatoire, fut introduite aussi la r\u00e8gle selon laquelle les \u00e9l\u00e8ves \u00e9taient inscrits d&#8217;office \u00e0 l&#8217;\u00e9cole la plus proche de leur habitation. Un facteur important pour pr\u00e9venir l&#8217;in\u00e9galit\u00e9 scolaire (voir sur cette question l&#8217;\u00e9tude \u00ab La catastrophe scolaire belge \u00bb publi\u00e9e par <em>L&#8217;\u00e9cole d\u00e9mocratique<\/em> ). Cette r\u00e8gle a \u00e9t\u00e9 abrog\u00e9e au d\u00e9but des ann\u00e9es 80. Ce dont beaucoup de proviseurs ont profit\u00e9 pour mener des strat\u00e9gies visant \u00e0 faire de leur \u00e9cole un \u00e9tablissement d&#8217;\u00e9lite (deuxi\u00e8me langue \u00e9trang\u00e8re, natation, ateliers \u00ab \u00e0 la carte \u00bb etc.). Ces politiques ont provoqu\u00e9, par contre, l&#8217;exclusion des \u00e9l\u00e8ves \u00ab difficiles \u00bb, des immigr\u00e9s, des handicap\u00e9s, et la ghetto\u00efsation de beaucoup d&#8217;\u00e9coles.<\/p>\n<p>La situation est devenue encore plus difficile quand le ministre Luigi Berlinguer (centre-gauche) a mis en oeuvre son projet de soi-disant \u00ab autonomia scolastica \u00bb (autonomie scolaire). Chaque \u00e9tablissement est devenu une \u00ab entreprise \u00bb conduite par un directeur-manager disposant d&#8217;un large pouvoir et touchant un salaire plus que double par rapport aux enseignants. En outre, a \u00e9t\u00e9 introduite la possibilit\u00e9 pour les \u00e9coles d&#8217;avoir des sponsors et de modifier une partie des programmes (dont l&#8217;in\u00e9vitable informatique attrape-parents). La \u00ab concurrence \u00bb entre les \u00e9coles pour trouver des sous, des soutiens externes, pour avoir plus d&#8217;inscriptions que les autres, est devenue la r\u00e8gle. Evidemment, tout \u00e7a n&#8217;a pu passer qu&#8217;avec l&#8217;accord enthousiaste des syndicats de la soi-disant \u00ab concertation \u00bb, CISL, UIL et surtout la CGIL, le plus proche du DS, le parti de Berlinguer.<\/p>\n<p>Avec ces profondes transformations, le terrain pour le nouveau gouvernement de centre-droite \u00e9tait bien pr\u00e9par\u00e9.<\/p>\n<h2>La r\u00e9forme Moratti<\/h2>\n<p>La r\u00e9forme Moratti pr\u00e9voit une r\u00e9duction du temps scolaire. Ce qui r\u00e9duira, dans le tronc commun (huit ans), les possibilit\u00e9s d&#8217;individualiser l&#8217;enseignement pour les \u00e9l\u00e8ves qui en auraient besoin. Et pr\u00e9cipitera probablement la quasi-disparition de quelques mati\u00e8res (par exemple, l&#8217;\u00e9ducation musicale) qui seront, peut-\u00eatre, remplac\u00e9es par des cours et des ateliers facultatifs &#8230; et payants. De plus, la r\u00e9forme Moratti met \u00e0 mort des exp\u00e9riences d&#8217;innovation et d&#8217;exp\u00e9rimentation p\u00e9dagogiques qui ont anim\u00e9 l&#8217;\u00e9cole italienne pendant les vingt-cinq derni\u00e8res ann\u00e9es. Derri\u00e8re la fa\u00e7ade d\u00e9magogique des trois i (informatica,informatique, inglese, anglais et impresa, entreprise) si ch\u00e8re \u00e0 Berlusconi, se cache la r\u00e9alit\u00e9 mis\u00e9rable de l&#8217;abolition des projets de lutte contre l&#8217;\u00e9chec scolaire, pour l&#8217;int\u00e9gration des jeunes immigr\u00e9s et des \u00e9l\u00e8ves handicap\u00e9s (autant de projets qui faisaient la fiert\u00e9 de l&#8217;\u00e9cole italienne). N\u00e9anmoins, il est piquant de voir que les privil\u00e8ges \u00e9conomiques accord\u00e9s aux \u00e9coles priv\u00e9es et la diminution du financement des \u00e9tablissements publics rendent pratiquement impossible la r\u00e9alisation des fantaisies berlusconiennes : il n&#8217;y a d&#8217;argent ni pour les ordinateurs, ni pour payer les enseignants de langue \u00e9trang\u00e8re !<\/p>\n<p>Mais ce qui inqui\u00e8te le plus, c&#8217;est la pr\u00e9cocit\u00e9 de la s\u00e9lection dans le destin scolaire des \u00e9l\u00e8ves. A treize ans, gar\u00e7ons et filles doivent choisir (conseill\u00e9s par les enseignants) : soit continuer leur parcours dans un des lyc\u00e9es pr\u00e9vus par la r\u00e9forme (classique, sciences humaines, scientifique, technologique, \u00e9conomique, musical, artistique, linguistique), soit aller en instruction et formation professionnelle. L&#8217;\u00e9cart des programmes et des perspectives offertes par les deux parcours est \u00e9tonnant. Les lyc\u00e9es, centr\u00e9s sur la formation culturelle, ouvrent les portes de l&#8217;Universit\u00e9. Le parcours pr\u00e9vu pour la formation professionnelle, m\u00eame si en principe il n&#8217;exclut pas la possibilit\u00e9 d&#8217;un acc\u00e8s universitaire, est fortement ax\u00e9 sur la collaboration avec les entreprises. Celles-ci peuvent entrer dans la formation \u00e0 des degr\u00e9s divers : du simple stage \u00e0 des formes de mi-temps travail-\u00e9tude (ce dernier cas \u00e0 partir de quinze ans), en passant par l&#8217;apprentissage. Il est \u00e9vident que les \u00e9l\u00e8ves qui entreront dans la formation professionnelle se trouveront dans un cul-de-sac : m\u00eame si la loi pr\u00e9voit des \u00ab passerelles \u00bb entre les deux fili\u00e8res du cycle sup\u00e9rieur,il n&#8217;est pas difficile d&#8217;imaginer que le passage du lyc\u00e9e \u00e0 la formation professionnelle sera facile, quand le contraire sera presque impossible. En effet, la \u00ab formation professionnelle sup\u00e9rieure \u00bb qu&#8217;on annonce semble plut\u00f4t avoir \u00e9t\u00e9 pens\u00e9e pour offrir \u00e0 ceux qui ont \u00e9t\u00e9 exclus des lyc\u00e9es, la possibilit\u00e9 de poursuivre des \u00e9tudes hors de l&#8217;universit\u00e9.<br \/>\nDonc, la r\u00e9forme Moratti propose un lourd retour aux discriminations sociales qui avaient \u00e9t\u00e9 remises en cause pendant les ann\u00e9es soixante.<\/p>\n<p>Un autre aspect tr\u00e8s dangereux de la r\u00e9forme concerne le choix des mati\u00e8res et des programmes de celles-ci.<\/p>\n<p>En effet, au-del\u00e0 d&#8217;un noyau fondamental qui sera le m\u00eame pour toute l&#8217;Italie, les R\u00e9gions auront un quota r\u00e9serv\u00e9 pour introduire dans l&#8217;emploi du temps des mati\u00e8res et de sujets d&#8217;\u00ab int\u00e9r\u00eat local \u00bb. Cette situation a d\u00e9j\u00e0 fait na\u00eetre des r\u00eaves chez les x\u00e9nophobes de la Ligue du Nord du ministre Umberto Bossi, comme introduire l&#8217;enseignement des dialectes, des \u00ab traditions locales \u00bb, jusqu&#8217;\u00e0 la gastronomie typique. Mais le vrai danger n&#8217;est pas dans les sorties folkloriques de Bossi. En r\u00e9alit\u00e9, cette loi donnera aux R\u00e9gions la possibilit\u00e9 de resserrer les liens avec les entreprises, par le biais de conventions qui leur permettront une pr\u00e9sence puissante dans les institutions \u00e9ducatives, surtout dans le domaine de la formation professionnelle. Voil\u00e0 remis en question un syst\u00e8me qui avait le double m\u00e9rite de contribuer \u00e0 former une citoyennet\u00e9 italienne et de favoriser l&#8217;\u00e9galit\u00e9 des chances des jeunes des diff\u00e9rentes r\u00e9gions.<\/p>\n<p>Enfin, un d\u00e9tail \u00e0 ne pas sous-estimer : la r\u00e9introduction de la note de \u00ab conduite \u00bb, qui sera d\u00e9terminante au moment de d\u00e9cider du passage \u00e0 la classe sup\u00e9rieure ou du redoublement de l&#8217;\u00e9l\u00e8ve. Une v\u00e9ritable \u00e9p\u00e9e de Damocl\u00e8s pour les \u00e9l\u00e8ves \u00ab difficiles \u00bb des banlieues. R\u00e9v\u00e9latrice de la volont\u00e9 autoritaire et restauratrice qui anime la r\u00e9forme Moratti. La prochaine phase annonc\u00e9e par Letizia Moratti ? La r\u00e9vision du statut du personnel enseignant. Celui-ci sera soumis \u00e0 des contr\u00f4les politiques concernant les contenus de l&#8217;enseignement et la gestion des classes. Ce qui augmentera le pouvoir des directeurs et finira de pr\u00e9cariser les enseignants dans leur travail.<\/p>\n<h2>Une lueur d&#8217;espoir<\/h2>\n<p>En tout cas, il ne faut pas oublier que la r\u00e9forme Moratti, comme beaucoup d&#8217;autres lois du gouvernement Berlusconi, est une loi-cadre dont on a trac\u00e9 seulement les lignes principales et qui sera achev\u00e9e par des d\u00e9crets et des ordonnances minist\u00e9riels. Une fa\u00e7on sans doute d&#8217;\u00e9viter une confrontation avec l&#8217;opposition parlementaire, mais qui peut avoir un effet boomerang. En effet, chaque d\u00e9cret provoque les protestations des enseignants, des \u00e9l\u00e8ves et des parents. Et la marche de la r\u00e9forme pourrait devenir un calvaire pour Letizia Moratti.<\/p>\n<p>NDLR : titre et intertitres sont de la r\u00e9daction.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avec l&#8217;arriv\u00e9e au pouvoir de Silvio Berlusconi, le minist\u00e8re de l&#8217;Instruction Publique italien a perdu le second des deux termes qui composaient son nom, pour devenir tout simplement  \u00ab Minist\u00e8re de l&#8217;lnstruction \u00bb. Un choix en totale coh\u00e9rence avec un programme de centre-droite en mati\u00e8re d&#8217;\u00e9ducation, programme qui va s&#8217;achever avec la r\u00e9forme Moratti, du nom de la ministre de l&#8217;instruction. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":199,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-200","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/200","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=200"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/200\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/199"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=200"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=200"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=200"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}