{"id":1841,"date":"2011-10-23T20:44:37","date_gmt":"2011-10-23T19:44:37","guid":{"rendered":"http:\/\/www.asblonweb.be\/APED\/CM\/?p=1841"},"modified":"2024-12-06T22:34:59","modified_gmt":"2024-12-06T21:34:59","slug":"anne-morelli-nico-hirtt-indignation-et-solidarite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/2011\/10\/23\/anne-morelli-nico-hirtt-indignation-et-solidarite\/","title":{"rendered":"Anne Morelli, Nico Hirtt : indignation et solidarit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Ce samedi 22 octobre, l&#8217;Aped organisait ses traditionnelles &#8220;six heures pour l&#8217;\u00e9cole d\u00e9mocratique&#8221;. Quelque 300 personnes y ont particip\u00e9 \u00e0 une vingtaine d&#8217;ateliers.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-1840\" src=\"http:\/\/www.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/arton1372.jpg\" width=\"144\" height=\"108\" srcset=\"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/arton1372.jpg 144w, https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/arton1372-80x60.jpg 80w\" sizes=\"auto, (max-width: 144px) 100vw, 144px\" \/><\/p>\n<p>Les actes ou documents de ces ateliers seront publi\u00e9s sur notre site au fur et \u00e0 mesure de leur disponibilit\u00e9. En attendant, nous vous proposons ci-dessous les interventions en s\u00e9ance pl\u00e9ni\u00e8re de Mme Anne Morelli (professeur de didactique de l&#8217;histoire \u00e0 l&#8217;ULB) et de Nico Hirtt (membre fondateur de l&#8217;Aped) :<\/p>\n<h2>Anne Morelli : \u00ab les professeurs ont raison de s&#8217;indigner\u00bb<br \/>\n<\/h2>\n<p>Alors que partout dans le monde se retrouvent des &#8220;indign\u00e9s&#8221;, nous avons en tant qu&#8217;enseignants de multiples raisons aujourd&#8217;hui et ici d&#8217;\u00eatre &#8220;indign\u00e9s&#8221;.<\/p>\n<p>Indign\u00e9s parce qu&#8217;on vole notre argent, celui de nos imp\u00f4ts et de nos cotisations sociales, pour financer des sp\u00e9culateurs alors que cet argent devrait servir notamment &#8211; et peut-\u00eatre prioritairement &#8211; \u00e0 l&#8217;enseignement et \u00e0 la sant\u00e9.<\/p>\n<p>Je constate dans toutes les \u00e9coles que je fr\u00e9quente, des diff\u00e9rents r\u00e9seaux, les m\u00eames manques de moyens financiers \u00e9l\u00e9mentaires mais la propagande du gouvernement nous parle d&#8217;\u00e9coles de la r\u00e9ussite pour tous, d&#8217;\u00e9coles cybern\u00e9tiques et d&#8217;excellence.<\/p>\n<p>Face \u00e0 des \u00e9l\u00e8ves dont la famille est de plus en plus touch\u00e9e par la violence de la crise, nous sommes le plus souvent arm\u00e9s seulement de notre bonne volont\u00e9 et devons affronter des conditions de travail qu&#8217;aucune banque ou soci\u00e9t\u00e9 d&#8217;assurance n&#8217;oserait proposer et \u00a0des lieux de travail frisant parfois l&#8217;insalubrit\u00e9.<\/p>\n<p>Du Chili \u00e0 la Belgique les revendications des enseignants et des enseign\u00e9s \u00e0 propos de l&#8217;enseignement sont semblables: les \u00e9tablissements d&#8217;enseignement ne sont PAS des entreprises, nous n&#8217;avons PAS besoin de managers, nous refusons d&#8217;adapter notre enseignement aux besoins de l&#8217;entreprise, la logique de profit et de privatisation n&#8217;a PAS sa place dans l&#8217;enseignement qui doit rester un SERVICE public.<\/p>\n<p>Nous ne sommes PAS de simples ressources humaines dont on peut sans limites pr\u00e9cariser et d\u00e9stabiliser les carri\u00e8res. Nous avons majoritairement et d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment choisi de servir l&#8217;int\u00e9r\u00eat collectif et de lutter pour l&#8217;\u00e9galit\u00e9 de l&#8217;acc\u00e8s au savoir et \u00e0 la connaissance.<\/p>\n<p>L&#8217;enseignement doit rester pay\u00e9 par les contribuables et est ainsi un bien collectif sur lequel chaque citoyen(ne) doit avoir un droit de regard puisqu&#8217;il le finance par ses imp\u00f4ts.\u00a0<\/p>\n<p>Notre projet collectif \u00a0s&#8217;inscrit dans la dur\u00e9e et se veut centr\u00e9 sur la seule logique de la formation intellectuelle des \u00e9l\u00e8ves et \u00e9tudiants ,mais nous n&#8217;obtenons jamais les moyens n\u00e9cessaires au d\u00e9ploiement du projet que nous nous sommes choisis.<\/p>\n<p>Si vous croyez que l&#8217;enseignement universitaire est privil\u00e9gi\u00e9, venez constater le surpeuplement des auditoires (1300 \u00e9tudiants \u00e0 mon cours de &#8220;Critique historique&#8221;) les b\u00e2timents v\u00e9tustes, aux carreaux cass\u00e9s et dont parfois le toit fuit (sauf si vous \u00eates inscrit en &#8220;Business School&#8221;) , l&#8217;absence d&#8217;encadrement des \u00e9tudiants pour leurs exercices, la pr\u00e9carisation croissante des carri\u00e8res universitaires au nom de l'&#8221;excellence&#8221;.<\/p>\n<p>L\u00e0 aussi le profit est en passe de devenir l&#8217;unique instrument de mesure et la seule mani\u00e8re de penser d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 marchande.<\/p>\n<p>Les universit\u00e9s sont pri\u00e9es de fournir une main d&#8217;oeuvre habile mais servile dont les entreprises ont besoin et les programmes s&#8217;attachent \u00e0 \u00e9liminer les cours de r\u00e9flexion, inutiles \u00e0 la productivit\u00e9, au profit de ceux qui forment de dociles techniciens.\u00a0<\/p>\n<p>L\u00e0 aussi les professeurs, suppos\u00e9s fraudeurs et paresseux, prestent pour la plupart beaucoup trop d&#8217;heures mais sont de plus en plus \u00e9troitement contr\u00f4l\u00e9s et \u00e9valu\u00e9s, leurs recherches devant \u00eatre &#8220;utiles&#8221; et valoir aux universit\u00e9s des points suppl\u00e9mentaires dans la comp\u00e9tition qui est ouverte entre elles. \u00a0<\/p>\n<p>&#8220;Ne restez pas seuls&#8221; disait le p\u00e9dagogue progressiste C\u00e9lestin Freinet \u00e0 ses \u00e9l\u00e8ves mais surtout aux enseignants.<\/p>\n<p>Pour r\u00e9fl\u00e9chir, s&#8217;exprimer, revendiquer, exiger, analyser et agir, seules comptent les mobilisations collectives.<\/p>\n<p>La journ\u00e9e de l&#8217;APED, devenue le rendez-vous incontournable des enseignants qui refusent d&#8217;accepter dans leur vie professionnelle les diktats injustes d&#8217;un syst\u00e8me en faillite, est un de ces passages du &#8220;je&#8221; indign\u00e9 individuel au &#8220;nous&#8221;, pr\u00eat \u00e0 refuser l&#8217;intrusion dans l&#8217;\u00e9ducation de la logique de march\u00e9 et \u00e0 agir en cons\u00e9quence.\u00a0<\/p>\n<h2>Nico Hirtt : \u00absolidarit\u00e9 Flamands-Francophones, parce que nous partageons les m\u00eames combats\u00bb<\/h2>\n<p>Merci Anne Morelli. La journ\u00e9e de l&#8217;Aped est encore incontournable pour une autre raison : c&#8217;est aujourd&#8217;hui le seul endroit o\u00f9 des enseignants progressistes de tous r\u00e9seaux, de tous niveaux et surtout de toutes les communaut\u00e9s se rencontrent, \u00e9changent et dialoguent.<\/p>\n<p>Il n&#8217;est pas inutile de rappeler comment notre association a vu le jour. C&#8217;\u00e9tait une belle journ\u00e9e ensoleill\u00e9e d&#8217;automne de l&#8217;ann\u00e9e 1995. L&#8217;\u00e9v\u00e9nement qui se produisit ce jour-l\u00e0 est une de ces toutes petites \u00e9tincelles qui peuvent donner naissance \u00e0 de grands projets.<\/p>\n<p>Nous \u00e9tions, nous les professeurs francophones, en train de d\u00e9filer pour la n-\u00e8me fois dans les rues de Namur, contre de nouvelles mesures d&#8217;aust\u00e9rit\u00e9 que planifiait \u00e0 ce moment le gouvernement de la Communaut\u00e9 fran\u00e7aise. Au d\u00e9tour d&#8217;une place, nous les avons vus. Ils \u00e9taient cinq ou six, pas plus de dix en tout cas. Ils \u00e9taient venus d&#8217;Anvers, de Gand, de Courtrai ou de Halle-Vilvorde je ne sais plus. Ils portaient un petit calicot tout simple : &#8220;Vlaamse leerkrachten solidair&#8221;. Nous \u00e9tions \u00e9mus. Mais eux l&#8217;\u00e9taient encore plus : ils ne s&#8217;\u00e9taient pas attendus \u00e0 \u00eatre ovationn\u00e9 comme ils le furent. Car c&#8217;est un tonnerre ininterrompu d&#8217;applaudissement qui les salua tout au long du passage du cort\u00e8ge. Tant est forte cette conviction profonde, en chacun de nous : nous avons besoin de l&#8217;aide, de l&#8217;appui, de la solidarit\u00e9 de nos semblables. Apr\u00e8s la manif, nous avons \u00e9t\u00e9 prendre un verre et, dix jours plus tard, nous lancions notre Appel pour une \u00e9cole d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p>En cette ann\u00e9e 1995, cela faisait cinq ans que la force d&#8217;action des enseignants de ce pays avait \u00e9t\u00e9 bris\u00e9e, irr\u00e9m\u00e9diablement croyait-on, par la communautarisation de l&#8217;enseignement. Au cours des ann\u00e9es 80, la Belgique se d\u00e9battait avec une crise budg\u00e9taire qui n&#8217;\u00e9tait pas beaucoup moins s\u00e9v\u00e8re que ce que conna\u00eet la Gr\u00e8ce aujourd&#8217;hui. De 40% du PIB en 1975, la dette publique \u00e9tait pass\u00e9e \u00e0 100% du PIB dix ans plus tard. Il en allait \u00e0 l&#8217;\u00e9poque comme aujourd&#8217;hui. Les gouvernements tombaient et se reformaient sans cesse sur des questions institutionnelles, pendant que la vraie politique \u00e9tait men\u00e9e en &#8220;stoemelings&#8221;  (les amis \u00e9trangers demanderont la traduction de ce n\u00e9ologisme belge \u00e0 leur voisin le plus proche)&#8212;\u00a0donc hors de tout contr\u00f4le d\u00e9mocratique &#8212;\u00a0par des cabinets en affaires courantes ou dot\u00e9s de pouvoirs sp\u00e9ciaux.<\/p>\n<p>En dix ans, de 1979 \u00e0 1989, les d\u00e9penses publiques d&#8217;enseignement chut\u00e8rent de 7% du PIB \u00e0 5% du PIB, alors m\u00eame que la participation \u00e0 l&#8217;enseignement sup\u00e9rieur explosait. Cela ne leur fut pourtant pas facile. Car tout au long de ces ann\u00e9e, la mobilisation des enseignants et des autres travailleurs du Nord et du Sud du pays fut formidable. Flamands et Francophones se retrouvaient souvent dans les m\u00eame gr\u00e8ves, les m\u00eames cort\u00e8ges.<\/p>\n<p>Il fallait briser cette unit\u00e9, on la brisa donc par la communautarisation de l&#8217;enseignement en 1989.<\/p>\n<p>Depuis lors, notre pays est le seul, au sein de l&#8217;Union europ\u00e9enne, \u00e0 ne pas avoir de ministre f\u00e9d\u00e9ral de l&#8217;\u00e9ducation. Notre pays est le seul, au sein de l&#8217;Union, o\u00f9 les taux d&#8217;encadrement et les d\u00e9penses par \u00e9l\u00e8ve varient si fortement d&#8217;une r\u00e9gion \u00e0 l&#8217;autre. Selon qu&#8217;un enfant na\u00eet \u00e0 Leuven ou \u00e0 Wavre, il aura droit \u00e0 20% de moyens en plus ou en moins pour son \u00e9ducation.<\/p>\n<p>Notre pays est aussi, sans doute, le seul au monde ayant une capitale bilingue mais pas, ou presque pas, d&#8217;enseignement bilingue. A Toronto, vous pouvez aller dans une \u00e9cole bilingue fran\u00e7ais-anglais. Dans certains villages indiens du Canada, les enfants suivent des programmes bilingues anglais-Inuktitu, anglais-blackfoot, fran\u00e7ais-mohawk, anglais-inuit. Au Luxembourg tous les enfants apprennent l&#8217;allemand, le luxembourgeois et le fran\u00e7ais \u00e0 l&#8217;\u00e9cole. Au Tibet, les gamins ont des \u00e9coles mixtes mandarin-tib\u00e9tain, \u00e0 Hong-Kong les cours peuvent \u00eatre donn\u00e9s alternativement en anglais, cantonais et mandarin. A Brest vous avez des \u00e9coles fran\u00e7ais-breton, en Irlande, en \u00e9cosse et au pays de Galles, des \u00e9coles bilingues ga\u00e9liques-anglaises. En Andalousie, au Pays Basque, en Navarre, en Catalogne et en Galice il y a des \u00e9coles bilingues. Sur l&#8217;\u00eele de Hokkaido, on a fond\u00e9 des \u00e9coles o\u00f9 les cours se donnent alternativement en japonais et en langue Ainu locale. Au Liban, en Syrie et en Egypte, la plupart des \u00e9coliers ont des programmes bilingues ou trilingues. En Arizona, en G\u00e9orgie et en Californie, les \u00e9l\u00e8ves peuvent suivre certains cours en espagnol, avec des professeurs form\u00e9s \u00e0 Monterrey au Mexique. Et ne parlons pas des pays africains o\u00f9 presque tous les enfants suivent l&#8217;\u00e9cole dans une langue autre que leur langue maternelle.<br \/>\nMais \u00e0 Bruxelles, la petite capitale multilingue d&#8217;un minuscule pays bilingue, o\u00f9 l&#8217;enseignement est dirig\u00e9 par deux ministres et huit pouvoirs organisateurs, \u00e0 Bruxelles dans sa (grande) p\u00e9riph\u00e9rie (de Charleroi Brussels South \u00e0 Gent-Expo), nous ne parvenons pas \u00e0 mettre en place un enseignement multilingue digne de ce nom! Ici il faut choisir : on est francophone ou n\u00e9\u00e9rlandophone, pas question d&#8217;\u00eatre les deux.<\/p>\n<p>Et si nous refusions de choisir ?<\/p>\n<p>Ma langue maternelle est un dialecte allemand. J&#8217;ai suivi l&#8217;\u00e9cole primaire et secondaire en Flamand. Je travaille et je vis en Wallonie. J&#8217;ai un double passeport, Luxembourgeois et Belge. Pourquoi diable devrai-je restreindre mon identit\u00e9 belge et celle de mes enfants \u00e0 \u00eatre seulement Flamand ou seulement Wallon ?<\/p>\n<p>Quand nous vous avons vu \u00e0 Namur, en ce jour d&#8217;automne 1995, Tino, Hugo, Annemie, Dirk, en train de brandir votre petit calicot, nous avons compris qu&#8217;au del\u00e0 de la b\u00eatise nationaliste, au del\u00e0 des stupidit\u00e9s s\u00e9paratistes, au del\u00e0 de l&#8217;arrogance linguistique, au del\u00e0 des sentiments d&#8217;appartenance \u00e0 une nation ou \u00e0 une culture \u00e9troite, il existait des identit\u00e9s plus fortes. Car la solidarit\u00e9, ce n&#8217;est pas de la compassion avec une victime. La solidarit\u00e9 ce n&#8217;est pas le professeur flamand qui plaint le professeur wallon parce qu&#8217;il travaille dans des conditions encore un peu plus mauvaises que lui. La solidarit\u00e9 c&#8217;est le sentiment profond d&#8217;appartenir \u00e0 une collectivit\u00e9 plus large et plus forte que celle de sa famille, de son \u00e9cole, de sa r\u00e9gion, de sa langue, de son pays. Notre solidarit\u00e9, c&#8217;est celle de tous ceux qui oeuvre \u00e0 rendre ce monde meilleur, contre tous ceux qui s&#8217;acharnent \u00e0 y d\u00e9fendre seulement leurs privil\u00e8ges \u00e9go\u00efstes.<\/p>\n<p>A Namur en 95 vous avez allum\u00e9 une toute petit flamme. A voir le succ\u00e8s de cette journ\u00e9e, elle n&#8217;est pas pr\u00eate de s&#8217;\u00e9teindre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce samedi 22 octobre, l&#8217;Aped organisait ses traditionnelles &#8220;six heures pour l&#8217;\u00e9cole d\u00e9mocratique&#8221;. 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