{"id":1665,"date":"2010-12-09T17:54:01","date_gmt":"2010-12-09T16:54:01","guid":{"rendered":"http:\/\/www.asblonweb.be\/APED\/CM\/?p=1665"},"modified":"2017-03-02T11:41:47","modified_gmt":"2017-03-02T10:41:47","slug":"pisa-cest-toujours-la-catastrophe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/2010\/12\/09\/pisa-cest-toujours-la-catastrophe\/","title":{"rendered":"PISA ? C\u2019est toujours la catastrophe !"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Marie-Dominique Simonet (CDH) et Rudy Demotte (PS) \u00abse f\u00e9licitent\u00bb et \u00abne cachent pas leur satisfaction\u00bb apr\u00e8s la publication des r\u00e9sultats de l\u2019enqu\u00eate PISA 2009. Tout au plus disent-ils vouloir s\u2019abstenir de tout \u00abtriomphalisme\u00bb et \u00abrester modestes\u00bb. Voil\u00e0 bien le discours convenu de la vedette qui sait pavoiser comme il faut : sans en avoir l\u2019air. Mais y a-t-il vraiment de quoi\u00a0? Y aurait-il ne fut-ce qu\u2019une seule raison d\u2019\u00eatre satisfait des r\u00e9sultats de l\u2019enqu\u00eate internationale sur les performances des \u00e9l\u00e8ves ?<\/p>\n<p>L\u2019enqu\u00eate PISA est un thermom\u00e8tre. Avant d\u2019en tirer des le\u00e7ons, il faut s\u2019interroger : qui l\u2019a fabriqu\u00e9 et pour quoi faire ? Que mesure exactement ce thermom\u00e8tre\u00a0? L\u2019initiative des enqu\u00eates PISA provient de l\u2019Organisation pour la Coop\u00e9ration et le D\u00e9veloppement \u00e9conomique (OCDE), un organisme international qui regroupe les pays les plus riches de la plan\u00e8te et qui formule des analyses et des recommandations sur la mani\u00e8re de faire fonctionner au mieux le capitalisme mondial. Comment privatiser les services publics\u00a0? Comment renflouer les banques sans faire mal \u00e0 leurs actionnaires\u00a0? Comment orienter la recherche universitaire pour soutenir le b\u00e9n\u00e9fice des entreprises ? Comment r\u00e9duire la pression fiscale sur le capital et les riches\u00a0? Comment lib\u00e9raliser les march\u00e9s mondiaux\u00a0? Comment diminuer les salaires sans provoquer de r\u00e9volte sociale\u00a0? Voil\u00e0 le genre de questions que se posent les experts de l\u2019OCDE et auxquelles ils trouvent g\u00e9n\u00e9ralement des r\u00e9ponses bien inqui\u00e9tantes pour les simples mortels que nous sommes.<\/p>\n<h2>L&#8217;OCDE et l&#8217;\u00e9cole<\/h2>\n<p>Depuis une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, l\u2019OCDE a aussi commenc\u00e9 \u00e0 s\u2019int\u00e9resser de pr\u00e8s \u00e0 l\u2019enseignement. Avec l\u2019exacerbation de la concurrence, l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration et l&#8217;aggravation des crises du capitalisme mondial, il s\u2019agissait de faire en sorte que les d\u00e9penses de l\u2019Etat pour l\u2019\u00e9ducation r\u00e9pondent le mieux possible aux \u00abbesoins\u00bb de l\u2019\u00e9conomie, entendez : qu\u2019elles servent le mieux possible la comp\u00e9titivit\u00e9 et le profit. Il faut freiner la croissance des d\u00e9penses d\u2019enseignement et r\u00e9orienter les syst\u00e8mes \u00e9ducatifs sur les besoins nouveaux du march\u00e9 du travail : voil\u00e0 la recommandation que formule depuis vingt ans l\u2019OCDE. Or, que r\u00e9clame-t-il ce march\u00e9 du travail\u00a0? Non pas une croissance g\u00e9n\u00e9rale des niveaux de formation, mais leur polarisation : d\u2019un c\u00f4t\u00e9, beaucoup d\u2019emplois hautement qualifi\u00e9s, de l\u2019autre, une masse de \u00abpetits boulots\u00bb dans les secteurs de services. Dans un rapport publi\u00e9 en 2001, l\u2019OCDE \u00e9crit\u00a0: <em>\u00abtous (les \u00e9l\u00e8ves) n\u2019embrasseront pas une carri\u00e8re dans le dynamique secteur de la \u201cnouvelle \u00e9conomie\u201d \u2013 en fait, la plupart ne le feront pas \u2013 de sorte que les programmes scolaires ne peuvent \u00eatre con\u00e7us comme si tous devaient aller loin<\/em>\u00bb [[OECD, What future for our schools, Paris, 2001]]. Il ne faut donc surtout pas aller trop loin dans la d\u00e9mocratisation de l\u2019enseignement. Pas besoin d\u2019avoir \u00e9tudi\u00e9 beaucoup d\u2019histoire, de g\u00e9ographie, des maths et des sciences de haut niveau pour travailler dans un McDo ou pour conduire une camionnette de Coca-Cola. En revanche, insiste l\u2019OCDE, m\u00eame dans ces emplois faiblement qualifi\u00e9s il faudra que les travailleurs soient capables de s\u2019adapter \u00e0 un environnement en changement rapide et il faudra qu\u2019ils puissent facilement passer d\u2019un poste de travail \u00e0 un autre, d\u2019une fonction \u00e0 une autre. Cette \u00abadaptabilit\u00e9\u00bb, cette \u00abemployabilit\u00e9\u00bb sans qualification, devraient \u00eatre acquises avant l\u2019\u00e2ge de 15 ans, par l\u2019exercice de \u00abcomp\u00e9tences de base\u00bb en lecture, langues, math\u00e9matiques, sciences, informatique, etc. Ensuite, \u00e0 partir de 15 ans, on fera le tri de ceux qui \u00abiront loin\u00bb (et qui pourront alors d\u00e9passer les comp\u00e9tences de base), ceux qui apprendront un m\u00e9tier (dans une formation professionnelle \u00e9troite) et ceux qui iront tr\u00e8s vite travailler dans les emplois pr\u00e9caires.<\/p>\n<p>Il y a dix ans, l\u2019OCDE a donc lanc\u00e9 l\u2019initiative PISA, dans le double but d\u2019encadrer et d\u2019encourager la r\u00e9forme de l\u2019enseignement dans ce sens. PISA c\u2019est une batterie de tests standardis\u00e9s qui mesurent \u00e0 quel point les \u00e9l\u00e8ves de 15 ans ont atteint ces comp\u00e9tences de base et rien d\u2019autre. Comme l\u2019explique clairement le rapport que vient de publier l\u2019unit\u00e9 de l\u2019Universit\u00e9 de Li\u00e8ge, qui coordonne l\u2019\u00e9tude PISA en Communaut\u00e9 fran\u00e7aise : <em>\u00abLa question est moins de savoir ce que les \u00e9l\u00e8ves de telle ann\u00e9e peuvent faire, mais bien comment les \u00e9l\u00e8ves de 15 ans sont pr\u00e9par\u00e9s \u00e0 entrer dans la vie adulte. C\u2019est pour cette raison que PISA \u00e9value la culture math\u00e9matique ou scientifique, et pas les math\u00e9matiques ou les sciences. Ce qui pourrait sembler \u00eatre un d\u00e9tail terminologique traduit la volont\u00e9 de l\u2019OCDE de voir si la culture des jeunes en math\u00e9matiques et sciences est suffisante par rapport aux demandes des soci\u00e9t\u00e9s industrialis\u00e9es\u00bb<\/em>[[Baye, A. et all., La lecture \u00e0 15 ans, Premiers r\u00e9sultats de PISA 2009, in \u00abLes cahiers des sciences de l\u2019Education\u00bb n\u00b031, 2010, ASPE-ULg, p 1.]]. En langue maternelle, par exemple, on n\u2019\u00e9value ni les techniques de base, ni l\u2019orthographe, ni la vitesse de lecture, ni la ma\u00eetrise d\u2019un vaste vocabulaire, ni bien s\u00fbr le plaisir que l\u2019on prend \u00e0 lire, ni la qualit\u00e9 de ce qu\u2019on lit, ni l\u2019imagination dont on fait preuve dans la r\u00e9daction d\u2019un texte&#8230; mais principalement la capacit\u00e9 de comprendre un texte dans un contexte directement op\u00e9rationnel. Car c\u2019est cela qui est demand\u00e9 par les march\u00e9s du travail, particuli\u00e8rement dans les emplois \u00e0 faible niveau de qualification.<\/p>\n<p>Si je prends toutes ces pr\u00e9cautions, ce n\u2019est pas pour dire que les donn\u00e9es PISA ne valent rien ou que le travail des scientifiques qui ont pr\u00e9par\u00e9 l\u2019enqu\u00eate aurait \u00e9t\u00e9 mal effectu\u00e9. Au contraire : jamais une \u00e9tude de ce type n\u2019aura \u00e9t\u00e9 conduite avec de tels moyens et un tel souci de rigueur scientifique. Mais il faut comprendre que le thermom\u00e8tre PISA ne peut pas nous apprendre autre chose que ce pour quoi il a \u00e9t\u00e9 con\u00e7u : mesurer des comp\u00e9tences basiques en lecture, en math\u00e9matique et en sciences. PISA ne nous r\u00e9v\u00e9lera pas si les \u00e9l\u00e8ves connaissent l\u2019histoire de la colonisation belge au Congo, s\u2019ils savent \u00e9crire sans faute, s\u2019ils savent concevoir et d\u00e9velopper le plan d\u2019un texte \u00e0 r\u00e9diger, s\u2019ils parviennent \u00e0 m\u00e9moriser des textes ou des formules, s\u2019ils ont entendu parler de Victor Hugo, de la traite des n\u00e8gres, de la Saint-Barth\u00e9l\u00e9my ou de l\u2019ath\u00e9isme, s\u2019ils savent danser, chanter, dessiner, cuisiner, raconter des histoires, engager une discussion s\u00e9rieuse ou banale, s\u2019ils ont un vocabulaire riche ou pauvre, s\u2019ils peuvent utiliser une formule math\u00e9matique en physique ou en \u00e9conomie, s\u2019ils distinguent communisme et fascisme, s\u2019ils savent que les \u00e9oliennes produisent une fraction infime de notre \u00e9lectricit\u00e9,&#8230; Tout ce savoir-l\u00e0, toute cette ignorance-l\u00e0, ne sont pas mesur\u00e9s par PISA. Aussi, quand un quotidien titre que \u00abnotre \u00e9cole progresse\u00bb parce que l\u2019un des trois indicateurs PISA (lecture) est en hausse, on reste perplexe. Et si l\u2019on avait mesur\u00e9 autre chose que ces comp\u00e9tences de base-l\u00e0, aurait-on aussi progress\u00e9 ? Et notre classement aurait-il \u00e9t\u00e9 le m\u00eame ?<\/p>\n<h2>Des classements qui ne disent pas grand chose<\/h2>\n<p>Nous en arrivons ainsi aux r\u00e9sultats de l\u2019enqu\u00eate 2009, qui viennent d\u2019\u00eatre publi\u00e9s, et \u00e0 ce qu\u2019ils nous apprennent r\u00e9ellement pour l\u2019enseignement en Communaut\u00e9 fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Il y a quelques ann\u00e9es, quand furent publi\u00e9s les tout premiers r\u00e9sultats PISA et qu\u2019ils montr\u00e8rent le tr\u00e8s mauvais positionnement moyen des \u00e9l\u00e8ves de la Communaut\u00e9 fran\u00e7aise, nous avons \u00e9crit qu\u2019il fallait \u00eatre tr\u00e8s prudent avec ce type de classements. Qu\u2019ils ne d\u00e9voilaient qu\u2019une toute petite partie de la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019\u00e9cole. Que les comparaisons internationales en la mati\u00e8re \u00e9taient difficiles car elles privil\u00e9giaient forc\u00e9ment les pays dont les programmes et les m\u00e9thodes d\u2019enseignement \u00e9taient davantage ax\u00e9s sur les comp\u00e9tences de base en lecture, math et sciences (fut-ce au d\u00e9triment des connaissances et des comp\u00e9tences dans d\u2019autres domaines) comme c\u2019est le cas en Finlande par exemple. N\u2019en d\u00e9plaise \u00e0 ceux qui aujourd\u2019hui poussent des cris de joie, nous n\u2019allons pas changer notre discours parce qu\u2019un indicateur moyen de lecture a eu la bonne id\u00e9e de monter de 476 \u00e0 490 points.<\/p>\n<p>Que repr\u00e9sentent ces 14 points ? Certes, il s\u2019agit d\u2019un progr\u00e8s, mais son ampleur doit \u00eatre relativis\u00e9e, pour trois raisons.<\/p>\n<p>Premi\u00e8rement, on se souviendra que dans ce genre d\u2019\u00e9tude on n\u2019est jamais \u00e0 l\u2019abri des al\u00e9as de l\u2019\u00e9chantillonnage, des conditions de test, etc. Ce n\u2019est que lorsqu\u2019une \u00e9volution se confirme sur plusieurs enqu\u00eates successives que l\u2019on peut r\u00e9ellement la consid\u00e9rer comme acquise. Rien de tel ici. Dans les quatre enqu\u00eates PISA successives (2000, 2003, 2006, 2009), les points en lecture de la Communaut\u00e9 fran\u00e7aise ont \u00e9t\u00e9 les suivants : 476, 477, 473, 490. Il ne s\u2019agit donc pas d\u2019une croissance r\u00e9guli\u00e8re, qui pourrait t\u00e9moigner d\u2019une \u00e9volution lente mais solide de la qualit\u00e9 de notre enseignement, mais d\u2019une hausse subite et l\u00e9g\u00e8re, dans un domaine seulement et qui demande donc encore \u00e0 \u00eatre confirm\u00e9e.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, on doit se demander dans quelle mesure ce progr\u00e8s, s\u2019il se confirme, t\u00e9moigne uniquement d\u2019un progr\u00e8s dans les comp\u00e9tences des \u00e9l\u00e8ves. Je m\u2019explique : le type de questions pos\u00e9 dans les tests PISA (questions ouvertes ou ferm\u00e9es faisant suite \u00e0 la lecture d\u2019un petit texte) peut \u00eatre un peu d\u00e9sar\u00e7onnant au d\u00e9but, pour des \u00e9l\u00e8ves qui n\u2019ont pas l\u2019habitude de ce type d\u2019\u00e9valuation. C\u2019\u00e9tait le cas de nos \u00e9l\u00e8ves en 2000. Depuis lors, on a introduit toute une panoplie d\u2019outils d\u2019\u00e9valuation que les enseignants sont charg\u00e9s d\u2019utiliser et qui sont tr\u00e8s largement inspir\u00e9s des tests PISA. Dans son essence, la r\u00e9forme des comp\u00e9tences consiste m\u00eame \u00e0 soumettre en permanence les \u00e9tudiants \u00e0 des \u00e9preuves d\u2019\u00e9valuation de ce type. On peut donc s\u2019interroger : nos \u00e9l\u00e8ves lisent-ils r\u00e9ellement mieux ou sont-ils simplement mieux pr\u00e9par\u00e9s par rapport \u00e0 la nature particuli\u00e8re de ces tests ? Bien s\u00fbr, les deux r\u00e9alit\u00e9s se recouvrent largement. Mais pas enti\u00e8rement. Ind\u00e9pendamment de ses comp\u00e9tences objectives en lecture, un \u00e9l\u00e8ve qui a l\u2019habitude des tests de type PISA s\u2019en sortira forc\u00e9ment mieux que celui qui les affronte pour la premi\u00e8re fois.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8mement, il faut rappeler que les performances des \u00e9l\u00e8ves aux tests PISA sont mesur\u00e9es sur une \u00e9chelle de 0 \u00e0 1000, dont la valeur moyenne est d\u2019environ 500 et dont l\u2019\u00e9cart type est de 100 points. Cela signifie que deux tiers des \u00e9l\u00e8ves se situent quelque part entre 400 et 600 points et qu\u2019un tiers se situe au-dessus de 600 ou en dessous de 400 points. C\u2019est par rapport \u00e0 cette \u00e9chelle qu\u2019il faut mesurer l\u2019exploit des 14 points de croissance. Les enseignants, parents et \u00e9l\u00e8ves nous comprendront mieux si l\u2019on traduit cela dans le style d\u2019une \u00e9valuation scolaire traditionnelle\u00a0: l\u2019\u00e9l\u00e8ve Communaut\u00e9 fran\u00e7aise vient de passer de 9,5 sur 20 \u00e0 9,8 sur 20. Pas vraiment de quoi le noyer sous les louanges et les f\u00e9licitations\u00a0! D\u2019autant moins qu&#8217;ailleurs il continue de chuter, passant de 10\/20 \u00e0 9,8\/20 en math\u00e9matiques (de 498 \u00e0 488) et de 9,7\/20 \u00e0 9,6\/20 en sciences (de 486 \u00e0 482).<\/p>\n<p>Arr\u00eatons l\u00e0 ces comparaisons scabreuses. Elles avaient pour seul objectif de montrer ceci : pr\u00e9tendre tirer des enseignements g\u00e9n\u00e9raux sur notre syst\u00e8me \u00e9ducatif \u00e0 partir d\u2019un glissement d\u2019une dizaine de points sur une \u00e9chelle PISA est aussi ridicule que de pr\u00e9tendre \u00e9valuer un \u00e9l\u00e8ve au dixi\u00e8me de point pr\u00e8s sur une unique \u00e9chelle d\u2019\u00e9valuation de 0 \u00e0 20.<\/p>\n<h2>Une machine \u00e0 reproduire les in\u00e9galit\u00e9s<\/h2>\n<p>A vrai dire, les points moyen et leur classement international sont vraiment la le\u00e7on la moins int\u00e9ressante que l\u2019on puisse tirer des enqu\u00eates PISA. Beaucoup plus instructifs et r\u00e9v\u00e9lateurs, sont les \u00e9carts entre \u00e9l\u00e8ves d\u2019un m\u00eame pays. En fait, si l\u2019on consid\u00e8re les r\u00e9sultats de PISA 2009 pour l\u2019ensemble des \u00e9l\u00e8ves des pays de l\u2019OCDE, on voit que seulement 11 % des diff\u00e9rences se situent entre pays, contre pr\u00e8s de 90 % \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de ceux-ci.<\/p>\n<p>D\u2019autre part, les \u00e9carts de performance entre \u00e9l\u00e8ves d\u2019un m\u00eame pays constituent sans doute une donn\u00e9e beaucoup plus significative : si les moyennes nationales peuvent \u00eatre influenc\u00e9es par les sp\u00e9cificit\u00e9s des programmes d\u2019enseignement, ou par l\u2019entrainement des \u00e9l\u00e8ves face \u00e0 ce genre de tests, en revanche on devrait pouvoir supposer que les \u00e9l\u00e8ves d\u2019un m\u00eame pays sont \u00e9gaux face aux tests PISA. Et que les \u00e9carts entre eux mesurent donc r\u00e9ellement des diff\u00e9rences dans les niveaux de ma\u00eetrise des comp\u00e9tences.<\/p>\n<p>Enfin, si l\u2019on examine le syst\u00e8me \u00e9ducatif, non pas avec le souci d\u2019efficacit\u00e9 \u00e9conomique de l\u2019OCDE, mais avec le souci d\u2019\u00e9quit\u00e9 de celui qui voit en l\u2019\u00e9cole un outil d\u2019\u00e9mancipation, c\u2019est bien l\u2019indicateur d\u2019in\u00e9galit\u00e9 des performances qui est le plus important.<\/p>\n<p>Or, dans ce domaine, c\u2019est toujours la m\u00eame catastrophe, que nous d\u00e9noncions d\u00e9j\u00e0 apr\u00e8s la publication de l\u2019enqu\u00eate 2000. Les \u00e9carts sont immenses. Alors que 10% de nos \u00e9l\u00e8ves sont de tr\u00e8s bons lecteurs (niveaux PISA 5 et 6), ce qui nous situe dans une honorable moyenne, on constate \u00e9galement que 23% sont de tr\u00e8s faibles lecteurs (sous le niveau 2). C\u2019est presque le plus mauvais score de toute l\u2019OCDE, \u00e0 l\u2019exception du Mexique. Y a-t-il vraiment de quoi pavoiser lorsqu\u2019un \u00e9l\u00e8ve sur quatre ne parvient m\u00eame pas \u00e0 comprendre de fa\u00e7on rudimentaire un texte tr\u00e8s simple\u00a0? Pour ne rien dire des comp\u00e9tences et connaissances de plus haut niveau, que PISA ne mesure pas&#8230;<\/p>\n<p>Et le pire reste \u00e0 venir. En 2010, comme en 2001, PISA nous apprend que nous avons le triste record mondial du syst\u00e8me \u00e9ducatif o\u00f9 l\u2019influence de l\u2019origine sociale sur les performances des \u00e9l\u00e8ves est la plus forte. Le graphique ci-dessous indique l\u2019\u00e9cart entre le niveau moyen des 25% d\u2019\u00e9l\u00e8ves les plus riches et les 25% les plus pauvres. Non seulement nous obtenons le plus mauvais classement, mais en plus, avec 136 points d\u2019\u00e9cart, nous devan\u00e7ons largement les autres pays figurant en queue de classement. Dans ce domaine, la Flandre fait un peu mieux que la Communaut\u00e9 fran\u00e7aise, m\u00eame si l\u00e0 aussi on enregistre des \u00e9carts de 100 points, pour une moyenne OCDE de 89 points.<\/p>\n<p>\ufffc<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1663\" src=\"http:\/\/www.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2010\/12\/graphe1.jpg\" alt=\"graphe1.jpg\" width=\"625\" height=\"575\" align=\"middle\" srcset=\"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2010\/12\/graphe1.jpg 625w, https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2010\/12\/graphe1-300x276.jpg 300w, https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2010\/12\/graphe1-457x420.jpg 457w\" sizes=\"auto, (max-width: 625px) 100vw, 625px\" \/><\/p>\n<p>Et les r\u00e9sultats de PISA 2009 permettent d\u2019aller encore plus loin. L\u2019in\u00e9galit\u00e9 ne se creuse pas seulement entre \u00e9l\u00e8ves, mais surtout entre \u00e9coles. Il y a en Communaut\u00e9 fran\u00e7aise un \u00e9tablissement sur trois o\u00f9 les scores moyens sont sup\u00e9rieurs \u00e0 ceux de la Cor\u00e9e et de la Finlande (le TOP-2 du classement des scores moyens). Chouette ? Pas du tout, car il y a aussi plein d\u2019\u00e9coles o\u00f9 les r\u00e9sultats sont d\u00e9sastreux : entre les 25% d\u2019\u00e9coles les plus \u00abfortes\u00bb et les 25% d\u2019\u00e9coles les plus \u00abfaibles\u00bb, nous affichons un \u00e9cart de niveaux de performance en lecture qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 151 points, l\u2019un des plus \u00e9lev\u00e9s au monde\u00a0!<br \/>\n\ufffc<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1664\" src=\"http:\/\/www.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2010\/12\/graphe2.jpg\" alt=\"graphe2.jpg\" width=\"612\" height=\"276\" align=\"middle\" srcset=\"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2010\/12\/graphe2.jpg 612w, https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2010\/12\/graphe2-300x135.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 612px) 100vw, 612px\" \/><\/p>\n<p>Le rapport officiel publi\u00e9 par l\u2019Universit\u00e9 de Li\u00e8ge, tout en reconnaissant que <em>\u00abtout n\u2019est pas gagn\u00e9\u00bb<\/em>, conclut n\u00e9anmoins que <em>\u00ables r\u00e9sultats de la Communaut\u00e9 fran\u00e7aise en lecture sont encourageants\u00bb<\/em> (p.17). Les auteurs y voient le signe d\u2019une <em>\u00abmobilisation g\u00e9n\u00e9rale des acteurs de terrain\u00bb<\/em> (dont nous, qui sommes sur le terrain, n\u2019avons pourtant rien remarqu\u00e9) et le succ\u00e8s <em>\u00abdes dispositifs d\u00e9cr\u00e9taux (d\u00e9cret Missions, d\u00e9cret D+, d\u00e9cret Ecole de la r\u00e9ussite, d\u00e9cret 1er degr\u00e9) et des r\u00e9f\u00e9rentiels (Socles de comp\u00e9tences et nouveaux programmes) qui ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9s de mani\u00e8re concomitante ou dans la foul\u00e9e des r\u00e9sultats de PISA 2000\u00bb<\/em>. Certes, les chercheurs li\u00e9geois pointent aussi tr\u00e8s justement les grandes in\u00e9galit\u00e9s relev\u00e9es ci-dessus. Mais c\u2019est bien une vision excessivement optimiste, suscit\u00e9e par les seuls \u00abprogr\u00e8s\u00bb en lecture, qui s\u2019est trouv\u00e9e relay\u00e9e dans la plupart des grands titres de la presse au lendemain de la pr\u00e9sentation de l\u2019\u00e9tude.<\/p>\n<p>La ministre Simonet souhaite manifestement profiter de la croissance marginale des scores PISA en lecture pour glorifier une politique \u00e9ducative pourtant marqu\u00e9e par des programmes illisibles et incoh\u00e9rents, une absence dramatique de moyens dans les premi\u00e8res ann\u00e9es d\u2019\u00e9cole, le refus de s\u2019attaquer s\u00e9rieusement aux vrais tabous (march\u00e9 scolaire, r\u00e9seaux, fili\u00e8res) et un appauvrissement constant du corps enseignant et des \u00e9coles par rapport au reste de la soci\u00e9t\u00e9. Sans doute s\u2019agit-il, au moment o\u00f9 les n\u00e9gociations sociales dans l\u2019enseignement redonnent un peu de voix aux enseignants et \u00e0 leurs organisations syndicales, de donner le change par une tentative de vigoureux cocorico\u00a0!<\/p>\n<p>Mais nous ne serons pas dupes. Pour nous, \u00e0 peu pr\u00e8s rien n\u2019a chang\u00e9 depuis 2000. L\u2019\u00e9cole francophone belge continue d\u2019\u00eatre, avant tout, le plus efficace syst\u00e8me de reproduction des in\u00e9galit\u00e9s sociales qui soit au monde. Ceux qui y trouvent des raisons de se r\u00e9jouir n\u2019ont sans doute pas les m\u00eames conceptions que nous de ce que signifient les mots \u00ab\u00e9duquer\u00bb, \u00abinstruire\u00bb et \u00ab\u00e9manciper\u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Marie-Dominique Simonet (CDH) et Rudy Demotte (PS) \u00abse f\u00e9licitent\u00bb et \u00abne cachent pas leur satisfaction\u00bb apr\u00e8s la publication des r\u00e9sultats de l&#8217;enqu\u00eate PISA 2009. Tout au plus disent-ils vouloir s&#8217;abstenir de tout \u00abtriomphalisme\u00bb et \u00abrester modestes\u00bb. Voil\u00e0 bien le discours convenu de la vedette qui sait pavoiser comme il faut : sans en avoir l&#8217;air. Mais y a-t-il vraiment de quoi\u00a0?<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":7716,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-1665","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1665","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1665"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1665\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/7716"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1665"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1665"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1665"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}