{"id":1501,"date":"2010-02-28T16:43:03","date_gmt":"2010-02-28T15:43:03","guid":{"rendered":"http:\/\/www.asblonweb.be\/APED\/CM\/?p=1501"},"modified":"2017-02-20T12:28:50","modified_gmt":"2017-02-20T11:28:50","slug":"une-autre-education-a-lenvironnement-est-possible","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/2010\/02\/28\/une-autre-education-a-lenvironnement-est-possible\/","title":{"rendered":"Une autre \u00e9ducation \u00e0 l&#8217;environnement est possible"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">En paraphrasant le slogan altermondialiste, nous pourrions affirmer que quelque chose d&#8217;autre est possible, et souhaitable, que l&#8217;\u00ab \u00e9ducation relative \u00e0 l&#8217;environnement &#8211; ErE \u00bb (en Belgique) ou l&#8217;\u00ab \u00e9ducation au d\u00e9veloppement durable &#8211; EDD \u00bb (en France), deux d\u00e9marches bien implant\u00e9es et consid\u00e9r\u00e9es aujourd&#8217;hui comme la panac\u00e9e. Non qu&#8217;elles soient d\u00e9nu\u00e9es d&#8217;int\u00e9r\u00eat, mais elles ne sont pas \u00e0 la hauteur des enjeux. Flash-back.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-1500\" src=\"http:\/\/www.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2010\/02\/arton1180.jpg\" width=\"144\" height=\"131\" \/><\/p>\n<p>Depuis quelques ann\u00e9es, le discours des classes dominantes sur l&#8217;\u00e9cologie a chang\u00e9. Du simple d\u00e9ni, il est pass\u00e9 au souci de ne pas rater la n\u00e9cessaire transition vers une \u00e9conomie, toujours productiviste, mais qui cette fois tien(drai)t compte des contraintes naturelles. Pour poursuivre l&#8217;accumulation infinie de capital dans ce nouveau contexte, l&#8217;oligarchie et leurs affid\u00e9s publicitaires ont invent\u00e9 le <em>greenwashing<\/em> (ou \u00e9co-blanchiment), dernier avatar du \u00ab d\u00e9veloppement durable \u00bb, expression oxymorique n\u00e9e en 1987 aux Nations unies. Transpos\u00e9 dans l&#8217;enseignement, le <em>greenwashing<\/em> a accouch\u00e9 d&#8217;une strat\u00e9gie : l&#8217;ErE, qui ne questionne pas, ou si peu, les postulats \u00e9conomicistes, utilitaristes, progressistes, technoscientistes, pour tout dire <em>lib\u00e9raux<\/em>, qui ont fond\u00e9 notre modernit\u00e9 depuis trois si\u00e8cles. Au temps des catastrophes \u00e0 venir &#8211; sentiment d\u00e9sormais apodictique &#8211;, l&#8217;ErE appara\u00eet comme une d\u00e9marche frileuse, na\u00efvement prophylactique et gentiment citoyenniste qui ne risque pas de menacer les pouvoirs \u00e9tablis et les rentes de situation de certains. Le regrett\u00e9 philosophe Paul Gimeno y voyait une \u00ab ruse \u00e9cotechniciste \u00bb qui ferait de l&#8217;\u00e9ducation relative \u00e0 l&#8217;environnement un moyen de discipliner l&#8217;individu avec l&#8217;objectif de promouvoir les attitudes et les comportements qui conviennent au capitalisme industriel.(1)<\/p>\n<p>On ne s&#8217;\u00e9tonnera pas que nombre d&#8217;acteurs de l&#8217;enseignement l&#8217;aient ainsi adopt\u00e9e avec plus ou moins d&#8217;enthousiasme, puisqu&#8217;ils sont aujourd&#8217;hui, en grande majorit\u00e9, issus de la petite-bourgeoisie, et \u00e0 ce titre, ont tendance \u00e0 s&#8217;identifier aux gagnants provisoires du jeu socio-\u00e9conomique. Or l&#8217;enseignement, face \u00e0 l&#8217;urgence \u00e9cologique, a besoin de remuer les plis ordonn\u00e9s de la bonne conscience citoyenne, qui s&#8217;inculque d\u00e8s l&#8217;\u00e9cole fondamentale. Le \u00ab d\u00e9veloppement durable \u00bb (et son \u00e9ducation scolaire) a <em>d\u00e9politis\u00e9<\/em> la question \u00e9cologique en la mutualisant (\u00ab chacun est responsable de l&#8217;avenir de la plan\u00e8te \u00bb, dit-il), sans d\u00e9signer le principal responsable : l&#8217;\u00e9conomie capitaliste de march\u00e9, aujourd&#8217;hui globalis\u00e9e. C&#8217;est elle qui, dans sa volont\u00e9 de contrer la baisse tendancielle du taux de profit, a conquis toujours davantage de territoires jusque-l\u00e0 rest\u00e9s \u00e0 l&#8217;abri de ses pr\u00e9dations : l&#8217;enseignement, les brevets sur le vivant, les nanotechnologies, bient\u00f4t les ressources naturelles de l&#8217;Arctique et des hauts plateaux de Bolivie, etc. Ce que l&#8217;on appelle par euph\u00e9misme les \u00ab probl\u00e8mes \u00e9cologiques \u00bb sont avant tout le reflet de l&#8217;omni-marchandisation du monde. <\/p>\n<p>Cependant, c&#8217;est \u00e0 tous les productivismes qu&#8217;il faut d\u00e9clarer la guerre intellectuelle, y compris dans leur version socialiste et internationaliste, toujours port\u00e9e par une bonne partie de la gauche de gauche. Le mythe occidental mat\u00e9rialiste &#8211; \u00e0 la fois lib\u00e9ral et marxiste &#8211; du d\u00e9veloppement et de la soci\u00e9t\u00e9 d&#8217;abondance n&#8217;adviendra pas faute de ressources naturelles en quantit\u00e9 suffisante, et d&#8217;ailleurs tant mieux : une telle soci\u00e9t\u00e9 n&#8217;est pas non plus \u00e9thiquement souhaitable. Parce que l&#8217;humanit\u00e9 a, une fois de plus, besoin d&#8217;un nouveau paradigme d\u00e9barrass\u00e9 des institutions imaginaires de la soci\u00e9t\u00e9 qui apparaissent, avec le recul, les plus nuisibles pour la collectivit\u00e9, par exemples : le culte de la croissance infinie ; la foi dans l&#8217;in\u00e9luctabilit\u00e9 du Progr\u00e8s lin\u00e9aire et universel ; l&#8217;expansion illimit\u00e9e de la ma\u00eetrise rationnelle du monde par la Science et la Technique (ce que Heidegger appelait \u00ab l&#8217;arraisonnement \u00bb) ; l&#8217;axiomatique de l&#8217;int\u00e9r\u00eat propre (et \u00e9go\u00efste) chez les individus ; la civilisation commer\u00e7ante consid\u00e9r\u00e9e comme la derni\u00e8re \u00e9tape de l&#8217;\u00e9volution historique de l&#8217;humanit\u00e9 (apr\u00e8s la chasse, l&#8217;\u00e9levage et l&#8217;agriculture), la pens\u00e9e cyclique (et quasi-magique) qui permet de (se) masquer la lin\u00e9arit\u00e9 du temps historique(2), la mondialisation vue comme une eschatologie, etc. Ces croyances et axiomes, issus de la pens\u00e9e grecque, du jud\u00e9o-christianisme et de l&#8217;esprit des Lumi\u00e8res, ensuite recycl\u00e9s par notre mentalit\u00e9 hypermoderne, sont l\u00e9gions. C&#8217;est une \u00ab d\u00e9colonisation de l&#8217;imaginaire \u00bb, selon l&#8217;expression de Serge Latouche, qu&#8217;il est urgent d&#8217;initier envers les nouvelles g\u00e9n\u00e9rations, \u00e0 vrai dire un vaste chantier philosophique qui devrait enthousiasmer tout enseignant digne de ce nom. Encore faut-il que les professeurs aient pr\u00e9alablement d\u00e9colonis\u00e9 leur propre imaginaire, ce dont on peut douter en observant leur mode de vie conformiste et consum\u00e9riste, en contradiction avec l&#8217;exigence \u00e9cologique et sociale.(3) Aucun espoir n&#8217;est permis sans sevrage par rapport \u00e0 \u00ab l&#8217;esprit du capitalisme \u00bb chez les \u00e9ducateurs, sans autosocioanalyse (cf. Alain Accardo) de leur part, d\u00e9marche qui permettra de mettre \u00e0 jour les m\u00e9canismes int\u00e9rioris\u00e9s qui font spontan\u00e9ment adh\u00e9rer \u00e0 l&#8217;ordre \u00e9tabli. Quant aux quelques enseignants d\u00e9sob\u00e9issants, lucides et radicaux, ils subissent souvent les remontrances de leur hi\u00e9rarchie.<\/p>\n<p>En supposant ces deux d\u00e9marches entam\u00e9es et suivies avec une assiduit\u00e9 comparable \u00e0 celle d&#8217;une cure de d\u00e9sintoxication, on peut commencer \u00e0 imaginer que les enseignants s&#8217;investissent de la mission de faire \u00e9merger cette nouvelle r\u00e9flexion, en privil\u00e9giant le p\u00f4le \u00e9mancipateur de l&#8217;\u00c9cole plut\u00f4t que son versant int\u00e9grateur au monde tel qu&#8217;il est. Que peuvent-ils attendre d&#8217;un pouvoir politique qui fonctionne en connivence avec les puissances \u00e9conomiques et leurs groupes de pression(4) ? Et des directions d&#8217;\u00e9tablissement, qui ob\u00e9issent habituellement \u00e0 l&#8217;autorit\u00e9 publique ? Aux enseignants de prendre les devants en profitant de leur relative libert\u00e9 de parole et en d\u00e9passant la paralysie induite par l&#8217;interaction sp\u00e9culaire. L&#8217;enseignement appartient avant tout \u00e0 ceux qui le dispensent en classe et secondairement \u00e0 ceux qui le pilotent tant bien que mal depuis les cabinets minist\u00e9riels. Que les professeurs puissent faire la diff\u00e9rence, c&#8217;est le pari que fait l&#8217;APED, pari encore plus hasardeux quand on prend en consid\u00e9ration les autres acteurs de l&#8217;\u00c9cole que sont les \u00e9l\u00e8ves et leurs parents. Les premiers, tremp\u00e9s dans le liquide amniotique publicitaire depuis le berceau, sont d\u00e8s le d\u00e9part culturellement d\u00e9sarm\u00e9s pour r\u00e9sister \u00e0 la d\u00e9composition soci\u00e9tale en cours ; les seconds se comportent de plus en plus comme une client\u00e8le qui attend d&#8217;\u00eatre satisfaite ou rembours\u00e9e. Les enseignants qui n&#8217;ont pas renonc\u00e9 \u00e0 transmettre le flambeau de la r\u00e9sistance disposent de peu de temps avant que les derniers espaces de libert\u00e9 ne se contractent par l&#8217;action, insidieuse et d\u00e9termin\u00e9e, du nouvel \u00c9tat s\u00e9curitaire qui aide le capitalisme \u00e0 muter pour survivre. Pour le moment, en Belgique francophone, ils sont toujours visit\u00e9s par des inspecteurs du minist\u00e8re ; au Royaume-Uni, l&#8217;inspection des \u00e9coles primaires est sous-trait\u00e9e \u00e0 des soci\u00e9t\u00e9s priv\u00e9es depuis 1993&#8230; <\/p>\n<p>Pourquoi et comment en sommes-nous arriv\u00e9s l\u00e0 ? \u00ab Nous \u00bb, les Occidentaux. Que faire maintenant ? Voil\u00e0 les deux questions fondamentales que les p\u00e9dagogues seraient bien inspir\u00e9s de poser successivement \u00e0 leurs \u00e9l\u00e8ves. Il ne suffit d\u00e9sormais plus d&#8217;enseigner les valeurs de la r\u00e9sistance &#8211; dans le meilleur des cas ! &#8211;, mais de r\u00e9sister personnellement et activement.<\/p>\n<p>NOTES<br \/>\n1. Cf. Paul Gimeno, <em>Pour une \u00e9cologie de l&#8217;\u00e9ducation<\/em>, Labor, 2003. <\/p>\n<p>2. Comme les cycles de Kondratieff qui donnent encore l&#8217;illusion que l&#8217;on va s&#8217;en sortir quasi \u00ab naturellement \u00bb.<\/p>\n<p>3. Cette ali\u00e9nation des classes moyennes a \u00e9t\u00e9 brillamment \u00e9tudi\u00e9e aux \u00c9tats-Unis par Christopher Lasch (<em>La culture du narcissisme<\/em>, Climats, 2000 ; <em>Le moi assi\u00e9g\u00e9<\/em>, Climats, 2008), en France par Alain Accardo (<em>Le petit bourgeois gentilhomme. Sur les pr\u00e9tentions h\u00e9g\u00e9moniques des classes moyenne<\/em>, Agone, 2009) et Jean Luc Debry (<em>Tous propri\u00e9taires ! Du triomphe des classes moyennes<\/em>, Homnisph\u00e8re, 2008) ; Bernard Stiegler parle, lui, d&#8217;une \u00ab organisation syst\u00e9mique de l&#8217;irresponsabilit\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p>4. Pour s&#8217;en convaincre, voir la \u00ab strat\u00e9gie pour l&#8217;\u00e9ducation au d\u00e9veloppement durable \u00bb, du Grenelle de l&#8217;environnement : www.cge.asso.fr\/presse\/Strategie_pour_l-education_au_DD.pdf<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En paraphrasant le slogan altermondialiste, nous pourrions affirmer que quelque chose d&#8217;autre est possible, et souhaitable, que l&#8217;\u00ab \u00e9ducation relative \u00e0 l&#8217;environnement &#8211; ErE \u00bb (en Belgique) ou l&#8217;\u00ab \u00e9ducation au d\u00e9veloppement durable &#8211; EDD \u00bb (en France), deux d\u00e9marches bien implant\u00e9es et consid\u00e9r\u00e9es aujourd&#8217;hui comme la panac\u00e9e. 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