{"id":1491,"date":"2010-02-20T15:53:46","date_gmt":"2010-02-20T14:53:46","guid":{"rendered":"http:\/\/www.asblonweb.be\/APED\/CM\/?p=1491"},"modified":"2010-02-20T15:53:46","modified_gmt":"2010-02-20T14:53:46","slug":"apocalypse-ou-la-negation-de-lesprit-critique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/2010\/02\/20\/apocalypse-ou-la-negation-de-lesprit-critique\/","title":{"rendered":"&#8220;Apocalypse&#8221; ou la n\u00e9gation de l&#8217;esprit critique"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Personne n&#8217;aura \u00e9chapp\u00e9 au battage m\u00e9diatique qui accompagnait la diffusion du documentaire &#8220;Apocalypse&#8221;, consacr\u00e9 \u00e0 la seconde guerre mondiale. Un battage payant, puisque les six \u00e9pisodes ont valu \u00e0 la RTBF d&#8217;excellents scores \u00e0 l&#8217;audimat. En France, pas moins de six \u00e0 sept millions de t\u00e9l\u00e9spectateurs ont \u00e9t\u00e9 scotch\u00e9s devant leur \u00e9cran. La s\u00e9rie a imm\u00e9diatement \u00e9t\u00e9 disponible en DVD, ce qui lui promet une diffusion plus large encore. Notamment dans les cours d&#8217;histoire. Dommage car, comme le souligne Lionel Richard dans le Monde diplomatique de novembre 2009, cette s\u00e9rie documentaire donne &#8220;\u00e0 voir, mais pas \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir&#8221;(1). A l&#8217;exact oppos\u00e9 de la citoyennet\u00e9 critique que l&#8217;\u00e9cole est cens\u00e9e promouvoir &#8230;<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-1490\" src=\"http:\/\/www.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2010\/02\/arton1175.jpg\" width=\"195\" height=\"147\" srcset=\"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2010\/02\/arton1175.jpg 195w, https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2010\/02\/arton1175-80x60.jpg 80w\" sizes=\"auto, (max-width: 195px) 100vw, 195px\" \/><\/p>\n<p>&#8220;Chapelet de poncifs&#8221;, &#8220;simplification caricaturale&#8221;, truff\u00e9 d&#8217;erreurs historiques grossi\u00e8res, d&#8217;insinuations non justifi\u00e9es et d&#8217;omissions. Au total, une &#8220;absence de respect intellectuel envers les t\u00e9l\u00e9spectateurs&#8221;. Le jugement de L. Richard, sp\u00e9cialiste du nazisme et de l&#8217;histoire culturelle, Professeur honoraire des universit\u00e9s et collaborateur r\u00e9gulier au Magazine litt\u00e9raire, au Monde diplomatique et \u00e0 l&#8217;Encyclopaedia Universalis, est tr\u00e8s s\u00e9v\u00e8re.<\/p>\n<p>Notez que les r\u00e9alisateurs ne s&#8217;en cachaient pas : leur intention n&#8217;\u00e9tait pas de faire une lecture nouvelle de l&#8217;histoire de la Seconde guerre. Ils voulaient s\u00e9duire le public le plus large possible, en mettant l&#8217;accent sur des images d&#8217;archives coloris\u00e9es et sonoris\u00e9es de mani\u00e8re in\u00e9dite. Pourquoi pas, somme toute ? Ne sommes-nous pas dans la soci\u00e9t\u00e9 de l&#8217;image &#8230;<\/p>\n<p>Malheureusement, et c&#8217;est en cela qu&#8217;ils heurtent notre conception de la citoyennet\u00e9 critique, leur travail alimente une vision de l&#8217;histoire pour le moins simpliste et id\u00e9ologiquement orient\u00e9e. Et c&#8217;est grave dans la mesure o\u00f9, justement, ils ont touch\u00e9 des millions de citoyens, les confortant par la m\u00eame occasion dans une s\u00e9rie de contre-v\u00e9rit\u00e9s, vu l&#8217;absence criante d&#8217;une prise de distance par rapport \u00e0 ce qui est annonc\u00e9 comme un &#8220;\u00e9v\u00e9nement&#8221;.<\/p>\n<p>Richard note qu&#8217;aucun historien n&#8217;appara\u00eet au g\u00e9n\u00e9rique ! La combinaison de s\u00e9quences reconstruites \u00e0 partir de films d&#8217;archives majoritairement issus des organes de propagande des diff\u00e9rents camps conduit \u00e0 un &#8220;manque intrins\u00e8que de v\u00e9rit\u00e9&#8221;. Un seul exemple ici (mais il y en a bien d&#8217;autres dans son article) : sur le front de l&#8217;Est, il y a une masse d&#8217;images tourn\u00e9es par les nazis, et presque rien pour illustrer le point de vue russe; \u00e0 peine vingt secondes pour la population de Leningrad, pourtant assi\u00e9g\u00e9e de 1941 \u00e0 1944.<\/p>\n<p>Mais le plus d\u00e9sastreux n&#8217;est pas l\u00e0. Il r\u00e9side dans le noyau m\u00eame du discours qui est tenu aux t\u00e9l\u00e9spectateurs tout au long du documentaire. Le film alimente la fable &#8211; car c&#8217;en est une &#8211; selon laquelle 40-45 n&#8217;aurait \u00e9t\u00e9 qu&#8217;un choc entre deux totalistarismes, le nazisme et le communisme, incarn\u00e9s par Hitler et Staline. Les d\u00e9mocraties \u00e9tant comme paralys\u00e9es et victimes de cette confrontation. Voil\u00e0 une r\u00e9\u00e9criture de l&#8217;histoire bien commode au moins \u00e0 deux niveaux. Un : en renvoyant dos \u00e0 dos nazisme et communisme, le film s&#8217;inscrit dans un courant tr\u00e8s consensuel, qui ne choque (quasi) personne et lui garantit une diffusion maximale (et cette strat\u00e9gie est effectivement payante). Deux : en occultant l&#8217;arri\u00e8re-plan \u00e9conomique et social (de l&#8217;Allemagne), l&#8217;appui des industriels aux nazis, les tergiversations des gouvernements fran\u00e7ais et britanniques (leurs suputations et leur anticommunisme), l&#8217;opportunisme des Etats-Unis qui auront attendu le bon moment pour tirer les marrons du feu, etc., les auteurs cachent les contradictions relatives au r\u00f4le et aux responsabilit\u00e9s des &#8220;d\u00e9mocraties&#8221;. Ainsi la th\u00e8se de ce film sert-elle parfaitement le maintien &#8211; aujourd&#8217;hui &#8211; des r\u00e9gimes de d\u00e9mocratie de march\u00e9. Autrement dit, tant que le slogan &#8220;lutter contre tous les totalitarismes&#8221; restera l&#8217;alpha et l&#8217;om\u00e9ga de la &#8220;pens\u00e9e&#8221; d&#8217;une majorit\u00e9 de citoyens, les chances resteront nulles de les voir se lever pour critiquer le syst\u00e8me actuel et lutter pour un monde plus juste. <\/p>\n<p>Il nous semble \u00e9vident, enfin, qu&#8217;il y a une v\u00e9ritable filiation entre ce genre de document et certains films r\u00e9cents portant notamment sur le d\u00e9fi \u00e9cologique. Nous pensons \u00e0 des films comme &#8220;Home&#8221;, de Yann-Arthus Bertrand. M\u00eame battage m\u00e9diatique, m\u00eame fa\u00e7on de d\u00e9douaner le capitalisme de ses responsabilit\u00e9s, m\u00eame tendance \u00e0 culpabiliser l&#8217;individu au d\u00e9triment d&#8217;une r\u00e9elle critique du syst\u00e8me. Alors, faut-il y voir une strat\u00e9gie concert\u00e9e ? Ou ces auteurs s&#8217;inscrivent-ils tout simplement dans la pens\u00e9e consensuelle qui fa\u00e7onne l&#8217;id\u00e9ologie dominante depuis la fin des Golden Sixties ? Quoiqu&#8217;il en soit, qu&#8217;ils agissent sciemment ou avec un manque total d&#8217;esprit critique, leur travail est n\u00e9faste puisqu&#8217;il brouille les pistes (non, les citoyens lambdas ne portent pas la m\u00eame responsabilit\u00e9 que les propri\u00e9taires et autres capitaines d&#8217;entreprises multinationales). Ce faisant, ils retardent le moment o\u00f9 les mouvements sociaux se mettront en marche pour \u00e9difier un monde r\u00e9gi par le souci du bien commun.<\/p>\n<p>Note 1. <em>L. Richard, &#8220;Apocalypse&#8221; ou l&#8217;histoire malmen\u00e9e, dans le Monde diplomatique, novembre 2009<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Personne n&#8217;aura \u00e9chapp\u00e9 au battage m\u00e9diatique qui accompagnait la diffusion du documentaire &#8220;Apocalypse&#8221;, consacr\u00e9 \u00e0 la seconde guerre mondiale. Un battage payant, puisque les six \u00e9pisodes ont valu \u00e0 la RTBF d&#8217;excellents scores \u00e0 l&#8217;audimat. En France, pas moins de six \u00e0 sept millions de t\u00e9l\u00e9spectateurs ont \u00e9t\u00e9 scotch\u00e9s devant leur \u00e9cran. La s\u00e9rie a imm\u00e9diatement \u00e9t\u00e9 disponible en DVD, ce qui lui promet une diffusion plus large encore. Notamment dans les cours d&#8217;histoire. Dommage car, comme le souligne Lionel Richard dans le Monde diplomatique de novembre 2009, cette s\u00e9rie documentaire donne &#8220;\u00e0 voir, mais pas \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir&#8221;(1). 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