{"id":144,"date":"2003-07-16T00:00:00","date_gmt":"2003-07-15T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.asblonweb.be\/APED\/CM\/?p=144"},"modified":"2017-01-13T16:42:00","modified_gmt":"2017-01-13T15:42:00","slug":"une-ecole-sanctuaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/2003\/07\/16\/une-ecole-sanctuaire\/","title":{"rendered":"Une \u00e9cole-sanctuaire\u00a0?"},"content":{"rendered":"<p>A la mont\u00e9e des violences au sein des \u00e9tablissements scolaires, r\u00e9pond une volont\u00e9 de clore ces espaces par tous les moyens disponibles, en esp\u00e9rant ainsi les prot\u00e9ger des agressions du monde ext\u00e9rieur. Mais n&#8217;est-ce pas un souhait bien vain\u00a0?<br \/>\nUne approche syst\u00e9mique permet de consid\u00e9rer chaque \u00e9tablissement comme un syst\u00e8me, inclus avec d&#8217;autres syst\u00e8mes semblables ou comparables dans un ensemble social plus vaste, et en interrelations avec le tout. Ce qui signifie que, comme une cellule, son identit\u00e9 est prot\u00e9g\u00e9e par une &#8221;\u00a0fronti\u00e8re\u00a0&#8220;, mais que celle-ci doit \u00eatre perm\u00e9able afin de permettre les \u00e9changes indispensables avec l&#8217;environnement. C&#8217;est ainsi que, si nous consid\u00e9rons le syst\u00e8me \u00e9ducatif d&#8217;avant les ann\u00e9es soixante, l&#8217;\u00e9cole primaire, destin\u00e9e \u00e0 un public populaire, communiquait avec ce milieu social, tandis que les coll\u00e8ges et lyc\u00e9es n&#8217;\u00e9changeaient qu&#8217;avec la bourgeoisie, et ceci d\u00e8s les petites classes pr\u00e9parant, en interne, \u00e0 l&#8217;entr\u00e9e en 6\u00e8. Cette dichotomie scolaire refl\u00e9tait parfaitement la coupure sociale et les cultures propres \u00e0 chaque groupe. Aussi y avait-il une suffisante ad\u00e9quation entre les structures scolaires et leur public respectif, les \u00e9l\u00e8ves retrouvant les valeurs, les r\u00e9f\u00e9rences, les mani\u00e8res d&#8217;\u00eatre et les comportements, voire les savoirs de base propres \u00e0 leur milieu social. En un mot\u00a0: l&#8217;habitus, selon Bourdieu. C&#8217;est dire que les relations entre milieu scolaire et milieu social respectifs ne pr\u00e9sentaient gu\u00e8re de probl\u00e8me, chacun restant chez soi en quelque sorte et y trouvant globalement ce qui lui convenait. L&#8217;\u00e9cole n&#8217;\u00e9tait donc pas un lieu ferm\u00e9 contrairement \u00e0 ce qu&#8217;elle apparaissait aux yeux de beaucoup.<br \/>\nQue voulaient les dominants en ouvrant en grand l&#8217;acc\u00e8s du coll\u00e8ge \u00e0 tous les enfants, quel que soit leur milieu social\u00a0? Sans doute r\u00e9pondre \u00e0 la pression sociale, mais en m\u00eame temps satisfaire la demande de l&#8217;\u00e9conomie capitaliste dont la croissance exigeait \u00e0 pr\u00e9sent une main d&#8217;\u0153uvre mieux form\u00e9e et plus nombreuse, capable d&#8217;utiliser les nouvelles techniques mises au point. Certes, le risque \u00e9tait de permettre aux enfants du peuple d&#8217;acc\u00e9der \u00e0 des connaissances plus \u00e9tendues, et donc \u00e0 un certain pouvoir, le tout r\u00e9serv\u00e9 jusqu&#8217;alors aux classes dominantes. Mais ne pouvait-on pas tabler sur la puissance de la domination symbolique pour maintenir \u00e0 une place hi\u00e9rarchique convenable les nouveaux &#8221;\u00a0\u00e9lus\u00a0&#8221;\u00a0? C&#8217;est bien ce qui s&#8217;\u00e9tait pass\u00e9 lorsqu&#8217;on avait permis l&#8217;entr\u00e9e au compte-gouttes, au sein des lyc\u00e9es, de quelques brillants sujets tri\u00e9s et pr\u00e9par\u00e9s par les ma\u00eetres du primaire.\u00a0Ces &#8221;\u00a0boursiers\u00a0&#8220;, isol\u00e9s et quelque peu m\u00e9pris\u00e9s par leurs nouveaux camarades, voire certains professeurs, avaient d\u00fb s&#8217;efforcer de &#8221;\u00a0m\u00e9riter\u00a0&#8221; leur pr\u00e9sence parmi &#8221;\u00a0l&#8217;\u00e9lite\u00a0&#8220;, s&#8217;impr\u00e9gner de valeurs qui leur \u00e9taient \u00e9trang\u00e8res, tout en restant modestes. Et cette int\u00e9gration, limit\u00e9e en nombre, avait fort bien abouti, la classe dominante r\u00e9ussissant ainsi, \u00e0 divers niveaux, \u00e0 soustraire des intelligences aux domin\u00e9s et \u00e0 se les approprier.<br \/>\nEncourag\u00e9e par ce succ\u00e8s, la bourgeoisie pensa pouvoir accentuer sans risque l&#8217;op\u00e9ration d&#8217;abord en entrouvrant les portes du coll\u00e8ge \u00e0 l&#8217;aide d&#8217;un examen d&#8217;entr\u00e9e\u00a0&#8221;\u00a0pour tous\u00a0&#8220;, puis en les ouvrant toutes grandes mais en instituant des &#8221;\u00a0fili\u00e8res\u00a0&#8220;, enfin en organisant le &#8221;\u00a0coll\u00e8ge unique\u00a0&#8220;, tablant sans doute sur la s\u00e9lection que ne manqueraient pas d&#8217;op\u00e9rer des \u00e9tudes qui avaient \u00e9t\u00e9 pens\u00e9es pour des enfants de la bourgeoisie, en ad\u00e9quation avec leur culture, laquelle \u00e9tait \u00e9trang\u00e8re aux enfants des milieux populaires. C&#8217;\u00e9tait sans compter sur l&#8217;effet amplificateur d&#8217;une r\u00e9troaction positive pourtant pr\u00e9visible, un nombre croissant de jeunes demandant \u00e0 continuer des \u00e9tudes, sans avoir souvent de projet pr\u00e9cis, mais esp\u00e9rant ainsi assurer un avenir qui s&#8217;annon\u00e7ait de plus en plus incertain. C&#8217;\u00e9tait \u00e9galement ne pas tenir compte de la frustration insupportable qui ne manquerait pas d&#8217;affecter tous ceux, nombreux, que le syst\u00e8me jugerait inaptes \u00e0 la poursuite d&#8217;un scolarit\u00e9 dite &#8221;\u00a0longue\u00a0&#8221; et qu&#8217;il sanctionnerait en les dirigeant, bon gr\u00e9 mal gr\u00e9, vers une formation professionnelle courte. Le ch\u00f4mage s&#8217;amplifiant, la conscience d&#8217;\u00eatre des laiss\u00e9s-pour-compte\u00a0engendra bien des aigreurs, des refus, et ne tarda pas \u00e0 alimenter les r\u00e9voltes et les violences d&#8217;aujourd&#8217;hui. Le public &#8221;\u00a0ext\u00e9rieur\u00a0&#8221; (souvent d&#8217;anciens \u00e9l\u00e8ves) qui p\u00e9n\u00e8tre dans l&#8217;enceinte scolaire manifeste ainsi le d\u00e9sir d&#8217;exercer des repr\u00e9sailles envers un syst\u00e8me qui les a humili\u00e9s et exclus.<br \/>\nL&#8217;institution scolaire tout enti\u00e8re, d\u00e9sempar\u00e9e, s&#8217;affole. Elle brandit, en vain, des sanctions, puis songe \u00e0 clore chacun de ses \u00e9tablissements esp\u00e9rant ainsi en interdire l&#8217;acc\u00e8s aux &#8221;\u00a0personnes ext\u00e9rieures\u00a0&#8221; ind\u00e9sirables et dangereuses. Mais secr\u00e8tement il y a plus. Le souci des dominants est de garder le contr\u00f4le d&#8217;une formation qu&#8217;ils ont eux-m\u00eames mise en place et qui alimente la reproduction de la division sociale. Il n&#8217;est donc pas question de permettre que s&#8217;\u00e9labore et se d\u00e9veloppe une autre culture, par cons\u00e9quent de reconna\u00eetre aux jeunes contestataires un statut autre que celui de l&#8217;\u00e9l\u00e8ve traditionnel. Pour cela, il convient de maintenir l&#8217;em- prise id\u00e9ologique par la fermeture du syst\u00e8me \u00e0 tout apport culturel non officialis\u00e9, \u00e0 tout comportement bafouant les pratiques non conformes aux r\u00e8glements impos\u00e9s par l&#8217;orthodoxie. L&#8217;\u00e9cole\u00a0: un sanctuaire\u00a0!\u00a0R\u00eave totalement irr\u00e9aliste puisqu&#8217;un syst\u00e8me, quel qu&#8217;il soit, ne peut totalement s&#8217;isoler de son environnement sans p\u00e9rir.<br \/>\nLes \u00e9changes sont indispensable \u00e0 sa survie et il doit \u00eatre capable d&#8217;int\u00e9grer des apports ext\u00e9rieurs qui lui permettront d&#8217;\u00e9voluer tout en gardant son identit\u00e9. C&#8217;est le r\u00f4le d&#8217;un &#8221;\u00a0interface\u00a0&#8221; de r\u00e9guler les &#8221;\u00a0rentr\u00e9es\u00a0&#8221; afin de permettre cette int\u00e9gration.<br \/>\nMais l&#8217;institution, enferm\u00e9 dans une vision obsol\u00e8te, n&#8217;a pas saisi l&#8217;\u00e9volution \u00e9mancipatrice qui touche l&#8217;ensemble de la soci\u00e9t\u00e9, que ce soit les peuples nagu\u00e8re &#8221;\u00a0colonis\u00e9s\u00a0&#8220;, les femmes longtemps &#8221;\u00a0soumises\u00a0&#8221; et les jeunes plac\u00e9s jusqu&#8217;alors sous tutelle. C&#8217;est pourquoi l&#8217;affrontement continue, sans issue. Or, ce que demandent les jeunes g\u00e9n\u00e9rations, de plus en plus vigoureusement, c&#8217;est la prise en consid\u00e9ration de leur propre \u00e9mancipation, in\u00e9luctable. Ils veulent que leurs opinions soient entendues, leurs jugements appr\u00e9ci\u00e9s, leurs conceptions de l&#8217;existence admises. Dans la diversit\u00e9 de leur milieu social. Ainsi leurs relations avec les adultes ne peuvent plus \u00eatre de soumission mais bien d&#8217;\u00e9changes respectueux de la personnalit\u00e9 de chacun. En un mot, c&#8217;est une autre culture que les milieux \u00e9ducatifs doivent int\u00e9grer. Ou plut\u00f4t une amorce de culture dont il faut, au travers de pratiques qui se sont g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es, d\u00e9terminer les lignes directrices..<br \/>\nOn retrouve ici la vocation de l&#8217;\u00e9cole, lieu d&#8217;\u00e9tude et de r\u00e9flexion, de th\u00e9orisation si l&#8217;on veut, de ce qui se vit dans la soci\u00e9t\u00e9 tout enti\u00e8re, par l\u00e0 lieu de connaissances et d&#8217;apprentissage. A la n\u00e9cessaire appropriation des savoirs par divers apprenants, s&#8217;ajoute une fonction \u00e9ducative\u00a0qui ne consiste pas \u00e0 inculquer les valeurs des dominants, pr\u00e9sent\u00e9es faussement comme &#8221;\u00a0universelles\u00a0&#8220;, mais \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir collectivement \u00e0 celles qui sont n\u00e9cessaires \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 tout enti\u00e8re, en sachant que ces valeurs, comme toute &#8221;\u00a0v\u00e9rit\u00e9\u00a0&#8220;, ne sont que provisoires et feront p\u00e9riodiquement l&#8217;objet d&#8217;in\u00e9vitables ajustements ou remises en cause. En synchronie avec l&#8217;\u00e9volution de la soci\u00e9t\u00e9.<br \/>\nD\u00e8s lors, ne peut-on esp\u00e9rer un r\u00e9el d\u00e9clin de la violence actuelle ?   <\/p>\n<p><a href=\"mailto:badip@libertysurf.fr\">Pierre Badiou <\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A la mont\u00e9e des violences au sein des \u00e9tablissements scolaires, r\u00e9pond une volont\u00e9 de clore ces espaces par tous les moyens disponibles, en esp\u00e9rant ainsi les prot\u00e9ger des agressions du monde ext\u00e9rieur. Mais n&#8217;est-ce pas un souhait bien vain\u00a0? 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