{"id":1379,"date":"2009-10-21T15:00:38","date_gmt":"2009-10-21T14:00:38","guid":{"rendered":"http:\/\/www.asblonweb.be\/APED\/CM\/?p=1379"},"modified":"2017-01-10T16:20:39","modified_gmt":"2017-01-10T15:20:39","slug":"droit-a-lenseignement-et-liberte-denseignement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/2009\/10\/21\/droit-a-lenseignement-et-liberte-denseignement\/","title":{"rendered":"Droit \u00e0 l\u2019enseignement et libert\u00e9 d\u2019enseignement"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Le vendredi 16 octobre, la ministre Marie-Dominique Simonet a r\u00e9uni les repr\u00e9sentants d&#8217;une vingtaine d&#8217;associations, syndicats, PO,&#8230; au Parlement de la Communaut\u00e9 fran\u00e7aise de Belgique en vue de confronter leurs points de vue concernant la probl\u00e9matique des inscriptions scolaires dans l&#8217;enseignement secondaire. Voici la contribution \u00e9crite remise \u00e0 cette occasion par le repr\u00e9sentant de l&#8217;Aped, Nico Hirtt. Celui-ci a \u00e9galement pu pr\u00e9senter ces propositions dans une br\u00e8ve allocution.<\/p>\n<p>Depuis de nombreuses, l\u2019Appel pour une \u00e9cole d\u00e9mocratique (Aped), planche sur les conditions d\u2019un enseignement plus \u00e9quitable dans notre pays. En mars 2007, apr\u00e8s de nombreux mois de discussions internes, les membres de l\u2019Aped ont pr\u00e9sent\u00e9 officiellement leur programme de r\u00e9forme de l\u2019enseignement belge (francophone et flamand), intitul\u00e9 \u00abVers l\u2019\u00e9cole commune\u00bb. Un important volet de ce plan \u00e9tait consacr\u00e9 \u00e0 la politique d\u2019inscriptions scolaires.<\/p>\n<p>Le fond du d\u00e9bat sur les inscriptions scolaires, c\u2019est qu\u2019il oppose deux droits\u00a0: le droit collectif \u00e0 un enseignement de qualit\u00e9 et la libert\u00e9 individuelle de choisir son \u00e9cole. Or, il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9montr\u00e9 ici que, dans les circonstances actuelles, la primaut\u00e9 accord\u00e9e, dans cette contradiction, \u00e0 la libert\u00e9 de choix des parents est non seulement devenue une entrave \u00e0 l\u2019exigence de qualit\u00e9 pour tous mais en outre que cette libert\u00e9 se trouve pratiquement vid\u00e9e de sens puisqu\u2019elle n\u2019implique plus gu\u00e8re la garantie de trouver une place dans l\u2019\u00e9cole de son choix.<\/p>\n<p>Ce noeud, il est temps de le trancher enfin, sans la moindre ambigu\u00eft\u00e9 : la libert\u00e9 individuelle doit s\u2019arr\u00eater l\u00e0 o\u00f9 elle commence \u00e0 pi\u00e9tiner des droit collectifs fondamentaux, comme le droit \u00e0 l\u2019enseignement. Une proc\u00e9dure d\u2019inscription scolaire juste et \u00e9quitable est donc une proc\u00e9dure qui garantit d\u2019abord \u00e0 chaque enfant une place dans une \u00e9cole de qualit\u00e9, suffisamment proche de son domicile, et qui assure ensuite, aux parents qui le souhaitent, la plus grande libert\u00e9 de choix possible dans le respect du principe pr\u00e9c\u00e9dent.<br \/>\nToutes les proc\u00e9dures d\u2019inscription pass\u00e9es, depuis les d\u00e9cennies d\u2019absence totale de r\u00e9glementation jusqu\u2019aux projets de bassins scolaires, en passant par les tentatives d\u2019Arena et de Dupont, ont en commun de faire exactement l\u2019inverse du principe que nous venons d\u2019\u00e9noncer. Elles prennent d\u2019abord en consid\u00e9ration le choix des parents, rendant ainsi ce choix obligatoire, et ensuite seulement elles tentent \u00e9ventuellement d\u2019assurer un minimum d\u2019\u00e9quit\u00e9.<\/p>\n<p>Garantir \u00e0 tous les \u00e9l\u00e8ves une \u00e9cole de qualit\u00e9 et de proximit\u00e9, cela signifie qu\u2019il faut emp\u00eacher la formation de ghettos scolaires, emp\u00eacher la concentration des \u00abbons \u00e9l\u00e8ves\u00bb et des \u00abmoins bons\u00bb \u00e9l\u00e8ves dans des \u00e9tablissements distincts. Il faut donc un syst\u00e8me d\u2019inscription qui garantisse que tous les \u00e9tablissements, sans exception, soient des \u00e9coles mixtes sur le plan social et h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes sur le plan du \u00abniveau\u00bb des \u00e9l\u00e8ves. Ceci ne saurait r\u00e9sulter de l\u2019action aveugle du march\u00e9 qui tend, au contraire, \u00e0 nous \u00e9loigner de cet id\u00e9al. La mixit\u00e9 et l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 doivent \u00eatre organis\u00e9es sur une base volontariste.<\/p>\n<p>Le principe que nous proposons est le suivant : on commence par proposer aux parents une \u00e9cole \u2014\u00a0de qualit\u00e9, donc socialement mixte \u2014 et on ne laisse jouer le march\u00e9 que dans un deuxi\u00e8me temps.<\/p>\n<p>Imaginons par exemple que durant l\u2019ann\u00e9e scolaire qui pr\u00e9c\u00e8de l\u2019entr\u00e9e de leur enfant dans l\u2019enseignement fondamental (ou secondaire, mais nous y reviendrons plus loin) les parents re\u00e7oivent une lettre les informant qu\u2019une place leur a \u00e9t\u00e9 r\u00e9serv\u00e9e pour leur enfant dans tel ou tel \u00e9tablissement scolaire. La lettre pr\u00e9ciserait que si cette proposition leur agr\u00e9e, il leur suffit de renvoyer le formulaire d\u2019inscription (joint \u00e0 la lettre) \u00e0 l\u2019\u00e9tablissement en question, et ce avant une date d\u00e9termin\u00e9e. C\u2019est tout. Finies les files, fini le stress, finis les refus d\u2019inscription et les doubles inscriptions. Trouver une place dans une \u00e9cole deviendra enfin un droit au lieu d\u2019\u00eatre une corv\u00e9e angoissante.<br \/>\nUne fois pass\u00e9e la date limite, les places non confirm\u00e9es redeviendraient libres. A partir de ce moment, on retournerait donc dans une logique de march\u00e9 scolaire, mais celui-ci ne porterait que sur les places restantes et ne concernerait que les parents ayant refus\u00e9 l\u2019\u00e9cole initialement propos\u00e9e. Ainsi, l\u2019impact s\u00e9gr\u00e9gateur du march\u00e9 scolaire se trouverait fortement limit\u00e9.<br \/>\nLes propositions d\u2019affectations devraient se faire en tenant compte de plusieurs facteurs : le nombre de places disponibles dans chaque \u00e9cole, le regroupement des enfants d\u2019une m\u00eame famille, \u00e9ventuellement le choix philosophique (j\u2019y reviendrai), le domicile des parents (ou leur lieu de travail) et surtout une recherche pro-active de mixit\u00e9 sociale. Ce dernier point peut \u00eatre r\u00e9alis\u00e9 en tenant compte de l\u2019adresse (ce qui implique la cr\u00e9ation d\u2019un cadastre fiscal rue par rue) ou directement sur base des d\u00e9clarations fiscales individuelles. Bien s\u00fbr, la composition sociale moyenne d\u2019une \u00e9cole de Lasne ne sera jamais la m\u00eame qu\u2019\u00e0 La Louvi\u00e8re. Mais l\u2019important est d\u2019\u00e9viter la formation de ghettos. Il y a des pauvres \u00e0 Lasne et des riches \u00e0 La Louvi\u00e8re et il y a des classes moyennes, nombreuses, dans toutes les r\u00e9gions de Belgique. De plus, dans les grandes villes, les distances entre quartiers ais\u00e9s et quartiers d\u00e9favoris\u00e9s ne sont jamais bien grandes.<\/p>\n<p>Il y a de bonnes raisons de croire au succ\u00e8s d\u2019un tel syst\u00e8me. D\u2019abord, on peut faire le pari que la grande majorit\u00e9 des parents choisiront la s\u00e9curit\u00e9 d\u2019une place garantie plut\u00f4t que l\u2019aventure sur un march\u00e9 \u00e9ducatif, d\u2019autant que l\u2019offre y sera forc\u00e9ment restreinte. En effet, ceux qui seront satisfaits de l\u2019\u00e9cole propos\u00e9e n\u2019auront aucune raison d\u2019en changer. Les autres y r\u00e9fl\u00e9chiront \u00e0 deux fois, sachant que dans les \u00e9coles les plus \u00abconvoit\u00e9es\u00bb il y aura peu de chance d\u2019encore trouver une place.<\/p>\n<p>Mais surtout, la recherche active de mixit\u00e9 sociale, jointe \u00e0 la rupture de la logique de march\u00e9, favorisera l\u2019\u00e9mergence rapide d\u2019\u00e9tablissements scolaires beaucoup moins in\u00e9gaux que ce n\u2019est le cas aujourd\u2019hui. Ceci rendra beaucoup moins pressante la volont\u00e9 des parents de choisir une autre \u00e9cole que celle propos\u00e9e et sera donc le principal gage de succ\u00e8s de ce nouveau mode d\u2019affectation.<\/p>\n<p>La mise en oeuvre de ce projet bute cependant sur deux difficult\u00e9s : les r\u00e9seaux et les fili\u00e8res d\u2019enseignement.<\/p>\n<h2>Retarder l\u2019orientation<\/h2>\n<p>Le mode d\u2019inscription propos\u00e9 ci-dessus est directement applicable au niveau de l\u2019enseignement fondamental. Il peut entrer en vigueur imm\u00e9diatement, non seulement pour la premi\u00e8re inscription en maternelle ou en primaire, mais \u00e9galement dans les ann\u00e9es ult\u00e9rieures en cas de d\u00e9m\u00e9nagement ou de divorce ou pour tout autre motif qui justifierait un changement d\u2019\u00e9cole.<br \/>\nEn revanche, il est \u00e9videmment impossible de le mettre en application une fois que les \u00e9l\u00e8ves sont s\u00e9par\u00e9s en fili\u00e8res et qu\u2019ils choisissent des options particuli\u00e8res. A ce moment-l\u00e0, l\u2019affectation se fait forc\u00e9ment d\u2019abord en fonction de cette orientation.<\/p>\n<p>En principe, on pourrait cependant penser \u00e0 appliquer ce syst\u00e8me de pr\u00e9-affectations durant les deux premi\u00e8res ann\u00e9es de l\u2019enseignement secondaire, qui constituent un tronc commun. Malheureusement, m\u00eame cela est tr\u00e8s difficile dans les conditions actuelles. J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 soulign\u00e9 le fait que certaines \u00e9coles secondaires organisaient seulement de l\u2019enseignement g\u00e9n\u00e9ral et d\u2019autres seulement du technique et du professionnel. En raison, notamment, des diff\u00e9rences de recrutement, les niveaux de ces \u00e9coles sont aujourd\u2019hui fort diff\u00e9rents.<\/p>\n<p>M\u00eame si la r\u00e9gulation des inscriptions venait assurer une plus grande \u00e9galit\u00e9 entre les publics en premi\u00e8re ann\u00e9e, le probl\u00e8me ne serait pas r\u00e9solu pour autant. Par le seul fait du hasard, certains enfants se verraient en effet proposer, \u00e0 12 ans, une \u00e9cole d\u2019enseignement g\u00e9n\u00e9ral et d\u2019autres une \u00e9cole organisant par la suite uniquement des options de qualification. Cela n\u2019a gu\u00e8re de sens et introduirait une forme d\u2019injustice\u00a0: certains auraient eu la chance d\u2019entrer directement dans l\u2019\u00e9cole o\u00f9 ils feraient toutes leurs \u00e9tudes secondaires, alors que d\u2019autres devraient changer en cours de route.<br \/>\nDans ces conditions, la meilleure solution consiste en une s\u00e9paration nette,\u00a0y compris sur le plan des implantations g\u00e9ographiques, entre l\u2019 \u00ab\u00e9cole commune\u00bb (incluant le primaire et le secondaire inf\u00e9rieur) et le secondaire sup\u00e9rieur. Je pr\u00e9conise donc une refonte compl\u00e8te de l\u2019enseignement secondaire, avec un premier cycle autonome, sans fili\u00e8res ni sp\u00e9cialisations, organis\u00e9 dans des entit\u00e9s distinctes, et un second cycle o\u00f9 les \u00e9l\u00e8ves s\u2019orienteraient vers des options pr\u00e9parant \u00e0 l\u2019enseignement sup\u00e9rieur ou \u00e0 une formation professionnelle.<\/p>\n<p>Selon moi, le cycle commun devrait comporter au minimum les trois premi\u00e8res ann\u00e9es d\u2019enseignement secondaire. Id\u00e9alement, je propose qu\u2019on se donne pour objectif d\u2019y inclure \u00e9galement la quatri\u00e8me ann\u00e9e. Ceci reporterait l\u2019orientation \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 16 ans, comme dans les pays nordiques.<br \/>\nCela peut surprendre. N\u2019ouvrirait-on pas la porte \u00e0 un gigantesque nivellement par le bas? Il est vrai qu\u2019aujourd\u2019hui nous n\u2019arrivons que p\u00e9niblement \u00e0 r\u00e9aliser un premier degr\u00e9 commun de deux ann\u00e9es seulement, tant les \u00e9carts de performances entre \u00e9l\u00e8ves sont importants. Cependant, les mesures d\u00e9crites plus haut visent pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 r\u00e9duire ces \u00e9carts en combattant la s\u00e9gr\u00e9gation d\u00e8s l\u2019\u00e9cole maternelle et primaire. Sans doute cela ne suffira-t-il pas et faudra-t-il aussi investir dans la r\u00e9duction des effectifs d\u2019\u00e9l\u00e8ves par classe au d\u00e9but du fondamental ainsi que dans l\u2019encadrement individualis\u00e9 tout au long de la scolarit\u00e9. Mais le jeu en vaut la chandelle. Nous avons vu combien la s\u00e9lection pr\u00e9coce vers des fili\u00e8res hi\u00e9rarchis\u00e9es renfor\u00e7ait la s\u00e9gr\u00e9gation sociale dans l\u2019enseignement.<\/p>\n<p>Bien entendu, la mise en oeuvre de ce tronc commun, et donc aussi de la pr\u00e9-affectation des \u00e9l\u00e8ves au niveau de l\u2019enseignement secondaire inf\u00e9rieur, devra \u00eatre r\u00e9alis\u00e9e progressivement, apr\u00e8s avoir d\u2019abord d\u00e9montr\u00e9 son succ\u00e8s dans l\u2019enseignement fondamental.<\/p>\n<p>En retardant la sp\u00e9cialisation, ne risque-t-on pas \u00e9galement d\u2019affaiblir la qualit\u00e9 des formations techniques et professionnelles\u00a0? Au contraire\u00a0! Tous les professeurs de pratique professionnelle et de cours techniques du troisi\u00e8me degr\u00e9 secondaire vous le diront\u00a0: c\u2019est avec les \u00e9l\u00e8ves qui ont suivi une longue formation g\u00e9n\u00e9rale et qui ne sont arriv\u00e9s en qualification qu\u2019en 5\u00e8me que l\u2019on fait les meilleurs techniciens, les meilleurs professionnels.<\/p>\n<h2>Que faire des r\u00e9seaux\u00a0?<\/h2>\n<p>On ne peut proposer aux parents un enseignement de caract\u00e8re confessionnel que s\u2019ils en acceptent le caract\u00e8re philosophique. Au contraire, une \u00e9cole officielle accueille, par d\u00e9finition, tous les enfants. Comment tenir compte de cela dans les pr\u00e9-affectations\u00a0?<\/p>\n<p>A premi\u00e8re vue, on pourrait imaginer de demander aux parents s\u2019ils souhaitent une \u00e9cole d\u2019une confession particuli\u00e8re. Mais \u00e0 bien y r\u00e9fl\u00e9chir, \u00e7a ne marcherait pas. En effet, si la demande pour les \u00e9coles de cette confession venait \u00e0 d\u00e9passer l\u2019offre disponible, on ne serait pas en mesure de respecter le choix des parents. Il n\u2019appartient pas aux pouvoirs publics d\u2019assurer l\u2019offre d\u2019enseignement confessionnel. De plus, on risque de voir grandir \u00e0 nouveau la fracture sociale entre les r\u00e9seaux. Il ne faudrait pas longtemps pour que l\u2019\u00e9cole catholique redevienne l\u2019\u00e9cole des riches et l\u2019\u00e9cole officielle celle des pauvres. On n\u2019aurait fait alors que d\u00e9placer le probl\u00e8me.<\/p>\n<p>Une solution beaucoup plus praticable consisterait \u00e0 demander aux parents, non pas s\u2019ils souhaitent, mais s\u2019ils accepteraient qu\u2019on leur propose une \u00e9cole confessionnelle. Dans ce cas, les pouvoirs publics pourraient toujours prendre en compte les choix des parents, en cr\u00e9ant des \u00e9coles officielles suppl\u00e9mentaires s\u2019il le fallait. Quant aux parents qui tiendraient absolument \u00e0 ce que leur enfant fr\u00e9quente une \u00e9cole confessionnelle, ils seraient toujours libres de refuser l\u2019\u00e9cole propos\u00e9e si jamais celle-ci \u00e9tait officielle.<br \/>\nCette proposition a l\u2019avantage de la faisabilit\u00e9 politique. Mais on peut craindre que m\u00eame les r\u00e9ponses \u00e0 la question \u00abaccepteriez-vous une \u00e9cole catholique\u00a0?\u00bb continueraient d\u2019\u00eatre quelque peu conditionn\u00e9es par l\u2019origine sociale des parents.<\/p>\n<p>Alors pourquoi ne pas aller plus loin en supprimant purement et simplement les r\u00e9seaux ? Transformer tous les \u00e9tablissements subventionn\u00e9s en \u00e9coles neutres, publiques et jouissant d\u2019une grande autonomie.<\/p>\n<h2>L\u2019\u00e9cole commune<\/h2>\n<p>Notre soci\u00e9t\u00e9 est de plus en plus multiculturelle et multireligieuse. Allons-nous continuer d\u2019encourager les chr\u00e9tiens, les ath\u00e9es, les musulmans, les juifs&#8230; \u00e0 fr\u00e9quenter chacun \u00ableur\u00bb \u00e9cole\u00a0? N\u2019est-il pas urgent de favoriser au contraire la connaissance et le respect des autres cultures\u00a0? Et la fa\u00e7on la plus naturelle pour y parvenir n\u2019est-elle pas de faire que les enfants d\u2019origines diff\u00e9rentes aillent \u00e0 l\u2019\u00e9cole ensemble\u00a0? Poser la question c\u2019est y r\u00e9pondre&#8230;<br \/>\nAllons plus loin et g\u00e9n\u00e9ralisons ce principe. Imaginons l\u2019\u00e9cole commune, o\u00f9 tous les enfants, sans distinction de religion, d\u2019origine sociale ou de langue seraient scolaris\u00e9s ensemble. Une collectivit\u00e9 \u00e9ducative, qui serait \u00e0 la fois lieu de socialisation et d\u2019instruction, lieu de vie et lieu de travail, une \u00e9cole de petite taille, implant\u00e9e dans un tissu local, quartier ou village, et que l\u2019on fr\u00e9quenterait \u00ab\u00a0naturellement\u00a0\u00bb.<br \/>\nJadis, l\u2019instruction et l\u2019\u00e9ducation des enfants \u00e9tait assur\u00e9e dans de grandes familles rurales o\u00f9 plusieurs g\u00e9n\u00e9rations s\u2019occupaient collectivement des pus jeunes. La famille r\u00e9duite \u00e0 un p\u00e8re et une m\u00e8re n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 une r\u00e9elle alternative \u00e0 cette forme traditionnelle d\u2019\u00e9ducation. Aujourd\u2019hui, elle est d\u00e9finitivement disqualifi\u00e9e par le travail des femmes, les horaires \u00e9clat\u00e9s, et l\u2019instabilit\u00e9 des m\u00e9nages. L\u2019\u00e9cole est la seule instance capable de reprendre le relais, capable, si en lui en donne les moyens, de devenir la nouvelle grande collectivit\u00e9 \u00e9ducative du XXIe si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Au sein de cette collectivit\u00e9, enfants, adolescents et adultes, vivraient, travailleraient, \u00e9tudieraient ensemble, d\u00e9velopperaient des liens de collaboration et de solidarit\u00e9. Education et instruction y seraient int\u00e9gr\u00e9es dans le processus m\u00eame de la vie scolaire. Dans la perspective d\u2019une \u00e9ducation compl\u00e8te mais aussi dans le but de d\u00e9velopper un rapport positif \u00e0 l\u2019\u00e9cole, les \u00e9l\u00e8ves collaboreraient aux t\u00e2ches que requiert la vie quotidienne de la collectivit\u00e9\u00a0: entretien et embellissement des b\u00e2timents, nettoyage, cuisine, encadrement des plus jeunes par les a\u00een\u00e9s.<\/p>\n<p>En participant \u00e0 l\u2019organisation de la collectivit\u00e9, \u00e0 la planification d\u2019activit\u00e9s, \u00e0 l\u2019\u00e9laboration de r\u00e8glements, \u00e0 la prise de d\u00e9cisions disciplinaires&#8230; les \u00e9l\u00e8ves apprendraient la responsabilit\u00e9, le respect des autres et la prise de d\u00e9cision d\u00e9mocratique. La liaison de l\u2019\u00e9ducation au travail, seule capable de donner vraiment du sens aux apprentissages, deviendrait ainsi une dimension \u00abnaturelle\u00bb de la vie scolaire au lieu d\u2019\u00eatre une excroissance \u00ab\u00a0qualifiante\u00a0\u00bb r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 certains. La vie de l\u2019\u00e9cole commune serait aussi ancr\u00e9e dans celle du quartier, du village, dans ses traditions, ses pr\u00e9occupations citoyennes, politiques, \u00e9cologiques&#8230;<\/p>\n<p>Le temps d\u2019\u00e9ducation ne peut cependant \u00eatre pris au d\u00e9triment du temps d\u2019instruction. Contrairement \u00e0 la tendance actuelle, qui r\u00e9duit sans cesse le temps de l\u2019\u00e9cole, je plaide pour lui en donner r\u00e9solument davantage. L\u2019\u00e9cole devrait \u00eatre ouverte en dehors des heures de cours. Des activit\u00e9s pourraient y \u00eatre organis\u00e9es en soir\u00e9e, le week-end, le mercredi et durant les vacances. Les \u00e9l\u00e8ves devraient avoir l\u2019occasion d\u2019y prendre leurs repas froids et chauds; de vrais lieux de d\u00e9tente y seraient mis \u00e0 leur disposition. L\u2019\u00e9cole pourrait aussi devenir la plaque tournante des activit\u00e9s culturelles, sportives, artistiques, de bricolage&#8230; propos\u00e9es par d\u2019autres associations.<\/p>\n<p>Sur le plan p\u00e9dagogique, l\u2019encadrement individuel si indispensable, dont certains b\u00e9n\u00e9ficient aujourd\u2019hui gr\u00e2ce \u00e0 leurs parents ou \u00e0 de co\u00fbteux services priv\u00e9s de soutien scolaire, pourrait \u00eatre mis \u00e0 la disposition de tous, dans le cadre m\u00eame de l\u2019\u00e9cole. Les devoirs et le\u00e7ons pourraient alors se faire en classe, avec l\u2019aide de personnel qualifi\u00e9, apr\u00e8s un bon go\u00fbter et une activit\u00e9 de d\u00e9tente sportive.<\/p>\n<p>Cette vision de l\u2019\u00e9cole commune suppose que les parents y soient \u00e9troitement associ\u00e9s. Elle demande aussi un haut degr\u00e9 d\u2019autonomie dans le chef des \u00e9quipes \u00e9ducatives. Cela n\u2019est-il pas contradictoire avec la fusion des r\u00e9seaux\u00a0? L\u2019autonomie n\u2019est-elle pas pr\u00e9cis\u00e9ment la force de l\u2019enseignement \u00ablibre\u00bb actuel\u00a0? Non. Car dans un contexte domin\u00e9 par le march\u00e9 scolaire, l\u2019autonomie des \u00e9coles devient vite un vulgaire instrument de concurrence. Au contraire, quand l\u2019\u00e9cole n\u2019est plus une entreprise en comp\u00e9tition mais un \u00e9l\u00e9ment qui trouve sa place naturelle dans une collectivit\u00e9 locale, l\u2019autonomie peut devenir un instrument d\u2019innovation et d\u2019enrichissement p\u00e9dagogique.<br \/>\nOn pourrait aller tr\u00e8s loin dans ce domaine : \u00e9lection des directeurs par les professeurs et les parents cr\u00e9ation de v\u00e9ritables organes de participation d\u00e9mocratiques. Bref, la fusion des r\u00e9seaux ne doit pas \u00eatre comprise comme l\u2019alignement de tous les r\u00e9seaux actuels sur le r\u00e9seau de la communaut\u00e9. Il s\u2019agit bien de la prise en charge des missions d\u2019\u00e9ducation et d\u2019instruction par les membres d\u2019une collectivit\u00e9 \u00e9ducative locale\u00a0: enseignants, \u00e9ducateurs, parents, \u00e9l\u00e8ves&#8230; Mais, bien \u00e9videmment, dans un cadre r\u00e9glementaire fix\u00e9 par le ministre et le parlement. Ce qui suppose un unique r\u00e9seau bilingue \u00e0 Bruxelles&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le vendredi 16 octobre, la ministre Marie-Dominique Simonet a r\u00e9uni les repr\u00e9sentants d&#8217;une vingtaine d&#8217;associations, syndicats, PO,&#8230; au Parlement de la Communaut\u00e9 fran\u00e7aise de Belgique en vue de confronter leurs points de vue concernant la probl\u00e9matique des inscriptions scolaires dans l&#8217;enseignement secondaire. Voici la contribution \u00e9crite remise \u00e0 cette occasion par le repr\u00e9sentant de l&#8217;Aped, Nico Hirtt. 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