{"id":1289,"date":"2009-07-24T16:18:51","date_gmt":"2009-07-24T15:18:51","guid":{"rendered":"http:\/\/www.asblonweb.be\/APED\/CM\/?p=1289"},"modified":"2024-01-31T19:22:51","modified_gmt":"2024-01-31T18:22:51","slug":"dune-legislature-a-lautre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/2009\/07\/24\/dune-legislature-a-lautre\/","title":{"rendered":"D&#8217;une l\u00e9gislature \u00e0 l&#8217;autre"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Exit Christian Dupont. Voici venir Marie-Dominique Simonet. L&#8217;occasion, pour l&#8217;Aped, de faire le bilan de la l\u00e9gislature sortante. Le projet de l&#8217;Aped \u201cvers l&#8217;\u00e9cole commune\u201d a \u00e9t\u00e9 couch\u00e9 sur papier en 2006. L&#8217;action des gouvernements sortants nous a-t-elle rapproch\u00e9 de l&#8217;\u00e9cole d\u00e9mocratique tant d\u00e9sir\u00e9e ? Nous sommes loin du compte et, avouons le, peu enclins \u00e0 croire que le changement de t\u00eates dirigeantes suffira \u00e0 changer la donne&#8230;<\/p>\n<h2>1. Quelle formation commune\u00a0? Jusqu\u2019\u00e0 quel \u00e2ge ?<\/h2>\n<p>Le programme de l&#8217;Aped pr\u00e9conise la mise en oeuvre d&#8217;une \u00e9cole commune, donc sans fili\u00e8res qualifiantes et sans options sp\u00e9cialis\u00e9es, jusqu&#8217;au seuil de l&#8217;\u00e2ge de 16 ans (donc jusqu\u2019\u00e0 l\u2019actuelle 4e secondaire, comprise). Ce choix repose sur deux grands arguments : notre vision du r\u00f4le de l&#8217;enseignement obligatoire et la qu\u00eate d&#8217;\u00e9quit\u00e9 sociale.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re mission de l&#8217;\u00e9cole est \u2014\u00a0ou plut\u00f4t: devrait \u00eatre \u2014 d&#8217;apporter aux futurs citoyens les outils qui leur permettront de prendre intelligemment leur place dans la soci\u00e9t\u00e9. Ils devront d&#8217;une part \u00eatre dot\u00e9s des connaissances qui assureront leur participation \u00e0 cette soci\u00e9t\u00e9,\u00a0en mati\u00e8re de soins de sant\u00e9, d\u2019\u00e9ducation des enfants, de services administratifs, de s\u00e9curit\u00e9 routi\u00e8re, de droits sociaux, de rapports avec la Justice, de sauvegarde de l\u2019environnement, et bien s\u00fbr de production de richesses (l&#8217;employabilit\u00e9, pour le dire avec les termes \u00e0 la mode). Mais d&#8217;autre part, ils devront poss\u00e9der les connaissances permettant de s&#8217;abstraire de cette soci\u00e9t\u00e9, de la juger, de la critiquer et, si n\u00e9cessaire, de la combattre. L&#8217;enfant doit donc \u00eatre \u00e0 la fois socialis\u00e9 et acqu\u00e9rir une citoyennet\u00e9 critique.<\/p>\n<p><strong>Socialisation et citoyennet\u00e9 critique\u00a0?<br \/>\n<\/strong><br \/>\nLa complexit\u00e9 des choix qui attendent ces jeunes, que ce soit dans leur vie priv\u00e9e, dans leur vie professionnelle ou dans leur vie de citoyens, est de plus en plus grande. La globalisation du monde a fait en sorte que nos actes quotidiens comme nos choix politiques ont des implications \u00e9conomiques, environnementales, culturelles et sociales de plus en plus vastes. Les connaissances n\u00e9cessaires pour ma\u00eetriser ces enjeux sont devenues \u00e9normes. Nul ne devrait donc sortir de l&#8217;enseignement obligatoire sans avoir acquis un s\u00e9rieux bagage de connaissances en \u00e9conomie, en technologie, en g\u00e9ographie, en histoire, en sciences; nul ne devrait en sortir sans avoir appris \u00e0 appr\u00e9cier la diversit\u00e9 des cultures et des formes d&#8217;expression artistique. Telle est, en r\u00e9sum\u00e9, notre ambition d&#8217;une formation g\u00e9n\u00e9rale et polytechnique pour tous.<br \/>\nSeulement voil\u00e0 : aujourd&#8217;hui, la sp\u00e9cialisation pr\u00e9coce des fili\u00e8res et des options emp\u00eache les \u00e9l\u00e8ves d&#8217;acc\u00e9der \u00e0 cet universalisme. Les uns sont gav\u00e9s de ma\u00e7onnerie, les autres de sciences sociales, les uns de bureautique, les autres de math\u00e9matique. Mais les uns et les autres demeurent analphab\u00e8tes dans les domaines qui \u00e9chappent \u00e0 leur sp\u00e9cialisation. L\u2019enqu\u00eate sur les \u00ab\u00a0savoirs citoyens critiques\u00a0\u00bb, r\u00e9alis\u00e9e l\u2019an dernier par l\u2019Aped aupr\u00e8s des \u00e9l\u00e8ves de 5e et 6e ann\u00e9e de l\u2019enseignement secondaire, fut tristement r\u00e9v\u00e9latrice \u00e0 cet \u00e9gard.<\/p>\n<p><strong>S\u00e9lection scolaire et sociale<br \/>\n<\/strong><br \/>\nNotre deuxi\u00e8me motivation en faveur d\u2019une prolongation du tronc commun, c&#8217;est que la s\u00e9lection scolaire qui alimente les fili\u00e8res d&#8217;enseignement d\u00e8s l&#8217;\u00e2ge de 12 ans est, pour l\u2019essentiel, une s\u00e9lection sociale. En Communaut\u00e9 fran\u00e7aise comme en Communaut\u00e9 flamande, un enfant du d\u00e9cile socio-\u00e9conomique sup\u00e9rieur a environ dix fois plus de chance de fr\u00e9quenter l&#8217;enseignement g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 15 ans qu&#8217;un enfant du d\u00e9cile inf\u00e9rieur. Aussi l&#8217;orientation pr\u00e9coce est-elle devenue l\u2019une des plus importantes instances de reproduction des classes sociales.<br \/>\nCette id\u00e9e avait gagn\u00e9 pas mal de terrain au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies, du moins dans les milieux acad\u00e9miques et dans les milieux politiques progressistes.<\/p>\n<p><strong>En Communaut\u00e9 fran\u00e7aise\u00a0: vers l\u2019abandon de l\u2019id\u00e9al d\u2019une \u00e9cole commune<br \/>\n<\/strong><br \/>\nEn Communaut\u00e9 fran\u00e7aise, depuis plus de vingt ans, on assiste \u00e0 une succession de tentatives en vue de prolonger le tronc commun de l&#8217;enseignement primaire en y incluant le premier degr\u00e9 de l&#8217;enseignement secondaire et en reportant donc le premier palier d&#8217;orientation vers l\u2019\u00e2ge de 14 ans.<\/p>\n<p>Malheureusement, ces tentatives ne sont gu\u00e8re couronn\u00e9es de succ\u00e8s, et ce pour deux raisons principales.<\/p>\n<p>Premi\u00e8rement, elles ne sont pas accompagn\u00e9es de dispositions radicales capables d\u2019\u00e9liminer les \u00e9carts entre les niveaux de performances des \u00e9l\u00e8ves \u00e0 la sortie des six ann\u00e9es d\u2019enseignement primaire : \u00e0 d\u00e9faut de mesures contre la s\u00e9gr\u00e9gation sociale engendr\u00e9e par les march\u00e9s scolaires, \u00e0 d\u00e9faut de taux d\u2019encadrement suffisants dans les premi\u00e8res ann\u00e9es d\u2019\u00e9cole, \u00e0 d\u00e9faut d\u2019une r\u00e9gulation plus stricte des programmes d\u2019enseignement, les \u00e9l\u00e8ves continuent de terminer l\u2019\u00e9cole primaire avec de telles diff\u00e9rences d\u2019acquis qu\u2019il est quasiment impossible de poursuivre un v\u00e9ritable tronc commun sans imposer un nivellement du niveau d\u2019enseignement. Et donc une r\u00e9action de rejet de la part des professeurs du secondaire.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, le premier degr\u00e9 commun reste organis\u00e9 dans des \u00e9tablissements secondaires qui, eux, n\u2019ont rien de commun ! Certains se sp\u00e9cialisent d\u00e8s la 3e ann\u00e9e dans l\u2019enseignement de transition, d\u2019autres dans l\u2019enseignement de qualification. Et m\u00eame \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de chaque fili\u00e8re, on observe d\u2019\u00e9normes diff\u00e9rences d\u2019exigences et de publics. En d\u2019autres mots, on n\u2019a un tronc commun que sur papier.<\/p>\n<p>Face \u00e0 ces \u00e9checs r\u00e9p\u00e9t\u00e9s, la tendance actuelle chez les d\u00e9cideurs politiques est plut\u00f4t d\u2019abandonner l\u2019id\u00e9al d\u2019une \u00e9cole commune de plus longue dur\u00e9e, pour se rabattre sur une \u00abrevalorisation\u00bb de l\u2019enseignement professionnel. Nous ne rejetons pas cette piste a priori\u00a0: elle pourrait constituer une strat\u00e9gie acceptable temporairement, en attendant qu\u2019une lutte contre les in\u00e9galit\u00e9s scolaires \u00e0 l\u2019\u00e9cole primaire porte ses fruits. Encore faut-il voir ce que l\u2019on entend par \u00abrevalorisation\u00bb. Trop souvent, dans le chef des ministres de l\u2019Education, celle-ci est exclusivement entendue comme une meilleure adaptation des formations qualifiantes aux attentes du march\u00e9 du travail. Certes, cela ne signifie pas forc\u00e9ment davantage de formation technique ou pratique. De plus en plus, les employeurs (surtout dans les secteurs de pointe) privil\u00e9gient l\u2019adaptabilit\u00e9 de la main d\u2019oeuvre sur leur qualification technique. Ils r\u00e9clament des \u00abcomp\u00e9tences g\u00e9n\u00e9rales\u00bb d\u00e9sormais bien connues : communication dans la langue maternelle et dans une langue \u00e9trang\u00e8re, savoir calculer, un peu de culture scientifique, un minimum d\u2019alphab\u00e9tisation num\u00e9rique, de l\u2019esprit d\u2019entreprise et de la flexibilit\u00e9. Telles sont les comp\u00e9tences r\u00e9clam\u00e9es depuis quinze ans par l\u2019OCDE, la Banque Mondiale, les lobbies patronaux et la Commission europ\u00e9enne.<\/p>\n<p>Et c\u2019est bien \u00e0 ces comp\u00e9tences-l\u00e0 que tendent \u00e0 se restreindre les programmes de l\u2019enseignement, aussi bien dans le qualifiant que dans le g\u00e9n\u00e9ral. Le probl\u00e8me, c\u2019est que cette tendance se r\u00e9alise une fois de plus au d\u00e9triment des autres pans de la formation g\u00e9n\u00e9rale. C\u2019est ainsi que l\u2019on voit un \u00e9l\u00e8ve sur deux sortir de l\u2019enseignement professionnel sans savoir que le Congo fut une colonie belge. C\u2019est ainsi que l\u2019on voit un \u00e9l\u00e8ve sur deux sortir de l\u2019enseignement g\u00e9n\u00e9ral en croyant que le niveau de vie des Chinois est sup\u00e9rieur \u00e0 celui des Belges. C\u2019est ainsi qu\u2019un futur citoyen sur deux pense que la moiti\u00e9 de notre \u00e9lectricit\u00e9 est d\u2019origine renouvelable&#8230;<\/p>\n<p>Il est temps que l\u2019on sorte de l\u2019alternative \u00e9quit\u00e9 ou qualit\u00e9. Un enseignement exigeant pour tous : voil\u00e0 notre ambition. Voil\u00e0 ce qui motive l\u2019\u00e9cole commune de 6 \u00e0 16 ans.<\/p>\n<p><strong>En Flandre\u00a0: quelques initiatives sans effet sur le terrain\u00a0?<br \/>\n<\/strong><br \/>\nEn Communaut\u00e9 flamande, le premier degr\u00e9 est, en principe, commun et l\u2019orientation vers le g\u00e9n\u00e9ral, le technique, le professionnel ou l\u2019artistique ne devrait se faire qu\u2019\u00e0 partir du deuxi\u00e8me degr\u00e9. En pratique, par contre, le premier degr\u00e9 se tourne d\u00e9j\u00e0 vers les options d\u2019orientation du deuxi\u00e8me degr\u00e9. On assiste \u00e0 plusieurs initiatives pour reporter cette orientation jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 14 ans. Dans l\u2019enseignement libre, plus que 50 \u00e9coles se sont r\u00e9unies en un \u00ab\u00a0Studiegroep Authentieke Middenscholen\u00a0\u00bb (St.A.M. pour Groupe d\u2019Etude Ecoles Moyennes Authentiques).<\/p>\n<p>Le ministre Frank Vandenbroucke a lanc\u00e9 certaines initiatives \u00ab\u00a0bottom-up\u00a0\u00bb, dont quelques-unes ont pour but d\u2019abattre des murs entre le g\u00e9n\u00e9ral, le technique et le professionnel. Certaines essaient une structure de 4 ans pour le primaire, 4 ans pour l\u2019\u00e9cole moyenne et 4 ans pour le secondaire (au lieu de 6 ans pour le primaire et 6 ans pour le secondaire). Ainsi la rupture avec le primaire devrait \u00eatre moins brusque et l\u2019orientation report\u00e9e au deuxi\u00e8me degr\u00e9 actuel.<\/p>\n<p>Pour clore son mandat de ministre de l\u2019enseignement, Frank Vandenbroucke a assign\u00e9 \u00e0 un groupe de sp\u00e9cialistes en mati\u00e8re d\u2019enseignement la t\u00e2che d\u2019\u00e9laborer une vision pour l\u2019enseignement flamand du futur. Fin avril 2009, la Commission Monard a pr\u00e9sent\u00e9 ses id\u00e9es\u00a0: \u00ab\u00a0Qualit\u00e9 et possibilit\u00e9s pour chaque \u00e9l\u00e8ve\u00a0\u00bb. En 2020, l\u2019enseignement secondaire serait organis\u00e9 d\u2019une fa\u00e7on compl\u00e8tement diff\u00e9rente de maintenant. Les fili\u00e8res g\u00e9n\u00e9rale, technique, professionnelle et artistique feraient place \u00e0 quatre \u00ab\u00a0terrains d\u2019int\u00e9r\u00eat\u00a0\u00bb, chacun offrant une branche qui pr\u00e9pare \u00e0 la profession et une autre aux \u00e9tudes sup\u00e9rieures\u00a0: 1) Sant\u00e9, bien-\u00eatre et soci\u00e9t\u00e9\u00a0; 2) Administration, commerce et \u00e9conomie\u00a0; 3) Nature, technique et sciences\u00a0; 4) Langues, art et culture. Dans le premier degr\u00e9, les \u00e9l\u00e8ves devraient faire connaissance avec les quatre \u00ab\u00a0terrains\u00a0\u00bb. On peut se demander si ce projet verra bien le jour. De plus, la fili\u00e8re professionnelle du premier degr\u00e9 y est maintenue comme transition pour les \u00e9l\u00e8ves qui ont un retard consid\u00e9rable depuis l\u2019\u00e9cole primaire.<\/p>\n<h2>2. Affectation des \u00e9l\u00e8ves aux \u00e9coles : La saga des inscriptions<\/h2>\n<p>Voil\u00e0 un domaine o\u00f9 la majorit\u00e9 sortante a tent\u00e9 de faire quelque chose. Incontestablement. Les in\u00e9galit\u00e9s criantes qui caract\u00e9risent notre syst\u00e8me \u00e9ducatif peuvent \u00eatre corr\u00e9l\u00e9es au quasi march\u00e9 qui r\u00e8gne chez nous. Nous avons en effet \u00e9tabli il y a quelques ann\u00e9es d\u00e9j\u00e0 (1) qu\u2019il existait un lien \u00e9vident entre le caract\u00e8re plus ou moins lib\u00e9ral d\u2019un syst\u00e8me \u00e9ducatif et son degr\u00e9 d\u2019iniquit\u00e9. Car, comme dans tous les march\u00e9s, il y a des vainqueurs et des perdants. Tout simplement parce que les parents ne disposent pas tous des m\u00eames atouts. Ceux qui appartiennent aux milieux sociaux les plus favoris\u00e9s, et connaissent donc mieux les r\u00e8gles du jeu, r\u00e9servent tr\u00e8s t\u00f4t des places pour leurs enfants dans les \u00e9coles \u00ab\u00a0r\u00e9put\u00e9es\u00a0\u00bb. A l\u2019autre extr\u00e9mit\u00e9 de l\u2019\u00e9chelle sociale, d\u2019autres d\u00e9couvrent, au moment d\u2019op\u00e9rer leur \u00ab\u00a0choix\u00a0\u00bb, qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9 ils n\u2019ont quasiment pas de marge de man\u0153uvre. Que la sacro-sainte libert\u00e9 de choix est, pour eux, un slogan creux.<\/p>\n<p>C\u2019est pour s\u2019attaquer \u00e0 ce scandale que le gouvernement d\u00e9cida de l\u00e9gif\u00e9rer sur les inscriptions. Dans un premier temps, Marie Arena d\u00e9cr\u00e9ta que plus personne ne pouvait s\u2019inscrire pour la premi\u00e8re ann\u00e9e de l\u2019enseignement secondaire avant une certaine date. En l\u2019occurrence le 30 novembre 2007, pour la rentr\u00e9e 2008\/2009. On sait ce qu\u2019il en advint\u00a0: des files deux jours plus t\u00f4t devant certaines \u00e9coles. Des parents souvent issus de milieux privil\u00e9gi\u00e9s n\u2019h\u00e9sit\u00e8rent pas \u00e0 passer la nuit dans des conditions pr\u00e9caires (quand ils ne pay\u00e8rent pas des \u00e9tudiants pour le faire \u00e0 leur place\u00a0!) pour \u00eatre s\u00fbrs de pouvoir inscrire leur enfant dans telle \u00e9cole d\u2019\u00e9lite. \u00c7a faisait mauvais genre. Marie Arena fut alors \u00ab\u00a0promue\u00a0\u00bb au gouvernement f\u00e9d\u00e9ral. Christian Dupont prit la rel\u00e8ve. Il d\u00e9cida d\u2019abolir le principe du \u00ab\u00a0premier arriv\u00e9, premier servi\u00a0\u00bb. Parmi les crit\u00e8res envisag\u00e9s pour d\u00e9partager les candidats aux \u00e9coles surnum\u00e9raires, figurait le tirage au sort. L\u00e0 aussi, on conna\u00eet le destin du d\u00e9cret. Sous l\u2019action de deux asbl d\u2019inspiration droiti\u00e8re, de nombreux parents prirent peur. C\u2019est ainsi qu\u2019apparut le ph\u00e9nom\u00e8ne des inscriptions multiples. Pour augmenter leurs chances, certains parents n\u2019h\u00e9sit\u00e8rent pas \u00e0 inscrire leurs enfants dans une dizaine d\u2019\u00e9coles diff\u00e9rentes, voire plus. Et ce qui devait arriver arriva. Cette strat\u00e9gie qui pouvait para\u00eetre intelligente en raisonnant \u00e0 l\u2019\u00e9chelle individuelle s\u2019av\u00e9ra catastrophique d\u2019un point de vue collectif. A l\u2019heure o\u00f9 nous \u00e9crivons ces lignes, quelques enfants\u00a0malchanceux n\u2019ont toujours pas d\u2019\u00e9cole pour la rentr\u00e9e 2009.<\/p>\n<p><strong>Que conclure des avatars des d\u00e9crets \u00ab\u00a0inscriptions\u00a0\u00bb\u00a0?<br \/>\n<\/strong><br \/>\nA en croire le silence assourdissant de la plupart des partis r\u00e9put\u00e9s progressistes sur cette question, la r\u00e9ponse est simple\u00a0: la r\u00e9gulation des inscriptions, \u00e7a ne marcherait pas. Le MR, lui, ne se prive pas d\u2019\u00eatre explicite sur ce point.<br \/>\nEt pourtant, nos conclusions sont tout autres. Le march\u00e9 scolaire a-t-il vraiment \u00e9t\u00e9 remis en question\u00a0? Pas le moins du monde. La seule pr\u00e9occupation des deux ministres concern\u00e9s aura \u00e9t\u00e9 de rendre la comp\u00e9tition plus claire. Tout le monde connaissait le jour du d\u00e9part dans le premier cas. Et tous les ex \u00e6quo \u00e9taient tir\u00e9s au sort \u00e9quitablement dans le deuxi\u00e8me. Mais la comp\u00e9tition restait. Or, c\u2019est elle qui est la source de la dualisation du syst\u00e8me. Parmi les parents bourgeois, quelques impr\u00e9voyants dans le premier cas, quelques malchanceux dans le deuxi\u00e8me risquaient de rater le coche. C\u2019est ce qui d\u00e9clencha leur hyst\u00e9rie. Mais il n\u2019y avait aucune chance que ces d\u00e9crets produisent plus de mixit\u00e9 sociale.\u00a0Car les diff\u00e9rences entre parents, dans leur connaissance du syst\u00e8me, n\u2019\u00e9taient \u00e9videmment pas gomm\u00e9es. Aussi parce que les \u00e9coles restaient typ\u00e9es en fonction des fili\u00e8res qu\u2019elles organisent dans la suite du cursus. Enfin parce que ne s\u2019attaquer qu\u2019aux inscriptions en premi\u00e8re secondaire laisse entier le probl\u00e8me de l\u2019affectation des \u00e9l\u00e8ves dans le fondamental et dans les autres degr\u00e9s du secondaire. Or, les diff\u00e9rences de niveau au sortir du primaire sont telles qu\u2019elles rendent pr\u00e9cis\u00e9ment difficiles la mixit\u00e9 au niveau secondaire.<\/p>\n<p><strong>Et demain\u00a0?<br \/>\n<\/strong><br \/>\nLa pire des choses qui pourrait arriver serait que ces deux exp\u00e9riences malheureuses r\u00e9servent un enterrement de premi\u00e8re classe \u00e0 toute tentative de r\u00e9gulation. Voil\u00e0 pourquoi nous ne pouvons que rappeler notre proposition en la mati\u00e8re. Proposition \u00e0 laquelle se sont jointes r\u00e9cemment quatre autres associations (2). Il s\u2019agit d\u2019abord de d\u00e9couper le territoire en bassins scolaires comme le proposent les auteurs d\u2019une \u00e9tude inter-universitaire. Dans chaque bassin, une instance d\u00e9pendant de l\u2019administration serait charg\u00e9e de la gestion des inscriptions. Une gestion centralis\u00e9e donc. Cette gestion centralis\u00e9e aurait pour vertu d\u2019\u00e9viter des d\u00e9rives du style inscriptions multiples. Mais aussi d\u2019avoir une vue plus globale sur le syst\u00e8me. L\u2019instance serait charg\u00e9e de proposer une \u00e9cole \u00e0 chaque enfant. Cette proposition se ferait sur base de crit\u00e8res \u00e0 la fois g\u00e9ographiques et socio-\u00e9conomiques. Ceci avec la volont\u00e9 d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de favoriser la mixit\u00e9 sociale. En proposant donc dans chaque \u00e9cole un certain pourcentage d\u2019enfants issus des milieux favoris\u00e9s, des classes moyennes et des milieux populaires. Les parents auraient la possibilit\u00e9 de refuser ce choix. Il suffirait qu\u2019ils le d\u00e9clarent avant une certaine date. Dans ce cas, ils devraient effectuer un choix de trois \u00e9coles par ordre de pr\u00e9f\u00e9rence. L\u2019instance attribuerait alors une \u00e9cole en tenant compte au maximum du choix des parents. Nous faisons n\u00e9anmoins le pari que peu de parents useraient de ce droit. Tout simplement parce qu\u2019avec ce syst\u00e8me, les \u00e9coles socialement homog\u00e8nes disparaissent. Plus d\u2019\u00e9coles \u00ab\u00a0poubelles\u00a0\u00bb. Plus d\u2019\u00e9coles \u00ab\u00a0d\u2019\u00e9lite\u00a0\u00bb non plus. Or que veulent la tr\u00e8s grande majorit\u00e9 des parents\u00a0? Une \u00e9cole de qualit\u00e9 proche de leur domicile. Et pour beaucoup, la recherche d\u2019une telle \u00e9cole est \u00e0 la fois angoissante et ins\u00e9curisante. Gageons que nombre d\u2019entre eux seraient bien contents d\u2019\u00eatre d\u00e9barrass\u00e9s de cette corv\u00e9e. Actuellement, c\u2019est l\u2019existence d\u2019\u00e9coles de niveaux tellement diff\u00e9rents qui alimente la volont\u00e9 farouche de pouvoir choisir \u00ab\u00a0librement\u00a0\u00bb. Si des mesures de r\u00e9gulation s\u00e9rieuses parviennent \u00e0 persuader les parents que les \u00e9coles se valent toutes peu ou prou, cette volont\u00e9 dispara\u00eetra. Car, ne nous y trompons pas, c\u2019est la concentration dans certains \u00e9tablissements d\u2019\u00e9l\u00e8ves \u00e9prouvant des difficult\u00e9s qui creuse les \u00e9carts. Les difficult\u00e9s s\u2019accumulent au lieu de permettre \u00e0 ces \u00e9l\u00e8ves de profiter de l\u2019\u00e9mulation due \u00e0 la pr\u00e9sence d\u2019autres \u00e9l\u00e8ves.<\/p>\n<h2>3. Vers un r\u00e9seau unique et public\u00a0? Rien \u00e0 signaler \u2026<\/h2>\n<p>Le quatri\u00e8me point de notre programme pr\u00e9voit la fusion des r\u00e9seaux actuels en un seul r\u00e9seau public. Ceci pour deux raisons. D\u2019abord, m\u00eame si notre proposition d\u2019affectation des \u00e9l\u00e8ves aux \u00e9coles n\u2019est pas incompatible avec les r\u00e9seaux, il est \u00e9vident que ceux-ci ne font que rajouter une couche au march\u00e9 scolaire. En effet, la concurrence entre \u00e9tablissements se double d\u2019une concurrence entre r\u00e9seaux. La r\u00e9cente attitude de la majorit\u00e9 des PO du libre, refusant de fournir leurs listes d\u2019inscriptions afin de d\u00e9gonfler la \u00ab\u00a0bulle\u00a0\u00bb des enfants \u00ab\u00a0sans \u00e9cole\u00a0\u00bb, ne fait que nous conforter dans notre opinion. Pour certains, la mainmise sur leur pr\u00e9 carr\u00e9 et la concurrence qui en r\u00e9sulte valent mieux que l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral.<br \/>\nPar ailleurs, il ne nous semble pas tr\u00e8s sain de s\u00e9parer les \u00e9l\u00e8ves sur base des convictions philosophiques de leurs parents. Voil\u00e0 qui ne peut que renforcer les communautarismes \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 on n\u2019en a vraiment pas besoin.<br \/>\nSur ce plan, lors de la l\u00e9gislature \u00e9coul\u00e9e\u00a0: RAS. Aucune personnalit\u00e9 politique n\u2019a eu le courage de (ne f\u00fbt-ce que) sugg\u00e9rer quoi que ce soit \u00e0 ce propos.<\/p>\n<h2>5. Un encadrement suffisant pour z\u00e9ro d\u00e9crochage\u00a0?<\/h2>\n<p>Le point 5 de notre programme propose une augmentation cons\u00e9quente du taux d&#8217;encadrement des \u00e9l\u00e8ves. La diminution du nombre d&#8217;\u00e9l\u00e8ves par classe serait surtout effective dans les trois premi\u00e8res ann\u00e9es (de 6 \u00e0 9 ans), avec des classes de 15 enfants maximum \u00e0 ce niveau et pas plus 20 pour les ann\u00e9es suivantes. L&#8217;augmentation du taux d&#8217;encadrement permettrait \u00e9galement la mise sur pied de diverses strat\u00e9gies de soutien, telles que des guidances individuelles, des cours de langue pour les \u00e9l\u00e8ves issus de l&#8217;immigration, des cours de rattrapage&#8230;<\/p>\n<p>Pr\u00e9sent\u00e9s comme l&#8217;une des 10 priorit\u00e9s \u00e0 mettre en oeuvre de toute urgence pour am\u00e9liorer la qualit\u00e9 de notre syst\u00e8me \u00e9ducatif, dans le Contrat pour l&#8217;Ecole adopt\u00e9 par le Gouvernement de la Communaut\u00e9 Fran\u00e7aise le 31 mai 2005, les normes et taux d&#8217;encadrement ont fait l&#8217;objet de diff\u00e9rentes adaptations tout au long de la l\u00e9gislature. L&#8217;am\u00e9lioration de l&#8217;encadrement des \u00e9l\u00e8ves dans les deux premi\u00e8res ann\u00e9es de l&#8217;enseignement primaire, dans l&#8217;enseignement maternel, dans les \u00e9coles de petite taille et pour favoriser l&#8217;adaptation \u00e0 la langue de l&#8217;enseignement (ALE) a, par exemple, permis un accroissement de 1138 \u00e9quivalents temps plein sur les ann\u00e9es 2006-2007 (l&#8217;augmentation de l&#8217;encadrement en premi\u00e8re et deuxi\u00e8me primaire a permis l&#8217;engagement de 540 \u00e9quivalents temps plein instituteurs).<br \/>\nPour les ann\u00e9es 2008-2009, l&#8217;encadrement dans le premier degr\u00e9 du secondaire fut (l\u00e9g\u00e8rement) renforc\u00e9, le remplacement plus rapide des instituteurs absents instaur\u00e9, et le d\u00e9cret enseignement diff\u00e9renci\u00e9 vot\u00e9.<br \/>\nCes mesures vont indiscutablement dans le bon sens. Cependant, leur impact r\u00e9el sur le terrain est tellement faible par rapport aux besoins qu&#8217;elles en deviennent plus r\u00e9v\u00e9latrices d&#8217;un manque de moyens (et\/ou de volont\u00e9 politique) de la CF, qu&#8217;un gage de r\u00e9ussite et d&#8217;engagement s\u00e9rieux pour l&#8217;am\u00e9lioration de notre enseignement.<br \/>\nOn ne peut \u00e9videmment dissocier la probl\u00e9matique de l&#8217;encadrement de celle du financement et des 7% du PNB \u00e0 consacrer \u00e0 l&#8217;enseignement, de la p\u00e9nurie des enseignants (et donc du manque d&#8217;attractivit\u00e9 du m\u00e9tier), et de la politique d&#8217;inscriptions qui assurerait une place pour chaque enfant, dans notre syst\u00e8me scolaire. Probl\u00e8mes cruciaux qui ne sont toujours pas r\u00e9gl\u00e9s&#8230;<\/p>\n<h2>6. Une \u00e9cole ouverte\u00a0?<\/h2>\n<p>Pour r\u00e9concilier les enfants avec l&#8217;\u00e9cole, et surtout ceux des milieux d\u00e9favoris\u00e9s, il faut que celle-ci soit accueillante et fasse partie int\u00e9grante de leur vie. Elle ne doit plus \u00eatre seulement un lieu de travail et d&#8217;\u00e9tude, symbole de vexations, d&#8217;\u00e9checs et de rejets pour certains, ferm\u00e9 le soir, le week-end et pendant les cong\u00e9s scolaires, mais bien un espace ouvert, vivant, accessible, agr\u00e9able et engageant: un centre citoyen, culturel, sportif, familial et convivial o\u00f9 l&#8217;instruction et l&#8217;\u00e9ducation se d\u00e9veloppent en relation privil\u00e9gi\u00e9e avec la vie sociale du quartier.<br \/>\nIl n&#8217;y a pas eu, lors de la derni\u00e8re l\u00e9gislature, de grandes avanc\u00e9es dans cette direction. Il ne semble pas que rendre \u00e0 la collectivit\u00e9 la jouissance de toutes ces infrastructures scolaires, souvent pay\u00e9es et entretenues par le denier public fasse partie des priorit\u00e9s du monde politique.<br \/>\nSi des structures (et les d\u00e9crets qui les organisent) ont bien vu le jour ces derni\u00e8res ann\u00e9es \u2013 le conseil de participation, par exemple -, on peut se montrer tr\u00e8s circonspect quant aux progr\u00e8s r\u00e9els qu\u2019elles peuvent engendrer. Dans un contexte de concurrence g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e entre les \u00e9coles, avec des populations socialement et culturellement tr\u00e8s in\u00e9gales, la participation conduit souvent \u00e0 creuser encore les \u00e9carts entre \u00ab\u00a0bonnes \u00e9coles\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0\u00e9coles poubelles\u00a0\u00bb. En effet, il est bien plus ais\u00e9 d\u2019organiser des activit\u00e9s \u2013 et, par voie de cons\u00e9quence, d\u2019entretenir une r\u00e9putation d\u2019\u00e9cole dynamique pour drainer une population privil\u00e9gi\u00e9e &#8211; avec des publics nantis \u2013 financi\u00e8rement comme culturellement &#8211; qu\u2019avec des publics plong\u00e9s dans les difficult\u00e9s quotidiennes.<br \/>\nPar ailleurs, ces structures de participation restent de modestes organes consultatifs sans r\u00e9el pouvoir face aux Pouvoirs Organisateurs et autres directions.<\/p>\n<h2>7. Et la p\u00e9dagogie\u00a0?<\/h2>\n<p>Des programmes rigoureux, lisibles et coh\u00e9rents. Une grande libert\u00e9 p\u00e9dagogique pour les enseignants, \u00e0 condition qu\u2019ils rencontrent les objectifs communs strictement d\u00e9finis et contr\u00f4l\u00e9s. Contr\u00f4l\u00e9s par une \u00e9valuation centralis\u00e9e, non pas au service d\u2019une concurrence entre \u00e9tablissements, mais bien pour lutter contre les in\u00e9galit\u00e9s de r\u00e9sultats entre jeunes. Tels sont les contours du volet p\u00e9dagogique du programme de l\u2019APED, \u00ab\u00a0Vers l\u2019\u00e9cole commune\u00a0\u00bb.<br \/>\nAu terme de cette l\u00e9gislature, o\u00f9 en sommes-nous\u00a0?<\/p>\n<p>La coalition sortante s\u2019est clairement inscrite dans la continuit\u00e9 du d\u00e9cret \u201cMissions\u201d et du \u201cContrat pour l\u2019\u00e9cole\u201d. L\u2019approche par les comp\u00e9tences est incontestablement rest\u00e9e l\u2019alpha et l\u2019om\u00e9ga des pilotes du syst\u00e8me scolaire, de telle sorte qu\u2019\u00e0 l\u2019heure du bilan, nous ne pouvons que tirer la sonnette d\u2019alarme. Une fois de plus.<\/p>\n<p><strong>De l\u2019approche par les comp\u00e9tences<br \/>\n<\/strong><br \/>\nAu niveau des principes \u00e9nonc\u00e9s par ses p\u00e8res, la p\u00e9dagogie des comp\u00e9tences pr\u00e9sente quelques points de similitude avec les p\u00e9dagogies progressistes, les p\u00e9dagogies constructivistes, pour lesquelles l\u2019acc\u00e8s r\u00e9el au savoir n\u00e9cessite de faire participer l\u2019apprenant au processus de construction des savoirs. La qu\u00eate de sens, la volont\u00e9 de mettre les \u00e9l\u00e8ves \u201cen situation de recherche\u201d sur des \u201cchantiers de probl\u00e8mes\u201d, est commune aux p\u00e9dagogies constructivistes et aux p\u00e9dagogies \u201cpar comp\u00e9tences\u201d. Mais la ressemblance s\u2019arr\u00eate l\u00e0. Dans l\u2019approche par comp\u00e9tences, l\u2019acc\u00e8s au savoir tend \u00e0 ne plus \u00eatre le but de la d\u00e9marche p\u00e9dagogique, mais seulement un moyen pour atteindre au but r\u00e9el: la comp\u00e9tence. Une d\u00e9rive \u201cinstrumentaliste\u201d qui colle bien avec les attentes des employeurs.<\/p>\n<p>Pourtant, la critique principale \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019approche par comp\u00e9tences porte sur la fa\u00e7on dont cette doctrine p\u00e9dagogique a \u00e9t\u00e9 mise en application, particuli\u00e8rement en Belgique francophone, et qui peut se r\u00e9sumer ainsi : dogmatisme p\u00e9dagogique (fond\u00e9 sur une d\u00e9finition abusive de la comp\u00e9tence) et d\u00e9r\u00e9gulation des contenus cognitifs. Ce qui aurait d\u00fb \u00eatre un souffle d\u2019innovation et d\u2019exp\u00e9rimentation s\u2019est transform\u00e9 en une application, bureaucratique et ennuyeuse, de recettes m\u00e9thodologiques rigides. Les nouveaux programmes sont d\u2019une lourdeur incroyable sur le plan des directives p\u00e9dagogiques. En revanche, ils cr\u00e9ent un flou, bien peu artistique, quant aux contenus \u00e0 enseigner. Ils encouragent ainsi la dualisation d\u2019un syst\u00e8me, o\u00f9 les \u00e9coles d\u2019\u00e9lite et les \u00e9coles \u201cpoubelles\u201d ont beau jeu d\u2019interpr\u00e9ter les programmes \u00e0 leur fa\u00e7on, c\u2019est-\u00e0-dire en adaptant leur contenu au \u201cdestin social\u201d de leur public.<\/p>\n<p>Au point qu\u2019un des initiateurs de cette approche, le Professeur Crahay, en est venu \u00e0 \u00e9crire\u00a0rien moins que ceci (3) : \u00ab\u00a0il nous para\u00eet urgent de plaider en faveur d\u2019une restauration du disciplinaire. (&#8230;) Le concept (de comp\u00e9tence) ne r\u00e9siste pas \u00e0 une analyse scientifique s\u00e9rieuse. (&#8230;) Car, mis \u00e0 part l\u2019\u00e9coute, la parole, la lecture et peut-\u00eatre l\u2019\u00e9criture, existe-t-il des capacit\u00e9s dont l\u2019ad\u00e9quation traverse la quasi-totalit\u00e9 des situations\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Des programmes manquant d\u2019ambition, de pr\u00e9cision, d\u2019exigence \u2026 et de lisibilit\u00e9<br \/>\n<\/strong><br \/>\nAutre pi\u00e8ce \u00e0 verser au dossier de l\u2019approche par les comp\u00e9tences, l\u2019\u00e9tude \u00ab Pourquoi les performances PISA \u2028des \u00e9l\u00e8ves francophones et flamands \u2028sont-elles si diff\u00e9rentes\u00a0?\u00a0\u00bb, publi\u00e9e en 2008 et disponible sur notre site (4). Apr\u00e8s avoir ramen\u00e9 \u00e0 leur juste proportion les causes socio-\u00e9conomiques, Nico Hirtt concentrait son attention sur le p\u00e9dagogique, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment les diff\u00e9rences de programmes. Il concluait\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Face au d\u00e9ficit de moyens budg\u00e9taires, [\u2026] la Communaut\u00e9 fran\u00e7aise a pratiqu\u00e9 une sorte de fuite en avant dans des r\u00e9formes p\u00e9dagogiques et programmatiques peu fond\u00e9es, profond\u00e9ment d\u00e9r\u00e9gulatrices et vou\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9chec en raison des mauvaises conditions mat\u00e9rielles (budgets, encadrement&#8230;) o\u00f9 elles ont \u00e9t\u00e9 impos\u00e9es. Un examen minutieux des socles de comp\u00e9tence et des programmes de math\u00e9matique en Communaut\u00e9 fran\u00e7aise montre en effet qu\u2019ils sont moins ambitieux, mais surtout beaucoup moins pr\u00e9cis et moins exigeants que leurs homologues flamands. Ils n\u00e9gligent l\u2019importance des savoirs structur\u00e9s et manquent cruellement de lisibilit\u00e9. Dans ces conditions, il ne faut pas s\u2019\u00e9tonner de voir les modestes politiques de prolongation du tronc commun et de r\u00e9duction des taux de redoublement vou\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9chec. Elles ne pouvaient conduire qu\u2019\u00e0 un abaissement et un \u00e9tirement des performances, apportant ainsi de l\u2019eau au moulin de ceux qui craignent \u2014\u00a0bien \u00e0 tort \u2014 que toute politique de d\u00e9mocratisation de l\u2019\u00e9cole conduise fatalement \u00e0 un \u00ab\u00a0nivellement par le bas\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Pour une r\u00e9vision urgente des programmes<br \/>\n<\/strong><br \/>\nUne r\u00e9vision urgente des socles de comp\u00e9tences et des programmes s\u2019impose donc, \u00e0 nos yeux, en Communaut\u00e9 fran\u00e7aise. Le flou \u00ab\u00a0artistique\u00a0\u00bb et le jargon p\u00e9dagogique abscons qui pr\u00e9valent actuellement ont clairement prouv\u00e9 leurs ravages. Il faut absolument viser une plus grande clart\u00e9, une meilleure lisibilit\u00e9, un niveau d\u2019exigences plus \u00e9lev\u00e9 et, surtout, plus strict. Il faut une \u00e9num\u00e9ration coh\u00e9rente et une formulation claire des attentes en termes de connaissances et de comp\u00e9tences disciplinaires, en lieu et place des vagues comp\u00e9tences transversales, g\u00e9n\u00e9ralement d\u00e9nu\u00e9es de tout fondement scientifique, qui dominent trop souvent la r\u00e9daction des programmes actuels.<\/p>\n<p><strong>Former et soutenir les enseignants<br \/>\n<\/strong><br \/>\nLe ministre Dupont, \u00e0 l\u2019heure de l\u2019\u00e9valuation de sa propre politique, a \u00e9mis le souhait de voir se renforcer et s\u2019allonger la formation initiale des instituteurs et des r\u00e9gents. Nous pensons aussi que la formation actuelle s\u2019av\u00e8re trop l\u00e9g\u00e8re. Mais entendons-nous bien : le renforcement ne doit pas ouvrir un champ plus grand encore aux divagations du \u201ctout \u00e0 la comp\u00e9tence\u201d ou du \u201ctout au psycho-affectif\u201d, tendances lourdes de l\u2019air du temps. A nos yeux, il s\u2019agirait avant tout de renforcer les savoirs et connaissances disciplinaires (qu\u2019un prof. de fran\u00e7ais soit fort en grammaire, en r\u00e9daction et en litt\u00e9rature, par exemple, ne serait pas un luxe). Ou encore de donner \u00e0 tous les candidats enseignants les savoirs et savoir-faire leur permettant de s\u2019inscrire activement dans la philosophie d\u2019une \u201c\u00e9cole commune\u201d (par exemple : \u00e9tude comparative des syst\u00e8mes d\u2019enseignement, aptitude au travail en \u00e9quipe, etc.)<br \/>\nEt en cours de carri\u00e8re ? On ne sait trop s\u2019il y a lieu de se r\u00e9jouir de quelques \u00e9volutions encourageantes \u2013 en principe \u2013 ou de d\u00e9plorer le bilan mi-figue mi-raisin de celles-ci \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de la r\u00e9alit\u00e9. La formation continu\u00e9e s\u2019est bel et bien institutionnalis\u00e9e, offrant \u00e0 tous l\u2019opportunit\u00e9 de se renforcer au contact de coll\u00e8gues d\u2019autres \u00e9tablissements, y compris en inter-r\u00e9seaux. Mais, c\u2019est un euph\u00e9misme, \u00e0 quelques heureuses exceptions pr\u00e8s, les \u00e9chos de ces formations ne sont pas enthousiastes. On y est trop souvent confront\u00e9 aux tendances actuelles, d\u00e9nonc\u00e9es plus haut : un dogmatisme p\u00e9dagogique (toujours ces fumeuses comp\u00e9tences et le jargon herm\u00e9tique qui les accompagne invariablement), un flou, voire une vacuit\u00e9 vertigineuse, au niveau des contenus disciplinaires (on n\u2019y apprend rien, les formateurs n\u2019osent pas faire un expos\u00e9 th\u00e9orique), un relativisme m\u00eal\u00e9 d\u2019une bonne dose de psycho-affectif (toutes les id\u00e9es se vaudraient, l\u2019essentiel \u00e9tant dans la relation \u2026), le tout d\u00e9bouchant sur un sentiment de frustration et une attitude de plus en plus marqu\u00e9e de rejet envers toute forme de formation continu\u00e9e. L\u2019apparition d\u2019un tel rejet, particuli\u00e8rement dans l\u2019enseignement, dont le r\u00f4le est jsutement d\u2019instruire, est tr\u00e8s grave.<br \/>\n\u00ab\u00a0En appui des programmes, les enseignants doivent disposer gratuitement de manuels, r\u00e9f\u00e9rentiels, recueils de documents, mat\u00e9riel audio-visuel, logiciels, listes de sites internet \u2026\u00a0\u00bb, \u00e9crivions-nous en 2006. A ce rayon, on peut noter la qualit\u00e9 du site internet \u201cEnseignement.be\u201d, qui conduit \u00e0 une quantit\u00e9 non n\u00e9gligeable d\u2019outils de r\u00e9f\u00e9rence, notamment disciplinaires. Et l\u2019arriv\u00e9e dans nos bo\u00eetes aux lettres du trimestriel \u201cPROF\u201d, le \u201cmagazine des professionnels de l\u2019enseignement\u201d. A l\u2019APED, nous avons \u00e0 maintes reprises regrett\u00e9 l\u2019absence d\u2019un \u00e9quivalent francophone du journal Klasse, distribu\u00e9 \u00e0 tous les enseignants flamands. Reste \u00e0 voir si son contenu sera assez critique et r\u00e9servera au moins un peu de place \u00e0 l\u2019expression d\u2019id\u00e9es sortant du discours convenu. La tonalit\u00e9 du premier num\u00e9ro nous fait craindre une revue trop positive et consensuelle pour \u00eatre honn\u00eate, en tout cas. Au total, on est encore bien loin des attentes l\u00e9gitimes des enseignants. O\u00f9 restent les manuels, r\u00e9f\u00e9rentiels, logiciels et recueils de documents gratuits qui \u2013r\u00e9ellement- nous aideraient dans notre t\u00e2che quotidienne \u2026 et auraient le m\u00e9rite de conduire plus s\u00fbrement le plus grand nombre de jeunes vers une \u00e9galit\u00e9 de r\u00e9sultats.<\/p>\n<p><strong>Y a-t-il un pilote dans l\u2019avion ?<br \/>\n<\/strong><br \/>\nLe point 9 de notre programme en appelle \u00e0 une \u00e9valuation centralis\u00e9e pour mieux piloter l\u2019\u00e9cole. En effet, disions-nous en 2006, \u00ab\u00a0notre syst\u00e8me scolaire manque cruellement de donn\u00e9es statistiques. Nous pr\u00e9conisons des \u00e9preuves centralis\u00e9es r\u00e9guli\u00e8res. Non pour juger les \u00e9l\u00e8ves (ces \u00e9preuves ne seraient pas certificatives) ou classer les \u00e9coles, mais pour \u00e9valuer et garantir les niveaux des acquis, les pratiques p\u00e9dagogiques et le syst\u00e8me dans son enti\u00e8ret\u00e9. L\u2019analyse de ces donn\u00e9es guiderait les \u00e9tablissements et les enseignants.\u00a0\u00bb<br \/>\nTrois ans plus tard, force est de constater que le gouvernement a fait du chemin dans ce domaine. Il a notablement renforc\u00e9 l\u2019\u00e9valuation externe des acquis des \u00e9l\u00e8ves de l\u2019enseignement obligatoire. Il est question d\u2019une \u00e9valuation certificative externe commune pour le CEB et d\u2019un test d\u2019enseignement secondaire sup\u00e9rieur (TESS).<br \/>\nParall\u00e8lement \u00e0 cette dynamique, le gouvernement a massivement renforc\u00e9 son corps d\u2019inspection. Officiellement pour tendre vers plus de convergence entre les diff\u00e9rentes \u00e9coles, donc garantir plus d\u2019\u00e9galit\u00e9, ce qui ne pourrait que nous r\u00e9jouir. H\u00e9las, sur le terrain, de source syndicale, trop d\u2019inspections d\u2019\u00e9coles se sont mu\u00e9es en inspections abusives de membres du personnel. Des inspecteurs z\u00e9l\u00e9s et des chefs d\u2019\u00e9tablissement opportunistes ont d\u00fb \u00eatre \u00ab\u00a0recadr\u00e9s\u00a0\u00bb suite \u00e0 des exc\u00e8s. Ce renforcement de l\u2019inspection peut avoir des effets pervers tr\u00e8s dommageables\u00a0: ressenti par les enseignants comme une pression, une menace suppl\u00e9mentaire, il peut les conduire \u00e0 une normalisation frileuse de leurs pratiques, soit le contraire de la cr\u00e9ativit\u00e9 p\u00e9dagogique que nous appelons de nos v\u0153ux.<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me de fond, avec ce renforcement de l\u2019inspection et de l\u2019\u00e9valuation externe, c\u2019est qu\u2019il n\u2019accompagne aucune r\u00e9forme en profondeur de notre syst\u00e8me scolaire\u00a0: sans v\u00e9ritable courage politique, la coalition sortante n\u2019a (quasiment) rien fait pour cr\u00e9er une \u00e9cole commune, socialement mixte, sans s\u00e9lection pr\u00e9coce en fili\u00e8res hi\u00e9rarchis\u00e9es. D\u00e8s lors, l\u2019inspection et les \u00e9valuations vont plus que vraisemblablement v\u00e9rifier ce que l\u2019on savait d\u00e9j\u00e0\u00a0: que notre \u00e9cole est et reste l\u2019une des plus in\u00e9quitables du monde industrialis\u00e9. Quand seront publi\u00e9s les prochains r\u00e9sultats de PISA, il est fort \u00e0 parier que le ministre en place ne pourra plus se vanter, comme son pr\u00e9d\u00e9cesseur, de voir concr\u00e9tis\u00e9s\u00a091% des engagements pris dans le Contrat pour l\u2019Ecole pour 2013. Il faudra bien, alors, reconna\u00eetre que ce Contrat manquait singuli\u00e8rement d\u2019ambition\u00a0!<\/p>\n<h2>8. Refinancement\u00a0: Embellie tr\u00e8s relative, nettement insuffisante \u2026 et en p\u00e9ril<\/h2>\n<p>Le dernier point de notre programme, c\u2019est \u00ab\u00a07 % du PIB pour l\u2019enseignement\u00a0\u00bb. Ce chiffre ne sort pas de nulle part. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 80, c\u2019\u00e9tait la part de la richesse nationale que notre pays consacrait \u00e0 son enseignement.<\/p>\n<p>Peut-on dire aujourd\u2019hui que la t\u00e2che des enseignants est plus simple qu\u2019\u00e0 cette \u00e9poque\u00a0? Au contraire, l\u2019augmentation des in\u00e9galit\u00e9s, la d\u00e9gradation de la situation internationale, par exemple en ce qui concerne les probl\u00e8mes \u00e9cologiques, et bien d\u2019autres facteurs rendent le travail des enseignants bien plus ardu et aussi plus important en terme d\u2019enjeux. Pourquoi devraient-ils d\u00e8s lors disposer de moins de moyens que leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs relativement \u00e0 la richesse nationale\u00a0? La revendication du retour \u00e0 7 % ne rel\u00e8ve donc pas du f\u00e9tichisme, mais bien de la plus totale l\u00e9gitimit\u00e9. Nous savons aussi que l\u2019ensemble de notre programme est ambitieux. M\u00eame si certains \u00e9l\u00e9ments permettront des \u00e9conomies, d\u2019autres augmenteront sensiblement les co\u00fbts (encadrement, \u00e9cole ouverte, etc.) Pas de raison par cons\u00e9quent de mettre cette revendication en poche.<\/p>\n<p><strong>O\u00f9 en est-on\u00a0? Pas tr\u00e8s loin<br \/>\n<\/strong><br \/>\nEn 2001, les accords dits de la Saint Polycarpe ont abouti \u00e0 un plan de refinancement des Communaut\u00e9s par l\u2019Etat f\u00e9d\u00e9ral s\u2019\u00e9tendant sur dix ans (de 2003 \u00e0 2012). Ce plan est donc toujours en cours d\u2019ex\u00e9cution. Il a rapport\u00e9 149 millions d\u2019euros en 2004, 372 millions suppl\u00e9mentaires en 2005 et encore 124 millions en plus en 2006. Depuis 2007 et jusqu\u2019en 2011, 24,7millions d\u2019euros suppl\u00e9mentaires sont rajout\u00e9s chaque ann\u00e9e. Depuis 2007 \u00e9galement, l\u2019ensemble de la dotation est li\u00e9 \u00e0 la croissance.<br \/>\nA l\u2019\u00e9poque o\u00f9 la majorit\u00e9 des observateurs parlaient d\u2019une manne c\u00e9leste pour l\u2019Ecole, nous avions nettement temp\u00e9r\u00e9 leur enthousiasme. Sur base des pr\u00e9visions de croissance et d\u2019un certain nombre de donn\u00e9es budg\u00e9taires, nous pr\u00e9disions que pendant la premi\u00e8re d\u00e9cennie du 21\u00e8me si\u00e8cle, la dotation tournerait aux alentours de 5 % du PIB malgr\u00e9 ces mesures. Si on regarde les chiffes fournis par l\u2019OCDE, celui-ci parle de 6 % en ce qui concerne la Belgique. Deux remarques s\u2019imposent tout de m\u00eame. Premi\u00e8rement, l\u2019OCDE tient compte du financement des retraites des enseignants dans son calcul. Il le fait bien s\u00fbr pour tous les pays. Ses \u00e9l\u00e9ments de comparaisons internationales sont donc corrects. Mais le chiffre du d\u00e9but des ann\u00e9es 80 ne tenait pas compte de ces retraites. Les 6 % mentionn\u00e9s par l\u2019OCDE aujourd\u2019hui ne sont donc pas comparables aux 7 % dont nous parlions alors. Deuxi\u00e8mement, m\u00eame avec 1 % d\u2019\u00e9cart, on est loin de compte. Il suffit de se rappeler que le PIB belge de 2008 correspond \u00e0 280 milliards d\u2019euros. 1 % vaut donc 2,8 milliards de manque \u00e0 gagner\u00a0! Et comme nous le disions, c\u2019est en r\u00e9alit\u00e9 bien plus.<br \/>\nNous parlons \u00e9videmment ici de l\u2019ensemble de la Belgique. Si on se focalise sur la seule Communaut\u00e9 Fran\u00e7aise, la situation y est bien plus d\u00e9favorable qu\u2019en Flandre. Pour deux raisons. La premi\u00e8re, c\u2019est que la cl\u00e9 de r\u00e9partition du refinancement (pas de la dotation de base) \u00e9volue progressivement vers la cl\u00e9 de r\u00e9partition de l\u2019IPP (Imp\u00f4t des Personnes Physiques). La logique est donc\u00a0: on donne plus aux riches\u00a0! Comme la Flandre est plus riche, elle profite davantage des moyens suppl\u00e9mentaires. Par ailleurs, toujours parce qu\u2019elle est plus riche, la Flandre peut se permettre d\u2019injecter des fonds propres suppl\u00e9mentaires pour combler les insuffisances. La Communaut\u00e9 Fran\u00e7aise n\u2019a quasiment pas de marge de man\u0153uvre en ce domaine. D\u2019une part parce qu\u2019elle est plus pauvre. D\u2019autre part parce que l\u2019enseignement repr\u00e9sente 80 % de son budget. La Flandre, elle, a fusionn\u00e9 Communaut\u00e9 et R\u00e9gion, ce qui lui donne plus de souplesse pour des transferts d\u2019un secteur \u00e0 l\u2019autre.<br \/>\nBref, la situation est loin d\u2019\u00eatre bonne, surtout du c\u00f4t\u00e9 francophone. Nous n\u2019avons d\u2019ailleurs \u00e9voqu\u00e9 que des mesures d\u00e9cid\u00e9es en 2001. Rien d\u2019autre n\u2019a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 dans la l\u00e9gislature \u00e9coul\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Quelles perspectives\u00a0?<br \/>\n<\/strong><br \/>\nUn dernier point. Si la liaison \u00e0 la croissance \u00e9tait une grande revendication de ceux (dont l\u2019Aped) qui constataient un accroissement de l\u2019\u00e9cart entre la richesse nationale et les moyens allou\u00e9s \u00e0 l\u2019enseignement, il faut bien constater que sur ce point, nous jouons de malchance. Peu apr\u00e8s la mise en place de ce m\u00e9canisme en 2007, nous entrons en r\u00e9cession fin 2008\u00a0! Et voil\u00e0 comment la crise financi\u00e8re et \u00e9conomique mondiale pourrait avoir des effets d\u00e9vastateurs sur le financement de l\u2019enseignement puisque les dotations devraient diminuer\u00a0! Avec les montants suppl\u00e9mentaires re\u00e7us ces derni\u00e8res ann\u00e9es, la Communaut\u00e9 Fran\u00e7aise a tout de m\u00eame augment\u00e9 les salaires, am\u00e9lior\u00e9 les taux d\u2019encadrement, etc. Tout \u00e7a \u00e9tait tr\u00e8s l\u00e9ger, mais bien r\u00e9el. Pour l\u2019encadrement diff\u00e9renci\u00e9 qui se met en place en septembre 2009, 40 millions d\u2019euros ont \u00e9t\u00e9 budg\u00e9tis\u00e9s. Cette r\u00e9forme sera-t-elle tenable si les moyens diminuent\u00a0?<\/p>\n<p>1. NICO HIRTT, S\u00e9gr\u00e9gation sociale, march\u00e9s scolaires, fili\u00e8res, sous-financement : la catastrophe scolaire belge, APED 2003<br \/>\n(http:\/\/www.skolo.org\/spip.php?article115&amp;lang=fr)<\/p>\n<p>2. MRAX, Infor Jeunes, FEF et Ligue des Droits de l\u2019Enfant (http:\/\/www.skolo.org\/spip.php?article1033)<\/p>\n<p>3. Crahay, M. (2006). Dangers, incertitudes et incompl\u00e9tudes de la logique de la comp\u00e9tence. Revue fran\u00e7aise de p\u00e9dagogie, 154, 97-110.<\/p>\n<p>4. http:\/\/www.skolo.org\/spip.php?article452&amp;lang=fr<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Exit Christian Dupont. Voici venir Marie-Dominique Simonet. L&#8217;occasion, pour l&#8217;Aped, de faire le bilan de la l\u00e9gislature sortante. Le projet de l&#8217;Aped &#8220;vers l&#8217;\u00e9cole commune&#8221; a \u00e9t\u00e9 couch\u00e9 sur papier en 2006. L&#8217;action des gouvernements sortants nous a-t-elle rapproch\u00e9 de l&#8217;\u00e9cole d\u00e9mocratique tant d\u00e9sir\u00e9e ? 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