{"id":11570,"date":"2019-03-29T18:26:15","date_gmt":"2019-03-29T17:26:15","guid":{"rendered":"http:\/\/www.skolo.org\/?p=11570"},"modified":"2023-08-10T13:35:50","modified_gmt":"2023-08-10T12:35:50","slug":"suede-finlande-quand-les-modeles-educatifs-sembourbent-dans-le-marche-scolaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/2019\/03\/29\/suede-finlande-quand-les-modeles-educatifs-sembourbent-dans-le-marche-scolaire\/","title":{"rendered":"Su\u00e8de, Finlande : quand les mod\u00e8les \u00e9ducatifs s\u2019embourbent dans le march\u00e9 scolaire"},"content":{"rendered":"<p><strong>Petit \u00e0 petit, depuis vingt ans, l&#8217;enseignement su\u00e9dois a perdu son statut de syst\u00e8me \u00e9ducatif \u00e9galitaire : la s\u00e9gr\u00e9gation sociale et les in\u00e9galit\u00e9s de performances entre \u00e9l\u00e8ves riches et pauvres y croissent sans arr\u00eat. Comment expliquer cela, malgr\u00e9 l&#8217;existence d&#8217;un &#8220;tronc commun&#8221; jusqu&#8217;\u00e0 16 ans ? Les \u00e9tudes convergent d\u00e9sormais pour incriminer le libre choix de l&#8217;\u00e9cole et la concurrence entre \u00e9coles publiques et &#8220;libres&#8221; introduits dans les ann\u00e9es 90. Une le\u00e7on pr\u00e9cieuse pour les r\u00e9formes en Belgique&#8230;<\/strong><\/p>\n<p>Les syst\u00e8mes \u00e9ducatifs des pays nordiques ont longtemps, et \u00e0 juste titre, fait figure d\u2019exemples en mati\u00e8re d\u2019\u00e9quit\u00e9 sociale. Dans les premi\u00e8res enqu\u00eates PISA, la Finlande, la Norv\u00e8ge et la Su\u00e8de affichaient des \u00e9carts de performance selon l\u2019origine sociale consid\u00e9rablement plus faibles que ceux observ\u00e9s dans les autres pays. La plupart des commentateurs attribuaient ce succ\u00e8s d\u00e9mocratique \u00e0 la conjonction de plusieurs facteurs : un tronc commun de tr\u00e8s longue dur\u00e9e (jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 16 ans), une grande autonomie des \u00e9tablissements scolaires, une culture de \u00ab\u00a0rem\u00e9diation\u00a0\u00bb et le refus des redoublements.<\/p>\n<p>Or, voil\u00e0 que l\u2019un de ces pays, la Su\u00e8de, se met \u00e0 d\u00e9gringoler dans les classements, non seulement pour ce qui est des performances moyennes mais, surtout, pour les indicateurs d\u2019\u00e9quit\u00e9 sociale de l\u2019enseignement. A chaque nouvelle enqu\u00eate PISA, la situation semble s\u2019y d\u00e9t\u00e9riorer un peu plus. Une \u00e9volution similaire, quoique nettement moins forte, commence \u00e0 se faire jour \u00e9galement en Finlande. Mais la Norv\u00e8ge, elle, r\u00e9siste.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, de plus en plus d\u2019\u00e9tudes scientifiques montrent que le facteur explicatif majeur de cette \u00e9volution est l\u2019introduction, en Su\u00e8de et dans une moindre mesure en Finlande, de mesures lib\u00e9rales : libre march\u00e9 scolaire, concurrence entre \u00e9coles, transformation des directeurs en managers,\u2026 A l\u2019\u00e9vidence, il y a l\u00e0 des le\u00e7ons importantes \u00e0 tirer pour les r\u00e9formes en Belgique.<\/p>\n<h2><strong>Su\u00e8de : trois d\u00e9cennies de marchandisation<\/strong><\/h2>\n<p>Jusqu\u2019en 1992, le syst\u00e8me d\u2019enseignement su\u00e9dois \u00e9tait tout \u00e0 fait centralis\u00e9\u00a0: l\u2019immense majorit\u00e9 des \u00e9l\u00e8ves fr\u00e9quentaient les \u00e9coles publiques, directement organis\u00e9es, financ\u00e9es et contr\u00f4l\u00e9es par le minist\u00e8re de l\u2019\u00c9ducation. Chaque \u00e9l\u00e8ve se voyait attribuer une \u00e9cole, selon son lieu de r\u00e9sidence, et les changements n\u2019\u00e9taient autoris\u00e9s que rarement, sur base de crit\u00e8res tr\u00e8s stricts. Moins de 1% des \u00e9l\u00e8ves fr\u00e9quentaient les rares \u00e9coles priv\u00e9es, sans financement public, donc payantes. Le m\u00eame syst\u00e8me existait en Finlande et en Norv\u00e8ge.<\/p>\n<h4><strong>Ch\u00e8que scolaire<\/strong><\/h4>\n<p>D\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 80, diff\u00e9rentes coalitions gouvernementales su\u00e9doises \u2014 tant\u00f4t de centre-droit, tant\u00f4t social-d\u00e9mocrates \u2014 ont pr\u00e9par\u00e9 le terrain l\u00e9gislatif et id\u00e9ologique en vue d\u2019un \u00ab\u00a0<em>New Public Management<\/em>\u00a0\u00bb impliquant une d\u00e9centralisation et une contractualisation du secteur public, un pilotage par objectifs ou par r\u00e9sultats, au nom de \u00ab\u00a0l\u2019efficience\u00a0\u00bb et de la \u00ab\u00a0modernit\u00e9\u00a0\u00bb. Mais c\u2019est avec l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir d\u2019un gouvernement de droite en 1991 que l\u2019enseignement su\u00e9dois franchit son Rubicon. Le vote, en 1992, de la \u00ab\u00a0loi sur le libre choix de l\u2019\u00e9cole\u00a0\u00bb fit du syst\u00e8me \u00e9ducatif su\u00e9dois l\u2019un des plus d\u00e9centralis\u00e9s au monde. En voici les grandes lignes :<\/p>\n<ul>\n<li>L\u2019organisation de l\u2019enseignement public est d\u00e9plac\u00e9e de l\u2019\u00c9tat central vers les municipalit\u00e9s.<\/li>\n<li>Libert\u00e9 est accord\u00e9e \u00e0 n\u2019importe quelle institution priv\u00e9e d\u2019organiser une ou des \u00e9coles, dites \u00ab\u00a0ind\u00e9pendantes\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0libres\u00a0\u00bb (<em>friskolor<\/em>).<\/li>\n<li>Les parents ont toujours le droit (prioritaire) d\u2019inscrire leur enfant dans l\u2019\u00e9cole de leur zone de r\u00e9sidence, mais ils peuvent tout aussi librement refuser cette \u00e9cole et en choisir une autre, publique ou ind\u00e9pendante.<\/li>\n<li>Les municipalit\u00e9s sont contraintes d\u2019accorder \u00e0 chaque \u00e9cole, qu\u2019elle soit publique ou ind\u00e9pendante, le m\u00eame financement pour chaque \u00e9l\u00e8ve qui s\u2019y inscrit : c\u2019est le fameux \u00ab\u00a0ch\u00e8que scolaire\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0<em>school voucher<\/em>\u00a0\u00bb su\u00e9dois.<\/li>\n<li>En cas de saturation, les \u00e9coles\u00a0ind\u00e9pendantes peuvent s\u00e9lectionner les \u00e9l\u00e8ves au moyen de listes d\u2019attente ou sur base de crit\u00e8res de proximit\u00e9 et de regroupement familial.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Dans la prolongation de cette privatisation et de cette mise en comp\u00e9tition de l\u2019\u00e9ducation, la Su\u00e8de a connu d\u2019importantes r\u00e9formes en mati\u00e8re de pilotage de l\u2019enseignement public. Des d\u00e9crets de 2000 et de 2010 ont transform\u00e9 le r\u00f4le du chef d\u2019\u00e9tablissement, de responsable p\u00e9dagogique en \u00ab\u00a0manager\u00a0\u00bb charg\u00e9 de veiller \u00e0 la \u00ab\u00a0performance\u00a0\u00bb et au \u00ab\u00a0contr\u00f4le de qualit\u00e9\u00a0\u00bb (Alexiadou 2016). En 2008, la nouvelle Inspection Scolaire a \u00e9t\u00e9 dot\u00e9e d\u2019un pouvoir de sanction plus important que jadis. Tout au long des ann\u00e9es 2000, les \u00e9preuves d\u2019\u00e9valuation standardis\u00e9es ont cru en nombre et en ampleur. (Alexiadou 2016)<\/p>\n<p>Les objectifs affich\u00e9s par le gouvernement su\u00e9dois au moment de cette r\u00e9forme \u00e9taient la copie-conforme du cat\u00e9chisme lib\u00e9ral de Milton Friedman :<\/p>\n<ul>\n<li>Am\u00e9liorer la qualit\u00e9 de l\u2019enseignement, par l\u2019action conjointe de la libert\u00e9 du consommateur et de la libre concurrence entre \u00e9coles.<\/li>\n<li>Diminuer le co\u00fbt de l\u2019enseignement par une utilisation plus efficiente des moyens.<\/li>\n<li>Diminuer les in\u00e9galit\u00e9s sociales en permettant aux pauvres d\u2019\u00e9chapper aux \u00e9coles des quartiers pauvres. (Bunar 2019)<\/li>\n<\/ul>\n<p>Voyons maintenant quels furent les effets r\u00e9els de la r\u00e9forme.<\/p>\n<h4><strong>Privatisation<\/strong><\/h4>\n<p>Bien que le syst\u00e8me des ch\u00e8ques scolaires ait \u00e9t\u00e9 introduit il y a plus de 25 ans, il a fallu attendre les ann\u00e9es 2000 avant que cette nouvelle organisation ne conduise \u00e0 une augmentation importante du nombre d\u2019\u00e9coles ind\u00e9pendantes et, par voie de cons\u00e9quence, \u00e0 des strat\u00e9gies de positionnement des \u00e9coles publiques sur le march\u00e9 scolaire.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re vague d\u2019\u00e9coles ind\u00e9pendantes, apr\u00e8s la loi de 1992, \u00e9tait surtout constitu\u00e9e d\u2019\u00e9coles proposant une p\u00e9dagogie particuli\u00e8re (\u00e9coles Montessori ou Freinet par exemple), de coop\u00e9ratives parentales ou d\u2019\u00e9tablissements affichant une orientation religieuse. Mais par la suite on vit na\u00eetre de plus en plus d\u2019\u00e9coles \u00ab\u00a0g\u00e9n\u00e9ralistes\u00a0\u00bb, proposant un profil \u00e9ducatif tr\u00e8s similaire \u00e0 celui des \u00e9coles publiques (B\u00f6hlmark, 2015).<\/p>\n<p>Au tournant du mill\u00e9naire, on assista \u00e0 une profonde restructuration des \u00e9coles priv\u00e9es qui se concentr\u00e8rent entre les mains d\u2019un petit nombre d\u2019op\u00e9rateurs purement marchands (\u00ab\u00a0<em>for profit<\/em>\u00a0\u00bb). En 2010, 85% \u00e0 90% des \u00e9coles libres d\u00e9pendaient d\u2019entreprises priv\u00e9es qui engendraient un profit pour leurs actionnaires ou propri\u00e9taires (Alexiadou 2016, Varjo 2018). Dans l\u2019enseignement pr\u00e9-scolaire (<em>f\u00f6rskoleklass<\/em>), 64% des \u00e9coles libres d\u00e9pendent d\u00e9sormais d\u2019entreprises priv\u00e9es et 33% d\u2019associations sans but lucratif (Hartman 2011). En quelques ann\u00e9es, trois des quatre principales entreprises su\u00e9doises actives dans l\u2019enseignement secondaire sup\u00e9rieur furent achet\u00e9es par des fonds d\u2019investissements \u00e9trangers qui n\u2019avaient jamais op\u00e9r\u00e9 dans le secteur de l\u2019enseignement (Alexiadou 2016).<\/p>\n<p>La plus grande entreprise scolaire, <em>AcadeMedia<\/em>, comptait, en 2015, 450 \u00e9coles de diff\u00e9rents niveaux, avec 12.000 employ\u00e9s et 90.000 \u00e9l\u00e8ves ou \u00e9tudiants. Son chiffre d\u2019affaires s\u2019\u00e9levait \u00e0 679 millions d\u2019euros (pour 2013-2014), avec un taux de profit de 7,1% (Alexiadou 2016). Ce b\u00e9n\u00e9fice semble s\u2019expliquer par le fait que les \u00e9coles priv\u00e9es ont moins de responsabilit\u00e9s et de charges obligatoires (salles de gymnastique, laboratoires, repas scolaires) et qu\u2019elles ne sont pas oblig\u00e9es d\u2019employer du personnel qualifi\u00e9 pour l\u2019\u00e9tude ou la guidance ni d\u2019assurer l\u2019accompagnement sp\u00e9cialis\u00e9 d\u2019enfants souffrant de handicaps. Mais la source de profit principale provient d\u2019un taux d\u2019encadrement professeurs\/\u00e9l\u00e8ves r\u00e9duit par rapport \u00e0 l\u2019enseignement public (Alexiadou 2016).<\/p>\n<p>En 2013, 13% des \u00e9l\u00e8ves de l\u2019enseignement obligatoire su\u00e9dois fr\u00e9quentaient une \u00e9cole libre. Dans l\u2019enseignement secondaire sup\u00e9rieur (non obligatoire) ce pourcentage s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 26%. On note cependant d\u2019importantes diff\u00e9rences entre les grands centres urbains et les municipalit\u00e9s rurales, avec des taux de participation \u00e0 l\u2019enseignement libre qui peuvent varier de 50% \u00e0 3% respectivement (Alexiadou 2016, Varjo 2018).<\/p>\n<p>L\u2019augmentation du nombre d\u2019\u00e9l\u00e8ves qui choisissent une \u00e9cole autre que l\u2019\u00e9cole publique de proximit\u00e9 se traduit \u00e9galement par une augmentation de la distance entre le domicile et l\u2019\u00e9cole : sa valeur m\u00e9diane est pass\u00e9e de 1,6 km en 2000 \u00e0 1,8 km en 2006 (\u00d6sth 2013).<\/p>\n<p>Enfin, une derni\u00e8re cons\u00e9quence directe de cette privatisation et de cette comp\u00e9tition est la fermeture de nombreuses \u00e9coles rurales (Fjellmann 2018).<\/p>\n<h4><strong>S\u00e9gr\u00e9gations<\/strong><\/h4>\n<p>Au cours des ann\u00e9es 2000, le syst\u00e8me \u00e9ducatif su\u00e9dois a commenc\u00e9 \u00e0 donner des signes d\u2019une s\u00e9gr\u00e9gation sociale et acad\u00e9mique croissante. Une enqu\u00eate r\u00e9alis\u00e9e en 2005 \u00e0 Stockholm a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 une nette augmentation de l\u2019in\u00e9galit\u00e9 des niveaux de ma\u00eetrise des savoirs entre les \u00e9coles, entre les \u00e9l\u00e8ves d&#8217;origine su\u00e9doise et les autres, ainsi qu&#8217;entre les \u00e9l\u00e8ves de diff\u00e9rentes origines socio-\u00e9conomiques. (Bunar 2008, Alexiadou 2016). En 2004, le coefficient de s\u00e9gr\u00e9gation scolaire selon l\u2019origine sociale avait augment\u00e9 de 30% depuis l\u2019entr\u00e9e en vigueur de la loi sur la libert\u00e9 de choix (Wiborg 2010).<\/p>\n<p>En 2009, des enfants de parents disposant d\u2019un dipl\u00f4me de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur avaient deux fois plus de probabilit\u00e9 de fr\u00e9quenter une \u00e9cole ind\u00e9pendante que les autres enfants (B\u00f6hlmark, 2015). Dans le d\u00e9cile socio-\u00e9conomique sup\u00e9rieur (les 10% les plus \u00ab\u00a0riches\u00a0\u00bb), 55% des \u00e9l\u00e8ves fr\u00e9quentent une \u00e9cole ind\u00e9pendante, contre 5% seulement dans le d\u00e9cile inf\u00e9rieur (Varjo 2018). Une enqu\u00eate r\u00e9alis\u00e9e aupr\u00e8s des parents qui ont opt\u00e9 pour une \u00e9cole ind\u00e9pendante conclut que \u00ab\u00a0ce qui semble important pour la plupart de ces parents, c\u2019est la composition sociale et ethnique de l\u2019\u00e9cole\u00a0\u00bb, plut\u00f4t que les pratiques p\u00e9dagogiques ou l\u2019orientation religieuse (Varjo 2018).<\/p>\n<p>Certains chercheurs, par prudence, n\u2019ont pas voulu tout de suite conclure que la libert\u00e9 de choix et le d\u00e9veloppement de l\u2019enseignement priv\u00e9 \u00e9taient la cause principale de cette s\u00e9gr\u00e9gation accrue. On pouvait en effet formuler l\u2019hypoth\u00e8se que ce serait plut\u00f4t l\u2019in\u00e9galit\u00e9 sociale croissante qui expliquerait le recours plus intensif \u00e0 l\u2019\u00e9cole priv\u00e9e dans le chef des classes moyennes et sup\u00e9rieures. Mais une \u00e9tude r\u00e9alis\u00e9e en 2015 a permis de trancher d\u00e9finitivement cette question. Il se fait que le degr\u00e9 de libert\u00e9 de choix d\u2019\u00e9coles varie d\u2019une municipalit\u00e9 \u00e0 l\u2019autre. En utilisant cette particularit\u00e9, des chercheurs ont pu montrer que, toute chose restant \u00e9gale par ailleurs \u2014 donc en comparant des municipalit\u00e9s ayant une m\u00eame composition sociale ou ethnique \u2014 la s\u00e9gr\u00e9gation a augment\u00e9 davantage l\u00e0 o\u00f9 la pratique du libre choix scolaire s\u2019est le plus d\u00e9velopp\u00e9e et est rest\u00e9e plus faible l\u00e0 o\u00f9 ce choix est limit\u00e9 (B\u00f6hlmark, 2015).<\/p>\n<h4><strong>In\u00e9galit\u00e9s<\/strong><\/h4>\n<p>La s\u00e9gr\u00e9gation acad\u00e9mique et sociale risque \u00e9videmment d\u2019engendrer, \u00e0 son tour, une in\u00e9galit\u00e9 de \u00ab\u00a0niveaux\u00a0\u00bb entre les \u00e9coles. Diff\u00e9rentes \u00e9tudes montrent effectivement que la variance des performances entre \u00e9coles a augment\u00e9 au cours des ann\u00e9es 2000 (\u00d6sth 2013). Certains ont suppos\u00e9 initialement que cela aurait pu \u00eatre le r\u00e9sultat d\u2019une augmentation de la s\u00e9gr\u00e9gation sociale r\u00e9sidentielle. Cependant, des chercheurs sont parvenus \u00e0 comparer la variance des performances moyennes des \u00e9coles \u00ab\u00a0r\u00e9elles\u00a0\u00bb avec celles que l\u2019ont observerait th\u00e9oriquement si chaque \u00e9l\u00e8ve fr\u00e9quentait simplement l\u2019\u00e9cole de son quartier. Leur conclusion est (1) que les \u00e9carts entre \u00e9coles croissent plus vite dans la r\u00e9alit\u00e9 que ce qui pourrait s\u2019expliquer par le seul fait des in\u00e9galit\u00e9s g\u00e9ographiques et (2) que la forte augmentation de ces \u00e9carts en 2003 co\u00efncide avec l\u2019expansion des \u00e9coles ind\u00e9pendantes et le changement de comportement des \u00e9coles publiques en r\u00e9ponse \u00e0 cette comp\u00e9tition. Les m\u00eames chercheurs ont \u00e9galement montr\u00e9 que la variance inter-\u00e9coles des performances est cinq fois plus \u00e9lev\u00e9e dans les municipalit\u00e9s o\u00f9 un pourcentage important d\u2019\u00e9l\u00e8ves (&gt;20%) fr\u00e9quentent les \u00e9coles ind\u00e9pendantes que dans celles o\u00f9 ce pourcentage est faible (&lt;5%). Leur conclusion est formelle : \u00ab\u00a0C\u2019est le libre choix de l\u2019\u00e9cole et non la s\u00e9gr\u00e9gation r\u00e9sidentielle qui est le facteur le plus d\u00e9terminant dans les \u00e9carts entre \u00e9tablissements\u00a0\u00bb (\u00d6sth 2013).<\/p>\n<p>Si l\u2019on combine la s\u00e9gr\u00e9gation sociale et les \u00e9carts de \u00ab\u00a0niveaux\u00a0\u00bb entre \u00e9coles, on doit s\u2019attendre \u00e0 une croissance des in\u00e9galit\u00e9s sociales de performances des \u00e9l\u00e8ves. En effet, de nombreuses \u00e9tudes montrent que la libert\u00e9 de choix au sein d\u2019un syst\u00e8me scolaire accentue les diff\u00e9rences sociales en offrant surtout aux parents les mieux inform\u00e9s une possibilit\u00e9 accrue de choisir de \u00ab\u00a0meilleures\u00a0\u00bb \u00e9coles pour leurs enfants. Dans son rapport 2016 sur la Su\u00e8de, l\u2019OCDE confirme cette \u00e9volution\u00a0: \u00ab\u00a0on observe des signes d\u2019une croissance de l\u2019in\u00e9galit\u00e9 dans la distribution des r\u00e9sultats de l\u2019apprentissage. Le foss\u00e9 entre les \u00e9l\u00e8ves les plus performants et les moins performants s\u2019est accru au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie et est d\u00e9sormais sup\u00e9rieur \u00e0 la moyenne OCDE. Le foss\u00e9 entre les \u00e9l\u00e8ves avantag\u00e9s et d\u00e9savantag\u00e9s sur le plan socio-\u00e9conomique s\u2019est \u00e9galement accru\u00a0\u00bb (OCDE 2016).<\/p>\n<p>En 2017, un rapport a montr\u00e9 que le diff\u00e9rentiel de performance entre \u00e9l\u00e8ves autochtones et allochtones s\u2019\u00e9tait \u00e9galement accru significativement. Mais cette \u00e9tude a par ailleurs r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que cet \u00e9cart disparaissait presque enti\u00e8rement lorsqu\u2019on tenait compte de l\u2019origine sociale (Edwards 2018). D\u2019autres \u00e9tudes indiquent arrivent \u00e0 la conclusion que l\u2019origine sociale expliquerait environ la moiti\u00e9 des \u00e9carts de performance entre \u00e9l\u00e8ves su\u00e9dois autochtones et allochtones (OCDE 2016). Quoi qu\u2019il en soit, en Su\u00e8de comme dans de nombreux autres pays, l\u2019in\u00e9galit\u00e9 scolaire d\u2019origine sociale est la cause principale des in\u00e9galit\u00e9s scolaires ethniques.<\/p>\n<p>Certains chercheurs sugg\u00e8rent encore que toutes ces in\u00e9galit\u00e9s ont pu \u00eatre accrues par la tr\u00e8s forte tendance, en Su\u00e8de, de pratiquer des p\u00e9dagogies individualis\u00e9es. Ceci conduirait \u00e0 d\u00e9placer la responsabilit\u00e9 de l\u2019apprentissage de l\u2019enseignant vers l\u2019\u00e9l\u00e8ve, amplifiant ainsi les in\u00e9galit\u00e9s d\u2019apprentissages, du fait de la capacit\u00e9 in\u00e9gale des parents \u00e0 corriger le tir. \u00ab\u00a0Cette soi-disante strat\u00e9gie d\u2019\u00e9quit\u00e9 \u00e9ducative, bas\u00e9e sur un curriculum pilot\u00e9 par l\u2019\u00e9l\u00e8ve lui-m\u00eame, sur la libert\u00e9 de choix et la flexibilit\u00e9, risque d\u2019augmenter les diff\u00e9rences de performance acad\u00e9mique entre groupes d\u2019\u00e9l\u00e8ves plut\u00f4t que de les r\u00e9duire\u00a0\u00bb (Wiborg 2010).<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, l\u2019Agence nationale su\u00e9doise pour l&#8217;\u00e9ducation doit elle-m\u00eame reconna\u00eetre que \u00ab\u00a0les m\u00e9canismes de libre choix entra\u00eenent une division, non seulement des \u00e9l\u00e8ves, mais \u00e9galement des \u00e9coles. (\u2026) On peut dire que ce d\u00e9veloppement sape \u00e0 la fois le principe &#8220;d&#8217;\u00e9galit\u00e9 d&#8217;acc\u00e8s&#8221; et &#8220;d&#8217;\u00e9galit\u00e9 des chances&#8221; \u00bb (Gustafsson 2006).<\/p>\n<h2><strong>Finlande : un march\u00e9\u00a0pas encore tr\u00e8s libre<\/strong><\/h2>\n<p>La Finlande aussi a introduit, depuis le milieu des ann\u00e9es 90, une certaine libert\u00e9 de choix de l\u2019\u00e9cole. Le contexte est toutefois tr\u00e8s diff\u00e9rent de celui de la Su\u00e8de. En Finlande il n\u2019est question ni de ch\u00e8que scolaire, ni d\u2019enseignement \u00ab\u00a0libre\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0ind\u00e9pendant\u00a0\u00bb. Dans l\u2019enseignement obligatoire, 96% des \u00e9coles finlandaises sont des \u00e9coles publiques, municipales. (Varjo 2018)<\/p>\n<p>Tous les \u00e9l\u00e8ves se voient assigner une \u00e9cole par les autorit\u00e9s municipales. Jusqu\u2019en 1999 il s\u2019agissait automatiquement de l\u2019\u00e9cole la plus proche de leur domicile. Mais depuis le Basic Education Act de 1999, la loi oblige seulement les municipalit\u00e9s \u00e0 attribuer \u00ab\u00a0une \u00e9cole de proximit\u00e9\u00a0\u00bb \u00e0 chaque \u00e9l\u00e8ve. Ceci leur permet de d\u00e9velopper des politiques d\u2019affectation plus \u00e9quitables, en tenant compte d\u2019autres crit\u00e8res que la distance (Varjo 2018).<\/p>\n<p>Les \u00e9l\u00e8ves de l\u2019enseignement obligatoire (ou plut\u00f4t leurs parents) peuvent opter pour une autre \u00e9cole que celle qui leur est attribu\u00e9e, mais comme nous l\u2019avons dit il s\u2019agit toujours d\u2019une \u00e9cole publique municipale. De plus, ce choix est conditionn\u00e9 par la capacit\u00e9 de l\u2019\u00e9cole (alors qu\u2019en Su\u00e8de les \u00e9coles sont libres de grandir tant qu\u2019elle le peuvent et le ch\u00e8que scolaire suit automatiquement l\u2019\u00e9l\u00e8ve). L\u2019opportunit\u00e9 d\u2019opter pour une autre \u00e9cole est cependant tr\u00e8s variable d\u2019une municipalit\u00e9 \u00e0 l\u2019autre. Elle est surtout importante dans les grandes villes. A Helsinki, pr\u00e8s de la moiti\u00e9 des \u00e9l\u00e8ves de 7\u00e8me (l\u2019\u00e9quivalent de la 2\u00e8me secondaire belge ou de la classe de quatri\u00e8me du coll\u00e8ge fran\u00e7ais) demandent une autre \u00e9cole et 80% d\u2019entre eux y sont admis. (Kuosmanen 2014)<\/p>\n<p>Une loi de 1998 permet \u00e9galement aux \u00e9coles d\u2019organiser des classes proposant un \u00ab\u00a0curriculum pond\u00e9r\u00e9\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire un programme qui diff\u00e8re l\u00e9g\u00e8rement du programme national en attachant plus de \u00ab\u00a0poids\u00a0\u00bb \u00e0 certaines disciplines ou \u00e0 des projets sp\u00e9cifiques. Les \u00e9l\u00e8ves ont alors par exemple plus de cours de musique, de sport, de sciences, de langues modernes, d\u2019art ; ou bien l\u2019ensemble des cours est davantage orient\u00e9 sur un th\u00e8me : environnement, arts, agriculture\u2026 L\u2019inscription dans ces classes peut parfois impliquer une proc\u00e9dure de s\u00e9lection via des tests d\u2019aptitude. Aujourd\u2019hui, dans les municipalit\u00e9s urbaines, 30 \u00e0 40% des \u00e9l\u00e8ves sont inscrits dans de telles classes. Ceci constitue clairement \u00ab\u00a0la force motrice du libre choix d\u2019\u00e9cole en Finlande\u00a0\u00bb (Kuosmanen 2014).<\/p>\n<p>Bien qu\u2019on soit donc assez loin d\u2019une marchandisation \u00e0 la su\u00e9doise, tout ceci a n\u00e9anmoins conduit \u00e0 une certaine augmentation de la s\u00e9gr\u00e9gation sociale et ethnique en Finlande, ainsi qu\u2019\u00e0 une augmentation des in\u00e9galit\u00e9s sociales de performances. Une \u00e9tude portant sur l\u2019\u00e9volution de la s\u00e9gr\u00e9gation entre 1996 et 2004 a montr\u00e9 que celle-ci avait fortement augment\u00e9 \u00e0 Helsinki, o\u00f9 la municipalit\u00e9 a opt\u00e9 pour une grande libert\u00e9 de choix, alors qu\u2019elle restait stable dans la ville de Vantaa, qui a opt\u00e9 pour une strat\u00e9gie de limitation du libre choix. Les auteurs de cette recherche estiment donc qu\u2019il \u00ab\u00a0existe des preuves de l\u2019augmentation de la s\u00e9gr\u00e9gation depuis la r\u00e9forme du libre choix d\u2019\u00e9cole en Finlande\u00a0\u00bb (Kuosmanen 2014).<\/p>\n<p>Alors que la Finlande occupait la toute premi\u00e8re place des classements PISA 2001 et 2003 en mati\u00e8re d\u2019\u00e9quit\u00e9 scolaire, elle est d\u00e9sormais devanc\u00e9e par la Norv\u00e8ge et l\u2019Islande et sa position se d\u00e9grade r\u00e9guli\u00e8rement (voir graphiques).<\/p>\n<h2><strong>Norv\u00e8ge\u00a0: les principes tiennent bon<\/strong><\/h2>\n<p>La Norv\u00e8ge a d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 une timide lib\u00e9ralisation de l\u2019enseignement en 2003, mais qui concerne seulement le niveau secondaire sup\u00e9rieur (\u00e9l\u00e8ves de plus de 16 ans). Dans l\u2019enseignement primaire et dans le secondaire inf\u00e9rieur les \u00e9l\u00e8ves continuent de fr\u00e9quenter normalement l\u2019\u00e9cole qui leur est assign\u00e9e en fonction de leur zone de r\u00e9sidence. En 2015, seuls 3% des \u00e9l\u00e8ves du primaire fr\u00e9quentaient des \u00e9coles priv\u00e9es. Tous les autres \u00e9taient scolaris\u00e9s dans des \u00e9coles municipales. (Machin 2010)<\/p>\n<p>La Norv\u00e8ge consacre aussi sensiblement plus de moyens financiers \u00e0 l\u2019enseignement que la plupart des autres pays europ\u00e9ens.<\/p>\n<p>Elle reste, aujourd\u2019hui encore, l\u2019un des pays au monde o\u00f9 l\u2019origine sociale influence le moins fortement les performances scolaires telles que mesur\u00e9es par PISA ou TIMSS. Reste \u00e0 savoir si elle r\u00e9sistera encore longtemps aux sir\u00e8nes du lib\u00e9ralisme \u00e9ducatif que r\u00e9clament les familles les plus avantag\u00e9es.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-03-29-\u00e0-18.44.03.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-11579\" src=\"http:\/\/www.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-03-29-\u00e0-18.44.03-300x241.png\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"241\" srcset=\"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-03-29-\u00e0-18.44.03-300x241.png 300w, https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-03-29-\u00e0-18.44.03-522x420.png 522w, https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-03-29-\u00e0-18.44.03.png 692w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><a href=\"http:\/\/www.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-03-29-\u00e0-18.44.21.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-11586\" src=\"http:\/\/www.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-03-29-\u00e0-18.44.21-300x241.png\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"241\" srcset=\"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-03-29-\u00e0-18.44.21-300x241.png 300w, https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-03-29-\u00e0-18.44.21-522x420.png 522w, https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-03-29-\u00e0-18.44.21.png 692w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p><em>Deux graphiques illustrant la d\u00e9glingue de la Su\u00e8de en mati\u00e8re d&#8217;\u00e9quit\u00e9&#8230; (cliquer pour agrandir)<\/em><\/p>\n<h2><strong>La Belgique \u00e0 l\u2019\u00e9cole de la Su\u00e8de<\/strong><\/h2>\n<p>Voil\u00e0 longtemps que les pays nordiques \u00e9voqu\u00e9s dans cet article font (ou faisaient\u2026) figure d\u2019exemples en mati\u00e8re d\u2019\u00e9quit\u00e9 scolaire. Souvent, dans les milieux progressistes, on a eu tendance \u00e0 attribuer ce succ\u00e8s \u00e0 trois caract\u00e9ristiques que ces syst\u00e8mes \u00e9ducatifs partagent depuis les ann\u00e9es 70 :<\/p>\n<ul>\n<li>Un tronc commun de longue dur\u00e9e (jusque 16 ans dans les trois pays)<\/li>\n<li>L\u2019absence de redoublements ou leur caract\u00e8re exceptionnel<\/li>\n<li>La pratique syst\u00e9matique de la rem\u00e9diation<\/li>\n<\/ul>\n<p>Mais, \u00e9trangement, on oubliait souvent que, jusqu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es 90, ces pays avaient une autre particularit\u00e9 commune\u00a0: c\u2019\u00e9taient des syst\u00e8mes d\u2019enseignement \u00e9tatiques et centralis\u00e9s, sans aucune forme de concurrence entre \u00e9coles ou entre parents, sans libre choix, sans march\u00e9 scolaire. Peut-\u00eatre l\u2019occultation de cette r\u00e9alit\u00e9 provenait-elle de la difficult\u00e9 d\u2019aller \u00e0 contre-courant des id\u00e9es d\u2019autonomie, de d\u00e9centralisation, de libre choix\u2026 profess\u00e9es par un n\u00e9o-lib\u00e9ralisme triomphant et souvent reprises par une gauche opportuniste. D\u2019autant que les toutes premi\u00e8re donn\u00e9es comparatives, celles des enqu\u00eates TIMSS 1995 et PISA 2000, r\u00e9v\u00e9laient encore de beaux r\u00e9sultats pour la Su\u00e8de en mati\u00e8re d\u2019\u00e9quit\u00e9, alors m\u00eame que des politiques \u00e9ducatives lib\u00e9rales avaient \u00e9t\u00e9 introduites dans ce pays et \u00e9taient encore fra\u00eeches dans tous les esprits.<\/p>\n<p>Mais aujourd\u2019hui, le doute n\u2019est plus permis. Non seulement les promesses d\u2019efficacit\u00e9 et d\u2019\u00e9quit\u00e9 de la r\u00e9forme lib\u00e9rale de l\u2019enseignement en Su\u00e8de n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 tenues, mais la recherche scientifique a clairement d\u00e9montr\u00e9 que la mise en concurrence des \u00e9coles sur un march\u00e9 scolaire, jointe \u00e0 des pratiques de management par objectifs, est en train de d\u00e9truire l\u2019\u00c9cole d\u00e9mocratique su\u00e9doise. La Finlande commence \u00e0 suivre elle aussi cette pente dangereuse, alors que la Norv\u00e8ge, qui a conserv\u00e9 son enseignement public sans march\u00e9 et sans concurrence reste championne de l\u2019\u00e9quit\u00e9 sociale \u00e0 l\u2019\u00e9cole.<\/p>\n<p>Ce constat est de la toute premi\u00e8re importance pour les d\u00e9bats actuels en Belgique. C\u2019est entre autres en s\u2019inspirant du \u00ab\u00a0mod\u00e8le nordique\u00a0\u00bb que la F\u00e9d\u00e9ration Wallonie-Bruxelles est en train de mettre en place un \u00ab\u00a0tronc commun\u00a0\u00bb jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 15 ans. Une proposition de tronc commun jusque 14 ans a \u00e9t\u00e9 envisag\u00e9e en Flandre il y a quelques ann\u00e9es. De tels projets peuvent para\u00eetre g\u00e9n\u00e9reux et courageux. Pourtant, avant de les soutenir, il faut se demander si les conditions de leur succ\u00e8s sont r\u00e9unies. Sans quoi l\u2019on courrait vers l\u2019\u00e9chec et l\u2019on offrirait alors du pain b\u00e9ni aux forces de droite et d\u2019extr\u00eame droite qui vont r\u00e9p\u00e9tant qu\u2019une d\u00e9mocratisation de l\u2019enseignement est de toute fa\u00e7on impossible et non souhaitable.<\/p>\n<p>Ce qu\u2019ont d\u00e9montr\u00e9 historiquement la Norv\u00e8ge, la Su\u00e8de et la Finlande, c\u2019est qu\u2019un enseignement de tronc commun de longue dur\u00e9e et d\u2019un bon niveau est tout \u00e0 fait possible. Cela est r\u00e9jouissant, parce que cela d\u00e9truit les affirmations de ceux qui pr\u00e9tendent que les enfant de riches et de pauvres seraient \u2014 g\u00e9n\u00e9tiquement ou culturellement\u00a0\u2014 trop diff\u00e9rents pour recevoir le m\u00eame enseignement. Cela nous conforte donc dans l\u2019ambition d\u2019oeuvrer \u00e0 une \u00e9cole commune jusque 16 ans. Mais l\u2019\u00e9volution r\u00e9cente de la Su\u00e8de (et petit-\u00e0-petit celle de la Finlande) montre tout aussi indubitablement que le succ\u00e8s de ce tronc commun est incompatible avec un libre march\u00e9 scolaire.<\/p>\n<p>Or, il se trouve qu\u2019en ce domaine la Belgique est au moins aussi lib\u00e9rale que la Su\u00e8de. Certes, nous n\u2019avons pas d\u2019\u00e9coles dirig\u00e9es par des entreprises commerciales. Mais alors qu\u2019en Su\u00e8de 13% des \u00e9l\u00e8ves de l\u2019enseignement obligatoire fr\u00e9quentent une \u00e9cole libre, on oscille chez nous entre 50 et 70% selon les r\u00e9gions. Alors qu\u2019en Su\u00e8de on continue de proposer une \u00e9cole publique aux parents, qui peuvent ensuite opter pour un autre \u00e9tablissement, en Belgique on pousse la logique de march\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 obliger les parents \u00e0 trouver eux-m\u00eames une \u00e9cole ; ce qui ne fait \u00e9videmment qu\u2019aggraver les ph\u00e9nom\u00e8nes de s\u00e9gr\u00e9gation sociale. La Su\u00e8de a introduit le ch\u00e8que-scolaire, direz-vous. Mais en Belgique nous avons depuis des d\u00e9cennies un ch\u00e8que scolaire qui ne dit pas son nom : les subventions-traitement et les subsides de fonctionnement arrivent automatiquement \u00e0 l\u2019\u00e9cole choisie par les parents. En Belgique, l\u2019\u00e9cart-type des indices socio-\u00e9conomiques des \u00e9coles est plus \u00e9lev\u00e9 qu\u2019en Su\u00e8de, d\u2019un facteur 1,3 (Flandre) \u00e0 1,5 (FWB). 49% des \u00e9l\u00e8ves belges francophones et 43% des \u00e9l\u00e8ves flamands de 15 ans fr\u00e9quentent une \u00e9cole \u00ab\u00a0ghetto\u00a0\u00bb (de riches ou de pauvres), contre 27% seulement des \u00e9l\u00e8ves su\u00e9dois. (Hirtt 2017)<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, en Belgique, le quasi-march\u00e9 scolaire produit d\u00e9j\u00e0 de grandes diff\u00e9rences sociales et acad\u00e9miques entre les \u00e9tablissements, d\u00e8s l\u2019\u00e9cole fondamentale. Dans ces conditions, une prolongation du tronc commun conduira probablement, d\u2019une part, \u00e0 un abaissement des objectifs d\u2019apprentissage dans le premier cycle secondaire et, d\u2019autre part, \u00e0 une diff\u00e9renciation sociale et acad\u00e9mique entre les \u00e9coles et\/ou \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des \u00e9coles qui organisent ce premier cycle secondaire. L\u2019in\u00e9galit\u00e9 sociale que l\u2019on aurait chass\u00e9e par la porte de la filiarisation pr\u00e9coce, reviendrait ainsi de plus belle, par la porte du libre choix.<\/p>\n<p>Qui plus est, en f\u00e9d\u00e9ration Wallonie-Bruxelles, le Pacte d\u2019excellence pr\u00e9voit \u00e9galement l\u2019introduction de dispositions manag\u00e9riales qui viendront encore renforcer la tendance des \u00e9tablissements \u00e0 l\u2019autonomie et au positionnement comp\u00e9titif sur le march\u00e9 scolaire.<\/p>\n<p>Faut-il donc renoncer au tronc commun allong\u00e9 ? Pas du tout. Mais il faut imp\u00e9rativement le faire pr\u00e9c\u00e9der d\u2019une politique d\u2019inscription scolaire proposant aux parents une \u00e9cole proche et socialement mixte (condition pour que la majorit\u00e9 des parents l\u2019acceptent). Il faut \u00e9galement briser les pratiques de concurrence qui alimentent le libre choix et la s\u00e9gr\u00e9gation, notamment en fusionnant les r\u00e9seaux d\u2019enseignement. Enfin, il faut doter les \u00e9coles des moyens mat\u00e9riels et humains \u00e0 la hauteur de l\u2019ambition d\u00e9mocratique.<\/p>\n<hr \/>\n<h2><strong>Bibliographie<\/strong><\/h2>\n<p>Alexiadou, N. (2016). Reforming Swedish education by introduction of quasi-markets and competition. pp. 66\u201380.<\/p>\n<p>B\u00f6hlmark, A., Holmlund, H., Lindahl, M., and others (2015). School choice and segregation: Evidence from Sweden.<\/p>\n<p>Bunar, N. (2019). Parents and teachers on local school markets: Evidence from Sweden.<\/p>\n<p>Bunar, N., and Kallstenius, J. (2008). Valfrihet, integration och segregation i Stockholms grundskolor (Stockholms stad, Stockholm \/ Stockholm University, Department of Sociology).<\/p>\n<p>Dovemark, M., Kosunen, S., Kauko, J., Magn\u00fasd\u00f3ttir, B., Hansen, P., and Rasmussen, P. (2018). Deregulation, privatisation and marketisation of Nordic comprehensive education: social changes reflected in schooling. Education Inquiry 9, 122\u2013141.<\/p>\n<p>Edwards, C. (2018). What\u2019s behind the rising inequality in Sweden\u2019s schools, and can it be fixed\u202f? The Local.<\/p>\n<p>Fjellman, A.-M., Hansen, K., and Beach, D. (2018). School choice and implications for equity: the new political geography of the Swedish upper secondary school market. Educational Review.<\/p>\n<p>Gustafsson, J.-E. (2006). Barns utbildningssituation: bidrag till ett kommunalt barnindex (Stockholm: R\u00e4dda barnen).<\/p>\n<p>Hartman, L. (2011). The Consequences of Competition. What is happening to Swedish Welfare\u202f? (SNS).<\/p>\n<p>Hirtt, N. (2017). Impact des facteurs de s\u00e9gr\u00e9gation et du financement sur l\u2019\u00e9quit\u00e9 des syst\u00e8mes \u00e9ducatifs europ\u00e9ens. Quelques le\u00e7ons statistiques de l\u2019enqu\u00eate PISA 2012. L\u2019\u00c9cole D\u00e9mocratique.<\/p>\n<p>Kuosmanen, I. (2014). The Effects of School Choice on Segregation of Finnish Comprehensive Schools.<\/p>\n<p>Lundahl, L., Arreman, I.E., Holm, A.-S., and Lundstr\u00f6m, U. (2013). Educational marketization the Swedish way. Education Inquiry 4, 22620.<\/p>\n<p>Machin, S., and Salvanes, K. (2010). Valuing School Quality Via School Choice Reform. Centre for the Economics of Education.<\/p>\n<p>OCDE (2016), Results from PISA 2015, Country note : Sweden<\/p>\n<p>Opheim, V. (2004). Equity in Education: Country Analytical Report Norway.<\/p>\n<p>\u00d6sth, J., Andersson, E., and Malmberg, B. (2013). School Choice and Increasing Performance Difference: A Counterfactual Approach. Urban Studies 50, 407\u2013425.<\/p>\n<p>Varjo, J., Lundstr\u00f6m, U., and Kalalahti, M. (2018). The governors of school markets?\u202f: Local education authorities, school choice and equity in Finland and Sweden. Research in Comparative and International Education 13, 481\u2013498.<\/p>\n<p>Wiborg, S. (2010). Swedish Free Schools: Do they work? Centre for Learning and Life Chances in Knowledge Economies and Societies- Research Paper.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Petit \u00e0 petit, depuis vingt ans, l&#8217;enseignement su\u00e9dois a perdu son statut de syst\u00e8me \u00e9ducatif \u00e9galitaire : la s\u00e9gr\u00e9gation sociale et les in\u00e9galit\u00e9s de performances entre \u00e9l\u00e8ves riches et pauvres y croissent sans arr\u00eat. Comment expliquer cela, malgr\u00e9 l&#8217;existence d&#8217;un &#8220;tronc commun&#8221; jusqu&#8217;\u00e0 16 ans ? 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