{"id":1118,"date":"2008-12-07T16:43:00","date_gmt":"2008-12-07T15:43:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.asblonweb.be\/APED\/CM\/?p=1118"},"modified":"2017-02-20T18:21:30","modified_gmt":"2017-02-20T17:21:30","slug":"trouver-une-bonne-ecole-un-droit-pour-tous","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/2008\/12\/07\/trouver-une-bonne-ecole-un-droit-pour-tous\/","title":{"rendered":"Trouver une bonne \u00e9cole : un droit pour tous !"},"content":{"rendered":"<p>De tous les syst\u00e8mes \u00e9ducatifs europ\u00e9ens, celui de la Communaut\u00e9 fran\u00e7aise de Belgique est le plus in\u00e9quitable. Ce triste constat est av\u00e9r\u00e9 par toutes les \u00e9tudes internationales disponibles, et quel que soit l&#8217;indicateur utilis\u00e9. Citons un seul exemple parmi des dizaines\u00a0: aux tests PISA en math\u00e9matique, l&#8217;\u00e9cart de performances moyen entre les \u00e9l\u00e8ves des quartiles socio-\u00e9conomiques extr\u00eames (les 25% les plus riches et les 25% les plus pauvres) atteint 126 points en Communaut\u00e9 fran\u00e7aise, contre 102 en Flandre, 101 en France, 87 en Espagne, 76 en Italie, 63 en Finlande&#8230; Notre enseignement d\u00e9tient deux autres records peu glorieux : celui des \u00e9carts de performances entre \u00e9coles \u2014\u00a0nous avons, plus qu&#8217;ailleurs, des \u00e9coles \u00ab\u00a0d&#8217;\u00e9lite\u00a0\u00bb et des \u00e9coles \u00ab\u00a0poubelles\u00a0\u00bb \u2014 et celui de la s\u00e9gr\u00e9gation sociale entre \u00e9tablissements scolaires \u2014 nos \u00e9coles sont davantage s\u00e9par\u00e9es en \u00ab\u00a0\u00e9coles de riches\u00a0\u00bb et en \u00ab\u00a0\u00e9coles de pauvres\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, ces trois facteurs sont \u00e9troitement li\u00e9s entre eux et proviennent d&#8217;une caract\u00e9ristique particuli\u00e8re de l&#8217;enseignement belge\u00a0: nous sommes l&#8217;un des seuls pays d&#8217;Europe o\u00f9 le recrutement des \u00e9l\u00e8ves par les \u00e9tablissements s&#8217;effectue sur la base d&#8217;un march\u00e9 totalement libre. Or, l&#8217;analyse statistique montre que pr\u00e8s de la moiti\u00e9 des diff\u00e9rences entre les pays europ\u00e9ens en mati\u00e8re d&#8217;\u00e9quit\u00e9 \u00e9ducative s&#8217;expliquent par le degr\u00e9 de libert\u00e9 sur le march\u00e9 scolaire.<\/p>\n<p>Dans ces conditions, la volont\u00e9 affich\u00e9e par les ministres Arena et Dupont d&#8217;introduire un peu de r\u00e9gulation, l\u00e0 o\u00f9 ne r\u00e9gnait que l&#8217;anarchie du march\u00e9, m\u00e9rite assur\u00e9ment d&#8217;\u00eatre applaudie. Reste \u00e0 voir si la m\u00e9thode choisie est la bonne. Car l&#8217;ex-d\u00e9cret inscription et le nouveau d\u00e9cret mixit\u00e9 p\u00e8chent tous deux par le m\u00eame d\u00e9faut: ils ne visent pas \u00e0 limiter la port\u00e9e ou l&#8217;ampleur du lib\u00e9ralisme scolaire mais seulement \u00e0 garantir l&#8217;\u00e9galit\u00e9 entre les parents sur le march\u00e9 des \u00e9coles. Cela rend sans doute la comp\u00e9tition un peu plus juste, mais elle en devient aussi plus acerbe. Du coup, le libre choix d&#8217;une \u00e9cole n&#8217;est plus seulement un droit, il devient une obligation de plus en plus angoissante. Or, pr\u00e9cis\u00e9ment, ces d\u00e9crets ne r\u00e9pondent en rien \u00e0 la cause profonde de l&#8217;angoisse des parents, \u00e0 savoir la crainte de se voir finalement contraints d&#8217;inscrire leur enfant dans une \u00e9cole dont la qualit\u00e9 est r\u00e9put\u00e9e \u00ab\u00a0m\u00e9diocre\u00a0\u00bb. Car c&#8217;est bien l\u00e0 le moteur du cercle vicieux o\u00f9 se trouve notre enseignement\u00a0: pour assurer son \u00e9quit\u00e9 par l&#8217;\u00e9galisation des niveaux de performances, il faudrait organiser la mixit\u00e9 sociale des publics; mais pour faire accepter cette mixit\u00e9 par les parents, il faudrait d&#8217;abord garantir l&#8217;\u00e9galit\u00e9 de \u00ab\u00a0qualit\u00e9\u00a0\u00bb des \u00e9coles.<\/p>\n<p>Depuis plusieurs ann\u00e9es, des enseignants de tous r\u00e9seaux et des deux communaut\u00e9s linguistiques, regroup\u00e9s au sein de l&#8217;Appel pour une \u00e9cole d\u00e9mocratique (Aped), ont r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 la fa\u00e7on de sortir de ce dilemme. Voici leurs propositions.<\/p>\n<p>Nous partons d&#8217;abord du principe \u00e9l\u00e9mentaire que les parents ont le droit de trouver, pour leur enfant, une place dans une \u00e9cole facilement accessible. Ce droit n&#8217;\u00e9tait pas garanti jadis. Il ne l&#8217;est pas davantage avec les d\u00e9crets Arena et Dupont. Notre projet pr\u00e9voit donc tout simplement que l&#8217;on propose une \u00e9cole aux parents, sans aucune obligation, mais en leur garantissant qu&#8217;une place y sera r\u00e9serv\u00e9e pour leur enfant. Les parents disposeront d&#8217;un d\u00e9lai de r\u00e9flexion, jusqu&#8217;\u00e0 une date \u00e0 d\u00e9terminer, apr\u00e8s quoi les places exc\u00e9dentaires pourront \u00eatre attribu\u00e9es librement aux parents qui auraient pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 ne pas accepter l&#8217;\u00e9cole qui leur \u00e9tait propos\u00e9e. Les crit\u00e8res pour la gestion des propositions faites aux parents devraient tenir compte de la place disponible dans chaque \u00e9tablissement, de la proximit\u00e9 du domicile et d&#8217;une recherche de mixit\u00e9 sociale (ce qui n&#8217;est pas difficile \u00e0 concilier dans un pays \u00e0 forte densit\u00e9 de population). On pourrait \u00e9galement tenir compte d&#8217;un nombre limit\u00e9 de pr\u00e9f\u00e9rences parentales comme le regroupement des fr\u00e8res et soeurs dans un m\u00eame \u00e9tablissement, le lieu de travail d&#8217;un parent, etc.<\/p>\n<p>Nous sommes convaincus que, dans ces conditions, la tr\u00e8s grande majorit\u00e9 des parents choisiront l&#8217;\u00e9cole qui leur sera propos\u00e9e. D&#8217;une part parce qu&#8217;ils auront ainsi la certitude d&#8217;avoir une place tout en \u00e9chappant \u00e0 la corv\u00e9e angoissante de devoir d\u00e9marcher aupr\u00e8s des \u00e9coles. Et d&#8217;autre part parce que ce syst\u00e8me fera justement en sorte que tous les \u00e9tablissements re\u00e7oivent des publics relativement h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes et que l&#8217;enseignement y sera donc organis\u00e9 dans des conditions \u00e9quivalentes.<\/p>\n<p>L&#8217;existence d&#8217;un r\u00e9seau confessionnel pose cependant probl\u00e8me. On pourrait envisager de ne proposer une \u00e9cole catholique qu&#8217;aux parents qui auraient pr\u00e9alablement marqu\u00e9 leur accord en ce sens. Mais il serait sans doute pr\u00e9f\u00e9rable de demander aux \u00e9tablissements libres d&#8217;abandonner leur caract\u00e8re explicitement confessionnel, afin de pouvoir accueillir tous les enfants (un peu comme l&#8217;UCL envisage d&#8217;abandonner son &#8220;C&#8221;). On irait ainsi vers la suppression des r\u00e9seaux actuels, au profit d&#8217;\u00e9tablissements r\u00e9ellement publics, jouissant d&#8217;une grande autonomie, mais sans \u00eatre mis en concurrence.<\/p>\n<p>Au niveau du passage du primaire au secondaire, un autre probl\u00e8me est pos\u00e9 par l&#8217;existence d&#8217;\u00e9coles qui se sp\u00e9cialisent dans l&#8217;enseignement g\u00e9n\u00e9ral ou dans l&#8217;enseignement technique et professionnel. M\u00eame si les premiers degr\u00e9s de ces \u00e9tablissements sont th\u00e9oriquement communs, ils ne sont et ne seront jamais per\u00e7us comme des premiers degr\u00e9s sur pied d&#8217;\u00e9galit\u00e9. Pour contourner cette difficult\u00e9, nous proposons une s\u00e9paration compl\u00e8te entre le secondaire sup\u00e9rieur, avec ses in\u00e9vitables orientations et sp\u00e9cialisations, et le secondaire inf\u00e9rieur, qui serait la continuation de la formation de base. Cela peut se r\u00e9aliser sur le mod\u00e8le du coll\u00e8ge unique fran\u00e7ais, qui constitue en quelque sorte un premier degr\u00e9 secondaire autonome, ou sur le mod\u00e8le scandinave d&#8217;une \u00e9cole de base commune de 6 \u00e0 15 ans. Ce dernier choix est certainement pr\u00e9f\u00e9rable sur le plan p\u00e9dagogique, mais aussi plus difficile \u00e0 mettre en oeuvre \u00e9tant donn\u00e9 l&#8217;affectation actuelle des b\u00e2timents scolaires dans notre pays.<\/p>\n<p>Le succ\u00e8s du dispositif d\u00e9pendra enfin de la qualit\u00e9 des mesures d&#8217;accompagnement destin\u00e9es \u00e0 contrer les \u00e9carts de performance entre \u00e9tablissements : des programmes et des manuels offrant moins de prise \u00e0 une interpr\u00e9tation \u00ab\u00a0sur mesure\u00a0\u00bb, des batteries d&#8217;\u00e9preuves standardis\u00e9es pour mieux piloter le travail des \u00e9quipes enseignantes, des moyens suppl\u00e9mentaires dans les premi\u00e8res ann\u00e9es de l&#8217;enseignement de base, en vue d&#8217;assurer un encadrement individualis\u00e9 permettant de rem\u00e9dier aux difficult\u00e9s des \u00e9l\u00e8ves et \u00e9viter les \u00e9carts de niveaux, etc&#8230; La mise en oeuvre d&#8217;une telle r\u00e9forme ne peut \u00e9videmment se r\u00e9aliser du jour au lendemain. Elle devra s&#8217;\u00e9tendre sur une dizaine d&#8217;ann\u00e9es, en commen\u00e7ant par la premi\u00e8re primaire et en se propageant progressivement aux autres ann\u00e9es d&#8217;\u00e9tude.<\/p>\n<p>Dix ans, c&#8217;est long, sans doute, mais c&#8217;est le prix \u00e0 payer pour une r\u00e9forme ambitieuse. Et cela vaut certainement mieux que la succession de mesurettes avort\u00e9es ou inop\u00e9rantes, qui d\u00e9couragent les acteurs de l&#8217;\u00e9cole.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De tous les syst\u00e8mes \u00e9ducatifs europ\u00e9ens, celui de la Communaut\u00e9 fran\u00e7aise de Belgique est le plus in\u00e9quitable. Ce triste constat est av\u00e9r\u00e9 par toutes les \u00e9tudes internationales disponibles, et quel que soit l&#8217;indicateur utilis\u00e9. Citons un seul exemple parmi des dizaines\u00a0: aux tests PISA en math\u00e9matique, l&#8217;\u00e9cart de performances moyen entre les \u00e9l\u00e8ves des quartiles [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":1117,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-1118","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1118","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1118"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1118\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1117"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1118"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1118"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1118"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}