{"id":10565,"date":"2018-10-07T16:57:07","date_gmt":"2018-10-07T15:57:07","guid":{"rendered":"http:\/\/www.skolo.org\/?p=10565"},"modified":"2018-10-08T09:24:24","modified_gmt":"2018-10-08T08:24:24","slug":"les-enseignements-du-capitalisme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/2018\/10\/07\/les-enseignements-du-capitalisme\/","title":{"rendered":"Les enseignements du capitalisme"},"content":{"rendered":"<p><strong>Les rapports incestueux qu\u2019entretiennent le capitalisme et le monde de l\u2019enseignement sont devenus de plus en plus difficiles \u00e0 identifier, \u00e0 pister, et \u00e0 d\u00e9noncer. Michel Weber<\/strong>\u00a0<a id=\"post-10565-footnote-ref-1\" href=\"#post-10565-footnote-1\">[1]<\/a><strong>, philosophe, les d\u00e9cortique pour nous.<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p><em>Cet article a initialement \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 par l&#8217; Association Culturelle Joseph Jacquemotte, Bruxelles, Sept. 2018 ainsi que sur le site <a href=\"http:\/\/chromatika.academia.edu\/MichelWeber\">chromatika.academia<\/a><\/em><\/p>\n<p>D\u2019une part, le capitalisme, comme son appendice id\u00e9ologique qu\u2019est le lib\u00e9ralisme, ne disent plus leurs noms. On parle de mondialisation, de globalisation, de n\u00e9olib\u00e9ralisme, ou, \u00e0 la rigueur, de d\u00e9mocratie de march\u00e9. L\u2019image qui nous est propos\u00e9e est celle d\u2019une dynamique vitale et efficace, d\u2019une loi fondamentale de la nature, et de la n\u00e9cessit\u00e9 de ne pas brider cet \u00e9lan universel vers la plus-value (dans tous les sens du terme). <em>Libert\u00e9\u00a0!<\/em>, on crie ton nom.<\/p>\n<p>D\u2019autre part, tous les degr\u00e9s de l\u2019enseignement font l\u2019objet de recherches universitaires, de la publication d\u2019\u00e9tudes sp\u00e9cialis\u00e9es par des organismes internationaux aussi renomm\u00e9s que l\u2019O.C.D.E., et de la r\u00e9daction de programmes d\u2019\u00e9tudes de plus en plus <em>scientifiques<\/em> et contraignants par les autorit\u00e9s (par d\u00e9finition) comp\u00e9tentes. <em>R\u00e9glementer l\u2019excellence\u00a0!<\/em> est l\u2019imp\u00e9ratif post-moderne. Compl\u00e9mentairement, on la quantifiera, et on en fera des classements (les tristement c\u00e9l\u00e8bres \u00ab\u00a0rankings\u00a0\u00bb) permettant, justement, de d\u00e9finir les bonnes politiques.<\/p>\n<p>Les diff\u00e9rents acteurs peuvent donc, \u00e0 bon droit, se pr\u00e9valoir des r\u00e9sultats de la social-d\u00e9mocratie, les uns faisant paisiblement remarquer que le lib\u00e9ralisme a enfin \u00e9t\u00e9 universellement accept\u00e9, et qu\u2019il s\u2019est m\u00eame, en quelque sorte, civilis\u00e9, la loi de la jungle \u00e9tant devenue celle de la cit\u00e9\u00a0; tandis que les autres soulignent les avanc\u00e9es r\u00e9glementaires, et la tr\u00e8s naturelle subordination du <em>socialisme<\/em> \u00e0 la d\u00e9mocratie de march\u00e9. Ceci a pour cons\u00e9quence imm\u00e9diate que personne ne pense \u00e0 remettre s\u00e9rieusement en cause l\u2019ad\u00e9quation qui doit exister entre le monde de l&#8217;enseignement et les besoins imm\u00e9diats des entreprises.<\/p>\n<p>Malheureusement, les enseignements de l\u2019histoire et le bon sens nous indiquent une autre r\u00e9alit\u00e9. En effet, la droite extr\u00eame et d\u00e9complex\u00e9e est de retour dans l\u2019imaginaire, et dans les arcanes gouvernementaux, disons depuis le gaullo-pompidolisme (1969), le coup de Pinochet (1973), et le dogmatisme de sa fid\u00e8le amie Thatcher (1979). Dans ce contexte, seule la d\u00e9r\u00e9glementation compte. La question qui se pose avec insistance est donc de comprendre pourquoi on a assist\u00e9, parall\u00e8lement \u00e0 la lib\u00e9ralisation\u00a0\u2014\u00a0c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la d\u00e9construction des traditionnelles r\u00e8gles consensuelles \u2014, \u00e0 une inflation de nouvelles r\u00e8gles, parfois ouvertement dissensuelles, toujours techniques et liberticides.<\/p>\n<p>Comment libert\u00e9 et codification peuvent-elles coexister dans un syst\u00e8me qui est, fondamentalement et explicitement, individualiste\u00a0? Comment \u2014\u00a0et pourquoi\u00a0\u2014 atomisme et conformisme contribuent-ils, ensemble, au totalitarisme capitaliste\u00a0? On comprend facilement que l\u2019atomisme puisse faire croire \u00e0 la libert\u00e9 \u2014\u00a0l\u00e0 o\u00f9 il fait d\u00e9faut r\u00e8gnent d\u2019ailleurs les privil\u00e8ges (sic)\u00a0\u2014\u00a0; mais on voit moins comment le conformisme lui est compatible. Quel est, du reste, le r\u00f4le qui est assign\u00e9 \u00e0 l\u2019enseignement dans cette gigantesque machine \u00e0 d\u00e9cerveler\u00a0?<\/p>\n<p>Trois \u00e9tapes permettent d\u2019\u00e9clairer l\u2019affaire. Premi\u00e8rement, il n\u2019est jamais inutile de reprendre la question de la nature premi\u00e8re du capitalisme. Deuxi\u00e8mement, on tire les enseignements de la r\u00e9volution industrielle, qui a donn\u00e9 au capitalisme primitif toute sa nuisance. Troisi\u00e8mement, on revisite la r\u00e9alit\u00e9 scolaire et acad\u00e9mique.<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce que le capitalisme\u00a0? Il ne faut pas avoir peur des \u00e9vidences, surtout pas lorsqu\u2019elles ont perdu leur indubitabilit\u00e9. Le capitalisme est le syst\u00e8me politique qui accorde tous les avantages aux capitalistes et aucun, ou le moins possible, aux autres acteurs \u00e9conomiques.<\/p>\n<p>Soulignons donc, premi\u00e8rement, qu\u2019il s\u2019agit bien d\u2019un syst\u00e8me politique\u00a0: il n\u2019est aucunement naturel. On a cru pouvoir interpr\u00e9ter la r\u00e9volution industrielle \u00e0 partir de l\u2019\u00e9volutionnisme\u00a0; c\u2019est l\u2019inverse qui s\u2019est produit, au sens o\u00f9 le lib\u00e9ralisme a cr\u00e9\u00e9 le darwinisme \u00e9conomique, pendant que Kropotkine, partant d\u2019autres observations, proposait une th\u00e9orie \u00e9volutionniste de la solidarit\u00e9 naturelle\u00a0<sup><a id=\"post-10565-footnote-ref-2\" href=\"#post-10565-footnote-2\">[2]<\/a><\/sup>.<\/p>\n<p>Et, deuxi\u00e8mement, que la finalit\u00e9 de ce syst\u00e8me est de tout r\u00e9duire \u00e0 l\u2019\u00e9conomique, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 l\u2019activit\u00e9 qui a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e jusqu\u2019au XIXe si\u00e8cle comme la plus vulgaire qui soit. Ensuite, il n\u2019est pas impersonnel\u00a0; au contraire, il est excessivement <em>individualis\u00e9<\/em>. Le \u00ab\u00a0march\u00e9\u00a0\u00bb est constitu\u00e9 d\u2019investisseurs priv\u00e9s d\u2019autant plus facilement identifiables que leur fortune est grande. On oppose souvent \u00e0 ce fait la r\u00e9alit\u00e9 des soci\u00e9t\u00e9s anonymes, des titres boursiers, et les int\u00e9r\u00eats des petits \u00e9pargnants\u00a0; mais les nantis qui passent inaper\u00e7us dans la vie \u00e9conomique d\u2019un pays sont rarement invisibles dans la vie sociale (comment \u00e9viter tous les signes ext\u00e9rieurs de richesse\u00a0?)\u00a0<sup><a id=\"post-10565-footnote-ref-3\" href=\"#post-10565-footnote-3\">[3]<\/a><\/sup>. Enfin, on remarque que les capitaux sont tr\u00e8s difficiles \u00e0 taxer \u2014\u00a0\u00e0 la diff\u00e9rence du travail, ou de la consommation des biens courants, auxquels n\u2019appartiennent pas les biens d\u2019investissements, qui sont, eux, l\u2019objet de march\u00e9s tr\u00e8s parall\u00e8les (les \u0153uvres d\u2019art, les diamants, l\u2019or\u2026\u00a0<sup><a id=\"post-10565-footnote-ref-4\" href=\"#post-10565-footnote-4\">[4]<\/a><\/sup>). Les lib\u00e9raux ont bien raison de (faire semblant de) demander la fin de l\u2019imposition salariale\u00a0; mais ils se gardent bien de dire que c\u2019est le capital et la d\u00e9linquance en col blanc qui devraient, enfin, faire l\u2019objet de l\u2019attention du l\u00e9gislateur.<\/p>\n<p>Reste \u00e0 rappeler ce qu\u2019est le capital. On pourrait le d\u00e9finir simplement en parlant de toute richesse qui est extraite du circuit \u00e9conomique et appropri\u00e9e par des int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s. En pratique, il s\u2019agit g\u00e9n\u00e9ralement de sommes mon\u00e9taires qui sont soustraites \u00e0 la consommation imm\u00e9diate.<\/p>\n<p>Contraster capital et travail reste \u00e9clairant, au sens o\u00f9 ceux qui poss\u00e8dent, \u00e0 titre priv\u00e9, les moyens de production, ont tr\u00e8s clairement des int\u00e9r\u00eats oppos\u00e9s \u00e0 ceux qui ne disposent que de leur force de travail pour vivre. Il ne faut pas pour autant accepter le r\u00e9cit classique qui fait de l\u2019extraction capitaliste une condition de possibilit\u00e9 de la vie \u00e9conomique. Les sommes extraites, quasiment par asc\u00e8se calviniste, le seraient pour constituer l\u2019\u00e9pargne qui, \u00e0 son tour, rendrait possible l\u2019investissement et donc, finalement, l\u2019emploi. Or, avant d\u2019\u00eatre marchand, manufacturier, ou industriel, le capitaliste est usurier, et la dette est, avec la sp\u00e9culation, le plus puissant levier \u00e9conomique qui existe. Qui dit capital dit donc banque, et son acte de naissance est facile \u00e0 produire\u00a0: la <em>Banco dei Medici <\/em>est cr\u00e9\u00e9e par Jean de M\u00e9dicis en 1397, \u00e0 Florence. (On consid\u00e9rera que l\u2019entregent financier des Templiers, de 1119 \u00e0 1312, est pr\u00e9-bancaire.)<\/p>\n<p>Derri\u00e8re cette toile financi\u00e8re, on trouve une institution fondamentale\u00a0: la primaut\u00e9 de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e. Le principe de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e remonte manifestement \u00e0 la transition du n\u00e9olithique, et son respect scande tr\u00e8s clairement ce que l\u2019on a coutume d\u2019appeler les progr\u00e8s civilisationnels. Ce n\u2019est toutefois que tardivement que la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e s\u2019affirme comme l\u2019ennemie acharn\u00e9e de la propri\u00e9t\u00e9 publique. L\u2019av\u00e8nement des enclosures, d\u00e8s les ann\u00e9es 1235, signale le tournant individualiste sans lequel le capitalisme n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 possible.<\/p>\n<p>Historiquement, tout ceci se passe dans le contexte bien connu de la naissance de la bourgeoisie marchande, accompagn\u00e9e de l\u2019essor urbain et de l\u2019exode rural (d\u00e8s le XIe si\u00e8cle). Mais l\u2019embourgeoisement en question n\u2019est pas que le fait d\u2019arrivistes\u00a0: la vraie trahison est celle des parvenus, c\u2019est-\u00e0-dire des nobles, qui refus\u00e8rent de porter plus longtemps la responsabilit\u00e9 du bien commun (tout ce qui a une fin a eu un d\u00e9but). En cl\u00f4turant les terres qui \u00e9taient communes, et en rempla\u00e7ant les paysans par des moutons (voir More, 1516), les aristocrates \u00e9cossais et anglais ont d\u00e9truit le lien social que Tocqueville identifiait encore en 1835 (a posteriori, donc, et avec beaucoup de bonne volont\u00e9) dans l\u2019Ancien R\u00e9gime fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Toutes ces r\u00e9alit\u00e9s historiques converg\u00e8rent une premi\u00e8re fois avec Luther (1517), Calvin (1536), et la cr\u00e9ation des Provinces unies (1579\u20131632). Il faudra toutefois attendre Locke (1690), Mandeville (1714), Smith (1776) et Montesquieu (1748) pour que le lib\u00e9ralisme re\u00e7oive, en quelque sorte, ses lettres de noblesse. Entretemps, le pillage colonial \u00e9tait instaur\u00e9 en r\u00e8gle (1492), l\u2019esclavagisme restaur\u00e9 (le serf n\u2019est <em>pas<\/em> un esclave\u00a0<sup><a id=\"post-10565-footnote-ref-5\" href=\"#post-10565-footnote-5\">[5]<\/a><\/sup>), et l\u2019imp\u00e9rialisme avait repris sa marche forc\u00e9e. En somme, lorsque le lib\u00e9ralisme philosophique conf\u00e8re, inconsciemment ou hypocritement, un vernis humaniste au lib\u00e9ralisme \u00e9conomique, nous obtenons la premi\u00e8re focale du capitalisme contemporain. Son but est d\u2019atomiser la soci\u00e9t\u00e9, de livrer chacun \u00e0 soi-m\u00eame, et tous aux d\u00e9tenteurs du capital.<\/p>\n<p>En quoi l\u2019industrie est-elle r\u00e9volutionnaire\u00a0? Elle va constituer la seconde focale de l\u2019ellipse capitaliste. Le capital usurier, marchand et manufacturier \u00e9tait r\u00e9duit \u00e0 l\u2019artisanat\u00a0; le capital industriel va pouvoir se lancer r\u00e9solument \u00e0 la conqu\u00eate de la totalit\u00e9 du vivant. Historiquement, on peut le rattacher \u00e0 l\u2019op\u00e9rationalisation de la machine \u00e0 vapeur par Watt (1784 et 1788) et, surtout, \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ralisation de l\u2019exploitation du charbon, et \u00e0 la sid\u00e9rurgie (1830). En clair, l\u2019\u00e8re thermo-industrielle est celle du machinisme, c\u2019est-\u00e0-dire de la standardisation des produits et de l\u2019organisation scientifique du travail. Alors que l\u2019outil d\u00e9pend de la morphologie humaine, la machine demande \u00e0 l\u2019ouvrier de s\u2019adapter \u00e0 son m\u00e9canisme. Le pouvoir de la machine est ainsi le pouvoir du conformisme\u00a0: en amont, l\u2019ouvrier doit \u00eatre calibr\u00e9, dompt\u00e9, g\u00e9r\u00e9 comme une ressource\u00a0; et, en aval, le consommateur doit accepter l\u2019uniformisation de ses v\u00eatements (!), de ses habitudes de vie, de ses go\u00fbts alimentaires, de ses id\u00e9es, de ses d\u00e9sirs, etc. De fait, le pouvoir \u00e9conomique initial des Etats-Unis d\u2019Am\u00e9rique \u00e9tait de s\u2019appuyer sur plus de 300 millions de consommateurs aux propensions strictement identiques\u00a0; avec la mondialisation de l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0American way of life\u00a0\u00bb, on ne compte plus les milliards d\u2019\u00e2mes mortes, comme aurait pu l\u2019\u00e9crire Gogol, qui vivent dans l\u2019espoir de leur assujettissement final. Les rendements d\u2019\u00e9chelle sont \u00e0 la mesure des esp\u00e9rances de quelques-uns, et du d\u00e9sespoir de tous les autres.<\/p>\n<p>En somme, le capitalisme, en tant que tel, peut pr\u00e9tendre \u00e0 une certaine forme de lib\u00e9ralisme et, en tant que pilote de la technoscience, il exige, et produit, du conformisme. Il serait bon de compl\u00e9ter cette analyse en \u00e9voquant la n\u00e9cessit\u00e9 de conjurer le danger permanent de la crise de surproduction gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019obsolescence (contr\u00f4l\u00e9e, technique, et psychologique), \u00e0 la sp\u00e9culation, \u00e0 la guerre, et au keyn\u00e9sianisme militaire, cela n\u2019est pas strictement requis par notre argument\u00a0<sup><a id=\"post-10565-footnote-ref-6\" href=\"#post-10565-footnote-6\">[6]<\/a><\/sup>. Nous avons en effet le fil\u00a0: en scellant l\u2019alliance entre capitalisme et technoscience, la r\u00e9volution industrielle \u00e9tablit les deux principes fondamentaux du capitalisme mondialis\u00e9, l\u2019atomisation des individus sous pr\u00e9texte de les lib\u00e9rer, et leur conformisation afin de machiner le meilleur des mondes possibles. En d\u2019autres termes, les conditions de possibilit\u00e9 de la culture, qui sont celles de la vie authentique, sont deux fois ni\u00e9es. D\u2019une part, l\u2019atomisme remplace la solidarit\u00e9\u00a0; d\u2019autre part, le conformisme se substitue \u00e0 l\u2019individuation. Sans solidarit\u00e9, il est impossible de s\u2019individuer, d\u2019endosser son destin, de d\u00e9passer les contingences de sa naissance\u00a0; et, sans individuation, la solidarit\u00e9 reste lettre morte. Cette double n\u00e9gation panglossienne\u00a0<sup><a id=\"post-10565-footnote-ref-7\" href=\"#post-10565-footnote-7\">[7]<\/a><\/sup> est toutefois rendue acceptable par une inversion spectaculaire (aussi au sens de Guy Debord) des p\u00f4les priv\u00e9 et public\u00a0: on prend l\u2019atomisme (c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019absence de solidarit\u00e9) pour de la libert\u00e9, et le conformisme (c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019absence de projet personnel) pour de la solidarit\u00e9 (tout le monde d\u00e9sire la m\u00eame chose). On obtient, en somme, la guerre des clones, de ceux qui montrent leurs derri\u00e8res (calibr\u00e9s) en public, et parlent de politique (n\u00e9olib\u00e9rale) en priv\u00e9.<\/p>\n<p>Quels sont les impacts sur l\u2019enseignement\u00a0? D\u2019abord, l\u2019extr\u00eame polarisation des fili\u00e8res et des publics.<\/p>\n<p>Les \u00e9coles et les universit\u00e9s g\u00e9r\u00e9es pour, et par, les nantis dirigent leurs travaux \u00e0 partir du principe premier du capitalisme\u00a0: le vrai-faux lib\u00e9ralisme, qui atomise la soci\u00e9t\u00e9 et la met en demeure de comp\u00e9titivit\u00e9. Il s\u2019agit d\u2019un lib\u00e9ralisme d\u2019apparat car, en pratique, le capitalisme ne peut survivre sans sp\u00e9culation, d\u2019une part, et keyn\u00e9sianisme militaire, d\u2019autre part. Quoi qu\u2019il en soit, ces institutions priv\u00e9es ne d\u00e9pendent pas (exclusivement) des subsides publics, et elles peuvent prendre des libert\u00e9s \u2014\u00a0<em>de fait<\/em> si pas <em>de droit\u00a0<\/em>\u2014 avec les r\u00e9glementations et les programmes. En fait, ce sont elles qui les cr\u00e9ent \u00e0 la lumi\u00e8re, directe et indirecte, des exigences des entreprises. Le personnel enseignant y est anesth\u00e9si\u00e9 par un salaire manag\u00e9rial, et on ne risque (quasiment) pas de trouver des signes de pens\u00e9e critique dans un tel cadre. Ou alors la critique est de l\u2019ordre de l\u2019expertise \u2014\u00a0qui n\u2019est pas la pens\u00e9e\u00a0\u2014, voire du pur et simple exercice de style \u2014\u00a0qui l\u2019est encore moins\u00a0\u2014\u00a0; jamais elle ne cherche \u00e0 promouvoir de cons\u00e9quences pratiques. On ne mord pas la main qui vous nourrit. Chomsky n\u2019est pas Grothendieck\u00a0<sup><a id=\"post-10565-footnote-ref-8\" href=\"#post-10565-footnote-8\">[8]<\/a><\/sup>.<\/p>\n<p>Les \u00e9coles et les universit\u00e9s qui doivent se contenter des laiss\u00e9s pour compte, pass\u00e9s, pr\u00e9sents et futurs, se focalisent, par la force des choses, sur le principe second du capitalisme\u00a0: le conformisme, et les sacro-saintes comp\u00e9tences. Ces institutions constituent la vraie cible de la r\u00e9glementation end\u00e9mique qui handicape l\u2019enseignant et endort l\u2019enseign\u00e9. Le personnel y est de plus incapacit\u00e9 par les salaires les plus bas possibles, compte n\u00e9anmoins, et h\u00e9las, tenu du fait qu\u2019un dipl\u00f4me universitaire est requis pour enseigner \u00e0 partir du secondaire sup\u00e9rieur. Les intellectuels pr\u00e9caires ne seront finalement pas plus enclins \u00e0 penser critiquement que leurs coll\u00e8gues sicaires du capitalisme.<\/p>\n<p>Ensuite, l\u2019atmosph\u00e8re culturelle est devenue excessivement handicapante. Le capitalisme n\u2019a que faire d\u2019individus autonomes, critiques, et politiquement actifs \u2014\u00a0mais il n\u2019a de cesse de pr\u00e9tendre le contraire. La double pens\u00e9e de Bateson (1942) et d\u2019Orwell (1949) n\u2019est d\u00e9finitivement pas loin\u00a0: on nous dit d\u2019\u00eatre autonome et responsable, mais chacun pressent qu\u2019autonomie et responsabilit\u00e9 sont malvenues\u00a0; on le sait, mais on cherche \u00e0 l\u2019oublier. Penser (doublement) l\u2019apprentissage scolaire et acad\u00e9mique comme une marchandise, et l\u2019apprenant comme un client, va, par contre, de soi. Atomisme et conformisme cr\u00e9ent des individus employables (c\u2019est-\u00e0-dire flexibles et adaptables) mais infantiles, entre l\u2019adonaissant (Singly, 2006) et l\u2019adulescent (Anatrella, 1988) perp\u00e9tuels. Plus particuli\u00e8rement, l\u2019enseignant dans le secondaire (et, a fortiori, dans le primaire) est trop souvent vu par ses \u00e9l\u00e8ves, leurs parents, voire parfois ses propres coll\u00e8gues, comme un handicap\u00e9 socio-professionnel, comme quelqu\u2019un qui n\u2019a pas su, pu, ou voulu s\u2019\u00e9lever dans le monde de l\u2019entreprise, et a d\u00fb se r\u00e9soudre \u00e0 mariner ind\u00e9finiment \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Est-il n\u00e9cessaire d\u2019ajouter que ceci n\u2019est pas sans corrompre le climat scolaire, et d\u00e9grader l\u2019estime de soi des int\u00e9ress\u00e9s, sans parler de leur envie d\u2019enseigner\u00a0?<\/p>\n<p>Enfin, le climat sanitaire n\u2019est pas plus propice \u00e0 l\u2019apprentissage\u00a0: la malbouffe (essentiellement l\u2019omnipr\u00e9sence de sucres de synth\u00e8se), l\u2019hygi\u00e8ne de vie d\u00e9ficiente (la s\u00e9dentarit\u00e9), et l\u2019abus des technologies de l&#8217;information et de la communication, rendent l\u2019attention de tous, et la concentration des autres, tr\u00e8s al\u00e9atoire. Prendre note pendant un cours semble tout aussi improbable que r\u00e9diger une synth\u00e8se digne de ce nom. \u00c0 quoi bon de toute fa\u00e7on puisque tout ce que je dois conna\u00eetre se trouve au bout de ma souris\u00a0? Remarquons \u00e0 ce propos que, pr\u00e9cis\u00e9ment, l\u2019arriv\u00e9e des technologies de l\u2019information et de la communication dans le monde de l\u2019\u00e9ducation ach\u00e8ve de conformiser et d\u2019atomiser un paysage culturel dans lequel les Lettres faisaient encore de la r\u00e9sistance. Grace aux \u00ab\u00a0humanit\u00e9s num\u00e9riques\u00a0\u00bb, on peut facilement faire le canard (le \u00ab\u00a0duckspeak\u00a0\u00bb d\u2019Orwell a \u00e9t\u00e9 traduit par \u00ab\u00a0canelangue\u00a0\u00bb) plut\u00f4t que penser la diff\u00e9rence en commun. Qu\u2019il y ait des canards de surface (les utilisateurs de Microsoft) et des canards plongeurs (les programmeurs de Microsoft) ne change pas grand chose au r\u00e9sultat. Et l\u2019injonction \u00ab\u00a0apprends \u00e0 apprendre\u00a0\u00bb est finalement tout aussi paradoxale que son anc\u00eatre \u00ab\u00a0tu dois ob\u00e9ir\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Quoi qu\u2019il en soit des gesticulations politiques actuelles, le capitalisme requiert l\u2019absence de pens\u00e9e critique. De fait, entre ceux qui n\u2019y ont pas acc\u00e8s \u00e0 cause de l\u2019indigence de leur condition intellectuelle, ceux qui ne voient rien \u00e0 redire au technocapitalisme, et ceux qui se refusent de penser afin de ne pas compromettre leur maigre salaire, il ne reste que quelques atypiques et inconscients, dont on ne veut m\u00eame plus outre-mer. \u00c0 quand de nouvelles colonies pour de vrais d\u00e9bouch\u00e9s dans l\u2019enseignement et la recherche\u00a0?<\/p>\n<p>La toute premi\u00e8re trahison qui a rendu possible d\u2019\u00e9mergence du capitalisme est celle d\u2019une certaine noblesse, qui n\u2019a pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 remplacer les serfs par des moutons, apparemment plus facile \u00e0 tondre. La seconde est celle des scientifiques qui accept\u00e8rent que leurs recherches et leur enseignement soient aiguill\u00e9s par le march\u00e9. De m\u00eame, les universitaires qui refusent d\u2019exercer leurs responsabilit\u00e9s morales et politiques devraient voir leurs pr\u00e9rogatives am\u00e9nag\u00e9es en cons\u00e9quence. La trahison des politiques et des syndicalistes (pensons \u00e0 mai 68) se passe de commentaires. Reste celle d\u2019un certain monde enseignant, qui est trop souvent paralys\u00e9 par les exigences technocratiques et les conditions d\u2019impossibilit\u00e9 de son travail.<\/p>\n<p>Quels sont, finalement, les enseignements du capitalisme\u00a0? Premi\u00e8rement, sans la mise en \u0153uvre de la technoscience, son pouvoir de nuisance serait peut-\u00eatre rest\u00e9 marginal. Deuxi\u00e8mement, il semble impossible de se passer, <em>a minima<\/em>, du concept de servitude volontaire, et, <em>a maxima<\/em>, de celui de sado-masochisme, pour comprendre la d\u00e9rive de nos politiques\u00a0<sup><a id=\"post-10565-footnote-ref-9\" href=\"#post-10565-footnote-9\">[9]<\/a><\/sup>. Troisi\u00e8mement, le monde de l\u2019enseignement est actuellement le terrain d\u2019une guerre terrible qui vise \u00e0 arracher un march\u00e9 juteux des mains des pouvoirs publics tout en bridant les esprits. L\u2019imp\u00e9ratif est bien s\u00fbr id\u00e9ologique (un enseignement libre est un enseignement lib\u00e9ral), mais surtout, qui en douterait, \u00e9conomique (les profits \u00e0 extraire) et politique (la polarisation de l\u2019enseignement permet la paup\u00e9risation de la population). Libert\u00e9 et r\u00e9glementation ne sont pas deux entit\u00e9s contradictoires dans la dialectique capitaliste\u00a0: elles ont le m\u00eame but, l\u2019enrichissement des plus avides. Mais est-ce encore un probl\u00e8me si plus personne ne se pose la question\u00a0?<\/p>\n<ol>\n<li id=\"post-10565-footnote-1\">Philosophe. Dernier ouvrage paru\u00a0: <em>Contre le totalitarisme transhumaniste\u00a0: les enseignements philosophiques du sens commun<\/em>, Limoges, FYP \u00e9ditions, 2018. <a href=\"#post-10565-footnote-ref-1\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-10565-footnote-2\">Pierre Kropotkine, <em>L\u2019Entraide, un facteur de l\u2019\u00e9volution<\/em> [1902], Paris, \u00c9ditions Hachette, 1904. <a href=\"#post-10565-footnote-ref-2\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-10565-footnote-3\">Voir G\u00e9rard de S\u00e9lys, <em>Priv\u00e9 de public. \u00c0 qui profitent les privatisations<\/em>, Anvers, \u00c9ditions EPO, 1995 ; Geoffrey Geuens, <em>Tous pouvoirs confondus. Etat, capital et m\u00e9dias \u00e0 l\u2019\u00e8re de la mondialisation<\/em>, Anvers, EPO, 2003\u00a0; Thorstein Veblen, <em>The Theory of the Leisure Class. An Economic Study of Institutions <\/em>[1899]. Edited with an Introduction and Notes by Martha Banta, Oxford, Oxford University Press, 2007. <a href=\"#post-10565-footnote-ref-3\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-10565-footnote-4\">Un exemple tr\u00e8s r\u00e9cent\u00a0: la criminalit\u00e9 transnationale li\u00e9e au traffic de \u00ab\u00a0blood diamonds\u00a0\u00bb; voir <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=AusqXbQWxiY\">https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=AusqXbQWxiY<\/a>. <a href=\"#post-10565-footnote-ref-4\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-10565-footnote-5\">Il est difficile de r\u00e9sumer en quelques dates l\u2019histoire de l\u2019esclavagisme. Si on s\u2019en tient \u00e0 l\u2019\u00e9volution id\u00e9ologique europ\u00e9enne, on peut identifier la tension qui a perdur\u00e9 entre, d\u2019une part, le droit romain, et, d\u2019autre part, la religion chr\u00e9tienne. Le premier constitue un outil tr\u00e8s puissant pour faire valoir le droit du propri\u00e9taire sur tous ses biens, y compris les esclaves\u00a0; la seconde a progressivement demand\u00e9 de reconna\u00eetre la libert\u00e9 de tous les \u00eatres humains \u2014\u00a0avant de faire machine arri\u00e8re en 1454. Constatons que l\u2019affaiblissement de la noblesse et de la religion vont de pair avec l\u2019affirmation de la bourgeoisie et du droit de la propri\u00e9t\u00e9. La disparition de l&#8217;Empire romain d&#8217;Occident en 476 n\u2019a pas occasionn\u00e9 la disparition de l\u2019usage du droit romain. La France n\u2019abolit l\u2019esclavage qu\u2019en 1315\u00a0; il sera r\u00e9tabli en 1802 par Napol\u00e9on Bonaparte. \u00c0 la suite de la Controverse de Valladolid, Charles Quint affranchit tous les esclaves des Indes occidentales en 1550. Quoi qu\u2019il en soit des d\u00e9tails chronologiques, la diff\u00e9rence entre l\u2019esclave et le serf est simple\u00a0: le premier est un <em>objet<\/em> dont on dispose \u00e0 sa guise\u00a0; le second est un <em>homme<\/em> dont la libert\u00e9 de mouvement est restreinte au territoire qu\u2019il cultive. De ce point de vue, le livret d\u2019ouvrier ne constitue qu\u2019une modernisation du servage. <em>Cf.<\/em> R\u00e9gine Pernoud, <em>Pour en finir avec le Moyen-\u00e2ge<\/em>, Paris, \u00c9ditions du Seuil, 1977. <a href=\"#post-10565-footnote-ref-5\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-10565-footnote-6\">Voir, par exemple, <a id=\"post-10565-OLE_LINK41\"><\/a>M. Weber, \u00ab\u00a0Paradoxes et contradictions de la pens\u00e9e de la d\u00e9croissance\u00a0\u00bb, in Paul Ari\u00e8s (sous la direction de), <em>D\u00e9croissance ou r\u00e9cession. Pour une d\u00e9croissance de gauche<\/em>, Lyon, \u00c9ditions Parangon, 2011, pp. 83-88. <a href=\"#post-10565-footnote-ref-6\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-10565-footnote-7\">On se souvient du Dr Pangloss, qui argumente inlassablement en faveur de la th\u00e8se du meilleur des mondes possibles de Leibniz dans le <em>Candide<\/em> de Voltaire (1759). <a href=\"#post-10565-footnote-ref-7\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-10565-footnote-8\">Il est tout aussi difficile de nier l\u2019importance de l\u2019\u0153uvre de Noam Chomsky (1928\u2013), que de ne pas reconna\u00eetre ses ambigu\u00eft\u00e9s. Au nombre de celles-ci, il faut rappeler que Chomsky n\u2019a manifestement jamais trouv\u00e9 embarassant, contradictoire, ou m\u00eame d\u00e9plac\u00e9, d\u2019\u00eatre un salari\u00e9 du \u00ab\u00a0Pentagon system\u00a0\u00bb, qu\u2019il d\u00e9nonce lui-m\u00eame par ailleurs. Selon son propre t\u00e9moignage, le laboratoire du M.I.T. qu\u2019il int\u00e8gre en 1955 \u00e9tait financ\u00e9 \u00e0 100\u00a0% par trois corps d\u2019arm\u00e9e diff\u00e9rents. Au contraire, lorsqu\u2019Alexandre Grothendieck (1928\u20132014) d\u00e9couvre, en 1970, que ses travaux sont <em>partiellement<\/em> financ\u00e9s par le minist\u00e8re de la D\u00e9fense, il d\u00e9missionne de l\u2019Institut des hautes \u00e9tudes scientifiques, o\u00f9 il \u00e9tait employ\u00e9, et renonce \u00e0 ses recherches. <a href=\"#post-10565-footnote-ref-8\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-10565-footnote-9\">Michel Weber, <em>Pouvoir, sexe et climat. Biopolitique et cr\u00e9ation litt\u00e9raire chez G. R. R. Martin<\/em>, Avion, \u00c9ditions du C\u00e9nacle de France, 2017. <a href=\"#post-10565-footnote-ref-9\">\u2191<\/a><\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"ConnectiveDocSignExtentionInstalled\" data-extension-version=\"1.0.4\"><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les rapports incestueux qu\u2019entretiennent le capitalisme et le monde de l\u2019enseignement sont devenus de plus en plus difficiles \u00e0 identifier, \u00e0 pister, et \u00e0 d\u00e9noncer. Michel Weber\u00a0[1], philosophe, les d\u00e9cortique pour nous. Cet article a initialement \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 par l&#8217; Association Culturelle Joseph Jacquemotte, Bruxelles, Sept. 2018 ainsi que sur le site chromatika.academia D\u2019une part, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":6504,"featured_media":10579,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-10565","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10565","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/6504"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10565"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10565\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/10579"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10565"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=10565"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=10565"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}