{"id":105,"date":"2003-03-02T00:00:00","date_gmt":"2003-03-01T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.asblonweb.be\/APED\/CM\/?p=105"},"modified":"2003-03-02T00:00:00","modified_gmt":"2003-03-01T23:00:00","slug":"les-enjeux-caches-de-la-participation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.skolo.org\/CM\/index.php\/2003\/03\/02\/les-enjeux-caches-de-la-participation\/","title":{"rendered":"Les enjeux cach\u00e9s de la participation"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">N&#8217;est-il pas curieux que ce soient les pouvoirs -directions d&#8217;\u00e9coles, pouvoirs organisateurs, r\u00e9seaux et ministres- qui poussent les jeunes, leurs parents et les enseignants \u00e0 la participation ? D&#8217;o\u00f9 vient cette vague ? Quelle lame de fond peut-elle bien cacher ?\n<\/p>\n<p>Les conseils d&#8217;\u00e9l\u00e8ves avaient connu une premi\u00e8re p\u00e9riode faste dans l&#8217;imm\u00e9diat apr\u00e8s-mai 68, puis s&#8217;\u00e9taient \u00e9teints, \u00e0 quelques rares exceptions pr\u00e8s. Leur r\u00e9surgence date de la fin des ann\u00e9es 80 et du d\u00e9but des ann\u00e9es 90.<br \/>\nQue s&#8217;est-il pass\u00e9 pour provoquer ce retour en force des th\u00e8mes de la participation, de la citoyennet\u00e9 et de la d\u00e9mocratie dans les \u00e9coles ?<br \/>\nNous pouvons avancer deux explications.<\/p>\n<p>Des raisons l\u00e9gitimes<br \/>\nUn. Le tournant des ann\u00e9es 80\/90 a vu l&#8217;extr\u00eame droite rena\u00eetre de ses cendres de mani\u00e8re spectaculaire. R\u00e9veillant de vieux cauchemars dans l&#8217;esprit des d\u00e9mocrates. Et provoquant un &#8220;sursaut citoyen&#8221; : il redevenait urgent de sensibiliser les jeunes, de les instruire des crimes du fascisme et du racisme, de les inviter \u00e0 faire le choix de la solidarit\u00e9 et de la d\u00e9mocratie plut\u00f4t que celui de la barbarie.<br \/>\nDeux. Dans le m\u00eame temps, les premiers effets de la mis\u00e8re de l&#8217;\u00e9cole se faisaient sentir. Le d\u00e9sinvestissement, souhait\u00e9 par les milieux patronaux, amorc\u00e9 vers 1980 et men\u00e9 avec assiduit\u00e9 depuis lors par les ministres en charge de l&#8217;enseignement -lib\u00e9raux, chr\u00e9tiens ou socialistes- a eu raison du mouvement de r\u00e9novation entrepris dans les \u00e9coles et y a cr\u00e9\u00e9 un malaise profond : de rationalisation en rationalisation, la surcharge de travail commence \u00e0 peser sur les \u00e9paules des enseignants, les classes gonflent, l&#8217;ambiance se d\u00e9grade, les \u00e9l\u00e8ves s&#8217;en ressentent  et le font sentir \u00e0 leurs profs&#8230; D&#8217;autant que la crise \u00e9conomique et le ch\u00f4mage de masse sont pass\u00e9s par l\u00e0 : l&#8217;\u00e9cole n&#8217;est plus per\u00e7ue comme la voie assur\u00e9e d&#8217;une promotion sociale. Les jeunes la subissent plus qu&#8217;ils n&#8217;y vivent. Ils s&#8217;y ennuient profond\u00e9ment. Une des id\u00e9es \u00e9mises, sur le terrain, pour rompre ce d\u00e9senchantement, sera de renouer avec des p\u00e9dagogies actives et de faire appel \u00e0 la participation des enfants. En toute bonne foi -mais aussi avec pas mal de candeur-, bon nombre d&#8217;\u00e9l\u00e8ves -et d&#8217;organisations de jeunesse-, d&#8217;enseignants, d&#8217;\u00e9ducateurs, de directions et de parents vont se mobiliser dans ces projets. Leur volont\u00e9 est on ne peut plus l\u00e9gitime : rendre au collectif la place qui lui revient dans une soci\u00e9t\u00e9 qui encourage de plus en plus l&#8217;individualisme. Il va de soi que l&#8217;objet de cet article n&#8217;est pas de critiquer l&#8217;action de ces progressistes, qui paient d&#8217;ailleurs au prix fort -temps, sant\u00e9 et argent- leur engagement. Quand une de leurs actions aboutit \u00e0 un r\u00e9el progr\u00e8s pour l&#8217;ensemble de la collectivit\u00e9, par exemple un am\u00e9nagement en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9, une sensibilisation au commerce \u00e9quitable -via l&#8217;installation d&#8217;un Jeune Magasin du Monde\/Oxfam-, ou un recul du racisme dans l&#8217;\u00e9cole, on ne peut que s&#8217;en r\u00e9jouir.<br \/>\nCe qu&#8217;il nous faut d\u00e9noncer, c&#8217;est le d\u00e9voiement des termes de participation-citoyennet\u00e9-d\u00e9mocratie \u00e0 des fins moins reluisantes, voire carr\u00e9ment anti-d\u00e9mocratiques. <\/p>\n<h2>Faire plus avec moins<\/h2>\n<p>Tout souverain r\u00eave de pouvoir compter sur la <em>participation<\/em> de ses sujets. Au niveau local, pouvoirs organisateurs et directions reconnaissent volontiers que la participation des \u00e9l\u00e8ves et des parents, comme celle des travailleurs de leur \u00e9tablissement (appelons-les dans ce cas les <em>participants<\/em>) est pr\u00e9cieuse \u00e0 deux titres. Elle constitue ind\u00e9niablement un plus pour le management et le marketing de leur \u00e9tablissement (notez ces anglicismes r\u00e9v\u00e9lateurs). En animant la vie quotidienne de l&#8217;\u00e9cole par des conseils d&#8217;\u00e9l\u00e8ves, des groupes divers -ping-pong, radio, scrabble, atelier th\u00e9\u00e2tral-, des tournois de minifoot, des expositions ou des voyages, les <em>participants<\/em> cr\u00e9ent et\/ou entretiennent dans leur \u00e9tablissement une ambiance et un sentiment d&#8217;appartenance propices pour fid\u00e9liser sa client\u00e8le (et attirer ses fr\u00e8res, soeurs, cousin-e-s, ami-e-s et futurs enfants). Il n&#8217;est jamais inutile de rappeler qu&#8217;en notre Royaume, les subsides et les emplois d&#8217;une \u00e9cole sont directement li\u00e9s au nombre d&#8217;\u00e9l\u00e8ves inscrits, la libert\u00e9 de choix \u00e9tant acquise au chef de famille. Et que, par cons\u00e9quent, l&#8217;enseignement est bel et bien un march\u00e9 concurrentiel. R\u00e9v\u00e9lateur \u00e0 cet \u00e9gard : l&#8217;empressement des &#8220;responsables marketing&#8221; des \u00e9coles \u00e0 m\u00e9diatiser la moindre initiative &#8220;citoyenne&#8221; de leurs coll\u00e8gues ou de leurs \u00e9tudiants. Il n&#8217;y a pas de petite publicit\u00e9. <br \/>\nPar ailleurs, quand des <em>participants<\/em> s&#8217;impliquent dans la gestion de leur \u00e9cole -autogestion de la caf\u00e9t\u00e9ria, conseil de participation, b\u00e9n\u00e9volat pour repeindre les locaux, activit\u00e9s parascolaires, op\u00e9ration pasticcio pour financer l&#8217;excursion, <em>participation<\/em> aux frais facultatifs-, de toute \u00e9vidence le pouvoir voit sa t\u00e2che facilit\u00e9e : les tensions se r\u00e9duisent, les rouages de l&#8217;institution tournent avec plus de fluidit\u00e9, le manque de moyens se fait un peu moins criant &#8230; autant de points gagn\u00e9s \u00e9galement pour renforcer l&#8217;image de l&#8217;\u00e9tablissement et sa publicit\u00e9.<br \/>\nMais attention ! A profiter ainsi de l&#8217;enthousiasme des jeunes pour les embarquer dans des actions souvent vou\u00e9es \u00e0 l&#8217;\u00e9chec -parce que les moyens manquent cruellement et parfois aussi une v\u00e9ritable volont\u00e9 de d\u00e9mocratie dans le chef des d\u00e9cideurs-, et les d\u00e9cevoir \u00e0 la mesure des espoirs qu&#8217;ils avaient plac\u00e9s dans ce semblant d&#8217;ouverture, on en arrive souvent \u00e0 les d\u00e9go\u00fbter de la d\u00e9mocratie.<br \/>\nAutre effet pervers : la participation  peut creuser le foss\u00e9 qui s\u00e9pare d\u00e9j\u00e0 les \u00e9coles \u00e0 populations privil\u00e9gi\u00e9es -en argent et en culture- des \u00e9coles de rel\u00e9gation, o\u00f9 monter des projets et initier les jeunes aux enjeux et aux pratiques d\u00e9mocratiques est plus difficile. Foss\u00e9 culturel : par exemple, la formation des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s de classe -techniques d&#8217;expression, conduite de r\u00e9union et n\u00e9gociation- profitera plus aux jeunes de l&#8217;enseignement g\u00e9n\u00e9ral qu&#8217;\u00e0 ceux du professionnel. Ne fut-ce que parce qu&#8217;ils ma\u00eetrisent mieux la langue. Foss\u00e9 financier aussi : par exemple, tombolas, fancy-fairs et autres appels de fonds donnent g\u00e9n\u00e9ralement des r\u00e9sultats plus juteux dans les \u00e9coles fr\u00e9quent\u00e9es par les enfants des classes moyennes et sup\u00e9rieures que dans les \u00e9coles populaires. Avec pour corollaires de meilleures installations, de meilleurs \u00e9quipements et plus d&#8217;activit\u00e9s. Ainsi donc voit-on des actions men\u00e9es au nom de la d\u00e9mocratie s&#8217;av\u00e9rer profond\u00e9ment anti-d\u00e9mocratiques.<br \/>\nVoil\u00e0 pour le niveau local. Mais le pire danger n&#8217;est pas l\u00e0.<\/p>\n<h2>La participation, comme un r\u00eave patronal<\/h2>\n<p>Ceux qui, le plus cyniquement, tirent les marrons du feu de la participation, ce sont les patrons, les &#8220;vrais&#8221;, &#8220;aussi bien les propri\u00e9taires des usines, des banques et des bureaux dans lesquels on travaille pour eux, que les directeurs de ces usines, de ces banques et de ces bureaux, qui sont en g\u00e9n\u00e9ral leurs mercenaires tr\u00e8s bien pay\u00e9s&#8221; (1).<br \/>\nSelon nous (2), la participation s&#8217;inscrit dans un mouvement plus global, celui d&#8217;une &#8220;large d\u00e9centralisation des syst\u00e8mes \u00e9ducatifs, reposant sur l&#8217;autonomie des \u00e9tablissements et sur une <em>participation<\/em> effective des acteurs locaux&#8221; (3). Il faut observer que ce mouvement de &#8220;lib\u00e9ration&#8221; de l&#8217;\u00e9cole est international : il s&#8217;agit d&#8217;un &#8220;mouvement progressif de d\u00e9centralisation et de d\u00e9l\u00e9gation des pouvoirs vers la soci\u00e9t\u00e9. Pratiquement tous les pays concern\u00e9s ont introduit de nouvelles r\u00e9glementations qui d\u00e9placent le pouvoir de d\u00e9cision de l&#8217;Etat central vers les autorit\u00e9s r\u00e9gionales, locales ou municipales et de celles-ci vers les \u00e9tablissements d&#8217;enseignement&#8221; (4).<br \/>\nPourquoi les pouvoirs \u00e9conomiques et politiques veulent-ils \u00e0 tout prix d\u00e9centraliser l&#8217;enseignement ? Quand ils pr\u00e9tendent vouloir notre bien en lib\u00e9rant les initiatives p\u00e9dagogiques des &#8220;lourdeurs bureaucratiques&#8221; des syst\u00e8mes scolaires centralis\u00e9s, que cache leur discours mensonger ? Car ils mentent : s&#8217;ils voulaient vraiment satisfaire les besoins de l&#8217;\u00e9cole et de tous les enfants qui la fr\u00e9quentent, les maintiendraient-ils depuis tant d&#8217;ann\u00e9es dans une telle mis\u00e8re budg\u00e9taire ?<br \/>\nNous y d\u00e9celons quatre objectifs simultan\u00e9s. Un : maintenir le budget de l&#8217;enseignement sous contr\u00f4le en d\u00e9l\u00e9guant la gestion de l&#8217;aust\u00e9rit\u00e9 aux \u00e9chelons inf\u00e9rieurs. C&#8217;est le cas, par exemple, des fameuses Hautes Ecoles, autonomes, c&#8217;est-\u00e0-dire &#8220;libres&#8221; de fonctionner comme elles l&#8217;entendent&#8230; avec des enveloppes budg\u00e9taires ferm\u00e9es et d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment maigres. On entend d\u00e9sormais g\u00e9rer les \u00e9coles comme des entreprises, avec toutes les cons\u00e9quences sociales que \u00e7a suppose. Deux : briser les r\u00e9sistances. La d\u00e9centralisation de l&#8217;Education nationale en petites et moyennes unit\u00e9s permet de briser l&#8217;unit\u00e9 d&#8217;action des enseignants et de leurs syndicats, comme des \u00e9tudiants et de leurs f\u00e9d\u00e9rations. Diviser et mettre en concurrence les \u00e9coles. Diviser pour r\u00e9gner. Trois : assurer un d\u00e9veloppement diff\u00e9renci\u00e9. Laurette Onkelinx parlait de d\u00e9manteler le &#8220;lourd paquebot&#8221; de l&#8217;\u00e9cole au profit d&#8217;une &#8220;flottille de petits navires faciles \u00e0 manier&#8221;. Elle ne croyait pas si bien dire : si tous les passagers d&#8217;un paquebot sont s\u00fbrs d&#8217;arriver au m\u00eame port, les petits navires risquent de suivre des caps diff\u00e9rents, justement ce que veulent les responsables \u00e9conomiques et politiques europ\u00e9ens. L&#8217;autonomie permet pr\u00e9cis\u00e9ment un d\u00e9veloppement in\u00e9gal, une hi\u00e9rarchisation des \u00e9coles et des fili\u00e8res d&#8217;enseignement, une s\u00e9lection plus stricte. S\u00e9lection sociale que les autorit\u00e9s enrobent dans des phrases hypocrites sur &#8220;l&#8217;encouragement de la diversit\u00e9 des talents&#8221; (3). Quatre : permettre et imposer une adaptation rapide aux attentes des entreprises. Selon la Table Ronde des Industriels europ\u00e9ens, l&#8217;ERT, &#8220;il faut que le syst\u00e8me \u00e9ducatif soit pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 une red\u00e9finition permanente des m\u00e9tiers&#8221;. L&#8217;\u00e9conomie capitaliste, dans le contexte actuel de concurrence exacerb\u00e9e et chaotique, a besoin d&#8217;\u00e9coles -et de produits\/dipl\u00f4m\u00e9s- flexibles et adaptables \u00e0 souhait. L&#8217;on voit d\u00e9sormais les entreprises <em>participer<\/em> \u00e0 la d\u00e9finition des programmes d&#8217;enseignement, invit\u00e9es comme &#8220;membres de l&#8217;environnement \u00e9conomique&#8221; dans les Conseils de <em>Participation<\/em> des \u00e9coles ou, en grands seigneurs, voler au secours de celles-ci pour apporter leur <em>participation<\/em> -d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e, bien s\u00fbr- avec des distributeurs de sodas, des sponsorisations, des outils p\u00e9dagogiques marqu\u00e9s de leur logo, etc.<\/p>\n<h2>Inculquer le respect du syst\u00e8me en place ?<\/h2>\n<p>Pour conclure, il est temps d&#8217;en venir \u00e0 la question centrale du dossier : quelle est la fonction id\u00e9ologique de l&#8217;\u00e9cole ? R\u00e9pondre \u00e0 cette interrogation permettra \u00e0 tout un chacun de se situer personnellement, et de situer ses actions au sein de l&#8217;\u00e9cole. Plus que jamais, l&#8217;\u00e9cole est aujourd&#8217;hui appel\u00e9e \u00e0 socialiser l&#8217;enfant, \u00e0 lui apprendre \u00e0 vivre en soci\u00e9t\u00e9. Socialiser ? Soci\u00e9t\u00e9 ? Dans une soci\u00e9t\u00e9 plus que jamais domin\u00e9e par les &#8220;imp\u00e9ratifs&#8221; \u00e9conomiques, avec ses cons\u00e9quences sociales, d&#8217;incessantes fermetures, restructurations, d\u00e9localisations et leur flot continu de licenciements, de ch\u00f4mage, d&#8217;appauvrissements et de rythmes de travail inhumains, ceux &#8220;d&#8217;en haut&#8221; ont bien compris en quoi l&#8217;\u00e9cole peut servir leurs int\u00e9r\u00eats : elle ne doit pas seulement former le futur travailleur, elle doit aussi inculquer aux jeunes g\u00e9n\u00e9rations le respect du syst\u00e8me en place. Ce que l&#8217;OCDE traduit par un vibrant appel : &#8220;Les imp\u00e9ratifs \u00e9conomiques qui d\u00e9coulent des besoins de la soci\u00e9t\u00e9 du savoir et du march\u00e9 du travail concordent avec la n\u00e9cessit\u00e9 pour la collectivit\u00e9 de renforcer la coh\u00e9sion sociale&#8221;.<br \/>\nA travers la participation et les actions d&#8217;\u00e9ducation \u00e0 la citoyennet\u00e9, que voulons-nous ? Voulons-nous servir de paratonnerres ? L&#8217;\u00e9cole doit-elle inculquer aux jeunes g\u00e9n\u00e9rations un respect des institutions fond\u00e9 sur la conviction que nos r\u00e9gimes repr\u00e9sentent le nec plus ultra en mati\u00e8re de d\u00e9mocratie ? Comment faire croire \u00e0 l&#8217;enfant qui a vu son p\u00e8re ou sa m\u00e8re perdre son gagne-pain chez Renault que ce drame serait le r\u00e9sultat conforme des choix op\u00e9r\u00e9s par les citoyens dans le secret des isoloirs ? Voulons-nous faire croire aux jeunes que les m\u00e9canismes de la d\u00e9mocratie formelle seraient de la d\u00e9mocratie r\u00e9elle, alors que le pouvoir effectif est aux mains de quelques poss\u00e9dants ?<br \/>\nOu bien voulons-nous, au contraire, former des jeunes soucieux du bien commun, critiques et pr\u00eats \u00e0 s&#8217;engager ? Un esprit citoyen digne de ce nom, c&#8217;est-\u00e0-dire un regard lucide sur la soci\u00e9t\u00e9 dont nous sommes membres et la possibilit\u00e9 r\u00e9elle d&#8217;y faire entendre sa voix, exige autre chose que des cours sur les &#8220;valeurs&#8221; d\u00e9mocratiques. Il y faut, imp\u00e9rativement, une compr\u00e9hension effective des m\u00e9canismes qui sont \u00e0 la base des injustices criantes et croissantes, la connaissance des rapports \u00e9conomiques et sociaux qui produisent les guerres, la famine, le ch\u00f4mage et la destruction de l&#8217;environnement, une vision rationnelle et scientifique du monde, au-dessus des pr\u00e9jug\u00e9s et de la &#8220;pens\u00e9e unique&#8221;. Un exemple concret : la note d&#8217;orientation de la Communaut\u00e9 fran\u00e7aise sur la r\u00e9forme de l&#8217;enseignement professionnel estime qu&#8217;il importe d&#8217;assurer la formation humaine et socioculturelle des \u00e9l\u00e8ves afin de faciliter leur insertion harmonieuse dans la soci\u00e9t\u00e9. Notre souci ne devrait justement pas \u00eatre celui d&#8217;une insertion harmonieuse dans cette soci\u00e9t\u00e9-l\u00e0. Ce qui devrait nous pr\u00e9occuper, c&#8217;est de savoir si ces jeunes -surtout ces jeunes-l\u00e0 !- seront capables de r\u00e9sister \u00e0 l&#8217;oppression, de se r\u00e9volter contre l&#8217;exploitation et l&#8217;injustice, s&#8217;ils seront arm\u00e9s des savoirs qui permettent de comprendre le monde afin de le transformer dans le sens de la justice et du bonheur pour tous.<\/p>\n<p>(1) G. de S\u00e9lys et N. Hirtt, <em>Tableau noir<\/em>, EPO, Bruxelles 1998<br \/>\n(2) N. Hirtt, Les nouveaux ma\u00eetres de l&#8217;Ecole, L&#8217;enseignement europ\u00e9en sous la coupe des march\u00e9s, EPO, Bruxelles, et VO Editions, Paris, 2000 et L&#8217;\u00e9cole prostitu\u00e9e, L&#8217;offensive des entreprises sur l&#8217;enseignement, Labor et Espace de Libert\u00e9s, Bruxelles 2001<br \/>\n(3) <em>L&#8217;\u00e9ducation, un tr\u00e9sor est cach\u00e9 dedans<\/em>, rapport \u00e0 l&#8217;UNESCO de la Commission internationale sur l&#8217;\u00e9ducation pour le 21\u00e8me si\u00e8cle, pr\u00e9sid\u00e9e par J. Delors, \u00e9d. Odile Jacob, 1996<br \/>\n(4) Dix ann\u00e9es de r\u00e9formes au niveau de l&#8217;enseignement obligatoire dans la communaut\u00e9 europ\u00e9enne (1984-1994), Eurydice<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>N&#8217;est-il pas curieux que ce soient les pouvoirs -directions d&#8217;\u00e9coles, pouvoirs organisateurs, r\u00e9seaux et ministres- qui poussent les jeunes, leurs parents et les enseignants \u00e0 la participation ? D&#8217;o\u00f9 vient cette vague ? 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