En réagissant violemment contre les modestes projets ministériels de régulation des inscriptions d’élèves et contre la timide ébauche de “tronc commun” au premier degré secondaire, le Secrétariat Général de l’Enseignement Catholique (Segec) montre qu’il ne cherche nullement à résoudre le problème criant du déficit d’équité de notre système éducatif, mais uniquement à se vendre au mieux sur le marché de l’enseignement.
La Belgique est le “champion” du monde des inégalités scolaires et de la ségrégation sociale entre écoles. Les causes de ce triste record ont été largement mises en évidence par diverses études comparatives internationales.
– Premier responsable : le marché scolaire à la belge, avec ses puissants réseaux concurrents, qui oblige les parents à jouer des coudes pour essayer d’avoir une place dans une “bonne” école (le Segec appelle cela du “libre choix”).
– Deuxième responsable : l’âge précoce de la sélection des élèves vers des filières hiérarchisées, qui creuse les écarts au lieu de les combler (au Segec on appelle cela de la “diversité” et de “l’orientation”).
– Troisièmement : le déficit d’encadrement, principalement dans les premières années primaires (le Segec n’en dit mot).
Le Contrat stratégique pour l’Ecole avait assez bien identifié ces problèmes. Malheureusement, la montagne a accouché d’une souris et les projets actuels de la ministre Arena ne sont guère à la hauteur des défis. Il n’empêche, même ces dispositions timides sont attaquées par le Segec comme un “projet politique de standardisation du système éducatif, qui conduirait à la standardisation des résultats”. Sous-entendu : on risque un nivellement par le bas. Mais ce vieil épouvantail-là ne tient plus la route : on sait désormais que les pays qui “standardisent” le plus – comme les pays scandinaves, avec leur tronc commun jusqu’à 15 ans et 98% d’élèves dans les écoles publiques communales – sont aussi ceux qui obtiennent les meilleurs résultats moyens dans tous les tests internationaux.
L’Appel pour une école démocratique (Aped), qui regroupe des enseignants de tous les réseaux, de tous les niveaux et types d’enseignement et des deux communautés linguistiques, demande que les autorités éducatives aient enfin le courage d’aller à l’encontre des tabous brandis par certains PO (Segec ou autres).
– Nous voulons une véritable école commune, de 6 à 15 ans, sans sélection, sans filières, sans discrimination sociale ou religieuse.
– Tous les parents ont le droit d’avoir une école de qualité pour leurs enfants ! C’est pourquoi nous proposons un système d’affectation prioritaire des élèves à un établissement, en fonction de leur domicile et de leur origine sociale, afin d’assurer l’hétérogénéité sociale dans chaque école.
– Dans ce cadre, nous demandons aussi la fusion des réseaux actuels en un unique réseau d’enseignement, qui sera forcément public et laïc.
– Nous souhaitons une école dotée de moyens humains suffisants, de programmes exigeants et rigoureux, mais disposant d’une grande autonomie sur le plan pédagogique, afin d’être réellement une école ouverte sur la vie et une école de la réussite.
– Il faut abroger ou, au moins, réviser la loi de financement, qui empêche d’adapter les dépenses d’enseignement aux besoins actuels.
Ces propositions font l’objet d’un programme en dix points élaboré par les membres de l’Aped et intitulé “Vers l’école commune”. Il sera prochainement présenté officiellement à la presse, mais vous pouvez d’ores et déjà en prendre connaissance en suivant ce lien :
[->http://www.ecoledemocratique.org/article.php3?id_article=341]
Bruxelles, 4 décembre 2006?